Béatrice de Joris Mertens

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Béatrice plonge tous les matins dans la foule des inconnus qui, comme elle, se rendent à leur travail. Elle travaille aux galeries La Brouette où elle vend des gants. Ce matin-là, sa routine est perturbée par la vue d’un sac rouge abandonné dans la gare. Béatrice est intriguée par ce sac et finit par s’en saisir lorsqu’elle s’aperçoit le lendemain soir qu’il est toujours présent dans la gare. Le mystérieux sac contient un album de photos, celui d’un couple ayant vécu dans les années folles.

« Béatrice » de Joris Mertens est un album magnifique esthétiquement et très émouvant. L’album ne comporte aucun dialogue, aucune didascalie, tout est dit au travers des dessins. Joris Mertens joue avec les couleurs : une prédominance de rouge et de teintes mordorées marquent le début de l’histoire avant de basculer dans un beau noir et blanc. Les compositions des pages sont très cinématographiques. Joris Mertens nous offre des dessins sur deux ou une page, des plans larges, des gros plans. Chaque case est extrêmement soignée, composée dans ses moindres détails.

L’intrigue de « Béatrice » est emprunte de nostalgie, Joris Mertens nous propose une plongée dans le passé. A travers les déambulations de Béatrice, il nous montre l’évolution de la ville à travers les époques. Cette Bande-dessinée est également l’occasion de parler de l’ultra-moderne solitude. Béatrice ne semble pas malheureuse mais nous la sentons perdue au milieu de la foule. Et Joris Mertens lui fait lire « Bonjour tristesse » comme pour nous signifier son état d’esprit. Béatrice n’hésite d’ailleurs pas à se jeter dans des recherches autour de l’album photos et à passer un pacte faustien pour changer de vie.

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« Béatrice » est une bande-dessinée magnifique alliant une mise en page cinématographique, un sens du cadrage élaboré, à une intrigue d’une poésie folle. Un vraie coup de cœur !

Passion et repentir de W. Wilkie Collins

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Lors de la guerre de 1870, deux anglaises vont se croiser sur le front. Mercy Merrick est infirmière dans une ambulance française. Grace Roseberry est en transit. Après le décès de son père en Italie, elle tente de rejoindre l’Angleterre où elle doit être la dame de compagnie de Lady Janet Roy. Un obus va venir frapper la maison où les deux jeunes femmes se trouvent et leurs destinées en seront irrémédiablement bouleversées.

Voilà longtemps que je n’avais pas lu un roman de Wilkie Collins et j’ai été ravie de le retrouver. « Passion et repentir » a une forme particulière. En effet, le roman fut également une pièce de théâtre et il se découpe en plusieurs tableaux. Les lieux de l’action sont très restreints et les dialogues très développés. Ce qui m’a frappée dans ce roman, c’est le fait que les révélations concernant les agissements de Mercy arrivent rapidement. Après le préambule, le lecteur aurait pu s’attendre à ce que cela apparaisse à la toute fin du roman. Mais le suspens n’est pas ce qui intéresse Wilkie Collins dans cette histoire.

Le titre original du livre est « The new Magdalen » et c’est le destin de cette femme qui intéresse avant tout l’auteur. Ce qui est très novateur ici c’est le fait qu’une femme déchue, une anti-héroïne soit au cœur du roman. Cette femme cherche à avoir une seconde chance dans la vie ce que lui refuse la société victorienne si corsetée et moralisatrice. Wilkie Collins dénonce avec force les injustices qui lui ont été faites et qui perdurent. Cette nouvelle Marie-Madeleine est tombée dans le péché par pauvreté, par manque de chance et non par vice. L’histoire montre d’ailleurs à quel point cette femme perdue se montre droite et loyale lorsqu’il le faut. Même si elle est aidée en cela par un homme, ce personnage féminin est particulièrement captivant et bien dessiné.

« Passion et repentir » est un roman un peu à part dans l’œuvre de Wilkie Collins en raison de sa construction théâtrale et de son anti-héroïne. Encore une fois, l’histoire est extrêmement efficace et se dévore avec plaisir.

