Les visés de Thomas Gosselin et Giacomo Nanni

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Richard est marié et le couple attend son premier enfant. C’est au volant de leur voiture qu’il dévoile à sa femme l’un de ses rêves. Il a imaginé qu’il était dans la peau du tueur du président Kennedy, Lee Harvey Oswald. Sa femme en plaisante. Mais Richard se comporte par moments de manière très étrange et morbide. Il écrit toutes ses pensées dans un cahier que sa mère trouve. La lecture de celui-ci la glace puisque son fils s’imagine en sniper tirant sur la foule. Il se défend en lui expliquant qu’il écrit un roman mais le doute persiste, d’autant que Richard a parfois des réactions violentes.

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La bande-dessinée de Thomas Gosselin et Giacomo Nanni s’inspire de l’histoire de Charles J. Whitman (1941_1966) qui perpétra l’un des premiers assassinat de masse aux Etats-Unis. Le 1er août 1966, il tua 16 personnes et en blessa 32 à Austin avant d’être tué par la police. La bande-dessiné tente d’expliquer la survenue d’un tel acte et étudie la psychologie de ce personnage. L’individu est clairement dérangé dès les premières pages qui le montrent dans son quotidien. Il semble sans cesse contenir des pulsions violentes (on le voit notamment avec la scène de la course en voiture plusieurs fois repoussée). Ses cauchemars, son carnet soulignent la morbidité et ses penchants suicidaires puisqu’il sait que ses actes le mèneront à une mort violente. « Toute cette vie passée sur les routes, à l’horizontale…Il faudra que je meure à la verticale pour être sûr de voir la différence. » C’est bien évidemment un personnage antipathique malgré une enfance elle-même marquée par la violence. Il est d’autant plus détestable qu’il se cherche des excuses en imaginant que ses actes sont uniquement le fruit d’une tumeur au cerveau. Gosselin et Nanni montrent également la facilité déconcertante pour nous avec laquelle on peut se produire des armes aux Etats-Unis. Ce qui est encore plus affligeant est de constater le nombre d’assassinats de masse qui ont été perpétrés depuis ce 1er août 1966.

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Le choix graphique est au départ surprenant. Le dessin est très coloré, très naïf ou grossier pour ce qui est des visages, la trame est faite de gros grains. Mais les cadrages, la mise en page sont intéressants et j’ai beaucoup aimé la manière dont Giacomo Nanni utilisaient les ombres chinoises sur la fin du volume. Malgré cela, je suis restée trop à distance de l’histoire et j’ai trouvé la fin très abrupte.

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« Les visés » présentent des qualités indéniables de mise en scène et de tentative de compréhension du passage à l’acte d’un fou. Néanmoins, je suis restée très extérieure à l’histoire qui m’était racontée et je n’ai donc pas été totalement convaincue par cette bande-dessinée.

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Qui a tué l’homme-homard ? de J.M. Erre

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Margoujols est un petit village reculé dans les hauteurs du Gévaudan qui abrite les rescapés du cirque de Balthazar Britiescu. Il arriva en 1945 en Lozère et était un cirque de freaks : femme à barbe, homme-éléphant, nain, colosse, sœurs siamoises. Et un homme-homard nommé Joseph Zimm, solitaire et acariâtre, un homme qui savait se faire détester par l’ensemble des villageois : « Terrible handicap qui avait dû valoir à Joseph de multiples moqueries dans sans enfance, sans doute l’effroi des femmes, peut-être le rejet de tous ? Mais alors, pourraient s’exclamer certaines âmes charitables, ce terrible état n’expliquerait-il point son tempérament farouche ? C’est possible. Précisons néanmoins que Joseph était moins rejeté pour sa difformité que parce qu’il était raciste, misogyne, homophobe, pervers et supporter du PSG. » Et Joseph Zimm est justement retrouvé mort. L’enquête est confié à l’adjudant Pascalini et son stagiaire Babiloune. Pour mieux appréhender la population locale, les deux gendarmes sont épaulés par la fille du maire : Julie de Creyssels, jeune femme tétraplégique.

Quel immense plaisir de retrouver J.M. Erre ! C’est sans aucun doute l’auteur qui me fait le plus rire (la première place se joue entre lui et Donald Westlake version Dortmunder), j’adhère totalement à son humour noir et politiquement incorrect. Et cela commence avec Julie, narratrice décapante et attachante. Elle est la première à se moquer d’elle-même et de son handicap. Elle prend un malin plaisir à tourner les autres en ridicule : lorsque quelqu’un marche à ses côtés, elle accélère lentement la vitesse de son fauteuil roulant pour que la personne finisse totalement essoufflée ! Mais Julie est également redoutablement intelligente et la mort de Joseph Zimm va lui permettre de mettre du piment dans son morne quotidien.

