Bilan 2019

2019 a tiré sa révérence, il est donc temps de faire le bilan de cette année culturelle. Durant cette année, j’ai lu 85 romans et 21 bande-dessinées. Le bilan est meilleure que celui de 2018, espérons que 2020 continue sur cette lancée et que ma pal va commencer à baisser (je sais, l’espoir fait vivre !).

Voici mon top 5 des romans pour 2019 :

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1-deux romans ex-aequo : « Dans les angles morts » de Elizabeth Brundage et « My absolute darling »de Gabriel Tallent, deux romans américains très différents, absolument marquants et totalement réussis sur le fond et la forme.

2-« A la ligne » de Joseph Ponthus dont la justesse de style, le propos sur la dureté du monde ouvrier m’ont totalement emportée.

3-« Le dimanche des mères » de Graham Swift , avec concision, délicatesse et subtilité, l’auteur nous plonge dans les réminiscences d’une journée cruciale pour son héroïne, une journée qui symbolise à elle seule la fin de l’aristocratie anglaise.

4-« Le chant des plaines » de Kent Haruf , quel bonheur de découvrir la plume délicate et tout en retenue de l’auteur ! Une incroyable humanité se dégage des pages de ce roman et l’on peine à quitter Holt et ses personnages (j’avoue avoir beaucoup hésité avec « Shiloh » de Shelby Foote, remarquable roman sur le Guerre de Sécession).

5-« Le ghetto intérieur » de Santiago H. Amigorena, parmi les romans de la rentrée littéraire de septembre, le livre de Santiago H. Amigorena m’a profondément marquée. Sans pathos, l’auteur nous parle de l’histoire terrible de son grand-père et du poids incommensurable de la culpabilité des survivants à la Shoah.

Comme il est fort difficile de ne garder que 5 ou 6 romans d’une année de lecture, j’ai décidé de décerner des prix spéciaux comme à Cannes !

Le livre le plus drôle de l’année est attribué à « Qui a tué l’homme-homard », de JM Erre, un auteur que je retrouve toujours avec délice, je suis sortie de cette lecture avec des crampes aux zygomatiques.

Le livre le plus original de l’année est attribué à « Les sept morts d’Evelyn Hardcastle » de Stuart Turton qui revisite le whodunnit avec brio, maestria et une folle audace.

Le livre arrivé en fin d’année et qui aurait mérité d’être dans le classement est attribué à « Orange amère » de Ann Patchett dont je vous reparle très vite.

Le livre le plus attendrissant et mélancolique est attribué à « Les riches heures de Jacominus Gainsborough » de Rebecca Dautremer dont je ne vous avais pas parlé ici mais qui est une merveille absolue d’album jeunesse.

Cette année, j’ai également fait un top 3 des meilleurs polars lus en 2019 notamment grâce au Grand prix des lectrices Elle :

1-« Une famille presque normale » de M. T. Edvardsson qui sème le doute jusqu’à la dernière ligne de son roman.

2-« Le couteau » de Jo Nesbo qui a sans conteste du métier dans ce domaine et qui maîtrise ses personnages autant que ses intrigues.

3-« Mon territoire » de Tess Sharpe , un polar rythmé qui laisse la part belle aux femmes.

Et un top 3 des meilleures BD :

1-« Moi ce que j’aime, c’est les monstres » de Emil Ferris, un ovni d’une puissance visuelle rare et dont j’attends la suite avec impatience (Monsieur Toussaing Louverture si tu m’entends !)

2-« Les indes fourbes » de Alain Ayroles et Juanjo Guarnido que j’ai lu en fin d’année et dont j’espère vous parler très vite.

3-« Les grands espaces » de Catherine Meurisse dont j’apprécie infiniment le talent et qui nous offre ici un bel hommage à la campagne, aux souvenirs d’enfance et à l’art.

Cette année, je vous propose également un top 5 des meilleurs films  :

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1-« 90’s » de Jonah Hill est un 1er film mais qui fait montre déjà de beaucoup de délicatesse, de sobriété dans ce portrait d’un adolescent qui se cherche et s’émancipe grâce au skate.

2-« Parasite » de Bong Joon Ho est une palme d’or largement méritée tant le scénario est maîtrisé et nous propose de nombreux rebondissements totalement inattendus.

3-« Roubaix, une lumière » d’Arnaud Desplechin, l’un de mes réalisateurs préférés revisite le polar dans une ville crépusculaire et un casting parfait.

4-« Chambre 212 » de Christophe Honoré, autre réalisateur chouchou et autre casting parfait pour une comédie enlevée, légère et inventive.

5-« Les misérables » de Ladj Ly, un film sur les banlieues qui n’est jamais manichéen, qui laisse la parole aux policiers comme aux habitants de la cité et dont le ton est toujours juste.

2019 fut une année culturelle bien remplie, celle qui commence devra être à la hauteur ! En 2020, j’aimerais vous parler plus souvent d’expositions et de séries, j’espère trouver le temps pour le faire !

Bilan livresque et cinéma de décembre

Voici venu le dernier bilan mensuel de 2019. Six romans complètent mes lectures de 2019 et deux BD. J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de« Dévorer le ciel »qui a confirmé mon manque d’affinités avec les romans de Paolo Giordano, et de « Cape May »un bon divertissement sur la puissance du désir. Je poursuis toujours ma lecture de la série des Rougon-Macquart avec le 18ème volume : « L’argent ». La fin se rapproche !! Dans le cadre du formidable Prix bookstagram du roman étranger, j’ai lu « Orange amère » de Ann Patchett et « En attendant Eden » de Elliot Ackerman, deux formidables romans dont je vous parlerai en janvier. Je pense finir l’année sur un autre roman pour ce même prix « Cadavre exquis d’Agustina Bazterrica. Viennent s’ajouter deux BD :  « Dans la forêt », une adaptation fidèle du roman de Jean Hegland dont les dessins ne m’ont pas séduite, « Dans la tête de Sherlock Holmes » dont je vous reparlerai et dont la mise en page est extrêmement imaginative. J’en ai fini avec ce bilan de décembre du côté des livres et des BD. Je ferai bien entendu un bilan annuel après le 1er janvier.

Cinq bons films ont également ponctué mon mois de décembre dont trois ont été plus marquants :

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Matilda accouche de son premier enfant, Gloria. Sa famille l’entoure : son mari Richard, sa mère et son beau-père, sa sœur Aurore et son mari Bruno. Le grand absent est le père de Matilda, Daniel, qui est en prison pour avoir tué un homme. Il sort bientôt et rejoint Marseille pour faire connaissance avec sa petite-fille. Il retrouve une famille plongée dans la précarité et les difficultés financières.

