Bilan livresque et séries de mars

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De mes neuf lectures de mars, je n’ai pu vous parler pour le moment que de « Fantômes » de Christian Kiefer qui évoque le sort terrible réservé aux nippo-américains pendant la seconde guerre mondiale. Durant le mois écoulé, j’ai enfin découvert la talentueuse Sally Rooney avec son premier roman « Conversations entre amis », la délicatesse d’Isabelle Flaten dans « La folie de ma mère », l’engagement et l’intelligence de Wendy Delorme avec « Viendra le temps du feu », le singulier et militant André Siniavski et son double « André la poisse » et le saisissant « Les Oxenberg et les Bernstein » de Catalin Mihuleac. J’ai poursuivi avec plaisir la saga des Cazalets de Elizabeth Jane Howard avec le troisième tome « Confusion ». Une seule bande-dessinée à mon actif mais pas des moindres : « L’accident de chasse » de D.L. Carlson et L. Blair est un roman graphique dense, au dessin virtuose jouant avec le noir et blanc et fourmillant de détails.

J’ai également envie de vous parler d’un film et de deux séries vus durant ce mois de mars :

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Mado et Nina habitent sur le même palier. Mais c’est dans l’appartement de la première qu’elles vivent leur grande histoire d’amour. Les enfants de Mado ne sont pas au courant et elle rechigne à leur annoncer. Ce qui agace profondément Nina car cela met en péril leur projet de partir vivre en Italie. Lorsque Mado fait un AVC, Nina est exclue de son quotidien. Mais leur amour est trop fort pour que les deux femmes soient séparées.

Le premier film de Filippo Meneghetti est absolument bouleversant. Avec une grande simplicité et beaucoup de tendresse, il nous montre cette relation entre deux femmes d’âge mûr. Deux héroïnes, deux corps qui sont trop peu fréquents à l’écran. La puissance de cet amour passe évidemment par les deux interprètes du film qui sont remarquables. Martine Chevallier n’est que douceur, pudeur et retenue. Alors que Barbara Sukowa est prête à tout pour défendre son amour pour Mado quitte à blesser ceux qui se dressent sur son passage. Lorsqu’elles sont ensemble à l’écran, l’amour sonne comme une évidence. La scène finale où elles dansent ensemble pieds nus est merveilleuse.

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Aine vient de passer quelques temps dans un centre de repos où elle et sa sœur, qui vient la chercher, auraient aimé trouver un mini-bar dans la chambre et un jacuzzi. Cette première scène de la série créée par Aisling Bea (qui interprète Aine) donne immédiatement le ton. Aine n’est qu’humour et dérision. Elle passe son temps à faire des blagues, quitte à faire des flops. Mais derrière cet humour forcené se cache une jeune femme perdue qui a fait une tentative de suicide. Aine veut aller mieux, ne serait-ce que pour rassurer sa soeur, Shona (Sharon Horgan) qui passe son temps à surveiller ses déplacements sur son téléphone. L’une a réussi dans la vie, est bien installée alors que l’autre se cherche encore. Mais c’est bien leur relation qui fait leur force, entre lien indéfectible et agacement. « This way up » évoque « Fleabag » en raison de son héroïne paumée et de la crudité des propos. Mais Aisling Bea a choisi un personnage plus positif, sans cynisme et qui se démène pour sortir de sa dépression. L’ensemble des six épisodes est un régal et oscille entre humour burlesque et tendresse, toujours justes les deux actrices principales sont formidables. Et la bonne nouvelle, c’est qu’il y aura très certainement une deuxième saison.

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Septembre 1981, tandis que Roscoe quitte sa famille qui veut l’envoyer à Lagos pour combattre son homosexualité, Ritchie et Colin débarquent à Londres pour débuter leur vie d’adultes. Le fantasque Ricthie profite à fond des possibilités offertes par la capitale et les bars gay. Il arrête rapidement ses études de droit pour se lancer dans le théâtre. Colin est plus sage, plus posé et il se fait embaucher chez un tailleur. Les trois jeunes gens s’installent en colocation sous l’égide de Jill, une étudiante qui couve et protège ses amis. Cette nouvelle vie insouciante et joyeuse va bientôt être assombrie par des rumeurs concernant une maladie qui toucherait uniquement la communauté homosexuelle.

Russell T. Davies est le scénariste de cette série, on le connaît déjà pour « Queer as folk », la reprise du « Doctor Who en 2003 (un clin d’œil à cette série s’est glissé dans « It’s a sin ») et récemment pour la formidable dystopie « Years and years ». Encore une fois, son talent fait merveille dans cette série de cinq épisodes. Elle est formidablement bien écrite, bien construite et elle nous emporte dès les premières images. Cette bande de jeunes gens est éminemment attachante, on aimerait en faire partie, les accompagner dans leurs débuts dans la vie. Le ton est tour à tour léger, drôle, fiévreux et bouleversant sans être plombant malgré le thème abordé.  « It’s a sin » capte parfaitement les années 80 avec les costumes, la musique mais également l’atmosphère pesante due à la politique conservatrice de la dame de fer. La série souligne bien le mensonge qui régnait à l’époque de l’apparition du virus, la volonté de cacher les morts qui s’accumulent.  On assiste à des scènes terrifiantes. Les malades sont enfermés à double tour dans les hôpitaux, décèdent seuls dans la honte. Les banques se permettent de poser des questions sur la sexualité de leurs clients pour des demandes de prêt. Et la désinformation, la méconnaissance (ou l’envie de ne pas savoir) touchent également la communauté gay qui ne veut pas voir la fête s’achever. Pas de manichéisme, pas de pathos chez Russell T. Davies même si les larmes coulent à flot à certains moments. Le scénariste nous offre à nouveau une grande série, percutante et émouvante qu’il ne faut pas rater.

Bilan livresque et séries de février

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Voilà une belle moisson de romans pour le mois de février, que du très, très bon ! Pour le moment, je ne vous ai parlé que du magnifique roman de L. P. Hartley, « Le messager », de mes retrouvailles réussies avec ce cher Wilkie Collins et de ma découverte d’un jeune auteur québecois Antoine Desjardins. Durant ce mois de février, j’ai eu le grand plaisir de retrouver l’ironie de Patrick deWitt, le charme suranné de la série Eustache et Hilda de L.P. Hartley, le talent de Mika Biermann à évoquer la vie de peintres impressionnistes et celui de Maria Messina à souligner l’amertume de la vie des femmes au début du 20ème siècle en Italie. J’ai également eu deux coups de cœur : « La maison des hollandais » de Ann Patchett dont j’avais déjà adoré le roman précédent et « Borgo vecchio » Giosuè Calciura dont « Le tram de Noël » m’avait beaucoup touché. Enfin, j’ai découvert la très belle plume de Camille Zbaka avec son dernier roman « Ne crains pas l’ombre ni les chiens errants » (le titre annonce déjà la couleur) et le talent de John Wainwright dans le domaine des romans policiers.

Je vous parle de deux séries anglo-saxonnes regardées en février : 

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Les trois saisons de « Mum » nous plonge dans le quotidien de Cathy et de ses proches. Dans le premier épisode, l’héroïne de la série se prépare pour aller à l’enterrement de son mari Dave. Autour d’elle évoluent son fils Jason, grand dadais vivant toujours chez sa mère, sa petite amie Kelly, gentille idiote, son frère Derek qui est prêt à tout pour sa nouvelle (et très snob) petite amie Pauline, ses beaux-parents ronchon et Michael, un vieil ami du couple. Tout ce petit monde va se retrouver dans la maison de Cathy saison après saison, épisode après épisode.  La dernière saison se déroule sur une semaine dans une maison de vacances où tous se retrouvent. Le cœur de la série est la possibilité d’une nouvelle vie amoureuse pour Cathy après la disparition de son mari. Cathy, merveilleusement interprétée par Lesley Manville, est un personnage  d’une incroyable gentillesse (et d’une patience à toutes épreuves face aux nombreuses demandes de ceux qui l’entourent). Elle est le point de repère de ce petit monde, celle qui écoute et qui rassure.

