12 ans déjà !

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Ce cher Plaisirs à Cultiver prend aujourd’hui 1 ans de plus ! Nous vieillissons doucement ensemble au gré de mes lectures, de mes virées au cinéma ou dans des expositions. Comme toute histoire qui dure, il y a des hauts et des bas, des lassitudes, des envies de tout laisser tomber. Mais il y aussi des moments qui donnent envie de continuer, des rencontres qui reboostent, des commentaires qui font chaud au cœur. 12 ans après, ce qui prime toujours, c’est l’envie de partager avec vous avec des livres, des films, des artistes que j’apprécie. J’espère que, derrière vos écrans, vous avez toujours plaisir à me lire et que nous allons continuer à partager nos goûts culturels et à cultiver notre curiosité !

Alors joyeux anniversaire à toi mon cher blog ! 

Bilan livresque et cinéma d’octobre

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Le mois d’octobre est terminé et huit romans m’ont accompagnée pendant que les feuilles jaunissaient doucement. J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de certains d’entre eux : le splendide « Le ghetto intérieur » de Santiago H. Amigorena (quelqu’un peut-il m’expliquer pourquoi ce livre n’est plus en lice pour le prix Goncourt ???), « Mon territoire » de Tess Sharpe un polar féministe très réussi, « Automne » de Ali Smith un roman original et parfois déroutant et « 19 femmes, les syriennes racontent » de Samar Yazbek sur la révolution syrienne vue par les femmes. Je vais vous parler très bientôt du deuxième roman de Kevin Powers, « L’écho du temps », une fresque historique ambitieuse, « L’arbre aux fées » de B. Michael Radburn, un polar classique se déroulant en Tasmanie, »Où vont les fils » de Olivier Frébourg qui interroge notre époque et son enfance et « Girl » le dernier roman de la grande romancière irlandaise Edna O’Brien.

Côté cinéma, trois films ont marqué mon mois d’octobre :

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Maria, professeure de droit, est volage. Elle collectionne les aventures avec ses étudiants. Richard, son mari, tombe un soir sur des échanges de sms entre sa femme et l’un de ses amants. Il est dévasté. Maria ne comprend pas, après 20 ans de mariage avoir des amants lui semble évident. Richard, lui, est resté fidèle. Le couple se dispute et Maria part s’installer dans une chambre d’hôtel en face de son appartement. Elle peut ainsi observer son mari qui se morfond en chaussette et vieux gilet. Mais, dans la chambre de l’hôtel, surgit le passé de Maria : Richard a l’âge de 25 ans.

Le dernier film de Christophe Honoré est absolument irrésistible. Il s’agit d’une comédie du remariage d’une légèreté infinie. Nous sommes dans le vaudeville où les amants se cachent derrière des rideaux. Maria virevolte d’un homme à un autre tout en aimant toujours son mari. Mais après 20 ans, l’usure, le quotidien transforment le couple en une  relation plus amicale. L’idée magnifique du film est de faire resurgir Richard à 25 ans mais également sa prof de piano dont il était amoureux avant de rencontrer Maria. Spectateur, nous voyageons entre le passé et le présent mais également l’avenir au bord d’une plage. Les dialogues, les mouvements de caméra apportent beaucoup de fantaisie et de drôlerie à cette histoire entre rêve et réalité. Doucement, Christophe Honoré pose des questions sur la longévité d’un couple, sur les choix de vie que l’on réinterroge, sur les rêves que les personnages avaient à 20 ans. Et quel casting ! Le quatuor principal est un bonheur absolu : Chiara Mastroianni toute en légèreté, en frivolité (je ne cesserai jamais de regretter de la voir si peu sur grand écran), Vincent Lacoste jouant toujours de sa nonchalance naturelle, Camille Cottin toute en gravité qui tente de reconquérir son amour perdu et Benjamin Biolay déprimé et se laissant dériver après le départ de sa femme. Ce film est tout simplement un régal !

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Après toute une série de petits boulots, Ricky devient chauffeur-livreur pour une plateforme de vente en ligne. Il devient auto-entrepreneur dont on lui vante la liberté. Le rythme devient rapidement infernal. Sa femme travaille également beaucoup comme aide à domicile pour des personnes âgées ou handicapées. Tous deux sont rarement à la maison, leurs deux enfants sont livrés à eux-mêmes. Et cela finit par mal tourner pour fils adolescent.

« Moi, Daniel Blake » devait être le dernier film de Ken Loach mais l’ubérisation de la société le met tellement en colère qu’il a repris sa caméra. A 83 ans, son cinéma n’a rien perdu de son indignation et ses convictions sont toujours fortes. Il montre parfaitement bien l’engrenage dans lequel s’enferme Ricky. La soi-disant liberté promise se transforme rapidement en esclavage (les chauffeurs doivent faire pipi dans une bouteille en plastique, pas le temps de s’arrêter si on veut respecter les cadences). La famille se délite devant nos yeux, alors que cette famille est unie, aimante, cherchant toujours le dialogue. Les parents, épuisés, ne maîtrisent plus rien. Ken Loach ne réalise pas des films spectaculaires en terme de mise en scène mais ses films sont toujours d’une efficacité redoutable. Encore une fois, c’est une dénonciation implacable du néolibéralisme. Comme toujours, la grande force de Ken Loach est sa direction d’acteurs. Tous, professionnels et non professionnels, sont d’une justesse et d’un naturel confondants. Ken Loach est toujours en colère et c’est une excellente nouvelle pour nous, spectateurs.

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A Naples, Martin Eden est un jeune homme séduisant qui travaille comme matelot depuis l’âge de 11 ans. Un jour, il sauve un inconnu des mains d’une brute. Pour le remercier, Martin est invité dans la maison du jeune homme qu’il a défendu. Il fait alors connaissance de la belle Elena dont il tombe amoureux. Mais Elena vient d’une famille bourgeoise, cultivée et érudite. Martin veut s’élever à son niveau, dévore tous les livres qu’il trouve pour y arriver et veut devenir écrivain.

Je considère « Martin Eden » comme un chef-d’oeuvre, j’attendais donc beaucoup du film de Pietro Marcello. Le film est fidèle à l’esprit du roman et on retrouve bien le caractère fougueux du héros de Jack London. L’intrigue est transposée de la Californie à Naples sans que cela soit gênant, elle reste inscrite dans une ville portuaire. Ce qui est original, c’est le changement d’époque. Pietro Marcello inscrit son héros dans une période indéfinie du XXème siècle où l’on sent tous les bouleversements à venir de ce siècle : révolution socialiste, guerre, etc… Mais cela n’est pas pesant, Martin Eden s’y inscrit parfaitement (une belle scène le voit se confronter aux ouvriers en grève pour leur expliquer que la seule voie à suivre est celle de l’individualisme libertaire). Pietro Marcello émaille son film d’images d’archives : le peuple de Naples, des bateaux, des manifestations. C’est une très belle idée qui fonctionne parfaitement. Autre point fort du film, le charismatique acteur principal, Luca Marinelli, qui interprète avec justesse toutes les nuances du personnages (de l’exaltation au dégoût de soi). Le film de Pietro Marcello est une réussite qui rend bien compte des thématiques abordées par Jack London et qui est servi par un formidable acteur à la hauteur du personnage.

