Une arche de lumière de Dermot Bolger

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« A 46 ans, la plupart des femmes mariées choisissaient le compromis amer de la sécurité, se retiraient derrière un mur protecteur de fumée de cigarettes, de silence et de piété. Même dans les unions les plus dénuées d’amour, elle avait vu des femmes s’accrocher tristement aux conventions et à la respectabilité apparente, comme elle l’avait fait avant que ses enfants deviennent grands. »  En ce jour de Pâques 1949, commence la nouvelle vie d’Eva Fitzgerald. Après plus de vingt ans de mariage, elle reprend sa liberté, même si le divorce est impossible en Irlande à cette époque. Avec peu de moyens, elle se construit une vie unique et singulière : elle ouvre un atelier de peintures pour enfants à Dublin, s’essaie à l’écriture en Espagne, visite Tanger, le Kenya, soutient son fils en revenant à Londres avant de s’installer dans une caravane au fin fond de la campagne irlandaise. Cette dernière habitation est appelée L’arche par la petite-fille d’Eva parce qu’elle accueille animaux et humains ayant besoin de réconfort.

Dermot Bolger nous offre un formidable roman et rend hommage à une femme qu’il a côtoyée et qui lui a donné le courage de persévérer dans l’écriture. Eva est une figure hors-norme, qui va à l’encontre de ce que la société irlandaise attend d’une femme mariée qui vient de la haute société. Sa mère lui avait dit le jour de son mariage. « Quoique la vie te réserve, promets-moi de te battre bec et ongles pour le droit au bonheur. » Et malgré les tragédies qui émaillent sa vie, elle s’accroche à ce précepte et aux plaisirs simples de la vie.

Comment ne pas s’attacher à ce personnage fascinant, épris de liberté absolue et d’une générosité exemplaire ? Son engagement, son empathie, son écoute me font regretter de ne pas avoir pu la rencontrer et partager avec elle une tasse de thé.

Dans « Toute la famille sur la jetée du paradis », Dermot Bolger racontait l’histoire d’une famille d’aristocrates protestants, celle d’Eva Fitzgerald. Après avoir refermé « Une arche de lumière », je n’ai qu’une envie : retrouver cet incroyable personnage et la délicatesse de l’écriture de Dermot Bolger.

Les lanceurs de feu de Jan Carson

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Belfast, été 2014, des incendies volontaires embrasent la ville. Les autorités paniquent, n’arrivent pas à circonscrire ce mouvement violent. Ces Grands Feux sont d’autant plus inquiétants que la parade orangiste du 12 juillet arrive à grand pas. « Entre le soleil et le foot, on estime en général que le Douze de cette année sera particulièrement superbe. La plupart espèrent que les Grands Feux ne vont pas se mettre en travers de leurs réjouissances. D’autres gardent une vieille tendresse pour la violence. Ils ne cracheraient pas sur une bonne petite émeute, si l’occasion se présentait. Ils regardent les nouvelles chaque soir, en espérant que tout cela va germer à temps pour le grand jour. » Dans ce Belfast chaotique, deux pères sont rongés d’inquiétude pour leur progéniture qu’ils pensent promis à la violence, à la destruction.

« Les lanceurs de feu » de Jan Carson est un roman très singulier. L’autrice mélange des pages très réalistes avec un côté fantastique. La partie plus réelle concerne Sammy Agnew, ancien paramilitaire loyaliste, qui a échappé à la prison une fois la paix signée. Mais la violence le rattrape en la personne de son fils Mark. L’autre veine du roman est pris en charge par Jonathan Murray, médecin, effacé, incapable de vivre pleinement sa vie après une enfance solitaire. Il réussit néanmoins à avoir une relation avec une créature mythique qui lui donnera une petite fille. Celle-ci risque de déclencher le chaos et Jonathan ne sait pas comment faire pour l’éviter.

J’avoue avoir un peu moins accroché à la partie surnaturelle. Malgré ce petit bémol, le roman reste fascinant, étrange. Il explore la paternité, l’héritage que l’on laisse à ses enfants entre nature et culture, la culpabilité. Jan Carson signe également de sublimes pages sur sa ville, Belfast. Elle dresse le portrait d’une ville fébrile, toujours sur la qui-vive, intranquille malgré le traité de paix. La violence des ainés pèse toujours sur les épaules des plus jeunes.

