Bilan livresque et cinéma d’avril

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Un mois d’avril qui est passé bien vite et qui est finalement un peu maigre du point de vue culturel : seulement cinq livres et cinq films à mon actif. Heureusement, aucune déception dans ce que j’ai lu et vu durant le mois. Jusqu’à maintenant, je ne vous ai parlé que du formidable et brillant roman de Dalmon Galgut « La promesse » que je vous conseille à nouveau chaudement. Autre très grand roman dont je vous parle très vite : « Une arche de lumière » où Dermot Bolger nous raconte l’incroyable destinée d’une femme libre. J’ai également poursuivi ma découverte de la saga Blackwater dont le deuxième tome m’a également beaucoup plu. « Pourquoi la vie » de Coline Pierré est une uchronie où la poétesse Sylvia Plath aurait raté son suicide, un livre lumineux dont j’ai trouvé le point de départ original. Enfin, j’ai achevé le mois d’avril avec le premier roman de Matthieu Zaccagna à la langue percutante et rythmée.

Et mes films préférés du mois sont :

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Sur une île croate paradisiaque, Julija, 17 ans, vit sous la coupe d’un père tyrannique. Elle l’aide à pêcher chaque matin, doit le servir lorsqu’il le demande et ne sort jamais. Sa mère, totalement résignée, ne la soutient pas lorsqu’elle tente de résister. Un élément perturbateur va venir accélérer l’envie d’émancipation de la jeune fille. Ancien patron de son père et ancien prétendant de la mère, ce millionnaire va séjourner sur l’île quelque temps. Le père veut lui vendre un îlot pour renflouer ses caisses. L’invité va surtout faire souffler un vent de liberté sur l’univers de Julija.

« Murina » est le très beau et réussi premier film d’Antoneta Alamat Kusijanovic. Le récit d’émancipation de Julija prend des allures de conte. Le père est à la fois un ogre et Barbe-Bleue, sa fille est une princesse attendant que l’on vienne la délivrer. Julija a également des allures de sirène, elle passe son temps en maillot de bain, toujours prête à s’esquiver dans l’eau. Gracija Filipovic incarne cette naïade avec naturel et justesse, formidable d’obstination pour sortir des griffes de son père. Les paysages sont splendidement filmés mais sous la carte postale de mer truquoise et de soleil éblouissant, la tension monte à l’image de la colère du père qui voit sa fille lui échapper. Gorgé de lumière, « Murina » est un premier film extrêmement prometteur.

A Chiara

Chiara, 15 ans, vit à Gioia Taura, près de Reggio Calabria. Elle est une adolescente ordinaire qui aime sortir avec ses copines et passe beaucoup de temps sur les réseaux sociaux. Sa famille est très unie. Sa vie bascule lorsque son père est recherché par la police. A la stupeur de Chiara, il s’avère travailler pour la ‘Ndrangheta, la mafia calabraise. Chiara a du mal à y croire et elle veut comprendre les choix de son père.

Le film de Jonas Carpignano nous plonge dans les méandres de la mafia du sud de l’Italie, une pieuvre qui contrôle tout et qui est devenue le quotidien de chacun, tout en restant cachée. C’est ce système que découvre Chiara à force de fouiller, de questionner et d’espionner les uns et les autres. A force de creuser, Chiara devient elle-même violente. La prise de conscience du monde dans lequel elle évolue, va la forcer à faire un choix impossible, à interroger les liens du sang. Le réalisateur a choisi de tourner son film avec des acteurs non professionnels et avec les membres d’une même famille. « A Chiara » est un film réaliste, sombre et percutant dont l’actrice principale, Swamy Rotolo, est touchante et intense dans sa quête de vérité.

Et sinon:

  • « Hit the road » de Panah Panahi : Le réalisateur iranien, fils de Jafar Panahi, nous raconte le road movie d’une famille allant à la frontière turque. Le fils aîné va quitter le pays clandestinement. Le contexte politique n’est jamais évoqué mais il pèse sur cette famille qui tente de rendre le voyage léger pour le petit dernier. « Hit the road » est un film plein d’énergie, de drôlerie (le petit dernier est un sacré numéro !) mais aussi de tristesse et de mélancolie à l’idée de la séparation. Les paysages iraniens sont à couper le souffle.
  • « En corps » de Cédric Klapisch : Le dernier film de Cédric Klapisch suit la trajectoire d’une jeune danseuse étoile qui se blesse sur scène. Energique, plein de fraicheur, « En corps » célèbre la danse, l’élan vital qui permet de se relever. Au plus près du mouvement des corps, le réalisateur nous livre un très beau film, sensible qui doit beaucoup à son interprète principale Marion Barbeau.
  • « Retour à Reims » de Jean-Gabriel Périot : A l’origine de ce documentaire est le texte de Didier Eribon qui racontait la honte de sa classe sociale et son parcours pour en sortir. Le réalisateur élargit le propos et nous montre l’évolution de la classe ouvrière des années 50 à nos jours. Mélange d’individuel et de collectif, le film est extrêmement intéressant et pertinent.

Bilan livresque et cinéma de février

Février

Le programme du mois de février m’a offert beaucoup de découvertes avec des livres marquants comme « Une chambre au soleil » de John Braine, « Le visage de pierre » de William Garder Smith, « Les lanceurs de feu » de Jan Carson ou « American dirt » de Jeanine Cummins. J’ai enfin pu découvrir la plume de Margaret Kennedy avec « Le festin » et pour poursuivre ma découverte j’ai également « Tessa » dans ma pal. Février fut également l’occasion de retrouvailles avec ma chère Vita Sackville-West et une étrange novella, avec Laurine Roux et son formidable roman « L’autre moitié du monde » se déroulant dans les années 30 en Espagne, avec Carl Jonas Love Almqvist dont j’avais tant aimé « Sara ou l’émancipation » et avec la talentueuse Catherine Meurisse qui m’a emmené au Japon.

Deux films, qui forment un diptyque, se détachent très nettement parmi les films vus en février :

Au début des années 80, Julie est étudiante en cinéma à Londres. C’est lors d’une soirée, organisée chez elle, qu’elle fait la connaissance d’Anthony. Élégant, raffiné, cultivé, il séduit rapidement la jeune femme. Mais Anthony est également un homme extrêmement mystérieux. Un flou total entoure ses activités professionnelles comme son addiction à la drogue. Cette première histoire d’amour se révèlera toxique et douloureuse pour Julie.

Et c’est ce que nous raconte la première partie de « The souvenir ». La deuxième porte sur la volonté de Julie de faire un film sur son histoire avec Anthony et ainsi transcender sa souffrance. Ce geste cathartique, Joana Hogg n’a pas pu le faire lorsqu’elle était une jeune étudiante en cinéma, car son diptyque est autobiographique. Elle réussit aujourd’hui à le faire dans deux films éblouissants, virtuoses sur le fond et la forme. La mise en abîme de l’histoire d’amour dans le deuxième volet est passionnante puisque se reconstituent devant nous les évènements vus dans le premier. Le reflet est d’ailleurs l’un des motifs récurrents du film. L’écho avec la jeunesse de la réalisatrice se retrouve aussi dans le choix des actrices : Tilda Swinton est une amie de longue date de Joana Hogg et elle interprète la mère de Julie, jouée par sa propre fille Honor Swinton-Byrne. Les paysages de la campagne anglaise se répondent également d’un film à l’autre : dans le premier la voix off de Julie lit des lettres d’Anthony sur des images de paysages alors que dans le second la voix off disparait sur ces mêmes images.

La richesse stylistique de ce diptyque est extraordinaire. Les deux films ne peuvent se voir l’un sans l’autre, les deux se complètent, se répondent de manière inextricable. « The souvenir » nous montre la naissance d’une cinéaste, interroge les capacités cathartiques de l’art. Honor Swinton-Byrne joue le double de la cinéaste, elle est présente pendant quatre heures à l’écran et son talent fascine déjà. « The souvenir » est une grande œuvre, un tourbillon d’émotions, de réminiscences douloureuses, de trouvailles formelles, de détails  et il est emprunt d’une infinie délicatesse.

Et sinon :

  • « Mort sur le Nil » de Kenneth Branagh : Linnet Ridgeway tombe amoureuse du fiancé de sa meilleure amie, Jacqueline. Riche héritière, Linnet entraîne son nouveau mari dans un voyage en Égypte. Mais Jacqueline a la rancœur tenace et elle a décidé de gâcher l’idylle de ses anciens amis. Même lorsqu’ils décident de faire une croisière sur le Nil, l’amoureuse éconduite est présente. Rapidement, la situation tourne au drame lorsque Linnet est retrouvée morte dans sa cabine. Ce crime ne restera pas impuni puisque Hercule Poirot était également du voyage. Je ne peux résister à une adaptation d’Agatha Christie et il s’agit ici de la deuxième signée Kenneth Branagh. On peut regretter le choix du roman puisque « Mort sur le Nil » a déjà été adapté en 1978 par John Guillermin avec Peter Ustinov dans le rôle de notre cher détective. Le plaisir de cette nouvelle adaptation réside principalement dans le jeu des acteurs. Comme dans sa précédente adaptation, Kenneth Branagh a choisi un huis-clos avec de nombreux personnages, lui permettant de recruter une belle brochette d’acteurs qui semblent apprécier l’exercice. Même si le film reste plaisant à regarder, certaines choses m’ont fait grincer les dents : des scènes plus proches de « Dirty dancing » que d’Agatha, un abus de numérique pour les paysages, le fait qu’Hercule Poirot aurait souhaiter être fermier (très étonnamment, j’ai des difficultés à l’imaginer avec une bêche à la main !). On peut trouver la version de 1978 moins flamboyante, plus datée mais elle avait finalement plus de charme que celle-ci.
  • « La place d’une autre » d’Aurélia Georges : Promise à la pauvreté et la prostitution, Nélie trouve son salut en devenant infirmière durant la première guerre mondiale. Elle se retrouve à soigner des soldats dans un baraquement proche de la frontière allemande. Une nuit, une jeune femme, prénommée Rose, s’y réfugie. Un bombardement survient et Nélie trouve le corps sans vie de Rose. Celle-ci devait rejoindre une amie de son père décédé afin de devenir sa lectrice. Rose n’ayant jamais rencontré sa future patronne, Nélie décide de prendre sa place. Dans la série adaptation de romans anglais, je demande W. Wilkie Collins ! Le film d’Aurélia Georges est librement adapté de « Passion et repentir », excellent roman que je ne peux que vous conseiller.  Le scénario reprend les grandes lignes du livre même si la fin est différente et que certains éléments sont gommés. « La place d’une autre » est un film d’époque réussi dans l’élégance et la minutie de sa reconstitution. Le suspens cher à W. Wilkie Collins est bien présent. Nélie, qui se fond si bien dans ce milieu tant envié, sera-t-elle démasquée ? Tout l’intérêt étant qu’elle créé une relation forte et sincère avec son employeuse et qu’elle s’avère moralement à la hauteur de son nouveau milieu social. Le duo d’actrices, Sabine Azéma et Lyna Khoudri, est vraiment bien choisi et très plaisant à regarder évoluer. De facture très classique, sans esbroufe, « La place d’une autre » est un film qui remplit parfaitement son contrat et se regarde avec plaisir.
  • « Vous ne désirez que moi » de Claire Simon : En octobre 1982, Yann Andréa, le compagnon de Marguerite Duras, a demandé à son amie journaliste, Michèle Manceaux, de recueillir ses confidences sur cette relation hors-normes. Il raconte le terrassement ressenti à la lecture des « Petits chevaux de Tarquinia », l’admiration qui naît ce jour-là. Étudiant en philosophie, il ne lira plus dorénavant que Marguerite Duras. Il la rencontre lors d’une projection cinématographique, lui écrit de nombreuses lettres durant des années. Un jour, elle lui répond et l’invite en Normandie. Débute ainsi une relation amoureuse passionnée et destructrice pour le jeune homme. C’est ce qui frappe le plus en voyant le film, Duras est un despote qui décide, impose tout à Yann. Elle souhaite le formater, annihiler l’ancien Yann et notamment son homosexualité. Il en souffre et s’y complet également. « Vous ne désirez que moi » est un pari fou, un film quasiment statique qui ne repose que sur la parole. Le dispositif est simple, la journaliste vient dans la maison de Duras à Neauphle, enregistre Yann, le reprend, l’aide à formuler ce qu’il ressent. Quelques images documentaires, quelques flashbacks viennent enrichir cette conversation filmée avec une douceur infinie par Claire Simon. Deux acteurs formidables incarnent Michèle et Yann : Emmanuelle Devos, discrète et empathique, Swann Arlaud, extraordinaire de fragilité, habité totalement par son personnage. « Vous ne désirez que moi » est un film aussi étonnant que la relation amoureuse qu’il raconte, les mots de Yann Andréa, dits par Swann Arlaud, captivent et émeuvent.
  • « Un autre monde » de Stéphane Brizé : Philippe Lemesle est directeur d’une usine d’électroménager. Le groupe auquel appartient son usine, annonce à ses différents directeurs régionaux qu’ils doivent licencier 10% de leurs effectifs pour rassurer les actionnaires. Philippe commence à y réfléchir, à chercher les personnes les moins indispensables dans les ateliers. Mais son monde personnel bascule : sa femme demande le divorce et leur fils fait un burn out dans son école de commerce. Les certitudes de Philippe vacillent et avec elles, sa loyauté au groupe pour lequel il travaille. Il tente de trouver une solution alternative aux licenciements. Stéphane Brizé continue à explorer le monde du travail avec son dernier film. Après « La loi du marché » où un homme au chômage se bat pour ne pas tomber dans la précarité, après « En guerre » où un syndicaliste essayait d’empêcher la fermeture de son usine, « Un autre monde » nous montre un cadre sous pression, sommé par sa hiérarchie de mettre au chômage une partie de son équipe. Ces trois films forment une trilogie par la simple présence de Vincent Lindon qui incarne les différents visages du monde du travail écrasé par le libéralisme. Comme toujours chez Stéphane Brizé, le film sonne juste et souligne l’absurdité, la violence de ce monde globalisé. Des entreprises sous pressions perpétuellement et des cadres qui doivent opérer des choix impossibles et risquent eux-mêmes leur poste s’ils osent se rebeller. Un constat encore une fois glaçant.
  • « Les jeunes amants » de Carine Tardieu : Pierre est un médecin quadragénaire, marié et père de deux enfants. Lors d’une escapade à la campagne avec un ami, il croise la route d’une femme rencontrée des années plus tôt à l’hôpital. Shauna a plus de 70 ans, elle est solitaire et a fait une croix sur les plaisirs de la vie. Mais une attirance nait entre eux. Une relation qui s’avère difficile en raison de leur différence d’âge, de la situation maritale de Pierre et de leurs domiciliations différentes. Shauna rejette ses sentiments alors que Pierre s’y accroche. L’histoire de ce film est extrêmement émouvante. L’idée de départ vient de la regrettée Solveig Anspach qui souhaitait raconter la dernière histoire d’amour de sa mère. Malheureusement disparue avant de pouvoir faire aboutir son projet, elle avait fait promettre à ses amis de le mener à bien. C’est ainsi que Carine Tardieu a réalisé ce beau et délicat film. « Les jeunes amants » sait sans cesse déjouer la comédie sentimentale en nous proposant des personnages complexes, dont la psychologie se dévoile subtilement. Se rajoute à cela, la maladie de Shauna qui s’invite par petites touches et bouleverse cette possible dernière histoire d’amour. Les acteurs sont au diapason de ce récit plein de nuances : Melvil Poupaud et Fanny Ardant si fragiles et bouleversants, mais aussi Cécile de France et Florence Loiret-Caille qui par sa seule présence rend hommage à Solveig Anspach. « Les jeunes amants » est une réussite, un film subtile et délicat.