Et sinon :

  • « Ceux qui travaillent » de Antoine Russbach : Frank travaille pour une société de fret par cargos. Lors d’un transport de marchandises, un clandestin est découvert sur un bateau. Faire demi-tour pour le ramener chez lui ferait perdre trop de temps et il fait éviter qu’il soit découvert à la douane. Frank ordonne alors au capitaine de se débarrasser du problème. Profitant de l’événement pour se débarrasser d’un salarié qui coûtait trop cher, les patrons de l’entreprise renvoie Frank. Contrairement à ce que l’on pourrait attendre, Frank ne se remet pas en cause après ce licenciement. Il ne regrette pas ce qu’il a fait et recommencera sans problème s’il est question de profit. Il est prêt à tout pour maintenir son niveau de vie et d’ailleurs lorsque ses enfants apprennent son licenciement, ils lui ordonnent de pas faire baisser leur train de vie. Le film et le personnage de Frank sont glaçants. L’argent régit tout, même les liens familiaux. Olivier Gourmet interprète, toujours avec talent et justesse, un monstre de froideur et de calcul. Un film implacable sur un monde sans pitié.

 

  • « Alice et le maire » de Nicolas Pariser : Alice est une jeune normalienne qui vient de se faire embaucher à la mairie de Lyon. Son rôle est simple : il faut qu’elle l’aide le maire à penser à nouveau. Celui-ci est un veux briscard de la politique qui refuse de quitter le devant de la scène. Alice réalise donc des fiches sur des sujets généraux comme la modestie. La jeune femme découvre les coulisses du pouvoir avec ses revirements, les egos démesurés et les inaugurations à tour de bras. Le film de Nicolas Pariser utilise le ton de la comédie pour nous montrer les arcanes du pouvoir dans une grande ville. La communication prend une place importante, tout semble être une question d’affichage. Une jolie relation se crée entre le maire mélancolique et la jeune diplômée, le 1er ayant besoin de la fougue de l’autre pour redécouvrir l’envie de participer au jeu politique. Fabrice Luchini joue parfaitement bien la mélancolie, la lassitude de ce maire en place depuis trop longtemps et Anaïs Demoustier apporte beaucoup de fraîcheur à cette comédie.

 

  • « Shaun le mouton : la ferme contre-attaque » de Will Becher et Richard Phelan : A la ferme, la bande de Shaun tente toujours de se trouver des occupations réjouissantes comme le lancer de mouton par canon, le saut à partir d’une rampe ou la conduite de tracteur. Heureusement que le chien de la ferme vient remettre de l’ordre dans la cour. Un étrange individu va venir perturber le quotidien des animaux. Il s’agit de Lu-la, jeune alien qui vient d’atterrir à proximité de la ferme. Elle est recueillie par Shaun et sa bande qui vont la protéger des agents gouvernementaux qui sont à sa poursuite. Même si les aventures de Shaun s’adressent plus à un public jeune, c’est toujours un plaisir de retrouver les personnages des studios Aardman. Le film est bourré de gags et de références qui cette fois sont à l’attention des adultes : Men in black, Rencontres du 3ème type, Doctor Who, 2001 l’odyssée de l’espace, X-Files. Comme toujours avec les studios Aardman, les décors regorgent de détails drôles, tout est peaufiné avec une grande minutie. L’inventivité, le rythme des gags, la tendresse font de ce film un spectacle réussi qui plaira à toutes les générations.

 

Bilan livresque et cinéma de septembre

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Le mois de septembre est terminé et le mois américain avec. J’ai réussi cette année à tenir mon programme : 14 lectures sur des thématiques très variées. Ce mois de septembre fut riche en découvertes et je n’ai qu’une déception à mon actif : « Herland » de Charlotte Perkins Gilman.  Si je ne devais garder qu’un seul livre de ce mois américain, ce serait « My absolute darling » de Gabriel Tallent qui me marquera durablement. Mais, je suis également pressée de retrouver l’univers de Kent Haruf, de Ron Rash ou de Richard Ford. Je vais guetter avec impatience les nouveaux romans de Colson Whitehead, de Ellen Urbani, de Tommy Orange, de Jamey Bradbury et de Andrew Ridker. La littérature américaine est si riche de possibilités, d’univers, j’ai encore tant d’auteurs à découvrir que j’ai hâte de vous retrouver l’année prochaine pour une nouvelle édition du mois américain !

Le mois de septembre fut également l’occasion de poursuivre mes lectures pour le Grand Prix des lectrices Elle dont je fais partie cette année. Un vrai challenge qui m’inquiète un peu, je dois bien le reconnaître, en raison des délais qui nous sont imposés. J’espère y faire de belles découvertes, ce qui fut déjà le cas en fin de mois avec « Le ghetto intérieur » dont je vous parle très vite.

En septembre, j’ai également retrouvé mon cher Sorj Chalandon mais le rendez-vous est un peu manqué, je vous expliquerai très bientôt pourquoi. Ma lecture (ou relecture) des Rougon-Macquart s’est poursuivie ce mois-ci avec l’extraordinaire « Bête humaine ». Il n’en reste plus que trois à lire pour terminer cette incroyable et foisonnante fresque sous le second empire.

Et côté cinéma ?

Mes coups de cœur sont les suivants :

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Marianne est artiste peintre du XVIIIème siècle. Elle est également enseignante et pose pour ses élèves. C’est lors d’une de ces séances de pose qu’elle découvre que l’un de ses tableaux a été sorti des réserves par ses élèves. « Portrait de la jeune fille en feu » la trouble terriblement et elle se remémore les origines de ce tableau. Elle avait dû rejoindre une île bretonne pour une commande : faire le portrait d’une jeune femme, Héloïse, sans qu’elle le sache. Ce portrait doit être envoyé au futur mari d’Héloïse qui refuse catégoriquement cette union avec un inconnu.

Voilà un très beau film sur la naissance de l’amour et du désir. Marianne et Héloïse s’apprivoisent lentement, se rapprochent malgré la mission première de Marianne. L’histoire d’amour des deux femmes est aussi enflammée qu’elle est éphémère. Céline Sciamma filme magnifiquement la montée du désir, l’attirance puissante qui lie ses héroïnes. Les souffles, les regards, les gestes sont minutieusement étudiés pour souligner le trouble qui s’installe. Le décor est très épuré pour laisser toute la place à cette relation, la musique ne vient que peu troubler l’harmonie de Marianne et Héloïse. En réalité, le duo est un trio car la jeune servante Sophie accompagne leur amour naissant. Une sorte de sororité unit les trois femmes (les hommes sont d’ailleurs totalement absents du film). Céline Sciamma parle également d’art, du lien qui lie le créateur et son modèle entre séduction et méfiance. L’oeuvre sera-t-elle juste ? De très belles images nous montre les gestes du peintre en action. Bien évidemment, le film de Céline Sciamma ne serait rien sans ses formidables actrices : Adèle Haenel, Noémie Merlant, Luàna Bajrami et Valeria Golino qui joue la mère d’Héloïse. « Portrait de la jeune fille en feu » est un film esthétiquement très réussi, très sobre et lumineux sur la passion entre deux jeunes femmes.