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La crevette et l’anémone de L.P. Hartley

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Début du 20ème siècle, dans une station balnéaire anglaise, Hilda et Eustache Cherrington profitent de la plage où ils construisent des digues, s’inventent des mondes entre les rochers et comptent les marches les ramenant vers la terre ferme. Ils vivent avec leur père, expert-comptable, leur tante Sarah qui s’occupe de leur éducation depuis la mort de leur mère à la naissance de leur petite sœur Barbara. Hilda, de quatre ans plus âgée, exerce son ascendant sur Eustache et elle tient à ce qu’il salue une veille dame en fauteuil roulant, Mme Fothergill, que certains enfants qualifient de sorcière. Le jeune garçon répugne à l’approcher et pourtant cette rencontre pourrait changer radicalement son avenir.

« La crevette et l’anémone » est le premier volet de la trilogie que L.P. Hartley a consacré à Eustache et Hilda. Celui-ci nous permet de les voir évoluer à la toute fin de l’enfance et nous montre les fondements de la relation entre la sœur et le frère. Hilda est très sûre d’elle, elle s’est positionnée comme mère de substitution pour Eustache et assume les responsabilités morales de ce choix. Eustache est un jeune garçon timoré, manquant totalement de confiance en lui et ne souhaitant que se fondre dans les désirs des autres. « La volonté de mériter l’approbation de sa sœur était la force qui régissait la vie intérieure d’Eustache, il lui fallait conformer son existence à l’idée qu’elle se faisait de lui, réaliser les ambitions qu’elle nourrissait à son égard. » Et la vie intérieure d’Eustache est débordante ! Chaque évènement est pour lui source de nombreuses rêveries ou d’anticipation de situation à venir, son caractère inquiet s’en donne à cœur joie. Les tribulations de Hilda et Eustache ont un charme désuet irrésistible. L.P. Hartley a un sens aigu de la psychologie de ses deux personnages et nous détaille avec justesse les circonvolutions de leurs jeunes esprits. Qu’ils sont attachants Hilda et Eustache et comme leur relation est riche et intense ! La très belle scène d’ouverture du roman en est une métaphore, ils sont inséparables comme la crevette et l’anémone. Nous découvrirons dans le tome 2 si le fait de ne plus être ensemble sera aussi dramatique pour eux que pour les deux créatures marines.

« La crevette et l’anémone » est une lecture délicieuse enfermée dans un écrin parfait : la couverture est sublime et des touches de couleurs turquoise émaillent l’ensemble du texte. J’ai hâte de retrouver Eustache et Hida et de suivre leur évolution vers l’âge adulte.

Traduction Corinne Derblum

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Le messager de L.P. Hartley

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« Le passé est un pays étranger : on y fait les choses autrement qu’ici. Quand je découvris le journal, il était au fond d’une boîte à cols en carton rouge assez fatiguée, dans laquelle, petit garçon, je mettais mes cols d’Eton. Quelqu’un, ma mère, probablement, l’avait remplie de trésors datant de cette époque. » Ce journal est celui de l’année 1900, Léon Colston, aujourd’hui adulte, avait alors 12 ans. Il y a consigné ses journées en pension et surtout ce qu’il a vécu durant l’été de cette année-là. Léon fut invité par un camarade d’école à séjourner pendant les vacances dans sa demeure de Brandham Hall, dans le Norfolk. Léon est quelque peu intimidé par les adultes qui l’entourent mais il tombe rapidement sous le charme de Marian, la sœur aînée de son camarade. Celle-ci doit épouser Lord Trimingham mais son cœur est pris ailleurs. Marian va proposer à Léon d’être son messager auprès de l’homme qu’elle aime mais en lui mentant sur la teneur de ses missives.

« Le messager » de L.P. Hartley est un classique de la littérature anglaise paru en 1953. Ian McEwan s’est d’ailleurs inspiré de ce roman pour écrire son magnifique « Expiation ». « Le messager » a été adapté en 1971 par Joseph Losey et en 2015 par la BBC (c’est par cette adaptation que j’ai découvert cette histoire).

Léon Colston se replonge dans ses souvenirs de cet été 1900 très chaud et qui bouleversa totalement le reste de sa vie. Ce qui m’a frappée dans ce roman est la finesse des descriptions des sentiments, l’acuité de l’analyse psychologique notamment pour le personnage de Léon. Jeune garçon de 12 ans, il est naïf, emprunté, lunaire. Son cœur, sa loyauté ne cessent de pencher pour l’un ou pour l’autre des personnages du triangle amoureux. Il est épris de Marian mais il comprend également qu’elle le manipule. Il est fasciné par Lord Trimingham essentiellement en raison de son titre. L’amoureux de Marian n’est quant à lui qu’un fermier mais il a des qualités humaines et physiques que Léon admire. L’été 1900 est l’occasion de prises de conscience pour lui : celle de la différence de classe, celle de ce que signifie aimer. Cet apprentissage sera douloureux, le goût du secret de Léon oblitérera les dangers et la cruauté de la situation.

