Se construire avec patience de Charlotte Brontë

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« Se construire avec patience » est constitué d’un échantillon des lettres de Charlotte Brontë écrites à son amie d’enfance Ellen Nursey, à son éditeur, à Constantin Héger, professeur rencontré à Bruxelles, à Elizabeth Gaskell, etc… Comme toujours avec les plis des éditions L’Orma, ce petit volume offre une belle porte d’entrée dans l’univers de l’écrivain. A travers les lettres de Charlotte Brontë, on découvre la vie quasiment monacale qui était de mise au presbytère de Haworth où officiait le révérend Brontë. Elle y parle de ses sœurs Emily et Anne, de la difficulté de vivre auprès de son frère Branwell qui se détruit à petit feu, de la maladie qui décime sa famille au fil des années. Le portrait qui se dessine, est celui d’une jeune femme déterminée et ambitieuse. C’est elle qui convaincra ses sœurs de publier leurs poèmes et leurs romans.

Charlotte se refuse à subir le sort qui est réservé aux femmes à l’époque victorienne. La seule carrière possible pour les sœurs Brontë est celle de gouvernante (Anne décrit parfaitement ce métier dans « Agnès Grey »). Charlotte souhaite alors ouvrir une institution pour jeunes filles avec ses sœurs et part à Bruxelles pour se former. Elle veut prendre en main son destin et surtout être indépendante, cela est d’autant plus nécessaire que Branwell est incapable de travailler. Toute sa volonté sera également nécessaire pour arriver à faire publier ses textes. Comme le disait Virginia Woolf dans « Un lieu à soi », la littérature doit rester un passe-temps pour les femmes de cette époque. Un éditeur indique à Charlotte Brontë que l’écriture ne doit pas empiéter sur ses obligations féminines naturelles ! Fort heureusement pour nous, la littérature et l’invention étaient bien ancrées chez les Brontë : « Car encore, l’imagination est une faculté puissante et bouillonnante, qui nous intime de l’écouter et de l’exercer ; devons-nous demeurer sourds à son appel et insensibles à son combat ? Quand elle nous montre de vibrantes images, ne devons-nous jamais les contempler et tâcher de les reproduire ? Et lorsque, éloquente, véloce et insistante elle nous murmure à l’oreille, ne devons-nous pas coucher sur le papier ce qu’elle nous dicte ? »

Au travers de ce recueil de lettres se dessinent la détermination, la volonté d’indépendance, l’exaltation et le talent de Charlotte Brontë.

Traduction Margaux Bricler

10 ans du mois anglais

La mystérieuse affaire de Styles de Jean-François Vivier et Romuald Gleyse

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En 1917, le capitaine Hastings revient en Angleterre après avoir été blessé sur le front. Il rencontre par hasard un vieil ami, John Cavendish, qui lui propose de venir passer quelques jours dans la propriété familiale de Styles Court. Hastings connaît bien les lieux où il a déjà été invité auparavant. La mère de John s’est récemment remariée avec Alfred Inglethorp qui n’est pas très apprécié par les autres membres de la famille Cavendish. L’ambiance à Styles Court est loin d’être  détendue. Durant la première nuit du séjour du capitaine Hastings, un drame survint : Mrs Inglethorp est prise de convulsions et elle s’effondre, morte, sur ses oreillers. Après les constats des médecins, Hastings propose de contacter son ami Hercule Poirot, un détective privé belge.

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« La mystérieuse affaire de Styles » est le premier roman où apparait Hercule Poirot. Il est ici adapté par Jean-François Vivier et Romuald Gleyse en bande-dessinée. Les éditions Paquet ont déjà préalablement édité plusieurs roman d’Agatha Christie en BD. Le roman montrait la forte influence de Conan Doyle sur  Agatha Christie. La construction du récit est en effet proche de celle des aventures de Sherlock Holmes. Cela se ressent moins dans la bande-dessinée mais globalement l’intrigue est fidèle à l’œuvre originale.