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Gatsby étudie dans une université de la Côte Est. Sa petite amie Asleigh doit aller à New York pour interviewer un grand réalisateur pour le journal de la fac. Gatsby se réjouit de pouvoir faire découvrir la ville où il a grandi à sa petite amie. Il prévoit déjà les lieux où il va l’emmener. Mais le weekend en amoureux ne se déroule pas comme il l’avait prévu. Le rendez-vous avec le réalisateur se prolonge désespérément.

Quel plaisir de retrouver Woody Allen dans un film qui rappelle ses plus grands succès : « Manhattan » ou « Annie Hall ». De « Un jour de pluie à New York » se dégagent une grande fraîcheur, un charme pétillant. Le jeune Gatsby aime les vieux films, le jazz et la pluie. Il est bien évidemment le double à l’écran du réalisateur (sa veste en tweed le prouve !!). Le pauvre jeune homme voit sa dulcinée lui échapper. Nous suivons en parallèle les amoureux qui virevoltent de rendez-vous en rendez-vous, enchaînant les quiproquos, les rebondissements parfois burlesques ou émouvants. La comédie romantique fonctionne parfaitement, elle est rythmée, piquante, drôle et tendre à la fois. La jeune garde des acteurs américains se retrouvent devant la caméra de Woody : Timothée Chalamet, Elle Fanning, Selena Gomez. Tous trois sont formidables et parfaitement en adéquation avec l’univers du réalisateur. Manhattan, le jazz, des amoureux qui se cherchent à travers la ville, Central Park, « Un jour de pluie » est un condensé de l’univers de Woody Allen. Son charme un brin suranné et mélancolique m’a totalement séduite.

Et sinon :

  • La vie scolaire de Grand Corps Malade et Medhi Idir : Samia est la nouvelle CPE d’un lycée en ZEP à St Denis. Elle arrive d’Ardèche et a souhaité changer de région pour des raisons personnelles. Elle découvre donc le quotidien des enseignants et des élèves dans une zone où les conditions sociales sont dégradées. Après « Patients », Grand Corps Malade et Medhi Idir s’intéresse à la situation de l’école en ZEP. Comme pour « Patients », une grande énergie se dégage de leur film. Le ton varie entre l’humour et la gravité. Certains personnages sont vraiment hilarants : l’élève mytho qui invente des excuses totalement improbables pour expliquer ses retards, le prof de sport qui mélange les disciples et crée le foot en roller, l’élève qui charrie un surveillant parce qu’il habite le même immeuble, etc… Mais les réalisateurs n’oublient surtout pas de souligner les difficultés rencontrés par les élèves qui ne voient pas comment leurs situations pourrait s’améliorer grâce à l’école. La fin du film n’est d’ailleurs pas très optimiste quant à l’avenir de ces gamins. La fracture sociale est toujours bien présente sur notre territoire. Les acteurs professionnels se mélangent aux non-professionnels et l’ensemble dégage beaucoup authenticité. Encore une fois, Grand Corps Malade et Medhi Idir nous offre un film plein d’humanité et de sincérité.

 

  • Les hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman : A Kaboul en 1998, les talibans font régner la terreur sur la ville. Des hommes sont pendus, des femmes sont lapidées en pleine rue. Personne n’ose plus rien faire, la peur paralyse la population. A l’exception de la jeune Zunaira qui continue à écouter du rock et à peintre ses murs d’images sensuelles. Elle forme un couple harmonieux avec Mohsen qui va bientôt perdre pied suite à un geste irréparable. La destinée de Zunaira va croiser celle de Atiq, gardien de la prison pour femmes. Je n’ai pas lu le roman de Yasmina Khadra dont ce dessin-animé est adapté. Mais ce dernier souligne bien ce que représente la terreur et la barbarie. La ville n’est que ruines, les hommes baissent la tête, les femmes sont de vague formes indéfinis sous les burqas. Le dessin reste dans les tons gris/bruns qui rendent parfaitement la tristesse de la ville à cette époque. Le personnage de Zunaira est très beau, elle reste dans la vie, la joie et éclaire le dessin-animé.

 

  • Fête de famille de Cédric Kahn : A l’occasion de son anniversaire, Andréa accueille toute sa famille dans sa grande maison à la campagne. Il y a le fils aîné Vincent, marié, deux enfants, qui semble bien étable dans la vie. Romain, le cadet, foutraque réalisateur qui est venu accompagné de sa petite amie. A ce tableau de famille manque la fille, Claire, partie aux Etats-Unis depuis de plusieurs années. Elle débarque sans prévenir et transforme rapidement le repas d’anniversaire en règlement de compte. C’est une drôle de famille que nous présente Cédric Kahn. Les membres sont autant capables de s’adorer que de se détester. Les piques, les remarques cinglantes fusent autant que les marques de tendresse. Le détonateur est Claire que l’on pense instable, folle et qui vient réclamer son héritage. Elle est l’élément perturbateur qui vient mettre à jour les dysfonctionnement familiaux qui semblent être nombreux. Cédric Kahn nous entraîne dans un repas de famille entre tragique et comique dont certains moments nous mettent mal à l’aise et évoquent « Festen ». Les acteurs du film sont tous très justes avec en tête Catherine Deneuve en matriarche totalement placide face au fracas qui l’entoure et qui ne veut absolument pas que la fête soit gâchée.

 

  • Downton Abbey de Michael Engler : Downton Abbey est en émoi suite à l’arrivée d’une missive : le roi George V et la reine Mary vont passer une journée au domaine de la famille Crowley. L’intrigue pourrait se résumer à cela même si celle-ci est parsemée de multiples histoires plus ou moins secondaires : l’affrontement entre les domestiques royaux et ceux de Downton, l’héritage d’une cousine de Lady Violet, la tentative d’assassinat du roi, les problèmes financiers de la famille, etc… Cela ne fait pas forcément un film et il faut reconnaître qu’il est à réserver aux admirateurs de la série. Mais le plaisir de retrouver la famille Crowley est bien réel lorsque l’on a suivi leurs aventures pendant six saisons. Le film s’ouvre comme la saison 1, avec l’arrivée d’une lettre qui cette fois n’aura pas de répercussions dramatiques. Joli clin d’œil qui permet de fermer la boucle. Les dialogues sont toujours aussi travaillés et ciselés. Ceux de Lady Violet sont toujours aussi piquants et Maggie Smith impériale. Malgré la légèreté du sujet, Julian Fellowes nous parle également de l’état de l’Angleterre en 1927 : la place des femmes (Lady Edith regrette d’avoir abandonné son travail), des homosexuels avec le retour de Thomas Barrow, la fin de l’aristocratie (Lady Mary se pose la question de la survie du domaine). Julian Fellowes a chois le grand écran pour clore sa saga, cela n’était pas forcément nécessaire mais le film reste plaisant pour les fans de la série.