Le 21ème film de Robert Guédiguian est un mélodrame social implacable qui nous montre la déliquescence de la société et sa précarité galopante. La mère de Matilda est femme de ménage, son mari est chauffeur de bus (ce qui permet au réalisateur de nous montrer sa très chère ville, ses nouveaux quartiers, ses travaux, ses quartiers laissés à l’abandon), tous les deux ont du mal à boucler les fins de mois. Malgré cela, ils aident Matilda qui peine à trouver un emploi stable. Son mari est chauffeur dans une société type uber et doit payer le crédit de sa voiture. Les seuls qui réussissent sont Aurore et Bruno, ce sont deux cyniques qui exploitent la misère des autres. Eux refusent d’aider Matilda qu’ils considèrent comme ratée. La solidarité n’existe plus, même pour la famille proche. Seuls les parents ont encore le sens de la générosité et du partage. « Gloria mundi » est bien sombre, rien ne semble pouvoir éclairer le quotidien des personnages. Voir un film de Robert Guédiguian, c’est avoir aussi l’impression de retrouver une famille. Le noyau historique est là : Ariane Ascaride qui a reçu le prix d’interprétation à la Mostra de Venise, Jean-Pierre Darrousin et Gérard Meylan qui est ici un bloc de solitude et incarne le personnage le plus touchant du film. On retrouve aussi la jeune garde qui a rejoint peu à peu la troupe : Anaïs Demoustier, Robinson Stevenin, Grégoire Leprince-Ringuet et Lola Naymark. Encore une fois, un casting impeccable au service du cinéma social et réaliste de Robert Guédiguian.

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Si vous aimez Agatha Christie et les parties de Cluedo, ce film est fait pour vous. Harlan Thrombey, célèbre auteur de polars est retrouvé mort dans son manoir. La police conclut à un suicide. Mais un détective privé, Benoit Blanc, a été engagé pour démontrer qu’il s’agit d’un meurtre. La veille, Harlan avait invité l’ensemble de sa famille pour son anniversaire. Il y avait la fille aînée, Linda, qui a réussi dans l’immobilier, Walt qui tient les rênes de la maison d’édition et publie les textes de son père et Joni la belle-fille. Tous ont bien évidemment de bonnes raison de vouloir la mort de Harlan. Mais le testament de ce dernier leur réserve une mauvaise surprise.

« A couteaux tirés » est un régal. Tout d’abord, l’intrigue est extrêmement bien ficelée. Elle se développe à travers des flash-backs, chacun présente la soirée de la veille selon son point de vue. La bonne idée est le personnage qui ne sait pas mentir et vomit dès qu’il le fait. Ce qui crée des gags visuels qui se rajoutent aux formidables dialogues, ciselés. L’intrigue, qui semble simple, nous réserve des surprises, des rebondissements bien sentis. En plus d’une excellente intrigue, « A couteaux tirés » nous offre des numéros d’acteurs savoureux. Le casting est de haute qualité : Daniel Craig, Jamie Lee Curtis, Toni Collette, Chris Evans, Michael Shannon, Don Johnson, Christopher Plummer. Et c’est un grand plaisir de spectateur que nous offre le film de Rian Johnson, un divertissement de qualité.

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Evelyne Ducat est portée disparue sur le plateau enneigé des Causses. Sa voiture a été trouvée au bord de la route. Dans cette région isolée, cette disparition questionne.

Le dernier film de Dominik Moll est adapté du roman éponyme de Colin Niel. L’intrigue donne la parole aux différents personnages : Alice, assistante sociale qui parcourt le plateau pour ses rendez-vous, Joseph agriculteur taiseux et inquiétant, Marion jeune serveuse amoureuse d’Evelyne et Michel le mari d’Alice. Chacun éclaire la disparition d’Evelyne, les récits se croisent, dévoilent des événements ou créent plus des zones d’ombre. La construction est l’un des points forts du film. Elle peut sembler tortueuse (d’autant plus que le film s’ouvre sur Abidjan) mais elle est en réalité très fluide, elle apporte et entretien le suspens. L’autre point fort du film, ce sont les acteurs : Denis Menochet, Laure Calamy, Valeria Bruni-Tedeschi, Damien Bonnard. Leurs personnages sont totalement seuls, isolés et pas seulement géographiquement. Tous semblent avoir un besoin impérieux d’être aimé. La fin du film le souligne d’ailleurs de manière forte. « Seules les bêtes » est un excellent Dominik Moll, parfaitement construit et servi par une solide troupe d’acteurs.

Et sinon :

  • Notre Dame de Valérie Donzelli : Maud Crayon est architecte. Elle a deux enfants et un ex envahissant. Sa carrière stagne quand un coup de pouce du destin va lui permettre de participer au concours pour l’aménagement du parvis de Notre Dame. Son projet, prévu au départ pour une aire de jeux, va remporter le concours. Et les ennuis vont commencer pour Maud, à commencer par le retour de son amour de jeunesse Bacchus. Valérie Donzelli revient avec une comédie tourbillonnante et d’une grande légèreté. Elle met en scène une ville de Paris noyée sous des trompes d’eau, le climat se dégrade et pas seulement au niveau météorologique. Les parisiens ne cessent de s’envoyer des gifles ! Face à ce chaos, Maud essaie de tout gérer avec maladresse et un charme désarmant. « Notre Dame » a des petits côtés Nouvlle vague d’une grande fraîcheur. Valérie Donzelli manie la fantaisie, la poésie à merveille et son dernier film retrouve l’esprit du premier « La reine des pommes ».

 

  • The lighthouse de Robert Eggers : A la fin du XIXème, deux gardiens de phare accostent sur une île désolée. Ils sont là pour quatre semaines. Il y a le gardien chevronné qui se garde le privilège de s’occuper de la lumière du phare et le débutant qui doit obéir à chaque ordre et faire le sale boulot. Tout se passe bien (ou presque) pendant quatre semaines. Malheureusement, au moment de leur départ, une tempête s’abat sur l’île, empêchant la relève d’arriver. Voilà un film qui ne peut pas s’oublier ! Tout en noir et blanc, le film de Robert Eggers évoque l’expressionnisme. La musique bruitiste, l’austérité de la mise en scène nous plongent dans un univers à part, original et inquiétant (et par moment frisant le fantastique). Et que dire des deux personnages ? Affreux, sales et méchants sont des adjectifs qui les résument assez bien. Ils sont répugnants au possible, leur relation est malsaine. Une fois le retour impossible, la violence et la folie guettent les deux acolytes. Willem Dafoe et Robert Pattinson sont saisissants et franchement dérangeants (ou dérangés !). « The lighthouse » est un film surprenant flirtant avec l’absurde et la folie.

