Bilan livresque et cinéma de juillet

Six romans m’ont accompagnée pendant le mois de juillet :

-« Emma M. Lion, volume 1 » de Beth Brower, quoi de mieux que de débuter le mois avec cette petite merveille à l’humour piquant ?

-« Mariage fantôme » qui m’a permis de retrouver la plume délicate et sensible de David Park,

-« Le visage de nuit » où Cécile Coulon nous replonge dans un conte gothique au Fond du puits avec un personnage principal bouleversant,

-« Les invisibles », le talent de R.J. Ellory est encore à l’œuvre dans ce roman noir, très noir,

-« Emma M. Lion, volume 2 », impossible de résister très longtemps à la délicieuse héroïne de Beth Brower,

-« Été », la nouvelle traduction de Julie Wolkenstein m’a donné envie de relire ce grand roman d’Edith Wharton.

 

Côté cinéma, j’ai vu six films dont voici mon préféré :

Dans trois heures aura lieu la première de « Macbeth » mis en scène par Nina. C’est également sa première en tant que metteuse en scène. Le moins que l’on puisse dire, c’est que tout ne va pas se dérouler comme prévu. Tout commence à l’entrée des artistes où Nina a oublié son badge et manque de se faire mettre à la porte par un gardien zélé. Puis, elle découvre que sa Lady Macbeth est coincée à Brest en raison d’une grève des transports. Ses acteurs ne vont pas beaucoup l’aider non plus : Macbeth est égocentrique et mesquin, une sorcière ne comprend rien à la pièce, le prince fantôme a de multiples superstitions et une actrice se détend en fumant un joint à la cantine. Le lever de rideau sur le « Macbeth » de Nina aura-t-il bien lieu ?

Attention, régal absolu ! La comédie de Martin Darondeau et Bertrand Usclat est hilarante, les dialogues sont ciselés et piquants, le tempo virevoltant. Le film se moque gentiment des acteurs du français tout en montrant l’envers du décor et l’incroyable travail que nécessite une pièce de théâtre. Tous les acteurs viennent évidement de la Comédie française (même Eric Ruff, l’ancien directeur, est présent pour un amusant clin d’œil) : Laurent Stocker parfait en cabotin, Marina Hands, Julien Frison, Adeline d’Hermy, Guillaume Gallienne, le formidable et drôlissime Christian Hecq et la délicieuse et irrésistible Pauline Clément. Tous ont l’air de follement s’amuser et c’est contagieux.

Et sinon :

  • « In waves » de Phuong Mai Nguyen : En 2019 sortait le roman graphique de AJ Dungo où il racontait sa découverte du surf grâce à Kristen dont il était amoureux. Malheureusement, la jeune femme tomba gravement malade et mourut à 24 ans d’un cancer des os. L’histoire bouleversante de ce jeune couple est parfaitement retranscrite sur grand écran avec la même sensibilité et la même pudeur. Ce douloureux récit d’apprentissage est magnifié par les couleurs vives et chatoyantes de Phuong Mai Nguyen ce qui change du choix chromatique de la BD où les pages se déclinaient en bleu. L’histoire de AJ Dungo et Kristen, qui survit à travers l’art, est toujours infiniment touchante.

 

  • « The last viking » d’Anders Thomas Jensen : Avant de partir en prison pour braquage, Manfred confie son butin à son frère Anker. Il doit l’enterrer près de leur maison d’enfance dans les bois. Après quinze ans derrière les barreaux, Manfred retrouve son cadet qui se prend pour John Lennon et ne supporte pas qu’on l’appelle Anker. La chasse au trésor ne sera pas aussi simple qu’il l’avait imaginé. « The last viking » commence comme comme une comédie noire, déjantée et grinçante. Les deux frères croisent sur leur route des personnages tous plus loufoques les uns que les autres et ils donnent un côté absurde à cette histoire. Mais Anders Thomas Jensen nous entraine sur un tout autre terrain et il sera question de famille, de traumas, de maltraitance. L’intrigue se concentre alors sur le lien fraternel et devient infiniment touchant. Mads Mikkelsen montre un visage inédit avec ce personnage vulnérable, lunaire et profondément blessé.

