La promo 49 de Don Carpenter

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A Portland, Oregon, les élèves de la promo 49 du lycée Adams, vont bientôt terminer leurs études. Certains iront à l’université, certains vont se mettre à travailler, d’autres vont s’engager dans l’armée. C’est le moment de choisir sa voie, de rentrer dans l’âge adulte.

En vingt quatre chapitres, Don Carpenter nous offre des instantanées de vie ; chaque chapitre est une histoire à part entière, s’apparentant à une nouvelle. Mais nous retrouvons les différents personnages d’un chapitre à l’autre. Ce sont de jeunes gens qui profitent de la vie, font la fête, vont à la plage, draguent dans les bals de fin d’année. Et pourtant, une ombre apparaît déjà sur leurs destinées. La fin de l’insouciance est proche et les récits sont emprunts de tristesse, de mélancolie. Certains vont devoir sacrifier leurs rêves, leurs envies de poursuivre leurs études pour commencer à travailler ou pour se marier. D’autres n’auront pas la chance de connaître les contraintes de la vie d’adulte.

Don Carpenter a l’art de dresser les portraits de ces jeunes gens en quelques pages, de restituer une ambiance, une époque. Sa plume est limpide, précise, elle capte parfaitement les émotions des personnages. L’économie de moyens de son écriture sert le fond et rend ses personnages extrêmement touchants.

« La promo 49 » est le premier livre de Don Carpenter que je lisais et la question que je me pose est : pourquoi ai-je attendu aussi longtemps pour découvrir cet auteur ?

Traduction Céline Leroy

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Ce lien entre nous de David Joy

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Darl Moody habite dans un mobil home en Caroline du Nord, dans la régions des Appalaches. Un soir où il braconne sur une propriété privée, il tue un homme alors qu’il pensait avoir un sanglier dans sa ligne de mire. Le problème, c’est que le cadavre est celui de Sissy Brewer dont le frère Dwayne est connu pour sa brutalité. Darl panique et fait appel à son meilleur ami, Calvin Hooper, pour se débarrasser du corps. Mais Dwayne ne tarde pas à être à leurs trousses.

« Ce lien entre nous » est le premier roman de David Joy que je lisais et mon avis est mitigé. Le personnage de Dwayne Brewer est finalement le personnage principal du roman et il est particulièrement intéressant et bien construit. Dwayne n’est pas un archétype de brute épaisse sans âme ni cœur. Il n’est pas monolithique et nous apprenons à le découvrir au fil des pages. Une enfance difficile, violente explique son parcours mais également son amour pour son petit frère Sissy. La protection de ce dernier donne tout son sens à sa vie et sa mort le bouleverse et le rend enragé. Ce que j’ai également beaucoup apprécié est l’inscription de l’intrigue dans un territoire : les Appalaches (que l’on retrouve également chez Ron Rash ou Taylor Brown). Il s’agit là d’un coin paumé, pauvre où le chômage est la norme, où l’on vit dans des mobil homes délabrés et où les magouilles permettent de survivre. Mais David Joy nous offre également de superbes descriptions des paysages qui soulignent leur grandeur.

Mais l’intrigue de David Joy souffre, à mon goût, d’un manque de tension dramatique. Sans trop en dire, Calvin se retrouve avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête qui devrait être source de suspens. Je n’ai malheureusement à aucun moment senti le côté haletant de l’histoire. Autre problème, le rôle du policier qui est totalement artificiel et dérisoire. Et par moments, il paraît au mieux amnésique, au pire parfaitement idiot.

« Ce lien entre nous » est un roman plaisant à lire, dont l’écriture m’a plu, mais qui manque singulièrement de tension pour accrocher son lecteur.