 

Bilan livresque et cinéma de novembre

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Le mois de novembre fut fructueux en lectures : 6 romans et 3 BD. J’ai commencé le mois avec un roman qui me tentait depuis longtemps « Ida Brandt » de Herman Bang et je n’ai pas été déçue par cette lecture que je vous conseille à nouveau. Le Grand Prix des lectrices Elle 2020 a beaucoup occupé mon mois de novembre avec un roman ample parlant d’absence et de trahison, « Berta Isla » de Javier Marias, un document réjouissant  « Jouir »de Sarah Barmak ; deux polars « Une famille presque normale » qui crée le doute chez le lecteur jusqu’à la dernière page et « Ma part de cruauté dont je vous parle bientôt mais qui est décevant ; un roman graphique « Le roman des Goscinny » qui ne m’a pas emballée. J’ai également lu « New York sera toujours là en janvier » qui est un roman de jeunesse du grand Richard Price et qui nous raconte la difficile entrée dans l’âge adulte de son héros. J’ai découvert grâce à ma copine Miss Léo, une formidable BD dont je vous reparle très vite : « Les Indes fourbes » de Ayroles et Guarnido. Après avoir adoré « La partition de Flintham »de Barbara Baldi, j’ai lu « Ada » dont la beauté plastique m’a enchantée.

Du côté du cinéma, j’ai également eu un excellent mois avec des films aux thématiques très variées.

Mes coups de cœur :

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Le film de Roman Polanski s’ouvre sur une scène magistrale et glaçante, celle de la dégradation militaire du capitaine Alfred Dreyfus le 5 janvier 1895. L’antisémitisme se hurle derrière les grilles de l’Ecole Militaire. Le capitaine est ensuite envoyé sur l’Ile du diable pour y purger sa peine. Roman Polanski nous raconte surtout l’histoire de sa réhabilitation et se concentre sur celui qui a en grande partie contribué à celle-ci : le lieutenant-colonel Marie-George Picquart. Ce dernier a participé à l’enquête et il s’est félicité de l’arrestation de Dreyfus. On lui offre une promotion, il devient chef du service de renseignement. C’est là, dans des dossiers poussiéreux, qu’il va découvrir la machination (grossière d’ailleurs) à l’oeuvre pour faire tomber Dreyfus. Roman Polanski montre tous les rouages de l’infamie, l’indignité des hauts gradés, l’antisémitisme galopant et ordinaire de la France de la fin du 19ème siècle. Roman Polanski réussit à rendre l’enquête de Picquart palpitante, elle concentre les grandes thématiques du réalisateur  comme l’enfermement, la persécution. Son casting est impeccable avec en tête Jean Dujardin, un fantomatique Louis Garrel et de nombreux acteurs de la comédie française.

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1992, Sarajevo est assiégée. La ville est criblée de balles et d’obus. Des snipers sont présents partout. Paul Marchand est un journaliste free-lance qui couvre le siège depuis le début. Il n’a peur de rien, traverse Sniper Alley à fond la caisse dans sa vieille voiture, va compter les morts à la morgue, passe les check-points pour interroger les Serbes. Paul Marchand cherche à dire la vérité dans ce chaos, veut témoigner de l’horreur vécue par les habitants de Sarajevo.

Guillaume de Fontenay rend un hommage magnifique à Paul Marchand, mort en 2009, sa caméra ne le quitte pas une minute. C’est un personnage flamboyant, trompe-la-mort et intransigeant. On le voit à plusieurs reprises malmener d’autres journalistes. Paul Marchand, bonnet vissé sur la tête et cigare toujours allumé, n’est pas là pour être aimable. Il semble totalement habité par la tragédie qu’il côtoie. Et l’on peut saluer la formidable performance de Niels Schneider (toujours parfait décidément) qui incarne avec fièvre et rage le journaliste. A ses côtés, Vincent Rottiers incarne son photographe avec nervosité et justesse. Avec eux deux, nous sommes plongés au cœur du conflit, au cœur d’une ville martyrisée, plongée dans un brouillard de cendres et de poussière. Un film qui nous permet de ne pas oublier que le siège de Sarajevo reste le plus long de l’ère moderne.

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Au lendemain de la victoire de l’équipe de France de foot en coupe du monde, les esprits s’échauffent à Montfermeil, à l’est de Paris. Un lionceau a été volé dans un cirque de gitans. Ces derniers viennent réclamer leur bien aux caïds de la cité. La BAC arrive pour calmer le jeu et les policiers se chargent de retrouver l’animal. Cet événement anodin va malheureusement tourner au drame et mettre le feu à la cité.

« Les misérables » est un film exemplaire sur les banlieues. Jamais manichéen, Ladj Ly sait nous montrer le quotidien des habitants avec nuance et mesure. Les différents groupes, qui constituent Montfermeil, nous sont tour à tour présentés : les trois flics de la BAC dont un qui vient d’arriver de Cherbourg, « le maire » caïd en chef qui gère les problèmes de chacun, les musulmans radicaux, les trafiquants de drogue et les enfants qui s’ennuient ferme et cumulent les bêtises (filmer les filles avec un drone, voler un lionceau, etc…). Chaque groupe est présenté sans à priori, sans colère et sans haine. Chacun vit le même quotidien, dans la même ville abandonnée de tous. Le début du film nous offre plusieurs scènes drôles avant de tourner au drame et à l’émeute. Ce qui est terrifiant, c’est le rôle des enfants dans cette histoire. La violence est de leur côté avec à leur tête un Gavroche moderne plein de rage et de soif de vengeance. La fin laisse un souffle d’espoir et il faut saluer ce film remarquablement équilibré et juste.

Et sinon :

  • J’ai perdu mon corps de Jérémy Clapin : Voilà un dessin animé étonnant, il débute sur l’évasion d’une main d’un laboratoire où elle est entreposée. Elle s’élance, saute par la fenêtre et continue son chemin sur les toits. On suit son parcours avec inquiétude comme toute scène d’évasion. On comprend rapidement qu’elle cherche à retrouver son corps, celui de Naoufel. La main se remémore son enfance, lorsqu’elle était encore rattachée au corps de Naoufel. Ce dernier veut alors devenir astronaute ou concertiste comme sa mère. La famille est harmonieuse, l’enfant s’y épanouit et enregistre tous les bruits, les voix qui l’entourent. Mais un drame survient. Le brillant avenir de Naoufel devient un triste présent. Il est devenu livreur de pizzas, ses rêves ont disparu. La rencontre avec une jeune femme va peut-être tout changer. Le film de Jérémy Clapin est aussi original sur la forme que sur le fond. Le dessin et l’histoire dégagent énormément de poésie. C’est à la fois un thriller, un récit d’apprentissage, une histoire d’amour. Tout y est parfaitement maîtrisé et l’on s’attache à Naoufel, jeune homme maladroit et mélancolique.