 

  • « La chaleur » de Stéphane Demoustier : Marouane, 17 ans, passe des vacances en famille dans un camping des Landes. Il est timide, garde son tee-shirt et ses claquettes-chaussettes où qu’il soit et est peu loquace. Tout le contraire de son pote Noé qui parle sans cesse et est venu pour draguer. Lors d’une soirée, une altercation avec un garçon populaire finit en drame. Il passe accidentellement au-dessus d’une balustrade et décède. Marouane panique et décide d’enterrer le corps dans le sable. « La chaleur » est le récit du calvaire de Marouane, oppressé par la culpabilité. Il erre dans les allées du camping où tout le monde s’amuse et désespère de partir un jour alors que ses parents ne cessent de retarder leur départ. On ressent à chaque instant le cauchemar vécu par Marouane, renforcé par la mère du garçon disparu qui lui pose beaucoup de question. Le jeune homme doit prendre un choix crucial qui changera le cours de sa vie. Stéphane Demoustier est décidément un cinéaste passionnant et surprenant qui rend toujours parfaitement compte de la psyché de ses personnages.

 

  • « Des minions et des monstres » de Pierre Coffin : Après avoir cherché le plus méchant des méchants, les minions se retrouvent à Hollywood à la fin des années 20. Ils sont engagés pour un film et rencontrent un certain succès. Malheureusement, lorsque le cinéma devient parlant, le baragouinage des minions est rédhibitoire. James, l’artiste de la bande, va alors tenter de réaliser son propre film. Cet opus de la saga des minions n’est pas le plus réussi. L’intrigue manque de rythme et part un peu dans tous les sens. En revanche, tout ce qui tourne autour du cinéma est très réussi. Les minions se retrouvent dans les premiers films du cinéma comme « L’arrivée d’un train en gare de la Ciotat » ou « L’arroseur arrosé ». Ils croisent Charlie Chaplin, Buster Keaton, Harold Lloyd, rejouent « Citizen Kane ». Ces références sont un bel hommage au cinéma.

 

  • « Comète » d’Elie Wajeman : Une comète traverse le ciel de Paris ce qui fait naître la curiosité de ses habitants. Ils sont dix huit à évoluer dans le nouveau film d’Elie Wajeman. Il y a Albert, soulagé de revoir un ami à sa sortie de l’hôpital psychiatrique, Anna qui retrouve son père après de longues années d’absence, une journaliste en pleine séparation, une troupe de théâtre répétant du Tchekov, etc … Les scènes couvrent plusieurs genres : polar, comédie, love story, etc … Les récits s’enchainent avec rythme et les personnages finissent pour se croiser. Certaines histoires ont un goût de trop peu mais les acteurs semblent beaucoup s’amuser.

Emma M. Lion, volume 2 de Beth Brower

Mai-juin 1883, Emma M. Lion est en mission pour sa tante Eugenia. Elle doit participer à toutes les réceptions, thés, soirées de cartes, bal qui permettront à sa cousine Arabella de trouver un mari. Ce n’est pas qu’Emma soit enthousiasmée par ses nombreuses mondanités mais elle a besoin du soutien de sa tante (notamment pour renouveler sa garde-robe). La jeune femme doit encore trouver des solutions pour conserver sa maison, la Lapis-Lazuli House. Elle a commencé par louer une partie indépendante de sa demeure familiale à un mystérieux locataire. Emma ne l’a vu que du haut de son grenier jusqu’à ce qu’elle reçoive un message de sa part à travers une fissure dans le mur.

Quel plaisir de retrouver la délicieuse héroïne de Beth Brower pour ce deuxième volume de son journal. Les aventures d’Emma sont toujours aussi savoureuses et ses réparties piquantes. Deux scènes mémorables soulignent la fantaisie de l’univers imaginé par Beth Brower : le conclave des Jane Eyre qui protégeaient le roman de Charlotte Brontë à Fortitude, école préparatoire pour filles ; un repas entre Emma, son cousin Archibald et le locataire qui sera perturbé par un chat (nommé Tybalt, Shakespeare a toujours la côte à la Lapis Lazuli House) et le fantôme d’un romain. On s’amuse décidément beaucoup auprès des habitants du quartier de St Crispian. Et, dans ce volume 2, nous faisons connaissance de nouveaux personnages extrêmement prometteurs : le fameux locataire qui s’avère être photographe de guerre, Roland Sutherland, un ennemi d’enfance d’Emma au charme incontestable, l’imperturbable duc d’Islington, rencontré dans une bibliothèque durant une soirée. J’ai hâte de retrouver tout ce petit monde dans le prochain tome.

