Un bref instant de splendeur d’Ocean Vuong

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« Un bref instant de splendeur » est une lettre du narrateur, surnommé Little Dog, à sa mère. Lui est écrivain, poète alors qu’elle est analphabète. C’est donc plutôt un texte cathartique qu’une véritable déclaration d’un fils à sa mère.

En grande partie autobiographique, le texte d’Ocean Vuong raconte une histoire familiale douloureuse, hantée par les spectres de la guerre du Vietnam. Little Dog est né à Saïgon en 1988, son père était un GI en poste sur un destroyer de la marine. Sa mère et lui rejoignent le Connecticut deux ans plus tard. Les accompagne Lan, la grand-mère qui, jeune, avait réussi à fuir un mariage forcé mais avait été rejetée par sa famille. Les deux femmes quittent leur pays, mais le traumatisme de ce qu’elles ont vu et vécu les habitera toute leur vie. Elles sont instables psychologiquement, la grand-mère est même atteinte de schizophrénie. Le jeune garçon va grandir entre ces deux femmes aussi protectrices que maltraitantes (la mère peut être violente physiquement). A cet environnement complexe, s’ajoute une difficulté à s’intégrer aux États-Unis. Little Dog étant métisse, il n’est pas assez blanc pour que ses camarades d’école le reconnaissent comme l’un des leurs.

« Un bref instant de splendeur » est le récit d’une formation intellectuelle, la littérature devient la bouée de sauvetage du narrateur, mais également sexuelle. Little Dog découvre son homosexualité avec Trevor dont la destinée tragique bouleverse.

Le premier roman d’Ocean Vuong est constitué de fragments, de moments de vie qui montrent l’apprentissage douloureux d’un jeune homme américano-vietnamien. L’écriture oscille entre crudité et délicatesse. Elle est également extrêmement poétique, parfois un peu sibylline, mais toujours sublime.

Asphalte de Matthieu Zaccagna

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Victor court dans les rues de Paris, à perdre haleine. Son corps souffre, peine mais il ne s’arrête pas. Victor fuit, il cherche à oublier son passé, sa mère qui n’est plus. Surtout, il veut échapper à son père, de plus en plus violent, de plus en plus incontrôlable. Victor épuise son corps pour faire taire son esprit. Dans la nuit parisienne, il fera des rencontres qui s’avèreront décisives.

« Asphalte » est le premier roman de Matthieu Zaccagna ; tendu, percutant, ce texte est parfaitement maîtrisé. A l’image de Victor, les phrases vont vite, elles sont courtes et incisives. Les premières pages nous montrent ce jeune homme en plein effort, on ne sait pas après quoi il court ou ce qu’il fuit. Matthieu Zaccagna distille petit à petit son histoire passée et son présent douloureux. Le remarquable travail de la langue colle à chaque état d’âme de Victor, transcrit par son rythme ce qu’il ressent. Le corps, ses souffrances hantent les pages d' »Asphalte », l’endurance transforme Victor et fera partie de sa quête d’indépendance.

Le roman de Matthieu Zaccagna est nerveux, intense et il se lit dans un souffle. Des débuts plus que prometteurs.

24 fois la vérité de Raphaël Meltz

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1913, Adrien s’est offert une caméra Pathé-Kok, la première caméra pour le grand public. Il aime les nouvelles inventions et prend plaisir à filmer ceux qui l’entourent. Sa petite fille de onze ans, Hélène, est également passionnée par cette caméra. Elle semble avoir un sens inné du cadre et regorge d’imagination. Elle décide un jour de filmer son petit frère, Gabriel, en mettant la caméra sur un chariot et en le faisant glisser le long du couloir. Hélène invente le travelling sans le savoir et malheureusement elle ne verra jamais le résultat de son idée. Hélène meurt quelques jours après dans un accident laissant Gabriel seul et hanté par son absence.

