Sauvagines de Gabrielle Filteau-Chiba

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Raphaëlle Robichaud est garde-forestière dans le Kamouraska. Elle y vit dans une caravane, seule avec sa chienne Coyote. Quand cette dernière disparait, Raphaëlle part à sa recherche dans la forêt et elle la retrouve prisonnière d’un piège de braconnier. Toute la zone, où elle a découvert sa chienne, est jonchée de cadavres d’animaux, de cages et de pièges. Raphaëlle décide de mettre ce braconnier hors d’état de nuire.

« Sauvagines » est le deuxième volume de la trilogie de Gabrielle Filteau-Chiba. Comme dans « Encabanée », l’action du roman se déroule dans la région sauvage du Kamouraska et a pour thématique la sauvegarde de la faune et de la flore. Nous retrouvons également Anouk, l’héroïne du premier roman et j’ai beaucoup apprécié son retour et la relation qu’elle noue avec Raphaëlle. A la solitude volontaire de « Encabanée » répond ici une belle sororité, une lumière naissant de la présence de l’autre. « Sauvagines » est un roman résolument féministe. Le braconnier n’est pas violent qu’avec les animaux, il l’est également avec les femmes ce qui ne fait que renforcer la détermination de Raphaëlle à le retrouver.

La tonalité du roman concernant la défense de la faune et de la flore est globalement pessimiste. Raphaëlle est totalement désabusée face à certaines décisions prises par le gouvernement canadien. « Je croyais que mon travail au Ministère serait valorisant, donnerait un sens aux heures sur mon talon de paye. Je m’imaginais parcourir des kilomètres infinis de forêt et de parcs comme en mission. Enrichir mon savoir. Je suis agente de protection de la faune, mais au fond, je ne protège pas les chassés. Non, je suis un pion du gouvernement sur un échiquier trop grand pour moi. » 

Malgré quelques longueurs sur la fin, j’ai apprécié de retrouver l’univers de Gabrielle Filteau-Chiba, sa plume vive et son engagement écoféministe.

Tout ce que nous allons savoir de Donal Ryan

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Melody Shee est enceinte de douze semaines. Mais son mari, Pat, n’est pas le père. Lorsqu’il l’apprend, il quitte immédiatement son domicile. Melody ne lui avoue pas tout, le père est un jeune homme de 17 ans, qui fait partie des gens du voyage et à qui elle apprenait à lire. Le désespoir, la colère vont gagner Melody. Elle est hantée par le souvenir de sa mère et de sa meilleure amie défuntes, par ses violentes disputes avec Pat qui ont gangréné leur mariage. Même la bienveillance de son père n’arrive pas à la sortir de cette spirale de pensées négatives. Les choses vont commencer à changer après la rencontre de Melody avec Mary, qui fait également partie de la communauté des gens du voyage.

« Tout ce que nous allons savoir » est un roman à l’ambiance sombre, pesante. Melody écrit son journal de grossesse et elle y retranscrit sa rage, sa culpabilité, le poids de sa solitude depuis le départ de son mari. Elle est rongée par son passé qui a dès le départ empoisonné ses relations avec Pat, son mariage n’avait aucune chance de durer. Elle n’est d’ailleurs pas très aimable Melody, elle repousse brutalement tout ce qui pourrait la rendre heureuse. A travers la vie de Melody, mais aussi celle de Mary, Donal Ryan souligne la difficulté d’être une femme mariée sans enfant dans une petite ville irlandaise puritaine. Les jugements sont vite rendus et bizarrement, tout est toujours de la faute des femmes. La colère de Melody n’en est que plus compréhensible et sa douleur touche le lecteur.

« Tout ce que nous allons savoir » est un portrait de femme puissant, saisissant, habité par la détresse mais qui nous offre une fin lumineuse.