« Le messager » est un roman magnifique : sa construction est parfaitement maîtrisée, l’écriture est d’une grande fluidité, le personnage de Léon est très émouvant et son épilogue est saisissante de beauté nostalgique. Un petit bijou de la littérature anglaise comme je les adore.

Traduction Denis Morrens et Andrée Martinerie

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Indice des feux d’Antoine Desjardins

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« Indice des feux » est un recueil de sept nouvelles qui ont toutes pour point commun le désastre écologique qui nous guette. Montée des eaux inquiétantes, disparition des baleines, arrivée en ville de coyotes, disparition soudaine des oiseaux, voilà ce qui constitue le fond des histoires racontées par Antoine Desjardins. Ce monde en pleine crise environnementale crée une profonde anxiété chez les personnages. Comment continuer à vivre alors que tout part à la dérive ? Doit-on accepter que rien ne dure et que le pire est à venir ? Comment sauver ce qui peut l’être ?

Le ton des nouvelles d’Antoine Desjardins est mélancolique et souvent sombre comme dans la nouvelle qui ouvre le recueil « A boire debout ». L’auteur y met en scène un adolescent atteint d’un cancer foudroyant. Derrière les murs de l’hôpital, il regarde le monde s’effondrer, se liquéfier. Sa mort annoncée s’ajoute à celle du monde qui l’entoure pour donner un effet saisissant.

Mais il y a parfois des éclaircies dans les textes de « Indice des feux ». Au cœur du livre se trouve « Feu doux ». Le personnage de Louis, radical et lucide, semble nous montrer la voie à suivre et ce qui nous manque aujourd’hui : « Je te dis, Cédric. Çà sert à rien d’essayer de sauver la planète, les océans, la forêt amazonienne ou les koalas. Ce qu’il faut sauver…ce qu’il faut rétablir, soigner, rapiécer, c’est notre relation au monde dans lequel on vit trop souvent en surface, sans y être vraiment. Sauver notre relation à la nature, au vivant, parce que tout le reste en dépend. Tu me suis. » Louis a d’autres alliés dans le recueil, d’autres personnages respectent et comprennent la nature : la tante Angèle de « Générale » dont la fin est glaçante, le grand-père du narrateur de « Ulmus americana » qui prend ardemment soin de son orme. Cette nouvelle clôt le recueil et l’histoire du grand-père et de son arbre est de celle qui serre le cœur et fait monter les larmes aux yeux.

Toutes les nouvelles n’ont pas la même force percutante mais toutes sont intrigantes, inquiétantes et nous questionnent. La langue d’Antoine Desjardins est vivante, inventive et imagée. Elle exprime parfaitement la détresse, la perte de sens mais également l’infinie tendresse qui peut exister entre les êtres.

Friday Black de Nana Kwame Adjei-Brenyah

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« Friday Black » est un recueil de douze nouvelles écrit par un jeune auteur américain d’origine ghanéenne : Nana Kwane Adjei-Brenyah. Les nouvelles sont toutes des dystopies qui se situent dans un futur proche. Les situations présentées résonnent avec notre quotidien, avec l’actualité. Chaque histoire paraît donc plausible et vraisemblable.

L’auteur y fustige la société de consommation, le consumérisme à outrance. C’est le cas de la nouvelle qui donne son titre au recueil. Un jour ordinaire de Black Friday se transforme ici en pugilat, les gens sont prêts à mourir, à se faire piétiner pour une parka en soldes.

Le racisme, la violence faite aux noirs aux États-Unis est également l’un des axes marquant du recueil. Deux de mes nouvelles préférées portent sur ce thème. Le livre s’ouvre sur « Les 5 de Finkelstein » où cinq enfants noirs ont été décapités à la tronçonneuse par un homme blanc qui s’était senti menacé et a voulu protéger ses propres enfants. L’homme a été jugé et acquitté. L’autre nouvelle s’intitule « Zimmerland » Il s’agit du nom d’un parc d’attractions conçu pour que les blancs puissent assouvir leur haine, leurs fantasmes de violence sur les noirs. Nana Kwane Adjei-Brenyah ne fait que pousser un peu le curseur par rapport à ce qu’est aujourd’hui le fait d’être noir aux États-Unis.

