
Peu de livres lus en ce mois de juin mais toutes m’ont séduite, ce qui n’est déjà pas mal ! A commencer par « La sorcière de Londres » de Nina Six qui est aussi originale et fantastique que les romans de Stella Benson dont elle parle. J’ai ensuite retrouvé avec un immense plaisir Margaret Kennedy et sa « Pièce montée ». J’ai ensuite découvert la plume poétique de Elizabeth Myers et son très singulier roman « Feuilles dans l’eau ». J’ai également lu une austenerie française de qualité et pleine de charme : « Chère Jane » de Béatrice Egémar. Enfin, j’ai terminé le mois avec un roman que je souhaite lire depuis longtemps « Une femme disparaît » d’Ethel Lina White qui a inspiré Alfred Hitchcock.
Côté cinéma, j’ai vu cinq films dont voici mes préférés :

Lucien est un frêle jeune homme, rêveur et gay ce que ne supporte pas sa conservatrice de mère. Cette dernière est d’ailleurs une ministre autoritaire et intransigeante. Son fils lui cache son immense adoration pour Jim Parfait, une icône de la scène gay aux abdos saillants et aux nombreux followers. Une nuit, Lucien fait le mur pour enfin rencontrer son idole. Il assiste, médusé, à la chute de Jim Parfait. Il est en effet atteint d’une nouvelle maladie : l’hétérose. Après avoir commencé à perdre ses abdos un par un, il’embrasse une femme en boîte de nuit. Lucien va alors aider Jim Parfait à trouver l’origine de cette maladie pour tenter de l’éradiquer.
« Jim Queen » est un dessin-animé pour adultes, cru, trash et hilarant. L’humour corrosif vise aussi bien les hétéros que les homos, personne n’est épargné et c’est ce qui rend le film si réussi. Lucien imaginait un monde LGBT+ tolérant, inclusif et il découvre malheureusement des clans, des chapelles qui ne s’apprécient guère. Mais le jeune homme changera les choses et son parcours, inventif et totalement réjouissant, lui permettra de s’assumer notamment face à sa mère pleine de haine. Je n’avais pas autant ri au cinéma depuis longtemps et je vous laisse découvrir le clou du spectacle où intervient la voix de Philippe Katherine.

Trieste, Fredika, une jeune suédoise de 17 ans, intègre une classe de terminale dans un lycée technique. C’est l’unique fille et ses camarades seront particulièrement lourds et pénibles (ils vont jusqu’à voler ses vêtements pendant qu’elle prend sa douche après le sport). Petit à petit, elle trouve sa place dans un trio d’amis : Antero, le poète, Mitis, le protecteur et Pasini, le provocateur. Fredika devient l’une des leurs, partage tout avec eux mais l’amitié peut-elle réellement perdurer entre ces quatre amis ?
« Une année italienne » saisit un moment suspendu dans la vie de ses jeunes gens. L’adolescence s’achève et l’âge adulte leur ouvre les bras. C’est le moment des choix pour l’avenir, des cuites entre potes, du jeu « action ou vérité ». Le film capte à merveille l’énergie du quatuor, leur légèreté, leur touchante complicité. Mais il est également emprunt de mélancolie. Rien ne dure et les tendres sentiments vont bientôt perturber la belle harmonie du groupe. Les quatre interprètes ont été parfaitement choisis, ils ne sont pas professionnels mais j’espère avoir l’occasion de les revoir sur grand écran (notamment Stella Wendrich qui incarne la lumineuse et déterminée Fred). Et puis il y a la ville de Trieste où a grandi la réalisatrice et qu’elle magnifie tout au long du film. La bande son est également impeccable. « Une année italienne » est un enchantement.
Et sinon :
- « The plague » de Charlie Polinger : Ben passe l’été dans un camp sportif où il ne connait personne. Il se rapproche du groupe de Jake, un jeune garçon charismatique et manipulateur. Il monte ses copains contre Eli, un gamin étrange et solitaire, dévoré par un eczéma purulant. Jake le surnomme « the plague » (la peste) et lance la rumeur sur une possible contagion. « The plague » est le premier film de Charlie Polinger où il observe avec justesse des adolescents de 12-13 ans en pleine poussée d’hormones. La pression du groupe, le harcèlement, la cruauté, les prémices de la masculinité, la honte, le désir, les garçons doivent affronter tout cela et trouver leur personnalité. Ben, sociable et gentil, aura beaucoup de mal à le faire entre sa volonté de s’intégrer et celle de défendre Eli. Les jeunes interprètes sont très impressionnants. La mise en scène de Charlie Polinger évoque Kubrick avec des images, une atmosphère singulières et inquiétantes.
- « The Christophers » de Steven Soderberg : Lori Butler est une artiste peintre qui gagne sa dans vie dans un foodtruck. Elle est contactée par les enfants de Julian Sklar qui a connu son heure de gloire et dont les œuvres restent mythiques. Ils veulent que Lori achève une série de tableaux intitulés les « Christophers » qui sont des portraits de l’ancien amant de Julian. Remisés au grenier, ils vaudraient une fortune une fois achevés. Mais Julian et ses enfants ne sont pas en bons termes et Lori devra se faire passer pour une assistante et opérer en douce. Des faux-semblants, des retournements de situation, des arnaques, tout ce qui plait à Steven Soderberg. Le film tourne autour de l’affrontement entre Lori et Julian, qui s’étaient déjà rencontrés auparavant ce dont Julian ne se souvient plus. Il y a un petit côté « Limier » dans ce nouveau Soderberg qui ne cesse de surprendre par la diversité de son travail. Il est bien entendu question de la propriété intellectuelle, de notoriété, de ce qu’est un artiste. Le duo d’acteurs est impeccable : Ian McKellen et Michaela Coel.
- « Father » de Tereza Nvotovà : Début de journée ordinaire dans la famille de Michal, il rentre de son footing, se prépare à aller travailler pendant que sa femme s’occupe de leur fille. Aujourd’hui, c’est Michal qui déposera la petite Dominika à la crèche, ce qu’il fait avant de garer sa voiture sur le parking de son entreprise. Sauf que cet évènement n’a pas eu lieu, la petite n’a jamais été déposée à la crèche, elle est restée dans la voiture par une journée caniculaire. La réalisatrice Tereza Nvotovà réalise un film saisissant qui s’inspire de plusieurs faits divers. La question qui se pose ici est celle d’un dysfonctionnement neuronal, une absence nommée « syndrome du bébé oublié ». Michal n’est pas un père indigne, il aime sa fille et il tente de comprendre ce qui a pu se passer sans pour autant se dédouaner. Sa douleur est terrible à voir, la réalisatrice le suit pas à pas du début à la fin. Le cauchemar est filmé avec beaucoup de précision et d’empathie pour Michal.