« Les lanceurs de feu » de Jan Carson est un roman intrigant, un peu déstabilisant mais d’une grande originalité et inventivité.

La promesse de Damon Galgut

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1986, Rachel Swart décède des suites d’un cancer. Amor, sa fille cadette de 13 ans, doit quitter son pensionnat pour rejoindre la ferme familiale à Pretoria. Elle y retrouve son père Manie et sa sœur Astrid. Son frère Anton, qui fait son service militaire, les rejoindra plus tard. L’enterrement de Rachel est une source de très forte tension dans la famille. Les Swart sont des Afrikaners et Rachel avait du renoncer à la religion juive pour épouser Manie. A la fin de sa vie, elle a souhaité rejoindre son culte d’origine. Manie ne pourra pas reposer auprès de son épouse lorsque la mort le frappera. S’ajoute à cela une promesse que Manie a faite à Rachel sur son lit de mort : donner à leur domestique noire Salomé l’entière propriété de la petite maison où elle loge. Une fois sa femme disparue, Manie oublie vite ce qu’il lui a promis. Malheureusement pour lui, Amor a entendu la promesse faite par sa mère et elle compte bien obliger son père à la tenir.

« La promesse » de Damon Galgut a obtenu le Booker Price 2021 et on comprend pourquoi à la lecture de ce roman virtuose. Nous suivons la famille Swart de 1986 à 2018 au travers de quatre enterrements. Chacun est l’occasion de rassembler les membres de cette famille dysfonctionnelle aux liens distendus. Son histoire est le miroir de celle de l’Afrique du Sud et chaque décès se déroule à un moment important : la coupe du monde de rugby organisée et gagnée par le pays, l’investiture du président Thabo Mbeki, la démission du président Jacob Zuma. La nation arc-en-ciel, comme Manie, ne tient pas ses promesses. La fin de l’Apartheid donnait beaucoup d’espoir mais lorsque le roman s’achève la commission Vérité et Réconciliation est mise en place pour revenir sur les exactions du passé. Les scandales de corruption se multiplient, le constat est bien triste.

Ce qui rend ce roman aussi brillant est le choix narratif de Damon Galgut. Il adopte les points de vue de l’ensemble des personnages, glissant d’une voix à l’autre avec une incroyable fluidité. Cette forme narrative m’a fait penser au stream of consciousness de Virginia Woolf et notamment à son roman « Les vagues ». Tous les personnages, les principaux comme les plus secondaires, ont droit à la parole et à l’expression de leurs sentiments, de leur histoire. S’ajoute à ce dispositif, un narrateur omniscient qui s’adresse à nous et fait preuve d’une ironie cinglante. Dans ce récit grave, ces interventions sarcastiques sont des respirations bienvenues.

« La promesse » est un roman captivant, remarquablement construit et qui m’a totalement séduite.

Traduction Hélène Papot

Sous le signe des poissons de Melissa Broder

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Lucy travaille sur sa thèse, consacrée à Sappho, depuis neuf ans sans parvenir à y mettre un point final. Après huit ans, sa relation amoureuse avec Jamie arrive dans une impasse. Lucy lui propose de faire une pause, ce qu’elle ne sait pas, c’est que celle-ci va durer. Le doute, la dépression commencent à la gagner et les questionnements existentielles se multiplient. « Moi-même, j’entretenais un rapport très compliqué avec le vide, l’absence, le néant. Parfois je n’avais qu’une envie, combler ce vide, par crainte qu’il me dévore vivante ou me tue. Mais d’autres fois je brûlais d’y finir totalement annihilée – un effacement magnifique et silencieux. L’envie d’être escamotée. » Pour l’aider à surmonter cette période difficile, sa sœur lui propose de venir garder sa maison et son chien Dominic à Los Angeles pendant qu’elle part en voyage. Lucy devra également participer à un groupe de femmes qui, comme elles, ont des difficultés affectives. La jeune femme accepte cette proposition.

« Sous le signe des poissons » est le premier roman de Melissa Brider qui avait auparavant écrit des poèmes et un texte autobiographique. Elle est également très active sur les réseaux sociaux où elle met en scène ses ébats sexuels. Dans son roman, le sexe tient une place essentielle. L’héroïne ne semble pas faire la part des choses entre l’amour et le sexe. Sa terreur de la solitude la pousse à multiplier les rencontres. Ces scènes sont crûment décrites, détaillées et notre héroïne s’y montre souvent ridicule ! Elles donnent d’ailleurs parfaitement le ton du roman : déjanté, cynique et surtout très drôle. Les relations amoureuses en prennent un coup sous la plume de Melissa Broder et sont totalement désacralisées.

