En attendant Eden de Elliot Ackerman

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Irak, le véhicule où se trouve Eden saute sur une mine. Tous les autres soldats présents dans le véhicule périssent. Eden est très gravement blessé, son corps est brûlé en grande partie. Les médecins pensent qu’il ne survivra pas à son rapatriement. Pourtant, trois ans plus tard, Eden est toujours vivant. Il gît inconscient sur son lit au service des grands brûlés de San Antonio. Sa femme Mary vient le voir chaque jour. Eden ne connaît pas sa fille, Andy, née après l’explosion du véhicule de son père. Au moment de Noël, Eden fait un AVC. Le corps médical le pense perdu. Et pourtant, c’est après cet incident qu’Eden va montrer des signes de conscience.

Le roman de Elliot Ackerman est court, intense et d’une grande justesse de ton. Malgré la gravité des sujets abordés, l’auteur ne tombe à aucun moment dans le pathos et dans la facilité. L’idée qui m’a tout de suite plu, c’est celle du narrateur d’outre-tombe. Ami d’Eden, il a lui aussi sauté sur la mine en Irak mais il est mort sur le coup. Il nous raconte l’histoire d’amour de Mary et Eden mais également comment il les a rencontrés et ce qui les lie à eux. « En attendant Eden « est le portrait d’un couple, de leur difficulté à avoir un enfant, des décisions qui les séparent, de leur trahison et de leur amour profond.

Bien évidemment, le roman d’Elliot Ackerman aborde la question de la fin de vie, la culpabilité de Mary à prendre une décision: quel aurait été le choix d’Eden ? Tout le roman tourne autour de ce corps inerte, inapte à communiquer avec les autres. En cela, le roman m’a rappelé le film « Johnny got his gun » de Dalton Trumbo (adapté du roman éponyme du même Trumbo qu’il faut que je me décide à lire) où les pensées du soldat blessé sont audibles uniquement par le spectateur. Ici aussi, Elliot Ackerman nous livre, avec une grande acuité, les sensations, les sentiments, les cauchemars d’Eden. Les scènes où Eden pense voir des blattes envahir sa chambre sont saisissantes. Et ces passages nous plongent dans les tourments de l’âme d’Eden, ils sont extrêmement forts et poignants.

« En attendant Eden » est une réussite totale, dense, touchant et d’une grande humanité.

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Où les roses ne meurent jamais de Gunnar Staalesen

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Varg Veum est détective privé à Bergen. Sa carrière n’est pas au beau fixe et il noie ses idées noires dans l’aquavit. Une cliente finit néanmoins par se présenter. Maja Misvaer souhaite que Varg Veum résolve un mystère vieux de 25 ans. En septembre 1977, Mette Misvaer, âgée de 3 ans, disparaît alors qu’elle jouait devant la maison de ses parents. Elle ne fut jamais retrouver. La prescription pour ce crime arrivant bientôt, Maja veut essayer une dernière fois de comprendre ce qu’il est arrivé à sa fille. Les chances sont minces pour Varg Veum de faire toute la lumière sur l’affaire Mette. Mais le travail lui permettant de s’éloigner de l’alcool, il accepte de reprendre l’enquête.

Avant de commencer « Où les roses ne meurent jamais », je ne connaissais pas Gunnar Staalesen. Et pourtant, ce roman est le 15ème tome de la série dont le héros est Varg Veum. Mais cela ne m’a pas gênée durant ma lecture. Ce polar est un classique whodunnit. Varg Veum est à l’image de beaucoup de détective privé de la littérature : désabusé, porté sur la boisson, ayant des relations quelques peu conflictuelles avec la police. L’intrigue est bien menée et bien construite. Varg veum reconstitue un puzzle à l’aide de ses nombreux interrogatoires, creuse les zones d’ombre des différents acteurs du drame, des différents voisins qui entouraient la famille Misvaer. Cela permet des aller-retours dans le passé, dans le lotissement très fermé et construit par un architecte où étrangement les familles se sont lentement désagrégées. Le roman est riche en personnages qui dessinent une portrait assez sombre de la société norvégienne. L’enquête se construit avec méthode et nous tient en halène jusqu’au bout.