 

  • Le traître de Marco Bellocchio : A Palerme, les vieilles familles de Cosa Nostra célèbrent les dividendes reçus de la vente de l’héroïne. Au banquet sont conviés de nouveaux arrivants venus de Corleone. Mais rapidement, les nouveaux partenaires se transforment en bourreaux. Les vieilles familles palermitaines sont éliminées, enfants compris. Tommaso Buscetta a fui au Brésil avant d’être assassiné comme certains membres de sa famille. Arrêté par la police brésilienne, il est extradé et décide de parler au juge Falcone. Il veut faire tomber ceux qui se sont éloignés du code d’honneur de Cosa Nostra. Marco Bellocchio se concentre surtout sur la suite des aveux de Buscetta, lui qui se dit simple soldat et qui préfère l’argent et les femmes au pouvoir. Ses discussions avec le juge Falcone sont très intéressantes et elles montrent deux hommes intelligents jouant au chat et à la souris. Les révélations de Buscetta ont permis l’arrestation de dizaines de mafieux. Les scènes de procès sont ahurissantes, c’est un véritable cirque où tout le monde s’invective. Les caméras dans les cellules montrent des hommes qui auraient toute leur place en asile psychiatrique. Marco Bellocchio souligne également toute la complexité du phénomène mafieux. Buscetta est considéré comme un traître et les gens manifestent contre les arrestations. Les pancartes indiquent : mafia=travail. Un peu long sur la fin, le film de Marco Bellocchio montre bien toute l’ampleur et la complexité de la pieuvre.

 

 

12 ans déjà !

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Ce cher Plaisirs à Cultiver prend aujourd’hui 1 ans de plus ! Nous vieillissons doucement ensemble au gré de mes lectures, de mes virées au cinéma ou dans des expositions. Comme toute histoire qui dure, il y a des hauts et des bas, des lassitudes, des envies de tout laisser tomber. Mais il y aussi des moments qui donnent envie de continuer, des rencontres qui reboostent, des commentaires qui font chaud au cœur. 12 ans après, ce qui prime toujours, c’est l’envie de partager avec vous avec des livres, des films, des artistes que j’apprécie. J’espère que, derrière vos écrans, vous avez toujours plaisir à me lire et que nous allons continuer à partager nos goûts culturels et à cultiver notre curiosité !

Alors joyeux anniversaire à toi mon cher blog ! 

Bilan livresque et cinéma d’octobre

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Le mois d’octobre est terminé et huit romans m’ont accompagnée pendant que les feuilles jaunissaient doucement. J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de certains d’entre eux : le splendide « Le ghetto intérieur » de Santiago H. Amigorena (quelqu’un peut-il m’expliquer pourquoi ce livre n’est plus en lice pour le prix Goncourt ???), « Mon territoire » de Tess Sharpe un polar féministe très réussi, « Automne » de Ali Smith un roman original et parfois déroutant et « 19 femmes, les syriennes racontent » de Samar Yazbek sur la révolution syrienne vue par les femmes. Je vais vous parler très bientôt du deuxième roman de Kevin Powers, « L’écho du temps », une fresque historique ambitieuse, « L’arbre aux fées » de B. Michael Radburn, un polar classique se déroulant en Tasmanie, »Où vont les fils » de Olivier Frébourg qui interroge notre époque et son enfance et « Girl » le dernier roman de la grande romancière irlandaise Edna O’Brien.

Côté cinéma, trois films ont marqué mon mois d’octobre :

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Maria, professeure de droit, est volage. Elle collectionne les aventures avec ses étudiants. Richard, son mari, tombe un soir sur des échanges de sms entre sa femme et l’un de ses amants. Il est dévasté. Maria ne comprend pas, après 20 ans de mariage avoir des amants lui semble évident. Richard, lui, est resté fidèle. Le couple se dispute et Maria part s’installer dans une chambre d’hôtel en face de son appartement. Elle peut ainsi observer son mari qui se morfond en chaussette et vieux gilet. Mais, dans la chambre de l’hôtel, surgit le passé de Maria : Richard a l’âge de 25 ans.

Le dernier film de Christophe Honoré est absolument irrésistible. Il s’agit d’une comédie du remariage d’une légèreté infinie. Nous sommes dans le vaudeville où les amants se cachent derrière des rideaux. Maria virevolte d’un homme à un autre tout en aimant toujours son mari. Mais après 20 ans, l’usure, le quotidien transforment le couple en une  relation plus amicale. L’idée magnifique du film est de faire resurgir Richard à 25 ans mais également sa prof de piano dont il était amoureux avant de rencontrer Maria. Spectateur, nous voyageons entre le passé et le présent mais également l’avenir au bord d’une plage. Les dialogues, les mouvements de caméra apportent beaucoup de fantaisie et de drôlerie à cette histoire entre rêve et réalité. Doucement, Christophe Honoré pose des questions sur la longévité d’un couple, sur les choix de vie que l’on réinterroge, sur les rêves que les personnages avaient à 20 ans. Et quel casting ! Le quatuor principal est un bonheur absolu : Chiara Mastroianni toute en légèreté, en frivolité (je ne cesserai jamais de regretter de la voir si peu sur grand écran), Vincent Lacoste jouant toujours de sa nonchalance naturelle, Camille Cottin toute en gravité qui tente de reconquérir son amour perdu et Benjamin Biolay déprimé et se laissant dériver après le départ de sa femme. Ce film est tout simplement un régal !

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Après toute une série de petits boulots, Ricky devient chauffeur-livreur pour une plateforme de vente en ligne. Il devient auto-entrepreneur dont on lui vante la liberté. Le rythme devient rapidement infernal. Sa femme travaille également beaucoup comme aide à domicile pour des personnes âgées ou handicapées. Tous deux sont rarement à la maison, leurs deux enfants sont livrés à eux-mêmes. Et cela finit par mal tourner pour fils adolescent.

« Moi, Daniel Blake » devait être le dernier film de Ken Loach mais l’ubérisation de la société le met tellement en colère qu’il a repris sa caméra. A 83 ans, son cinéma n’a rien perdu de son indignation et ses convictions sont toujours fortes. Il montre parfaitement bien l’engrenage dans lequel s’enferme Ricky. La soi-disant liberté promise se transforme rapidement en esclavage (les chauffeurs doivent faire pipi dans une bouteille en plastique, pas le temps de s’arrêter si on veut respecter les cadences). La famille se délite devant nos yeux, alors que cette famille est unie, aimante, cherchant toujours le dialogue. Les parents, épuisés, ne maîtrisent plus rien. Ken Loach ne réalise pas des films spectaculaires en terme de mise en scène mais ses films sont toujours d’une efficacité redoutable. Encore une fois, c’est une dénonciation implacable du néolibéralisme. Comme toujours, la grande force de Ken Loach est sa direction d’acteurs. Tous, professionnels et non professionnels, sont d’une justesse et d’un naturel confondants. Ken Loach est toujours en colère et c’est une excellente nouvelle pour nous, spectateurs.