Ce qui fait le sel de « Sous le signe des poissons », ce qui en fait sa singularité, c’est également la manière dont l’autrice mélange un réalisme, une franchise sur l’état des sentiments, des désirs de Lucy avec une part de fantastique. Je ne peux pas en dévoiler trop, mais ce qui arrive à l’héroïne est inattendu, surprenant et rajoute à la fantaisie débridée du roman.

Intrigant, original, dingue et atypique, voilà ce qui pourrait qualifier le premier roman de Melissa Broder qui j’espère va continuer de nous surprendre dans la suite de son œuvre.

Traduction Marguerite Capelle

La gitane aux yeux bleus de Mamen Sánchez

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A Madrid, le moral de Berta Quiñones, directrice de la revue littéraire Librarte, n’est pas au beau fixe. Atticus Craftsman, fils du propriétaire anglais du journal, est venu en Espagne pour faire cesser la publication. Librarte n’est plus rentable malgré les efforts de Berta et de ses quatre salariées. Fortement attachées à leur travail, les cinq femmes ne veulent pas baisser les bras et elles imaginent un plan leur permettant de gagner du temps et de sauver leur revue. Mais tout ne va pas se passer comme elles l’ont imaginé.

« La gitane aux yeux bleus » est un livre qui éloigne la grisaille et dont l’intrigue est totalement réjouissante. Elle va prendre la forme d’une enquête policière plein de rebondissements. Le ton est virevoltant, bondissant et très humoristique. Le décalage entre la retenue anglaise et l’exubérance espagnole y est pour beaucoup. La famille Craftsman rencontrera quelques difficultés à s’adapter et à trouver en Espagne un earl grey digne de ce nom ! Les personnages du roman sont très attachants, à commencer par les cinq journalistes de Librarte aux tempéraments flamboyants et pour qui, leur travail, est également une source d’autonomie, d’indépendance. Le reste de la galerie de personnages est à l’avenant : haut en couleur et terriblement sympathique.

« La gitane aux yeux bleus » est un roman plein de fantaisie et de drôlerie, entrainant comme un air de flamenco. Un vrai régal !

Traduction Judith Vernant

La papeterie Tsubaki d’Ogawa Ito

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Hatoko, 25 ans, revient à Kamakura après avoir vécu plusieurs années au Canada. Sa grand-mère, qui l’a élevée, vient de mourir. Elle était la propriétaire de la papeterie Tsubaki que Hatoko a décidé de reprendre. Mais la jeune femme ne sera pas seulement vendeuse d’articles de papeterie, elle sera également écrivain public comme sa grand-mère. Cette dernière avait enseigné l’art de la calligraphie, d’écrire pour les autres à Hatoko depuis son plus jeune âge.

« La papeterie Tsubaki » est un roman qui possède énormément de charme, dans lequel on se sent bien et qui procure de l’apaisement. Nous suivons Hatoko au fil des saisons, au fil des demandes de ses clients : cartes de vœux, faire-part de mariage, de divorce, lettre d’adieu, mot de réconfort ou d’encouragement. L’écrivain public est confronté à toutes les situations de la vie, joyeuses comme douloureuses, et doit se mettre dans la peau de ceux qui lui demandent de l’aide. Sa grand-mère lui expliquait l’importance de ce travail : « (…) Mais tu sais, il y a des gens incapables d’écrire une lettre malgré tous leurs efforts. Être écrivain public, c’est agir dans l’ombre, comme les doublures des grands d’autrefois. Mais notre travail participe au bonheur des gens et ils nous en sont reconnaissants (…). »

Ce qui est très beau dans le travail d’Hatoko, c’est le soin apporté à chaque détail des lettres : le type de papier, d’écriture, de plume, d’encre, même le timbre devient un élément significatif dans le message que Hatoko souhaite adresser. La beauté du geste, des matériaux utilisés enchante et apporte beaucoup de délicatesse au texte d’Ogawa Ito. S’ajoutent à cela les rituels, les fêtes qui rythment l’année (celui de la cérémonie de l’adieu aux lettres m’a beaucoup plu) mais également les plaisirs d’un bon repas que l’on partage avec ses amis.