« Où les roses ne meurent jamais » est un polar de facture classique dont l’histoire est suffisamment intrigante pour maintenir notre intérêt de lecteur.

Merci aux éditions Folio pour cette découverte.

Orange amère d’Ann Patchett

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1964, Beverly et Fix Keating organisent une fête pour le baptême de leur 2ème fille, Franny. Fix est policier à Los Angeles et nombre de ses collègues sont présents. L’une des personnes présentes n’était pourtant pas invitée : Bert Cousins, adjoint au procureur. Fuyant sa propre famille, il est venu avec une bouteille de gin chez Fix qu’il connaît à peine. Pour aller avec le gin, on se met à décrocher les oranges du jardin pour réaliser des cocktails. Bientôt, ce sont les oranges des voisins qui viennent remplir les verres. La fête bat son plein. Bert croise Beverly et tombe sous le charme. Un baiser est rapidement échangé entre eux et scellera le destin de leurs deux familles.

« Orange amère » est une chronique familiale sur une cinquantaine d’années entre la Californie et la Virginie. Après la splendide scène d’ouverture où Bert et Beverly se rencontrent, on s’attend à découvrir au chapitre suivant la suite de leur histoire d’amour. Mais Ann Patchett  a l’intelligence de déjouer les attentes de ses lecteurs. L’histoire des familles Cousins et Keating va se faire par ellipses et par flash-backs. On découvre par petits bouts ce qui s’est déroulé, le lecteur remet en place les différentes pièces du puzzle au fur et à mesure de sa lecture : les trahisons, les drames, l’éducation des enfants, l’éloignement, la culpabilité des parents face au divorce. Ann Patchett réalise également une mise en abîme de son roman par l’intermédiaire de Leo Posen, un écrivain à succès qui rencontre Franny et partage sa vie durant quelques années. L’histoire de Franny fera l’objet d’un livre intitulé « Orange amère », puis d’un film. L’intrigue d’Ann Patchett se déploie de manière fragmentée, selon différents modes narratifs mais elle reste parfaitement fluide pour le lecteur.

L’autre excellente idée de l’auteure, c’est de mettre les enfants au cœur du roman. Encore une fois, le premier chapitre laisse présager que le récit sera celui des parents mais ce sont bien les enfants qui seront le centre de « Orange amère ». Le livre parle des liens qui se sont forgés entre les six enfants Cousins/Keating. Les six passaient tous leurs étés ensemble et ils étaient très peu surveillés. Partant ensemble à l’aventure, ils se sont créés des souvenirs, une histoire commune plus forte que ce qu’ils leur arrivera par la suite. cet attachement profond entre les deux fratries est vraiment très beau à découvrir. Chaque personnage est finement analysé, même les personnages secondaires sont incarnés. Ils ne sont pas lisses, ils ont tous des défauts, ont fait des erreurs et c’est ce qui fait ressortir les liens familiaux indéfectibles.

« Orange amère » est un roman magnifique, d’une grande justesse, qui décrit les relations d’une fratrie recomposée. J’imagine sans peine une adaptation car l’écriture d’Ann Patchett est extrêmement cinématographique.

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Elmet de Fiona Mozley

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John Smythe est venu s’installer dans le Yorshire avec ses deux enfants : Cathy et Daniel. Le père ramène ses enfants sur les terres rurales de leur mère pour essayer de les protéger du monde. Ils vivent à la lisière d’un bois. John a construit de ses propres mains leur maison et il apprend à ses enfants à chasser et à profiter de ce que leur offre la nature. Mais l’on ne peut pas vivre en ermite bien longtemps. Le passé de John finit par le rattraper. Il gagnait sa vie dans des combats illégaux et servait parfois d’homme de main. C’est l’un de ses anciens employeurs qui va venir perturber le quotidien de la famille. Mr Pryce, propriétaire du terrain où les Smythe se sont installés, voudrait à nouveau profiter de la force incommensurable de John.

