Le vin de la jeunesse de John Fante

Ce mois-ci le thème du blogoclub était l’enfance. Les participants ont choisi de lire l’excellent et unique livre de Harper Lee : « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur ».  L’ayant déjà lu, j’ai choisi le livre pour lequel j’avais voté, à savoir « Le vin de la jeunesse » de John Fante.

Ce livre est un recueil de nouvelles qui a été publié après le décès de l’auteur. Elles sont divisées en deux parties. Le premier ensemble est plus cohérent et apparaît clairement autobiographique. Le deuxième est constitué de nouvelles toujours sur le thème de l’enfance mais elles sont plus tournées vers la fiction. Une petite critique au passage, les deux dernières nouvelles du recueil me semblent assez incongrues. Dans « Le rêveur », le narrateur-écrivain est adulte et aide son voisin à conquérir une femme. Dans « Helen, la beauté est à moi », la narrateur est un ouvrier philippin ce qui nous éloigne de l’auto-fiction des premières nouvelles, et de l’enfance.

Dans les autres nouvelles, John Fante nous raconte sa vie d’enfant d’immigrés italiens dans le Colorado. Certaines thématiques se retrouvent dans ce recueil. La première d’entre elles est bien entendu la famille et surtout les parents. Le père était maçon, travailleur dur au mal. Mais tous les hivers, il se retrouve sans emploi, le froid gèle le mortier. Lui si dynamique, se retrouve coincé chez lui à tourner en rond. Cet état des choses le rend violent et il s’en prend à toute la famille. Pour s’occuper, il boit, beaucoup. Dan Fante, le fils de John, parle d’ailleurs de l’alcool comme une donnée génétique chez les hommes de la famille ! Ce père irascible, menant la vie dure à sa famille pendant les mois d’hiver, est néanmoins présenté avec beaucoup de tendresse par son fils. On devine la crainte mais aussi l’amour, l’admiration. La mère est d’ailleurs, par moments, traitée avec moins de considération. Les enfants l’imaginent comme la raison de la violence du père. Ils aimeraient la voir plus tendre, plus compréhensive. Mais on sent également que l’enfant qui nous raconte sa vie a pris du recul et qu’une fois adulte il a eu de la compassion pour sa mère. Les plus beaux passages de ce recueil sont consacrés à cette femme brisée par le travail quotidien, qui a ruiné sa beauté pour ses enfants et son mari bien souvent ingrats. Voici comment John Fante parle de sa mère, le passage se situe après une dispute avec le père : « Alors, tous en même temps, nous avons senti ça dans notre dos, et avant de nous retourner pour la regarder nous avons compris toute la souffrance accumulée derrière nous, qui nous submergeait, et nous nous sommes retournés en même temps, et elle était là qui nous regardait, elle semblait âgée d’un million d’années, Mamma, notre mère, et nous ses enfants avons senti son coeur brisé, elle était debout sur le seuil de la cuisine, son tablier masquant la douleur de ses mains usées, des petits ruisseaux de beauté évanouie descendant lamentablement ses joues ravagées. » Toute la douleur d’une vie est ici révélée par ces quelques mots émouvants.

L’autre grand thème du recueil est bien-sûr la religion, John Fante n’était pas d’origine italienne pour rien ! Le catholicisme a une place centrale dans l’éducation de notre narrateur. Sa mère voulait devenir nonne lorsqu’elle était jeune, elle oblige donc ses enfants à aller à l’église. Le rapport de Fante au christianisme est très ambigu. D’un côté, il aime la messe, la communion et est très imprégné par le discours des prêtres. De l’autre, c’est un enfant turbulent, bagarreur, pauvre qui est tenté par le vol. Mais les mauvaises actions sont toujours accompagnées d’une forte culpabilité et d’une volonté de se confesser. Cela donne lieu à des scènes et des raisonnements très cocasses : « D’ailleurs un péché de plus ou de moins ne ferait pas grande différence, car j’avais déjà commis un péché mortel en souhaitant du mal à un prêtre. Un péché mortel était aussi mortel que vingt péchés mortels. Je veux dire qu’il suffit d’en commettre un seul pour se retrouver en enfer aussi vite que si on en commet vingt. C’est écrit noir sur blanc dans le catéchisme. »

D’autres thématiques traversent les nouvelles comme la honte d’être un fils d’immigrés italiens ou encore le baseball dont Fante était un grand fan. Mais je ne peux pas les aborder toutes ici. Encore une fois, je suis sous le charme du talent de conteur de John Fante, de la fraîcheur et du naturel de son écriture, de son humour. Se rajoute à tout cela une véritable émotion. John Fante nous raconte ses souvenirs d’enfance de manière extrêmement touchante et j’en suis ressortie fort émue.

 

8 réflexions sur “Le vin de la jeunesse de John Fante

  1. Ah zut, je n’avais plus la liste, alors je ne me souvenais pas de ce titre! Dommage, fante, je veux le découvrir (un jour, avec tant d’autres!)

  2. j’ai eu ma période Fante, que j’aimais bien… ll a beaucoup d’humour…
    J’ai surtout HARPER LEE : l’un des derniers romans qui m’a vraiment marqué… j’ai été incapable de faire un billet du coup !!!!
    Je vois que tu as fini Le wilkie : est-ce qu’il t’a plu ????
    J’ai l’art du roman de Woolf, dans ma PAL, il faut que je lise, je ne connais que des extraits…

  3. @Keisha : Il y a tellement d’auteurs que j’aimerais découvrir aussi !!! Mais je te conseille chaudement John Fante dont j’apprécie l’univers et l’humour.

    @Maggie : Ma période Fante va durer toute ma vie, je me régale à chaque lecture. C’est dommage que tu n’aies pas fait de billet pour Harper Lee. C’est aussi un livre que j’ai adoré et dont je garde un excellent souvenir. As-tu vu l’adaptation avec Gregory Peck ? Le film est très bon et c’est une adaptation réussie. J’ai fini « Seule contre la loi » et je voulais t’envoyer un mail pour que l’on en discute mais je n’ai pas encore trouvé le temps de le faire !!! Oui il m’a plu mais j’aurais aimé une autre fin. Tu as déjà écrit ton billet ? Je suis toujours plongée dans « L’art du roman » de VW et c’est vraiment très intéressant. Elle parle de beaucoup d’auteurs dont beaucoup que j’apprécie. Il y a aussi un petit article qui résume « Une chambre à soi » et qui parle des femmes écrivains. C’est mon article favori pour le moment, c’est passionnant. Je te le conseille donc chaudement.

  4. @Sylire : Merci, je suis heureuse si j’ai réussi à te donner envie de le lire. C’est un auteur dont j’apprécie beaucoup l’humour, la gouaille et les aventures rocambolesques.

  5. Je retrouve mon livre dans ce que tu dis. Dans Bandini, le problème de l’alcool est juste effleuré, mais on se doute bien. Beau billet !

    • Oui tu retrouves en partie l’ambiance, là il y a de très beaux passages sur sa mère. C’est très émouvant. Dans le côté plus drôle de Fante, je te conseille « Mon chien stupide ».

  6. Pingback: Bandini | Thé, lectures et macarons

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