« La photographie, c’est la vérité et le cinéma, c’est 24 fois la vérité par seconde », la phrase de Jean-Luc Godard donne son titre et sa structure au roman ambitieux de Raphaël Meltz. L’histoire, que développe le livre, est celle de Gabriel racontée par son petit-fils Adrien. Vingt-quatre chapitres sont consacrés à Gabriel comme vingt-quatre instantanés de sa vie qui durera un siècle (1908-2009). Cette vie est portée par l’amour de la caméra, de filmer sans cesse. Gabriel poursuit ce que sa sœur a commencé. Sa perte, le manque de la jeune fille marquent les pages du livre et se prolongent sur la descendance de Gabriel qui ne sera constituée que de fils uniques.

Gabriel est un témoin privilégié de l’Histoire, il travaille pour les actualités filmées chez Gaumont puis chez Pathé. Il capte, enregistre le réel : l’enterrement de Sarah Bernhardt, le prix Goncourt d’André Malraux, la venue et l’assassinat du roi Alexandre Ier de Yougoslavie, le retour d’Édouard Daladier des accords de Munich, la libération du camp de Dachau. Un siècle s’imprime sur les pellicules de Gabriel. En contrepoint de ces vingt-quatre chapitres, nous découvrons la vie du petit fils, Adrien, qui vit dans la maison de Gabriel. Ce dernier a su avancer, créer une famille malgré la blessure originelle alors qu’Adrien fait du sur-place. Il fait un métier alimentaire (journaliste sur les nouvelles technologies) et se rêve écrivain à temps plein. La vie de son grand-père pourrait être sa porte de sortie. Les chapitres consacrés à Adrien offrent des réflexions sur l’évolution du cinéma, de ses techniques mais aussi sur la banalisation des images, leur authenticité et leur capacité à garder les traces du passé.

« 24 fois la vérité » est un roman dense, riche de questionnements, touchant grâce à ses personnages construits et incarnés, et habité par le fantôme d’une petite fille de onze ans.

Une arche de lumière de Dermot Bolger

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« A 46 ans, la plupart des femmes mariées choisissaient le compromis amer de la sécurité, se retiraient derrière un mur protecteur de fumée de cigarettes, de silence et de piété. Même dans les unions les plus dénuées d’amour, elle avait vu des femmes s’accrocher tristement aux conventions et à la respectabilité apparente, comme elle l’avait fait avant que ses enfants deviennent grands. »  En ce jour de Pâques 1949, commence la nouvelle vie d’Eva Fitzgerald. Après plus de vingt ans de mariage, elle reprend sa liberté, même si le divorce est impossible en Irlande à cette époque. Avec peu de moyens, elle se construit une vie unique et singulière : elle ouvre un atelier de peintures pour enfants à Dublin, s’essaie à l’écriture en Espagne, visite Tanger, le Kenya, soutient son fils en revenant à Londres avant de s’installer dans une caravane au fin fond de la campagne irlandaise. Cette dernière habitation est appelée L’arche par la petite-fille d’Eva parce qu’elle accueille animaux et humains ayant besoin de réconfort.

Dermot Bolger nous offre un formidable roman et rend hommage à une femme qu’il a côtoyée et qui lui a donné le courage de persévérer dans l’écriture. Eva est une figure hors-norme, qui va à l’encontre de ce que la société irlandaise attend d’une femme mariée qui vient de la haute société. Sa mère lui avait dit le jour de son mariage. « Quoique la vie te réserve, promets-moi de te battre bec et ongles pour le droit au bonheur. » Et malgré les tragédies qui émaillent sa vie, elle s’accroche à ce précepte et aux plaisirs simples de la vie.

Comment ne pas s’attacher à ce personnage fascinant, épris de liberté absolue et d’une générosité exemplaire ? Son engagement, son empathie, son écoute me font regretter de ne pas avoir pu la rencontrer et partager avec elle une tasse de thé.

Dans « Toute la famille sur la jetée du paradis », Dermot Bolger racontait l’histoire d’une famille d’aristocrates protestants, celle d’Eva Fitzgerald. Après avoir refermé « Une arche de lumière », je n’ai qu’une envie : retrouver cet incroyable personnage et la délicatesse de l’écriture de Dermot Bolger.

Pourquoi pas la vie de Coline Pierré

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Dans la nuit du 10 au 11 février 1963, la poétesse Sylvia Plath se donne la mort en mettant sa tête dans le four, s’intoxiquant ainsi au gaz. Les deux enfants, qu’elle a eu avec Ted Hugues, dorment à l’étage et seront sauvés au matin par la venue d’une infirmière. Et si, au moment fatidique, la petite Frieda s’était mise à pleurer ? Et si sa mère était montée la consoler plutôt que d’ouvrir le gaz ?