« Mum » a été diffusée de 2016 à 2019 en Grande-Bretagne et a été créée par Stefan Golaszewski (auteur de l’excellente série « Him and her », malheureusement inédite en France). Cette série déborde de positivité, de bienveillance mais les personnages ont également du répondant ! Les dialogues sont bien écrits, drôles et mordants mais également emprunts de tendresse. Et c’est l’exploit de la série de réussir parfaitement à osciller entre humour et émotion sans jamais être mièvre. Au fil des épisodes, les personnages deviennent de plus en plus attachants (même ceux qui sont odieux avec Cathy au début). Mention spéciale au formidable Peter Mullan en homme maladroit, sensible et d’une grande délicatesse dans ses sentiments.

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« Mum » est une série drôle et lumineuse portée par un casting fabuleux avec en tête d’affiche un duo bouleversant : Lesley Manville et Peter Mullan. Une série qui met du baume au cœur et à côté de laquelle il serait dommage de passer.

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Autre série qui fait du bien au moral : la nouvelle version de « All creatures great and small ». Cette série est un classique de la télévision anglo-saxonne et elle avait été diffusée originellement de 1978 à 1990. La nouvelle version comprend six épisodes et comme la première version, elle est tirée des mémoires du vétérinaire James Herriot. Nous suivons donc les aventures d’un jeune vétérinaire écossais qui trouve un poste dans une vallée du Yorshire. Il devient l’assistant de Siegfried Farnon, le vétérinaire local au caractère difficile. Bientôt le jeune frère de Siegfried, Tristan, vient rejoindre le cabinet vétérinaire. Il doit lui aussi rejoindre la profession mais sa vie dissolue lui met quelques bâtons dans les roues.

Il est vraiment très plaisant de voir évoluer les différents personnages qui sont tous extrêmement attachants. La série nous montre le quotidien de James Herriot qui apprend que les maîtres sont souvent aussi importants que les animaux qu’il doit traiter. C’est, par exemple, le cas avec le personnage interprété par Diana Rigg qui gâte et rend malade son petit chien ( ce fût le dernier rôle de l’actrice à l’écran). James Herriot est un beau personnage, passionné par son métier et d’une grande sensibilité. Le casting est l’un des points forts de la série. On y retrouve des acteurs déjà croisés ailleurs comme le formidable Samuel West, le facétieux Callum Woodhouse et je découvre le talentueux Nicolas Ralph dans le rôle titre. Comme « Mum », la série réussit l’équilibre parfait entre humour et émotion. Et que dire des paysages du Yorkshire ? Ils sont magnifiquement filmés et donnent envie de vivre là-bas !

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« All creatures great and small » est une série attachante au casting réjouissant et au décor splendide.

Bilan 2020

Voilà une drôle d’année qui s’achève et, à l’heure où je vous écris, les cinémas, les théâtres et les salles de concert n’ont toujours pas de date de réouverture. Durant cette année, j’ai lu 129 livres dont 10 bande-dessinées dont voici mes coups de cœur :

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1- En tête de mon classement, « Étés anglais » et « A rude épreuve » de Elizabeth Jane Howard qui sont les deux premiers volumes de la saga familiale consacrée à la famille Cazalet. La plume est élégante, les personnages attachants et leur psychologie approfondie. Un projet ambitieux qui tient toutes ses promesses et dont j’ai hâte de découvrir le volume suivant.

2- « La maison dans l’impasse » de Maria Messina qui montre l’enfermement physique et mental de femmes siciliennes dans les années 1900. Un roman remarquablement écrit et percutant.

3- « Fille, femme, autre » de Bernardine Evaristo qui dresse le portrait de douze femmes noires dans l’Angleterre d’aujourd’hui. Ambitieux, foisonnant, ce roman est également audacieux dans sa forme.

4- « Le cœur de l’Angleterre » de Jonathan Coe que j’ai toujours grand plaisir à retrouver et qui retrouve ici sa veine politique. En reprenant les personnages de « Bienvenue au club » et « Du cercle fermé », il continue à analyser son pays, ici post-Brexit et c’est là qu’il est le plus brillant, le plus incisif.

5- « Vie de Gérard Fulmard » de Jean Echenoz, l’un de mes écrivains préférés nous a livré cette année un roman réjouissant, drôle et toujours dans une langue épurée et d’une précision redoutable. 

2020 fut également l’occasion de découvrir de nouvelles plumes que je vais suivre à l’avenir avec grande attention : « Le dit du mistral » d’Olivier Mak-Bouchard, « Le chien noir » de Lucie Baratte, « Ohio » de Stephen Markley et « Je suis la bête » d’Andrea Donaera. Quatre romans fort différents mais pour lesquels j’ai eu un véritable coup de cœur.

Mon année 2020 fut également marqué par Émile Zola. J’ai achevé la lecture de l’ensemble des volumes des Rougon-Macquart avec des découvertes magnifiques comme « La conquête de Plassans », des confirmations comme « L’assommoir » qui reste le meilleur de cette série ou des déceptions comme « Au bonheur des dames » qui m’a malheureusement ennuyée alors qu’il m’avait laissé un bon souvenir. Et puis, il y a « La faute de l’abbé Mouret » qui est hors-classement tellement je le déteste et le considère comme totalement raté.  J’ai complété les Rougon-Macquart avec deux BD : « Les Zola » de Méliane Marcaggi et Alice Chemana qui met en lumière les femmes qui ont entourées l’écrivain, « L’affaire Zola » de Jean-Charles Chapuzet, Christophe Girard et Vincent Gravé qui revient sur l’affaire Dreyfuss et émet l’hypothèse de l’assassinat de Zola. Cette thèse était également défendue dans le formidable roman de Jean-Paul Delfino intitulé « Assassins ! ». Je n’ai pas pu vous en parler ici mais il rend parfaitement compte du contexte politique et social de l’époque. Enfin, quand nous pouvions encore nous rendre au théâtre, j’ai eu le plaisir de voir « Madame Zola » au théâtre Montparnasse qui rendait un bel hommage à Alexandrine Zola avec une Catherine Arditi absolument extraordinaire dans ce rôle.

Enfin, je voulais à nouveau vous conseiller le formidable « Honoré et moi » de Titiou Lecocq qui fut une lecture enthousiasmante au ton enlevé, drôle mais également plein d’empathie pour Honoré de Balzac.

Malgré le peu de films vus cette année (à mon grand désarroi), voici mon top cinq qui comportent plusieurs comédies pour nous remonter le moral :

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1- « Un divan à Tunis » de Manele Labidi est une comédie pétillante sur une jeune psychanalyste qui décide d’installer son cabinet à Tunis après avoir été formée en France. Le film nous offre une formidable galerie de personnages et une lumineuse Golshifteh Farahani qui vaut à elle seule le visionnage de ce film.

2- « Tout simplement noir » de Jean-Pascal Zadi qui est faux documentaire, une vraie farce mais également un état des lieux de la visibilité des noirs en France. Le constat est loin d’être réjouissant.

3- « Effacer l’historique » de Gustave Kervern et Benoit Delépine où le duo décapant montre l’absurdité de notre monde connecté.

4- « Michel Ange » de Andreï Kontchalovski qui montre la réalité de la vie de ce génie au caractère terrible, tourmenté et complexe. J’ai beaucoup apprécié la reconstitution non édulcorée de la vie à la Renaissance et la prestation de Alberto Testone.

5- « Felicità » de Bruno Merle qui m’a fait penser à « Little miss Sunshine » pour l’humour et la famille dysfonctionnelle. Pio Marmai fait encore une fois merveille de ce rôle de père décalé, sans cesse en mouvement et en marge de la société.