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A Naples, Martin Eden est un jeune homme séduisant qui travaille comme matelot depuis l’âge de 11 ans. Un jour, il sauve un inconnu des mains d’une brute. Pour le remercier, Martin est invité dans la maison du jeune homme qu’il a défendu. Il fait alors connaissance de la belle Elena dont il tombe amoureux. Mais Elena vient d’une famille bourgeoise, cultivée et érudite. Martin veut s’élever à son niveau, dévore tous les livres qu’il trouve pour y arriver et veut devenir écrivain.

Je considère « Martin Eden » comme un chef-d’oeuvre, j’attendais donc beaucoup du film de Pietro Marcello. Le film est fidèle à l’esprit du roman et on retrouve bien le caractère fougueux du héros de Jack London. L’intrigue est transposée de la Californie à Naples sans que cela soit gênant, elle reste inscrite dans une ville portuaire. Ce qui est original, c’est le changement d’époque. Pietro Marcello inscrit son héros dans une période indéfinie du XXème siècle où l’on sent tous les bouleversements à venir de ce siècle : révolution socialiste, guerre, etc… Mais cela n’est pas pesant, Martin Eden s’y inscrit parfaitement (une belle scène le voit se confronter aux ouvriers en grève pour leur expliquer que la seule voie à suivre est celle de l’individualisme libertaire). Pietro Marcello émaille son film d’images d’archives : le peuple de Naples, des bateaux, des manifestations. C’est une très belle idée qui fonctionne parfaitement. Autre point fort du film, le charismatique acteur principal, Luca Marinelli, qui interprète avec justesse toutes les nuances du personnages (de l’exaltation au dégoût de soi). Le film de Pietro Marcello est une réussite qui rend bien compte des thématiques abordées par Jack London et qui est servi par un formidable acteur à la hauteur du personnage.

Et sinon :

  • « Ceux qui travaillent » de Antoine Russbach : Frank travaille pour une société de fret par cargos. Lors d’un transport de marchandises, un clandestin est découvert sur un bateau. Faire demi-tour pour le ramener chez lui ferait perdre trop de temps et il fait éviter qu’il soit découvert à la douane. Frank ordonne alors au capitaine de se débarrasser du problème. Profitant de l’événement pour se débarrasser d’un salarié qui coûtait trop cher, les patrons de l’entreprise renvoie Frank. Contrairement à ce que l’on pourrait attendre, Frank ne se remet pas en cause après ce licenciement. Il ne regrette pas ce qu’il a fait et recommencera sans problème s’il est question de profit. Il est prêt à tout pour maintenir son niveau de vie et d’ailleurs lorsque ses enfants apprennent son licenciement, ils lui ordonnent de pas faire baisser leur train de vie. Le film et le personnage de Frank sont glaçants. L’argent régit tout, même les liens familiaux. Olivier Gourmet interprète, toujours avec talent et justesse, un monstre de froideur et de calcul. Un film implacable sur un monde sans pitié.

 

  • « Alice et le maire » de Nicolas Pariser : Alice est une jeune normalienne qui vient de se faire embaucher à la mairie de Lyon. Son rôle est simple : il faut qu’elle l’aide le maire à penser à nouveau. Celui-ci est un veux briscard de la politique qui refuse de quitter le devant de la scène. Alice réalise donc des fiches sur des sujets généraux comme la modestie. La jeune femme découvre les coulisses du pouvoir avec ses revirements, les egos démesurés et les inaugurations à tour de bras. Le film de Nicolas Pariser utilise le ton de la comédie pour nous montrer les arcanes du pouvoir dans une grande ville. La communication prend une place importante, tout semble être une question d’affichage. Une jolie relation se crée entre le maire mélancolique et la jeune diplômée, le 1er ayant besoin de la fougue de l’autre pour redécouvrir l’envie de participer au jeu politique. Fabrice Luchini joue parfaitement bien la mélancolie, la lassitude de ce maire en place depuis trop longtemps et Anaïs Demoustier apporte beaucoup de fraîcheur à cette comédie.

 

  • « Shaun le mouton : la ferme contre-attaque » de Will Becher et Richard Phelan : A la ferme, la bande de Shaun tente toujours de se trouver des occupations réjouissantes comme le lancer de mouton par canon, le saut à partir d’une rampe ou la conduite de tracteur. Heureusement que le chien de la ferme vient remettre de l’ordre dans la cour. Un étrange individu va venir perturber le quotidien des animaux. Il s’agit de Lu-la, jeune alien qui vient d’atterrir à proximité de la ferme. Elle est recueillie par Shaun et sa bande qui vont la protéger des agents gouvernementaux qui sont à sa poursuite. Même si les aventures de Shaun s’adressent plus à un public jeune, c’est toujours un plaisir de retrouver les personnages des studios Aardman. Le film est bourré de gags et de références qui cette fois sont à l’attention des adultes : Men in black, Rencontres du 3ème type, Doctor Who, 2001 l’odyssée de l’espace, X-Files. Comme toujours avec les studios Aardman, les décors regorgent de détails drôles, tout est peaufiné avec une grande minutie. L’inventivité, le rythme des gags, la tendresse font de ce film un spectacle réussi qui plaira à toutes les générations.

 

Bilan livresque et cinéma de septembre

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Le mois de septembre est terminé et le mois américain avec. J’ai réussi cette année à tenir mon programme : 14 lectures sur des thématiques très variées. Ce mois de septembre fut riche en découvertes et je n’ai qu’une déception à mon actif : « Herland » de Charlotte Perkins Gilman.  Si je ne devais garder qu’un seul livre de ce mois américain, ce serait « My absolute darling » de Gabriel Tallent qui me marquera durablement. Mais, je suis également pressée de retrouver l’univers de Kent Haruf, de Ron Rash ou de Richard Ford. Je vais guetter avec impatience les nouveaux romans de Colson Whitehead, de Ellen Urbani, de Tommy Orange, de Jamey Bradbury et de Andrew Ridker. La littérature américaine est si riche de possibilités, d’univers, j’ai encore tant d’auteurs à découvrir que j’ai hâte de vous retrouver l’année prochaine pour une nouvelle édition du mois américain !

Le mois de septembre fut également l’occasion de poursuivre mes lectures pour le Grand Prix des lectrices Elle dont je fais partie cette année. Un vrai challenge qui m’inquiète un peu, je dois bien le reconnaître, en raison des délais qui nous sont imposés. J’espère y faire de belles découvertes, ce qui fut déjà le cas en fin de mois avec « Le ghetto intérieur » dont je vous parle très vite.

