Vie de Gérard Fulmard de Jean Echenoz

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Il s’en passe des choses rue Erlanger dans le 16ème arrondissement de Paris. Gérard Fulmard, qui y réside, peut en témoigner. Récemment, un gros fragment de satellite soviétique est venu s’écraser sur le centre commercial d’Auteuil. Cela n’a pourtant pas perturbé le stoïque Gérard qui a préféré suivre l’événement sur son téléviseur plutôt que de sortir. Son intérêt pour la disparition du supermarché vient surtout du fait qu’un morceau du satellite a tué son propriétaire. Gérard Fulmard étant au chômage, la catastrophe d’Auteuil est une bonne nouvelle pour ses finances. Après avoir dû quitter son travail de steward, Gérard veut se reconvertir. Il va devenir détective privé et pour lancer son agence, il met une petite annonce dans un journal gratuit. Cela ne lui rapportera que peu de clients mais, en revanche, l’entraînera dans un imbroglio mêlant son psychiatre et les membres d’un petit parti politique  : la Fédération populaire indépendante.

« Vie de Gérard Fulmard » est une lecture absolument réjouissante et enthousiasmante. Jean Echenoz s’amuse ici avec les codes du roman noir sans pour autant virer à la parodie. Le narrateur de son roman est un anti-héros, un homme sans qualité (malgré le terme de « vie » qui est habituellement dévolue aux saints ou aux héros) : il est aussi terne et dépourvu d’intérêt que la rue Erlanger : « A A part ce nom, je ne suis pas sûr de provoquer l’envie : je ressemble à n’importe qui en moins bien. Taille au-dessous de la moyenne et poids au-dessus, physionomie sans grâce, études bornées à un brevet, vie sociale et revenus proches de rien, famille réduite à plus personne, je dispose de fort peu d’atouts, peu d’avantages ni de moyens. » Et pourtant, cet homme naïf va se retrouver impliquer dans de rocambolesques aventures dont il ne maîtrise aucunement l’enchaînement des faits. Il croisera sur son chemin, outre de multiples embûches, des personnages tous aussi improbables les uns que les autres : un psychiatre véreux, des garde-du-corps coréens passionnés par le jeu de go, une femme fatale au léger strabisme, des politiciens avides de pouvoir dans une organisation qui, elle, n’en a aucun sur l’échiquier politique.

Comme toujours, le style de Jean Echenoz est un régal. Il allie une épure de la langue à une redoutable précision dans les termes choisis. Se dégage de ses phrases une élégante désinvolture toujours teintée d’un humour irrésistible. Parfois, l’auteur reprend la main sur la narration du navrant Gérard, il s’adresse directement à nous pour nous éclairer quant à son roman : « Voici donc qu’après le coup de l’arme à feu, figure imposée dans ce genre d’histoire comme l’a pertinemment fait observer Gérard Fulmard, voici qu’on va vous faire le coup de l’exotisme. Ne manquait plus maintenant qu’une scène de sexe pour remplir tous les quotas (…). » Un dernier point à soulever : la rue Erlanger qui est bien plus qu’un simple décor dans ce roman. Je ne vous révélerai pas ce qui s’y déroula, cela fait partie du plaisir de la lecture mais son histoire irrigue celle de Gérard Fulmard et elle en est le parfait miroir (à noter également : le fait que la mère de notre anti-héros est toujours là au bon moment…).

« Vie de Gérard Fulmard » est mon premier coup de cœur de l’année 2020. J’apprécie depuis longtemps le talent de Jean Echenoz et son dernier roman est un très grand cru !

 

Les Indes fourbes de Alain Ayroles et Juanjo Guarnido

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Paru en 1626, « El Buscon ou la vie de l’aventurier don Pablos de Ségovie, vagabond exemplaire et miroir des filous » raconte les aventures rocambolesques d’un petit escroc, un mendiant. Le roman picaresque de Francisco de Quevedo se terminait avec le départ de don Pablos pour l’Amérique, les Indes. Mais l’auteur n’a jamais écrit de suite. Alain Ayroles et Juanjo Guarnido prennent la suite pour nous compter les tribulations de don Pablos sur ce nouveau continent. Notre pauvre gueux va bien entendu se mettre en quête de l’Eldorado et sa recherche sera mouvementée et pleine de péripéties.

