Ida Brandt de Herman Bang

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A 28 ans, Ida Brandt travaille comme infirmière dans un hôpital de Copenhague. Fille d’un régisseur du Jütland, Ida a grandi dans l’immense propriété de Ludvigsbakke entourée par le personnel du propriétaire des lieux. A la mort de son père, sa mère et elle doivent déménager. Finies la vie idyllique au grand air et les promenades en forêt, les deux femmes s’installent en ville. C’est après le décès de sa mère que Ida décide de devenir infirmière malgré un important héritage. Ses collègues de l’hôpital ne comprennent d’ailleurs pas pourquoi elle travaille et prend la place de quelqu’un d’autre. C’est dans cet établissement qu’elle retrouve Karl Von Eichbaum qu’elle avait côtoyé à Ludvigsbakke. Elle en tombe éperdument amoureuse.

Herman Bang (1857-1912) est un grand auteur danois  que nous redécouvrons en France grâce aux éditions Phébus. Ida est un personnage effacé, extrêmement discret qui n’ose pas s’imposer. Elle se retrouve entre deux mondes sans être jamais à sa place. Elle est trop riche pour être acceptée par ses collègues infirmières mais pas assez pour faire partie de la bourgeoisie à laquelle appartient Karl. Elle semble sans cesse mise à l’écart. La couverture du livre est particulièrement bien choisie, Ida m’a évoquée les peintures de  Vilhem Hammershoï qui montre des personnages seuls, isolés dans leur monde. L’histoire de Ida Brandt m’a également fait penser à Tchékov. Un long flash-back nous ramène au temps de la vie à Ludvigsbakke. La vie y était douce et Ida nourrit une véritable nostalgie pour cette époque. La beauté du lieu, l’innocence de l’enfance étaient alors protégées. Elles seront corrompus par l’entrée dans l’âge adulte. Ida souffrira également d’un amour malheureux comme nombre des héroïnes du dramaturge russe. En effet, Karl est un jeune homme désinvolte, inconséquent. Ida, altruiste et généreuse, paiera ses dettes, l’entretiendra pendant un certain temps. Elle ne vit que pour le contentement des autres et Karl lui explique qu’elle n’exige pas assez de la vie. Mais jamais, elle ne se plaindra, elle intériorisera sa douleur face au rejet de la classe sociale à laquelle appartient Karl. Herman Bang aurait pu écrire une roman psychologique mais c’est aux détails du quotidien, aux gestes qui les accompagnent qu’il apporte toute son attention. Ils trahissent les émotions, les sentiments de chaque personnage. Sa plume est délicate, parfois elliptique.

« Ida Brandt » fut une jolie découverte, Herman Bang dresse le portrait d’une femme sensible, trop altruiste qui se laisse dominer par les autres. Je lirai sans aucun doute « Mikaël », autre roman de l’auteur paru également chez Phébus, et qui se déroule dans le Paris artistique du XIXème siècle.

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Le ghetto intérieur de Santiago H. Amigorena

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Dans « Le ghetto intérieur », Santiago H. Amigorena brise le silence qui a tant pesé sur sa famille. Ancien capitaine de l’armée polonaise, Vicente Rosenberg, le grand-père de l’auteur, s’est installé en Argentine en 1928. Il s’est marié à Buenos Aires avec Rosita Szapire, y a fondé une famille et il prospère comme marchand de meubles. Mais à partir de 1940, les échos, de ce qui se déroule en Europe, sont de plus en plus sombres et de nombreux réfugiés débarquent en Argentine après avoir fui l’Europe. De Varsovie, Vicente reçoit des lettre de sa mère, restée là-bas avec son autre fils. Les lettres deviennent de plus en plus sporadiques et la dernière reçue va bouleverser Vicente. Elle date du 9 décembre 1940 et sa mère y explique la clôture du ghetto de Varsovie. A partir de ce moment, Vicente se refuse à prononcer un seul mot.