En septembre, j’ai également retrouvé mon cher Sorj Chalandon mais le rendez-vous est un peu manqué, je vous expliquerai très bientôt pourquoi. Ma lecture (ou relecture) des Rougon-Macquart s’est poursuivie ce mois-ci avec l’extraordinaire « Bête humaine ». Il n’en reste plus que trois à lire pour terminer cette incroyable et foisonnante fresque sous le second empire.

Et côté cinéma ?

Mes coups de cœur sont les suivants :

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Marianne est artiste peintre du XVIIIème siècle. Elle est également enseignante et pose pour ses élèves. C’est lors d’une de ces séances de pose qu’elle découvre que l’un de ses tableaux a été sorti des réserves par ses élèves. « Portrait de la jeune fille en feu » la trouble terriblement et elle se remémore les origines de ce tableau. Elle avait dû rejoindre une île bretonne pour une commande : faire le portrait d’une jeune femme, Héloïse, sans qu’elle le sache. Ce portrait doit être envoyé au futur mari d’Héloïse qui refuse catégoriquement cette union avec un inconnu.

Voilà un très beau film sur la naissance de l’amour et du désir. Marianne et Héloïse s’apprivoisent lentement, se rapprochent malgré la mission première de Marianne. L’histoire d’amour des deux femmes est aussi enflammée qu’elle est éphémère. Céline Sciamma filme magnifiquement la montée du désir, l’attirance puissante qui lie ses héroïnes. Les souffles, les regards, les gestes sont minutieusement étudiés pour souligner le trouble qui s’installe. Le décor est très épuré pour laisser toute la place à cette relation, la musique ne vient que peu troubler l’harmonie de Marianne et Héloïse. En réalité, le duo est un trio car la jeune servante Sophie accompagne leur amour naissant. Une sorte de sororité unit les trois femmes (les hommes sont d’ailleurs totalement absents du film). Céline Sciamma parle également d’art, du lien qui lie le créateur et son modèle entre séduction et méfiance. L’oeuvre sera-t-elle juste ? De très belles images nous montre les gestes du peintre en action. Bien évidemment, le film de Céline Sciamma ne serait rien sans ses formidables actrices : Adèle Haenel, Noémie Merlant, Luàna Bajrami et Valeria Golino qui joue la mère d’Héloïse. « Portrait de la jeune fille en feu » est un film esthétiquement très réussi, très sobre et lumineux sur la passion entre deux jeunes femmes.

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Gatsby étudie dans une université de la Côte Est. Sa petite amie Asleigh doit aller à New York pour interviewer un grand réalisateur pour le journal de la fac. Gatsby se réjouit de pouvoir faire découvrir la ville où il a grandi à sa petite amie. Il prévoit déjà les lieux où il va l’emmener. Mais le weekend en amoureux ne se déroule pas comme il l’avait prévu. Le rendez-vous avec le réalisateur se prolonge désespérément.

Quel plaisir de retrouver Woody Allen dans un film qui rappelle ses plus grands succès : « Manhattan » ou « Annie Hall ». De « Un jour de pluie à New York » se dégagent une grande fraîcheur, un charme pétillant. Le jeune Gatsby aime les vieux films, le jazz et la pluie. Il est bien évidemment le double à l’écran du réalisateur (sa veste en tweed le prouve !!). Le pauvre jeune homme voit sa dulcinée lui échapper. Nous suivons en parallèle les amoureux qui virevoltent de rendez-vous en rendez-vous, enchaînant les quiproquos, les rebondissements parfois burlesques ou émouvants. La comédie romantique fonctionne parfaitement, elle est rythmée, piquante, drôle et tendre à la fois. La jeune garde des acteurs américains se retrouvent devant la caméra de Woody : Timothée Chalamet, Elle Fanning, Selena Gomez. Tous trois sont formidables et parfaitement en adéquation avec l’univers du réalisateur. Manhattan, le jazz, des amoureux qui se cherchent à travers la ville, Central Park, « Un jour de pluie » est un condensé de l’univers de Woody Allen. Son charme un brin suranné et mélancolique m’a totalement séduite.

Et sinon :

  • La vie scolaire de Grand Corps Malade et Medhi Idir : Samia est la nouvelle CPE d’un lycée en ZEP à St Denis. Elle arrive d’Ardèche et a souhaité changer de région pour des raisons personnelles. Elle découvre donc le quotidien des enseignants et des élèves dans une zone où les conditions sociales sont dégradées. Après « Patients », Grand Corps Malade et Medhi Idir s’intéresse à la situation de l’école en ZEP. Comme pour « Patients », une grande énergie se dégage de leur film. Le ton varie entre l’humour et la gravité. Certains personnages sont vraiment hilarants : l’élève mytho qui invente des excuses totalement improbables pour expliquer ses retards, le prof de sport qui mélange les disciples et crée le foot en roller, l’élève qui charrie un surveillant parce qu’il habite le même immeuble, etc… Mais les réalisateurs n’oublient surtout pas de souligner les difficultés rencontrés par les élèves qui ne voient pas comment leurs situations pourrait s’améliorer grâce à l’école. La fin du film n’est d’ailleurs pas très optimiste quant à l’avenir de ces gamins. La fracture sociale est toujours bien présente sur notre territoire. Les acteurs professionnels se mélangent aux non-professionnels et l’ensemble dégage beaucoup authenticité. Encore une fois, Grand Corps Malade et Medhi Idir nous offre un film plein d’humanité et de sincérité.

 

  • Les hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman : A Kaboul en 1998, les talibans font régner la terreur sur la ville. Des hommes sont pendus, des femmes sont lapidées en pleine rue. Personne n’ose plus rien faire, la peur paralyse la population. A l’exception de la jeune Zunaira qui continue à écouter du rock et à peintre ses murs d’images sensuelles. Elle forme un couple harmonieux avec Mohsen qui va bientôt perdre pied suite à un geste irréparable. La destinée de Zunaira va croiser celle de Atiq, gardien de la prison pour femmes. Je n’ai pas lu le roman de Yasmina Khadra dont ce dessin-animé est adapté. Mais ce dernier souligne bien ce que représente la terreur et la barbarie. La ville n’est que ruines, les hommes baissent la tête, les femmes sont de vague formes indéfinis sous les burqas. Le dessin reste dans les tons gris/bruns qui rendent parfaitement la tristesse de la ville à cette époque. Le personnage de Zunaira est très beau, elle reste dans la vie, la joie et éclaire le dessin-animé.