Bilan livresque et cinéma de janvier

L’année commence bien avec douze romans et quatre BD. Je ne pense pas vous parler de toutes mes lectures qui furent comme toujours très variées et éclectiques : une enfance maltraitée, une passion brûlante, une visite du musée des Confluences, les Beatles qui sauvent une adolescente, des disparitions de jeunes filles,  la redécouverte d’une pionnière du cinéma, des boomers à côté de la plaque, une jeune femme déprimée qui va faire une étrange rencontre, la vie difficile d’une femme inuit, celle de George Sand, celle terrible et blessée d’Edith Bruck. De belles et parfois d’étonnantes lectures qui m’ont accompagnées en ce début d’année.

J’ai décidément bien occupé mon mois de janvier puisque j’ai pu voir onze films dont voici mes préférés :

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Gary est lycéen, le jour de la photo de classe il tombe éperdument amoureux d’Alana, l’assistante du photographe. Elle a 25 ans, est indécise quant à son avenir. Gary est au contraire très entreprenant. Il a joué des petits rôles à la télévision et se dit déjà acteur. Mais lorsque les portes des castings se ferment, il ne baisse pas les bras et se lance dans la vente de lit à eau. Alana, qui a repoussé ses avances, regarde le jeune homme avec amusement et de plus en plus de tendresse.

Paul Thomas Andersen est décidément un cinéaste surprenant, capable de changer d’univers à chaque film. Nous sommes ici loin de la noirceur de « There will be blood » ou de l’étouffant « Phantom thread ». Le réalisateur nous emmène dans la banlieue de Los Angeles dans les années 70, l’ambiance légère et ensoleillée est magnifiquement rendue (la formidable bande originale contribue également à retranscrire l’époque). Le film est un enchaînement de scènes, de portraits. Le scénario peut paraître décousu ou chaotique mais tout s’enchaîne avec fluidité, avec une formidable aisance dans la mise en scène. « Licorice pizza » est une comédie romantique singulière, originale qui est sans cesse en mouvement à l’instar de ses deux personnages principaux. Certaines scènes sont extrêmement drôles comme celle avec Bradley Cooper et celles avec le mari de femmes japonaises. A la tête du film, il faut saluer les deux acteurs principaux : Cooper Hoffman (le fils du regretté Philip Seymour Hoffman) et Alana Haim (musicienne, comme ses sœurs qui sont également dans le film) qui sont incroyablement attachants et touchants. « Licorice pizza » est un film d’une grande fraîcheur, particulièrement enthousiasmant et qui génère une forme de magie, de féérie au travers de cette histoire d’amour improbable.

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Judith mène une double vie. Elle est mariée avec Melvil, un chef d’orchestre réputé, avec qui elle a deux enfants. Étant traductrice, elle prétexte des voyages professionnels pour rejoindre Abdel qui vit à Genève avec sa petite fille. La difficulté de mener ces deux vies en parallèle augmente de plus en plus et Madeleine se perd dans les méandres de ses mensonges.

Le film d’Antoine Barraud est un formidable thriller dont le mystère s’épaissit au fur et à mesure. Les pièces du puzzle ne se mettent en place que tardivement et le spectateur s’interroge longtemps sur les motivations de Judith. Le suspens est donc parfaitement tenu, d’ailleurs le titre même du film reste un mystère jusqu’à la fin. Le personnage principal est passionnant et intrigant. Elle est toujours en mouvement, essayant de maîtriser ses deux vies avec le sourire. Mais le sol va finir par se dérober sous ses pieds. Virginie Efira est parfaite dans ce rôle et elle le rend attachant. « Madeleine Collins » est un film noir maîtrisé, élégant qui brouille les pistes et sait perdre son spectateur.

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Irène est une jeune fille débordante d’énergie. Elle étudie au Conservatoire, le théâtre la fait vibrer et l’habite totalement. Elle vit avec son père, sa grand-mère et son frère aîné. Tous vivent au rythme d’Irène qui les entraîne dans ses répétitions mais aussi dans ses histoires d’amour. Mais nous sommes en 1942 et la famille de la jeune fille est juive.

Sandrine Kiberlain réussit son passage derrière la caméra. Elle choisit de placer son histoire dans une période trouble mais la reconstitution historique n’est pas pesante. Irène pourrait être une jeune fille d’aujourd’hui, elle a les mêmes préoccupations. Le contexte historique s’insinue subtilement, par petites doses avec l’apparition du mot juif sur les cartes d’identité, l’interdiction pour Irène de rester au Conservatoire, l’étoile jaune brodée sur les vêtements. Mais Irène ne s’arrête pas à cela, elle avance, déterminée et légère. C’est un personnage extrêmement lumineux, plein de fantaisie et de fraîcheur. Sa vie s’ouvre devant elle, tant de choses sont à découvrir. Irène doit beaucoup à l’interprétation de Rebecca Marder, talentueuse sociétaire de la Comédie française. Le film de Sandrine Kiberlain m’a fait penser au livre d’Anne Berest « La carte postale » où elle évoque également le destin brisée de jeunes filles pourtant plein de promesses.

Et sinon :