« Le ghetto intérieur » nous plonge directement dans les affres de la culpabilité de Vicente Rosenberg. Il porte le poids de ceux qui ont survécu à la Shoah. Et sa situation est aggravée par le fait qu’il suit les événements à distance. Et ce qu’il apprend est loin  de refléter le calvaire enduré par ses proches. Il n’apprendra que plus tard que sa mère fut déportée à Treblinka et que son frère est mort avec sa femme lors du soulèvement du ghetto de Varsovie. Santiago H. Amigorena nous rappelle en parallèle de la vie de son grand-père, les dates des décisions prises par l’administration nazie, celles que Vicente ne connaîtra que lorsqu’il sera trop tard. Tous ces événements interrogent l’identité même de Vicente qui ne se sentait pas particulièrement juif et qui avait arrêté de parler yiddish en arrivant en Argentine. « A Varsovie, Vicente avait fait partie de cette bourgeoisie éclairée qui en avait eu assez d’être juive si être juif signifiait se vêtir toujours de noir et être un peu plus archaïque que son voisin. Etre juif, pour lui, n’avait jamais été si important. Et pourtant, être juif, soudain, était devenu la seule chose qui importait. » Toute sa personnalité est remise en cause.

Face à l’horreur, aux cataclysmes que représentent les lettres de sa mère et dont il ne parle pas à sa femme, Vicente ne veut plus penser, notamment au fait qu’il n’a pas insisté pour que sa mère le rejoigne. Vicente décide alors de ne plus parler, il se mure dans le silence, il se crée un ghetto intérieur. L’incompréhension, l’amour de sa femme et de ses enfants n’y changeront rien. Vicente reste muet, pire il se met à jouer au poker tous les jours , une échappatoire supplémentaire à sa douleur.  » « Se taire. Oui, se taire. Ne plus savoir ce que parler veut dire. Ce qu’un mot désigne, ce qu’un nom nomme. Oublier que les mots, parfois, forment des phrases. » Le silence, comme le jeu, espérait-il, l’aiderait à apaiser ses tourments. Il aspirait à un silence si fort, si continu, si insistant, si acharné, que tout deviendrait lointain, invisible, inaudible – un silence si tenace que tout se perdrait dans un brouillard de neige. » Et c’est avec une grande sobriété et beaucoup de justesse que Santiago H. Amigorena rend hommage à son grand-père dont la douleur d’avoir survécu était au-delà des mots et de toute forme de communication.

« Le ghetto intérieur » est un livre remarquable, d’une grande profondeur qui nous montre le poids incommensurable de la culpabilité des survivants à la Shoah.

Oyana de Eric Plamondon

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« J’ai décidé d’écrire parce qu’il m’est impossible de parler ; je pense que je ne veux pas entendre les mots que je dois dire. Certains en particulier… Les écrire me donne la possibilité de les détruire au dernier moment, s’il le faut. Il me semble plus simple de regretter ce que j’ai écrit que ce que j’aurais dit. » Le 5 mai 2018 à Montréal, Oyana découvre dans le journal la fin de l’E.T.A. La vie qu’elle a construite depuis vingt trois ans au Canada avec Xavier, médecin anesthésiste, vacille. Celle-ci est construite sur des mensonges. Oyana a fui la France et le pays Basque avec une nouvelle identité, elle s’est inventée un passé loin de ses racines, loin de la violence des attentats. Mais, la fin de l’E.T.A signifie pour elle un possible retour, la fin de sa fuite. Mais, au préalable, elle doit avouer à son compagnon qui elle est, ce qu’elle a fait et lui annoncer son départ.