Le récit de J.M. Erre est parfaitement réjouissant et toujours aussi farfelu ! Margoujols abrite notamment le comité de réhabilitation de la bête du Gévaudan, l’association des éleveurs d’autruches du Gévaudan, la bibliothèque Maître Capello et un café polyfonctionnel (bar-tabac-épicerie-poste-cabinet de psychothérapie de groupe-café-PMU-boucherie-pompes funèbres) sur la place de la mairie. Margoujols est aussi la ville la plus câblée de toute la France ! Les habitants sont donc très actifs sur les réseaux sociaux. Ils sont également très au courant des procédures policières puisqu’ils passent leur temps à regarder des séries policières. Le pauvre Pascalini va avoir du fil à retordre  avec cette bande d’olibrius. L’enquête permet à J.M Erre de nourrir son récit de références et il s’amuse avec les clichés du genre. Il en profite également pour fustiger quelques-uns de nos travers contemporains.

« Qui a tué l’homme-homard ? » est un très bon cru de la cuvée J.M. Erre, la lecture est tellement réjouissante que l’on est triste de quitter Margoujols et sa bande de freaks.

 

 

 

Par-delà nos corps de Bérangère Cournut

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Else a 20 ans lorsqu’elle croise le chemin de Werner Heller, un peintre et poète allemand. Else est déjà mariée mais Werner et elle vont s’aimer passionnément. La première guerre mondiale éclate, le mari et l’amant sont envoyés au front, chacun devant défendre sa partie respective. En septembre 1914, Werner adresse une lettre à Else. Celle-ci ne lui répond pas immédiatement. Elle vient d’apprendre le décès de son époux sur le champ de bataille. Après cette lettre, Else n’aura plus jamais de nouvelles de Werner et ne saura pas ce qu’il lui est arrivé. Vingt cinq plus tard, elle se décide à prendre la plume pour enfin lui répondre, pour comprendre ce qui les unissait si fortement et lui raconter sa vie depuis cette lettre de 1914.

« Le temps a passé, j’essaie de vous relire encore une fois sur papier jauni, pour cerner plus clairement ce qu’était cette Grande Absence qui nous reliait. Il me semble qu’à travers nos échanges, vous et moi n’avons cessé de parler d’autre chose que nous-même. Comme si notre rencontre s’était produite au-delà de nos personnes, comme si notre propre vie ne nous appartenait pas. » 

Le court texte de Bérengère Cournut est d’une grande poésie. Il nous transporte au cœur de l’histoire d’amour de Else et Werner, une histoire intemporelle et éternelle. Malgré la brièveté de leur histoire, elle reste graver dans le corps et l’esprit d’Else. Elle est au centre de tout mais elle ne l’a pas empêché de poursuivre sa vie. Elle a traversé beaucoup de tourments : la mort de son mari, la disparition de son amant, la première guerre mondiale où elle s’est engagée en tant qu’infirmière dans différents pays. Elle a rencontré dans ses pérégrinations son deuxième mari, le père de ses deux fils nés douloureusement pendant la guerre. Else est une femme forte, solide portée par les éléments, la nature. Elle ressent intensément chaque chose ; la mer comme la forêt l’habitent aux moments de ses grossesses. Elle semble célébrer la vie malgré les difficultés.

Malgré la beauté du texte, j’ai un petit bémol dont n’est absolument pas responsable Bérangère Cournut. Son texte est une réponse à celui de Pierre Cendors publié en 2017 aux éditions Le tripode et intitulé « Minuit en mon silence ». Ce texte est la lettre de Werner à une jeune femme rencontrée à Paris juste avant la guerre. Bérengère Cournut a donné corps à cette jeune femme et l’idée est très belle. Mais je en connaissais pas et n’ai pas lu le texte de Pierre Cendors. Et à certains moments du texte, j’ai senti qu’il me manquait quelque chose, que certaines clefs me manquaient pour profiter pleinement de la réponse d’Else.

« Par-delà nos corps » est un texte extrêmement poétique sur une femme libre, habitée par un amour puissant. Si vous souhaitez lire ce texte, je vous conseille de commencer par celui de Pierre Cendors auquel celui-ci répond. Je regrette de ne pas l’avoir fait moi-même afin de profiter plus pleinement de ma lecture.