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Nous sommes ici chez des adeptes de la ligne claire qui m’a toujours beaucoup séduite et que je retrouve toujours avec plaisir. Ce choix est parfait, il n’est pas nécessaire d’en rajouter lorsque l’on adapte la reine anglaise du crime et que l’intrigue est pleine de rebondissements. Il ne faut pas se fier aux couleurs vives, c’est bien un drame familial et un esprit fort retors qui seront le nœud de cette enquête. Notre cher Poirot prend vie dans les pages de cette BD, il est presque bondissant (je crois que personne n’a jamais tenu compte du fait qu’il est censé boiter après une blessure).

Cette bande-dessinée, très plaisante à lire, ne peut que donner envie de découvrir le roman original et de faire plus ample connaissance avec les redoutables petites cellules grises de Hercule Poirot.

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Concours la Table Ronde

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C’est avec beaucoup de joie que nous nous associons aux éditions de la Table Ronde pour vous gâter aujourd’hui pour les 10 ans du mois anglais. Outre les fabuleux trésors que recèle le catalogue de cette belle maison, ce partenariat nous fait particulièrement plaisir car il fait écho à plusieurs années d’échanges chaleureux.

Comment fonctionne le concours ?

Comme le Mois anglais est un tout, entre les blogs (où le challenge est né), le groupe Facebook dédié et Instagram, nous vous proposons un concours sur nos blogs, et un autre sur le compte Instagram des créatrices du Mois anglais, @ayearinengland2021. Si vous participez uniquement sur le groupe Facebook, vous pouvez tout à fait participer via nos blogs.

Deux magnifiques romans à découvrir !

Pour participer et tenter de gagner un exemplaire d’Une Saison à Hydra ou de L’Invitation à la vie conjugale, c’est tout simple ! On vous propose de:

  • nous indiquer le titre que vous aimeriez remporter
  • nous dire quel(s) titre(s) des éditions de la Table Ronde vous recommanderiez à une personne qui souhaiterait découvrir leur catalogue
  • bien nous préciser votre blog et / ou pseudo, pour que nous puissions vous reconnaître, notamment si vous n’avez pas de blog.

Il faudra avoir rempli ces trois conditions pour valider votre participation.

Ce concours est ouvert jusqu’au 24 juin. Les gagnant.e.s seront désigné.e.s par tirage au sort.

Bonne chances à tous et à toutes !

Et nous remercions une nouvelle fois chaleureusement les éditions de la Table Ronde qui nous aident à souffler aujourd’hui les 10 bougies de notre challenge !

10 ans du mois anglais

La seconde vie de Jane Austen de Mary Dollinger

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En septembre 2010, Jane Austen s’installe dans un petit village de la Drôme. Son médecin lui a conseillé de s’éloigner de l’humidité du Hampshire. Au calme, dans sa nouvelle maison, elle peut laisser libre cours à son imagination. « Je considère mon déménagement comme le vrai début de ma vie d’écrivain. Après toutes ces esquisses, ces bribes d’histoires inachevées, j’ai maintenant devant mes yeux, mon premier roman abouti. » Ce livre, qui sera rejeté par les éditions Gallimard (la lettre de refus est somptueuse !), est « Raison et sentiments » et il sera le début d’un succès retentissant.

Faire vivre Jane Austen en France au 21ème siècle, c’est ce que j’appelle un pari culotté. Et le plus beau, c’est que Mary Dollinger le réussit avec panache et humour. Le roman est constitué de lettres à sa sœur Cassandra, d’articles de presse, d’émissions de radio, de télévision ; on y croise Olivia de Lamberterie, François Busnel ou Laure Adler. Mary Dollinger assume totalement les anachronismes : Jane Austen écrit une chronique dans Femme actuelle où elle répond aux lecteurs ( en leur conseillant l’emploi du subjonctif !), des photos d’elle apparaissent dans Gala ou Paris Match, elle remercie Virginia Woolf à qui elle doit beaucoup (le compliment n’en est d’ailleurs pas vraiment un). Toutes les idées sont réjouissantes et irrésistibles. Mary Dollinger profite de sa fable pour égratigner le monde de l’édition. Jane Austen est prise au piège du jeu médiatique de la promotion : « Des signatures, je ne suis pas contre, de plus Frédéric trouve cela amusant, mais je ne suis vraiment faite ni pour la télévision ni pour la radio. Ces joutes oratoires me fatiguent, m’épuisent même et me privent d’un temps précieux qui doit être consacré à l’écriture. »