Les douze nouvelles sont sombres, marquées par la violence, l’injustice, la pauvreté. Certaines empruntent aux codes de la science-fiction avec des personnages coincés dans une boucle temporelle ou des manipulations génétiques censées « optimiser » les enfants. Ce qui m’a frappée à la lecture de « Friday Black », c’est l’inventivité de son auteur qui réussit à renouveler, à rafraîchir le genre de la dystopie.

Le premier recueil de nouvelles de Nana Kwane Adjei-Brenyah est une réussite. Ces histoires nous plongent dans un univers dystopique extrêmement familier. Avec mordant et lucidité, il souligne les travers de notre société.

Traduction Stéphane Roques

Merci aux éditions Albin Michel et au Picabo River Book Club pour cette découverte.

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La dixième muse de Alexandra Koszelyk

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Après le décès de son père, Florent se sent perdu, apathique. Pour le sortir de sa torpeur, son ami Philippe lui propose de l’accompagner au cimetière du Père Lachaise où il doit s’occuper des racines d’un arbre qui ont engorgé des canalisations. Lors de sa visite, Florent découvre la tombe de Guillaume Apollinaire. Pour se remémorer cet instant, il rapporte chez lui un morceau de bois. A partir de là, Florent semble obsédé, habité par le poète. Sa vie bascule de plus en plus dans l’étrange.

J’ai pris grand plaisir à lire le deuxième roman d’Alexandra Koszelyk. Elle rend ici un très bel et original hommage à Guillaume Apollinaire. Le poète est évoqué au travers de chapitres où ses proches parlent de lui : Picasso, Marie Laurencin, Louise de Coligny, Jacqueline Kolb, Annie Playden, le frère de Guillaume et bien d’autres. Tous évoquent un être lumineux, flamboyant, aussi amoureux de la vie que des femmes et habité par la poésie. Chacun de ses chapitres s’intercale avec ceux consacrés à Florent. Ils dessinent un beau portrait du poète mort trop tôt et qui continua d’exister au travers des souvenirs de ceux qui l’ont aimé.

Mais « La dixième muse » n’est pas qu’un portrait de Guillaume Apollinaire. Le début du roman est réaliste puis il glisse progressivement vers le fantastique, la magie. L’attachement d’Apollinaire à la nature, aux arbres prend de l’ampleur au fur et à mesure. Florent se reconnecte à la nature par le biais de la poésie, il prend conscience de sa part protectrice et nourricière. Il comprend qu’il fait partie d’un tout. Et l’œuvre d’Alexandra s’enfonce toujours plus loin dans le merveilleux, le mythologique pour nous entraîner vers une fin un peu déconcertante et étonnante. L’antiquité rejoint le présent, la nature la poésie dans un final aux allures de conte.

« La dixième muse » est à la fois un bel hommage à Guillaume Apollinaire, une fable gothique et écologique qui explore la frontière entre le réel et la fiction. Alexandra Koszelyk nous rappelle qu’il y a de la magie dans notre monde et qu’il suffit d’ouvrir les yeux pour s’en apercevoir.

Bilan livresque et séries de janvier

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Ce premier mois de l’année aura été très satisfaisant en terme de lectures. Pour le moment, je ne vous ai parlé que de « Sublime royaume » qui m’a permis de découvrir la talentueuse Yaa Gyasi et de « Là où chantent les écrevisses » qui fut une déception. Je vous reparle très vite du très original deuxième roman d’Alexandra Koszelyk, du premier recueil de nouvelles d’un jeune auteur américain : Nana Kwame Adjei-Brenyah, du formidable premier tome de la trilogie de Timothée de Fombelle consacrée à la jeune Alma et des trois jours que j’ai passé en compagnie du bougon Paul Cézanne. J’ai également découvert deux formidables BD dont je ne manquerai pas de vous parler : « Béatrice » de Joris Mertens, une merveille sans parole, « Peau d’homme », conte féministe se déroulant à la Renaissance.