 

  • Fête de famille de Cédric Kahn : A l’occasion de son anniversaire, Andréa accueille toute sa famille dans sa grande maison à la campagne. Il y a le fils aîné Vincent, marié, deux enfants, qui semble bien étable dans la vie. Romain, le cadet, foutraque réalisateur qui est venu accompagné de sa petite amie. A ce tableau de famille manque la fille, Claire, partie aux Etats-Unis depuis de plusieurs années. Elle débarque sans prévenir et transforme rapidement le repas d’anniversaire en règlement de compte. C’est une drôle de famille que nous présente Cédric Kahn. Les membres sont autant capables de s’adorer que de se détester. Les piques, les remarques cinglantes fusent autant que les marques de tendresse. Le détonateur est Claire que l’on pense instable, folle et qui vient réclamer son héritage. Elle est l’élément perturbateur qui vient mettre à jour les dysfonctionnement familiaux qui semblent être nombreux. Cédric Kahn nous entraîne dans un repas de famille entre tragique et comique dont certains moments nous mettent mal à l’aise et évoquent « Festen ». Les acteurs du film sont tous très justes avec en tête Catherine Deneuve en matriarche totalement placide face au fracas qui l’entoure et qui ne veut absolument pas que la fête soit gâchée.

 

  • Downton Abbey de Michael Engler : Downton Abbey est en émoi suite à l’arrivée d’une missive : le roi George V et la reine Mary vont passer une journée au domaine de la famille Crowley. L’intrigue pourrait se résumer à cela même si celle-ci est parsemée de multiples histoires plus ou moins secondaires : l’affrontement entre les domestiques royaux et ceux de Downton, l’héritage d’une cousine de Lady Violet, la tentative d’assassinat du roi, les problèmes financiers de la famille, etc… Cela ne fait pas forcément un film et il faut reconnaître qu’il est à réserver aux admirateurs de la série. Mais le plaisir de retrouver la famille Crowley est bien réel lorsque l’on a suivi leurs aventures pendant six saisons. Le film s’ouvre comme la saison 1, avec l’arrivée d’une lettre qui cette fois n’aura pas de répercussions dramatiques. Joli clin d’œil qui permet de fermer la boucle. Les dialogues sont toujours aussi travaillés et ciselés. Ceux de Lady Violet sont toujours aussi piquants et Maggie Smith impériale. Malgré la légèreté du sujet, Julian Fellowes nous parle également de l’état de l’Angleterre en 1927 : la place des femmes (Lady Edith regrette d’avoir abandonné son travail), des homosexuels avec le retour de Thomas Barrow, la fin de l’aristocratie (Lady Mary se pose la question de la survie du domaine). Julian Fellowes a chois le grand écran pour clore sa saga, cela n’était pas forcément nécessaire mais le film reste plaisant pour les fans de la série.

 

Bilan livresque et cinéma d’août

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Le mois d’août fut bien rempli avec sept livres à mon actif. J’ai continué mes lectures pour le mois américain avec « My Absolute darling » de Gabriel Tallent, un roman à couper le souffle, « Les altruistes » de Andrew Ridker, un premier roman prometteur dans la lignée de Jonathan Franzen, « Sauvage » de Jamey Bradury qui se trouve à la croisée des genres, « Le chant des plaines » de Kent Haruf qui décrit avec beaucoup de sensibilité une communauté et « Sans foi ni loi » de Marion Brunet qui revisite le western. Et je vous ai déjà parlé de « Oyana », qui m’a permis de continuer à découvrir le travail d’Eric Plamondon, et de « Rien n’est noir » de Claire Berest où j’ai retrouvé avec plaisir le couple tumultueux Frida Kahlo/Diego Rivera. J’ai hâte que le mois américain commence pour pouvoir vous parler des excellents livres que j’ai lu durant les deux mois d’été !

Et côté cinéma ? Mon coup de cœur du mois revient à un de mes réalisateurs préférés, Arnaud Desplechin :

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A Roubaix, le commissaire Daoud arpente inlassablement les rues de sa ville natale, même le soir de Noël. Dans son commissariat se croisent un pauvre bougre essayant d’arnaquer son assurance, une adolescente violée dans le métro, de jeunes délinquants, une jeune femme fuguant de l’appartement familiale. Et un soir, une maison brûle dans une impasse. Daoud envoie un nouveau lieutenant, Louis, pour enquêter. Celui-ci interroge deux voisines, Claude et Marie, pour savoir ce qu’elles ont vu. Mais l’affaire ne s’arrête pas là et les policiers vont bientôt découvrir dans la même impasse un crime bien plus grave.

Arnaud Desplechin retrouve à nouveau sa ville de Roubaix après y avoir réalisé « Un conte de Noël », « Trois souvenirs de ma jeunesse » et « Les fantômes d’Ismaël ». Il montre ici toute la misère sociale, la pauvreté de cette ville qui fut autrefois prospère et qui garde  » (…) le sentiment blessé d’avoir compté et de n’être plus rien ». La nouveauté chez Desplechin est double. « Roubaix, une lumière » est un polar et le fait divers central est bien réel. Le réalisateur avait vu un documentaire sur celui-ci « Roubaix, commissariat central, affaires courantes » de Mosco Boucault. On retrouve dans le film de Desplechin le réalisme des documentaires, on suit au plus près la vie de ce commissariat (notamment les scènes d’interrogatoires qui sont très fortes). Nous sommes assez loin de l’univers habituel du réalisateur mais le personnage de Louis nous renvoie à ses héros habituels (il voulait rentrer dans les ordres et a changé de vocation, il lit de la philosophie). Les trois acteurs principaux du film sont absolument remarquables. Roschy Zem incarne un commissaire débordant d’humanité, de compassion, droit mais aussi hanté par son histoire familiale. Léa Seydoux et Sara Forestier sont également parfaites, leur jeu est intense et nuancé. Un film noir qui sort des sentiers habituels empruntés par Arnaud Desplechin mais qui est totalement réussi et maîtrisé.