2021 débute à peine et je ne peux qu’espérer que cette nouvelle année me permettra de retrouver rapidement le chemin des salles obscures.

 

Bilan livresque et séries de novembre

Novembre

De l’éclectisme en ce mois de novembre avec onze livres forts différents et une bande-dessinée inspirée du spectacle de Alexis Michalik sur l’écriture de « Cyrano de Bergerac ». J’ai déjà eu l’occasion de vous parler du formidable diptyque de Deborah Levy : « Ce que je ne veux pas savoir » » et Le coût de la vie « et de « Promo 49 » qui m’a permis de découvrir la plume de Don Carpenter. Je vous parle très bientôt de l’ensorcelant premier roman adulte de Kiran Millwood Hargrave « Les graciées », de l’excellent deuxième roman de Laurine Roux « Le sanctuaire », du percutant premier roman de Fatima Dass « La petite dernière », du premier volet des filles du siècle de Marie Desplechin et du très réussi roman-enquête de David Le Bailly sur Frédéric Rimbaud.  Deux romans m’ont déçue : « Les belles années de mademoiselle Brodie » de Muriel Spark qui m’a ennuyée et « La maison faite d’aube » de N Scott Momaday dans lequel je n’ai pas réussi à rentrer.

Les cinémas étant fermés, je vais vous parler de trois séries que j’ai visionnées pendant le confinement :

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Joseph est ouvrier dans le BTP, il travaille dur et ne fait pas de vagues. Mais lorsque son ex-femme, avec qui il s’entend bien, part s’installer en Australie avec leur fils, Joseph replonge dans les démons de l’alcool. Pour s’en sortir, il décide de retrouver sa sœur, Anna, en Irlande. Orphelins, Anna et Joseph furent séparés durant leur enfance et ils ne sont pas revus depuis.

The virtues est une mini-série de quatre épisodes qui émeut et bouleverse. Elle a été créée par Shane Meadows qui était déjà l’auteur brillant de « This is England » (le film et la série). On retrouve ici son réalisme à la Ken Loach, certaines scènes sont d’ailleurs improvisées (comme celle des retrouvailles entre le frère et la sœur qui est déchirante). Shane Meadows suit la trajectoire de Joseph, celle d’un homme qui doit régler un trauma profond qui le hante depuis son enfance. Un autre personnage va également devoir régler ses comptes avec son passé : Dinah, la belle-sœur d’Anna. Les deux personnages sont blessés, cabossés, victimes d’une société irlandaise corsetée, moralisatrice.

Pas de pathos excessif, pas de tire-larmes facile, l’émotion nous saisit grâce à la sincérité, à la force des acteurs. Stephen Graham, qui jouait déjà dans « This is England », est absolument saisissant, sa performance est exceptionnelle. Et il est extrêmement bien entouré, le reste du casting est éblouissant. « The virtues » a obtenu en 2019 le grand prix de Séries Mania et Stephen Graham a obtenu le prix d’interprétation. Il était donc temps que nous la découvrions et l’on peut remercier Arte de nous la proposer.

Cette série est à voir absolument, pour son intrigue, pour ses acteurs, pour son réalisme brut, pour ses personnages à l’humanité vacillante mais qui continuent à chercher une lueur d’espoir. Une très, très grande série.

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Des adultes qui jouent à un étrange jeu nommé les sardines, des cambrioleurs maladroits, des voyageurs dans un train de nuit, des chasseurs de sorcière au 17ème siècle, des amis se retrouvant au restaurant, qu’ont tous ces personnages en commun ? Le n°9 qui est celui d’une maison, d’un appartement, d’un wagon selon la situation.

« Inside n°9 » est une anthologie lancée en 2014 par la BBC dont il existe cinq saisons (quatre sont disponibles sur la plateforme d’Arte qui nous gâte en séries anglaises). Chaque épisode dure environ 30 mn et nous propose un huis-clos dans des lieux et des époques différentes. Les comédiens Steve Pemberton et Reece Shearsmith en sont les créateurs et les acteurs. Chaque épisode est une histoire en soi et la caractéristique de la série est la surprise finale. Les intrigues se terminent par un twist, un renversement qui les conclue et nous surprend immanquablement. Pour autant, les auteurs ne créent pas du sensationnel pour épater les spectateurs, chaque fin est parfaitement cohérente avec le reste de l’histoire. Les deux auteurs font preuve d’une inventivité remarquable au travers de cette série. Le ton tourne souvent à l’humour noir, à l’ironie grinçante et parfois au drame. Les épisodes se dégustent, il faut savourer l’humour noir so british de Steve Pemberton et Reece Shearsmith.

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1950, Kansas City, deux communautés s’affrontent : celle de Loy Cannon et celle de Justo Fadda. Après une tentative de paix, le clan des  Afro-américains et celui les italiens vont se battre pour contrôler un territoire et son économie souterraine.

Comme toujours dans Fargo, un engrenage criminel complexe se met en branle et met en scène une galerie de personnages hauts en couleur. Ici, nous faisons la connaissance de Ethelrida Pearl Smutny, jeune femme brillante dont le père est croque-mort, de Oraetta Mayflower une infirmière adepte de l’euthanasie, de Gaetano Fadda sorte d’ogre ultra-violent, de Odis Well policier bourré de TOC, etc… Tout ce beau monde va se croiser dans une intrigue endiablée et rythmée. Cette dernière sera émaillée de violence, les morts sont plus nombreux que dans les saisons précédentes. L’histoire est ample avec plusieurs lignes narratives et parle de la haine contre les immigrants, quelque soit leur origine.

L’une des grandes forces de « Fargo » est son casting et c’est encore le cas cette année avec Jason Schwartzman, Chris Rock, Andrew Bird (le chanteur), Jessie Buckley ou encore Ben Wishaw. Chacun est absolument parfait dans son rôle, chaque performance est un régal. Peut-être y-a-t-il un peu trop de personnages, il faut se laisser un peu de temps pour tous les assimiler.

Comme toujours, « Fargo » est une série réjouissante à suivre, l’intrigue est efficace et le casting bluffant.

 

Bilan livresque et cinéma d’octobre

Octobre

Voilà un mois d’octobre bien rempli avec sept livres, deux recueils de poésie et trois BD. J’ai déjà eu l’occasion de vous parler du drôlatique « Les pantoufles » de Luc-Michel Fouassier, des percutants recueils de poésie de Lisette Lombé et Suzanne Ruault-Balet, de la très émouvante autobiographie de Kerry Hudson et de l’adaptation BD du roman de Malika Ferdjoukh « Sombres citrouilles » par Nicolas Pitz.

Durant ce mois d’octobre, j’ai eu le grand plaisir de lire le 2ème volume de la saga que Elizabeth Jane Howard a consacré à la famille Cazalet, j’ai également retrouvé la plume caustique de Fabrice Caro et celle, étonnante, d’Emmanuel Régniez (même si Madame Jules m’a quelque peu déçue). J’ai enfin pu lire « Fille, femme, autre » de Bernardine Evaristo que je souhaitais lire depuis son obtention du Booker Prize et le livre s’est révélé à la hauteur de mes attentes. Ce qui n’a pas été le cas de « Ce lien entre nous » de David Joy dont l’intrigue n’est malheureusement pas aussi palpitante que ce que j’espérais. Je vous reparle également très vite de « Géante » de Jean-Christophe Deveney et Nuria Talarit qui m’a enchantée.

Quatre films seulement à mon compteur d’octobre :

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Michel-Ange vient d’achever la chapelle Sixtine et il est exténué. Pourtant, un autre projet gigantesque l’attend, celui du tombeau du pape Jules II qui comprend un très grand nombre de sculptures. Lorsque le pape meurt, c’est un Médicis, Léon X, qui prend sa place. Voulant balayer la famille de Jules II, les della Rovere, Léon X refuse que Michel-Ange finisse le somptueux tombeau. Il lui demande même de se consacrer à un autre chantier, celui de la façade de San Lorenzo à Florence.