  • « Un héros » d’Asghar Farhadi : Rahim est en prison pour une dette qu’il n’a pas réussie à rembourser après la faillite de son entreprise. Lors d’une permission de deux jours, il espère amadouer son créancier. Sa compagne a en effet découvert un sac qui contient  des pièces d’or. Pris de remords, Rahim va tout faire pour retrouver le propriétaire du sac. Mais son honnêteté va mettre en péril sa possible libération. Dans « Un héros », Asghar Farhadi nous montre à quel point la République islamique d’Iran ne tourne pas rond. Rahim va devenir un héros uniquement parce qu’il a été honnête. Tout le monde va vouloir utiliser son acte à commencer par les directeurs de la prison qui veulent redorer leur image. Mais la réalité est beaucoup plus complexe que ce que tous veulent montrer. Rahim doit par exemple dire qu’il a lui-même trouver le sac puisqu’il n’est pas marié avec sa compagne. De mensonges en quiproquos, Rahim va se trouver pris dans un engrenage infernal qui l’empêche de sortir de l’impasse. L’autoritarisme des institutions, leur cynisme incitent à la dissimulation et les réseaux sociaux s’en mêlent pour mettre à jour les menteurs. Le scénario est implacable, comme les institutions iraniennes, et notre pauvre Rahim, interprété parfaitement par Amir Jadidi, sera la victime d’un système aberrant. Comme dans « Une séparation », les témoins de la folie des adultes sont les enfants, incrédules devant tant de drames.
  • « Twist à Bamako » de Robert Guédiguian : 1962, le Mali , avec à sa tête Modibo Keïta, tente de s’émanciper de la tutelle française et d’entrer dans la modernité. Pour ce faire, de jeunes gens parcourent les campagnes pour promouvoir l’idéal socialiste. Les mœurs vont être difficiles à changer mais Samba a foi dans les idées progressistes. Lors d’un voyage en pays bambara, une jeune femme se glisse dans le camion de Samba. Lara a été mariée de force et elle veut échapper à son mari en allant vivre à Bamako. Contrairement à ses compagnons, Samba accepte d’aider la jeune femme. Avec « Twist à Bamako », Robert Guédiguian s’éloigne de l’Estaque et cela grâce à la découverte des photos de Malick Sidibé. Si le cadre est différent, l’idéal politique est bien toujours le même. Cette révolution malienne, portée avec force par la jeunesse, est lumineuse, solaire. Samba et Lara en sont les parfaits exemples. Ils rêvent d’un pays meilleur, d’un avenir plus libre et juste. Stéphane Bak et Alice Da Luz en sont les interprètes et c’est un régal de les voir évoluer sur grand écran. Malheureusement, la fête et la danse ne vont pas durer et c’est ce que montre également le cinéaste. Le bel idéal est rapidement dévoyé par ceux qui ont le pouvoir et ceux qui ne veulent pas que le monde change. Le sort des femmes est encore une fois négligé. Que nous soyons à Marseille ou à Bamako, Robert Guédiguian est toujours lucide sur le monde et il continue à en dénoncer les injustices
  • « La croisade » de Louis Garrel : Marianne et Abel découvrent avec stupeur que leur fils Joseph a vendu bon nombre de leurs objets : montres de collection, grands crus, robes vintage de grands couturiers. Joseph révèle à ses parents que de nombreux enfants ont fait la même chose et qu’avec l’argent récolté, ils vont sauver la planète. « La croisade » est une charmante et amusante comédie. Jean-Claude Carrière a co-signé le scénario et sa malice est partout présente. La scène d’ouverture est particulièrement savoureuse, Louis Garrel se moque avec beaucoup d’autodérision de ce couple de bobos parisiens. Les enfants mènent la danse dans cette histoire et poussent les adultes à se remettre en question et à évoluer. Marianne accompagnera très loin le projet de son fils alors qu’Abel a plus de mal à suivre.  » La croisade » est une comédie enlevée, pleine de fraicheur et de rythme.
  • « The card counter » de Paul Schrader : William Tell est un joueur de poker professionnel. Il est doué mais ne gagne que des sommes raisonnables pour rester en dehors des radars. Ne pas se faire remarquer, ne pas laisser de trace pourraient être son credo. Il faut dire que William a appris à compter et à mémoriser les cartes en prison. Il faisait partie des militaires d’Abou Ghraib qui ont torturé et humilié les prisonniers. Le quotidien monotone et millimétré de William va être perturbé par l’arrivée d’un jeune homme dont le père était également militaire et qui s’est suicidé. « The card counter » est un film surprenant. Lent, calme, il s’agit pourtant d’une histoire de vengeance, de violence. L’ambiance des casinos, le personnage central sont envoûtants, hypnotisants. William Tell est rongé par la culpabilité, l’obsession de la maîtrise. Il semble s’être construit une routine pour s’éviter de penser. L’arrivée du jeune homme va pourtant le réveiller et l’envie de se racheter va alors guider ses pas. Oscar Isaac est extraordinaire de stoïcisme, de douleur rangée et de lassitude. Le personnage est un reflet de l’Amérique et de ses traumatismes.
  • « Tromperie » d’Arnaud Desplechin : A la fin des années 80, Philip, un écrivain américain à succès, s’installe à Londres. Dans l’appartement, où il a installé son bureau, il reçoit sa maitresse londonienne. La jeune femme est mélancolique, son mariage bat de l’aile. Après leurs ébats, les deux amants parlent longuement. Philip évoque notamment avec elle, les autres femmes qui ont croisé sa route. Arnaud Desplechin adapte, pour son dernier film, Philip Roth. Rien d’étonnant à cela, tant les films du réalisateur sont emprunts de littérature depuis ses débuts. L’art de la discussion, de longs dialogues et des analyses de personnages complexes font également partie de son ADN. Le film est ici découpé en onze chapitres et les obsessions de Philip Roth sont reconnaissables : la judéité, le désir, la mort et les femmes. Le casting est impeccable et parfaitement bien choisi : Denis Podalydès, Léa Seydoux, Emmanuelle Devos, Rebecca Marder et Anouk Grinberg. Même si certaines scènes sont forts touchantes (notamment celles avec Emmanuelle Devos), l’histoire de Philip et de sa jeune maîtresse m’a laissée de marbre. L’émotion n’affleure que rarement dans leurs échanges qui m’ont mise à distance.
  • « Ouistreham » d’Emmanuel Carrère : Marianne Winckler est écrivaine et elle souhaite écrire sur les travailleurs précaires, montrer ceux qui sont invisibles dans notre société. Pour être au plus près d’eux, elle se fait embaucher comme agent d’entretien dans des campings, des entreprises et surtout sur les ferrys qui rejoignent l’Angleterre. Le travail y est extrêmement dur et exigent. Marianne se lie avec Christelle, une mère célibataire. Emmanuel Carrère adapte ici le travail de Florence Aubenas en romançant son propos. Le film montre parfaitement les cadences infernales, les douleurs physiques, les humiliations, la pauvreté qui guette et que l’on tente désespérément de repousser et les sacrifices personnels. Comme chez Ken Loach, la dureté du travail n’empêche pas l’entraide, la solidarité. Les actrices sont non-professionnelles et elles donnent ainsi un côté documentaire au film. Juliette Binoche se fond parfaitement dans l’ensemble avec sobriété et justesse. J’ai été un peu gênée par la fin du film, la découverte de la trahison, peut-être un excès de romanesque dans un film qui n’en avait pas besoin.
  • « The chef » de Philip Barantini : Andy Jones est un chef dans un restaurant gastronomique. Mais depuis quelques temps rien ne va plus : Andy oublie de passer les commandes auprès des fournisseurs, arrive en retard, ne complète pas les documents administratifs de suivi de la cuisine et sa vie personnelle part aussi en vrille. Ce soir-là, il ne doit pas faire faux bond à sa brigade. En ce vendredi précédent Noël, les réservations explosent. Le film de Philip Barantini montre un restaurant en plein coup de feu et la pression exercée sur l’ensemble du personnel. Les plan-séquences nous font passer de la salle à la cuisine, à la cour arrière du restaurant. Les personnels sont eux aussi en perpétuel mouvement, la frénésie de cette soirée est parfaitement bien rendue. Le principal atout du film est pour moi Stephen Graham dont j’admire le talent depuis « This is England ». Le reste du casting est également très bien. Le film aurait sans doute gagné à se concentrer uniquement sur le personnage d’Andy, le réalisateur s’éparpille un peu en voulant nous montrer les vies, les problèmes de nombreux personnages. L’ensemble reste néanmoins  très plaisant à regarder.
  • « Tous en scène 2 » de Garth Jennings : Le spectacle de Buster Moon et sa troupe fonctionne très bien mais notre koala voit plus grand. Il voudrait emmener ses chanteurs dans le théâtre de la Crystal Tower dirigé par le célèbre et terrible Jimmy Crystal. Lorsque Buster présente l’idée de son futur spectacle au fameux directeur, il lui annonce la présence de Clay Calloway, une légende du rock. Le problème, c’est que Buster ne connaît pas Clay et que ce dernier vit en ermite depuis le décès de sa femme. On retrouve avec plaisir Buster Moon et sa troupe d’amateurs devenus pro suite à un concours de chant. Rosita, Gunter, Johnny, Ash, Meena et la déjantée Miss Crawley sont de retour et ils sont toujours aussi attachants. Et ces personnages sont la grande réussite du film tant ils sont bien dessinés, bien déterminés psychologiquement. Le dessin animé reste vitaminé, drôle et clinquant. La musique, les personnages nous entraînent, il suffit de se laisser porter et de profiter du show.

Bilan 2021

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Une nouvelle année vient juste de débuter, l’heure du bilan 2021 a donc sonné ! J’ai lu 135 livres dont 17 BD et mes coups de cœur sont les suivants :

1-« Mathilde ne dit rien » de Tristan Saule que j’ai découvert grâce aux rencontres Vleel sur instagram et que j’ai dévoré en une journée. Il s’agit du premier tome des chroniques de la Place Carrée et c’est un roman noir addictif et parfaitement ficelé. 

2- « La maison des Hollandais » de Ann Patchett qui m’a totalement enchantée. L’intrigue raconte avec fluidité et élégance le destin de Maeve et de son frère Danny, des personnages incroyablement attachants. 

3- « Borgo Vecchio » de Giosuè Calaciura, un roman éblouissant se déroulant dans un quartier miséreux de Palerme, la plume de l’auteur est une splendeur. 

4-« Shuggie Bain » de Douglas Stuart, j’attendais avec impatience la sortie de ce roman en français et je n’ai pas été déçue. Le récit porte sur l’amour fusionnel d’un fils pour sa mère, malmenée par la vie et par les hommes. 

5-« Memorial drive » de Nastasha Tretheway est à la fois une enquête et un récit intime portant sur l’assassinat de la mère de l’auteure. Le livre est brillant, intelligent, d’une infinie dignité.

En 2021, j’ai pu compter sur certains de mes auteurs préférés et ils n’ont pas du tout déçue :

« Mr Wilder & me » de Jonathan Coe

« La fille qu’on appelle » de Tanguy Viel

-« Hamnet » de Maggie O’Farrell.

Choisir uniquement cinq livres sur une année de lecture étant quasiment impossible, je voudrais citer également « Milkman » d’Anna Burns d’une étourdissante maîtrise narrative, « Jeune femme au luth » de Katharine Weber qui mêle le politique et l’intime de manière originale, « Deux femmes et un jardin » d’Anne Guglielmetti d’une délicatesse et d’un poésie rares. 

Pour les BD, j’ai eu un énorme coup de cœur pour « Béatrice » de Joris Mertens et je vous conseille également la lecture de « Radium girls » de CY, « Le jardin secret » de Maud Begon et les deux volumes de « Dans la tête de Sherlock Holmes ». 

Nous aurons à nouveau été privés de cinéma pendant quelques mois mais voici mes cinq films préférés de l’année 2021 : 

Des films éclectiques avec une splendide adaptation des « Illusions perdues » de Balzac par Xavier Giannoli, un film historique flamboyant avec « Les sorcières d’Akelarre » de Pablo Aguero, un film extrêmement émouvant et intime avec « Serre-moi fort » de Mathieu Amalric, un film sur un personnage tourmenté avec « Les intranquilles » de Joachim Lafosse et un premier film maîtrisé et original avec « Les magnétiques » de Vincent Cardona. Si vous aimez les films noirs, je vous conseille également « Médecin de nuit » qui se déroule en une nuit fiévreuse et dangereuse. Je voulais citer également deux premiers films : « Gagarine » de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh et « Ibrahim » de Samir Guesmi. 

Il me reste à vous souhaiter une lumineuse et douce année 2022 pleine de belles découvertes culturelles. 

Bilan livresque et cinéma de novembre

Novembre

La fin d’année approche à grand pas et l’heure des bilans aussi. En attendant, voici celui du mois de novembre avec sept romans et une bande-dessinée :

« Seule en sa demeure » qui m’a permis de découvrir Cécile Coulon dans un univers de conte gothique,

« Londinium » d’Agnès Mathieu-Daudé qui nous entraîne dans une uchronie bourrée de références historiques et littéraires,

« Peter Ibbetson » de George du Maurier, roman réaliste et onirique signé du grand-père de Daphné,

« Le jardin secret » merveilleuse adaptation du roman de Frances H. Burnett par Maud Begon.

Je vous parle très bientôt de mes autres lectures : « La déesse des mouches à feu » de Geneviève Pettersen qui ne m’a pas emballée, « Les ombres filantes », le formidable nouveau roman de Christian Guay-Poliquin et j’ai enfin eu l’occasion de relire « Madame Bovary ».

Et voici les films que j’ai pu voir en novembre avec deux coups de cœur :

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1981, François Mitterand est élu président de la République. Dans un petit café de Bretagne, ça exulte, ça applaudit. Dans un coin, Philippe reste assis, il observe son grand-frère Jérôme et ses amis. Tous les deux ont créé une radio pirate : Philippe est à la console pendant que Jérôme anime les soirées avec gouaille et talent. Le taiseux et l’exubérant semblent former un duo parfaitement complémentaire. L’équilibre commence à se fissurer quand Jérôme rencontre Marianne qui fait également fondre le cadet.

Dans « Les magnétiques », c’est bien le discret et timide Philippe qui sera le héros. Il a un don, celui de mixer génialement la musique avec toute sorte de sons. Son talent va trouver à s’exprimer à Berlin, où l’armée l’envoie après des tentatives pour se faire réformer. Philippe s’anime, s’illumine devant ses platines. « Les magnétiques » devient le portrait sensible d’un jeune homme qui apprend à s’émanciper, à quitter l’ombre protectrice et écrasante de son frère. Il y a beaucoup de très belles idées de mise en scène comme la déclaration d’amour de Marianne par cassette interposée pendant que Philippe débarrasse la cantine de la caserne. Les acteurs participent grandement au charme infini qui se dégage de ce film : Joseph Olivennes, Marie Colomb et surtout Thimotée Robart, révélation du film qui incarne Philippe avec délicatesse et intensité. Et que dire de l’excellente bande son qui passe de Joy Division, au le Marquis de Sade ou Gang of Four, rien que pour ça le film vaut le détour ! « Les magnétiques » est un film que je vous conseille sans réserve : vibrant, émouvant, un vrai coup de cœur !