 

Bilan livresque et cinéma d’août

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Le mois d’août fut bien rempli avec sept livres à mon actif. J’ai continué mes lectures pour le mois américain avec « My Absolute darling » de Gabriel Tallent, un roman à couper le souffle, « Les altruistes » de Andrew Ridker, un premier roman prometteur dans la lignée de Jonathan Franzen, « Sauvage » de Jamey Bradury qui se trouve à la croisée des genres, « Le chant des plaines » de Kent Haruf qui décrit avec beaucoup de sensibilité une communauté et « Sans foi ni loi » de Marion Brunet qui revisite le western. Et je vous ai déjà parlé de « Oyana », qui m’a permis de continuer à découvrir le travail d’Eric Plamondon, et de « Rien n’est noir » de Claire Berest où j’ai retrouvé avec plaisir le couple tumultueux Frida Kahlo/Diego Rivera. J’ai hâte que le mois américain commence pour pouvoir vous parler des excellents livres que j’ai lu durant les deux mois d’été !

Et côté cinéma ? Mon coup de cœur du mois revient à un de mes réalisateurs préférés, Arnaud Desplechin :

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A Roubaix, le commissaire Daoud arpente inlassablement les rues de sa ville natale, même le soir de Noël. Dans son commissariat se croisent un pauvre bougre essayant d’arnaquer son assurance, une adolescente violée dans le métro, de jeunes délinquants, une jeune femme fuguant de l’appartement familiale. Et un soir, une maison brûle dans une impasse. Daoud envoie un nouveau lieutenant, Louis, pour enquêter. Celui-ci interroge deux voisines, Claude et Marie, pour savoir ce qu’elles ont vu. Mais l’affaire ne s’arrête pas là et les policiers vont bientôt découvrir dans la même impasse un crime bien plus grave.

Arnaud Desplechin retrouve à nouveau sa ville de Roubaix après y avoir réalisé « Un conte de Noël », « Trois souvenirs de ma jeunesse » et « Les fantômes d’Ismaël ». Il montre ici toute la misère sociale, la pauvreté de cette ville qui fut autrefois prospère et qui garde  » (…) le sentiment blessé d’avoir compté et de n’être plus rien ». La nouveauté chez Desplechin est double. « Roubaix, une lumière » est un polar et le fait divers central est bien réel. Le réalisateur avait vu un documentaire sur celui-ci « Roubaix, commissariat central, affaires courantes » de Mosco Boucault. On retrouve dans le film de Desplechin le réalisme des documentaires, on suit au plus près la vie de ce commissariat (notamment les scènes d’interrogatoires qui sont très fortes). Nous sommes assez loin de l’univers habituel du réalisateur mais le personnage de Louis nous renvoie à ses héros habituels (il voulait rentrer dans les ordres et a changé de vocation, il lit de la philosophie). Les trois acteurs principaux du film sont absolument remarquables. Roschy Zem incarne un commissaire débordant d’humanité, de compassion, droit mais aussi hanté par son histoire familiale. Léa Seydoux et Sara Forestier sont également parfaites, leur jeu est intense et nuancé. Un film noir qui sort des sentiers habituels empruntés par Arnaud Desplechin mais qui est totalement réussi et maîtrisé.

Et sinon :

  • « Once upon a time… in Hollywood » de Quentin Tarantino : Eté 1969, Rick Dalton est un acteur de western, notamment de séries tv. Il est abonné aux rôles de méchant. Lorsqu’un producteur lui propose de tourner dans un western spaghetti en Italie, Rick sait que sa carrière est sur le déclin. Heureusement, il est soutenu par Cliff Booth, son cascadeur attitré qui lui sert aussi de chauffeur et d’homme à tout faire. Parallèlement à Rick, nous suivons le parcours d’une jeune starlette à la carrière montante : Sharon Tate. Dans ce film, Quentin Tarantino rend hommage au cinéma des années 60, à la légèreté et l’insouciance de ses années là qui vont se terminer aux USA dans un bain de sang. Sans vraiment d’intrigue, « Once upon a time… in Hollywood » est un film d’ambiance : cocktails, villas avec piscine, belles voitures et vitesse. Le réalisateur s’amuse follement à recréer cette atmosphère et il va jusqu’à retourner des scènes de ses films préférés avec les acteurs de son film (« La grande évasion » avec Leonardo di Caprio à la place de Steve McQueen). En revanche, Sharon Tate n’est pas remplacée par Margot Robbie dans l’extrait que nous découvrons dans un cinéma. Quentin Tarantino rend un bel hommage à cette actrice en la montrant souriante, dynamique, légère et lumineuse à l’image des années 60. Les acteurs sont tous épatants et semblent aussi se régaler dans leur rôle respectif. Le duo Leonardo Di Caprio et Brad Pitt fonctionne à merveille. A noter la scène incroyablement drôle entre Bruce Lee et Cliff Booth qui restera dans les annales ! « Once upon a time…in Hollywood » est un conte comme son nom l’indique et la fin du film le confirme. Je dois avouer qu’elle m’a un peu chiffonnée mais je pense que Quentin Tarantino voulait justement sauver les années 60 et son insouciance à travers cette revisitation de l’histoire.

 

  • « Wild Rose » de Tom Harper : A Glasgow, Rose-Lynn sort de prison mais son rêve est intact : elle sera chanteuse de country ou rien. Elle est bien décidée à reprendre son job de chanteuse dans un bar de la ville pour mettre de l’argent de côté et partir à Nashville. Mais son tempérament excessif n’a pas laissé que de bons souvenirs à ses anciens patrons. Et surtout, Rose-Lynn a deux enfants dont sa mère s’est occupée pendant son absence. Cette dernière voudrait bien que sa fille prenne enfin ses responsabilités et s’occupe de sa fille et de son fils. « Wild Rose » a une intrigue classique et le dénouement n’est pas une surprise. Mais ce film a plusieurs atouts qui le rendent extrêmement agréable à regarder. Le premier est l’idée tout à fait originale de mélanger film social à la Ken Loach et country music. Le deuxième est son actrice principale : Jessie Buckley. J’avais déjà pu admirer son talent dans l’adaptation de « Guerre et paix » de la BBC, ou dans celle de « La dame en blanc » et dans la formidable série « Chernobyl ». Ici, son talent éclabousse l’écran, sa présence est magnétique et sa voix sublime. Jessie Buckley est à elle seule une excellente raison d’aller voir ce film !

