Mariage fantôme de David Park

« Les vies de tous ceux qui ont habité ici sont superposées, reliées à jamais à travers les âges depuis l’époque où le temps n’était rien de plus que le lever et le coucher du soleil et où des silhouettes spectrales fouillaient le rivage à la recherche de palourdes et de coques. » A Belfast, en 1920, George Allenby a été chargé de la création d’un lac sur la propriété de la famille Remington. Le chantier se fait dans des conditions dantesques. La pluie, la boue ramènent George dans les tranchées. Les visages des soldats, qui étaient sous ses ordres pendant la Grande Guerre, ne cessent de le hanter. Cent ans plus tard, Alex et Ellie souhaitent organiser leur mariage sur l’ancienne propriété des Remington qui est devenue un hôtel. La demeure principale n’étant pas disponible, la réception aura lieu dans le pavillon près du lac où George Allenby passa des nuits mémorables lors des travaux.

« Mariage fantôme » est le quatrième roman de David Park que je lis et j’apprécie la finesse avec laquelle il décrit les affects de ses personnages. George et Alex portent le poids du passé et de la culpabilité sur leurs épaules. Ils sont hantés par leurs actes et s’interrogent sur ce qu’ils auraient pu faire différemment. Oscillant entre les deux époques, le roman fait apparaitre les silhouettes et les voix des fantômes du passé. Les lieux, parcourus par George et Alex, abritent le souvenir des morts comme celui d’Evelyn, une secrétaire séduisante qui s’amuse du pouvoir qu’elle a sur les hommes et que nous croisons à plusieurs reprises dans le roman. Belfast, ses blessures et ses destructions, n’est pas qu’un simple décor, elle est au cœur de l’intrigue.

« Mariage fantôme » est un roman qui se déploie avec lenteur et qui se révèle bouleversant.

Traduction Cécile Arnaud

Une femme disparaît d’Ethel Lina White

Iris Carr est en vacances dans un joli village pittoresque aux confins de l’Europe avec sa bande d’amis. Ces derniers sont bruyants, vaniteux et se pensent tout permis. Iris se lasse de leur compagnie et décide de rentrer en Angleterre sans eux. Durant son voyage en train, elle fait la connaissance de Miss Froy, une femme entre deux âges, sans charme mais à l’énergie juvénile. Les deux femmes prennent le thé ensemble. Miss Froy a été gouvernante pour un monarque local et rentre chez ses parents âgés avant la prise d’un nouveau poste. De retour dans son compartiment, Iris s’assoupit. A son réveil, Miss Froy a disparu. Pire, personne ne se souvient d’elle dans le wagon. Iris aurait-elle rêvé la présence de cette sympathique dame ?

« Une femme disparaît » (« The wheel spins » en vo) date de 1936 et le roman d’Ethel Lina White a été adapté par Alfred Hitchcock en 1938, l’intrigue a été beaucoup remaniée. Celle-ci est un presque huis clos se déroulant dans le train intercontinental à destination de Trieste. Iris est une jeune femme mondaine, un peu superficielle mais elle est généreuse et tenace. Miss Froy s’est occupée d’elle alors qu’elle n’était pas dans son assiette après une insolation. Cela suffit à Iris pour se battre pour elle. Pourtant, elle ne rencontre qu’opposition, mensonges et les autres passagers vont tenter de lui faire perdre pied en lui faisant croire que Miss Froy n’existe pas. D’ailleurs, ses compatriotes anglais ne la soutiendront absolument pas. « Le monde entier semblait s’être coalisé pour mettre en déroute sa santé mentale. » Le fait qu’Iris soit une jeune femme séduisante contribue à son manque de crédibilité auprès des autres passagers. Elle est souvent qualifiée d’hystérique par les hommes. La tension psychologique va aller crescendo tout au long du roman.

Cela faisait longtemps que je souhaitais lire le roman d’Ethel Lina White et j’ai beaucoup apprécié sa construction pleine de rebondissements, de doutes et qui nous tient en haleine jusqu’au bout.