Traduction Fabrice Pointeau

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Les sœurs de Blackwater de Alyson Hagy

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Dans une Amérique décimée par des fièvres mystérieuses, des hordes de mercenaires font régner la peur et le chaos. Des groupes d’individus, les Indésirables, se regroupent dans des campements. Une femme a réussi à conserver la ferme familiale. Elle y vit seule et tient les autres en respect grâce au talent qu’elle propose : l’écriture. Elle seule sait encore fabriquer du papier et de l’encre. Sa sœur, décédée, avait quant à elle des pouvoirs de guérisseuse. L’arrivée d’un homme, Mr Hendricks, va changer la vie de l’héroïne. Il souhaite non seulement qu’elle écrive une lettre mais il souhaite également qu’elle la délivre en personne dans une ville lointaine.

« Les sœurs de Blackwater » est un roman étrange qui nous donne peu de repères. Nous sommes probablement dans une dystopie mais nous pourrions également être dans une époque passée (j’ai notamment pensé à la guerre de Sécession). L’héroïne n’a elle-même pas de prénom ou de nom. Alyson Hagy réussit parfaitement à créer une ambiance trouble mais également pesante, tendue où tout semble être une menace. Nous sommes dans une Amérique où les rêves, les espoirs ont fait long feu. « Des terres – chaque homme, chaque femme et chaque enfant, à bord de ces chariots, croyait que son bonheur l’attendait sur un lopin de terre planté d’arbres sombres. Plus personne, aujourd’hui n’avait foi en ces rêves de bonne fortune. Cette naïveté avait vécu. Une loi plus cruelle prévalait désormais : prendre ou être pris. » Dans ce monde monde brutal et sans pitié, la femme et Mr Hendricks portent tous les deux le poids de la culpabilité, d’un passé d’enfermement et de douleurs. Tous deux cherchent une forme de rédemption.

Ce qui est plaisant dans le roman d’Alyson Hagy, c’est sa volonté de célébrer la puissance de l’imaginaire. Ici se mélangent le réalisme, les rêves, les fantômes et les légendes. L’héroïne, qui est l’héritière des sorcières, fonde son pouvoir sur l’écriture. Les lettres, qu’elle rédige, ont le pouvoir de soulager, de laver les péchés de ceux qui les commandent. L’écriture peut guérir, peut permettre d’expier et de se réconcilier avec soi-même et les autres.

« Les sœurs de Blackwater » est un roman à la langue belle et intrigante. Le lecteur doit accepter de perdre ses repères, de ne pas tout saisir pour se laisser envoûter par ce texte étonnant.

Traduction David Fauquemberg

Merci aux éditions Zulma et à La Bande.

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L’oiseau canadèche de Jim Dodge

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Jonathan Adler Makhurst II, dit Titou, perd très tôt son père puis sa mère. Il ne lui reste que son grand-père maternel mais l’administration rechigne à lui confier la garde de son petit-fils. Jake est en effet adepte du jeu et de la distillerie d’alcool fort. Un indien lui a un jour révélé les secrets d’une boisson carabinée, source d’immortalité. Jake nomme son tord-boyau « Vieux Râle d’Agonie ». Malgré  son mode de vie hors-norme, il se bat pour obtenir la garde de Titou et finit par gagner. Le grand-père de 80 ans et son petit-fils vont parfaitement s’entendre malgré des caractères forts différents. « Ces différences qu’on pourrait multiplier à plaisir tant elles étaient nombreuses, restaient pourtant superficielles. Si les similitudes des deux hommes étaient rares, elles avaient beaucoup de fond : elles reposaient sur l’amour émerveillé qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre, sur une gentillesse qui allait bien au-delà de la simple tolérance : un accord du sang qui touchait le cœur de l’un comme de l’autre. » Le quotidien des deux hommes s’écoulent paisiblement entre parties d’échecs, confection du Vieux Râle d’Agonie et fabrication de clôture (la passion de Titou) lorsqu’un caneton va faire irruption dans leurs vies.