Et sinon :

  • « Once upon a time… in Hollywood » de Quentin Tarantino : Eté 1969, Rick Dalton est un acteur de western, notamment de séries tv. Il est abonné aux rôles de méchant. Lorsqu’un producteur lui propose de tourner dans un western spaghetti en Italie, Rick sait que sa carrière est sur le déclin. Heureusement, il est soutenu par Cliff Booth, son cascadeur attitré qui lui sert aussi de chauffeur et d’homme à tout faire. Parallèlement à Rick, nous suivons le parcours d’une jeune starlette à la carrière montante : Sharon Tate. Dans ce film, Quentin Tarantino rend hommage au cinéma des années 60, à la légèreté et l’insouciance de ses années là qui vont se terminer aux USA dans un bain de sang. Sans vraiment d’intrigue, « Once upon a time… in Hollywood » est un film d’ambiance : cocktails, villas avec piscine, belles voitures et vitesse. Le réalisateur s’amuse follement à recréer cette atmosphère et il va jusqu’à retourner des scènes de ses films préférés avec les acteurs de son film (« La grande évasion » avec Leonardo di Caprio à la place de Steve McQueen). En revanche, Sharon Tate n’est pas remplacée par Margot Robbie dans l’extrait que nous découvrons dans un cinéma. Quentin Tarantino rend un bel hommage à cette actrice en la montrant souriante, dynamique, légère et lumineuse à l’image des années 60. Les acteurs sont tous épatants et semblent aussi se régaler dans leur rôle respectif. Le duo Leonardo Di Caprio et Brad Pitt fonctionne à merveille. A noter la scène incroyablement drôle entre Bruce Lee et Cliff Booth qui restera dans les annales ! « Once upon a time…in Hollywood » est un conte comme son nom l’indique et la fin du film le confirme. Je dois avouer qu’elle m’a un peu chiffonnée mais je pense que Quentin Tarantino voulait justement sauver les années 60 et son insouciance à travers cette revisitation de l’histoire.

 

  • « Wild Rose » de Tom Harper : A Glasgow, Rose-Lynn sort de prison mais son rêve est intact : elle sera chanteuse de country ou rien. Elle est bien décidée à reprendre son job de chanteuse dans un bar de la ville pour mettre de l’argent de côté et partir à Nashville. Mais son tempérament excessif n’a pas laissé que de bons souvenirs à ses anciens patrons. Et surtout, Rose-Lynn a deux enfants dont sa mère s’est occupée pendant son absence. Cette dernière voudrait bien que sa fille prenne enfin ses responsabilités et s’occupe de sa fille et de son fils. « Wild Rose » a une intrigue classique et le dénouement n’est pas une surprise. Mais ce film a plusieurs atouts qui le rendent extrêmement agréable à regarder. Le premier est l’idée tout à fait originale de mélanger film social à la Ken Loach et country music. Le deuxième est son actrice principale : Jessie Buckley. J’avais déjà pu admirer son talent dans l’adaptation de « Guerre et paix » de la BBC, ou dans celle de « La dame en blanc » et dans la formidable série « Chernobyl ». Ici, son talent éclabousse l’écran, sa présence est magnétique et sa voix sublime. Jessie Buckley est à elle seule une excellente raison d’aller voir ce film !

 

  • « Perdrix » de Erwan Le Duc : De passage dans les Vosges, Juliette se fait voler sa voiture, avec toutes ses affaires dedans, par une naturiste. Elle va porter plainte à la gendarmerie où l’affaire n’étonne personne puisqu’un commando de naturistes révolutionnaires sévit dans la région. Juliette fait la connaissance du capitaine Perdrix chez qui elle décide de s’incruster en attendant de retrouver sa voiture. Erwan Le Duc réalise ici une comédie charmante au ton décalé qui rappelle Wes Anderson. L’atmosphère, les personnages sont assez incongrus pour une comédie romantique. Le capitaine Perdrix est un doux rêveur, un cœur tendre qui se trouve confronté à la volubile et fantasque Juliette qui parcourt la France pour éviter de se fixer. Swann Arlaud (décidément toujours juste) et Maud Wyler (une découverte) interprète ce duo mal assorti qui va de chamailleries en chamailleries. La famille de Perdrix est magnifique de singularité : la mère (Fanny Ardant) est une veuve inconsolable qui anime un courrier du cœur radiophonique dans son garage, le frère (Nicolas Maury) est passionné par les lombrics, sa fille rêve de quitter sa famille et de devenir championne de ping-pong. Tout ce joyeux monde vit ensemble ! Les collègues de Perdrix sont également croustillants et pour couronner le tout une reconstitution d’une bataille de 39/45 doit avoir lieu dans le village. L’ensemble crée une comédie romantique cocasse, drolatique aux personnages attachants.

 

  • « Les faussaires de Manhattan » de Marielle Heller : Lee Israel a écrit des biographies de femmes célèbres et a rencontré un certain succès. Mais aujourd’hui, ses sujets n’intéressent plus, son agent ne veut plus lui faire d’avance. Lee ne joue pas non plus le jeu de la promotion et elle en serait d’ailleurs bien incapable. Irascible, mal-aimable et asocial, Lee ne supporte pas la bêtise et la facilité. Elle a pourtant un grand besoin d’argent, elle n’a même plus de quoi payer les médicaments de son chat. Pour s’en sortir, une idée lui vient : écrire de fausses lettres d’écrivains. Elle sera aider par un complice aussi alcoolique qu’elle : Jack, un homosexuel aussi caustique qu’elle. Lee Israel a véritablement existé et elle a été arrêté par le FBI en 1993. Bien que désagréable, le personnage est très attachant. On la sent totalement inadapté au monde dans lequel elle vit. Elle s’intéresse à des actrices de second plan du cinéma hollywoodien, voue un culte à Dorothy Parker et Noel Coward. Elle est interprété par Mélissa McCarthy qui surprend dans ce rôle et montre enfin l’étendu de son talent. Richard E. Grant était l’acteur idéal pour le fantasque Jack qui a la dignité de ne jamais reconnaître à quel point il est dans la dèche. L’histoire est en elle-même très intéressante et le film rend également hommage à la littérature, aux librairies où les passionnés s’arrachent les fausses lettres de Lee.

 

  • « Give me liberty » de Kirill Mikhanovsky : A Milwaukee, Vic vit avec son grand-père qui perd doucement mais sûrement la mémoire. Vic et sa famille sont d’origine russe. Vic transporte dans un mini-bus des personnes handicapées. Mais il a quelques difficultés à contrôler son grand-père qui devient de plus en plus imprévisible. Et surtout, Vic ne sait pas dire non. Il se retrouve donc à devoir emmener dans son bus toute un groupe de personnages âgées russes qui veulent assister à un enterrement à l’autre bout de la ville. S’ajoute à ce groupe, un jeune russe oisif et pique-assiette. Les pauvres usagers de Vic ne savent pas dans quelle aventure ils s’embarquent… Voilà un film qui est extrêmement sympathique et vivant. Kirill Mikhanovsky tourne son film comme un documentaire, caméra à l’épaule. Il y montre l’Amérique des laissés-pour-compte, des personnages cassés, blessés par la vie mais qui ne baissent jamais les bras (les scènes où Vic parle avec un tétraplégique noir sont magnifiques, l’homme allongé prodigue des leçons de vie au jeune homme). Le film est un très joyeux bordel, foutraque et plein de la verve des personnages. Tout ce petit monde finit par s’accorder, chacun finit par adopter la cause de l’autre. C’est tour-à-tour hilarant et émouvant, un tourbillon permanent qui nous entraîne.