Traduction Annie Hamel

Dispute et autres nouvelles de Victoria Benedictsson

Après avoir découvert Victoria Benedictsson dans le recueil « Hiver au féminin » des éditions Honorine, j’ai approfondi ma connaissance de cette autrice suédoise grâce au recueil « Dispute et autres nouvelles » des éditions Cambourakis. Les six nouvelles sont extraites d’un volume paru en Suède en 1887. Victoria Benedictsson s’est beaucoup inspirée, dans son travail, du lieu où elle vivait et de ses habitants : Hörby, une petite localité campagnarde. Son œuvre s’inscrit pleinement dans une veine réaliste et démontre une grande acuité dans la description de la psyché de ses personnages. C’est tout particulièrement vrai dans « Le crime dans le sang » où Per, fou d’amour pour Anna, veut la posséder à tout prix. Victoria Benedictsson suit le cours de ses pensées durant la nouvelle et jusqu’au drame. Dans la nouvelle qui clôt le recueil, nous suivons M. Tobiasson, une sorte de Scrooge suédois, qui ne cesse d’osciller entre générosité envers les autres et égoïsme. Les gens du peuple, les paysans sont très présents dans le livre. Qu’ils vivent dans une communauté de pauvres ou qu’ils soient vachers, l’autrice les observe avec empathie et contrairement au jeune pasteur de « Au chevet du mourant », elle ne les juge pas. La tonalité plutôt sombre du recueil est éclairée par des moments lumineux d’altruisme, par exemple dans « La poule de la mère Malena », ou de réconciliation comme dans « La dispute ».

L’œuvre de Victoria Benedictsson mérite d’être mieux connue et lue, j’espère que d’autres traductions de ses nouvelles et romans suivront. Elisabeth Asbrink lui a consacré une biographie en 2022 qui n’est malheureusement pas traduite en français.

Traduction sous la direction d’Elena Bolzamo

Le jardin perdu de Jorn de Précy (Marco Martella)

Après avoir aimé « Fleurs », je découvre le texte d’un des hétéronymes de Marco Martella, « Le jardin perdu » de Jorn de Précy. Cet amoureux du jardinage serait né en 1837 à Reykjavik et il aurait rejoint l’Angleterre à 18 ans. Son livre, qui est une méditation sur l’art des jardins, aurait été publié en 1912. L’auteur y fait part de sa tristesse de voir le lien rompu entre les hommes et la nature. L’industrialisation, qui prend son essor à l’époque victorienne, le capitalisme ont tué le magie et le mystère des paysages. Les villes se ressemblent toutes, leur architecture a été créée pour la foule et non pour l’individu qui se retrouve bien seul dans ces environnements hostiles.

Le jardin se présente alors comme un refuge, un lieu de désobéissance face à la modernité et au progrès. « Il se peut que la seule raison de cette singularité du jardin vienne du fait que sa matière première est la nature, c’est-à-dire la vie. Et la vie est tout ce qui échappe au pouvoir de la société hautement civilisée, ce qu’elle ne sait pas, pour le moment, transformer en marchandise. » Les propos de Jorn de Précy se font écologiques lorsqu’il explique que le jardinier n’est pas propriétaire de la terre, il en est seulement le gardien. Chacun devrait se comporter de la sorte avec la planète (on est bien loin…).

L’auteur ne cache pas son peu de goût pour les jardins à la française, trop ordonnés et raisonnables. Il leur préfère les jardins à l’anglaise, touffus, sans géométrie où les plantes sauvages sont libres de croître au milieu de celles plantées par le jardinier. Jorn de Précy aurait créé un jardin flamboyant, dense dans sa propriété de Greystone dans l’Oxfordshire. Etant donné la description qui en est faite dans « Le jardin perdu », il est vraiment regrettable qu’il n’ait jamais existé !

« Le jardin perdu » est un essai jubilatoire, malicieux et qui décrit les jardins comme des lieux de poésie, de bonheur profond et de reconnexion avec la nature. Marco Martella, par la voix de Jorn de Précy, « (…) ne prône qu’une forme de rébellion : le jardinage. Faites des jardins ! De vrais jardins, bien sûr, des lieux insoumis, hors normes. » On ne peut imaginer révolution plus réjouissante.

