Le livre d’un été de Tove Jansson

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La jeune Sophie vient de perdre sa mère. Comme chaque année, elle passe ses vacances d’été sur une île du golfe de Finlande avec sa grand-mère et son père. Pendant que ce dernier part pêcher, Sophie et sa grand-mère se promènent, inventent des mondes, discutent sur les grandes et petites choses de la vie.

« Le livre d’un été » de Tove Jansson est constitué de courts chapitres qui sont chacun des scènes indépendantes. L’été de Sophie est émaillé de nombreuses activités et d’évènements : la fête de la St jean, la visite d’une île voisine récemment achetée par un architecte, une nuit passée sous une tente à l’extérieur, la venue d’une amie, sa peur nouvelle des insectes, etc… Le père reste une silhouette à l’arrière de ce qui est le cœur du livre : la relation entre Sophie et sa grand-mère. Cette dernière est facétieuse, pleine d’imagination (elle sculpte dans des branches d’étranges animaux, elle reconstitue Venise avec des boites d’allumettes). Sophie est très curieuse, elle pose de très nombreuses questions à son aïeule. Celle-ci lui répond de manière fantasque et parfois sérieusement !

La nature tient une place essentielle durant l’été sur cette île finnoise. Elle est sauvage, luxuriante, indomptable. Ce sont les mouvements de la nature qui rythment le quotidien de la famille. « Il faisait très chaud, tout était silencieux et désolé. La maison était comme un long animal tapi, et les hirondelles noires tournoyaient au-dessus d’elle avec des cris perçants comme des couteaux dans l’air. Sophie fit le tour du rivage et, finalement, se retrouva à son point de départ. Il n’y avait rien d’autre sur l’île que des rochers, des genévriers, des cailloux ronds et lisses, du sable et des touffes d’herbe sèche. Le ciel et la mer étaient voilés par cette brume jaune plus intense que le soleil et qui faisait mal aux yeux. Les vagues s’élançaient en longs rouleaux vers la côte, et éclataient en brisants sur le rivage. La houle était très forte. »

« Le livre d’un été » est un roman d’apprentissage, de transmission entre une grand-mère et sa petite-fille. Un livre qui rend hommage à la fantaisie de l’enfance, au passage des saisons, du temps et à la force de la nature.

Vanda de Marion Brunet

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Vanda élève seule son fils de 6 ans, Noé, son bulot. Tous deux habitent dans un cabanon de pêcheurs en bord de mer, sans fenêtre et sans confort. Vanda est femme de ménage dans un hôpital psychiatrique, intérimaire donc précaire. Cette vie sur un fil va basculer lorsque Simon, le père biologique de Noé, revient à Marseille pour l’enterrement de sa mère. Il ne savait pas qu’il était père et s’accroche à ce fils qu’il vient de découvrir. Il veut le sauver de la galère dans laquelle il vit avec sa mère mais aussi de cette dernière, trop excessive, trop exclusive. Vanda prend très mal les velléités de paternité de Simon et craint le pire. « Elle le sait, la venue de l’autre et son insistance à la revoir sont autant de signes. Ça vient pareil à un grain, la couleur du ciel qui change avant la tempête. Le corps de son fils la rassure, une réalité palpable, ce qu’elle a de meilleur. Eux deux, tout seuls. Rien que son fils et elle, il n’y a que ça qui compte vraiment, au final. »

J’avais découvert Marion Brunet avec « Sans foi ni loi » et j’ai été enchantée de retrouver sa plume concise, brute et toujours juste. « Vanda » est un roman noir, une tragédie, un drame social. L’auteure donne la parole aux invisibles de la société, ceux qui vivent à la marge et dont la colère gronde. La révolte couve dans les lignes de Marion Brunet, les raisons et manifestations en sont nombreuses : le mouvement des gilets jaunes, la répression policière, les contrats précaires, les immeubles insalubres qui s’effondrent. Vanda évolue dans ce monde-là et elle est dévorée par la rage. L’auteure nous offre ici un personnage atypique, flamboyant, digne face aux revers du destin et aux jugements des autres. Vanda fuit la « normalité », se débat pour conserver sa liberté et sa relation fusionnelle avec son bulot. Le déterminisme social va pourtant la rattraper. Jamais Marion Brunet ne juge ses personnages, c’est avec empathie qu’elle nous parle de Vanda, cette femme à l’instinct presque bestiale, hyper-sensible qui aime passionnément l’odeur du cou de son bulot.