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1996, Laura, finlandaise, est venue à Moscou pour ses études d’archéologie. Elle vit avec Irina et avec elle, elle doit faire un voyage à Mourmansk pour y voir des pétroglyphes. Mais c’est finalement seule qu’elle devra entreprendre ce voyage. Elle se retrouve dans un compartiment avec un jeune russe frustre et passablement alcoolisé. Il se rend également à Mourmansk où il travaillera dans les mines. Le trajet s’annonce long pour Laura.

Le film du finlandais Juho Kuosmanen a reçu le Grand Prix du jury au dernier festival de Cannes et c’est amplement mérité. Le trajet vers Mourmansk sera un voyage marquant pour Laura et pas seulement pour les pétroglyphes qui deviennent rapidement un prétexte. Peu à peu, les deux jeunes gens se rapprochent, s’apprivoisent et se plaisent. Rien de commun entre eux, seulement une attirance, une complicité qui s’éveillent de manière imprévue. Cette relation, forcément éphémère, est pleine de charme justement  parce qu’elle est improbable et de courte durée. Le poids de la séparation se fait sentir aussi mais les moments emmagasinés ne s’oublieront pas. Cette brève et intense histoire d’amour est touchante, remarquablement filmée et interprétée.

Et sinon :

  • « Pig » de Michael Sarnoski : Au cœur de la forêt, Robin vit en ermite dans une cabane en bois. Sa seule compagne est une truie truffière qui lui assure une maigre subsistance. Un négociant en champignons lui échange ses précieuses trouvailles contre de la farine, des œufs, des piles pour son magnétophone, etc… Mais un jour, des individus le brutalisent et lui vole sa truie. Accompagné par son négociant, il va devoir retrouver la civilisation, qu’il a fui, pour récupérer son animal. Le premier film de Michael Sarnoski est extrêmement étonnant et ne correspond à aucun genre. Il se découpe en plusieurs chapitres qui portent comme titre une recette de cuisine. Robin est un ancien chef reconnu et ayant eu beaucoup de succès. Son nom suffit à allumer des étoiles dans les yeux de ceux qui l’entendent. Le réalisateur nous montre Robin en action et ces scènes m’ont fait penser au « Festin de Babette ». « Pig » mélange les genres, nous surprend par des changements d’univers, des ruptures de ton, on passe de la douceur à la brutalité. Nicolas Cage était l’acteur idéal pour interpréter ce personnage à part, taiseux mais dégageant une force, une autorité naturelle.
  • « Oranges sanguines » de Jean-Christophe Meurisse : Nous suivons, durant une journée, un ministre de l’économie à la moralité vacillante, un couple de retraités endettés qui participent à un concours de danse et une adolescente qui espère perdre sa virginité très prochainement. Par un enchainement (totalement délirant), les différents protagonistes vont se croiser pour le meilleur et surtout pour le pire ! Le film de Jean-Christophe Meurisse est décapant et n’est pas à mettre sous tous les yeux. Le début est ironique, grinçant (la scène d’auscultation en gynécologie de l’adolescente ou les délibérations du jury du concours de danse donnent le ton). Mais le réalisateur opère un tournant lorsque le ministre d’économie se retrouve en panne dans les bois. Jean-Christophe Meurisse nous plonge alors dans l’horreur et fait apparaître des monstres sadiques et pervers. Il joue également avec la moralité et les émotions des spectateurs lorsque les victimes  deviennent bourreaux. Le pessimisme et la radicalité du point de vue ne plairont certainement pas à tout le monde. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que « Oranges sanguines » ne peut laisser indifférent. Si vous aimez l’humour noir, très très noir, foncez !
  • « Albatros » de Xavier Beauvois : Laurent est un commandant de gendarmerie exemplaire à Étretat. Son autorité, ses prises de décision sont respectées par ses collègues. Son quotidien va du rappel à l’ordre d’un gamin roulant en scooter sans casque à la constatation d’un suicide en bas des falaises. Laurent vit à la caserne avec sa fille et sa compagne. Il vient de demander celle-ci en mariage. Laurent est solide, équilibré. Pourtant, sa vie va basculer totalement suite à un tragique évènement. Xavier Beauvois excelle à montrer le quotidien de cet homme tranquille. Toute la première partie du film porte sur son travail de gendarme, son quotidien auprès de ses proches. Le réalisateur filme avec minutie, empathie cette région qu’il connaît bien. Mais au milieu du récit, l’intrigue change radicalement, du réalisme du début on passe à du romanesque pur. Laurent vacille, perd pieds, il n’est pas monolithique et ses faiblesses affleurent alors. Le personnage est incarné par le toujours juste et vibrant Jérémie Renier qui porte le film sur ses épaules. Marie-Julie Maille, coscénariste, cheffe monteuse, apporte beaucoup de force et d’émotion au film au travers de son rôle de compagne de Laurent. Xavier Beauvois nous offre un film maîtrisé et il n’hésite pas à surprendre son public en faisant prendre un virage à 180° à son récit.
  • « Tre piani » de Nanni Moretti : Un accident va bouleverser la vie des habitants d’un immeuble romain. Il y a Vittorio et sa femme Dora dont le fils est à l’origine de l’accident, Monica qui vit seule avec son bébé car son mari travaille loin de là, Lucio qui accuse son vieux voisin de pallier d’avoir eu des gestes déplacés sur sa petite fille. Le dernier film de Nanni Moretti est l’adaptation du roman « Trois étages » de Eshkol Nevo. Les destinées des différents personnages se déroulent sur plusieurs décennies, on les voit évoluer, changer. Le récit est dense et ressemble à un recueil de nouvelles. Le ton est sombre, pessimiste. Les personnages se perdent, se noient dans leurs certitudes (Vittorio et Lucio) ou dans leurs doutes (Monica). L’émotion affleure sans cesse, les failles, la capacité ou non d’évoluer de ces habitants sont au cœur du film. Le personnage de Monica est sans aucun doute le plus touchant, sa solitude, sa peur de perdre pied totalement émeuvent. il faut saluer le casting cinq étoiles de « Tre piani » : Alba Rohrwacher émotive et fragile, Riccardo Scamarcio rongé de colère, Margherita Buy bouleverse dans son rôle de mère tiraillée entre son fils et son mari. Sans doute un peu long, « Tre piani » n’est certes pas le meilleur film de Nanni Moretti mais j’ai aimé la diversité et la complexité des personnages et la qualité du casting.
  • « Amants » de Nicole Garcia : Simon est un petit trafiquant de drogues qui fréquente de riches clients. Il est en couple avec Lisa depuis de nombreuses années. Elle suit une formation en école hôtelière. Un soir, leur destin va basculer et Simon va fuir la France sans Lisa. Celle-ci aura bien du mal à se remettre de son départ mais elle finira par épouser Léo, un riche homme d’affaires. Trois ans après le drame, les chemins de Lisa et de Simon vont se recroiser par hasard dans l’Océan indien. Le nouveau film de Nicole Garcia se tourne vers le film noir. L’atmosphère est pesante, toujours inquiétante même si la menace ne prend réellement forme qu’à la toute fin du film. La réalisatrice reprend le classique trio amoureux où la classe sociale, l’argent jouent un rôle essentiel. Les trois acteurs jouent parfaitement leurs partitions, chacun reste opaque, mystérieux dans ses intentions. La narration manque néanmoins de fluidité, une sensation de scènes décousues m’a gagnée. C’est fort dommage car l’ensemble de la mise en scène était léchée et apportait un côté glacial à l’intrigue.

Bilan livresque et cinéma d’octobre

Huit livres et huit films m’ont accompagnée durant le mois d’octobre. J’ai eu le plaisir de retrouver la famille Cazalet avec le quatrième tome de la série « Nouveau départ », j’ai découvert le talent de Marie Vingtras qui nous emmène dans le blizzard de l’Alaska dans on premier roman, je vous conseille également la formidable bande-dessinée d’Aimée de Jongh et si vous souhaitez lire un sympathique cosy mystery, vous pouvez rendre visite aux dames de Marlow ! Je vous reparle rapidement de « Marie-Claire » de Marguerite Audoux, premier prix Femina, et de « La carte postale » de Anne Berest.

Côté cinéma, le mois d’octobre nous a fait de belles propositions sous le signe de Balzac, voici mes coups de cœur :

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Leïla et Damien semblent un couple harmonieux, uni. Il est peintre, elle restaure des meubles anciens dans leur grande maison au calme de la campagne. Mais rapidement, un malaise s’installe. Damien ne dort pas, il répare un solex en pleine nuit, il commence une recette et l’abandonne après avoir ravagé la cuisine, il nage à en frôler l’épuisement. Il ne peut rester en place une seconde, toujours en mouvement et pour cause Damien est bipolaire. Leïla et leur fils guettent avec inquiétude le moment où la phase dépressive viendra remplacer la phase maniaque. Elle voudrait lui éviter l’hospitalisation en psychiatrie mais Damien refuse de prendre son lithium qui l’assomme.

Joachim Lafosse reprend ici l’un de ses thèmes de prédilection : le délitement d’un couple. « Les intranquilles » sont aussi le moyen pour lui d’évoquer son enfance avec un père bipolaire. Leïla est obligée d’être l’infirmière de Damien, guettant inlassablement le moindre signe du chaos à venir. Malgré l’aide du père de Damien, elle finit par devenir méfiante, par vouloir tout contrôler  et cela finit par user son amour. Rien ne semble pouvoir contenir le feu follet qu’est Damien. Le casting du film est remarquable : Leïla Bekhti nous touche infiniment de par son envie de sauver son mari malgré lui, Damien Bonnard est extraordinaire, passant de l’exaltation à l’abrutissement le plus total en restant toujours juste. Moins clinique que « L’économie du couple », « Les intranquilles » bouleverse par l’intensité du jeu des acteurs et la justesse du regard porté sur cette maladie.

 

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Xavier Giannoli adapte Honoré de Balzac et nous raconte l’ascension et la chute du jeune et séduisant Lucien de Rubempré. Poète débutant, il quitte Angoulême pour tenter sa chance à Paris. Il y découvre un monde étincelant mais également cynique et corrompu. La pertinence de cette adaptation tient au fait qu’elle tend un miroir à notre société. La presse n’est là que pour enrichir les actionnaires, elle fait fit de la vérité et peut ruiner une réputation en quelques lignes assassines. Les fondements du capitalisme naissent à cette époque, sous la Restauration. La politique et l’argent commencent à faire bon ménage. La naïveté de Lucien ne tiendra pas bien longtemps face à cette société impitoyable et arrogante. Il deviendra lui-même l’une des plumes les plus redoutées de son journal. Mais Lucien gravit les échelons trop vite, sa chute n’en sera que plus humiliante. La trahison est un sport très en vogue… « Illusions perdues » est un film qui n’est jamais engoncé dans ses costumes et ses décors. La réalisation de Xavier Giannoli est vive, toujours en mouvement, ambitieuse et minutieuse dans sa reconstitution de la capitale. Les dialogues sont superbement écrits : acerbes, piquants, ils font toujours mouche. Et ils sont servis par un casting de haute volée avec un tête Benjamin Voisin, découvert dans « Été 85 », qui confirme tout le bien que je pensais de lui.  Il interprète Lucien avec sensibilité et fougue. Xavier Dolan (qui est également la voix off du film) et Vincent Lacoste sont impressionnants, tout comme la jeune Salomé Dewaels et Cécile de France. Mention spéciale à Jeanne Balibar dont le fiel n’a rien à envier à celui de la marquise de Merteuil ! Avec « Illusions perdues », Xavier Giannoli nous offre un film hautement romanesque, flamboyant, grinçant, un véritable régal !