Les miettes de Lukas Bärfuss

Adelina naît à Zurich dans les années 50. Elle est fille d’immigrés italiens, son grand-père fut un partisan de Mussolini. L’enfant se révèle peu douée pour l’école au grand désespoir de son père qui s’imagine écrivain. Ce dernier meurt lorsqu’Adelina a 18 ans, laissant derrière lui de fortes dettes. La jeune fille venait de découvrir son talent pour la broderie mais elle doit abandonner son apprentissage pour aller à l’usine. Elle rencontre Toto, qui travaille sur des chantiers. Leur amour perdure jusqu’à la naissance de leur fille Emma. Le père prend alors la poudre d’escampette et Adelina se retrouve seule à subvenir à leurs besoins et à rembourser les dettes de son père. « Elle était lasse de tous ces efforts, de ces vicissitudes, lasse du travail, lasse d’Emma, lasse des ennuis, de l’argent, du souci d’en trouver, aujourd’hui et dans un avenir proche. » 

« Les miettes » de Lukas Bärfuss est un passionnant roman sur la violence du déterminisme social. Adelina, qui est sortie de l’école sans savoir lire ou écrire, est victime des erreurs de son père, qui lui a même avait souffert en raison du sien. La faute originelle, que semble payer la famille, est celle du grand-père qui s’est rangé du côté du fascisme après la grande guerre. Ses relations avec son fils se sont compliquées lorsqu’il a découvert les origines slaves de la famille de sa femme. Son mépris se transmettra à la génération suivante puisqu’Adelina subira celui de son père qui la considère comme une idiote et une insulte à son intelligence. Pauvreté, racisme, domination masculine, avec un tel bagage l’héroïne de Lukas Bäfuss avait peu de chance de s’en sortir et sa relation avec sa fille en pâtit nécessairement. Cet engrenage terrible fait de détestation filiale et de déterminisme social va précipiter le destin d’Adelina pour aboutir à une fin déchirante.

J’ai appris avec joie que ce roman captivant était annoncé comme la première partie d’une trilogie. Je me réjouis déjà de lire la suite.

Traduction Camille Luscher

Les fantômes de Shearwater de Charlotte McConaghy

L’île de Shearwater se situe en plein océan austral. En plus des otaries, des albatros, des manchots royaux et des gorfous de Schlegel, elle abrite Dom Salt et ses trois enfants, Raff, Fen et Orly, qui habitent dans le phare. Shearwater accueillait des chercheurs scientifiques partis depuis peu. La famille Salt va également bientôt quitter l’île qui risque à tout moment d’être submergée. Dom a, jusqu’au départ, la garde de la précieuse réserve de graines établie par le scientifiques. « La Réserve mondiale de semences de Shearwater a été construite pour résister à toutes sortes d’attaques du monde extérieur ; sa fonction était de survivre à l’espère humaine, de continuer d’exister au cas où un groupe d’individus devrait un jour recréer à partir de zéro la chaine alimentaire qui nous nourrit. » Un soir de tempête, une femme gravement blessée s’échoue sur la plage. Rowan va être soignée par les habitants du phare qui vont s’interroger sur sa présence dans ces eaux hostiles et glacées.

Après « Migrations », je continue ma découverte de l’œuvre de Charlotte McConaghy. On retrouve ici ses préoccupations pour l’environnement. Dans ce roman, la catastrophe n’a pas encore eu lieu mais les signes avant-coureurs sont là : submersion de l’île, incendies en Australie, conservation des graines. Les paysages, les éléments, superbement décrits, ainsi que les animaux sont partie prenante de l’intrigue. Ces derniers font également partie des fantômes du titre puisque l’île a abrité des chasseurs de phoques et de baleines (certains passages m’ont fait penser à « L’île des chasseurs d’oiseaux » de Peter May).

L’intrigue se déroule à huis clos, de manière polyphonique, chaque personnage prend la parole à tour de rôle. Le climat entre eux est tendu et l’on comprend dès le début que les non-dits et les mensonges plombent les relations entre Rowan et la famille Salt. Tout le sel de l’histoire se situe là puisque les personnages sont attachants et que l’on redoute ce que l’on va apprendre sur eux.