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« Les Indes fourbes » fut un coup de cœur, un régal aussi bien sur le fond que sur la forme. Ayrolles et Guarnido réalisent une merveille de bande-dessinée qui respecte parfaitement le roman picaresque de l’Age d’or espagnol. Le scénario d’Alain Ayrolles est une réussite. Très bien mené, très malin, il joue avec nous comme don Pablos pour réaliser ses filouteries. La langue employée est élégante, raffinée et pleine de cocasserie. Don Pablos est vraiment un personnage captivant. Voleur, menteur, opportuniste, il est également malicieux, intelligent et très attachant.

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Pour illustrer ce scénario, Juanjo Guarnido s’est surpassé. Rien que le couverture le montre, ce portrait à la peinture à l’huile est superbe. Il évoque la peinture espagnol du 17ème siècle, Vélasquez et ses Ménines ont d’ailleurs un rôle essentiel dans la BD. La mise en page est vraiment magnifique avec des pleines pages, des contre-plongées, beaucoup de détails dans les décors et les costumes, cela donne beaucoup de rythme, de vie à l’histoire de don Pablos. Il faut souligner également un gros travail sur la couleur, vibrante et éclatante.

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« Les Indes fourbes » est une bande-dessinée réjouissante, enthousiasmante et particulièrement malicieuse. Lisez-là, vous allez vous régaler !

My absolute darling de Gabriel Tallent

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Julia Alveston, dite Turtle, vit seule avec son père en Californie. Leur maison est isolée, proche de l’océan et d’une faste forêt. Son père pense que la civilisation américaine ne va pas tarder à s’effondrer et il apprend à sa fille à survivre dans la nature. Un enseignement qui se fait à la dure, souvent de manière brutale. Turtle ne connait rien d’autre que l’éducation de son père et se plie à ses exigences. A 14 ans, elle sait manier une arme à feu à la perfection, elle tire à l’arc et est capable de survivre seule dans une forêt. Les seules moments où elle est loin de son père, sont ceux qu’elle passe à l’école. Mais Turtle est trop asociale, trop revêche pour se laisser approcher. Elle n’a pas d’amis et se braque lors de ses cours. Les choses vont pourtant changer lorsqu’elle va rencontrer deux jeunes lycéens lors d’une de ses escapades en forêt.

« My absolute darling » est le premier roman de Gabriel Tallent, il a été acclamé aux Etats-Unis et également chez nous lors de sa sortie. Après l’avoir lu, je comprends parfaitement les éloges qu’il a reçus. Ce roman est d’une très grande force et il est très difficile de le lâcher une fois qu’on l’a ouvert. Le cœur du roman est la relation entre Turtle et son père. La mère est morte quelques années avant le début du roman. La relation entre les deux est toxique, mortifère et totalement exclusive. Même si le grand-père n’est pas loin, le père et la fille semblent vivre en huis-clos, repliés dans une maison dans un état déliquescent. Gabriel Tallent nous fait découvrir petit à petit à quel point cette relation est violente, abusive. Certaines scènes du livre sont très difficiles à lire et je me suis sentie oppressée par cet univers. Mais l’auteur sait aussi nous montrer que c’est également une relation très ambiguë. Turtle aime passionnément son père malgré tout ce qu’il lui inflige. Gabriel Tallent fait montre d’une grande acuité psychologique dans le traitement de son personnage principal et de son évolution. « My absolute darling » est un roman initiatique, l’éveil de la conscience de Turtle qui se débat avec sa culpabilité vis à vis de son père. A sa quête d’indépendance et d’émancipation va se transformer en thriller, la scène finale est glaçante et elle prend aux tripes.