Le film de Andreï Kontchalovski est un remarquable portrait du sculpteur, peintre et poète de la Renaissance. Il est extrêmement précis, détaillé et l’on sent que le réalisateur s’est largement documenté. Le film montre la réalité de la vie ce génie au caractère terrible, tourmenté et complexe. L’excellent choix du réalisateur est de ne pas montrer Michel-Ange au travail. Il montre ses relations avec ses commanditaires (et son déchirement lorsqu’il doit trahir la mémoire de Jules II), sa cupidité, son travail dans les carrières de marbre, son émotion face à la beauté. Michel-Ange n’est pas un personnage sympathique, il peut être tyrannique, colérique mais le réalisateur nous le montre habité. J’ai également beaucoup apprécié la reconstitution de la vie de l’époque, les ruelles étroites, sales, boueuse et très certainement puantes. C’est une vision réaliste de cette époque que nous offre Andreï Kontchalovski. Le film est un peu trop long mais je trouve que ce portrait sonne juste tout comme l’acteur principal Alberto Testone.

  • « Josep » de Aurel : Février 1939, Barcelone tombe aux mains de Franco et cinq cent mille réfugiés arrivent en France. Ceux-ci sont enfermés dans des camps où ils sont maltraités, affamés et brutalisés. Parmi eux se trouve Josep Bartoli (1910-1995), dessinateur et communiste. Durant son séjour en France, Josep dessine sans relâche le quotidien des camps. Cette sombre histoire est racontée par un ancien gendarme, sur son lit de mort, à son petit fils. La rencontre avec Josep va bouleverser la vie de ce gendarme. Aurel rend un très bel hommage à Bartoli et à la force de ses dessins. Son film embrasse l’ensemble de sa vie, des camps français à un immeuble de New York en passant par le Mexique. Bartoli y croise la route de Frida Kahlo qui sera sa maîtresse. L’humanité, le courage sont au cœur de ce film et ils sont servis par le somptueux coup de crayon d’Aurel.
  • « Drunk » de Thomas Vinterberg : Des amis enseignants, quadragénaires, décident de mettre en pratique la théorie d’un psychologue norvégien selon laquelle chaque homme manquerait de 0,5 gr d’alcool dans le sang. Les quatre hommes se mettent donc à boire méthodiquement en vérifiant leur taux d’alcool dans le sang. Évidemment, les débuts se passent bien ; nos quatre amis se sentent pousser des ailes et un regain d’énergie les gagne. La première partie du film est extrêmement joyeuse, hédoniste, les quatre enseignants se libèrent totalement. On s’amuse à les voir trouver des solutions pour cacher leurs bouteilles, boire pendant les cours. On se doute que l’éphorie sera éphémère mais Thomas Vinterberg ne tombe jamais dans un ton moralisateur. Il scrute comme toujours les travers de la société et l’alcool est le signe d’une société où l’échec est impossible (on le comprend bien avec un élève qui repasse son bac). Le film s’achève sur une formidable scène de fête après les résultats du bac où Mads Mikkelsen, parfait comme toujours, nous régale avec une chorégraphie acrobatique.
  • « Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary » de Rémi Chayé : 1863, la famille de Martha Jane se trouve dans un convoi en direction de l’Oregon. La mère est morte, il ne reste que le père et ses trois enfants. La famille est pauvre et elle est mal vue des autres. Souvent moquée, Martha Jane ne se laisse pas faire. Et quand son père se blesse, elle apprend à conduire le chariot. Martha Jane ne veut pas être cantonnée au rôle réservé aux femmes et aux filles. Et c’est sans doute pour cela que lorsqu’un vol arrive, elle est immédiatement accusée par la communauté. Elle quitte donc le convoi pour prouver son innocence. On sait peu de choses sur l’enfance de la Calamity Jane et Rémi Chayé en fait une enfant intrépide, insolente, courageuse et libre. Ce récit initiatique, qui transforme Martha en Calamity, est enthousiasmant, elle croise des personnages aussi fantasques qu’elle et qui l’aident à s’émanciper. Rémi Chayé magnifie les paysages américains avec des couleurs chatoyantes. Un vrai plaisir pour petits et grands.

Bilan livresque et cinéma d’août

Un mois d’août bien rempli avec dix livres très éclectiques. Beaucoup de découvertes d’auteurs mais qui n’ont pas toujours été des réussites. J’ai été assez déçue par la lecture de deux romans : « L’été des oranges amères » de Claire Fuller dont l’intrigue manquait singulièrement de tension au vu de son intrigue ; « Summer mélodie » qui mêlait le bon (la description de l’adolescence et l’ennui de l’été) aux platitudes sur un 1er amour. Le reste de mes lectures fut heureusement beaucoup plus intéressant et j’ai même eu un énorme coup de cœur pour « Etés anglais » de Elizabeth Jane Howard. « Le dit du mistral », premier roman de Olivier Mak-Bouchard, fut une splendide découverte et une balade magique et envoûtante dans le Luberon. Autre formidable premier roman, celui de Sarah Elaine Smith qui nous emmène dans une Pennsylvanie rurale où une adolescente a disparu. J’ai réussi à commencer mes lectures pour le mois américain avec le dernier roman de Colson Whitehead, « Que le diable m’emporte » un autoportrait culottée de Mary MacLane écrit à 19 ans et « Le pouvoir du chien » de Thomas Savage qui s’annonce grandiose. Une fois le mois américain terminé, je vous parlerai de ma découverte de Goliarda Sapienza avec « Moi, Jean Gabin » et de Lisa McInerney avec « Hérésies glorieuses », deux livres que j’ai beaucoup aimés. 

Moins de films en août pour cause de vacances, voici ce que je suis allée voir dans les salles obscures :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marie, Bertrand et Christine se sont connus sur un rond-point lorsqu’ils étaient gilets jaunes. Ils ont découvert qu’ils étaient voisins et s’entraident depuis. Et ils en ont bien besoin. Marie est victime d’un maître-chanteur (qui a besoin d’argent pour payer ses études d’économie) qui a fait une sextape de leur nuit passée ensemble. Il la menace de mettre la vidéo sur internet. Bertrand, surendetté, tombe amoureux d’une démarcheuse téléphonique et sa fille a été humiliée par une vidéo sur les réseaux sociaux. Christine, chauffeuse VTC, désespère de voir sa note de satisfaction stagner à une étoile. Tous les trois vont s’allier pour combattre les Gafa. C’est toujours pour moi un grand plaisir de retrouver le duo déjanté Kervern-Delépine et leur humour décapant. « Effacer l’historique » montre encore une fois l’absurdité de notre monde moderne (comme le bureau de poste à 50 km du lieu d’habitation, la latte de lit fabriqué en Chine et dont la livraison est bloquée au canal de Suez). Nos trois Pieds Nickelés sont perdus, inadaptés mais pas prêts à baisser les bras. Le combat est perdu d’avance mais c’est sans doute ce qui lui donne son panache. L’amitié, comme souvent chez Ken Loach, est ce qui redonne espoir. Blanche Gardin et Corinne Masiero sont comme des poissons dans l’eau, leur présence est une évidence dans le cinéma de Kervern et Delépine. Denis Podalydès est loin de la Comédie Française et cela lui va très bien. Le film nous propose plein de caméos réjouissants ou touchants : Vincent Lacoste en maître-chanteur breton, Michel Houellebecq a besoin d’une voiture et je vous laisse découvrir pourquoi, Bouli Lanners est Dieu, Benoit Poelvoorde est un livreur désespéré et épuisé. Notre monde va mal mais heureusement Kervern et Delépine sont là pour nous faire rire.