Le premier roman de Fiona Mozley, qui a été retenu sur la liste du Man Booker Prize 2017, a des allures de conte gothique. Le récit , dont le narrateur est Daniel, semble intemporel malgré quelques indications nous permettant de savoir qu’il se déroule à notre époque (comme les migrants qui se cachent dans un camion de marchandises). Le père est un homme dont la force est mythique, légendaire, le battre est de l’ordre de l’impossible. Il y a également dans le roman de Fiona Mozley des références à la littérature : « Les Hauts de Hurlevent » d’Emily Brontë avec les descriptions des paysages et Cathy qui évoque Heathcliff par sa rage ; Ted Hughes et ses « Vestiges d’Elmet ».

A côté de cela, l’auteure aborde des thématiques contemporaines. La petite communauté du Yorshire où la famille s’installe a été marquée par la révolution industrielle. De fermiers, ils sont devenus mineurs et aujourd’hui ils peinent à survivre dans une région où le travail manque. La terre ne leur appartient plus. Se dessine entre les pages de « Elmet » une confrontation des classes sociales. Autre sujet moderne dans ce conte : l’inversion des rôles, des genres entre Cathy et Daniel. La première est tournée vers l’extérieur, elle a de la force alors que Daniel, aux cheveux et aux ongles longs, préfère rester à la maison et discuter autour d’une tasse de thé.

Fiona Mozley est originaire du Yorkshire, elle est née à York et elle rend un vibrant hommage à la campagne de sa région d’origine avec de lyriques descriptions : « Le printemps surgit pour de bon, chargé de nuages de pollen et de martinets qui dansaient dans le ciel. Après un vol de plusieurs milliers de kilomètres, ces oiseaux se laissaient flotter dans le vent qui soufflait le chaud et le froid et détachait des chatons des arbres. (…) Les martinets planaient, plongeaient et traversaient cette masse d’air, qui pour eux devait rugir et gémir aussi fort qu’un océan, de façon à attraper le prochain courant d’air chaud et s’élever jusqu’à la crête. Ils étaient experts en ce domaine. Ils amenaient le véritable printemps ; pas celui qui faisait franchir à de timides pousses un sol encore pris par le givre, mais celui qui surgissait avec une féerie de couleurs, un ciel lumineux, des insectes qui déployaient leurs ailes et ces oiseaux qui nous avaient tant manqué et revenaient en force grâce à ce vent dominant de sud-ouest. » 

En dehors d’une fin un peu excessive, j’ai beaucoup aimé me plonger dans l’univers de Fiona Mozley et de son Yorkshire aussi brutal que beau.

Bilan 2019

2019 a tiré sa révérence, il est donc temps de faire le bilan de cette année culturelle. Durant cette année, j’ai lu 85 romans et 21 bande-dessinées. Le bilan est meilleure que celui de 2018, espérons que 2020 continue sur cette lancée et que ma pal va commencer à baisser (je sais, l’espoir fait vivre !).

Voici mon top 5 des romans pour 2019 :

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1-deux romans ex-aequo : « Dans les angles morts » de Elizabeth Brundage et « My absolute darling »de Gabriel Tallent, deux romans américains très différents, absolument marquants et totalement réussis sur le fond et la forme.

2-« A la ligne » de Joseph Ponthus dont la justesse de style, le propos sur la dureté du monde ouvrier m’ont totalement emportée.

3-« Le dimanche des mères » de Graham Swift , avec concision, délicatesse et subtilité, l’auteur nous plonge dans les réminiscences d’une journée cruciale pour son héroïne, une journée qui symbolise à elle seule la fin de l’aristocratie anglaise.

4-« Le chant des plaines » de Kent Haruf , quel bonheur de découvrir la plume délicate et tout en retenue de l’auteur ! Une incroyable humanité se dégage des pages de ce roman et l’on peine à quitter Holt et ses personnages (j’avoue avoir beaucoup hésité avec « Shiloh » de Shelby Foote, remarquable roman sur le Guerre de Sécession).