Coline Pierré offre donc une seconde chance à Sylvia Plath dans son roman et ce postulat de départ m’a beaucoup plu. Elle revient sur la vie de la poétesse et sur ce qui l’a conduite à vouloir se suicider : la dépression qui hante sa vie depuis l’adolescence, la séparation avec Ted Hugues, son besoin de réussir (sa vie personnelle comme sa vie professionnelle). « Peut-être que c’est précisément là que se trouve le problème, pense Sylvia : l’absence de hiérarchie. Non pas de tout vouloir, mais de tout vouloir avec la même intensité. Quel sens y a t-il à ambitionner d’être une épouse parfaite autant que la meilleure poétesse possible ? » Coline Pierré montre une Sylvia Plath qui lentement, avec l’aide d’amis, apprend à survivre jour après jour avant d’envisager de vivre véritablement. L’autrice invente également un projet totalement fou, fantasque mais également réjouissant : l’adaptation de « La cloche de détresse » en comédie musicale ! Un spectacle que l’on imagine dans l’esprit du Swinging London qui commence à poindre. Un vent de liberté qui redonne un peu d’espoir et d’optimisme à la poétesse.

A travers cette uchronie, Coline Pierré nous montre sa connaissance et son admiration pour Sylvia Plath et c’est sans doute ce qui rend l’ensemble parfaitement crédible. L’écriture est extrêmement plaisante, positive et ce fut un plaisir de découvrir le travail de l’autrice. J’en profite pour vous conseiller la lecture de « La cloche de détresse », l’unique roman de Sylvia Plath, si poignant.

Merci aux éditions de L’Iconoclaste pour cette découverte.

Les lanceurs de feu de Jan Carson

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Belfast, été 2014, des incendies volontaires embrasent la ville. Les autorités paniquent, n’arrivent pas à circonscrire ce mouvement violent. Ces Grands Feux sont d’autant plus inquiétants que la parade orangiste du 12 juillet arrive à grand pas. « Entre le soleil et le foot, on estime en général que le Douze de cette année sera particulièrement superbe. La plupart espèrent que les Grands Feux ne vont pas se mettre en travers de leurs réjouissances. D’autres gardent une vieille tendresse pour la violence. Ils ne cracheraient pas sur une bonne petite émeute, si l’occasion se présentait. Ils regardent les nouvelles chaque soir, en espérant que tout cela va germer à temps pour le grand jour. » Dans ce Belfast chaotique, deux pères sont rongés d’inquiétude pour leur progéniture qu’ils pensent promis à la violence, à la destruction.

« Les lanceurs de feu » de Jan Carson est un roman très singulier. L’autrice mélange des pages très réalistes avec un côté fantastique. La partie plus réelle concerne Sammy Agnew, ancien paramilitaire loyaliste, qui a échappé à la prison une fois la paix signée. Mais la violence le rattrape en la personne de son fils Mark. L’autre veine du roman est pris en charge par Jonathan Murray, médecin, effacé, incapable de vivre pleinement sa vie après une enfance solitaire. Il réussit néanmoins à avoir une relation avec une créature mythique qui lui donnera une petite fille. Celle-ci risque de déclencher le chaos et Jonathan ne sait pas comment faire pour l’éviter.

J’avoue avoir un peu moins accroché à la partie surnaturelle. Malgré ce petit bémol, le roman reste fascinant, étrange. Il explore la paternité, l’héritage que l’on laisse à ses enfants entre nature et culture, la culpabilité. Jan Carson signe également de sublimes pages sur sa ville, Belfast. Elle dresse le portrait d’une ville fébrile, toujours sur la qui-vive, intranquille malgré le traité de paix. La violence des ainés pèse toujours sur les épaules des plus jeunes.

« Les lanceurs de feu » de Jan Carson est un roman intrigant, un peu déstabilisant mais d’une grande originalité et inventivité.