  • « Never, rarely, sometimes, always de Eliza Hittman : Autumn a 17 ans, elle vit en Pennsylvanie et son adolescence est compliquée chez elle et à l’école. Elle découvre qu’elle est enceinte et essaie de se faire aider. Mais en Pennsylvanie, elle ne peut pas avorter sans l’accord de ses parents. Les personnes du planning familial lui mentent sur sa grossesse et tente de la convaincre de garder son enfant. Autumn décide de partir pour New York avec sa cousine Skylar. Le voyage ne devait durer qu’une seule journée mais l’avortement sera plus compliqué que prévu. Les deux jeunes femmes vont errer dans la ville durant toute la nuit. Eliza Hittman montre avec beaucoup de sobriété le parcours du combattant de cette jeune femme qui choisit d’interrompre sa grossesse. Il en faut de la ténacité, de la volonté à Autumn pour arriver à ses fins. La réalisatrice réalise son film presque comme un documentaire, on suit les deux jeunes filles dans leur périple. Elle nous montre une adolescente sensible, blessée qui veut simplement décider ce qu’elle veut faire de son corps. D’ailleurs, le séjour à New York montre à quel point les deux cousines sont vues comme des proies par les hommes. La violence subie par Autumn est très subtilement abordée et n’en est que plus poignante. Le film de Eliza Hittman, dépouillé et réaliste, est nécessaire à l’heure où l’on cherche à remettre en cause le droit des femmes à disposer de leurs corps.
  • « White riot » de Rubika Shah : 1976, le Royaume-Uni est bien morose. La crise économique fait rage et le National Front grimpe dangereusement dans les sondages. Face à cette situation, Red Saunders et Roger Huddle, deux militants de gauche amoureux de musique, décident de réagir. Il créé un fanzine Temporary Hoarding et un mouvement Rock against Racism. Ils souhaitent fédérer les groupes de punk rock et les groupes reggae anglais. Leur magazine mêle politique et musique et défend toutes les minorités. Le succès de leur mouvement est retentissant, les manifestations se multiplient et la répression de la police aussi. Rock against Racism va culminer avec un concert en 1978 regroupant The Clash, Tom Robinson, Sham 69, etc… 80 000 personnes y assisteront et la National Front échouera aux élections. Le documentaire de Rubika Shah est à l’image du fanzine Temporary Hoarding, il est fait de collages, de montages et contient de nombreux témoignages. Le documentaire montre également que rien n’est jamais gagné face à l’extrême droite. Les discours de Enoch Powell alimentaient les idées du National Front dans les années 70. Au moment du vote pour ou contre le Brexit, ces mêmes discours ont réapparu dans les médias. On aurait aimer voir naître, à ce moment-là, un nouveau mouvement Rock against Racism.
  • « Mignonnes » de Maïmouna Doucouré : Amy, 11 ans, est d’origines sénégalaises et elle vit avec sa mère et ses frères. Leur immeuble est communautaire et c’est là qu’elle rencontre une jeune fille qui la fascine immédiatement. Elle danse, se maquille, se filme pour les réseaux sociaux. Avec trois autres filles, elle prépare un concours de danse. Les fillettes s’inspirent de danses hyper-sexualisées. Amy fait tout pour faire partie du groupe et fuir la réalité de sa vie : son père va revenir du Sénégal avec une deuxième épouse. Maïmouna Doucouré montre une jeune fille coincée entre deux réalités contradictoires et qui ne lui conviennent pas. D’un côté les traditions où les femmes sont totalement soumises à leurs maris et de l’autre des jeunes filles qui veulent grandir beaucoup trop vite. Des deux côtés de la médaille, la femme est soumise et objet de désir. La jeune Fathia Youssouf est saisissante de justesse et d’émotions. Les autres jeunes filles sont également confondantes de naturel. Tout n’est pas parfait dans ce premier film mais on sent une envie très forte de cinéma et de raconter cette histoire.

Bilan livresque et cinéma de juillet

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Voici un mois de juillet bien rempli, avec sept livres, et très éclectique comme j’aime ! Du côté des romans déjà chroniqués, j’ai passé un excellent moment en compagnie de Croquette, le carlin héros du livre de Stéphane Carlier ; j’ai enfin lu mon premier roman de R.J. Ellory avec « Le jour où Kennedy n’est pas mort » et j’ai poursuivi ma découverte du fantaisiste Romain Meynier avec son premier roman « Revoir Marceau ». J’ai achevé la lecture des Rougon-Macquart avec « Le docteur Pascal », j’essaierai de vous faire un bilan de mes lectures de la fresque d’Emile Zola. Je vous parle très rapidement de deux courts romans que j’ai adorés : « La maison dans l’impasse » de Maria Messina qui parle de la condition féminine dans la Sicile du début du 19ème et « Notre château » d’Emmanuel Régniez qui revisite les romans gothiques.

Et côté cinéma, j’ai également vu sept films :

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Jean-Pascal, 38 ans, acteur au chômage, veut lancer une marche de contestation noire place de la République. Pour donner de la visibilité à son projet, il contacte des personnalités de la communauté comme Gloria Tgabo, Joey Starr, Fabrice Eboué, Eric Judor ou l’humoriste Fary qui finit par suivre de près le projet. Le problème, c’est que Jean-Pascal est maladroit, naïf et peut-être un peu benêt. Ses rencontres avec des vedettes tournent à la catastrophe.

Jean-Pascal Zadi utilise le biais d’un faux documentaire pour faire l’état des lieux de la visibilité de la communauté noire en France. Les séquences s’enchaînent, hilarantes et souvent complètement déjantées comme celle qui voit s’affronter Fabrice Eboué et Lucien Jean-Baptiste ou celle où Eric Judor comprend qu’il est noir et pas seulement autrichien ! Mais d’autres scènes soulignent le racisme latent dans notre société. Dans un casting, Jean-Pascal se voit proposer le rôle d’un dealer violeur et dans un autre, Mathieu Kassovich lui mesure la largeur des narines parce qu’il cherche un noir et pas un black. Le côté potache du film s’arrête totalement lorsque Jean-Pascal se fait brutalement interpeller par la police. « Tout simplement noir » n’est donc pas qu’une énorme farce. Les numéros des différentes personnalités, leur autodérision sont vraiment excellents.

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Le film débute comme une belle carte postale de vacances : Chloé, Tim et leur fille Tommy habitent une belle maison où il fait bon vivre et leur quotidien ressemble à une publicité pour Ricoré. Mais cette situation est une belle illusion, la famille vit en réalité dans un bateau amarré dans un port breton. Tim aime à raconter des histoires et à faire marcher sa fille. L’inattendu, la fantaisie sont au cœur de la vie de Tim et Chloé. Et on sent que Tommy, qui va faire sa rentrée au collège, aimerait un peu plus de stabilité. Elle semble être un peu mise à l’écart par ses camarades. En lui montrant « Freaks », son père lui explique que la morale du film est de toujours se méfier de la normalité. Pas évident à suivre pour une pré-ado…

Le film de Bruno Merle m’a fait penser à « Little miss Sunshine » pour le côté lumineux et la famille dysfonctionnelle. Il y a beaucoup de fraîcheur dans cette jolie comédie et beaucoup de tendresse pour les trois personnages principaux. Le comportement fantasque de Tim n’est jamais jugé, même lorsqu’il va trop loin. Les aventures rocambolesques de la famille ne cessent de nous surprendre et la réalité n’est jamais celle que l’on croit. Pio Marmaï fait merveille dans le rôle de ce père décalé au passé trouble et perpétuellement en mouvement.