Les derniers jours de Stefan Zweig de Laurent Seksik

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Avec « Les derniers jours de Stefan Zweig », Laurent Seksik écrit une biographie romancée des six derniers mois de la vie de l’écrivain autrichien. Zweig quitte son pays en 1934, quatre ans avant l’Anschluss, sur une prémonition du drame qui allait advenir. « Il était parti en 1934, après que la police autrichienne eut perquisitionné sa maison à la recherche d’une cache d’armes – des armes chez le chantre du pacifisme ! » Après un détour par Londres et un séjour à New York où la bureaucratie vient à bout de sa patience, l’écrivain et sa deuxième femme Lotte s’installent au Brézil. A l’automne 1941, le couple s’installe dans une maison à Pétropolis. Un endroit où Lotte pourra respirer, elle dont l’asthme ne cesse de s’aggraver et où Stefan pourra terminer son autobiographie « Le monde d’hier ». Il compte également se lancer dans l’écriture de son grand oeuvre : la biographie de Balzac.

Mais le cœur n’y est plus. Laurent Seksik montre parfaitement bien à quel point la mélancolie ronge le cœur et l’âme de Stefan Zweig. La MittelEuropa a disparu définitivement, la Vienne intellectuelle et cosmopolite a été balayée par le nazisme. « Ce temps-là ne reviendra pas. Jamais plus les flâneries sur le pont Elizabeth, les marches sur la Grande Allée du Prater, l’état des dorures du palais Schönbrunn, ni le long déploiement du soleil rougeoyant sur les rives du Danube. La nuit était tombée pour toujours. » Plus de patrie, de maison vers laquelle retourner, Zweig a perdu ses repères et son idéal de vie humaniste. Il repense sans cesse à sa propriété de Salzbourg, aux livres qu’il a du y laisser, aux amis qui y venaient en visite : Rilke, Schnitzler, Romain Rolland, Thomas Mann, Toscanini ou Joseph Roth. La présence de Lotte n’y change rien. Elle, qui se pense toujours en concurrence avec Friderike la première femme de l’écrivain, ne peut prendre le dessus sur le désespoir de son mari. Elle va plutôt rejoindre son état d’esprit au fil des mauvaises nouvelles venues d’Europe. Zweig pense à tous ses amis qui ont choisi le suicide plutôt que de tomber dans les mains des nazis : Walter Benjamin, Ernst Weiss, Erwin Rieger et d’autres. Et Joseph Roth qui se tue en noyant son désespoir dans trop d’alcool. Il est également rongé par la honte d’avoir abandonné son pays, il se sent lâche par rapport à ceux qui sont restés sur place pour lutter contre l’envahisseur allemand. Stefan Zweig et sa femme choisirent de se suicider ensemble avec du véronal le 22 février 1942.

Parfaitement documenté, avec une écriture fluide, Laurent Seksik redonne chair à Stefan  Zweig et à sa femme Lotte. Il souligne bien à quel point la fin de la MittelEuropa a brisé l’écrivain autrichien. Si vous êtes intéressé par le sujet, je vous conseille le formidable film de Maria Schrader qui commence au moment de l’arrivée de Zweig au Brésil.

Moi ce que j’aime, c’est les monstres d’Emil Ferris

Dans les années 60 à Chicago, Karen Reyes, 10 ans, vit avec son frère et sa mère au sous-sol d’un immeuble. Ils vivent dans un quartier pauvre dans l’Uptown. En raison de son origine sociale, Karen a été rejetée par sa meilleure amie. A l’école, les garçons lui cherchent des noises. Pour fuir cette réalité, Karen regarde des films d’horreur, lit des magasines sur le même thème. Elle se prend même pour l’un d’entre eux puisqu’elle pense être un loup-garou. Elle consigne sa vie dans un journal intime dessiné. Un drame survient dans l’immeuble de Karen. La voisine du dessus, Anka Silverberg, est retrouvée morte chez elle, une balle dans le cœur. La police conclut à un suicide mais Karen n’est pas de cet avis. Elle enfile un imper et un feutre et débute une enquête.

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« Moi ce que j’aime, c’est les monstres » est une oeuvre hors-norme de par sa taille (plus de 800 pages en deux volumes), de par son histoire et de par sa forme. Le destin d’Emil Ferris bascule à 40 ans après une piqûre de moustique. Elle attrape la fièvre du Nil qui la laisse paralysée. Mais cette illustratrice s’acharne, se scotchant un stylo dans la main pour continuer à dessiner. Elle s’inscrit au Chicago Art Institute et réussit, après six ans de travail, à terminer ce roman graphique inclassable.