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Comme l’indique le titre du film, Joachim Trier nous invite à découvrir son personnage en douze chapitres couvrant plusieurs années. Découpé comme un livre, le film nous propose également un prologue et une conclusion. Dans le premier, nous voyons évoluer une jeune femme brillante mais indécise quant à son avenir. Elle fait des études de médecine, de psychologie, pour finir dans la photographie. Julie est un tourbillon, elle papillonne au gré de ses envies, de ses désirs. Elle croisera le chemin de deux hommes importants : Aksel, dessinateur de BD reconnu qui est plus âgé qu’elle et qu’elle quittera pour Eivind, un grand jeune homme bienveillant.

Le portrait de la jeune femme n’est pas sans évoquer la nouvelle vague par sa fraîcheur et sa spontanéité (c’était le cas également dans « Oslo, 31 août » où j’avais découvert Anders Danielsen Lie qui interprète Aksel). Joachim Trier ajoute beaucoup de poésie aux scènes du quotidien : à un moment, Julie arrête le temps pour retrouver l’homme qu’elle aime, la rencontre entre elle et Eivind est chaste et incroyablement sensuelle. Malgré ses hésitations, ses indécision, Julie est personnage extrêmement attachant, solaire et mélancolique, douée et doutant de ses capacités. Son interprète, la formidable Renate Reinsve, a reçu le prix d’interprétation à Cannes et c’est amplement mérité. On aimerait pouvoir continuer à observer l’évolution de ce personnage tant elle est proche de nous à la fin du film.

Et sinon :

  • « Blue bayou » de Justin Chong : Antonio travaille dans un salon de tatouage. Après quelques actes de petite délinquance, il fait tout pour rester dans le droit chemin et prendre soin de sa famille  : sa femme Katy, enceinte, et la fille de celle-ci qu’il élève avec beaucoup d’amour. Mais leur vie va basculer quand la nationalité d’Antonio est remise en question. Il est né en Corée mais il a été adopté par un couple d’américains à l’âge de trois ans. Malheureusement, ses parents n’ont pas correctement finalisé son adoption. Le cinéaste et comédien Justin Chong rend compte ici d’une terrible réalité. De très nombreuses personnes, adoptées dans les années 80-90, ont été reconduites dans leur pays d’origine en raison de ce problème d’adoption non confirmée. Antonio a grandi aux États-Unis, il ne connaît pas la Corée et personne ne l’attend là-bas. Le film est un drame politique et intimiste. La relation nouée par Antonio avec la fille de Katy est bouleversante et lumineuse. L’ensemble du casting est parfait, chacun nous touche, nous émeut. « Blue bayou » est un film poignant porté par des personnages forts et incarnés.
  • « Tout s’est bien passé » de François Ozon : Emmanuèle se rend à l’hôpital où son père, André, se trouve après un AVC. Le vieil homme retrouve très lentement certaines fonctionnalités de son corps mais reste très diminué. Tout à la fois charmeur et autoritaire, André a eu une vie bien remplie d’esthète et de bon vivant. Il est donc pour lui impensable de rester dans cet état. Il demande à sa fille Emmanuèle de l’aider à mourir. François Ozon a ici adapté le livre d’Emmanuèle Bernheim. Le film nous montre son parcours, ses choix et son acceptation de la décision de son père. Tout le long, elle est accompagnée par sa sœur mais c’est bien à elle que revient le poids de trouver une solution. Le film évoque bien évidemment les questions légales et morales qui entourent le suicide assisté et les difficultés rencontrées par les deux sœurs. François Ozon nous montre encore une fois son talent de directeur d’acteurs. André Dussolier est absolument formidable dans ce rôle de ce père égocentrique et capricieux. Ses deux filles, solides et complices, sont jouées avec justesse par Sophie Marceau et Géraldine Pailhas. 
  • « Eugénie Grandet » de Marc Dugain : A Saumur, le père Grandet est connu pour son avarice. Sa femme et sa fille Eugénie ignorent l’importance de leur richesse. Le père les fait vivre chichement et il tient bien Eugénie à l’écart du monde et de ses possibles prétendants. Payer une dot lui fait froid dans le dos. La pauvre jeune femme vit quasiment cloîtrée, il était donc inévitable qu’elle cède aux charmes d’un cousin venu de Paris. Marc Dugain parvient parfaitement à nous faire sentir l’étroitesse de l’univers dans lequel doit évoluer Eugénie. Il s’agit presque d’un huis-clos, sombre et étouffant où l’héroïne s’étiole. C’est le cas également de la mère qui dépérit au fil du film. Marc Dugain se sert du roman de Balzac pour critiquer le patriarcat. A force de ténacité, Eugénie se libérera du joug de son père et de la société dans une jolie fin différente de celle du roman. Le film doit beaucoup à Olivier Gourmet et Joséphine Japy, qui interprètent le père et la fille, dont le duo fonctionne à merveille. La mise en scène simple et sans fioriture inutile met bien en valeur le travail des acteurs. 
  • « Freda » de Gessica Geneus : Freda, jeune haïtienne, vit avec sa mère, son frère et sa sœur Esther. La famille économise pour offrir un avenir au garçon en Amérique du Sud. Les deux filles se débattent pour survivre et garder espoir. Esther est très jolie et elle recherche le mari idéal (celui au compte en banque bien garni). Tandis que Freda fait des études à l’université tout en travaillant comme femme de chambre. La réalisatrice Gessica Geneus nous montre à quel point l’avenir est bouché pour les femmes haïtiennes. Leurs possibilités sont extrêmement restreintes. La mère  favorise Esther, la seule à pouvoir amener de l’argent à la famille grâce à son mariage. Freda est trop indépendante, trop intellectuelle pour plaire à sa mère ou à un mari intéressant. Et malgré le peu de possibilités qui s’offrent à elle, Freda veut à tout prix rester en Haïti, elle refuse d’abandonner son pays. Son portrait permet à la réalisatrice de nous montrer l’état du pays. Les inégalités, la pauvreté et la corruption le gangrènent alors même que les catastrophes naturelles l’ont déjà considérablement affaibli. Certaines scènes d’émeutes dans les rues sont saisissantes et proches du documentaire. A l’université, les jeunes débattent autour de l’avenir de leur pays, défendent leur langue et ce sont eux qui font naître l’espoir.

 

  • « La fracture » de Catherine Corsini : Une nuit dans un hôpital parisien, se croisent Yann, un routier venu manifester avec les gilets jaunes, et Raff, une dessinatrice en pleine crise de couple. Ils seront accueillis par une équipe soignante au bord de l’asphyxie. Kim, une infirmière, en est à sa sixième nuit de garde de suite. Catherine Corsini nous montre à la fois une crise intime avec le couple formé par Raf et Julie, et une crise politique et sociétal au travers de la manifestation des gilets jaunes et du manque d’effectif à l’hôpital. Sa mise en scène est au diapason du chaos qui règne durant cette nuit au service des urgences. J’ai apprécié l’idée que les services publics étaient l’endroit où pouvaient encore se croiser des personnes de milieux sociaux très différents et où une forme de dialogue pouvait s’instaurer. Les acteurs sont tous très bien choisis : Valeria Bruni-Tedeschi, Marina Fois, Aïssatou Diallo (qui est véritablement infirmière) et Pio Marmaï. Malheureusement, Catherine Corsini veut trop en rajouter pour montrer un hôpital à bout de souffle. Le bébé de l’infirmière malade, le patient psychotique qui part en vrille n’étaient pas utiles à la narration.

Bilan livresque et cinéma de septembre

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La vie reprend son cours normal et automatiquement mon nombre de lectures est en baisse… La moisson de livres est mince mais de qualité avec un gros coup de cœur pour le dernier roman de Tanguy Viel « La fille qu’on appelle ». Vous avez déjà pu lire mes avis sur le très intrigant premier roman de Kate Reed Petty « True story » et sur  « Un hiver sans fin » un joli roman jeunesse de Kiran Millwood Hargrave. Je vous reparle très vite du formidable et grinçant nouveau roman de Lionel Shriver, du trépidant « La rivière » de Peter Heller et du bouleversant premier roman de Douglas Stuart « Shuggie Bain ».

Petit mois également côté du cinéma (je me demande bien ce que j’ai fait durant ce mois de septembre…) avec seulement cinq films mais j’ai quand même eu un coup de cœur pour le dernier film de Mathieu Amalric :

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A l’aube, Clarisse quitte sa maison sur la pointe des pieds. Elle tente de ne pas réveiller son mari et ses deux enfants. Elle met le cap vers la mer dans sa vieille voiture américaine. Une fuite, loin du quotidien, qui se prolonge pendant que sa petite famille continue à vivre sans elle.

Cette échappée de Clarisse sonne faux rapidement aux yeux du spectateur et lentement le film nous révèlera la vérité. Le présent de Clarisse se mêle à ses rêves. Loin de sa famille, elle imagine leur vie, comment ils vivent, grandissent sans elle. Il y a aussi des images du passé : la rencontre de Clarisse avec son mari par exemple. Mathieu Amalric entrelace les temporalités, le réel et l’imaginaire pour mieux nous signifier l’état d’esprit de Clarisse. Au fil du récit, son désespoir transperce l’écran, Clarisse est une femme au bord d’un précipice sans fond. Son voyage la mène, et nous avec, vers une douleur infinie. La manière dont Mathieu Amalric raconte l’histoire de Clarisse est brillante, pleine de délicatesse et nous bouleverse à l’instar de Vicky Krieps qui incarne le personnage principal. Lumineuse, bouleversante, frondeuse, au bord de la folie, elle habite son personnage et donne toute sa force au film.

Et sinon :

  • « Chers camarades » d’Andreï Kontchalovski : Lioudmila est une fonctionnaire zélée du régime communiste. Elle réside dans la petite ville de Novotcherkassk avec son père, un vieux cosaque, et sa fille de 17 ans. Sous Khrouchtchev, les prix de la nourriture ne cesse d’augmenter et la colère gronde. Les ouvriers de l’usine de locomotives se mettent en grève et se regroupent pour manifester. La réponse du gouvernement soviétique sera sanglante. Andreï Kontchalovski s’est inspiré de faits réels pour son nouveau film qui eurent lieu en 1962 : pour la première fois des ouvriers manifestaient contre le pouvoir de Moscou. Le KGB tira sur la foule et les corps furent enterrés à la va-vite pour étouffer l’affaire. Le film nous montre la prise de conscience de Lioudmila et son monde qui s’effondre face à la violence. Sa fille fait partie des manifestants et sa mère, rongée par l’angoisse, sillonne la ville à sa recherche. L’humanité de Lioudmila fissure ses convictions profondes, la communisme implacable se transforme sous nos yeux. Intense, frappant, le film d’Andreï Kontchalovski est le portrait beau et sensible d’une femme qui vacille.
  • « La troisième guerre » de Giovanni Aloi : Léo est un jeune soldat qui fait partie de l’opération sentinelle. Il arpente les rues de Paris avec Hicham et leur sergente. Vigilants, il cherche tout ce qui peut paraître suspect. Ils sont supposés protéger la France de toute menace terroriste mais leur mission s’arrête là. Lorsqu’une jeune femme se fait malmener ou qu’une autre se fait voler son portefeuille devant eux, ils ne doivent pas intervenir. Entre impuissance et absurdité, leur situation questionne. « La troisième guerre », qui est celle contre le terrorisme, est le premier long-métrage de Giovanni Aloi qui réussit à créer une atmosphère intrigante et pesante. Léo, issu d’une famille dysfonctionnelle, a trouvé dans l’armée une stabilité, une famille d’adoption où il se sent à sa place. Dans le même temps, la tension et l’ennui des patrouilles finissent par perturber le jeune homme. Je vais reprendre une comparaison très juste entendue au Masque et la plume, l’ambiance du film est proche du « Désert des tartares », l’attente d’un évènement est au centre des patrouilles. Le réalisateur montre aussi, par le biais de sa sergente, la difficulté pour les femmes à être militaire. Il faut saluer le trio d’acteurs principaux : Anthony Bajon, remarquable, Karim Leklou et Leïla Bekhti.
  • « L’origine du monde » de Laurent Lafitte : Jean-Louis est avocat, il vit très bourgeoisement avec sa femme. Mais son enthousiasme semble s’émousser, il n’est plus motivé par son travail et son couple bat de l’aile. Et soudainement, son cœur cesse de battre alors qu’il semble toujours être en vie. Incompréhensible et irrationnel…Un coach de vie lui conseille alors de retrouver la source de sa vie. En clair, pour ne pas mourir totalement, il doit prendre une photo du sexe de sa mère. J’avais beaucoup aimé le seul et unique spectacle de Laurent Lafitte qui était particulièrement drôle et irrévérencieux. J’espérais retrouver le même ton dans son premier long métrage. Même si certains moments sont cocasses, le film tombe plutôt à plat. Pas de franches rigolades malheureusement, l’idée de départ était plaisante et prometteuse pourtant. Je n’ai rien à reprocher aux acteurs qui jouent très bien leur partition. Tout cela est fort tiède et finalement peu provocateur. Peut mieux faire !
  • « L’affaire collective » de Alexander Nanau : En octobre 2015, une boîte de nuit prend feu à Bucarest tuant 27 personnes. Suite à ce drame, 37 autres, présentes ce soir-là, décèdent à l’hôpital. Mais ce ne sont pas leurs blessures qui les tuèrent, tous contractèrent des maladies nosocomiales. Mal équipés et surtout mal gérés, les hôpitaux roumains sont dans un état pitoyable et sont gangrénés par la corruption. Un scandale sanitaire qui va être révélé par des journalistes de la Gazeta Sporturilor (un quotidien sportif donc…). Le documentaire d’Alexander Nanau est aussi palpitant que « Les hommes du président ». Il nous montre les rebondissements, les révélations, les difficultés rencontrées par les journalistes à mettre au jour un système totalement corrompu. Ce qui est également très intéressant, c’est que le réalisateur suit en parallèle l’arrivée et le travail du tout nouveau ministre de la santé Vlad Voiculescu qui tente de remettre sur pied le système de santé. Le constat du documentaire est terrible et glaçant malgré les efforts louables et le courage du ministre. Seuls moments d’espoir : le combat d’une rescapée, gravement brûlée, à se réapproprier son corps notamment à travers une série de photos magnifiques.