 

  • « Perdrix » de Erwan Le Duc : De passage dans les Vosges, Juliette se fait voler sa voiture, avec toutes ses affaires dedans, par une naturiste. Elle va porter plainte à la gendarmerie où l’affaire n’étonne personne puisqu’un commando de naturistes révolutionnaires sévit dans la région. Juliette fait la connaissance du capitaine Perdrix chez qui elle décide de s’incruster en attendant de retrouver sa voiture. Erwan Le Duc réalise ici une comédie charmante au ton décalé qui rappelle Wes Anderson. L’atmosphère, les personnages sont assez incongrus pour une comédie romantique. Le capitaine Perdrix est un doux rêveur, un cœur tendre qui se trouve confronté à la volubile et fantasque Juliette qui parcourt la France pour éviter de se fixer. Swann Arlaud (décidément toujours juste) et Maud Wyler (une découverte) interprète ce duo mal assorti qui va de chamailleries en chamailleries. La famille de Perdrix est magnifique de singularité : la mère (Fanny Ardant) est une veuve inconsolable qui anime un courrier du cœur radiophonique dans son garage, le frère (Nicolas Maury) est passionné par les lombrics, sa fille rêve de quitter sa famille et de devenir championne de ping-pong. Tout ce joyeux monde vit ensemble ! Les collègues de Perdrix sont également croustillants et pour couronner le tout une reconstitution d’une bataille de 39/45 doit avoir lieu dans le village. L’ensemble crée une comédie romantique cocasse, drolatique aux personnages attachants.

 

  • « Les faussaires de Manhattan » de Marielle Heller : Lee Israel a écrit des biographies de femmes célèbres et a rencontré un certain succès. Mais aujourd’hui, ses sujets n’intéressent plus, son agent ne veut plus lui faire d’avance. Lee ne joue pas non plus le jeu de la promotion et elle en serait d’ailleurs bien incapable. Irascible, mal-aimable et asocial, Lee ne supporte pas la bêtise et la facilité. Elle a pourtant un grand besoin d’argent, elle n’a même plus de quoi payer les médicaments de son chat. Pour s’en sortir, une idée lui vient : écrire de fausses lettres d’écrivains. Elle sera aider par un complice aussi alcoolique qu’elle : Jack, un homosexuel aussi caustique qu’elle. Lee Israel a véritablement existé et elle a été arrêté par le FBI en 1993. Bien que désagréable, le personnage est très attachant. On la sent totalement inadapté au monde dans lequel elle vit. Elle s’intéresse à des actrices de second plan du cinéma hollywoodien, voue un culte à Dorothy Parker et Noel Coward. Elle est interprété par Mélissa McCarthy qui surprend dans ce rôle et montre enfin l’étendu de son talent. Richard E. Grant était l’acteur idéal pour le fantasque Jack qui a la dignité de ne jamais reconnaître à quel point il est dans la dèche. L’histoire est en elle-même très intéressante et le film rend également hommage à la littérature, aux librairies où les passionnés s’arrachent les fausses lettres de Lee.

 

  • « Give me liberty » de Kirill Mikhanovsky : A Milwaukee, Vic vit avec son grand-père qui perd doucement mais sûrement la mémoire. Vic et sa famille sont d’origine russe. Vic transporte dans un mini-bus des personnes handicapées. Mais il a quelques difficultés à contrôler son grand-père qui devient de plus en plus imprévisible. Et surtout, Vic ne sait pas dire non. Il se retrouve donc à devoir emmener dans son bus toute un groupe de personnages âgées russes qui veulent assister à un enterrement à l’autre bout de la ville. S’ajoute à ce groupe, un jeune russe oisif et pique-assiette. Les pauvres usagers de Vic ne savent pas dans quelle aventure ils s’embarquent… Voilà un film qui est extrêmement sympathique et vivant. Kirill Mikhanovsky tourne son film comme un documentaire, caméra à l’épaule. Il y montre l’Amérique des laissés-pour-compte, des personnages cassés, blessés par la vie mais qui ne baissent jamais les bras (les scènes où Vic parle avec un tétraplégique noir sont magnifiques, l’homme allongé prodigue des leçons de vie au jeune homme). Le film est un très joyeux bordel, foutraque et plein de la verve des personnages. Tout ce petit monde finit par s’accorder, chacun finit par adopter la cause de l’autre. C’est tour-à-tour hilarant et émouvant, un tourbillon permanent qui nous entraîne.

Bilan livresque et cinéma de juillet

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Juillet est mon mois de vacances estivales, il est donc l’occasion de longues plages de lectures. Elles ont eu pour but de commencer à préparer le mois américain qui, je vous le rappelle, commencera le 1er septembre. J’ai eu l’occasion de lire 12 livres (ne les comptez pas sur mon logo, il en manque deux qui ne rentraient pas !), un livre jeunesse et une bande-dessinée. A part « Herland » que j’ai trouvé franchement décevant, je n’ai eu que de beaux moments littéraires. Avec une mention spéciale pour mon coup de cœur du mois : « Les sept morts d’Evelyn Hardcastle » de Stuart Turton qui est un cluedo labyrinthique et extrêmement intrigant. Je vous reparle de ce roman très rapidement. J’ai déjà eu l’occasion de vous parler du formidable livre de Joseph Ponthus, « A la ligne », unanimement salué à juste titre et de l’étonnant et original « Taqawan » d’Eric Plamondon. J’espère pouvoir lire prochainement « Oyana », le dernier roman de l’auteur québécois. Décidément, j’apprécie énormément la délicatesse et l’intelligence des livres de Timothée de Fombelle et « Capitaine Rosalie » est un petit bijou parlant de la 1ère guerre mondiale à travers les yeux d’une enfant. Le livre est superbement illustré par Isabelle  Arsenault. Je vous conseille également l’adaptation pleine de malice de Colette en BD avec « Claudine à l’école » de Lucie Durbiano. Pour le reste, il vous faudra attendre le mois de septembre pour connaître mon avis !

Et du côté du cinéma, quatre films à mon compteur avec un coup de cœur :

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La famille Ki-Taek vivote dans les bas quartiers de leur ville. Ils sont tous les quatre sans emploi et ils enchaînent petits boulots et combines. Une belle opportunité se présente finalement à eux. Le fils a été recommandé pour donner des cours d’anglais à la fille d’une richissime famille, les Park. Il fait très bonne impression à l’ensemble de la famille. Rapidement, il réussit à faire engager sa sœur comme professeur d’arts plastiques pour le jeune garçon de la famille Park. Il ne reste plus qu’à caser le père et la mère…

« Parasite » a reçu la Palme d’or au dernier festival de Cannes et elle est largement méritée. Le film est fait de formidables surprises et de rebondissements saisissants. Le scénario est extrêmement bien construit et maîtrisé. Je n’ai pas vu passé les 2h12 du film tant j’ai été happée par cette histoire. « Parasite » est à la fois un thriller et une satire sociale. Ce portrait de la Corée du Sud n’est guère réjouissant. La différence entre les Ki-Taek et les Park est abyssale. Le néo-libéralisme fait des ravages, il humilie et écrase les plus démunis. Ceux-ci ne peuvent que finir par vouloir récupérer leur part du gâteau. Le film commence comme une farce, des pique-assiettes burlesques s’incrustent dans une belle maison d’architecte. Mais ce qui fait l’intérêt du film, c’est la capacité de Bong Joon-Ho à faire totalement basculé son intrigue, du rire nous passons au tragique puis au  règlement de compte sanglant. Il ne faut surtout pas en dire plus sur l’histoire de ce film au risque de gâcher le plaisir des futurs spectateurs. Le réalisateur coréen nous offre un film captivant, riche en émotions, aussi intéressant sur le fond que sur la forme.

