Beaucoup de bruit pour rien au théâtre du Ranelagh

La rencontre entre Shakespeare et Sergio Leone vous semble improbable ? Ce ne fut pas le cas de Gaël Colin et Vincent Caire qui nous offrent une version western de « Beaucoup de bruit pour rien » au théâtre du Ranelagh. L’action se situe dans un saloon et Don Pedro (Damien Coden) revient de la guerre de Sécession. Lui, Benedick (Gaël Colin) et Claudio (Vincent Caire) sont de victorieux yankees alors que Don John (Cédric Miele), le fourbe frère de Don Pedro, est un sudiste.

Passé le petit moment d’inquiétude quant au croisement de ces deux univers, on est très rapidement emporté par le dynamisme de la troupe d’acteurs. Le décor est parfaitement exploité ainsi que les codes du western. Les portes battantes jouent leur rôle comme dans tout saloon qui se respecte ! Le bal masqué, durant lequel Don Pedro séduit Hero (Mathilde Puget) pour le jeune Claudio, se transforme en french-cancan. Les comédiens portent d’ailleurs très bien les bas résilles…On a aussi droit à une belle bagarre générale où les chaises volent. Les apparitions de Don John, le méchant, sont systématiquement  soulignées par la musique de Sergio Leone dans « Il était une fois dans l’ouest », une idée excellente et très drôle.

Mais ne croyez pas que Shakespeare s’est dissout dans le whisky et l’harmonica. Derrière les portes battantes, c’est bien le texte du barde de Startford qui est déclamé. L’histoire est parfaitement respectée, les affrontements de Beatrice (Tiphaine Vaur) et Benedick sont à la hauteur (ah Benedick composant et chantant des poèmes…éclats de rire assurés !) et la tragédie de Hero déchirante. On retrouve jusqu’à l’esprit du théâtre du Globe de Londres dans ce petit théâtre parisien. Les acteurs surgissent dans la salle, Benedick invente ses poèmes assis sur le bord d’une loge. Le spectateur est littéralement dans la pièce comme c’est le cas au Globe.

Vous l’aurez  compris, j’ai passé une excellente soirée au théâtre du Ranelagh pour cette adaptation enjouée et rythmée de « Beaucoup de bruit pour rien »en compagnie de Cryssilda et A girl from earth. Cette troupe d’acteurs fait plaisir à voir.

L’importance d’être Wilde de Philippe Honoré

Le théâtre du Lucernaire propose une jolie évocation de la vie d’Oscar Wilde avec la pièce de Philippe Honoré « L’importance d’être Wilde » que j’ai eu le plaisir de voir avec ma copine Lou. A peine arrivés dans la salle, les spectateurs sont tout de suite plongés dans l’ambiance : les comédiens s’approchent d’eux pendant qu’ils s’installent pour leur glisser des aphorismes à l’oreille. Sur scène, ils sont trois : Emmanuel Barrouyer, Pascal Thoreau et Anne Priol dont il faut souligner l’enthousiasme et le formidable dynamisme. Tous trois vont enchaîner les tableaux, les scénettes. La biographie d’Oscar Wilde nous est donc proposée par fragments et de manière non chronologique, le procès pour outrage aux bonnes mœurs nous est montré avant la rencontre avec Constance par exemple. Mais cela n’a rien de dérangeant puisqu’il s’agit d’une évocation poétique et non d’une biographie classique. Se mélangent durant le spectacle des moments de chronologie pure avec citation de dates (au début, pour situer l’auteur), des extraits du procès, des lettres adressées à Bosie ou à Constance et des extraits des œuvres comme « L’importance d’être constant », « Le portrait de Dorian Gray » ou « Salomé ». Les aphorismes constituent des pauses où les trois acteurs sont assis à gauche de la scène, et chacun leur tour déclament l’un de ces petits bijoux d’esprit et d’humour. Les différents tableaux sont accompagnés de morceaux rock’n’roll. Tout cela est très vivant, pétillant grâce au rythme des scènes et aux formidables acteurs.

Mais cette pièce n’est pas seulement drôle et amusante. La vie d’Oscar Wilde est une tragédie, il finit misérable et brisé à Paris après son emprisonnement. Et la fin de la vie est évoquée dans la pièce de manière émouvante notamment au travers du témoignage d’André Gide qui a croisé l’auteur irlandais dans un café et constate sa déchéance. On entend également le récit d’un homme (je ne sais pas qui était interrogé) ayant assisté à l’enterrement au cimetière de Bagneux (les restes de Wilde ne seront transférés au Père Lachaise qu’en 1909). Le cortège funèbre était réduit à peau de chagrin. Un autre moment de la pièce dégage une forte émotion, c’est le passage de « Salomé » interprété par Anne Priol. Salomé reçoit la tête de saint Jean-Baptiste et se lance dans un monologue déchirant sur l’amour qu’elle lui portait. L’actrice est éblouissante et d’une grande justesse. Un beau moment de théâtre qui donnerait envie de monter « Salomé » pour Anne Priol !

« L’importance d’être Wilde » est une réussite avec la mise en scène entraînante de Philippe Person et des acteurs au diapason. Elle donne envie de relire toute l’œuvre d’Oscar Wilde. Le but de ce spectacle est dont atteint.