Il faudra attendre le mois de septembre pour connaître la suite des aventures d’Emma M. Lion alors que plusieurs évènements restent en suspens. L’attente risque de me paraitre longue !

Traduction Fanny Caldin

Les invisibles de R.J. Ellory

Syracuse, état de New York, février 1975, une institutrice est retrouvée assassinée chez elle. Nouvelle recrue de la police, Rachel Hoffman est la première sur les lieux. Dans la main de la victime, un papier comporte une citation de « La divine comédie » de Dante : « Toi qui entres ici, abandonne tout espoir. » Un mois après, un autre corps est découvert et le même mode opératoire a été utilisé : la victime est endormie avec des barbituriques puis elle est étouffée avec du chloroforme. La série ne va pas s’arrêter là. L’agent Hoffman va être appelée en renfort par l’inspecteur en charge de l’enquête. Pour elle, ce n’est que le début du voyage aux côtés de Dante et elle va être intimement liée à cette affaire.

Le savoir-faire de R.J. Ellory n’est plus à démontrer, il excelle ici encore dans la construction de son intrigue. Elle débute en 1975 et s’achève en 1994. Cela nous permet de voir évoluer Rachel Hoffman, de voir son enthousiasme se muer en désillusion et les ténèbres l’étreindre. En revanche, sa détermination ne faiblira jamais, ce qui l’entrainera dans une spirale obsessionnelle. Le récit est particulièrement addictif et ne laisse aucun répit à son lecteur.

« Les invisibles » est un roman noir maitrisé qui questionne les mécanismes du mal à travers des décennies. Une lecture impossible à lâcher.

Traduction Etienne Gomez

Le visage de la nuit de Cécile Coulon

Dans le précédent roman de Cécile Coulon « La langue des choses cachées », le fils était venu dans le hameau du Fond du puits pour guérir un enfant atteint d’une grave fièvre. Ce dernier a survécu mais il fut totalement défiguré. Son père, un homme mauvais et violent, perdit la tête et fut enfermé. L’enfant fut alors recueilli par le prêtre et l’ancienne institutrice devenue aveugle. Tous deux décident de protéger l’enfant en l’enfermant pendant la journée et en l’éduquant. Rapidement, il s’échappe la nuit, retrouve le village où il a grandi et sa nature environnante. Durant ses balades clandestines, il rencontre une jeune fille qui, elle aussi, est obligée de vivre en recluse.

« Le visage de la nuit » prolonge l’atmosphère de conte gothique de « La langue des choses cachées ». Comme dans le précédent roman, les personnages n’ont pas de nom, l’époque et le lieu sont indéterminés. Le destin de l’enfant est terrible, il est puni, privé du monde en raison de sa laideur et de la possible méchanceté de ceux qui pourraient le croiser. Mais de la noirceur surgit la lumière puisque le garçon va réparer la beauté des morts en commençant par des animaux croisés la nuit. Ce personnage est extrêmement touchant, poursuivi par la violence, il tente malgré tout de donner un sens à sa vie.

« Le visage de la nuit » envoûte son lecteur grâce à la plume poétique et intense de Cécile Coulon, grâce à l’atmosphère mystérieuse du Fond du puits et à la profonde humanité de ses personnages.

Mariage fantôme de David Park

« Les vies de tous ceux qui ont habité ici sont superposées, reliées à jamais à travers les âges depuis l’époque où le temps n’était rien de plus que le lever et le coucher du soleil et où des silhouettes spectrales fouillaient le rivage à la recherche de palourdes et de coques. » A Belfast, en 1920, George Allenby a été chargé de la création d’un lac sur la propriété de la famille Remington. Le chantier se fait dans des conditions dantesques. La pluie, la boue ramènent George dans les tranchées. Les visages des soldats, qui étaient sous ses ordres pendant la Grande Guerre, ne cessent de le hanter. Cent ans plus tard, Alex et Ellie souhaitent organiser leur mariage sur l’ancienne propriété des Remington qui est devenue un hôtel. La demeure principale n’étant pas disponible, la réception aura lieu dans le pavillon près du lac où George Allenby passa des nuits mémorables lors des travaux.