Et sinon :

  • « L’envolée » de Eva Riley : Leigh, 14 ans, est une jeune gymnaste qui vit près de Brighton. Son père est souvent absent, la jeune fille doit se débrouiller toute seule. Introvertie, solitaire, Leigh n’a pas d’amies et elle se consacre entièrement à son sport. Un jour, son demi-frère, Joe, débarque chez elle. Leigh ne savait pas qu’il existait. « L’envolée » est un film réaliste britannique comme je les aime. Le contexte social reste en retrait par rapport aux films de Ken Loach (même si les camarades de gym de Leigh se moque de sa combinaison moins à la mode que les leurs). Le film se concentre sur la relation lumineuse entre le frère et la soeur. Le courant passe immédiatement entre eux. Joe, petit délinquant, entraîne sa soeur dans ses larcins, ses fêtes, ses balades à moto. La complicité entre Leigh et Joe permet à l’adolescente de sortir de sa réserve, de prendre confiance. Les deux acteurs, Frankie Box et Alfie Deegan, sont confondants de naturel et rendent leurs personnages terriblement attachants. Voilà deux personnages que l’on a du mal à quitter et on aimerait avoir des nouvelles !

 

  • « Été 85 » de François Ozon : Alexis est interrogé part la police, une éducatrice à propos d’un crime qu’il aurait commis. Il ne veut pas parler et c’est son prof de français qui trouve la solution. Alexis doit écrire ce qu’il a vécu durant cet été 85. C’est sa rencontre avec le séduisant David qui va changer le cours de sa vie. Alexis tombe totalement sous le charme de David, indépendant, imprévisible et dévorant la vie à pleine dent. Mais David vit tout à 100% et ses amours sont éphémères. Alexis est gagné par une jalousie dévorante. Été 85 a le charme des premiers amours estivaux. Alexis se laisse submerger par ses sentiments. Cet été lui apprendra également que l’amour est plus complexe, plus cruel que ce qu’il pensait. Sa rencontre avec David sera une initiation a bien des niveaux. François Ozon nous parle, à travers son récit, de la manière dont on écrit les histoires et dont on réécrit la réalité. Le seul problème du film est que dès le départ nous savons qu’un drame a eu lieu, l’intrigue se développe comme un thriller. Mais ce qu’a fait Alexis ne valait pas tant de bruit et la révélation tombe un peu à l’eau. Cela n’enlève rien à la fraîcheur, la spontanéité des deux acteurs principaux : Félix Lefebvre et Benjamin Voisin.

 

  • « Irrésistible » de Jon Stewart : Après l’élection de Donald Trump, le moral de Gary Zimmer, consultant démocrate, n’est pas au beau fixe. C’est une petite vidéo qui va le sortir de sa déprime, celle d’un fermier qui défend les sans-papiers lors d’un conseil municipal. Gary décide de se rendre dans la ville du Wisconsin où a été tournée la vidéo pour faire élire le fermier comme maire. Il sent en lui le renouveau dont ont besoin les démocrates. Mais son arrivée fait du bruit et attire la redoutable Faith Brewster, consultante chez les républicains. « Irrésistible » est une satire piquante et réjouissante du monde politique actuel. Nos deux consultants sont cyniques, arrogants et méprisants avec les habitants de cette bourgade rurale. Ils arrivent avec tout leur attirail technologique, des analystes, des statisticiens pour une simple élection locale. Une démesure qui montre à quel point ils sont totalement déconnectés de la réalité. Leur condescendance en prendra un coup à la fin du film qui s’avère être particulièrement malicieuse. Rose Byrne et Steve Carell sont évidemment irrésistibles dans le rôle des deux consultants bouffis de suffisance.

 

  • « Lucky strike » de Kim Yong-Hoon : Un homme, effectuant le ménage dans un sauna, trouve un sac laissé par un client dans un casier. Le sac est rempli de billets de banque. L’employé cache le sac et se laisse le temps de réfléchir à ce qu’il va en faire. Le point de départ du film de Kim Yong-Hoon n’est qu’une infime partie de son intrigue. Plusieurs histoires, plusieurs personnages (une femme battue, un fonctionnaire de l’immigration, un prêteur sur gages, une hôtesse de bar) se développent en parallèle. On se doute que les différentes intrigues vont se rejoindre, les différents personnages se croiser à un moment ou à un autre. La construction du film évoque celle de « Pulp fiction », et la violence qui va avec. Le sac rempli d’argent est à la base de tout et déclenche des évènements en cascade. Nos personnages sont tous attirés par l’appât du gain et sont prêts à tout pour garder le magot. Le personnage le plus emblématique du film, le plus machiavélique et le plus cruel, est tenu par une femme ce qui est inhabituel dans un thriller. Extrêmement bien ficelé, ménageant de nombreuses surprises, « Lucky strike » mélange l’humour et jeu de massacres avec efficacité.

 

  • « The climb » de Michael Angelo Covino : Mike et Kyle, deux amis, font du vélo ensemble. Kyle va bientôt se marier et Mike lui annonce qu’il a couché avec sa future femme. Il choisit la montée pour le lui avouer afin qu’il ne puisse pas le rattraper. Suite à cette scène d’ouverture, ce sont une dizaine d’années d’une amitié particulière qui se développe sous forme de séquences drôlatiques. Entre embrouilles et retrouvailles, l’amitié de Mike et Kyle est tumultueuse. Mike est imprévisible, instable depuis la mort de sa femme (qu’il a piquée à Kyle), il est devenu ce que l’on appelle un boulet. Il semble incapable de ne pas gâcher la vie du trop gentil et conciliant Kyle. Et pourtant, les deux hommes ne peuvent vivre l’un sans l’autre. La caméra de Michael Angelo Covino est très mobile, virtuose dans certaines scènes comme celle qui se situe à Noël et où le dîner est montré de l’extérieur. Le réalisateur joue le rôle de Mike et son co-scénariste celui de Kyle. On espère que le film n’est en rien autobiographique !

 

 

Bilan livresque et cinéma de juin

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Le mois de juin s’achève et avec lui le mois anglais. Cette 9ème édition fut, comme toujours, un beau moment de partage et l’enthousiasme des participants nous fait toujours chaud au cœur ! Un grand merci à Lou avec qui j’ai eu plaisir à organiser cette session 2020 du mois anglais.

Cette année, j’ai réussi à tenir le programme que je m’étais fixé avec 12 romans et une bande-dessinée. J’ai pu retrouver des auteurs que j’affectionne comme Agatha Christie, Barbara Pym, Zadie Smith, Tessa Hadley ou Angela Thirkell. J’ai découvert les éditions Typhon avec un classique de la littérature anglaise« Billy le menteur »et je me réjouis que ce texte soit republié en français grâce à eux. Ce mois anglais fut également l’occasion de lire le 1er roman d’Elizabeth MacNeal qui est extrêmement prometteur et dont j’attends le prochain roman avec impatience. L’époque victorienne fut à l’honneur avec ce roman mais également avec « Le journal d’un homme sans importance » et un essai passionnant sur le mariage à cette époque. J’ai même réussi à lire en anglais pour participer au challenge « In english, please »de ma chère Alice. Il s’agissait d’un roman jeunesse, il faut être conscient de ses limites !!!

En somme, un mois anglais très réussi où je me suis régalée avec mes différentes lectures. Vivement l’année prochaine que nous fêtions nos 10 bougies !!

Le mois de juin a également été marqué par la réouverture des cinémas et vous vous doutez que j’attendais ça avec impatience ! Je me suis bien évidemment ruée dans les salles et j’ai vu quatre films :

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En 1933, Gareth Jones, conseiller aux Affaires étrangères du gouvernement britannique, cherche à partir en URSS pour interviewer Staline. Il cherche à comprendre d’où vient l’incroyable prospérité de la Russie alors que le reste de l’Europe est en crise. Grâce à un contact là-bas, il réussit à obtenir l’autorisation de se rendre en URSS. Il y découvre la sombre réalité : son contact a été tué et lui-même est étroitement surveillé. Il réussit néanmoins à apprendre que son ami décédé enquêtait sur l’Ukraine. Gareth se rend donc à Kiev et comprend enfin le miracle économique soviétique : l’Ukraine est entièrement pillé de ses céréales, sa population meurt de faim.