Gabriel Tallent fustige à travers son roman la détention d’armes aux Etats-Unis et le survivalisme. Le père critique le modèle de vie de ses compatriotes expliquant à sa fille que ce monde consumériste court à sa perte. La nature est donc le seul refuge possible. Même si elle regorge de dangers, Gabriel Tallent nous offre de superbes descriptions de cette nature foisonnante que parcourt Turtle. « L’aube est à peine levée. Les longues tiges humides des fétuques rouges s’inclinent au-dessus d’elle. Turtle est allongée et observe à travers la lunette. Tout près du fusil, elle sent l’odeur de graisse et de poudre. Autour d’elle, le pré est lourd de rosée, la brume se détricote le long de la colline. A mesure que la journée se réchauffe, les longues tiges voûtées par les gouttes de rosée se démêlent soudain et jaillissent vers le ciel, leurs têtes gonflées de graines s’agitent. Il n’y a pas le moindre nuage dans le ciel, à l’exception d’un unique et lointain lenticulaire que la brise ballote et déchire en lambeaux. » La langue de Gabriel Tallent est à la fois précise et formidablement poétique pour décrire cette nature dans laquelle Turtle se réfugie.

« My absolute darling » est une véritable claque littéraire. Un roman initiatique se transformant en thriller dont de nombreuses scènes restent gravées longtemps dans l’esprit du lecteur. Ambitieux, âpre, étouffant et magnifique, « My absolute darling » est un roman que je ne suis pas prête d’oublier.

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Les sept morts d’Evelyn Hardcastle de Stuart Turton

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Lord Peter et Lady Helena Hardcastle, ainsi que leurs enfants Michaël et Evelyn, ont convié des amis et connaissances à un bal masqué dans leur propriété de Blackheath. Cette dernière n’est plus utilisée par la famille car elle fut le lieu d’un terrible événement dix-neuf plus tôt. Et il semble que le lieu soit maudit. Sebastian Bell, invité à la soirée, se réveille dans la forêt après avoir reçu un coup sur la tête. Il ne sait plus ce qu’il fait là mais ses souvenirs fragmentés le mettent en alerte. Une femme du nom d’Anna a été assassinée dans ces bois, il en est certain. Sebastian rejoint la demeure des Hardcastle pour demander à ce que des recherches soient lancées pour retrouver la mystérieuse Anna. Mais peut-on réellement se fier aux souvenirs d’un homme qui ne sait plus qui il est ?

Il est difficile de parler des « Sept morts d’Evelyn Hardcastle » car il faut préserver les nombreuses surprises qui attendent son lecteur. Au premier abord, le roman de Stuart Turton est un classique whodunit dans le plus pur esprit britannique. Nous sommes dans un manoir géorgien décrépi au début du XXème siècle. La famille aristocratique organise une grande soirée avec de nombreux invités. Ils sont entourés d’un majordome, de valets de pied, de femmes de chambre et de palefreniers. Un meurtre va entacher les réjouissances et l’ensemble du roman consistera à trouver l’assassin et ses motivations. « Les sept morts d’Evelyn Hardcastle » est une sorte de mixte entre » Downton Abbey » et le Cluedo !

Mais Stuart Turton réinvente totalement le genre du whodunit. Il nous invite dans une narration à la construction labyrinthique, tortueuse qui demande une certaine concentration (je dirai même qu’il nécessite quelques notes pour ne pas perdre le fil et en profiter totalement). En effet, le lecteur va voyager entre différents personnages et dans le temps. C’est vertigineux mais également très réjouissant pour le lecteur s’il accepte les règles du jeu. Et Stuart Turton réussit l’exploit de tenir un rythme effréné sur 544 pages sans que sa narration en pâtisse. Le dispositif est tellement original, tellement bien mené que j’ai craint la déception à la fin. Et cela n’a pas été le cas, le cap est tenu jusqu’à la dernière page. Chapeau à Stuart Turton d’avoir réussi son challenge !

« Les sept morts d’Evelyn Hardcastle » est un whodunit d’une grande originalité, totalement addictif pour le lecteur qui accepte le postulat de départ et qui tient totalement ses promesses de la première à la dernière page. Un premier roman ambitieux et audacieux qui renouvelle le genre et que je ne peux que vous conseiller si vous aimez les romans policiers à la Agatha Christie.