Côté séries et films :

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1939, Edith Pretty, propriétaire d’une demeure à Sutton Hoo dans le Suffolk, engage Basil Brown, un archéologue amateur, pour explorer d’étranges monticules présents sur ses terres. Edith s’intéresse aux fouilles archéologiques depuis l’enfance et a un pressentiment sur ce que peuvent cacher les monticules. Son intuition se révèlera exacte puisque Sutton Hoo est le lieu d’une des plus grandes découvertes archéologiques en Angleterre.

Le film de Simon Stone s’inspire d’un livre de John Preston s’inspirant lui-même de faits réels. Edith Pretty est très attachée aux traces du passé, comme Basil. Leur passion commune n’a que plus de sens dans une époque qui va bientôt basculer dans le chaos de la deuxième guerre mondiale. L’ancrage dans le passé rend probablement le présent moins vacillant. La mise en scène de Simon Stone est élégante, les cadrages sont très travaillés. La photographie est splendide et met en valeur la lumière, les paysages du Suffolk. Les magnifiques cieux semblent intemporels jusqu’à ce qu’ils soient traversés par les avions de la RAF. Certaines scènes sont particulièrement marquantes comme celles où Basil est enseveli sous la terre d’un des monticules.

Le film est servi par des acteurs d’une grande justesse : Carey Mullingan et Ralph Fiennes. Tous deux sont remarquables. Entre force et faiblesse, leurs deux personnages tentent de défendre leur extraordinaire découverte. Leur amitié sans faille se construit devant nos yeux et nous les rend infiniment attachants. Les deux acteurs sont, comme à leur habitude, brillants.

« The dig » est une très belle découverte, un film d’une grande douceur sur une découverte archéologique majeure et qui met en scène deux personnages fragiles, émouvants et passionnés par leurs fouilles. La subtile interprétation de Carey Mulligan et de Ralph Fiennes est l’un des atouts majeurs du film.

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Quand le jeune Henry Shackleford croise la route de l’abolitionniste blanc John Brown, sa vie en est irrémédiablement bouleversée. Son père va mourir lors de cette rencontre. John Brown décide alors de prendre sous son aile ce jeune esclave qu’il prend pour une fille. Henry va donc partager la vie de l’armée de John Brown affublé d’une robe et d’un surnom ridicule :  « Onion ». John Brown mène le combat de l’abolition de l’esclavage avant la guerre de Sécession et il est bien souvent seul contre tous.

Je n’ai pas lu le roman de James McBride dont est tiré la série mais je le regrette après l’avoir vue. Ethan Hawke et le scénariste Mark Richard ont réussi là une formidable adaptation, une série enthousiasmante de sept épisodes. Ce qui frappe d’emblée, c’est la démesure, l’exaltation de John Brown. Il vitupère, semble habité d’une folie furieuse et dévorante. La série le montrera aussi emprunt d’une grande humanité qu’il met au service de son juste combat qu’il mènera jusqu’au bout. Ethan Hawke incarne avec brio ce personnage tout de bruit et de fureur. Sa prestation est éblouissante. Face à lui, Onion est interprété par le formidable Joshua Caleb Johnson toujours juste. L’incroyable et picaresque odyssée de l’armée de John Brown est extrêmement réjouissante et pleine d’ironie face à l’histoire des États-Unis.

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Didier Mathure est un brillant ingénieur dans l’aérospatiale. Son avenir semble plus que compromis lorsque sa fusée explose quelques secondes après son décollage. Il est alors muté au GEPAN, bureau spécialisé dans les manifestations d’Ovnis en France. Il y découvre une équipe composée de trois personnes, toutes plus lunaires les unes que les autres. Didier, scientifique cartésien, tente alors de leur prouver que tout peut s’expliquer, jusqu’à ce que le doute commence à s’immiscer dans son esprit.

Il est rare que la fiction française s’empare d’un tel sujet et on peut saluer l’originalité de la série. Nous sommes plongés dans une atmosphère rétro et qui se révèle de plus en plus poétique au fil des épisodes. Ceux-ci sont courts et il faut laisser un peu de temps à la série pour s’installer. Les personnages sont tous extrêmement attachants, enfantins et doux rêveurs. On aimerait que les Ovnis existent uniquement pour voir briller les yeux de Véra, la standardiste du GEPAN. En tête du formidable casting, on trouve un Melvil Poupaud, toujours parfait,  prêt à faire vaciller ses certitudes, s’enfonçant de plus en plus dans le brouillard pour mieux se redécouvrir.