Le film d’Agnieszka Holland devait sortir le 18 mars et je l’attendais avec impatience pour découvrir le premier rôle important au cinéma de James Norton. L’attente fut longue mais je n’ai pas été déçue lorsque j’ai enfin pu découvrir ce film. La monstruosité du régime stalinien est au cœur de l’intrigue et plus précisément l’Holodomor. Les scènes en Ukraine souligne de manière frappante tout l’horreur endurée par la population, la famine qui mène aux pires extrémités. Gareth Jones n’aura de cesse de dénoncer les exactions de Staline, il le paiera d’ailleurs de sa vie. Mais face à la vérité qu’il cherche à dévoiler au monde, il y a une machine bien huilée : la propagande soviétique. Celle-ci est même menée par des européens et notamment Walter Duranty, prix Pulitzer et journaliste prestigieux du New York Time. Ce dernier a démenti avec virulence les révélations de Gareth Jones. Duranty vécut jusqu’à l’âge de 73 ans alors que Gareth est mort la veille de ses 35 ans. Le chemin de Gareth Jones va croiser celui de George Orwell qui dénoncera le stalinisme dans « La ferme aux animaux » après avoir cru au miracle soviétique. Le film d’Agnieszka Holland met en valeur un personnage peu connu de l’Histoire et pourtant son combat pour la vérité est admirable et digne d’être salué. L’interprétation de James Norton est à la hauteur du personnage, comme toujours son incarnation est parfaite, son jeu habité. « L’ombre de Staline » montre qu’à chaque époque la vérité a du mal à se faire entendre et qu’il faut rester vigilants.

Et sinon :

  • Benni de Nora Fingscheidt : Benni, 9 ans, est enragée, violente et totalement insoumise. Elle est renvoyée de tous les foyers où elle est placée. Sa mère, qui a eu deux autres enfants, est totalement dépassée et elle ne fait qu’attiser la colère de sa fille aînée. Benni est une enfant fugueuse, extrême et indomptable. Mais plus elle laisse exprimer sa rage et plus l’enfermement psychiatrique menace. Heureusement Benni peut compter sur l’aide d’une assistante sociale empathique et d’un auxiliaire de vie scolaire qui la prend sous son aile. Mais Benni ne connaît pas la demie mesure et quand elle s’attache à quelqu’un, c’est de manière entière et excessive. Le film de Nora Fingscheidt est saisissant. Benni est un tourbillon, un feu-follet qui cherche désespéramment l’affection et l’attention des adultes. Elle est attachante tout autant qu’insupportable. On voit autour d’elle des adultes désemparés, qui lui font parfois plus de mal que bien alors que leurs intentions sont bonnes. Le juste équilibre émotionnel est difficile à évaluer face à une telle personnalité. Helena Zengel interprète magistralement cette enfant insaisissable. « Benni » est un drame percutant et extrêmement touchant.

 

  • La communion de Jan Komasa : Daniel, 20 ans, est enfermé dans un centre pour jeunes délinquants où la violence règne. Il rêve d’entrer au séminaire et il sert à chaque messe le père Thomas. Mais son crime l’empêche d’accéder à son rêve. En sortant du centre, Daniel doit aller travailler dans une scierie à la campagne. En s’y rendant, il croise, dans un village, une jeune fille lui demandant ce qu’il fait dans la vie. Il répond qu’il est prêtre. Il a d’ailleurs subtilisé un des costumes du père Thomas. Daniel se retrouve à devoir remplacer le vieux curé de la paroisse. Le film de Jan Komasa est inspiré de faits réels. Daniel improvise les messes, il réinvente le culte mais son charisme et sa sincérité sont convaincants. Il va même essayer de résoudre les problèmes du village où règne la haine et le ressentiment suite à un drame. Empathique, sensible, Daniel est également brutal, il aime faire la fête autant que célébrer la messe. Son personnage va bousculer le village, les hypocrisies de ses habitants. Pour incarner Daniel, Bartosz Bielenia fait merveille avec un jeu intense. Il porte et emporte le film, son regard est magnétique (voire hypnotique). Un film sur la religion aux allures de thriller et dont le personnage principal est captivant.

 

  • La bonne épouse de Martin Provost : Paulette Van der Beck gère l’école ménagère dont son mari est le directeur. Avec sa belle-sœur Gilberte et sœur Marie-Thérèse, elle enseigne aux jeunes filles l’art de devenir une épouse modèle : cuisine, repassage, couture, savoir-être. Nous sommes en 1967, les femmes n’ont comme horizon que le mariage. La bonne marche de l’école vacille lorsque le mari de Paulette s’étouffe avec un os de lapin chasseur mitonné par Gilberte. Que va devenir l’école ? Le film de Martin Provost est une comédie pétillante et fraîche où l’on voit la révolution féministe en action. La pimpante Paulette va devoir prendre son destin en main et enfin devenir indépendante (même si son amour de jeunesse refait surface). Juliette Binoche est parfaite dans le rôle de Paulette, elle semble prendre un plaisir infini à incarner cette femme qui peu à peu s’autorise à être libre. Yolande Moreau, toujours lunaire, est touchante dans le rôle de Gilberte, fan d’Adamo au cœur tendre. Noémie Lvovsky est quant à elle une sœur Marie-Thérèse sèche et autoritaire avec les jeunes pensionnaires. Ce trio d’actrices fonctionne parfaitement dans cette comédie rythmée et joyeuse.

Bilan du Grand Prix des lectrices Elle 2020

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Fin juin 2019, je recevais un mail m’annonçant que je faisais partie du jury du Grand Prix Elle des lectrices 2020. 28 livres plus tard et une chronique publiée dans le magazine, voilà le prix qui s’achève. J’avais beaucoup d’appréhension avant de participer : peur de ne pas respecter les délais de lecture, peur de devoir lire autant d’essai alors que j’en lis peu. Après avoir longtemps tourné autour de ce prix, j’ai envoyé ma candidature, poussée par mes copines des Lectrices optimistes, Cécile et Manon. Et ce qui fut grandiose dans cette aventure, c’est que nous avons pu la partager toutes les trois.

Les gagnants ne sont pas encore connus à ce jour mais je vous présente mon palmarès personnel.

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Catégorie roman :

« Le ghetto intérieur » de Santiago H. Amigorena, un livre remarquable, d’une grande sobriété alors qu’il parle d’un immense traumatisme et qui m’a profondément émue. Lu pour le jury du mois d’octobre, il est resté mon chouchou tout au long du prix.

Et le roman de Santiago H. Amigorena a eu de très beaux concurrents : « Rien n’est noir »de Claire Berest qui rend un hommage vibrant et lumineux à Frida Kahlo, « Girl »de Edna O’Brien, monologue intérieur saisissant d’une jeune nigériane kidnappée par Boko Haram, « Et toujours les forêts » de Sandrine Collette qui rencontre de manière très réaliste et sombre la fin de notre monde. A part le calamiteux « Dévorer le ciel », la sélection des romans était passionnante et variée. Mon seul regret sera que l’extraordinaire « Ici n’est plus ici » de Tommy Orange n’ait pas été sélectionné par mon jury de janvier  (heureusement, ce fut au profit de « Girl »).

Catégorie polar :

« Mon territoire » de Tess Sharpe, le choix du meilleur polar ne fut pas aussi évident que pour le roman. Je n’ai pas eu de véritable coup de cœur dans cette sélection mais nous avons eu plusieurs excellents polars. J’ai choisi celui de Tess Sharpe parce qu’il allie une intrigue rythmée à un propos féministe. Mais j’ai également beaucoup aimé retrouver Harry Hole et l’efficacité de Jo Nesbo dans « Le couteau », « Une famille presque normale »de M.T. Edvardsson à l’habile construction qui nous tient en haleine jusqu’à la dernière phrase et « Sacrifices »de Ellison Cooper, un polar totalement addictif.