Les riches heures de Jacominus Gainsborough de Rébecca Dautremer

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C’est l’histoire d’un petit lapin, Jacominus Gainsborough, que Rébecca Dautremer nous montre de sa naissance à sa mort. En douze tableaux qui traversent les saisons et les époques, nous découvrons une vie avec tout ce qu’elle comporte de joie et de peine, de petits riens et de grand tout. Jacominus est introverti, blessé enfant, il est resté boiteux. Il fera son chemin dans la vie, discrètement, doucement, entouré de sa famille et de ses amis Policarpe, César, Agathon, Byron, etc… Et il en créera une à son tour avec Douce.

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Cette bande-dessinée pour enfants est une splendeur qui régalera également les plus grands. Esthétiquement, c’est un régal aux riches couleurs vives. Chaque planche regorge de détails ; on s’y plonge totalement, on y cherche Jacominus et son gilet vert. Les adultes y retrouveront des références picturales notamment à la peinture, on pense à Brueghel l’Ancien ou à Eugène Boudin pour certaines pages. Mais Rébecca Dautremer ne s’est pas contenté de réaliser de magnifiques dessins, elle a également écrit un très beau texte emprunt de poésie et de mélancolie. L’histoire de Jacominus est faite des palpitations de son cœur, nous sommes au plus près de ses émotions. Et même si sa vie a été bien remplie, les dernières pages nous serrent le cœur tant nous nous sommes attachés à ce petit lapin blanc.

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« Les riches heures de Jacominus Gainsborough » est un bijou de bande-dessinée qui s’adresse aussi bien aux petits qu’aux grands et qui montre qu’une vie ordinaire a son importance.

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Dans les angles morts de Elizabeth Brundage

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En février 1979, en pleine tempête de neige, le couple Pratt voit arriver chez eux George Clare, un voisin. Il vient de trouver sa femme, Catherine, assassinée dans leur maison. Leur petite fille était seule dans sa chambre quand le meurtre a eu lieu. Les Clare étaient arrivés à Chosen huit mois plus tôt. Ils avaient racheté une ancienne ferme laitière en faillite pour une bouchée de pain. George venait d’obtenir un poste d’enseignant en histoire de l’art à l’université. Après New York, le couple s’installait dans une petite ville rurale où les agriculteurs étaient en grande difficulté financière. L’achat aux enchères de la ferme des Hale  ne plut d’ailleurs pas beaucoup aux habitants. L’intégration des Clare s’annonçait donc difficile. L’assassinat de Catherine Clare jette le doute et assombrit toute la communauté. Qui aurait pu commettre un tel acte?

« Dans les angles morts » est un roman remarquable, d’une grande maîtrise narrative. Le roman s’ouvre sur la découverte du corps de Catherine Clare et pourtant il ne s’agit pas là d’un thriller à proprement parlé. Le reste du roman  ne sera pas le récit de l’enquête menant à l’arrestation du meurtrier. Bien entendu, à la fin du roman, le lecteur saura ce qu’il est arrivé à Catherine mais Elizabeth Brundage a écrit un grand roman psychologique.

Après le meurtre, l’auteur revient sur la vie du couple Clare : leur rencontre à l’université, leur mariage, la naissance de leur fille, leur emménagement à Chosen. Mais l’histoire de cette famille n’est pas la seule à occuper les pages de ce roman. Elizabeth Brundage multiplie les points de vue, fait entendre les voix de tout l’entourage du couple. Il y a les trois fils Hale qui habitaient la ferme rachetée par les Clare, Bram et Justine, un couple riche venu se retirer à la campagne pour vivre plus simplement, Mary Lawton qui travaille à l’agence immobilière, Willis, jeune femme paumée, etc… Chaque personnage s’exprime, chacun a une épaisseur psychologique. Elizabeth Brundage dissèque cette communauté rurale avec beaucoup de finesse et une incroyable fluidité narrative.