« Mariage fantôme » est le quatrième roman de David Park que je lis et j’apprécie la finesse avec laquelle il décrit les affects de ses personnages. George et Alex portent le poids du passé et de la culpabilité sur leurs épaules. Ils sont hantés par leurs actes et s’interrogent sur ce qu’ils auraient pu faire différemment. Oscillant entre les deux époques, le roman fait apparaitre les silhouettes et les voix des fantômes du passé. Les lieux, parcourus par George et Alex, abritent le souvenir des morts comme celui d’Evelyn, une secrétaire séduisante qui s’amuse du pouvoir qu’elle a sur les hommes et que nous croisons à plusieurs reprises dans le roman. Belfast, ses blessures et ses destructions, n’est pas qu’un simple décor, elle est au cœur de l’intrigue.

« Mariage fantôme » est un roman qui se déploie avec lenteur et qui se révèle bouleversant.

Traduction Cécile Arnaud

Une femme disparaît d’Ethel Lina White

Iris Carr est en vacances dans un joli village pittoresque aux confins de l’Europe avec sa bande d’amis. Ces derniers sont bruyants, vaniteux et se pensent tout permis. Iris se lasse de leur compagnie et décide de rentrer en Angleterre sans eux. Durant son voyage en train, elle fait la connaissance de Miss Froy, une femme entre deux âges, sans charme mais à l’énergie juvénile. Les deux femmes prennent le thé ensemble. Miss Froy a été gouvernante pour un monarque local et rentre chez ses parents âgés avant la prise d’un nouveau poste. De retour dans son compartiment, Iris s’assoupit. A son réveil, Miss Froy a disparu. Pire, personne ne se souvient d’elle dans le wagon. Iris aurait-elle rêvé la présence de cette sympathique dame ?

« Une femme disparaît » (« The wheel spins » en vo) date de 1936 et le roman d’Ethel Lina White a été adapté par Alfred Hitchcock en 1938, l’intrigue a été beaucoup remaniée. Celle-ci est un presque huis clos se déroulant dans le train intercontinental à destination de Trieste. Iris est une jeune femme mondaine, un peu superficielle mais elle est généreuse et tenace. Miss Froy s’est occupée d’elle alors qu’elle n’était pas dans son assiette après une insolation. Cela suffit à Iris pour se battre pour elle. Pourtant, elle ne rencontre qu’opposition, mensonges et les autres passagers vont tenter de lui faire perdre pied en lui faisant croire que Miss Froy n’existe pas. D’ailleurs, ses compatriotes anglais ne la soutiendront absolument pas. « Le monde entier semblait s’être coalisé pour mettre en déroute sa santé mentale. » Le fait qu’Iris soit une jeune femme séduisante contribue à son manque de crédibilité auprès des autres passagers. Elle est souvent qualifiée d’hystérique par les hommes. La tension psychologique va aller crescendo tout au long du roman.

Cela faisait longtemps que je souhaitais lire le roman d’Ethel Lina White et j’ai beaucoup apprécié sa construction pleine de rebondissements, de doutes et qui nous tient en haleine jusqu’au bout.

Traduction Annie Hamel

Emma M. Lion, volume 1 de Beth Brower

1883, Emma M. Lion regagne enfin Londres après avoir été la dame de compagnie de son acariâtre cousine Matilde pendant trois longues années. Elle retrouve sa bien-aimée maison de famille, la Lapis-Lazuli House, dans le quartier de St Crispian près de Primrose Hill. Etant orpheline et ayant moins de 21 ans, sa demeure et son argent ont été placés sous la tutelle de son cousin Archibald. Ce dernier est extrêmement antipathique, dépensier (surtout pour sa garde-robe) et n’apprécie pas du tout l’humour d’Emma. Il l’installe d’ailleurs dans le grenier… Mais Emma, qui rêve d’indépendance, ne va pas se laisser abattre et elle a à ses côtés sa tante Eugenia et sa fille Arabella, sa meilleure amie Mary et la sympathique Agnès, une domestique écossaise. Et puis, elle a la littérature avec en tête Milton et Shakespeare (elle n’a malheureusement plus rien dans sa bibliothèque).