Si « La seconde vide Jane Austen » fonctionne aussi bien, c’est sans doute aussi parce que tout n’est pas fantaisiste. Mary Dollinger respecte la chronologie de publication des romans de Jane Austen. Et l’on sent l’admiration profonde qu’elle a pour la romancière. Celle-ci nous est montrée comme déterminée, sûre de son talent, refusant les modifications souhaitées par son éditrice, tout cela en restant réservée. Et surtout, le roman nous permet de retrouver l’ironie mordante de Jane Austen.

« La seconde vie de Jane Austen » est un régal, une lecture, à l’idée principale décalée et maitrisée, qui m’a enchantée.

10 ans du mois anglais

Le grand jeu de Graham Swift

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A l’été 1959, Jack Robinson est le maître de cérémonie d’un spectacle pour les vacanciers sur la jetée de Brighton. Des jongleurs, un ventriloque, un magicien s’y succèdent. Au fur et à mesure de la saison, le numéro de magie s’impose comme le clou du spectacle. Il est mené par Ronnie Deane et son assistante Evie White. La magie est la raison de vivre de Ronnie depuis son enfance. Il veut dépasser les numéros traditionnels pour créer des illusions originales et étourdissantes. Les évènements de l’été 1959 vont rester gravés dans la mémoire des trois personnages.

J’avais découvert Graham Swift avec le sublime « Dimanche des mères ». « Le grand jeu » reprend le même type de narration que le roman précédent. Une femme âgée, ici Evie, se remémore le moment charnière de sa vie. Le roman fait alors des aller-retour entre le présent et l’année 1959, mais également dans l’Angleterre de la Seconde guerre mondiale pour nous raconter l’enfance de Ronnie et sa découverte de la magie. Enfant évacué de Londres pendant le Blitz, il découvre, chez un couple à la campagne, sa vocation et l’existence du bonheur familial. Ces passages sont d’ailleurs extrêmement réussis et lumineux. Toute la narration tourne autour du dernier spectacle de Ronnie et Evie, comme « Le dimanche des mères » tournait autour du 30 mars 1924,  suite auquel leurs vies ne seront plus les mêmes.

La lecture est plaisante, l’écriture est classique tout comme le thème du trio amoureux. Le cadre de la jetée de Brighton et du monde de la magie apportent de la fraîcheur et une pointe d’originalité. Le récit de l’été 1959 se fait doucement mélancolique. « Le grand jeu » est comme un grand plaid confortable dans lequel il est agréable de se lover. Mais il faut bien reconnaître que la magie n’opère pas comme dans « Le dimanche des mères » malgré (à cause ?) des ressemblances dans la structure du roman. Peut-être faudrait-il que Graham Swift renouvelle son disposition narratif pour nous enchanter à nouveau.

« Le grand jeu » est un livre qui se lit avec plaisir même si j’en ressort légèrement déçue, étant donné la qualité du roman précédent de Graham Swift.

Traduction France Camus-Pichon

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At the pond, swimming at the Hampstead Ladies’ Pond

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« At the pond » est un recueil de textes consacré au Kenwood Ladies’ Bathing Pond qui se situe sur les collines de Hampstead Heath à Londres. Plusieurs étangs y ont été creusés au 17ème siècle par la Hampstead Water Compagny pour servir de réservoirs d’eau . Trois étangs principaux sont ouverts à la baignade : un pour les hommes, un mixte et un pour les femmes, ouvert officiellement en 1925, dont parle ce livre. Quatorze écrivaines, poétesses ou essayistes proposent leur vision de ce lieu atypique au cœur de la capitale anglaise. Les textes sont classés par saisons. Ils mêlent réminiscences personnelles, réflexions sur l’histoire et l’évolution du lieu mais aussi débat sur l’actualité (l’ouverture de l’étang aux transgenres a fait débat récemment).