Le roman a un côté gothique qui n’était pas pour me déplaire. « Dans les angles morts » est un roman extrêmement sombre, il plonge dans la noirceur de l’âme humaine. Au fur et à mesure des chapitres, le récit devient glaçant. La maison est un personnage à part entière. « Une chose à savoir à propos des maisons, c’étaient elles qui choisissaient leurs propriétaires, et non l’inverse. Et cette maison les avait choisis, eux. » Elle est marquée du sceau de la malédiction, du malheur. La mort de Catherine Clare n’est pas le premier drame qu’abrite cette vieille ferme. Elle est inquiétante, hantée d’après Catherine Clare. Elle porte le poids des destinées tragiques des femmes qui y vécurent.

La densité du récit, le souffle romanesque, la maîtrise narrative, la galerie de personnages font de « Dans les angles morts » un très grand roman et un coup de cœur pour moi.

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Moi ce que j’aime, c’est les monstres d’Emil Ferris

Dans les années 60 à Chicago, Karen Reyes, 10 ans, vit avec son frère et sa mère au sous-sol d’un immeuble. Ils vivent dans un quartier pauvre dans l’Uptown. En raison de son origine sociale, Karen a été rejetée par sa meilleure amie. A l’école, les garçons lui cherchent des noises. Pour fuir cette réalité, Karen regarde des films d’horreur, lit des magasines sur le même thème. Elle se prend même pour l’un d’entre eux puisqu’elle pense être un loup-garou. Elle consigne sa vie dans un journal intime dessiné. Un drame survient dans l’immeuble de Karen. La voisine du dessus, Anka Silverberg, est retrouvée morte chez elle, une balle dans le cœur. La police conclut à un suicide mais Karen n’est pas de cet avis. Elle enfile un imper et un feutre et débute une enquête.

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« Moi ce que j’aime, c’est les monstres » est une oeuvre hors-norme de par sa taille (plus de 800 pages en deux volumes), de par son histoire et de par sa forme. Le destin d’Emil Ferris bascule à 40 ans après une piqûre de moustique. Elle attrape la fièvre du Nil qui la laisse paralysée. Mais cette illustratrice s’acharne, se scotchant un stylo dans la main pour continuer à dessiner. Elle s’inscrit au Chicago Art Institute et réussit, après six ans de travail, à terminer ce roman graphique inclassable.

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L’histoire de Karen Reyes mêle plusieurs lignes narratives : l’enquête policière, l’intime, l’Histoire. L’enquête de Karen nous entraîne dans les quartiers pauvres de Chicago, nous emmène à la rencontre des déshérités et des laisser-pour-comptes. Comme avec les films d’horreur, l’enquête permet à Karen de sortir de sa vie morose. Sa mère est atteinte d’un cancer en phase terminale. Karen commence, à 10 ans, à sentir les prémices de l’adolescence et se sent différente des autres jeunes filles. Se voir en loup-garou est aussi une manière d’extérioriser cette différence. Heureusement, Karen n’est pas seule pour affronter tout ça, elle a son grand-frère Deeze. Grand séducteur, il est malgré tout très présent, il emmène notamment sa sœur au musée. Il lui apprend à rentrer dans les tableaux ce qui donne des pages sublimes dans la BD.  Pendant que Karen grandit, le président Kennedy se fait assassiner et bientôt c’est le tour du révérend Martin Luther King. Une époque trouble qui montre à Karen la noirceur du monde qu’elle va retrouver dans le témoignage enregistré par Anka. Allemande d’origine juive, elle y raconte son enfance brisée, sa vie d’adulte marquée par l’étoile jaune et la déportation.

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Le récit d’Emil Ferris est foisonnant, prenant des directions étonnantes. Les dessins, le texte couvrent entièrement chaque page. Le dessin peut être d’une précision incroyable, hyperréaliste mais également il peut se rapprocher de l’esquisse avec un tracé très rapide. Emil Ferris joue également sur les couleurs  et le noir et blanc. Tout cela donne une oeuvre vivante, bouillonnante et dense.

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« Moi ce que j’aime, c’est les monstres » est un roman graphique sur l’acceptation de soi et la différence. C’est une oeuvre remarquable d’une grande puissance visuelle et qu’il faut lire absolument.

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