Un été de Vincent Almendros

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Pierre, le narrateur, embarque à Naples sur le voilier de son frère Jean. Le premier est accompagné par sa nouvelle compagne Lone, une thésarde suédoise, tandis que le second navigue avec Jeanne, qui partage sa vie depuis sept ans. Celle-ci a fréquenté Pierre avant de rencontrer Jean. Dans la chaleur étouffante d’un été napolitain, le bateau quitte le port pour prendre la direction de Capri. « Pour nous distraire, Jeanne nous invita à regarder le Vésuve au loin. Le volcan ressemblait à un volumineux nuage de brume. Mon regard glissa sur la côte, embrassant d’un coup toute la baie ouverte sur le large. Ce n’était pas seulement de Naples que nous nous éloignions, mais de la terre elle-même, ferme et rassurante. »

Après avoir découvert Vincent Almendros avec « Faire mouche », je le retrouve avec grand plaisir dans « Un été ». Cet auteur a l’art de mettre en place des atmosphères intrigantes, troubles en peu de pages et avec une belle économie de moyen. « Un été » évoque « Plein soleil » de René Clément par son côté thriller à ciel ouvert. Nos quatre personnages sont coincés sur un bateau de taille réduite. L’ambiance devient rapidement irrespirable entre canicule et tension dramatique. L’ancienne relation entre Jeanne et Pierre est au cœur de ce huis-clos. Les corps se croisent, se frôlent, s’électrisent. Et la marque de fabrique de Vincent Almendros est la qualité de ses chutes qui surprennent, saisissent le lecteur. C’est bien le cas ici avec une fin bien cruelle pour le narrateur.

En peu de mots, Vincent Almendros nous plonge dans une atmosphère où règne le malaise et le malentendu. Tout est fait avec talent, subtilité et suggestion.

La promesse de Damon Galgut

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1986, Rachel Swart décède des suites d’un cancer. Amor, sa fille cadette de 13 ans, doit quitter son pensionnat pour rejoindre la ferme familiale à Pretoria. Elle y retrouve son père Manie et sa sœur Astrid. Son frère Anton, qui fait son service militaire, les rejoindra plus tard. L’enterrement de Rachel est une source de très forte tension dans la famille. Les Swart sont des Afrikaners et Rachel avait du renoncer à la religion juive pour épouser Manie. A la fin de sa vie, elle a souhaité rejoindre son culte d’origine. Manie ne pourra pas reposer auprès de son épouse lorsque la mort le frappera. S’ajoute à cela une promesse que Manie a faite à Rachel sur son lit de mort : donner à leur domestique noire Salomé l’entière propriété de la petite maison où elle loge. Une fois sa femme disparue, Manie oublie vite ce qu’il lui a promis. Malheureusement pour lui, Amor a entendu la promesse faite par sa mère et elle compte bien obliger son père à la tenir.

« La promesse » de Damon Galgut a obtenu le Booker Price 2021 et on comprend pourquoi à la lecture de ce roman virtuose. Nous suivons la famille Swart de 1986 à 2018 au travers de quatre enterrements. Chacun est l’occasion de rassembler les membres de cette famille dysfonctionnelle aux liens distendus. Son histoire est le miroir de celle de l’Afrique du Sud et chaque décès se déroule à un moment important : la coupe du monde de rugby organisée et gagnée par le pays, l’investiture du président Thabo Mbeki, la démission du président Jacob Zuma. La nation arc-en-ciel, comme Manie, ne tient pas ses promesses. La fin de l’Apartheid donnait beaucoup d’espoir mais lorsque le roman s’achève la commission Vérité et Réconciliation est mise en place pour revenir sur les exactions du passé. Les scandales de corruption se multiplient, le constat est bien triste.

Ce qui rend ce roman aussi brillant est le choix narratif de Damon Galgut. Il adopte les points de vue de l’ensemble des personnages, glissant d’une voix à l’autre avec une incroyable fluidité. Cette forme narrative m’a fait penser au stream of consciousness de Virginia Woolf et notamment à son roman « Les vagues ». Tous les personnages, les principaux comme les plus secondaires, ont droit à la parole et à l’expression de leurs sentiments, de leur histoire. S’ajoute à ce dispositif, un narrateur omniscient qui s’adresse à nous et fait preuve d’une ironie cinglante. Dans ce récit grave, ces interventions sarcastiques sont des respirations bienvenues.