5-« Le ghetto intérieur » de Santiago H. Amigorena, parmi les romans de la rentrée littéraire de septembre, le livre de Santiago H. Amigorena m’a profondément marquée. Sans pathos, l’auteur nous parle de l’histoire terrible de son grand-père et du poids incommensurable de la culpabilité des survivants à la Shoah.

Comme il est fort difficile de ne garder que 5 ou 6 romans d’une année de lecture, j’ai décidé de décerner des prix spéciaux comme à Cannes !

Le livre le plus drôle de l’année est attribué à « Qui a tué l’homme-homard », de JM Erre, un auteur que je retrouve toujours avec délice, je suis sortie de cette lecture avec des crampes aux zygomatiques.

Le livre le plus original de l’année est attribué à « Les sept morts d’Evelyn Hardcastle » de Stuart Turton qui revisite le whodunnit avec brio, maestria et une folle audace.

Le livre arrivé en fin d’année et qui aurait mérité d’être dans le classement est attribué à « Orange amère » de Ann Patchett dont je vous reparle très vite.

Le livre le plus attendrissant et mélancolique est attribué à « Les riches heures de Jacominus Gainsborough » de Rebecca Dautremer dont je ne vous avais pas parlé ici mais qui est une merveille absolue d’album jeunesse.

Cette année, j’ai également fait un top 3 des meilleurs polars lus en 2019 notamment grâce au Grand prix des lectrices Elle :

1-« Une famille presque normale » de M. T. Edvardsson qui sème le doute jusqu’à la dernière ligne de son roman.

2-« Le couteau » de Jo Nesbo qui a sans conteste du métier dans ce domaine et qui maîtrise ses personnages autant que ses intrigues.

3-« Mon territoire » de Tess Sharpe , un polar rythmé qui laisse la part belle aux femmes.

Et un top 3 des meilleures BD :

1-« Moi ce que j’aime, c’est les monstres » de Emil Ferris, un ovni d’une puissance visuelle rare et dont j’attends la suite avec impatience (Monsieur Toussaing Louverture si tu m’entends !)

2-« Les indes fourbes » de Alain Ayroles et Juanjo Guarnido que j’ai lu en fin d’année et dont j’espère vous parler très vite.

3-« Les grands espaces » de Catherine Meurisse dont j’apprécie infiniment le talent et qui nous offre ici un bel hommage à la campagne, aux souvenirs d’enfance et à l’art.

Cette année, je vous propose également un top 5 des meilleurs films  :

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1-« 90’s » de Jonah Hill est un 1er film mais qui fait montre déjà de beaucoup de délicatesse, de sobriété dans ce portrait d’un adolescent qui se cherche et s’émancipe grâce au skate.

2-« Parasite » de Bong Joon Ho est une palme d’or largement méritée tant le scénario est maîtrisé et nous propose de nombreux rebondissements totalement inattendus.

3-« Roubaix, une lumière » d’Arnaud Desplechin, l’un de mes réalisateurs préférés revisite le polar dans une ville crépusculaire et un casting parfait.

4-« Chambre 212 » de Christophe Honoré, autre réalisateur chouchou et autre casting parfait pour une comédie enlevée, légère et inventive.

5-« Les misérables » de Ladj Ly, un film sur les banlieues qui n’est jamais manichéen, qui laisse la parole aux policiers comme aux habitants de la cité et dont le ton est toujours juste.

2019 fut une année culturelle bien remplie, celle qui commence devra être à la hauteur ! En 2020, j’aimerais vous parler plus souvent d’expositions et de séries, j’espère trouver le temps pour le faire !