Marion Brunet signe avec « Vanda » une vibrante tragédie aux personnages incarnés, vivants et attachants. La justesse, la précision de sa plume me donnent envie de la retrouver très rapidement.

 

La leçon de ténèbres de Léonor de Récondo

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« Une nuit au musée » est une collection des éditions Stock. Dans ce volume, Léonor de Récondo passe une nuit dans le musée El Greco de Tolède. Je dois avouer que je ne suis pas une grande admiratrice de la peinture du Greco. Je le suis bien d’avantage des livres de Léonor de Récondo, notamment de « Pietra viva » où elle parlait avec délicatesse et justesse du travail, des sentiments et des pensées de mon cher Michel-Ange. Sa plume m’a à nouveau embarquée et je suis partie avec elle à la recherche du Greco.

Léonor de Récondo alterne les chapitres où elle nous raconte son expérience dans le musée et les raisons qui l’ont menée là, avec la vie de Doménikos Theotokopoulos dit El Greco. L’auteure était déjà venue dans ce musée 15 ans auparavant avec ses parents. Depuis, son père est décédé et elle est revenue à Tolède avec l’un de ses carnets dans lequel il avait reproduit un tableau du Greco. Léonor de Récondo arrive au musée lors d’une journée caniculaire, elle attend de cette nuit une rencontre avec le peintre. Il s’agit quasiment d’un rendez-vous amoureux. Elle lui parle, l’appelle par son prénom, lui joue du violon pour l’attirer, lui qui aimait tant la musique. Elle a préparé sa visite en parcourant la ville à la recherche de ses œuvres. Elle s’imprègne de son travail avant de passer la nuit à l’attendre.

Il faut dire que le Greco a de quoi fasciner. Outre l’originalité de son œuvre qui mélange maniérisme et couleurs vénitiennes, son périple depuis la Crête, en passant par l’Italie, pour terminer à Tolède, est étonnant. C’est à force de volonté, de détermination (et de mauvais caractère) qu’il finit par s’imposer en Espagne. La famille de Léonor de Récondo a quitté l’Espagne pendant la guerre civile, son père était peintre. Ce sont autant ses racines, son histoire qu’elle cherche à retrouver durant cette nuit au musée.

Mélangeant son histoire personnelle à la vie du Gréco, Léonor de Récondo redonne vie au peintre et à son œuvre durant une chaude nuit à Tolède.

Le mois is back again !

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Vous l’attendiez avec impatience, voici le retour du mois anglais ! Nous en sommes déjà à la 9ème édition grâce à votre enthousiasme et votre implication.

Le principe : partager tout ce que vous souhaitez autour de l’Angleterre (lectures, films, photos, recettes…) au cours du mois de juin.

Cette année, vous serez accompagné(e)s par un trio de choc puisque je retrouve pour animer ce mois anglais Lou et Lamousmé. Vous nous retrouverez sur nos blogs, sur le groupe facebook dédié, et sur instagram sous le #lemoisanglais et @lemoisanglais. Un clin d’œil à Cryssilda qui, cette année, ne sera pas à nos côtés pour l’organisation mais fera partie des participants.

Sur le groupe facebook, vous trouverez les nouveaux logos de notre Belette, toujours aussi imaginative et motivée !

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Et voici le programme de ce mois anglais 2020 que nous avons voulu plus léger que l’année dernière  :
3 juin : Un roman policier d’Agatha… Christie ou Raisin (avec le Challenge British Mysteries)
6 juin : Londres, en littérature mais pas que !
9 juin : Romancière anglaise au choix
11 juin : Epoque victorienne (roman victorien, néo-victorien, essai…)

13 juin : Lecture jeunesse
15 juin : Vintage novel (Cluny Brown, Angela Thirkell, romans Persephone…)
18 juin : Essai ou biographie
21 juin : Tessa Hadley
23 juin : Cosy mystery (avec le Challenge British Mysteries)
26 juin : Une bande-dessinée
29 juin : Barbara Pym
Amusez-vous bien, lisez bien, nous avons hâte de découvrir vos nombreux billets autour de l’Angleterre !
Bon mois anglais !
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Le chien noir de Lucie Baratte