« L’oiseau canadèche » est un court roman qui a des allures de conte. Le ton du livre est cocasse et malicieux. Jim Dodge nous fait rencontrer une famille des plus atypiques. Pépé Jake est un personnage haut en couleurs, libertaire, fuyant à tout pris la normalité. Titou reste marqué par la mort de ses parents (il prend du Vieux Râle d’Agonie avant de se coucher pour éviter les mauvais rêves) mais également celle de son chien tué par un sanglier surnommé Cloué-Legroin. Celui-ci est à Titou ce que Moby Dick est à Achab. Et il ne faut pas oublier de citer Canadèche, le 3ème personnage de ce roman ! Cette femelle colvert est incroyablement vorace, elle se comporte comme un chien et ne vole pas. Un canard hors-norme à l’image de ceux qui l’ont recueilli ! « L’oiseau canadèche » est un roman plein de fantaisie, facétieux comme Pépé Jake. Mais il est aussi plein de tendresse, de sérénité face au temps qui passe, à la mort.

Je découvre Jim Dodge avec ce court texte drôle et tendre, une jolie fable lumineuse que je vous invite à découvrir à votre tour.

Traduction Jean-Pierre Carasso

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Neverhome de Laird Hunt

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Constance vit avec son mari Bartholomew dans la ferme de l’Indiana qui l’a vue grandir. Quand éclate la guerre de Sécession, Constance prend la décision de rejoindre les armées confédérées à la place de son mari. Elle se sait bien plus solide que lui. Travestie en homme, Constance écrit rapidement sa légende sous le nom de Ash Thompson. Elle est courageuse, excellente tireuse et elle ne tente pas de s’enfuir à la moindre occasion. Après de nombreux jours de combats, Constance se retrouve séparée de son régiment. Son retour chez elle se transforme en une véritable épopée. 

Laird Hunt aborde la guerre de Sécession de manière originale à travers le regard de Constance. Le fait est peu connu mais de nombreuses femmes nordistes et sudistes se sont engagées durant cette guerre. Certaines ont laissé des témoignages comme Loretta Velazquez qui publia ses mémoires en 1876 ou Sarah Rosetta Wakeman dont les lettres sont connues. Le livre de Laird Hunt est une sorte d’Odyssée où Ulysse-Bartholomew reste à la maison pour attendre Pénélope-Constance. Cette dernière écrit son témoignage bien des années après le conflit, avec le recul qu’elle ne pouvait pas avoir lorsqu’elle était plongée au cœur de  la bataille. Son voyage fut émaillé de violence, de rencontres bonnes ou mauvaises, d’épreuves et les âmes des morts accompagnent Constance. Elle converse régulièrement avec sa mère dont le destin tragique nous sera dévoiler au fur et à mesure. La brutalité, la mort entourent Constance et la changent. Son passage dans un asile parachève ce cheminement au plein cœur des ténèbres. Constance ne peut en sortir indemne ; ce qu’elle a vu, ce qu’elle a subi et fait subir la conduisent irrémédiablement vers un drame encore plus épouvantable. « Neverhome » n’est pas un énième roman sur la guerre de Sécession, c’est avant tout un très beau portrait de femme, émouvant, puissant.

« Neverhome » est un roman plein du bruit et de la fureur de la guerre et de la folie des hommes. Un monde violent où Laird Hunt plonge son héroïne et rend ainsi hommage à celles qui se sont engagées durant la guerre de Sécession. Un portrait de femme saisissant et captivant. 

Traduction Anne-Laure Tissut

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Brown girl dreaming de Jacqueline Woodson

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Dans « Brown girl dreaming », Jacqueline Woodson nous parle de son enfance, de ses origines et de la manière dont elle est devenue écrivaine. Ce livre, qui a remporté à juste titre de nombreux prix, est écrit sous la forme de poèmes en vers.