Et sinon :

  • Nevada de Laure de Clermont-Tonnerre : Roman est incarcéré dans une prison du Nevada. Mutique et violent, il n’a lié connaissance avec personne et il n’arrive pas non plus à communiquer avec sa fille. Il intègre un programme de réhabilitation des prisonniers à travers le dressage de chevaux sauvages. L’homme et l’animal vont devoir apprendre à s’apprivoiser l’un et l’autre. La scène d’ouverture de « Nevada », la capture de chevaux sauvages, est spectaculaire et magnifiquement filmée. Le film de Laure de Clermont-Tonnerre mélange histoire de prison et western avec beaucoup de réalisme puisque ce dispositif existe réellement et que certains acteurs du film sont de véritables prisonniers. Même si l’apprivoisement de Roman et de son cheval est évidente dès le départ, le film se regarde avec plaisir. Les chevaux sauvages sont magnifiés et Matthias Schoenaerts réalise encore une fois une performance intense et juste. Le voir évoluer à l’écran est en soi une excellente raison de voir « Nevada ».

 

  • Acusada de Gonzalo Tobal : Dolores Dreier, étudiante, est soupçonnée d’avoir assassinée sa meilleure amie. A quelques jours de l’ouverture de son procès, la jeune femme et sa famille sont plongées dans un raz de marée médiatique. Toute l’Argentine semble chercher à savoir si Dolores est bien à l’origine de ce crime et explore tous les recoins de la sa vie. « Acusada » n’est pas un film de procès, ce qui intéresse le réalisateur se passe entièrement à l’extérieur : l’implosion de la famille bourgeoise de Dolores, la déchaînement des médias et des réseaux sociaux, la préparation de sa défense, le soupçon qui s’insinue partout. Et ce qui rend le film intéressant, c’est son ambiguïté totale. A l’issue du film, il y aura un verdict mais je défie les spectateurs de savoir s’il s’agit de la bonne décision ou non. Le film doit énormément à ses acteurs qui sont tous excellents et surtout à son actrice principale : Lali Esposito qui joue une Dolores troublante et intrigante.

 

  • Vita et Virginia de Chanya Button : En 1922, Vita Sackville-West rencontre Virginia Woolf lors d’une fête à Bloomsbury. Virginia Woolf vient de publier « Mrs Dalloway » et est à l’avant-garde de la littérature anglaise. D’où l’admiration que lui porte Vita Sackville-West, écrivaine elle-même, qui aura tout fait pour pouvoir la rencontrer. Les deux femmes se prennent de passion l’une pour l’autre. Leur relation sera ponctuée d’une longue correspondance qui est à la base de ce film. Elle sera également à l’origine d’un de plus beaux romans de Virginia Woolf : « Orlando » dont le personnage central est inspiré de Vita. Etant une grande admiratrice de Virginia Woolf et de Vita Sackville-West, j’attendais beaucoup de ce film. Même si la réalisatrice a eu le mérite de parler de la relation des deux auteures, son film est plutôt une déception pour moi. Le premier problème vient de l’interprétation faite par Gemma Arterton de Vita Sackville-West. Elle est pour moi bien loin de l’originale puisque durant presque tout le film, elle n’est que minauderies et coquetteries (cela s’arrange un peu à la fin mais il est trop tard pour modifier l’impression générale sur le personnage). La réalisation tente également de moderniser les habituels films en costumes mais cela se transforme en tics répétitifs qui gâchent le but premier et la musique électro n’a pas réussi à me convaincre (elle est par moment si incongrue qu’elle m’a fait sortir totalement du film). Il y a néanmoins des points positifs dont le principal est Elizabeth Debicki qui campe une Virginia Woolf crédible, sensible et habitée. De même, Peter Ferdinando (Léonard Woolf) et Rupert Penry-Jones (Harold Nicolson) sont excellents et parfaitement crédibles. Ce n’est malheureusement pas le cas de tous les seconds rôles, mention spéciale à Adam Gillen qui incarne un Duncan Grant ridicule et caricatural. Les costumes et les décors sont splendides mais ils ne réussissent pas sauver cet ensemble inégal et longuet.

 

Bilan livresque et cinéma de mai

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Mon mois de mai littéraire aura été bien rempli avec 6 romans et 4 BD. J’ai déjà eu l’occasion de vous parler du formidable roman de Shelby Foote sur un épisode de la Guerre de Sécession, du premier roman prometteur de Sara Collins qui revisite le roman gothique et du touchant et juste roman de Pete Fromm qui nous raconte une histoire d’amour hors norme sur fond de maladie. J’ai commencé mes lectures pour le mois anglais et je vous reparle rapidement de « Bonne nuit, monsieur Tom ! » de Michelle Magorian, de « L’héritier, une histoire d’amour » de Vita Sackville-West et de « Love » de Angela Carter. Du côté des BD, j’ai retrouvé avec plaisir l’univers de Posy Simmonds avec « Le chat du boulanger » qui s’adresse plutôt aux enfants et que j’ai beaucoup apprécié, et celui de Catherine Meurisse avec « Mes hommes de lettres » qui est une histoire de la littérature française. Je vous ai récemment parlé des « Nymphéas noirs » de Cassegrain et Duval inspiré d’un roman de Michel Bussi et dont l’intrigue et le dessin m’ont beaucoup plu.

Et du côté du cinéma : 7 films à mon compteur avec du très bon et une belle déception.

Mes films préférés du mois :

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Stevie, 13 ans, se fait malmené par son grand-frère. Il essaie donc de passer plus de temps en dehors de chez lui. Un jour, il croise un groupe de skateurs qui le fascine immédiatement. Il réussit à intégrer le groupe alors qu’il n’a jamais fait de skate. Les quatre copains, plus grands que lui, seront à l’origine de tous les apprentissages : l’alcool, la drogue, le sexe et bien évidemment le skate. La petite bande est constituée de membres disparates, aux origines et aux milieux sociaux  très différents. Des excès, des expériences, de la joie et surtout une formidable amitié vont lier à jamais les cinq garçons.