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L’histoire de Karen Reyes mêle plusieurs lignes narratives : l’enquête policière, l’intime, l’Histoire. L’enquête de Karen nous entraîne dans les quartiers pauvres de Chicago, nous emmène à la rencontre des déshérités et des laisser-pour-comptes. Comme avec les films d’horreur, l’enquête permet à Karen de sortir de sa vie morose. Sa mère est atteinte d’un cancer en phase terminale. Karen commence, à 10 ans, à sentir les prémices de l’adolescence et se sent différente des autres jeunes filles. Se voir en loup-garou est aussi une manière d’extérioriser cette différence. Heureusement, Karen n’est pas seule pour affronter tout ça, elle a son grand-frère Deeze. Grand séducteur, il est malgré tout très présent, il emmène notamment sa sœur au musée. Il lui apprend à rentrer dans les tableaux ce qui donne des pages sublimes dans la BD.  Pendant que Karen grandit, le président Kennedy se fait assassiner et bientôt c’est le tour du révérend Martin Luther King. Une époque trouble qui montre à Karen la noirceur du monde qu’elle va retrouver dans le témoignage enregistré par Anka. Allemande d’origine juive, elle y raconte son enfance brisée, sa vie d’adulte marquée par l’étoile jaune et la déportation.

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Le récit d’Emil Ferris est foisonnant, prenant des directions étonnantes. Les dessins, le texte couvrent entièrement chaque page. Le dessin peut être d’une précision incroyable, hyperréaliste mais également il peut se rapprocher de l’esquisse avec un tracé très rapide. Emil Ferris joue également sur les couleurs  et le noir et blanc. Tout cela donne une oeuvre vivante, bouillonnante et dense.

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« Moi ce que j’aime, c’est les monstres » est un roman graphique sur l’acceptation de soi et la différence. C’est une oeuvre remarquable d’une grande puissance visuelle et qu’il faut lire absolument.

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Edith & Oliver de Michèle Forbes

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Belfast, 1906, Edith croise la route d’Oliver Fleck, illusionniste. Ils passent une soirée arrosée ensemble et ne se quittent plus. Edith accompagne au piano les numéros de son mari dans les différents music-halls de sa tournée. Mais elle tombe rapidement enceinte et accouche de jumeaux : Agna et Archie. Elle doit donc rester à la maison pendant qu’Oliver part en tournée. Oliver fourmille d’idées nouvelles et rêve d’un spectacle en solo. Malheureusement, aucun directeur de music-hall ne veut le voir en haut de l’affiche. Oliver continue donc ses petites tournées, dort dans des chambres de plus en plus minables et son amertume grandit au fil des jours.

Je découvre Michèle Forbes avec son deuxième roman et j’ai beaucoup apprécié ma lecture. La facture du roman est classique, l’écriture est fluide et poétique. Le récit se fait par flash-backs. Il s’ouvre en effet en 1922 sur la jetée de Dun Laoghaire où Edith et sa fille vont embarquer pour se rendre à Holyhead, au nord du Pays de Galles. Le chapitre suivant nous ramène en 1905 à Belfast. De même, l’enfance de Oliver sera évoquée par des retours en arrière. Michèle Forbes utilise également l’ellipse, c’est le cas dans la scène d’ouverture du chapitre 2, le lendemain de la rencontre d’Edith et Oliver. Une scène extrêmement bien construite, enlevée et originale puisque l’on n’assiste pas à la rencontre des deux protagonistes.

« Edith & Oliver » est avant tout le récit d’une chute, celle d’Oliver. Il est habité par une véritable fièvre de la scène, par un orgueil démesuré qui l’aveuglent totalement. Oliver est persuadé d’être le plus talentueux des illusionnistes et veut le montrer au monde. Son enfance douloureuse, la réussite sociale de son frère Edwin renforcent en lui cet foi inébranlable en son destin. Sa chute sera cruelle et inexorable. Michèle Forbes, que j’ai eu la chance de rencontrer, compare la chute d’Oliver à celle de « Jude l’obscur » de Thomas Hardy, une  même foi absolue en leur réussite les habite.

Face à Oliver, Edith est un roc qui fait tout son possible pour maintenir sa famille à flot. Femme active qui travaille, ce qui n’est pas le sort de toutes les femmes à l’époque, elle se sacrifie pour élever sa famille. Autre personnage fort du roman, Agna qui est finalement celle qui sera la plus résistante, celle sur qui Edith pour s’appuyer à la fin. Ce personnage mutique, d’une sagesse infinie, est extrêmement attachant et Michèle Forbes a d’ailleurs très envie de le reprendre dans un autre roman.