Bilan livresque et cinéma d’août

Le mois d’août m’a offert un beau mélange de style, les premiers titres de la rentrée littéraires ont côtoyé des livres qui étaient depuis plus longtemps dans ma pal. Je vous reparle de certaines de ces lectures rapidement. Ce qui est certain c’est qu’entre « Les bourgeois de Calais », « Memorial drive », « 8 heures et 35 minutes » et « Le saut d’Aaron », cette rentrée littéraire commence vraiment très, très bien ! J’espère qu’elle me réserve encore de très belles surprises.

Mes coups de cœur cinématographiques du mois d’août sont les suivants :

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Milla est une jeune adolescente australienne qui se bat contre un cancer. Elle est surprotégée par ses parents : son père, psychiatre, marche sur des œufs, sa mère, pianiste, se gave de calmants pour réussir à affronter la situation. C’est donc avec beaucoup d’appréhension qu’ils voient débarquer dans leur vie Moses. Milla l’a rencontré sur un quai de gare et s’en est immédiatement entiché. Le jeune homme, junkie, n’a plus de foyer et déboule comme un chien fou dans la vie calme (en apparence) et bourgeoise de cette famille.

« Milla » est un film magnifique, lumineux malgré le drame qui s’y déroule. La réalisatrice, Shannon Murphy, ne tombe jamais dans le sentimentalisme, le tire-larmes facile. C’est avec beaucoup de délicatesse qu’elle filme les derniers jours de Milla. Celle-ci veut vivre ce que vivent tous les adolescents : les premiers émois amoureux avec ce qu’ils ont de douloureux, l’émancipation de ses parents en imposant ses propres choix, découvrir sa féminité. Milla est un personnage infiniment attachant, elle ne gâche pas ce qu’il lui reste à vivre et continue à s’émerveiller de ce qui l’entoure. Elle est le lien entre tous les êtres fracassés qui sont à ses côtés et l’aiment maladroitement. Eliza Scanden incarne Milla et il faut saluer sa performance si merveilleusement juste. Le film de Shannon Murphy est évidemment bouleversant. Mais il est également émaillé de nombreux moments de joie : une journée à la plage, un premier baiser, un joyeux repas avec ceux que l’on aime et finalement ce sont instants-là qu’il faut retenir.

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Pays basque, 1609, le juge Rosteguy de Lancre est venue arrêter et interroger des sorcières. Celles-ci sont de jeunes tisserandes dont les fiancés, les pères ou les frères sont partis pêcher à Terre-Neuve. Les jeunes femmes, injustement emprisonnées, savent que les marins reviendront à la pleine lune et qu’ils sont les seuls à pouvoir les sauver. L’une d’elles, Ana, va se dénoncer comme la seule sorcière du groupe et promet au juge de lui raconter le sabbat. Son long récit doit leur permettre de gagner du temps.

« Les sorcières d’Akelarre » est un film fascinant, envoûtant comme le chant scandé par les jeunes filles enfermées. Il reconstitue parfaitement la tyrannie des hommes, de la religion sur les femmes qui sortent des sentiers battus, comme ses tisserandes qui aiment chanter et danser dans la forêt. Le regard concupiscent des hommes les enferme, les juge. Les mots également : durant l’interrogatoire, le juge, cultivé, joue avec eux et fait dévier les propos d’Ana. Les jeunes femmes, fortes et libres, vont se retrouver peu à peu piégées. Le personnage d’Ana célèbre l’imaginaire à travers ses récits au juge, il est son seul échappatoire face au désir brûlant des hommes et leurs croyances absurdes. « Les sorcières d’Akelarre » est un film qui résonne toujours avec notre actualité et qui rend hommage à celles qui vécurent l’enfer pour satisfaire le besoin de domination des hommes.

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Samad, policier teigneux, cherche à démanteler un réseau de trafic de drogue. Il remonte lentement les différents maillons de la chaine pour arriver à coincer la tête du réseau. Mais dans un pays qui compte 6,5 millions de toxicomane, sa quête de justice n’est-elle pas veine ?

« La loi de Téhéran » de Saeed Roustayi est un coup de poing qui nous montre la tragique réalité de l’Iran. Samad nous entraîne dans les bas-fonds de la ville où s’entassent des toxicos dans des cylindres de béton. Rapidement, on comprend que c’est la misère qu’ils fuient tous au moyen de la drogue. Et le pire, c’est que le caïd à la tête du réseau est dans le même cas. Difficile de détester cet homme qui s’est lancé dans le trafic pour sortir sa famille de la pauvreté. Et que dire de la justice iranienne ? Que vous soyez en possession de 5 gr ou de 10 kg de drogue, c’est la peine de mort qui vous attend. Alors autant faire les choses en grand comme l’explique le caïd. Une justice où d’accusateur, on peut devenir accusé en un claquement de doigts, comme le découvrira Samad. La réalité montrée par le film est terrifiante, implacable et d’une noirceur sans fin. Je n’ai pas le souvenir d’avoir déjà vu un film montrant ce visage de l’Iran, celui d’une misère sociale endémique et désespérante.

Une femme, scénariste pour la t.v., aime à inventer des histoires après avoir fait l’amour avec son mari. Celui-ci est acteur et metteur en scène de théâtre. Le couple semble heureux et amoureux malgré une terrible épreuve qu’ils ont du surmonter. Pourtant, le mari surprend sa femme, au lit avec un autre homme. Il ne dit rien, repart. Il n’aura jamais l’occasion d’en parler avec elle puisque peu de temps après il la retrouve morte dans leur appartement.

Le prologue du film dure 40 mn avant que le générique ne commence et nous présente le couple. Après celui-ci, nous retrouvons le mari qui doit mettre en scène « Oncle Vania » à Hiroshima avec des acteurs de différentes nationalités. L’une des très belles idées du film, c’est qu’une actrice en langue des signes est engagée pour la pièce. Les moments où elle joue sont d’une grâce infinie. Le silence a une place très importante dans le film de Ryusuke Hamaguchi, la parole est rare et rend les mots prononcés d’autant plus précieux. « Drive my car » met en présence deux personnes qui n’ont pas réussi à faire leur deuil, qui se sont laissées submerger par la tristesse. Le metteur en scène et sa chauffeuse vont s’apprivoiser, s’écouter tout au long de leurs trajets en voiture. D’autres destinées se mêleront aux leurs, d’autres paroles se libèreront. Le lent cheminement des personnages est emprunt de tristesse, d’une douce mélancolie qui finit par mener à l’apaisement, à une possible reconstruction. « Drive my car » dure trois heures et nous offre des images magnifiques, une méditation sur le deuil, le passé et tout cela entremêlé avec les mots de Tchekov.

Et sinon :

  • « A l’abordage » de Guillaume Brac : Edouard, jeune homme de bonne famille, attend deux jeunes femmes pour un co-voiturage vers le sud et les vacances. Surprise, ce sont Félix et Chérif qui débarquent et vont accompagner Edouard durant le voyage. Félix veut retrouver dans la Drôme une jeune femme avec qui il a passé la nuit précédente à Paris. Il a emmené avec lui son pote Chérif. Tous les trois vont se retrouver coincés dans un camping suite à un problème de voiture. « A l’abordage » est une comédie solaire, au charme irrésistible où se mélangent les classes sociales et les couleurs de peau. Nos trois jeunes hommes vont se trouver un point commun qui les réunit au-delà de leurs nombreuses différences : ils sont des galériens de la drague. Guillaume Brac suit avec beaucoup de tendresse et d’empathie les mésaventures des trois camarades. Une amitié, au départ totalement improbable, se noue autour d’une bagarre dans l’eau. Les trois comédiens savent rendre leurs personnages attachants : Salif Cissé, Edouard Sulpice, Eric Nantchouang sont très prometteurs. « A l’abordage » est une comédie tout en subtilité, en fraîcheur et en truculence.
  • « De bas étage » de Yassine Qnia : Mehdi gagne sa vie en perçant des coffres. Des petits casses sans envergure qui lui permettent tout juste de vivre. L’argent qu’il a mis de côté au fil des ans est parti dans une maison en ALgérie pour la retraite de sa mère. Mais, finalement, celle-ci préfère rester en France obligeant ainsi son fils à habiter avec elle. Cette situation a fait fuir la petite amie de Mehdi, Sarah, qui est également retournée vivre chez ses parents avec leur fils. Mais Mehdi ne compte pas en rester là. Yassine Qnia montre le quotidien de Mehdi et Sarah avec beaucoup de réalisme. Tous les deux se débattent avec leur quotidien et les difficultés financières. Le couple, qui semble toujours amoureux, est dans une impasse. Sarah a trouvé un emploi dans un salon de coiffure, son train-train quotidien semble méprisable aux yeux de Mehdi, tout comme l’est l’argent des casses aux yeux de Sarah. Le réalisateur nous offre deux beaux portraits de jeunes gens paumés, parfaitement incarnés par Soufiane Guerrab et Souheila Yacoub. Les proches de Mehdi changent, évoluent, y arrivera-t-il ? C’est la question que l’on se pose à la fin du film toujours juste de Yassine Qnia.
  • « Louloute » de Hubert Viel : Louise est professeur d’histoire-géo et a tendance à s’endormir n’importe où. Elle semble un peu perdue et fantasque. Parmi les nouveaux professeurs, elle retrouve son amoureux de l’école primaire. Ses retrouvailles ne font qu’accentuer la tendance de Louise à se replonger dans ses souvenirs. Elle se revoit à 10 ans dans la ferme familiale en Normandie où son père élevait des vaches laitières. Le film d’Hubert Viel fait donc des allers-retours entre la vie d’adulte et l’enfance de Louise. Nous voilà replongés à la find es années 80 dans une famille de trois enfants où les chamailleries ne cachent pas l’amour fraternel. Louise est rêveuse, très attachée à son père et à son travail à la ferme. Elle s’imagine reprenant l’exploitation avec son frère et sa mère. Derrière cette douce évocation de l’enfance, se cache une difficile réalité, celle de l’agriculture face à la montée du libéralisme. Même si les parents tentent de le cacher aux enfants, les difficultés s’accumulent de plus en plus. Le passé hante quotidiennement Louise et on finit par comprendre pourquoi. « Louloute » est un film touchant, très tendre avec ses personnages.
  • « Passion simple » de Danielle Arbid : « A partir du mois de septembre l’année dernière, je n’ai rien fait d’autre qu’attendre un homme : qu’il me téléphone et qu’il vienne chez moi. » La suite du film sera l’illustration de cette phrase qui l’ouvre. Hélène est suspendue au désir de son amant russe, marié et qui travaille pour le consulat de Russie à Paris. Devenue obsessionnelle, cette passion simple va peu à peu vampiriser la vie personnelle et professionnelle d’Hélène. Le film de Danielle Arbid est l’adaptation du livre éponyme d’Annie Ernaux que je n’ai pas lu. Ce que j’ai trouvé le plus réussi dans le film, c’est qu’il rend parfaitement compte de l’attente qui ronge l’héroïne, les effets dévastateurs de cette passion dévorante. Et les scènes de sexe vont dans ce sens, elles ont crues, au plus près des corps, des souffles sans être véritablement sensuelles. Hélène est incarnée par la formidable Laëtitia Dosch qui porte le film sur ses épaules. Elle perd pied et nous touche.
  • « Bergman island » de Mia Hansen-Love : Chris et son mari, Tony, sont auteurs-réalisateurs. Tous les deux s’installent le temps d’un été sur l’île de Farö où vivait Bergman et où il a tourné certains de ses films. Chris et Tony doivent chacun écrire un scénario de film durant leur séjour. Tony est également invité sur l’île pour donner une master-class. Il a du succès, trouve l’inspiration aisément alors que Chris peine devant la page blanche. Cette situation finit par créer une tension, une distance dans le couple. Je vous rassure tout de suite, pas besoin d’être spécialiste de Bergman pour apprécier le film de Mia Hansen-Love, même si son ombre plane dessus. L’île de Farö, dont les paysages sont absolument splendides, est presque devenue une sorte de parce d’attraction bergmanien, ce dont s’amuse beaucoup la réalisatrice. Il est ici question d’amour, de couple et ce grâce à celui de Chris et Tony mais également grâce à celui qui sort de l’imagination de Chris. Mia Hansen-Love enchâsse un deuxième récit dans son intrigue de départ, celui du film de Chris et de son tournage. Les deux histoires de couple se font écho, se développent en parallèle devant nos yeux. La construction est habilement menée et questionne également la création et la cruauté de ceux qui se consacrent entièrement à elle.