Catégorie essai :

« Honoré et moi » de Titiou Lecoq, aucune hésitation pour le choix de mon essai préféré tant j’ai été enchantée par cette biographie de Honoré de Balzac. La vie flamboyante de ce perdant magnifique est rendue avec humour, tendresse et un style enlevé. Un régal ! Même s’il ne s’agit pas de ma catégorie favorite, j’ai été ravie de découvrir également « Le consentement » de Vanessa Springora dont j’ai apprécié la sobriété et la lucidité, « Le courage des autres » de Hugo Boris qui n’hésite pas à nous montrer ses failles et ses faiblesses et « Jouir » de Sarah Barmak qui dédramatise l’orgasme féminin et aide les femmes à se réapproprier leurs corps.

Je croise les doigts pour que l’un de mes chouchous soit dans le trio gagnant ! L’aventure du prix Elle fut passionnante, enrichissante et je suis prête à rempiler dès que cela sera possible !

 

 

 

Bilan livresque et cinéma de mars

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Le mois de mars 2020 va rester dans nos mémoires puisqu’il marque le début d’un confinement dont on ne connaît pas à ce jour la date de fin. Encore une fois, la littérature a été un refuge, un moyen de contourner ou d’oublier pendant un temps cette période si étrange que nous vivons. Entre une semaine de vacances et le début du confinement, mon mois de mars fut donc riche de lectures.

J’ai achevé le Grand Prix des lectrices Elle avec le très beau roman de Elif Shafak « 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange », l’étonnant roman noir de James A. McLaughlin « Dans la gueule de l’ours », l’essai courageux et lucide de Hugo Boris « Le courage des autres », le polar glacé et peu original de Mads Peder Nordbo « La fille sans peau » et le très dense « La soustraction des possibles » de Joseph Incardona. Je vous parle très vite des derniers titres lus et j’espère vous faire un bilan de cette aventure.

Durant le mois de mars, j’ai également pu lire deux essais, celui de Sébastien Rongier sur « Psychose » et celui de Léonor de Recondo sur sa nuit au musée El Greco de Tolède. Six romans viennent compléter cette liste : le percutant « Love me tender » de Constance Debré, l’attachant premier roman de Mesha Maren « Sugar run », l’hilarant« Discours » de Fabrice Caro, l’étrange « La porte » de Magda Szabo, le grinçant « Le bonheur est au fond du couloir à gauche » de J.M. Erre et le formidable « Forte tête »de Edith Ayrton Zangwill. Beaucoup de billets en  perspective !

Côté cinéma, le confinement a raccourci la liste des films, vus en salle, qui sont au nombre de trois. Mon coup de coeur de mars est film qui devait sortir en mai et dont la sortie a malheureusement été annulée : « Emma » de Autumn de Wilde. Il est néanmoins disponible en VOD.

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Le premier film d’Autumn de Wilde est une nouvelle adaptation de « Emma » de Jane Austen. Le scénario a été écrit par Eleanor Catton dont j’avais adoré « Les luminaires ». Le film reste fidèle au roman mais sans rester accroché au texte. Autumn de Wilde apporte du rythme, du piquant à l’histoire originale. La mise en scène est extrêmement fluide et millimétrée ce qui est essentiel à la réussite d’une bonne comédie (l’entrée en scène de Mr Woodhouse-Bill Nighy en est un excellent exemple). Il faut souligner également une photographie splendide et des couleurs particulièrement travaillées. L’ensemble est soigné dans les moindres détails et cohérent. Le film comporte plusieurs chansons folk qui sont toutes d’époque, la réalisatrice a fait un gros travail de recherche en amont pour coller à la réalité de l’époque.

Le casting d »Emma » est absolument remarquable, aucune fausse note n’est à signaler. Anya Taylor-Joy est une Emma plus snob, plus peste que dans les versions précédentes. Elle est aussi agaçante que touchante. Son regard malicieux, son visage extrêmement expressif font merveille.  Johnny Flynn, acteur et chanteur, incarne un Mr Knighley avec charisme, force et sensibilité. Son interprétation me semble également la meilleure dans ce rôle (même si j’aimais beaucoup Jeremy Northam dans la version de 1996). Il faut également souligner les performances de Josh O’Connor, Calum Turner, Bill Nighy, Miranda Hart, Mia Goth. Il est vraiment regrettable que ce film ne sorte pas dans les salles obscures, je croise les doigts pour qu’un DVD comble rapidement ce manque.

Et sinon :

  • « Vivarium » de Lorcan Finnegan : Le film s’ouvre sur un nid où un bébé coucou va jeter par dessus bord les autres oisillons. La scène met mal à l’aise et donne le ton du film. Gemma et Tom sont un jeune couple heureux qui cherche une maison. Ils vont donc dans une agence immobilière où le vendeur est quelque peu étrange… Ils le suivent néanmoins quand ce dernier leur propose de visiter une maison neuve dans un nouveau lotissement. Personne n’y habite encore. Le jeune couple fait le tour de la maison et se rend compte que l’agent immobilier a disparu. Et lorsqu’il tente de quitter le lotissement, il n’y arrive pas. Gemma et Tom sont bel et bien piégés. « Vivarium » est un véritable cauchemar dans un lotissement ripoliné et où il fait toujours beau. Le drame de Gemma et Tom s’accentue lorsqu’il trouve un bébé dans un carton, le voilà le fameux coucou ! Le film évoque un épisode de la « Quatrième dimension » où le quotidien banal vire au fantastique. Ici, nous ne saurons jamais d’où vient cet enfant, de quelle expérimentation Gemma et Tom sont les cobayes et cela n’a pas d’importance. L’intrigue est parfaitement menée avec suffisamment de rebondissements pour nous tenir en haleine. Imogen Poots et Jesse Eisenberg font merveille dans les rôles de Gemma et Tom, pauvre couple projeté dans un monde surréaliste et angoissant.

 

  • « Dark waters » de Todd Haynes : Robert Bilott est avocat d’affaires, il travaille dans un cabinet qui défend les grandes industries chimiques. Sa carrière a l’air toute tracée. Mais un jour, il reçoit la visite d’un fermier qui connaît sa grand-mère. Ses vaches meurent les unes après les autres et il accuse DuPont, un grand industriel chimique, de polluer l’environnement. Robert enquête et se rend compte que tout le monde cherche à masquer ce scandale sanitaire. On ne s’attendait pas à trouver Todd Haynes, « Loin du paradis » et « Carol », dans le registre du film-dossier. L’histoire est ici inspirée de faits réels et l’affaire dura de 1998 à 2013. C’est ce que souligne bien le film, la longueur de l’enquête pour arriver à un procès et l’incroyable ténacité de Robert Bilott. Ce dernier est un héros malgré lui, que rien ne prédestinait à une telle endurance. Il est parfaitement interprété par Mark Ruffalo qui est à l’origine du film. La reconstitution est minutieuse, le quotidien de l’enquête et de Robert Bilott est bien montré. « Dark waters » est un film efficace dont les constats sont effarants.

 

  • « Lara Jenkins » de Jan-Ole Gerster : Lara Jenkins a 60 ans, elle est à la retraite et elle est extrêmement seule. Il faut dire qu’elle ne respire pas la sympathie et la joie de vivre. Elle va assister au concert de son fils qui est pianiste. Lara veut essayer de se rapprocher de lui, de faire oublier sa froideur et sa dureté. Le cinéaste la suit durant cette journée, on comprend au fur et à mesure toute la distance que Lara a mis entre elle et le reste du monde. On comprend aussi qu’elle a été intransigeante avec son fils dans son apprentissage du piano. Un perfectionnisme qui frôla la maltraitance.  La photo et le personnage principal évoquent Bergman. Ce personnage si froid et peu aimable est magistralement interprété par Corinna Harfouch qui m’a fait penser à Isabelle Huppert dans les films de Michael Haneke.