Jacqueline Woodson est née en 1963 et elle ouvre son texte sur les combats qui ont été menés et qui perdurent pour permettre aux enfants noirs  de naître libres aux États-Unis. Au travers de son texte, elle évoque Martin Luther King, Angela Davis, Malcolm X, James Baldwin, Shirley Chisholm. Jacqueline Woodson inscrit son histoire personnelle dans celle de la lutte pour les droits civiques. Grandir dans les années 60 et 70, c’est le faire à l’ombre des lois Jim Crow. Quand les enfants prennent le bus avec leur mère pour aller dans le Sud, ils s’installent tout au fond du bus. A Greenville, en Caroline du Sud, les panneaux « White only » sont encore visibles sous la couche de peinture. La famille de Jacqueline Woodson incarne l’Histoire de l’Amérique et la disparité de traitement des afro-américains entre le Nord et le Sud. Son père est originaire de Colombus, dans l’Ohio. Son arrière-arrière-grand-père paternel est né libre en 1832, il a travaillé dans sa propre ferme et dans des mines de charbon. Il a combattu durant la guerre de Sécession. Du côté de sa mère, les origines viennent de Greenville. Les arrières-arrières-grands-parents étaient des esclaves. Quand les parents de Jacqueline se séparent, elle va vivre à Greenville chez ses grands-parents dans un quartier réservé aux noirs. Ils iront ensuite s’installer à New York où le Sud, ses odeurs, ses bruits, lui manqueront terriblement.

Les souvenirs de sa vie chez ses grands-parents à Greenville amènent Jacqueline à imaginer des histoires qui évoquent sa vie là-bas. Très tôt, elle a le goût des récits, de raconter des histoires à ses frères et sœur, à ses amis. Jacqueline Woodson peine à apprendre à lire mais elle comprend rapidement l’infinité des possibles que lui offrent les mots. Être écrivain est une évidence pour elle. « Brown girl dreaming » est d’ailleurs la preuve éclatante du talent de Jacqueline Woodson.

« Brown girl dreaming » est constitué de courts poèmes racontant les petits riens de l’existence, les drames, les joies qui ont émaillé la vie de Jacqueline Woodson. Émouvants, infiniment poétiques, ses instants de vie sont sublimés par l’écriture de l’auteure.

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L’éveil de Kate Chopin

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Edna Pontellier est en vacances au bord de la mer, à Grand-Isle, avec ses enfants et son mari qui fait des aller-retours le week-end. Durant l’été, Edna rencontre Robert Lebrun dont elle tombe amoureuse. Cette relation platonique va éveiller les sentiments, les sens d’Edna. Elle se redécouvre, aspire à une vie nouvelle et indépendante. Sa soif de vivre va rendre son retour à la réalité très difficile. Son mariage et ses enfants lui pèsent et lui apparaissent comme des freins à son émancipation.

« L’éveil » a été publié en 1899 et la forte indignation que le roman provoqua, empêcha ensuite Kate Chopin d’écrire à nouveau. Cet émoi s’explique par le vent de liberté qui souffle sur la vie d’Edna. Bien qu’elle respecte son mari et ne veut pas lui causer de tort, elle comprend que ce mariage était une erreur : « Elle s’imaginait qu’ils avaient une communauté de goût et de pensée, ce en quoi elle se trompait. » A son retour de Grand-Isle, Edna délaisse sa maison, n’organise plus de soirées, ne rend plus les visites qu’on lui rend. Elle ne s’oblige plus à être une femme parfaite comme son amie Mme Ratignolle. Edna ne se sent plus être une épouse mais elle ne se sent pas non plus mère. Elle adore ses enfants mais ne serait pas prête à sacrifier sa personnalité pour eux. Ni son mari, ni ses enfants ne comblent le vide qu’Edna ressent.

Willa Cather parlait de « L’éveil » en le qualifiant de « Bovary créole ». Edna, comme Kate Chopin, évolue dans la haute société créole de la Louisiane. L’auteure était une admiratrice de Maupassant et de Flaubert. Les deux héroïnes, Edna et Emma Bovary, ont de nombreux points communs. Toutes deux trompent l’ennui de la vie quotidienne en ayant des amants, toutes  deux se perdent dans des rêves romantiques. Mais, alors qu’Emma sombre, Edna se révèle, prend son élan. Une très belle scène du roman symbolise cela parfaitement.  Lors de son été à Grand-Isle, Edna ose nager loin du rivage, plus loin qu’elle ne l’avait jamais fait. Un sentiment de liberté inouïe l’envahit alors et c’est cette sensation qu’elle essaiera de retrouver.