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Il était une fois une jeune et jolie princesse, Eugénie, qui subit son irascible père, le roi Cruel. Pour la punir d’avoir osé regarder un jeune page, il enferme sa fille dans une tour. Elle n’en sortira que lorsqu’un homme, possédant au moins trois fois la valeur de sa dot en fortune, franchira le pont-levis et l’épousera. Celui-ci arrive lorsqu’Eugénie a 16 ans, il se nomme le roi Barbiche. Il emmène sa nouvelle épouse dans son château qui se situe sur une île, bien loin des terres du roi Cruel. En chemin, Eugénie recueille un chien blessé : « Elle se pencha sur l’animal : c’était un jeune chien noir au beau pelage bouclé, une longue estafilade lui parcourait le corps, suintant le sang. Elle posa la main sur lui et colla l’oreille à sa gueule dans l’espoir d’un signe de vie… Le souffle était ténu, mais il respirait encore ! Le cœur était chaud et, bien que faible, il cognait sous la peau mouillée. Une joie inattendue saisit la jeune fille. » Ce chien noir deviendra son seul et unique compagnon dans sa nouvelle vie et dans le sombre château du roi Barbiche.

Le premier roman de Lucie Baratte est un hommage à Madame d’Aulnoy et à Angela Carter. Il revisite l’univers du conte, Barbe-Bleu et la belle et la bête, mais également du roman gothique. La trame de l’histoire appartient au premier genre comme en témoigne la formule « Il était une fois » répétée à chaque ouverture de chapitre. Les personnages viennent également de là : le roi sombre, inquiétant (nommé ironiquement Barbiche), la jeune princesse pure, le serviteur fidèle au roi et contrefait, la bête, la magie qui habite le château. L’ambiance du « Chien noir » est quant à elle proche des romans gothiques : une forêt profonde entoure le château et l’on peut s’y perdre, l’orage et la pluie rythment le récit, la noirceur habite chaque page de ce conte. Lucie Baratte ajoute à ces deux influences un zeste de littérature érotique du 18ème siècle (on pense au marquis de Sade) et des références contemporaines qui donnent un charme intemporel à son récit.

Au travers de ce conte violent et cruel, Lucie Baratte aborde la question de la domination patriarcale, de la brutalité faite aux femmes. « Le chien noir » est également un récit d’émancipation. Eugénie, qui jusqu’à 16 ans, n’avait rien vu du monde, va devoir affronter une réalité cauchemardesque pour entrevoir la lumière. Elle devra également faire l’expérience de l’altérité, dépasser la peur de l’autre.

« Le chien noir » nous permet de retrouver une part d’enfance, celle des contes qui nous faisaient frissonner. Dans une langue superbe, Lucie Baratte nous plonge avec délice dans une noirceur abyssale. Un pari audacieux pour un premier roman qui est parfaitement maitrisé. A noter la splendide couverture au graphisme soigné et l’existence d’un site internet qui prolonge la lecture et que vous ne découvrirez qu’en tournant la dernière page de ce conte.

Love me tender de Constance Debré

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« Je nage tous les jours, j’ai le dos et les épaules musclés, les cheveux courts, bruns un peu gris devant, le détail d’un Caravage tatoué sur le bras gauche, et Fils de Pute, calligraphie soignée, sur le ventre, je suis grande, mince, j’ai peu de seins, un anneau à l’oreille droite, je porte des jeans, des pantalons de toile, des tee-shirts blancs ou noirs, des chemises d’homme l’été, un vieux blouson en cuir, pas de soutien-gorge (…) je préfère écrire que travailler, je ne pense jamais que j’ai 47 ans, j’imagine que je vieillirai d’un coup, sauf si comme ma mère je meurs avant, à part mon fils que je ne vois plus tout va bien, il a huit ans mon fils, puis neuf, puis dix, puis onze, il s’appelle Paul, il est super. » C’est ainsi que se présente la narratrice de « Love me tender ». Elle est issue d’une famille riche et bourgeoise. Elle était avocate, mariée et mère de famille. Et un jour, elle a choisi de tout plaquer, de changer radicalement de vie. Elle quitte son mari, son travail, vit dans un petit appartement et se débarrasse du superflu. Ce choix de vie ne gêne pas son ex-mari jusqu’à ce qu’elle lui parle de ses relations homosexuelles multiples. Insupportable pour l’ex-mari qui l’attaque en justice et l’accuse d’être une mauvaise mère. L’idée de l’inceste est sous-jacente, la garde de son fils lui est retirée.