« Les fantômes de Shearwater » se dévore, j’ai apprécié la puissance évocatrice des descriptions de la nature, les personnages particulièrement bien campés et je suis ravie de savoir qu’il me reste à découvre le deuxième roman de Charlotte McConaghy « Je pleure encore la beauté du monde ».

 

Ecarlate de Christine Pawlowska

« Jamais, jamais je ne deviendrai adulte. Ce n’est pas vrai. Ce n’est pas possible. Jamais je ne deviendrai comme ces écrasantes grandes personnes qui oppressaient mon enfance par la sécheresse de leurs raisonnements. » Ainsi s’ouvre l’unique texte de Christine Pawlowska publié en 1974 au Mercure de France et réédité par les Editions du sous-sol accompagné par la biographie de Pierre Boisson « Flamme, volcan, tempête. Un portrait de Christine Pawlowska ». Ecrit sous forme de fragments, ce récit d’apprentissage rend compte des sentiments ardents, intenses d’une jeune femme qui refuse de grandir et de s’assagir. Qu’elle parle de la détestation de sa mère, son amour pour son amie Melly, rien n’est tiède chez Christine Pawlowska. « Mais moi, j’aimais le feu, je l’aimais  jusqu’à la brûlure, j’aimais l’amour jusqu’à la plaie et le vie jusqu’à la mort. Moi, je n’étais pas raisonnable. » Son récit est poignant, habité par une pulsion de vie puissante et une mélancolie tenace quand l’amour l’abandonne.  Elle veut vivre pleinement, que la vie soit douleur ou fulgurance. Le texte de Christine Pawlowska vibre d’une sincérité, d’une passion déchirante, il porte en lui l’absolu de la jeunesse.

« Ecarlate » fut un succès à sa sortie et son autrice fut saluée comme un talent prometteur. Malheureusement, ce texte incandescent fut le seul publié par Christine Pawlowska et c’est ce qui a poussé le journaliste Pierre Boisson a enquêté sur elle. J’espère lire très bientôt son travail qui nous apprend plus sur la vie de cette autrice.

Les fantômes de Rome de Joseph O’Connor

Rome, février 1944, la ville est toujours occupée par les troupes de Paul Hauptmann, chef de la Gestapo. Les alliés ont débarqué à quelques kilomètres de là et ils commencent à bombarder Rome. Leur progression est néanmoins lente. Le groupe de résistants du père Hugh O’Flaherty opère toujours depuis le Vatican en se faisant passer pour une chorale. Mais le Chœur commence à se disperser : Enzo Angelucci est retourné auprès de sa famille, Delia Kiernan et sa fille Blon ont rejoint l’ambassade d’Irlande. Les autres membres s’entassent au Vatican et les opérations, nommées Redimenti, se révèlent de plus en plus dangereuses. Hauptmann, voyant l’arrivée des alliés, devient de plus en plus féroce. Il réquisitionne le palais de la Contessa Giovanna Landini, proche de Hugh O’Flaherty et nargue le peuple romain.

« Les fantômes de Rome » est le deuxième volet de la trilogie de Joseph O’Connor consacrée à ce groupe de résistants qui a œuvré au sauvetage et à l’évasion de fugitifs, de prisonniers et de juifs. Nous avions laissé le Chœur en décembre 1943 après un Redimento périlleux et nous les retrouvons ici, le jour du mercredi des Cendres, à un moment de fragilité. Joseph O’Connor choisit cette fois de mettre en lumière Giovanna Landini, une aristocrate qui n’hésite pas à s’enfuir par les égouts, à patauger dans la boue ou à se déguiser en homme. Pour le lecteur, c’est un réel plaisir de retrouver les personnages de « Dans la maison de mon père » qui viennent tous de milieux très différents mais qui font preuve d’un courage et d’une générosité exemplaires.

Outre cette formidable galerie de personnages, j’ai retrouvé dans ce tome ce qui faisait la force du premier  : un récit haletant qui s’accélère dans les derniers chapitres, une construction maîtrisée qui fait des aller-retours entre 1944 et les années 60 au travers de mémoires et d’interviews des membres du chœur. Et puis, il y a Rome, celle des ruelles étroites, des passages secrets dans les palazzi, des tunnels, des ruines et des cimetières où les fugitifs peuvent trouver refuges. L’âme de la ville, de ses habitants qui jettent des briques sur les soldats allemands, est parfaitement rendue par Joseph O’Connor.