Beth Brower a sous-titré son roman « Journal préjudiciable d’une jeune londonienne » et il est vrai qu’Emma M. Lion s’y confie totalement : les détails de son quotidien (par exemple, comment rendre agréable un grenier encombré et poussiéreux), ses aspirations, ses déceptions et ses avis sur chacun. Outre son humour piquant, Emma est une jeune femme vive, curieuse, intelligente et qui a déjà vécu des évènements tragiques. Il est difficile de résister à une héroïne aussi pétillante ! Et le fantasque quartier de St Crispian est l’écrin parfait pour ses aventures : les enseignes y sont montées à l’envers, les objets s’y déplacent tout seuls et le fantôme d’un romain s’y promène la nuit !

« Emma M. Lion » est un délicieux roman d’apprentissage. Ce premier volume met en place l’intrigue et nous présente les principaux protagonistes. Mais il nous reste beaucoup de choses à éclaircir et j’ai hâte de me plonger dans le tome 2 !

Traduction Fanny Caldin

 

Bilan livresque et cinéma de juin

Peu de livres lus en ce mois de juin mais toutes m’ont séduite, ce qui n’est déjà pas mal ! A commencer par « La sorcière de Londres » de Nina Six qui est aussi originale et fantastique que les romans de Stella Benson dont elle parle. J’ai ensuite retrouvé avec un immense plaisir Margaret Kennedy et sa « Pièce montée ». J’ai ensuite découvert la plume poétique de Elizabeth Myers et son très singulier roman « Feuilles dans l’eau ». J’ai également lu une austenerie française de qualité et pleine de charme : « Chère Jane » de Béatrice Egémar. Enfin, j’ai terminé le mois avec un roman que je souhaite lire depuis longtemps « Une femme disparaît » d’Ethel Lina White qui a inspiré Alfred Hitchcock.

Côté cinéma, j’ai vu cinq films dont voici mes préférés :

Lucien est un frêle jeune homme, rêveur et gay ce que ne supporte pas sa conservatrice de mère. Cette dernière est d’ailleurs une ministre autoritaire et intransigeante. Son fils lui cache son immense adoration pour Jim Parfait, une icône de la scène gay aux abdos saillants et aux nombreux followers. Une nuit, Lucien fait le mur pour enfin rencontrer son idole. Il assiste, médusé, à la chute de Jim Parfait. Il est en effet atteint d’une nouvelle maladie : l’hétérose. Après avoir commencé à perdre ses abdos un par un, il’embrasse une femme en boîte de nuit. Lucien va alors aider Jim Parfait à trouver l’origine de cette maladie pour tenter de l’éradiquer.

« Jim Queen » est un dessin-animé pour adultes, cru, trash et hilarant. L’humour corrosif vise aussi bien les hétéros que les homos, personne n’est épargné et c’est ce qui rend le film si réussi. Lucien imaginait un monde LGBT+ tolérant, inclusif et il découvre malheureusement des clans, des chapelles qui ne s’apprécient guère. Mais le jeune homme changera les choses et son parcours, inventif et totalement réjouissant, lui permettra de s’assumer notamment face à sa mère pleine de haine. Je n’avais pas autant ri au cinéma depuis longtemps et je vous laisse découvrir le clou du spectacle où intervient la voix de Philippe Katherine.

 

Trieste, Fredika, une jeune suédoise de 17 ans, intègre une classe de terminale dans un lycée technique. C’est l’unique fille et ses camarades seront particulièrement lourds et pénibles (ils vont jusqu’à voler ses vêtements pendant qu’elle prend sa douche après le sport). Petit à petit, elle trouve sa place dans un trio d’amis : Antero, le poète, Mitis, le protecteur et Pasini, le provocateur. Fredika devient l’une des leurs, partage tout avec eux mais l’amitié peut-elle réellement perdurer entre ces quatre amis ?