« La promesse » est un roman captivant, remarquablement construit et qui m’a totalement séduite.

Traduction Hélène Papot

Feu de Maria Pourchet

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Laure a quarante ans, deux filles, un mari, une maison à Ville-d’Avray et un emploi de maître de conférences à l’université de Cergy. Clément a cinquante ans, un chien nommé Papa et un travail dans une banque, très rémunérateur et ennuyeux. A priori, ces deux-là n’auraient jamais du se croiser. Pourtant, leur rencontre va bouleverser leurs vies. Après l’avoir invité au restaurant, Laure convie Clément à participer à un colloque. Le courant passe bien entre eux. Une étincelle qui va rapidement se transformer en passion incandescente et dévorante.

L’intrigue de « Feu » est à priori des plus ordinaires : un adultère, une femme qui a tout pour être heureuse et qui pourtant rêve d’une autre vie. Et pourtant, Maria Pourchet réussit à rendre très singulier son dernier roman. Chacun des deux personnages prend la parole à tour de rôle : Laure se questionne, analyse la situation à la deuxième personne du singulier, tandis que Clément s’adresse à son chien et parfois à sa mère dans un monologue névrosé. Les moindres détails, les moindres soubresauts de cette passion, qui naît entre eux, sont disséqués par l’autrice. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette histoire d’amour ou de sexe, n’est guère enviable. Mensonges, lâcheté, dérobade, mesquinerie l’émailleront, les moments heureux sont peu nombreux et ne durent jamais. Marie Pourchet use de beaucoup de cruauté, de cynisme (ou d’une extrême lucidité) dans son texte. Ses deux personnages n’avaient que peu d’aptitudes pour la joie ou le bonheur. Clément est perpétuellement en train de se dénigrer, il a déjà abdiqué et ne croit plus en rien. Laure s’enflamme sans réfléchir aux conséquences, comme une adolescente qui se fiche de blesser ses proches.

En plus de ses éléments, la langue fait l’originalité de ce roman. Elle est rapide, cinglante, incandescente et nous happe. Peut-être est-elle un peu froide à force de cynisme et m’a empêchée d’éprouver de l’empathie pour Laure et Clément.

« Feu » est un texte bouillonnant, flamboyant par sa langue et sa construction qui m’a néanmoins laissée un peu à distance.

Séducteurs en Équateur de Vita Sackville-West

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« C’est en Égypte qu’Arthur Lomax contracta l’habitude qui, à la suite d’expériences diverses, le conduisit finalement à l’échafaud. » C’est dans son club que notre héros croise le chemin de M. Bellamy. Ce dernier partait en bateau pour l’Égypte et l’un de ses passagers lui avait fait faux bond. Il proposa donc à Arthur Lomax de l’accompagner modifiant ainsi la destinée du jeune homme.

« Séducteurs en Équateur » est une étrange novella qui ne ressemble en rien à ce que Vita Sackville-West a l’habitude d’écrire. Ce texte fut le premier qu’elle publia à la Hogarth Press, la maison d’édition des Woolf. « Séducteurs en Équateur » est d’ailleurs dédié à Virginia Woolf. Et on sent que Vita Sackville-West a voulu rendre hommage ou faire un clin d’œil à son amie. L’autrice s’est en effet inspiré du stream of consciouness de Virginia mais en le maitrisant moins bien !

L’idée de départ de ce texte me plaisait beaucoup : qu’a fait Arthur Lomax pour finir sur l’échafaud ? Mais Vita n’est pas Agatha Christie et elle nous le dit très clairement ! Ce qui l’intéresse ici, c’est de questionner la perception de la réalité qui diffère d’une personne à l’autre. Arthur Lomax découvre lors de son voyage en Égypte qu’il peut travestir la réalité pour la rendre plus agréable. La métaphore utilisée par Vita est légèrement trop appuyée et des ellipses rendent la narration un peu étrange. « Séducteurs en Équateur » finit par ressembler uniquement à un exercice de style.

Ce texte de Vita Sackville-West est une curiosité pour ses admirateurs mais je vous déconseille de commencer par lui si ne l’avez jamais lue.

Traduction  Brigitte Carcenac de Torné