J’ai découvert cet été la plume d’Eric Plamondon avec « Taqawan« , j’ai choisi de poursuivre ma découverte avec son dernier livre : « Oyana ». Les deux derniers romans de l’auteur québécois ont d’ailleurs beaucoup de points communs aussi bien sur le fond que sur la forme. « Taqawan » évoquait la volonté d’indépendance du Québec mais également celle de la tribu des indiens Mi’gmaq. Ici, il est question de celle des basques espagnols et français qui souhaiteraient la naissance d’un état regroupant leurs provinces. Comme dans « Taqawan », l’histoire qui nous est racontée, celle d’Oyana, est entrecoupée par des explications historiques. Ici, c’est le début des attentats de l’E.T.A qui nous est expliqué. Eric Plamondon rappelle la volonté de Franco de détruire toute velléité d’indépendance basque en attaquant certaines villes (Durango et Guernica), en interdisant la langue basque, en assassinant des milliers de personnes. L’E.T.A répliquera le 20 décembre 1973 avec l’attentat contre le premier ministre de Franco, Luis Carrero Blanco. Cette date est également la date de naissance d’Oyana, qui, sans le savoir, est inextricablement liée à cet événement et à la lutte indépendantiste basque. Malheureusement, la violence se poursuivra bien après la mort du dictateur espagnol.

« Taqawan » nous parlait de pêche au saumon, « Oyana » nous parle de pêche à la baleine. Les pêcheurs basques, voyant les baleines fuir leurs côtes, ont traversé l’Atlantique et ont découvert Terre-Neuve. L’histoire de ces pêcheurs tisse un lien entre les deux parties de la vie d’Oyana, elle rattache son passé à son présent. C’est le talent d’Eric Plamondon de réussir à entremêler différents fils narratifs, de mélanger récit et Histoire apportant ainsi plus de profondeur, de densité à ses intrigues.

« Oyana » est le deuxième roman d’Eric Plamondon que je lis. Comme « Taqawan », j’ai apprécié la construction mêlant Histoire et intrigue de manière fort judicieuse. J’ai néanmoins préféré ma première lecture dont l’originalité et la force du récit m’avaient totalement séduite.

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Taqawan de Eric Plamondon

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Le 11 juin 1981, 300 policiers de la Sûreté du Québec pénètrent dans la réserve de Restigouche où vivent les indiens Mi’gmaq. Ils sont venus pour confisquer les filets de pêche des indiens. En ce jour de juin débute « la guerre du saumon », d’autres descentes de police auront lieu, ainsi que de nombreuses arrestations. Océane, jeune indienne de 15 ans, sera frappée par la violence faite à sa communauté et la subira elle-même. Elle sera heureusement épaulée par Yves Leclerc, agent de conservation de la faune et William, un indien vivant seul dans les bois.

« Taqawan » est un roman surprenant et particulièrement original. L’intrigue principale tient du roman noir et l’on y suit Océane, Yves et William. Entre les chapitres consacrés à celle-ci, Eric Plamondon nous parle de l’histoire de la colonisation du Québec , de celle des indiens Mi’gmaq et de leurs traditions, de la vie du saumon (taqawan est un saumon qui, après avoir voyagé jusqu’à la mer, revient pour la première fois dans sa rivière natale). L’ensemble, parfaitement cohérent, montre la terrible façon dont le Québec à traiter ses autochtones. « Ici, on a tous du sang indien et quand ce n’est pas dans les veines, c’est sur les mains. »  Le Québec, en lutte avec le Canada pour affirmer son autonomie et sa langue, est dans l’incapacité d’accorder la même chose aux indiens Mi’gmaq. L’intrusion dans la réserve est en fait une réponse du Québec au Canada puisque la réserve de Restigouche dépend du gouvernement fédéral. Interdire la pêche au saumon aux indiens est un non-sens et une négation de leurs traditions. Ils la pratiquent depuis des millénaires et de manière parfaitement raisonnée, contrairement aux tonnes de poisson pêchées chaque année par le Canada. Nous ferions bien de prendre modèle sur les Mi’gmaq qui savent respecter la terre et ses ressources.

Avec une multiplicité de points de vue, de perspectives, Eric Plamondon réussit le tour de force d’écrire un roman noir tout en nous parlant de la colonisation du Québec et de l’histoire de la tribu Mi’gmaq. Un court roman original et captivant.

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Trouble de Jeroen Olyslaegers

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Wilfred Wils est très âgé, au seuil de sa vie il veut se confier à son arrière-petit-fils qu’il n’a jamais rencontré. Il veut surtout lui parler de la période de la seconde guerre mondiale. Wilfred était policier à Anvers durant l’occupation allemande. Dans cette ville, la communauté juive est importante, nombreux sont ceux qui sont diamantaires. Ils attirent donc la jalousie, l’envie et ce bien avant l’arrivée des nazis. Comment le jeune Wilfred s’est-t-il se comporter durant cette sombre période ?

