Le château de mes sœurs de Blanche Leridon

Le point de départ de l’essai de Blanche Leridon est un mot manquant, celui désignerait une fratrie féminine (elle évoque la proposition de l’historien Didier Lett d’utiliser le mot sororie). L’essayiste relie cet oubli de la langue française aux nombreux clichés, préjugés qui accompagnent les filles. A travers de très nombreux exemples puisés dans la littérature, l’histoire, la mythologie, la pop culture, Blanche Leridon tente de les déconstruire.

« Les filles nombreuses sont dangereuses, réprouvées ». Entre la loi Salique, l’entail et la dot, les filles coûtent cher à marier et elles ne peuvent pas hériter des biens de la famille (c’est le point de départ de ‘Raison et sentiment » de Jane Austen). Il vaut donc mieux éviter d’avoir plusieurs filles. Cette préférence pour les fils à perdurer très longtemps en Chine, en Inde ou en Arménie. Elle a aussi laissé des traces aujourd’hui dans certaines conditions d’héritage qui privilégient les garçons.

Autre préjugé, les filles doivent ressembler aux petites filles modèles de la comtesse de Ségur. Une fille doit être raisonnable, savoir se contenir et être dociles. Si elles ne le sont pas, si elles s’affranchissent, elles sont considérées comme des sorcières. Et les rapports entre les sœurs ne peuvent être basés que sur la rivalité, la jalousie (elle est peut être inventer de toute pièce comme entre Catherine Deneuve et Françoise Dorléac ou Venus et Serena Williams). Sentiments qui forcément les éloignent avec l’âge adulte, au moment où il faut créer sa propre famille.

Blanche Leridon oppose à ses préjugés de nombreux contre-exemples réjouissants (dont le sien puisqu’elle a deux sœurs) et évoque également la puissance créatrice du groupe (les sœurs Brontë, les sœurs Boulanger, etc…). « En s’ennuyant ensemble, elles peuvent confronter leurs imaginaires, mêler leurs créativités. » L’éducation des sœurs, tournée vers l’intérieur, peut aussi être une source stimulante de création.

Dans « Le château de mes sœurs », la démonstration de Blanche Leridon est limpide, pertinente, son analyse solide et étayée. Son essai se lit avec beaucoup de plaisir notamment grâce à la richesse de ses sources.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.