Ce qui est intéressant dans « At the pond », c’est la variété des points de vue (par exemple, l’une des nouvelles nous montre celui d’une surveillante de baignade alors que les autres sont toutes des nageuses), tous les âges y sont également représentés (Deborah Moggach y nage toujours à 70 ans). Cet étang pour femmes nous est montré comme un lieu unique, protégé et où la nature reprend ses droits (l’eau peut déborder en cas de fortes pluies, les étangs sont alimentés par des rivières souterraines dont la Fleet). Les femmes, qui viennent y nager, s’y sentent libres, il n’y a pas de regard masculin, pas de compétition dans l’eau. Un certain nombre de textes parle d’une communauté de nageuses, notamment celles qui viennent tout au long de l’année et qui brisent la glace en hiver avant de se plonger dans les eaux sombres de l’étang. Pour beaucoup d’entre elles, venir nager à Hampstead n’est pas seulement une question de sport ou d’exercice. La nature sauvage de l’étang les réconforte, les console, les apaise ou les divertit. C’est parfois aussi une façon de se sentir intégrée dans la ville.

Mon texte préféré du recueil est sans conteste celui de Margaret Drabble intitulé « Out of time ». Elle y raconte son enfance à Hampstead où elle vécut de 1968 jusqu’au milieu des années 90. Elle nous raconte et décrit avec une infinie délicatesse ses sensations, la nature, ses souvenirs et le plaisir qu’elle avait à rejoindre l’étang.

« At the pond » nous offre quatorze points de vue différents sur ce lieu magique et sauvage au travers des saisons. De quoi nous faire patienter en attendant de pouvoir enfin revoir Londres.

10 ans du mois anglais

Souvenirs de Marnie de Joan G. Robinson

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Après la mort de ses parents et de sa grand-mère, Anna a été placée dans un orphelinat. Elle a ensuite été adoptée par les Preston. L’enfant se révèle difficile, distante et ne semble s’intéresser à rien. « En ce moment, Anna passait le plus clair de son temps à ne penser à rien. C’était même à cause de cette fâcheuse habitude qu’elle allait séjourner dans le Norfolk, chez Monsieur et Madame Pegg. A cause de ça…et d’autres choses. (…) C’était le fait de ne pas vraiment avoir de meilleure amie comme tout le monde, de ne pas vraiment vouloir inviter des camarades à goûter, et de ne pas vraiment tenir à être invitée non plus. » Envoyée chez les Pegg, Anna découvre le littoral à Little Overton et la plage où elle passe tout son temps. En bord de crique, se trouve une maison abandonnée qui, rapidement, fascine totalement Anna. C’est là, qu’une nuit, elle fait la connaissance de Marnie.

Avant de commencer le roman, je ne connaissais rien de l’histoire, je n’ai jamais eu l’occasion de voir l’adaptation réalisée par les studios Ghibli. L’ambiance du livre est très plaisante. Les paysages du Norfolk sont remarquablement bien décrits par Joan G. Robinson. On comprend parfaitement qu’Anna y passe ses journées et se laisse envoûter par la beauté des lieux qui l’entourent. L’aura de la maison de la crique est également très bien rendue, son mystère ne peut qu’attirer la curiosité d’une enfant rêveuse. Anna est un personnage avec lequel nous sommes en empathie immédiatement. Elle ne se sent pas aimer, elle se protège sans cesse pour ne pas souffrir. Solitaire, trop honnête pour respecter les conventions sociales ou la politesse, Anna n’arrive pas à avoir des amis de son âge. Elle préfère celle de Gossdetro, un marin taiseux qui ne pose aucune question. Tout cela va changer avec l’arrivée de Marnie…je ne peux pas en dire trop mais, après la lecture du roman, je comprends pourquoi les célèbres studios japonais l’ont adapté.

« Souvenirs de Marnie » est une très jolie lecture, il s’en dégage beaucoup de douceur.