« Trouble » de Jeroen Olyslaegers sonne comme un avertissement. En ces temps troublés, l’auteur nous tend un miroir qui nous permet de nous interroger sur les zones grises de l’âme humaine. Car Wilfred n’est pas un salaud absolu, Jeroen Olyslaegers ne crée pas un monstre qu’il serait facile de détester. Wilfred est un être ambigu comme sa ville d’Anvers. Celle-ci est à la fois capable d’envoyer des policiers protéger une synagogue et de demander aux mêmes agents de rafler des familles entières. 26 000 juifs furent arrêtés et déportés d’Anvers. Wilfred participe  aux arrestations sans que cela ne le questionne. Il obéit aux ordres de sa hiérarchie. Il fréquente des antisémites notoires mais également des résistants comme son ami Lode. Le personnage central du roman est un salaud ordinaire, de ceux qui ne choisissent pas leur camp. Et c’est cette ambiguïté morale qui fait tout l’intérêt du roman et que Wilfred tente d’expliquer au travers de sa confession. D’ailleurs, il ne tente ni de s’excuser, ni de justifier ses actes même si ceux-ci lui coûteront cher des décennies plus tard. Il a juste fait en sorte de rester vivant, de s’en sortir et il s’est finalement comporté comme une majorité d’anversois. Ce sont les autres qui finiront par lui renvoyer une image négative de lui-même.

Jeroen Olyslaegers met à nu le passé de sa ville au travers du portrait de Wilfred Wils. Avec âpreté et brio dans sa construction, son récit questionne les actes d’un homme mais également d’une communauté.

Edith & Oliver de Michèle Forbes

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Belfast, 1906, Edith croise la route d’Oliver Fleck, illusionniste. Ils passent une soirée arrosée ensemble et ne se quittent plus. Edith accompagne au piano les numéros de son mari dans les différents music-halls de sa tournée. Mais elle tombe rapidement enceinte et accouche de jumeaux : Agna et Archie. Elle doit donc rester à la maison pendant qu’Oliver part en tournée. Oliver fourmille d’idées nouvelles et rêve d’un spectacle en solo. Malheureusement, aucun directeur de music-hall ne veut le voir en haut de l’affiche. Oliver continue donc ses petites tournées, dort dans des chambres de plus en plus minables et son amertume grandit au fil des jours.

Je découvre Michèle Forbes avec son deuxième roman et j’ai beaucoup apprécié ma lecture. La facture du roman est classique, l’écriture est fluide et poétique. Le récit se fait par flash-backs. Il s’ouvre en effet en 1922 sur la jetée de Dun Laoghaire où Edith et sa fille vont embarquer pour se rendre à Holyhead, au nord du Pays de Galles. Le chapitre suivant nous ramène en 1905 à Belfast. De même, l’enfance de Oliver sera évoquée par des retours en arrière. Michèle Forbes utilise également l’ellipse, c’est le cas dans la scène d’ouverture du chapitre 2, le lendemain de la rencontre d’Edith et Oliver. Une scène extrêmement bien construite, enlevée et originale puisque l’on n’assiste pas à la rencontre des deux protagonistes.

« Edith & Oliver » est avant tout le récit d’une chute, celle d’Oliver. Il est habité par une véritable fièvre de la scène, par un orgueil démesuré qui l’aveuglent totalement. Oliver est persuadé d’être le plus talentueux des illusionnistes et veut le montrer au monde. Son enfance douloureuse, la réussite sociale de son frère Edwin renforcent en lui cet foi inébranlable en son destin. Sa chute sera cruelle et inexorable. Michèle Forbes, que j’ai eu la chance de rencontrer, compare la chute d’Oliver à celle de « Jude l’obscur » de Thomas Hardy, une  même foi absolue en leur réussite les habite.