Bilan livresque et cinéma de juillet

Comme les deux vignettes au-dessus vous le feront comprendre, mes vacances d’été eurent lieu en juillet ! La moisson de livres fut riche et encore une fois éclectique. Pas de mauvaises surprises, je n’ai fait que de belles lectures et j’ai eu plusieurs coups de cœur :

Maintenant, il ne me reste plus qu’à taper tous mes billets…pas une mince affaire !!!

De l’éclectisme aussi au niveau du cinéma :

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L’histoire de « Annette » peut se résumer en quelques mots : l’histoire d’amour tragique de Ann, soprano mondialement connu, et de Henry, star du standup. Le talent de Leos Carax sublime et transcende cette histoire universelle. L’ouverture du film est tout simplement jubilatoire, le spectacle commence et il s’annonce grandiose. Devant nous, se déroule une comédie musicale flamboyante, les Sparks ont offert à Carax une partition exceptionnelle qui mêle chansons pop, air d’opéra, R’n’B, etc… Le cinéma du réalisateur se met au diapason pour nous offrir un spectacle total, un tourbillon d’images qui enchaîne les idées visuelles (les scènes illustrant la chanson « We love each other so much », celle du bateau). Je n’ai pas adhéré à tout, je n’ai notamment pas trouvé très réussies les scènes de stand up. Mais la proposition qui nous est faite est indéniablement ambitieuse et singulière. Il faut bien entendu saluer la prestation des acteurs, Adam Driver en tête qui ne cesse d’étoffer son talent, et Marion Cotillard, peut-être un peu trop sage face à lui. Tout le monde n’appréciera pas ce film, comme toujours avec Carax, mais son amour du cinéma, de toutes les formes de spectacle, éclate dans chaque scène de « Annette ».

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Ibrahim a 17 ans, il vit seul avec son père. Ce dernier est écailler dans une brasserie parisienne. Il officie dehors et rêve d’être serveur en salle. Mais il ne pourra accéder à ce nouveau poste que s’il se fait poser des dents, ce qui coûte évidemment beaucoup d’argent. Il travaille dur et économise. Pendant ce temps, Ibrahim se cherche, s’ennuie, tombe amoureux et malheureusement s’encanaille avec un jeune homme peu fréquentable mettant ainsi en péril le rêve de son père.

Samir Guesmi réalise ici son premier film et il interprète le père d’Ibrahim. La sensibilité, la douceur qui se dégagent souvent de son jeu d’acteur sont également présentes dans son film. J’ai rapidement pensé aux films de Solveig Anspach où il a joué. L’apparition de Florence Loiret-Caille a confirmé mon impression (elle fut sa partenaire dans « Queen of Montreuil » et « L’effet aquatique »). On retrouve dans « Ibrahim » la même empathie pour les personnages que chez la réalisatrice islandaise. Le père et le fils sont tous les deux extrêmement touchants. Leur relation est faite de pudeur, de leur incapacité à se parler et pourtant c’est une profonde et sincère affection qui les lie. Il y a aussi, comme chez Solveig Anspach, des moments d’une poésie infinie (scène dans la colonne de la place de la Bastille par exemple). Abdel Bendaher, qui interprète Ibrahim, est la révélation du film et son talent lui promet un bel avenir cinématographique. Un premier film tout en retenue, sans esbroufe, à la beauté simple et lumineuse.

Gagarine

Youri a 16 ans et il a grandi dans la cité Gagarine d’Ivry-sur-Seine. Il rêve d’être astronaute, le nom de sa cité a influencé sa destinée. Sa mère est partie se construire une nouvelle vie ailleurs en laissant son fils se débrouiller seul. Gagarine et ses habitants sont devenus sa famille. Quand Youri apprend que la cité Gagarine va être démolie, il est prêt à tout pour l’empêcher.

Enfin un film qui parle différemment de la banlieue et montre une image positive des cités. Ici les habitants se connaissent, s’entraident quelques soient leurs origines, leurs âges. Cette petite communauté vit bien ensemble même si la cité se délite, vieillit mal. Fanny Liatard et Jérémy Trouilh ont tourné leur premier film dans l’une des ailes de la cité durant la destruction et de nombreux anciens habitants jouent dedans. Mais les réalisateurs ne se contentent pas du réalisme social et ce qui fait la singularité du film, c’est sa poésie, son côté fantastique. Youri reste à Gagarine et en fait un vaisseau spatial. L’idée sonne comme une évidence, elle est parfaitement mise en scène et elle nous transporte aux côtés du jeune homme.

Et sinon :

  • « My Zoe » de Julie Delpy : Isabelle est généticienne, elle vit à Berlin avec sa petite fille Zoe dont elle partage la garde avec son ex-mari. L’enfant tombe gravement malade et son état ne cesse de se détériorer. La généticienne ne peut accepter ce qui arrive à son enfant et va chercher des solutions en dehors de la légalité. Je suis le travail de Julie Delpy comme actrice et réalisatrice depuis longtemps et j’apprécie sa singularité qui se manifeste une nouvelle fois ici. Le film pourrait se contenter d’être un mélodrame sur la maladie d’une enfant et le règlement de compte cruel des parents divorcés. Mais Julie Delpy est toujours surprenante et elle emmène son film vers la science-fiction et les possibilités offertes par les recherches génétiques. Au cœur de « My Zoe » sont la relation exclusive, entière de la mère et de sa fille, la souffrance infinie de la perte. Le sujet était périlleux à traiter mais la réalisatrice s’en sort à merveille pour nous offrir un film hybride, à la frontière des genres.

 

  • « Sous le ciel d’Alice » de Chloé Mazlo : Alice prend le bateau à Beyrouth pour rentrer en Suisse, son pays natal. Une fois installée, elle écrit une lettre à son mari libanais. Avec nostalgie, elle revient sur sa vie : son enfance rigoureuse en Suisse, sa formation de nourrice, son premier poste à Beyrouth où elle fait connaissance avec Joseph, son futur mari. Nous sommes alors dans les années 50, la ville est à son apogée, le couple construit sa vie, sa famille jusqu’à la guerre de 1975. Le premier film de Chloé Mazlo est original et plein de poésie. Elle mélange des prises de vue avec des séquences d’animation (l’enfance d’Alba par exemple). Les images du Beyrouth des années 50 sont également bricolées et contribuent à la fantaisie de l’ensemble. A la gaité des premières années, succèdent la tristesse du conflit, la destruction du Liban et de la famille construite par Alice et Joseph. La mélancolie du bonheur perdu, l’absurdité du conflit, l’amour qui ne résiste pas à la violence sont au cœur du film. « Sous le ciel d’Alice » est un film plein de tendresse, de fantaisie et d’émotions.

 

  • « Un espion ordinaire » de Dominic Cooke : En pleine guerre froide, Greville Wyne est contacté par le MI6 et la CIA pour servir de contact en Russie à un colonel qui veut trahir le régime communiste. Greville n’est qu’un représentant de commerce et il se retrouve embarqué dans une histoire qui le dépasse. Le film de Dominic Cooke s’inspire d’une histoire vraie et il s’inscrit dans la lignée des films classiques d’espionnage durant la guerre froide. Le contrat est rempli avec les différentes composantes de ce type de film (les risques de la mission, le colonel-taupe, le cruel KGB, l’horreur des prisons russes). Benedict Cumberbatch est comme toujours impeccable. Le scénario aurait peut-être gagné à être relu par John Le Carré pour lui donner un peu de pep’s mais l’ensemble est honnête et se laisse bien regarder.

Bilan livresque et cinéma de juin

Juin

Le mois de juin fut placé sous le signe des dix ans de notre mois anglais et encore une fois vos participations nous ont fait chaud au cœur. Alors un grand merci à tous les participants et mes co-organisatrices du tonnerre : Lou et Cryssilda. Si vous souhaitez continuer à nous accompagner dans nos lectures anglaises, le challenge « A year in England » se poursuit jusqu’à la fin de l’année. En dehors des lectures pour le mois anglais dont j’ai déjà pu vous parler, j’ai eu le plaisir de lire deux BD/romans jeunesse : « Lettres d’amour de 0 à 10 » de Susie Morgenstern et Thomas Baas et « Le plus bel hôtel du monde » de Gwenaëlle Barussaud et Lucie Durbiano. Je vous reparle très vite de la formidable bande-dessinée de Cy « Radium girl », de l’incroyable destinée du « Colosse » de Pascal Dessaint et de la révolution écologique dont parle Pierre Ducrozet dans « Le grand vertige ».

Le cinéma m’a énormément manqué durant les différents confinements et je me suis bien rattrapée ce mois-ci puisque j’ai vu dix films ! Et je vais commencer par mes coups de cœur :

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Mikaël est médecin de nuit, il parcourt Paris dans son break et enfoncé dans sa veste de cuir noir. Il est convoqué par l’assurance maladie qui lui reproche de prescrire trop de subutex. Mikaël aime certes aider les toxicos mais il est surtout coincé dans un trafic d’ordonnance pour aider son cousin pharmacien. Durant une nuit, il va essayer de remettre de l’ordre dans sa vie.