Traduction Patricia Barbe-Girault

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La vie seule de Stella Benson

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Londres, 1918, lors d’une réunion d’un comité de bienfaisance, une étrange jeune femme fait une apparition fracassante. Elle entre en courant dans la pièce et se réfugie sous une table. Ses explications ne cessent de stupéfier l’assemblée et les participants à la réunion ne tardent pas à découvrir qu’ils sont en présence d’une sorcière. Après le départ de cette dernière, l’une des membres du comité, Sarah Brown, découvre que la sorcière a oublié son balai. Sur celui-ci figure une adresse, Sarah décide de s’y rendre. D’étonnantes aventures attendent alors la jeune femme.

Le court roman de Stella Benson est extrêmement surprenant. Il m’a tour à tour évoqué Harry Potter (nous assistons notamment à une terrible bataille de balais) et Alice aux pays des merveilles (« Les pâquerettes vous regardaient dans les yeux, mais pas les violettes, parce qu’elles refusaient les bonnes manières. »). « La vie seule » est un livre à la fantaisie débridée, aux situations totalement farfelues. Sarah Brown travaillera dans une ferme gérée par un dragon dans une Forêt enchantée. Nous croiserons un balai nommé Harold, une valise appelée Humphrey ou encore un cheval nommé Vivian. Un tourbillon d’évènements fantastiques va venir perturber la vie de Sarah Brown et des autres membres du comité de bienfaisance.

Ce qui rend le roman de Stella Benson vraiment intéressant, c’est la manière dont elle mêle la magie à la réalité de la vie des habitants de Londres en 1918. La ville est alors bombardée et nous assistons à leur repli dans des abris. Stella Benson en profite également pour placer quelques insertions ironiques sur la société anglaise de son temps : « Elle avait un mari, mais aucune autre tragédie marquante dans sa vie. » ; « Lady Arabel était une des personnes les plus gentilles du monde mais elle frémit à l’évocation de la classe moyenne. »  On sent également l’engagement de l’auteure auprès des Suffragettes au travers du destin de Sarah Brown, une jeune femme célibataire qui va conquérir son indépendance grâce à la sorcière.

« La vie seule » est un livre déroutant, original qui mêle réalisme et magie avec humour et ironie.

Traduction Leslie De Bont

10 ans du mois anglais

Un lieu à soi de Virginia Woolf

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Grâce au Café du classique sur Instagram, j’ai relu « A room of one’s own » de Virginia Woolf. J’ai choisi la récente traduction de Marie Darrieussecq qui m’a semblé plus fluide que celle de Clara Malraux qui est celle par laquelle j’ai découvert ce livre important de l’auteure. Et le choix de la traduction du titre me paraissait plus juste, plus proche de ce qu’avait voulu dire Virginia Woolf.

Cet essai, publié en 1929, a comme point de départ deux conférences sur le thème des femmes et de la fiction qui devaient avoir lieu aux Newnham College et au Girton College, deux institutions de Cambridge dédiées aux jeunes filles. Virginia Woolf choisit de décliner son propos sur deux journées où elle mélange flâneries et réflexions sur le thème des conférences. Il ne s’agit donc pas d’un essai classique, scolaire. L’auteure y écrit comme dans ses romans, exprimant un flux de conscience qui peut donner l’impression d’un livre déconstruit, aux propos éclatés. Comme toujours, Virginia Woolf écrit avec une grande liberté, une ironie grinçante et une culture remarquable. Ce qui m’a frappée durant cette relecture, c’est à quel point elle s’amuse, elle invente des personnages pour nous parler des femmes et de la fiction et le plus intéressant d’entre eux est celui de la sœur de Shakespeare qui, si elle avait voulu écrire, aurait connu un bien funeste destin.

Virginia Woolf choisit d’aborder le thème de ses conférences de manière concrète. Dès le départ, elle fait le constat que les pelouses, les bibliothèques des colleges masculins sont interdites aux femmes, leurs repas sont de meilleure qualité que ceux des jeunes filles. Cela peut paraître anecdotique mais pour elle, cela fait partie intégrante de son constat : « La liberté intellectuelle dépend des choses matérielles. » Les femmes, pour créer, n’ont besoin que de deux choses : une pièce à soi et de l’argent. Elle montre bien à travers l’Histoire à quel point la création doit se libérer des contingences matérielles pour pouvoir exister et sa démonstration est brillante.