Bilan livresque et cinéma de décembre

Voici venu le dernier bilan mensuel de 2019. Six romans complètent mes lectures de 2019 et deux BD. J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de« Dévorer le ciel »qui a confirmé mon manque d’affinités avec les romans de Paolo Giordano, et de « Cape May »un bon divertissement sur la puissance du désir. Je poursuis toujours ma lecture de la série des Rougon-Macquart avec le 18ème volume : « L’argent ». La fin se rapproche !! Dans le cadre du formidable Prix bookstagram du roman étranger, j’ai lu « Orange amère » de Ann Patchett et « En attendant Eden » de Elliot Ackerman, deux formidables romans dont je vous parlerai en janvier. Je pense finir l’année sur un autre roman pour ce même prix « Cadavre exquis d’Agustina Bazterrica. Viennent s’ajouter deux BD :  « Dans la forêt », une adaptation fidèle du roman de Jean Hegland dont les dessins ne m’ont pas séduite, « Dans la tête de Sherlock Holmes » dont je vous reparlerai et dont la mise en page est extrêmement imaginative. J’en ai fini avec ce bilan de décembre du côté des livres et des BD. Je ferai bien entendu un bilan annuel après le 1er janvier.

Cinq bons films ont également ponctué mon mois de décembre dont trois ont été plus marquants :

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Matilda accouche de son premier enfant, Gloria. Sa famille l’entoure : son mari Richard, sa mère et son beau-père, sa sœur Aurore et son mari Bruno. Le grand absent est le père de Matilda, Daniel, qui est en prison pour avoir tué un homme. Il sort bientôt et rejoint Marseille pour faire connaissance avec sa petite-fille. Il retrouve une famille plongée dans la précarité et les difficultés financières.

Le 21ème film de Robert Guédiguian est un mélodrame social implacable qui nous montre la déliquescence de la société et sa précarité galopante. La mère de Matilda est femme de ménage, son mari est chauffeur de bus (ce qui permet au réalisateur de nous montrer sa très chère ville, ses nouveaux quartiers, ses travaux, ses quartiers laissés à l’abandon), tous les deux ont du mal à boucler les fins de mois. Malgré cela, ils aident Matilda qui peine à trouver un emploi stable. Son mari est chauffeur dans une société type uber et doit payer le crédit de sa voiture. Les seuls qui réussissent sont Aurore et Bruno, ce sont deux cyniques qui exploitent la misère des autres. Eux refusent d’aider Matilda qu’ils considèrent comme ratée. La solidarité n’existe plus, même pour la famille proche. Seuls les parents ont encore le sens de la générosité et du partage. « Gloria mundi » est bien sombre, rien ne semble pouvoir éclairer le quotidien des personnages. Voir un film de Robert Guédiguian, c’est avoir aussi l’impression de retrouver une famille. Le noyau historique est là : Ariane Ascaride qui a reçu le prix d’interprétation à la Mostra de Venise, Jean-Pierre Darrousin et Gérard Meylan qui est ici un bloc de solitude et incarne le personnage le plus touchant du film. On retrouve aussi la jeune garde qui a rejoint peu à peu la troupe : Anaïs Demoustier, Robinson Stevenin, Grégoire Leprince-Ringuet et Lola Naymark. Encore une fois, un casting impeccable au service du cinéma social et réaliste de Robert Guédiguian.

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Si vous aimez Agatha Christie et les parties de Cluedo, ce film est fait pour vous. Harlan Thrombey, célèbre auteur de polars est retrouvé mort dans son manoir. La police conclut à un suicide. Mais un détective privé, Benoit Blanc, a été engagé pour démontrer qu’il s’agit d’un meurtre. La veille, Harlan avait invité l’ensemble de sa famille pour son anniversaire. Il y avait la fille aînée, Linda, qui a réussi dans l’immobilier, Walt qui tient les rênes de la maison d’édition et publie les textes de son père et Joni la belle-fille. Tous ont bien évidemment de bonnes raison de vouloir la mort de Harlan. Mais le testament de ce dernier leur réserve une mauvaise surprise.