« 90’s » est le premier film en tant que réalisateur de Jonah Hill et c’est une réussite. L’histoire de Stevie est en partie autobiographique ce qui se sent parce que l’époque est parfaitement rendue (notamment au niveau de la musique qui tient une place importante dans le film) et que le film est finalement emprunt de nostalgie pour cette période bénie du début de l’adolescence, celle de tous les possibles et de toutes les transgressions. Stevie s’éveille, s’épanouit aux contacts de ses nouveaux amis. Il y a de l’émerveillement chez le jeune garçon lorsqu’il comprend qu’il est accepté dans le groupe, lorsqu’il regarde les exploits des skateurs. Sunny Suljic, qui interprète Stevie, est pour beaucoup dans le plaisir que l’on prend à regarder ce film. Son visage est plein de candeur, de naïveté et de volonté de s’émanciper. Jonah Hill réalise un premier film sobre, juste sur l’apprentissage d’un jeune garçon vers le monde adulte.

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Salvador est un réalisateur à bout de souffle. L’envie d’écrire n’est plus là, les maladies l’envahissent. Il reste enfermé dans son luxueux appartement madrilène. La projection d’un des ses films à la cinémathèque l’oblige à sortir. Et il part à la recherche de l’acteur principal du film avec lequel il s’était fâché lors du tournage. Les retrouvailles en amènent d’autres et Salvador se retrouve plongé dans ses souvenirs et notamment ceux de sa mère dans une Espagne rurale et pauvre.

Pedro Almodovar joue avec l’autofiction dans son dernier film. Antonio Banderas est ici son alter-ego, son double de cinéma. Le personnage est cerné par la nostalgie : celle de son enfance, de sa mère forte et lumineuse, celle de sa gloire en tant que cinéaste, celle des premiers émois sensuels, celle d’anciens amours. Cette dernière catégorie nous offre une scène merveilleuse de retrouvailles pudiques, tendres et déchirantes. Le film comporte des éléments de la vie du réalisateur espagnol mais aussi des échos de ces autres films. Le jeu est savamment orchestré en ces différents niveaux de narration, les passages entre le présent et les souvenirs d’enfance sont d’une grande fluidité. Le casting est parfait avec deux des acteurs préférés d’Almodovar : Antonio Banderas et Penelope Cruz qui sont eux-mêmes des réminiscences des autres films du réalisateur. Avec « Douleur et gloire », on retrouve un Pedro Almodovar au sommet de son cinéma avec un film très personnel et très touchant.

 

Et sinon :

  • Mais vous êtes fous de Audrey Diwan : Roman et Camille sont mariés et ont deux filles. Ils gagnent bien leurs vies, habitent un bel appartement parisien. Tout semble harmonieux jusqu’à ce que l’une de leur fille se retrouve à l’hôpital pour des convulsions. De la cocaïne est détecté dans son organisme. Il s’avère que Roman est drogué depuis des années à hautes doses. La romancière Audrey Diwan s’essaie au cinéma. Son film est très intéressant, il montre l’effet d’une terrible révélation sur une famille à priori normale. Camille oscille entre rejet absolu de son mari et amour fou pour lui. Céline Sallette incarne cette femme entre fragilité et force. Elle se bat pour sa famille et surtout pour son homme. Mais le film est bien plus qu’un simple combat pour retrouver l’équilibre familial. Dans une scène étourdissante, Audrey Diwan nous montre que les choses sont plus complexes que ne le voudrait Camille et que la confiance est au cœur d’un couple. Pio Marmaï qui joue Roman montre lui aussi toute l’étendue de son talent et de sa profondeur de jeu. Un essai parfaitement transformé par Audrey Diwan.

 

  • Le jeune Ahmed de Luc et Jean-Pierre Dardenne : Ahmed a décidé de tuer sa professeure de soutien scolaire. celle-ci veut faire apprendre l’arabe de tous les jours, différent de celui du Coran et elle compte le faire à l’aide de chansons. L’imam local la condamne fermement. Ahmed, voulant montrer la force de sa foi, décide alors de passer à l’acte. Fort heureusement, il rate son coup et sera enfermé dans un centre pour adolescents délinquants. Mais Ahmed n’a pas l’intention d’oublier son projet. C’est à chaque film, un immense plaisir de retrouver les frères Dardenne. « Le jeune Ahmed » montre une garçon de 13 ans totalement radicalisé et totalement emprisonné par ses idéaux. L’autre n’existe pas pour lui et les frères Dardenne nous montre l’obstination, la spirale de mensonges dans laquelle il s’enferme. Ce film m’a beaucoup fait penser à « Rosetta ». Ahmed est un garçon extrêmement solitaire, borné et une scène de course dans les bois évoque la même scène avec Emilie Dequenne. Comme souvent chez les réalisateurs belges, leur film est l’occasion de voir éclore un nouveau talent, ici Idir Ben Addi interprète de manière magistrale Ahmed.  Les frères Dardenne, en s’attachant à ce personnage au parcours radicalisé, ne le jugent pas, ils l’accompagnent avec une grande humanité et cherche à la détecter chez lui.

 

  • 68, mon père et les clous de Samuel Bigiaoui : Pour ceux qui habitent, comme moi, dans le quartier de la rue Monge depuis de nombreuses années, le nom de Bricomonge vous sera familier. C’est le père du réalisateur qui a créé la boutique et l’a tenue pendant trente ans. Samuel Bigiaoui filme son père dans son magasin au moment où celui-ci est obligé de prendre sa retraite. Il montre les employés, présents depuis des années, les clients habitués ou non qui viennent dans la quincaillerie pour chercher tout et n’importe quoi et discuter avec son propriétaire. Jean Bigiaoui est un ancien militant actif de la gauche prolétarienne, un intellectuel qui est venu se cacher dans une quincaillerie. Ce magasin était pour lui le meilleur moyen d’échapper à un travail classique, à un quotidien plan-plan qu’il n’aurait pas supporter. Le travail manuel était également une nécessité pour lui. Il se raconte avec pudeur et cet homme se révèle d’un très grand humanisme. Son fils lui rend un bel hommage avec ce documentaire plein de tendresse.

 

  • Gloria Bell de Sebastian Lelio : Gloria adore danser. Divorcée, la cinquantaine, Gloria ne veut pas renoncer aux plaisirs de la vie. C’est sur la piste de danse qu’elle croise un homme avec lequel elle aura une relation plus sérieuse. Malheureusement, il s’avérera peu fiable et incapable de tourner la page de son divorce. Sebastian Lelio offre un magnifique rôle à Julianne Moore. Il ne la lâche pas de tout le film et nous dévoile les difficultés qu’elle peut rencontrer avec ses enfants, avec le travail où une amie proche est licenciée, avec les hommes. Gloria est une femme seule et on sent parfaitement son désarroi. Elle essaie pourtant de ne pas l’être : elle sort seule dans les bars, appelle régulièrement ses enfants. Sa vie est chaotique mais Gloria ne baisse pas les bras. Julianne Moore est, comme toujours, splendide et montre que l’on peut offrir de très beaux rôles aux actrices de plus de cinquante ans. John Turturro est lui aussi parfait, juste comme à son habitude dans ce rôle d’homme amoureux mais lâche.