Bien entendu, le patriarcat a également tout fait pour brimer les femmes, les a modelées pour limiter leur envie d’expression, les a décrédibilisées. Certaines ont du prendre des noms masculins pour se faire publier (George Eliot, les sœurs Brontë, George Sand, etc…).

Pour autant, Virginia Woolf ne souhaite pas lancer une guerre ouverte entre les deux sexes. Elle préconise que chacun cultive ses différences. Elle insiste sur l’importance de l’éducation, elle qui a vu ses frères partir dans les College alors qu’elle n’a pas pu y aller. Elle invite les jeunes femmes à voir le monde, à avoir plus d’expérience pour en nourrir leurs œuvres et surtout à penser par elle-même : « Je me retrouve à dire brièvement et prosaïquement que le plus important est d’être soi-même, plutôt que n’importe quoi d’autre. »

La démonstration de Virginia Woolf dans « Un lieu à soi » est originale, impeccablement menée et imaginative. Le statut des femmes a changé depuis 1929 et pourtant cet essai résonne toujours avec notre actualité. Le chemin parcouru est important mais il ne s’arrête pas là et Virginia Woolf nous invite à rester vigilantes.

Traduction Marie Darrieussecq

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L’invitation à la valse de Rosamond Lehmann

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« Oui c’est certain, ces murs renferment un monde. Ici, la durée tisse sa toile d’une pièce à l’autre, d’un an à l’autre. Le temps est en sûreté dans cette maison. Quelque chose d’énergique, de concentré, de fort, de calme, s’y développe, quelque chose qui a ses lois, ses habitudes, quelque chose d’inquiétant, de tyrannique, à quoi il ne faut pas se fier tout à fait ; quelque chose d’atroce, peut-être. Une plante curieuse, aux fortes racines enchevêtrées, un spécimen unique. Une famille, en un mot. » Cette famille, c’est celle d’Olivia Curtis, qui réside dans le petit village de Little Compton. Nous sommes en hiver et la jeune femme fête ses 17 ans. Dans quelques jours, elle va assister à son premier bal chez Lord et Lady Spencer. Elle reçoit d’ailleurs, parmi ses cadeaux d’anniversaire, une étoffe rouge qui servira pour la confection de sa robe. Une couleur flamboyante choisie par sa sœur Kate et non par sa mère qui aurait préféré une couleur plus discrète pour une jeune fille. Olivia est enchantée et attend avec autant d’impatience qu’inquiétude le jour du bal.

J’ai déjà lu plusieurs romans de Rosamond Lehmann et le résultat n’a pas toujours été concluant. Mais comme il s’agit d’une romancière extrêmement appréciée par Jonathan Coe, je persiste dans la découverte de son œuvre. Cette fois, j’ai été totalement séduite par « L’invitation à la valse ». Ce passage à l’âge adulte est décrit avec beaucoup de délicatesse, de tendresse et avec finesse pour la psychologie de son héroïne. Olivia sent bien qu’elle est à un tournant de sa jeune vie. Le bal est son intronisation dans le monde des adultes, dans la haute société. Elle doit donc se présenter sous son meilleur jour. Cela est d’autant plus vrai que sa sœur Kate va bientôt quitter le foyer pour passer un an à Paris. Olivia devra faire son chemin seule. Le bal, qui occupe la moitié du roman, est formidablement décrit : le jeu social, le paraître, l’humiliation de ne pas avoir son carnet de bal rempli, les rencontres impromptues le temps d’une danse, la courtoisie. La soirée sera riche en expériences pour la jeune femme, beaucoup de possibilités s’ouvrent à elle et tout autant de questions sur son avenir.

« Tout va commencer », cette phrase se situe à la fin du roman et laisse en suspens ce qu’il va advenir de la jeune Olivia Curtis. Rosamond Lehmann nous permet de le découvrir dans « Intempéries ».

Traduction Jean Talva

10 ans du mois anglais