« La papeterie Tsubaki » est un délicieux hommage à l’art d’écrire, au plaisir d’utiliser de la belle papeterie et au sens du partage.

Traduction Myriam Dartois-Ako

C’est ainsi que cela s’est passé de Natalia Ginzburg

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« Il m’avait demandé de préparer le thermos pour le voyage. Je suis allée à la cuisine où j’ai fait le thé, j’y ai mis le lait, le sucre et je l’ai versé dans le thermos, j’ai vissé à fond le petit gobelet et je suis retournée dans le bureau. C’est alors qu’il m’a montré le dessin. J’ai pris le revolver dans le tiroir de son bureau et j’ai tiré. J’ai tiré dans les yeux. Il y a si longtemps déjà que je pensais le faire une fois ou l’autre. » Suite à cet acte terrible, la narratrice va marcher sans but dans les rues de Turin. Elle se remémore sa rencontre avec son mari, leurs années de mariage et ce qui l’a amenée à accomplir l’irréparable.

Avec « C’est ainsi que cela s’est passé », je découvre la grande écrivaine italienne Natalia Ginzburg. Son court roman est le récit d’un naufrage annoncé. Pas de coup de foudre ou de passion au commencement de ce couple, la narratrice, qui ne sera jamais nommée, est une jeune femme seule : (…) ma vie me paraissait si vide et mélancolique. » N’ayant jamais connu l’amour, elle ne tarde pas à en éprouver pour cet homme plus âgé qui s’intéresse à elle. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que ses sentiments ne pourront jamais être réciproques. Quatre années de mariage l’attendent où l’indifférence, la distance vont prendre la place de la tendresse et de l’affection.

Un mariage qui est basé sur le mensonge et qui interroge la place de la femme. Nous sommes dans les années 50 dans une Italie post-fascisme. La narratrice travaille comme enseignante tant qu’elle n’est pas mariée mais, comme sa mère, elle devient ensuite femme au foyer. Son milieu bourgeois ne semble lui offrir aucune autre possibilité. Seule son amie Giovanna reste libre de toute attache. Ce qui ne s’avèrera pas très satisfaisant non plus. Les conventions sociales sont bien loin d’accepter des femmes non mariées.

D’une écriture sèche, sans lyrisme, Natalia Ginzburg dissèque les sentiments d’une jeune femme qui a perdu ses illusions après quatre ans de mariage.

Traduction Georges Piroué

Le pain perdu d’Edith Bruck

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« Il y a très très longtemps, il était une fois une petite fille qui, au soleil du printemps, avec ses petites tresses blondes virevoltantes, courait les pieds nus dans la poussière tiède. » Cette enfant pleine de vie, c’est Edith Bruck qui livre, à 90 ans, un témoignage saisissant avant que sa mémoire ne lui fasse défaut. Le livre débute comme un conte, une fable car ce passé heureux semble irréel et trop lointain. Edith Bruck a grandi dans le village hongrois de Tiszabercel. En avril 1944, alors qu’elle a 13 ans, les gendarmes raflent tous les juifs du village. Edith fut déportée à Auschwitz avec l’une de ses sœurs puis dans d’autres camps avant d’être libérée en avril 1945.

Ce qui est particulièrement intéressant dans « Le pain perdu », c’est le récit de la vie d’Edith et de sa sœur après les camps. L’autrice nous décrit les difficultés qu’elle a éprouvé à trouver sa place dans le monde des vivants. Le retour dans son village natal est calamiteux, son séjour en Tchécoslovaquie est un échec. Personne ne veut voir les rescapés. Edith décide alors de rejoindre sa sœur partie s’installer en Israël. Mais là non plus, elle ne se sent pas à sa place. La terre promise, tant rêvée par sa mère, se révélera bien âpre. La désillusion est de taille et Edith Bruck décide de quitter le pays en intégrant une troupe de cabaret. C’est grâce à cela qu’elle trouve enfin le pays qui l’accueillera et où elle réside toujours : l’Italie.