Le film d’Elie Wajeman est un formidable et captivant film noir. L’excellente idée est de ramasser son intrigue sur une seule et unique nuit ce qui génère beaucoup de tension. On voit Mikaël se débattre entre le bien et le mal, entre ses convictions et son affection profonde pour son cousin. Elie Wajeman nous montre également les patients du médecin : l’anxiété, la solitude dues à la nuit sont son quotidien. Les consultations sont des bulles d’humanité dans la noirceur du récit. Je ne suis pas toujours convaincue par les prestations de Vincent Macaigne mais là je suis éblouie par son incarnation de Mikaël; tout en puissance physique et en tourments. « Médecin de nuit » est un film noir maîtrisé, compact avec un Vincent Macaigne saisissant.

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Après le décès de son mari, Virginie décide de transformer son exploitation agricole. Des chèvres, elle passe aux sauterelles dont elle tire de la farine hyper-protéinée pour l’alimentation d’autres animaux. Virginie doit travailler énormément pour se faire connaître et produire assez de farine pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses deux enfants. Elle gère seule sa vie professionnelle et sa vie personnelle et les difficultés se multiplient jusqu’à ce qu’elle trouve un moyen de doper la reproduction des sauterelles.

Le premier film de Just Philippot est une réussite : tendu, horrifique, maîtrisé de bout en bout. Il commence de manière réaliste, on suit le quotidien âpre de Virginie : son courage à vouloir poursuivre son travail comme ses déconvenues. Mais dès le départ, l’ambiance distille de l’anxiété et on sent que les choses ne vont pas tourner comme l’espère Virginie. L’excellente idée de Just Philippot est d’avoir choisi les sauterelles, un insecte qui n’inquiète personne et pourtant il réussit à les rendre de plus en plus menaçantes. L’angoisse, la violence augmentent au fil de l’intrigue et l’étau se resserre impitoyablement sur l’héroïne. Les personnages sont très attachants, notamment Virginie incarnée avec densité par Suliane Brahim. « La nuée » est un formidable film, original et surprenant.

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Fern vivait à Empire, ville du Nevada balayée par la récession. L’usine de plâtre qui faisait vivre toute la ville a fermé et le lieu s’est totalement vidé de ses habitants jusqu’à disparaitre. Fern, qui est veuve, n’a alors d’autres choix que de prendre la route. De petits boulots en petits boulots, elle parcourt l’Amérique. Et elle est loin d’être seule à avoir adopté ce mode de vie nomade. Par goût ou par nécessité, ils sont nombreux à se croiser dans les vastes paysages américains.

J’avais beaucoup aimé « The rider », le précédent film de Chloé Zhao et je retrouve son art de filmer des western modernes. Ici, les nomades, pour la plupart âgés, sont de nouveaux pionniers qui sillonnent le territoire et s’inventent un nouveau mode de vie. Une communauté (bien réelle car la quasi totalité des acteurs sont non-professionnels) s’est créée, se retrouve une fois par an et se donne des conseils sur la vie nomade, les boulots saisonniers. Chloé Zhao nous montre une Amérique alternative, celle des déclassés, comme Fern, qui tentent de survivre. Le film se déploie avec lenteur, s’attarde sur le quotidien de Fern : ses difficultés, sa mélancolie, sa douceur. Frances McDormand habite avec naturel, évidence ce personnage qui n’a pas été épargné par la rudesse du monde. Elle nous bouleverse comme tous les autres personnages aux destins singuliers.

Et sinon :

  • « Balloon » de Pema Tseden : Drolkar et son mari Dargye vivent sur les hauts plateaux du Tibet avec leurs trois enfants et le père de Dargye. La petite famille élève des brebis. Les deux jeunes garçons s’amusent un jour avec des ballons qu’ils ont trouvé dans la chambre de leurs parents. Le problème est qu’il s’agit en réalité des derniers préservatifs de leurs parents. Les autorités chinoises n’autorisent que trois enfants aux paysans tibétains et Drolkar a beaucoup de difficulté à trouver des préservatifs. Leur utilisation est mal vu dans la communauté et le planning familial est bien loin. Le réalisateur Pema Tseden nous propose presque un documentaire sur la vie de cette famille tibétaine. On suit  les personnages dans leurs différentes activités, dans les rituels bouddhistes au fil des jours. « Balloon » est en cela un film très intéressant et les magnifiques paysages des hauts plateaux ne font que renforcer notre plaisir de spectateur. Mais le film est bien plus qu’un documentaire. Le réalisateur choisit un angle féministe en se focalisant sur le destin de Drolkar et sa sœur qui est devenue nonne suite à une déception amoureuse. Toutes les deux sont des femmes fortes, courageuses qui sont prêtes à beaucoup de sacrifices pour affirmer leurs convictions ou leurs droits. Un très beau film poétique et réaliste.
  • « Vaurien » de Peter Dourountzis : Djé vit à la marge. Il n’a pas d’argent, pas de logement. Grâce à son charme, il trouve des petits boulots à droite à gauche, il se fait héberge par des personnes rencontrées le jour même. Ce sont surtout les femmes qu’il cherche à séduire. Mais sous le sourire narquois se cache un prédateur impitoyable. Le premier long-métrage de Peter Dourountzis est un thriller efficace, troublant et féministe. Le réalisateur fait tout d’abord le choix de ne jamais montrer la violence qu’exerce Djé sur les femmes. Ce qu’il montre en revanche parfaitement, c’est le malaise créé par Djé et le sentiment d’être une proie (la première scène dans le train où il s’impose face à une jeune femme, son regard insistant dans un bus). Mais il y aussi des femmes fortes dans le film, des femmes qui résistent et se défendent contre le machisme. La scène dans un bar où Ophélie Bau finit par plonger un tampon hygiénique dans le verre de rouge d’un client est explosive et réjouissante. Pour incarner ce monstre froid et séduisant, il fallait tout le talent de Pierre Deladonchamps qui est encore une fois exceptionnel. « Vaurien » est un thriller réaliste et féministe avec un personnage central glaçant. 
  • « Les deux Alfred » de Bruno Podalydès : Alexandre doit absolument trouver un travail. Chômeur de longue durée, il a été mis à l’épreuve par sa femme après un petit écart. Elle l’a laissé seul avec leurs deux enfants, il doit donc réussir à tout gérer. Il réussit à décrocher un travail de « reacting process » dans une boîte nommée The box. L’ambiance y semble décontractée mais le patron n’embauche que des salariés sans enfant. Alexandre va devoir se débrouiller pour cacher l’existence des siens. Il sera aider par Arcimboldo, rencontré à la crèche, qui enchaîne les petits boulots farfelus (il recharge les drones livreurs tombés en panne sur le trottoir, il remplace ses clients dans les manifs, il revend des stocks de montres connectées). Depuis « Versailles-rive-gauche », je prends toujours un grand plaisir à retrouver l’univers de Bruno Podalydès. Ce dernier opus m’a fait penser à ce moyen métrage : on y retrouve les acteurs fétiches du réalisateur (son frère Denis naturellement, Michel Vuillermoz, Isabelle Candelier, Jean-Noël Brouté, Philippe Uchan) et sa fantaisie débridée. Cette dernière est au service d’une douce critique de notre société ultralibérale et de ses absurdités. Comme toujours, Bruno Podalydès distille beaucoup de poésie dans son film, ses personnages sont lunaires et ils ont conservés une part d’enfance en eux. En plus d’Alexandre (Denis) et Arcimboldo (Bruno), un troisième personnage vient se rajouter, il s’agit de Séverine (Sandrine Kiberlain), qui est chief prospect officer. Brusque, sèche, elle s’avèrera aussi paumée qu’Alexandre dans cette modernité trop connectée ! « Les deux Alfred » est un film drolatique, tendre au casting parfait qui parle de fraternité et de solidarité.
  • « Playlist » de Nine Antico : Sophie a 28 ans, elle est dessinatrice mais sans formation, elle peine à trouver du travail. Elle est également à la recherche du grand amour. Les deux s’avèrent très compliqués. Nine Antico, autrice de bande-dessinée, a choisi le noir et blanc pour nous raconter les difficultés de Sophie. Ce qui n’est pas sans rappeler la Nouvelle Vague d’autant plus que le ton du film est très naturel et réaliste. Ce récit d’apprentissage est semé d’embûches et de personnages aussi fantaisistes que comiques. Entre un patron cyclothymique qui balance des objets sur les bureaux de ses employés, un jeune vendeur de matelas qui ne veux pas faire l’amour ou la meilleure amie de Sophie, actrice en devenir, qui transforme une formation de secouriste en drame déchirant, Sophie est bien entourée ! « Playlist » est un film plein de charme, léger, servi par Sara Forestier et Laëtitia Dosch, toutes deux formidables.
  • « Des hommes » de Lucas Belvaux : Feu-de-bois, un homme solitaire, tient à participer à la fête d’anniversaire de sa sœur Solange. Mais, à part elle, personne ne souhaite voir Feu-de-bois, revenu violent et raciste de la guerre d’Algérie vingt ans plus tôt. La fête tourne bien évidemment au vinaigre et Rabut doit sortir son cousin de la salle. Feu-de-bois va alors s’enfoncer encore un peu plus dans la violence. Le dernier film de Lucas Belvaux est tiré du roman éponyme de Laurent Mauvignier que j’avais beaucoup aimé. On retrouve dans le film la complexité de Feu-de-bois et de Rabut, les deux cousins envoyés ensemble en Algérie. Le premier ne s’est jamais remis de ce qu’il a vu là-bas. Et à son retour, il n’a jamais pu en parler, se libérer. Rabut, quant à lui, n’arrive plus à comprendre son cousin mais il continue à chercher sa part d’humanité. Lucas Belvaux, comme dans le roman, fait des aller-retours entre le présent et la période de la guerre. Et c’est sans conteste cette deuxième partie qui est la plus réussie dans le film. La tension, l’émotion sont palpables et les deux comédiens (Yoann Zimmer et Edouard Sulpice) n’ont rien à envier à leurs prestigieux aînés (Gérard Depardieu et Jean-Pierre Darroussin). « Des hommes » ne m’a pas entièrement convaincue mais la partie algérienne du film vaut vraiment la peine d’être vue.
  • « Petite maman » de Céline Sciamma : Nelly, 8 ans, vient de perdre sa grand-mère. Elle vient vivre dans la maison de celle-ci avec ses parents afin de la vider. Sa mère s’enferme dans son chagrin et finit par quitter la maison de son enfance. En se promenant dans les bois, Nelly rencontre une autre petite fille qui lui ressemble énormément. Nelly comprend rapidement que cette petite fille est en réalité sa mère à l’âge de 8 ans. Céline Sciamma met en scène un conte sans mettre en scène aucune magie. Le croisement temporel se déroule dans un décor réaliste et la forêt fait office de porte sur le passé. L’idée est jolie, les deux petites filles sont filles uniques et semblent par moment bien seules. Leur amitié, leur ressemblance les unissent, les renforcent. Et ce lien consolidé perdurera entre la mère et la fille une fois le sortilège terminé. Même si j’ai trouvé charmant le dernier film de Céline Sciamma, il n’a ni la force, ni la poésie de « Portrait de la jeune fille en feu » que j’avais adoré.
  • « Le discours » de Laurent Tirard : Sonia a mis sa relation avec Adrien en pause. Et cela dure depuis trente huit jours au grand désespoir de ce dernier. Cela ne va pas s’arranger pour lui lorsque le petit ami de sa sœur lui demande, lors d’un repas de famille, s’il pourrait faire un discours lors de leur mariage. Un véritable cauchemar pour Adrien et s’ajoute à cela le fait que Sonia n’a toujours pas répondu au sms qu’il lui a envoyé à 17h26. Voilà un film que je me réjouissais de voir tant j’ai aimé le roman de Fabrice Caro dont il est tiré. Hélas, trois fois hélas, j’en suis ressortie fort déçue. Rien à reprocher aux acteurs, Benjamin Lavernhe en tête, qui sont tous très bien. Mais la réalisation manque de trouvailles visuelles, de fantaisie pour rendre le côté décalé et hilarant du livre. Le film n’est pas non plus assez rythmé pour nous captiver sur la longueur. En clair : lisez le roman de Fabrice Caro plutôt que de voir son adaptation !