De l’humour, de la nostalgie, de la tendresse, voici ce qui composent le ton d’Ovni(s), série atypique et hautement sympathique.

 

Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais

Il y a dix ans, trois amoureuses de l’Angleterre créaient le Mois anglais pour partager leur passion pour cet incroyable pays, ses auteur.e.s,  ses artistes, ses lieux magiques, sa Royal family et sa cuisine (si si).

Un challenge né sur les blogs, qui a permis de belles rencontres et de magnifiques découvertes. Qui a demandé beaucoup d’investissement, d’heures passées sur des billets recap, de soirées studieuses récompensées par notre profond attachement à notre bébé si English et par les échanges généreux avec des participants au top (pour certaines depuis le tout début!).

C’est donc avec beaucoup de joie que pour fêter les dix ans de notre challenge so English,  Lou, Cryssilda et moi avons décidé de vous inviter à partir en Angleterre tout au long de l’année.

Le covid-19 retarde les projets de voyage, mais il n’empêche pas les escapades littéraires et imaginaires dont nous avons tellement besoin !

Alors, amis de l’Angleterre, nous avons hâte de vous retrouver pour un voyage au long cours plein de chouettes thématiques.

 

Et bien sûr, à tout moment de l’année, vous pourrez participer librement : photos de vos randos et visites, lectures, séances ciné, essais culinaires… on a hâte de découvrir vos idées !

Sur Facebook, nous utiliserons à l’année le groupe A Year in England mais en juin nous retrouverons notre groupe Le Mois anglais, of course !

Sur Instagram, il suffira d’utiliser le tag #ayearinengland et de taguer @ayearinengland2021 pour partager vos posts.

On a ouvert notre cottage qui sentira bientôt bon la glycine et les scones, on vous attend pour le thé.

Welcome home !

 

Là où chantent les écrevisses de Delia Owens

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Kya Clark est née dans le marais côtier de Barkley Cove en Caroline du Nord. A l’âge de 10 ans, elle se retrouve seule à vivre dans ses marécages. Sa mère et ses frères et sœurs ont fui le père alcoolique et brutal. Ce dernier a lui-même fini par ne plus revenir dans la cabanon délabré qui leur sert de maison. Kya réussit à échapper aux services sociaux, à l’école où l’on se moque d’elle. Elle survit grâce à la pêche et à la gentillesse de Jumping, qui gère une station service, et sa femme Mabel. A 14 ans, Kya va croiser la route d’un adolescent, Tate, et sa vie va en être changée.

« Là où chantent les écrevisses » est le premier roman de Delia Owens, une zoologue américain de 71 ans. Son métier transparaît totalement dans ce texte qui est émaillé de nombreuses descriptions de la faune qui peuple le marais où vit Kya. Cette aspect du roman est essentiel dans la vie de l’héroïne. Kya collectionne dès le plus jeune âge les plumes d’oiseaux, les coquillages et elle finira par faire de l’étude du marais un métier.

Le côté nature writing  est ce qui m’a le plus intéressée dans « Là où chantent les écrevisses ». Mais le texte est également un roman d’apprentissage et un roman policier. Deux temporalités coexistent dans le roman : la première débute en 1952 et nous expose la vie de Kya après le départ de sa mère, la deuxième se déroule à partir de 1969 et de la découverte du cadavre d’un homme retrouvé sous la tour de guet du marais. Autant vous le dire tout de suite, je n’ai pas été emballée par cette lecture. Certes, le cadre est singulier et plutôt bien rendu. Mais l’intrigue n’est en rien palpitante. Le côté policier du roman ne nous offre aucune surprise. Le final est somme toute prévisible. L’écriture m’a paru vraiment plate et fade (les dialogues aussi !) et cela a contribué au peu d’intérêt que j’ai ressenti pour l’intrigue. La psychologie des personnages n’est pas approfondie. Ils manquent singulièrement de chair, d’incarnation et n’ont déclenché aucune empathie chez moi.

« Là où chantent les écrevisses » fut une lecture décevante qui sera très vite oubliée. Seules les descriptions de la faune et la flore du marais ont réussi à éveiller un peu mon attention.