Constance Debré interroge ici l’amour filial, sa différence avec les autres formes d’amour. « Pourquoi on ne pourrait pas cesser de s’aimer. Pourquoi on ne pourrait pas rompre. » La narratrice se dépouille de tous ses biens matériels, elle vit en ascète. L’écriture, la natation, les filles occupent sa vie. Cette quête de liberté par rapport à l’argent, à son ancienne vie, à ses relations aux autres n’est pourtant pas complète. De la vie qu’elle a quitté reste l’enfant. Et ce lien se révèle bien plus fort qu’elle ne l’imaginait. Au cœur de « Love me tender » se niche une magnifique lettre à l’attention du fils, une lettre d’une tendresse et d’un amour infinis.

Le dépouillement du matériel amène également à celui de la langue. Celle de Constance Debré est sèche, sans fioritures, elle est factuelle. « Love me tender » est un livre cru, qui parle de sexe, de corps et qui envoie promener les conventions sociales et les relations amoureuses traditionnelles.

Je n’avais pas lu « Play boy » et j’ai donc découvert la puissante voix de Constance Debré avec « Love me tender ». Sa langue crue, sa quête de liberté et sa détermination à affirmer ses choix de vie m’ont totalement emportée.

L’art d’échouer de Elizabeth Day

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Elizabeth Day est journaliste, écrivaine et elle est aussi la créatrice d’un podcast qui a rencontré un énorme succès : How to fail with Elizabeth Day. Deux ans après un divorce douloureux à 36 ans, elle a décidé de créer son podcast pour discuter avec des personnalités des échecs qu’elles ont pu connaitre. Le constat est évident : tout le monde a connu l’échec dans sa vie professionnelle ou personnelle et chacun a pu en tirer des leçons, a pu apprendre de ses échecs pour mieux rebondir ou se réinventer.

Son livre est inspiré de son podcast et elle y raconte ses propres échecs à l’école, au travail, avec sa famille, ses amis, son couple. Le récit de ses expériences douloureuses est émaillé des exemples tirés de son podcast et de l’expérience de Jessie Burton, Phoebe Waller-Bridge, David Nicholls, Tara Westover, Sebastian Faulks, Nicole Kidman, Robert Pattinson pour n’en citer que quelque uns.

Dans une société de la performance, des réseaux sociaux aux images parfaites, l’échec ne semble pas avoir sa place. La société nous envoie des injonctions permanentes à la perfection, surtout aux femmes. Elizabeth Day a longtemps tout fait pour l’atteindre, elle était dans une volonté de plaire aux autres et de leur faire plaisir (c’est ainsi qu’elle se retrouva à manger du blaireau dans une maison isolée ou à essayer un sauna vaginal à la manière de Gwyneth Paltrow pour des articles). De siècles de misogynie institutionnalisée ont mené les femmes à vouloir être toujours plus parfaites, plus performantes dans de nombreux domaines. Ce qui est impossible à réaliser et donne un sentiment d’échec.

« L’art d’échouer »  est un livre d’une parfaite honnêteté, Elizabeth Day n’hésite pas à montrer ses failles, sa vulnérabilité, ses complexes. Elle le fait avec beaucoup d’humour et le recul nécessaire pour montrer à quel point ses échecs lui ont été utiles pour se construire et trouver sa voix. Son témoignage est précieux tant il permet de se décomplexer et de réfléchir sur son propre parcours.

Drôle, intelligent, déculpabilisant, « L’art d’échouer » dévoile les déboires douloureux du parcours d’Elizabeth Day mais également la manière dont elle a su les exploiter pour se reconstruire et s’épanouir.