« Une année italienne » saisit un moment suspendu dans la vie de ses jeunes gens. L’adolescence s’achève et l’âge adulte leur ouvre les bras. C’est le moment des choix pour l’avenir, des cuites entre potes, du jeu « action ou vérité ». Le film capte à merveille l’énergie du quatuor, leur légèreté, leur touchante complicité. Mais il est également emprunt de mélancolie. Rien ne dure et les tendres sentiments vont bientôt perturber la belle harmonie du groupe. Les quatre interprètes ont été parfaitement choisis, ils ne sont pas professionnels mais j’espère avoir l’occasion de les revoir sur grand écran (notamment Stella Wendrich qui incarne la lumineuse et déterminée Fred). Et puis il y a la ville de Trieste où a grandi la réalisatrice et qu’elle magnifie tout au long du film. La bande son est également impeccable. « Une année italienne » est un enchantement.

Et sinon :

  • « The plague » de Charlie Polinger : Ben passe l’été dans un camp sportif où il ne connait personne. Il se rapproche du groupe de Jake, un jeune garçon charismatique et manipulateur. Il monte ses copains contre Eli, un gamin étrange et solitaire, dévoré par un eczéma purulant. Jake le surnomme « the plague » (la peste) et lance la rumeur sur une possible contagion. « The plague » est le premier film de Charlie Polinger où il observe avec justesse des adolescents de 12-13 ans en pleine poussée d’hormones. La pression du groupe, le harcèlement, la cruauté, les prémices de la masculinité, la honte, le désir, les garçons doivent affronter tout cela et trouver leur personnalité. Ben, sociable et gentil, aura beaucoup de mal à le faire entre sa volonté de s’intégrer et celle de défendre Eli. Les jeunes interprètes sont très impressionnants. La mise en scène de Charlie Polinger évoque Kubrick avec des images, une atmosphère singulières et inquiétantes.

 

  • « The Christophers » de Steven Soderberg : Lori Butler est une artiste peintre qui gagne sa dans vie dans un foodtruck. Elle est contactée par les enfants de Julian Sklar qui a connu son heure de gloire et dont les œuvres restent mythiques. Ils veulent que Lori achève une série de tableaux intitulés les « Christophers » qui sont des portraits de l’ancien amant de Julian. Remisés au grenier, ils vaudraient une fortune une fois achevés. Mais Julian et ses enfants ne sont pas en bons termes et Lori devra se faire passer pour une assistante et opérer en douce. Des faux-semblants, des retournements de situation, des arnaques, tout ce qui plait à Steven Soderberg. Le film tourne autour de l’affrontement entre Lori et Julian, qui s’étaient déjà rencontrés auparavant ce dont Julian ne se souvient plus. Il y a un petit côté « Limier » dans ce nouveau Soderberg qui ne cesse de surprendre par la diversité de son travail. Il est bien entendu question de la propriété intellectuelle, de notoriété, de ce qu’est un artiste. Le duo d’acteurs est impeccable : Ian McKellen et Michaela Coel.

 

  • « Father » de Tereza Nvotovà : Début de journée ordinaire dans la famille de Michal, il rentre de son footing, se prépare à aller travailler pendant que sa femme s’occupe de leur fille. Aujourd’hui, c’est Michal qui déposera la petite Dominika à la crèche, ce qu’il fait avant de garer sa voiture sur le parking de son entreprise. Sauf que cet évènement n’a pas eu lieu, la petite n’a jamais été déposée à la crèche, elle est restée dans la voiture par une journée caniculaire. La réalisatrice Tereza Nvotovà réalise un film saisissant qui s’inspire de plusieurs faits divers. La question qui se pose ici est celle d’un dysfonctionnement neuronal, une absence nommée « syndrome du bébé oublié ». Michal n’est pas un père indigne, il aime sa fille et il tente de comprendre ce qui a pu se passer sans pour autant se dédouaner. Sa douleur est terrible à voir, la réalisatrice le suit pas à pas du début à la fin. Le cauchemar est filmé avec beaucoup de précision et d’empathie pour Michal.