« A couteaux tirés » est un régal. Tout d’abord, l’intrigue est extrêmement bien ficelée. Elle se développe à travers des flash-backs, chacun présente la soirée de la veille selon son point de vue. La bonne idée est le personnage qui ne sait pas mentir et vomit dès qu’il le fait. Ce qui crée des gags visuels qui se rajoutent aux formidables dialogues, ciselés. L’intrigue, qui semble simple, nous réserve des surprises, des rebondissements bien sentis. En plus d’une excellente intrigue, « A couteaux tirés » nous offre des numéros d’acteurs savoureux. Le casting est de haute qualité : Daniel Craig, Jamie Lee Curtis, Toni Collette, Chris Evans, Michael Shannon, Don Johnson, Christopher Plummer. Et c’est un grand plaisir de spectateur que nous offre le film de Rian Johnson, un divertissement de qualité.

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Evelyne Ducat est portée disparue sur le plateau enneigé des Causses. Sa voiture a été trouvée au bord de la route. Dans cette région isolée, cette disparition questionne.

Le dernier film de Dominik Moll est adapté du roman éponyme de Colin Niel. L’intrigue donne la parole aux différents personnages : Alice, assistante sociale qui parcourt le plateau pour ses rendez-vous, Joseph agriculteur taiseux et inquiétant, Marion jeune serveuse amoureuse d’Evelyne et Michel le mari d’Alice. Chacun éclaire la disparition d’Evelyne, les récits se croisent, dévoilent des événements ou créent plus des zones d’ombre. La construction est l’un des points forts du film. Elle peut sembler tortueuse (d’autant plus que le film s’ouvre sur Abidjan) mais elle est en réalité très fluide, elle apporte et entretien le suspens. L’autre point fort du film, ce sont les acteurs : Denis Menochet, Laure Calamy, Valeria Bruni-Tedeschi, Damien Bonnard. Leurs personnages sont totalement seuls, isolés et pas seulement géographiquement. Tous semblent avoir un besoin impérieux d’être aimé. La fin du film le souligne d’ailleurs de manière forte. « Seules les bêtes » est un excellent Dominik Moll, parfaitement construit et servi par une solide troupe d’acteurs.

Et sinon :

  • Notre Dame de Valérie Donzelli : Maud Crayon est architecte. Elle a deux enfants et un ex envahissant. Sa carrière stagne quand un coup de pouce du destin va lui permettre de participer au concours pour l’aménagement du parvis de Notre Dame. Son projet, prévu au départ pour une aire de jeux, va remporter le concours. Et les ennuis vont commencer pour Maud, à commencer par le retour de son amour de jeunesse Bacchus. Valérie Donzelli revient avec une comédie tourbillonnante et d’une grande légèreté. Elle met en scène une ville de Paris noyée sous des trompes d’eau, le climat se dégrade et pas seulement au niveau météorologique. Les parisiens ne cessent de s’envoyer des gifles ! Face à ce chaos, Maud essaie de tout gérer avec maladresse et un charme désarmant. « Notre Dame » a des petits côtés Nouvlle vague d’une grande fraîcheur. Valérie Donzelli manie la fantaisie, la poésie à merveille et son dernier film retrouve l’esprit du premier « La reine des pommes ».

 

  • The lighthouse de Robert Eggers : A la fin du XIXème, deux gardiens de phare accostent sur une île désolée. Ils sont là pour quatre semaines. Il y a le gardien chevronné qui se garde le privilège de s’occuper de la lumière du phare et le débutant qui doit obéir à chaque ordre et faire le sale boulot. Tout se passe bien (ou presque) pendant quatre semaines. Malheureusement, au moment de leur départ, une tempête s’abat sur l’île, empêchant la relève d’arriver. Voilà un film qui ne peut pas s’oublier ! Tout en noir et blanc, le film de Robert Eggers évoque l’expressionnisme. La musique bruitiste, l’austérité de la mise en scène nous plongent dans un univers à part, original et inquiétant (et par moment frisant le fantastique). Et que dire des deux personnages ? Affreux, sales et méchants sont des adjectifs qui les résument assez bien. Ils sont répugnants au possible, leur relation est malsaine. Une fois le retour impossible, la violence et la folie guettent les deux acolytes. Willem Dafoe et Robert Pattinson sont saisissants et franchement dérangeants (ou dérangés !). « The lighthouse » est un film surprenant flirtant avec l’absurde et la folie.