Comme dans « Dans la maison de mon père », « Les fantômes de Rome » est un roman addictif qui nous fait sans cesse craindre le pire pour ses personnages si plein de bravoure et d’audace. Vivement la suite !

Traduction Carine Chichereau

Le berger de l’Avent de Gunnar Gunnarsson

Le premier dimanche de l’Avent, Benedikt se prépare à prendre la route pour se rendre dans les montagnes. Chaque année, il s’y rend pour ramener les moutons égarés. Il ne part pas seul, il est accompagné dans son périple par son chien Leo et son bélier Roc. Ils vont de ferme en ferme jusqu’à atteindre des contrées sauvages où des abris de fortune les attendent. La neige recouvre tout, un calme profond règne sur les paysages. Pourtant, quelque chose inquiète Benedikt. « Cependant, il ne peut libérer son esprit d’une sorte de pressentiment. Ni le ciel, ni la terre ne lui paraissent de bon augure. Il s’enfonce lourdement dans la neige molle, il grimpe la pente dans ce qui reste de lumière du jour, sans pouvoir trouver le calme. Il connait trop les signes du mauvais temps. Aurait-il du rester chez lui ? »

« Le berger de l’Avent » est une novella d’une soixantaine de pages qui nous immerge dans les paysages rudes et hostiles de l’Islande. Benedikt est un homme simple, humble, de 54 ans et qui a fait 27 fois ce voyage de l’Avent. Sa détermination, malgré les difficultés rencontrées, force l’admiration et rend le personnage immédiatement touchant. Son lien puissant avec la nature et ses animaux l’est également. Gunnar Gunnarsson réussit à rendre le caractère de chacun des animaux : Roc est sérieux, fiable et courageux, Leo est fougueux et est le seul capable de retrouver son chemin, même pendant une tempête. Durant son périple, Benedikt réfléchit au chemin parcouru, aux rêves qu’il a du enfouir, au sens de la vie et à celui de la période de l’Avent.

« Le berger de l’Avent » est un texte qui semble simple mais il recèle une grande beauté, une poésie et une profondeur qui accompagnent le lecteur même une fois la lecture achevée.

Traduction Gérard Lemarquis et Maria S. Gunnarsdottir

Jeunes loups de Colin Barrett

Après avoir découvert Colin Barrett avec son premier roman « Fils prodigues », j’ai eu envie de lire son recueil de nouvelles « Jeunes loups » paru en 2016 en France. Les sept nouvelles se déroulent dans le comté de Mayo dans la petite ville imaginaire de Glanbeigh à l’ouest de l’Irlande. Une bourgade très ordinaire, peu animée qui abrite de jeunes gens déjà fracassés, tuant l’ennui à coups de pintes et de cannabis. Jimmy, 25 ans, passe son weekend à boire pour oublier la fille qu’il l’aime et qui en épouse un autre. Bat, qui a eu le visage dévasté par une petite frappe, évite les sorties et boit seul sur le toit de la maison de sa mère. L’avenir semble totalement bouché si l’on ne quitte pas Glanbeigh. Les filles tombent enceintes trop jeunes et les garçons tombent souvent dans la délinquance et la violence. C’est le cas de Arm, héros de la plus longue nouvelle du recueil (« Le calme des chevaux »), qui est devenu le garde du corps et le cogneur de son ami Dympna, dealer de cannabis.

Colin Barrett excelle dans ses nouvelles à planter un décor lugubre, une atmosphère de désœuvrement, de pauvreté. La mélancolie, les regrets mais également la rage habitent les personnages de ces nouvelles dont les sentiments sont finement observés. L’espoir apparait peu dans leur quotidien. Pourtant dans « Sur la lune », une petite dose de poésie vient illuminer l’ensemble grâce au sms d’un videur à sa passade estivale repartie à l’université de Galway.

Tout le talent de Colin Barrett était déjà bien présent dans ce recueil de nouvelles bouleversantes, saisissantes sur le quotidien sans espoir des jeunes gens du comté de Mayo.

Traduction Bernard Cohen