Dans un style très fluide, très agréable, Kate Chopin nous dépeint un an dans la vie d’Edna Pontellier, une année où la jeune femme tente de s’émanciper, d’échapper à une destinée toute tracée. Un roman féministe avant l’heure.

Traduction Michelle Herpe-Voslinsky

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Le pouvoir du chien de Thomas Savage

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Montana, années 1920, Phil et George Burbank travaillent dans le ranch familial. Les parents ont pris leur retraite en laissant leurs fils gérer la grande exploitation. Phil est un cow-boy à l’ancienne, il est rustre, n’aime pas se laver et il domine les employés qui travaillent au ranch. Mais il est également extrêmement brillant et charismatique. George est rondouillard, maladroit, taiseux. Leur vie à deux est bien calée, routinière. Et c’est George qui va tout faire imploser en épousant la veuve d’un médecin, Rose. Phil est stupéfait par le choix de son frère et n’apprécie guère le changement imposé par son mariage. Il compte bien faire payer Rose en lui rendant la vie insupportable et il en fera de même avec son fils Peter qui viendra également vivre au ranch.

« Le pouvoir du chien » fut publié en 1967 et créa quelques remous à sa sortie. La figure centrale du cow-boy solitaire, fort et virile est effectivement mise à mal et questionnée dans le roman. C’est donc au mythe de l’Ouest américain que s’attaque Thomas Savage. « Le pouvoir du chien » est basé sur un jeu de de pouvoir, de domination. Tout se joue entre les quatre personnages principaux (Phil George, Rose et Peter). Nous sommes quasiment dans un huis-clos psychologique. Phil exerce son pouvoir sur son entourage, il domine depuis toujours son frère sans que celui-ci se rebelle. Phil est brutal mais on sent également chez lui une vraie dépendance à son frère. Phil vit dans la nostalgie de leurs jeunes années. L’époque change pourtant, la modernité (électricité, voiture) s’impose et les Indiens disparaissent de la région et sont emmenés dans des réserves (ils font l’objet d’un chapitre magnifique et très touchant). Le monde qu’a aimé Phil disparait sans qu’il puisse faire quoique ce soit. En revanche, il peut en vouloir à Rose de le priver de la compagnie exclusive de son frère.

L’intrigue se développe lentement, le malaise s’installe au fur et à mesure des humiliations endurées par Rose. L’arrivée de Peter, jeune homme gringalet et contemplatif, modifie les forces en présence au ranch. Mais je vous laisse découvrir ce qu’il adviendra à ce quatuor. Et il vous faudra attendre les dernières lignes du roman pour le savoir !

« Le pouvoir du chien » est un roman âpre, au rythme lent, un roman quasiment psychologique où s’affrontent les membres d’une même famille. Indubitablement un grand classique de la littérature américaine.

Traduction Laura Derajinski

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Que le diable m’emporte de Mary MacLane

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« Et donc vous voici en possession de mon Portrait. C’est l’enregistrement de trois mois de Néant. Ces trois mois ressemblent trait pour trait aux trois mois qui les ont précédés, certes, et aux trois mois qui les ont suivis – et à tous les mois qui sont nés et morts avec moi, depuis la nuit des temps. Il n’y a jamais rien de différent ; jamais rien ne se produit. » Mary MacLane, née en 1881 à Winnipeg au Canada, écrit à l’âge de 19 ans son journal du 13 janvier au 13 avril 1901. A partir de quatre ans, elle vit aux États-Unis dans le Minnesota puis dans le Montana. On découvre entre les pages de ce livre, une jeune femme d’une franchise désarmante et d’un orgueil à la hauteur de celle-ci. Elle dit être un génie mais également une voleuse et une menteuse ! Elle n’esquive pas ses défauts, ses défaillances. Elle s’aime autant qu’elle se déteste. Son témoignage est exalté, elle ressent tout avec une intensité peu commune. Elle se distingue du commun des mortels et des jeunes filles de son temps.