« Chère Jane Austen » de Béatrice Egémar

1814, Anne Spencer, âgée de 17 ans, se rend à Guildford, un petit village du Surrey, pour venir en aide à sa cousine Jenny. Elle vient en effet d’accoucher de son troisième enfant. David, le mari sympathique et volubile de Jenny, offre à celle-ci « Orgueil et préjugés ». La jeune femme n’est pas une grande lectrice contrairement à Anne qui va le dévorer avec délice. Son enthousiasme l’emmènera à écrire à Jane Austen. Parallèlement à sa découverte de l’œuvre de l’autrice, notre héroïne fait la connaissance de la petite communauté de Guildford : Lady Caroline qui se prend d’amitié pour Anne, son neveu Mr Clarke qui a le charme ténébreux de Mr Darcy, le discret William et sa charmante sœur Charlotte, le sémillant capitaine Gloover. Un bal, un pique-nique vont ravir la jeune Anne. Mais le pasteur Nicolls décède soudainement ce qui intrigue terriblement Lady Caroline et Anne.

« Chère Jane Austen » est une austenerie réussie qui est également un cosy mystery. Béatrice Egémar a eu la bonne idée de faire de Jane Austen un personnage secondaire de son roman. Elle apparait au travers de ses livres lus par Anne et des lettres qu’elles échangent. L’intrigue est bien construite, la plume de Béatrice Egémar est élégante, pleine d’esprit et parfaitement en phase avec l’époque Régence. Les personnages sont attachants et surtout Anne d’un naturel et d’une franchise désarmants. Son amour de la littérature et de Jane Austen en particulier est réjouissant.

« Chère Jane Austen » est un hommage délicieux et tout à fait convaincant à l’autrice de « Raison et sentiments ».

Jane Austen, une vie entre les pages d’Isabel Greenberg et Janine Barchas

« Jane Austen, une vie entre les pages » est une biographie romancée écrite par Janine Barchas, une spécialiste de l’autrice, et illustrée par Isabel Greenberg qui avait auparavant publié « Glass Town : the imaginary world of the Brontës » malheureusement jamais traduit en français. Comme le précise la note au lecteur qui ouvre ce récit graphique, l’intrigue oscille entre imagination et une solide documentation (les deux sont d’ailleurs très bien détaillées dans le précieux glossaire en fin de volume).

Trois parties illustrent la vie de Jane Austen. La première couvre la période allant de 1796 à 1797 et s’ouvre sur une scène imaginée par Janine Barchas où notre jeune autrice visite la galerie Shakespeare de John Boydell à Londres. L’évènement est plausible puisqu’elle se trouvait dans cette ville à cette époque et il souligne l’admiration de Jane Austen pour le barde de Stratford qui est bien présent dans ses romans.

La deuxième partie englobe les années 1801 à 1809. Ce sont des années difficiles pour la famille Austen puisque George Austen décède en 1805 en laissant son épouse et ses filles sans pension. Jane et Cassandra sont toutes deux célibataires, une situation bien précaire et qui laisse peu de temps pour écrire.

La troisième partie va de 1809 à 1817 date à laquelle Jane Austen s’éteint à l’âge de 41 ans. Mme Austen et ses filles s’installent dans le cottage de Chawton dans le Hampshire mis à disposition par Edward Austen. Elles connaissent ainsi une stabilité financière et les romans de Jane vont enfin être publiés. Le récit s’achève très joliment sur la notoriété de l’autrice après sa mort.

« Jane Austen , une vie entre les pages » montre bien les liens entre la vie quotidienne de l’autrice et son œuvre. Le livre regorge de clins d’œil aux romans, aux adaptations et aux objets du quotidien qui ont été conservés. Les dialogues sont particulièrement réussis et savoureux. Les dessins d’Isobel Greenberg sont un peu naïfs, très graphiques et j’ai beaucoup aimé le choix de différencier par la couleur le quotidien de Jane Austen et son imagination.

Ce roman graphique s’adresse aussi bien à ceux qui veulent découvrir la vie de Jane Austen, qu’à ceux qui la connaissent déjà. J’ai pris un grand plaisir à lire ce portrait tendre et plein d’esprit de l’autrice.

Traduction Sarah Tardy