« Edith & Oliver » est également l’occasion pour Michèle Forbes de parler d’un sujet qui lui tient à cœur, les coulisses du spectacle. Elle est elle-même actrice de théâtre et son grand-père dirigeait un music-hall. Elle montre avec beaucoup de réalisme les conditions extrêmement difficiles de ces artistes du bas de l’affiche qui vivent dans des conditions misérables. Le cinéma commence à apparaître et aggrave la situation de ces petits artistes qui courent le cachet.

« Edith & Oliver » est à la fois une histoire d’amour passionnée et dramatique et le récit de la vie des artistes de music-hall à l’époque edwardienne. La plume de Michèle Forbes est très évocatrice et elle nous plonge totalement dans son univers.

Merci aux éditions Quai Voltaire pour cette découverte.

Les femmes de Heart Spring Mountain de Robin MacArthur

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Août 2011, l’ouragan Irene s’abat sur les Etats-Unis et notamment sur le Vermont où de nombreux dégâts sont recensés. Des personnes ont également disparu. C’est le cas de Bonnie qui est sortie de chez elle le soir de la tempête après avoir pris de la drogue. Sa fille Vale, qui vit à la Nouvelle Orléans, apprend la nouvelle par sa tante Deb. Elle, qui n’a pas mis les pieds dans le Vermont depuis 8 ans, se précipite pourtant pour essayer de retrouver sa mère. A Heart Spring Mountain, elle retrouve donc sa tante Deb, ancienne hippie, et la vieille Hazel, la tante de sa mère. Toutes deux vivent en plein cœur de la nature sauvage où leurs ancêtres s’étaient eux-mêmes installés. Vale va se confronter à ses propres souvenirs mais également à ceux de sa famille.

« Les femmes de Heart Spring Mountain » est le premier roman de Robin MacArthur après un recueil de nouvelles. Elle dépeint, dans son livre, une lignée de femmes et en fait un roman choral. Chaque court chapitre est dédié à l’un des personnages : Bonnie, sa fille Vale, sa mère Lena, sa tante Hazel et sa belle-fille Deb. Les liens entre tous les personnages sont au début un peu difficile à établir mais ils s’éclairent au fur et à mesure de la lecture. De plus, Robin MacArthur nous fait voyager dans le temps de la fin des années 50 à 2011. Les hommes ont parfois voix au chapitre mais ils sont en minorité, ils disparaissent assez vite, s’éloignent géographiquement ou ont des destins tragiques. Robin MacArthur écrit donc un roman au féminin qui commence même avant Lena avec l’ancêtre Marie dont Vale découvre une photo. Une femme mystérieuse aux longues tresses noires qui pose la question des origines indiennes de la famille. Les Abénakis peuplaient effectivement la région avant l’arrivée des colons blanc. Les femmes de Heart Spring Mountain sont toutes plus ou moins fantasques, décalées et bohèmes. C’est sans doute cela qui les rend si attachantes. L’une d’elles l’est tout particulièrement : Lena, la grand-mère de Vale. C’est d’ailleurs la seule dont l’histoire nous est racontée à la première personne du singulier. Elle vit dans une cabane avec une chouette qu’elle a soignée et elle est en parfaite adéquation avec la nature.

Cette dernière est d’ailleurs l’autre grande thématique du roman de Robin MacArthur. Cette lignée de femmes est totalement ancrée dans le territoire de Heart Spring Mountain, ce sont leurs ancêtres qui ont nommé ainsi cette terre où ils s’installèrent. Il y a un attachement viscéral à cet endroit que redécouvre Vale en y revenant. « Vale se lève et sort pour s’éclaircir un peu les idées. Il fait froid. Un vent mordant au parfum de résine monte de la rivière. Elle s’enveloppe dans son gilet, rabat le chapeau de Lena sur ses yeux et ses oreilles. Un peu plus haut dans la montagne, la fumée d’un feu de bois s’élève du chalet de Deb ; la lumière du soleil se reflète sur la fenêtre de la cuisine de Hazel. « Chez moi », murmure-t-elle, le paysage lui apparaissant sous un jour nouveau. » Le récit est émaillé de descriptions du paysage et les événements souligne la puissance des éléments. Mais Robin MacArthur parle aussi beaucoup de ce qui détruit notre environnement, du danger qui menace des lieux comme Heart Spring Mountain. La beauté, la rudesse de la nature appelle ici à sa défense, à sa protection.

Les thématiques du roman de Robin MacArthur m’ont séduite et intéressée. Il s’agit là d’une belle découverte et d’une auteure à suivre à l’avenir.

Merci au Picabo River Book club et à Léa pour cette découverte !

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