Face à Oliver, Edith est un roc qui fait tout son possible pour maintenir sa famille à flot. Femme active qui travaille, ce qui n’est pas le sort de toutes les femmes à l’époque, elle se sacrifie pour élever sa famille. Autre personnage fort du roman, Agna qui est finalement celle qui sera la plus résistante, celle sur qui Edith pour s’appuyer à la fin. Ce personnage mutique, d’une sagesse infinie, est extrêmement attachant et Michèle Forbes a d’ailleurs très envie de le reprendre dans un autre roman.

« Edith & Oliver » est également l’occasion pour Michèle Forbes de parler d’un sujet qui lui tient à cœur, les coulisses du spectacle. Elle est elle-même actrice de théâtre et son grand-père dirigeait un music-hall. Elle montre avec beaucoup de réalisme les conditions extrêmement difficiles de ces artistes du bas de l’affiche qui vivent dans des conditions misérables. Le cinéma commence à apparaître et aggrave la situation de ces petits artistes qui courent le cachet.

« Edith & Oliver » est à la fois une histoire d’amour passionnée et dramatique et le récit de la vie des artistes de music-hall à l’époque edwardienne. La plume de Michèle Forbes est très évocatrice et elle nous plonge totalement dans son univers.

Merci aux éditions Quai Voltaire pour cette découverte.

Les enfants de cœur de Heather O’Neill

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Rose et Pierrot sont nés en 1914 et tous les deux ont été abandonnés par leurs mères. Ils sont élevés ensemble dans un orphelinat tenu par des bonnes sœurs. Les enfants y sont traités avec dureté, voire avec brutalité. C’est le cas avec l’une des sœurs attirée par Pierrot et qui fait subir des sévices corporels à Rose car les deux enfants sont inséparables. Tous deux sont hors du commun : Pierrot est un très grand pianiste et Rose l’accompagne d’incroyables pantomimes. Leur duo illumine le visage des autres orphelins. La mère supérieure voit là une source de revenus possible. Elle les envoie exercer leurs talents dans les salons des riches membres de la communauté. Pierrot et Rose sont enchantés mais leur bonheur est de courte durée. Bientôt les deux enfants sont séparés sans savoir où l’autre se trouve.

« Les enfants de cœur » est vraiment un roman très surprenant. Nous sommes dans un conte naïf, tout en étant plongés dans la réalité cruelle de le Grande Dépression à Montréal. La candeur côtoie la crudité, notamment celle de la langue et du désir. L’histoire d’amour de Rose et Pierrot est pavée de perversités. Celles-ci débutent dès l’orphelinat puisque Rose est persécutée physiquement et que Pierrot subit des abus sexuels. Une fois séparés, les chapitres alternent les récits concernant les destins de Rose et de Pierrot. La Grande dépression, la pauvreté vont décider de leurs destinées. Pierrot quitte l’orphelinat car un homme riche admire ses talents de pianiste. A la mort de ce dernier, il se retrouve à la rue où il partage le quotidien de prostituées. Il plonge également rapidement dans la drogue. Plutôt que de se retrouver à la rue, Rose devient la maîtresse d’un caïd de la drogue. « Elle aimait l’idée d’être une fille perdue. Elle était curieuse de voir ce qu’il adviendrait  d’elle si pas un homme ne l’épousait. Ça lui semblait le moyen le plus probable de vivre une aventure. Même si elle était capable de faire rire les gens à longueur de journée, elle voulait parfois être tragique. » Sa position de maîtresse attitrée lui apprendra surtout que la femme est très loin d’être indépendante et que la société est dirigée exclusivement par les hommes. A partir de là, le but de Rose sera de devenir libre et de ne dépendre d’aucun homme, même de Pierrot. Heather O’Neill crée un univers véritablement original avec deux personnages atypiques et fantasques, plein d’imagination et de créativité. La pureté de leur amour est mis à rude épreuve face à la débauche et aux vices.

« Les enfants de cœur » est un roman aussi fantaisiste que tragique, mélangeant légèreté et noirceur, et où l’imagination peut sauver deux êtres malmenés par la vie.