Le témoignage d’Edith Bruck est aussi tragique qu’emprunt d’une vitalité extraordinaire. Écrit de manière directe, sans pathos, ce texte montre la trajectoire d’une femme qui refuse de se laisser dicter sa vie, refuse toute forme d’autorité et fait fi des difficultés, des obstacle qui se dressent devant elle après sa libération. « Le pain perdu » se clôt sur une lettre à Dieu absolument bouleversante : « (…) pitié oui, envers  n’importe qui, haine jamais, c’est pour ça que je suis saine et sauve, orpheline, libre et c’est ce dont je Te remercie, dans la Bible Hashem, dans la prière Adonai, et dans la vie de tous les jours, Dieu. »

Traduction René de Ceccatty

La trajectoire des confettis de Marie-Eve Thuot

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Xavier est barman et se voit commander des cerveaux par une excentrique cliente qui va rapidement l’obséder. Son frère aîné Zach s’épanouit dans un mariage très libre avec Charlie. Tandis que que leur frère cadet, Louis, change de copine tous les six mois et inscrit ses relations dans un schéma immuable. Leur père, Matthew, a quitté leur mère, Alice, en 1984 après l’avoir mise enceinte en même temps que sa maîtresse. Alice pourra se consoler dans les bras de Jacques, amoureux d’elle depuis toujours.

« La trajectoire des confettis » est une fresque ambitieuse qui entrelace les destinées de nombreux personnages. Marie-Eve Thuot nous fait voyager dans le temps, allant de 1899 à 2026. Les époques, les personnages se mélangent dans les différents chapitres sans que le lecteur ne soit jamais perdu. Chacun est tout de suite bien dessiné, bien décrit et les liens familiaux sont très clairement établis au fil des pages. Ils sont attachants ; leurs doutes, leurs failles, leurs réussites nous donnent envie de les suivre sur 600 pages. Le tourbillon d’évènements qui émaillent leurs vies est un régal à lire.

Marie-Eve Thuot aborde dans son roman les relations amoureuses, la sexualité avec des cas extrêmes : Zach qui a une vie sexuelle débordante et Xavier qui est abstinent depuis plusieurs années. L’autrice aborde beaucoup de situations, plus ou moins tabou et montre ainsi l’évolution des mœurs, les limites imposées par la société au fil des années. La situation des femmes est très présente avec la question de la maternité, de l’avortement, de la liberté sexuelle. Mais le roman ne laisse pas de côté d’autres thématiques actuelles et notamment celle de l’environnement et de l’extinction possible de l’espère humaine.

« La trajectoire des confettis » est un maelstrom de vie, une riche et ambitieuse galerie de personnages complexes et attachants, tout cela raconté avec intelligence et fluidité. Un premier roman enthousiasmant dont la construction très travaillée et aboutie m’a émerveillée.

La déesse des mouches à feu de Geneviève Pettersen

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1995, Chicoutimi-Nord, les parents de Catherine ne cessent de se déchirer jusqu’à finir par divorcer. L’adolescente va devoir apprendre à évoluer entre des parents incapables de se parler sans hurler, sans briser des objets. Pour son quatorzième anniversaire, sa mère lui offre « Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée ». En manque de repère, Catherine se plonge dans ce témoignage et fait de Christiane un modèle. Avec sa bande de copains, dans les centres commerciaux et dans une cabane en forêt, elle va se frotter à l’alcool, à la drogue, au sexe, aux brûlures de la jalousie et d’un cœur brisé.

« La déesse des mouches à feu » est le premier roman de Geneviève Pettersen et il a connu un franc succès au Québec. Une adaptation au cinéma est d’ailleurs sorti récemment en France. Le roman est l’illustration d’une adolescence difficile dans les années 90 au Québec. Les références culturelles, musicales surtout, sont bien présentes et permettent de nous replonger dans cette décennie. Le texte s’approche d’un journal intime, c’est assez décousu et souvent répétitif. L’auteur multiplie les scènes où les adolescents se retrouvent, écoutent de la musique, se droguent, découvrent le sexe. L’intrigue est également très ancrée dans un territoire. Et celui-ci commence par la langue et c’est sans doute là que le roman est original pour nous lecteurs français. Geneviève Pettersen écrit en québecois, celui de Chicoutimi. Même si la lecture n’est pas toujours évidente ( un glossaire se trouve à la fin du livre), c’est la lecture de cette langue qui m’a le plus intéressée. Le vocabulaire, aussi imagé que vulgaire, est souvent très cocasse.

« La déesse des mouches à feu » est le récit d’une adolescence paumée, sous le signe du grunge, au fin fond du Québec. Même si l’auteur rend bien compte d’une époque, le roman ne m’a pas vraiment emballée.