D’ailleurs, elle n’a pas d’amie. Elle ne supporte ni sa mère, ni ses frères et sœurs. Mary sait qu’elle ne comptait pas pour son père qui est mort lorsqu’elle avait huit ans. La jeune femme fait de longues promenades dans une nature stérile, désespérément seule. « C’est dur – si dur ! – d’être une femme, seule, totalement isolée, et pleine de désirs… Quel lourd fardeau ! » Mary n’attend pourtant que le bonheur, être aimée par quelqu’un. Et ce quelqu’un sera le Diable ! Pas étonnant que son livre ait choqué à sa sortie tant Mary en appelle au Diable ! Seul ce dernier semble capable à ses yeux de la sortir du morne ennui dans lequel elle est plongée. « Quand la nuit fut tombée, je portai sur mon sable stérile un regard flou, aveugle, désirant seulement, le cœur lourd et triste, l’arrivée du Diable. »

Ce qui frappe également dans son témoignage, c’est la place que prend le corps. Mary MacLane n’hésite pas à parler de son physique (et de son foie !), des pulsions et désirs qui émanent de celui-ci. Elle décrit un corps de jeune femme vibrant, vivant, ce qui était sans aucun doute rare à l’époque de l’écriture de ce journal.

« Que le diable m’emporte » est un journal intime, fiévreux, intense et anticonformiste. Publié en 1902, il remporta un immense succès. Mary MacLane écrivit un second livre, « I, Mary MacLane », fit du cinéma et mourut en 1929 de façon mystérieuse et oubliée de tous.

Traduction Hélène Frappat

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Nickel boys de Colson Whitehead

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Elwood Curtis habite avec sa grand-mère à Tallahassee, Floride. Nous sommes dans les 60’s et les lois Jim Crow régissent le quotidien de cet adolescent afro-américain. Travailleur, sérieux et curieux, Elwood voit sa vie changer quand sa grand-mère lui offre un disque des discours de Martin Luther King. Il est galvanisé par ce qu’il entend et son avenir semble alors plus lumineux. Il l’est d’autant plus qu’Elwood obtient le droit de suivre des cours à l’université. C’est en s’y rendant que sa chance va tourner. Il est arrêté injustement par la police et envoyé à la Nickel Academy, une maison de redressement pour jeunes délinquants.

Avec « Nickel boys », Colson Whitehead entre dans le cercle très fermé des détenteurs de deux prix Pulitzer. Le point de départ de ce roman fut la découverte par l’auteur de la Dozier School for boys en Floride. En 2009, des fouilles ont mis à jour un cimetière non officiel révélant ainsi le supplice enduré par les élèves pendant des décennies. Comme dans « Underground railroad », Colson Whitehead étudie le racisme institutionnalisé et la propension de l’espèce humaine à tomber dans la violence. A Nickel, Elwood va découvrir cette terrible réalité : « La violence est le seul levier qui soit assez puissant pour faire avancer le monde. » Son idéalisme,  son innocence sont mis à mal par les traitements inhumains, les humiliations et la brutalité des employés de la Nickel Academy. Pour y survivre, il faut courber l’échine encore plus qu’à l’extérieur. La seule lueur d’espoir pour Elwood sera l’amitié d’un autre garçon, Turner.

Encore une fois, les propos de Colson Whitehead résonne puissamment avec l’actualité. Entre les pages sourd une colère, une indignation face au sort de ses jeunes garçons. Mais l’auteur a l’intelligence de garder la violence en coulisse, il ne fait pas dans le sensationnel pour choquer son lectorat. Il se concentre sur l’amitié des deux garçons qui crée un îlot d’humanité dans l’horreur du quotidien de l’institution. Inutile de vous dire que Elwood et Turner sont infiniment attachants et que vous ne les oublierez jamais.

Avec sobriété, concision, Colson Whitehead nous livre le récit implacable et cruel de la vie de deux adolescents afro-américains dans une maison de redressement. Encore une fois, l’auteur écrit un livre marquant et indispensable.

Traduction Charles Recoursé

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