 

  • The dead don’t die de Jim Jarmusch : Dans une petite ville des Etats-Unis, des événements étranges se déroulent : les montres et horloges s’arrêtent et la nuit refuse de tomber. L’un des policiers du coin en est sûr : ça va mal se terminer. Rapidement, des meurtres sont commis. Ils sont si horribles que l’on pense à une attaque d’une ou plusieurs bêtes sauvages. Mais rapidement, les coupables sont trouvés : ce sont des morts-vivants cannibales qui sont responsables des meurtres. Jim Jarmusch tente un hommage aux films d’horreur et malheureusement c’est raté. Le casting était pourtant extrêmement prometteur : les placides Adam Driver Et Bill Murray ne pouvaient que bien s’entendre, les vieux copains de Jarmusch Iggy Pop et Tom Waits sont de la partie, ainsi que Chloé Sévigny et la toujours fantasque Tilda Swinton. Si voir Iggy Pop en mort-vivant est un grand moment de cinéma, si la raison de l’apparition des morts-vivants est intéressante, le reste laisse à désirer. Il aurait fallu plus de second degré, plus d’humour et de distance pour que le film fonctionne. Le film est plat, très plat, sans rythme, atone comme le duo de policiers. Une vraie déception pour ce film qui s’annonçait pourtant extrêmement prometteur.

Bilan livresque et cinéma de avril

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Le mois d’avril vient de s’achever et mon compteur livresque est peu élevé : 4 romans et 2 BD. Deux romans m’ont totalement emballé : « A son image » de Jérôme Ferrari qui propose toujours des projets littéraires ambitieux servis par une écriture nerveuse ; « Nos premiers jours » de Jane Smiley qui est le premier tome d’une trilogie qui raconte, sur un siècle, l’histoire d’une famille américaine et dont les personnages sont particulièrement attachants. Les deux autres livres ne m’ont pas complètement convaincue : « Tout ce qui nous submerge » de Daisy Johnson est un premier roman qui débutait fort bien mais l’auteure a complexifié son intrigue inutilement avec le mythe d’Oedipe ; « Une femme en contre-jour » de Gaëlle Josse est une biographie de la photographe Vivian Maier qui, malgré une belle écriture, reste trop scolaire pour être convaincante, je vous en reparle très vite. En revanche, carton plein  avec les deux BD : « Les grands espaces » de Catherine Meurisse rend un très bel hommage à l’enfance et à la beauté de nos campagnes ; « Les riches heures de Jacominus Gainsborough » de Rébecca Dautremer raconte la vie d’un lapin fragile et timide avec beaucoup de poésie et de grâce.

Et côté cinéma :

Mes deux films préférés du mois :

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Un vieil homme dans une chambre. Il boit, il dort, il regarde par la fenêtre. Cet homme, c’est Ray, le père du réalisateur Richard Billingham. Après ces premières images, le film remonte en arrière et montre la famille du réalisateur lorsqu’il était enfant. Ray, sa femme Liz, et leurs deux fils vivent dans une petite maison à Birmingham au temps de Margaret Thatcher. Richard Billingham a reconstitué son quotidien poisseux, la tapisserie déchirée, les mégots de Liz qui s’accumulent, les bouteilles vides. Le réalisateur regarde son enfance, ses parents comme un entomologiste, il les épingle sous sa caméra après l’avoir fait avec son appareil photo. Le film n’est ni méprisant, ni emprunt de rancœur. Richard Billingham ausculte la chute de sa famille, son délitement irrémédiable vers la misère et vers la séparation. Les parents semblent incapables de prendre les choses en main, ils subissent leur environnement. Le regard de Richard Billingham est très singulier et l’esthétique du film marque durablement par son originalité et la force de la reconstitution.

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Mario vient d’être quitté par sa femme. Il se retrouve seul à devoir gérer le quotidien de ses deux filles : Frida, 14 ans et Niki, 17 ans. Les débuts sont assez chaotiques notamment avec Frida qui reproche à son père le départ de sa mère. Mario espère malgré tout que sa femme va revenir. Il s’inscrit dans un groupe de théâtre amateur pour se rapprocher d’elle qui travaille à la régie. Mario cherche sa place avec maladresse, avec doute mais aussi avec l’amour qu’il porte à sa famille.

Bouli Lanners trouve enfin un premier rôle qui montre l’étendu de son talent. Il porte le film de Claire Burger de bout en bout. Il interprète un personnage sensible, perdu, maladroit avec ses deux grandes filles. Les deux sont d’ailleurs épatantes : Justine Lacroix et Sarah Henochsberg. L’aîné ne veut pas de relation durable, la cadette découvre son inclinaison pour les filles. Tous les trois se confrontent au sentiment amoureux et aux douleurs qu’il engendre. Le trio fonctionne magnifiquement bien. Le film de Claire Burger n’a rien de spectaculaire mais l’histoire de cette famille est touchante, émouvante.

Et sinon :

  • Comme si de rien n’était de Eva trobisch : Jeanne est une jeune femme indépendante. Elle retape une maison avec son amoureux avec qui elle avait fondé une maison d’édition qui périclite. Leur maison est loin de la ville, loin de l’agitation. Pourtant quand Jeanne reçoit une proposition de travail en ville, elle n’hésite pas longtemps à s’engager sans se préoccuper de l’avis de son compagnon. Un soir lors d’une fête d’anciens élèves, elle est violée par un homme rencontré sur place. Mais Jeanne refuse de se considérer comme une victime et décide de faire comme si de rien n’était. Le film d’Eva Trobisch ne lâche pas son héroïne, magnifiquement interprétée par Aenne Schwarz. Il montre le déni de Jeanne, sa volonté de fer qui peu à peu vacille. Ce drame, qu’elle ne veut pas nommer, va ronger totalement sa vie et l’éloigner de ses proches. Faire comme si de rien est impossible malgré la force , l’indépendance forcenée de Jeanne. Subtilement, la réalisatrice montre l’effondrement de son personnage qui culmine dans une scène finale glaçante. « Comme si de rien n’était » est un premier film parfaitement maîtrisé.

 

  • La lutte des classes de Michel Leclerc : Paul est un quadra qui continue à être batteur dans son groupe de punk-rock. Il porte fièrement son blouson de cuir. Il vit avec Sofia, brillante avocate. Ils décident de déménager à Montreuil avec leur fils. Celui-ci ira à l’école publique où il pourra se confronter à la mixité du quartier. Rapidement, les deux meilleurs copains de leur fils changent d’école pour aller dans le privé où leurs chances de réussites sont plus grandes. Paul et Sofia se voient obligés de questionner leurs convictions face à l’avenir de leur fils.Le film de Michel Leclerc est plutôt sympathique au début. Edouard Baer et Leïla Bekti sont parfaits, tout comme Ramzi Bedia qui interprète un directeur d’école fantasque. L’idée de départ était intéressante, l’humour bien dosé. Mais le film souffre de longueurs dans sa deuxième moitié, comme si Michel Leclerc avait du mal à terminer son film. Et peut-être aurait-il mieux valu qu’il ne l’achève tant la scène finale rocambolesque confine au ridicule.