Traduction Marie Hermet

Autobiographie, mémoires d’une recluse d’Elisavet Moutzan-Martinengou

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Elisavet Moutzan-Martinengou (1801-1832) est probablement la première écrivaine de la Grèce moderne. Mais ses nombreux écrits furent négligés, non publiés avant de disparaître définitivement dans un tremblement de terre en 1953. Le seul texte, qui nous soit parvenu, est son autobiographie publiée par son fils en 1881. Il fit des coupes dans le texte, c’est pourquoi celui-ci ne commence que lorsque Elisavet a 8 ans. C’est à partir de cet âge que s’applique pour elle une tradition rétrograde de l’île de Zakyntos où elle est née. Pour protéger l’honneur des jeunes filles, ces dernières sont enfermées chez elle et ne sortent même pas pour aller à l’église. A cette époque, la réclusion des femmes est seulement appliquée par quelques familles aristocratiques. Et comme si l’enfermement ne suffisait pas, seul le père leur adresse la parole, les autres hommes de la famille ne le font quasiment jamais.

Bien évidemment, les femmes ont un accès très limité à l’éducation. Mais Elisavet a soif de connaissance, les livres deviennent son refuge. Des religieux complètent ce que sa mère avait commencé à lui apprendre. Elisavet a des capacités hors norme : elle apprend l’italien, le grec ancien, traduit des textes d’une langue à l’autre, écrit des fables, des tragédies. Ce que montre son autobiographie, c’est que Elisavet Moutzan-Martinengou a rapidement conscience de son talent. Elle réfléchit au devenir de ses œuvres, s’interroge sur la possibilité de les faire publier.

Elisavet veut poursuivre son travail et elle rejette totalement l’idée du mariage. C’est pourquoi elle demande à entrer dans un monastère, ce que son père refuse. Elle a du subir le sort de toutes les femmes de l’île : un mariage arrangé auquel elle ne survivra pas puisqu’elle meurt après avoir donné naissance à son premier enfant.

L’autobiographie d’Elisavet Moutzan-Martinengou est un texte un peu austère, comme l’aura été la vie de son autrice. Mais c’est un témoignage unique sur une jeune fille recluse, habitée par l’écriture, à l’esprit vif et remarquablement consciente du triste sort réservé aux femmes.

Traduction Lucile Arnoux-Farnoux

Tant qu’il reste des îles de Martin Dumont

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« C’est pas rien une île… C’est un bout de terre planté au milieu de l’océan. Un caillou peut-être, mais avec la mer autour. Un truc magique, un endroit d’où tu peux pas te barrer comme ça, juste sur un coup de tête. Et même pour la rejoindre d’ailleurs ! Une île, ça se mérite. Faut prouver qu’on est digne de l’atteindre, faut être à la hauteur. » Et c’est ce que met en péril la construction d’un pont et ce qui bouleverse les habitants. Certains veulent stopper la construction à tout prix. Léni, qui travaille sur le dernier chantier naval de l’île, regarde sans prendre partie. Il est indécis, il n’identifie pas réellement ce que le pont va changer dans sa vie. Le travail commence à manquer, son ex compagne rechigne à lui laisser la garde de leur fille. Léni n’est pas très optimiste quant à ses perspectives d’avenir. C’est là qu’il fait connaissance d’une journaliste-photographe, Chloé, venue faire un reportage sur la construction du pont.

Martin Dumont nous offre un roman plein d’humanité, nous présentant avec simplicité le quotidien d’une population troublée par la construction du pont, par cet inconnu qui va inévitablement modifier leurs vies. Chaque chapitre correspond à un élément de constitution du pont et montre ainsi l’avancée des travaux comme le changement de Léni. Car le pont est une métaphore du personnage central : faut-il s’ouvrir au monde ou rester isolé ?

L’auteur dresse le portrait d’une petite communauté accueillante et chaleureuse : Christine qui tient le café de l’île et chante accompagnée de son accordéon, Marcel le patron du chantier naval qui a tout appris à Léni, Stéphane le pêcheur qui refuse le pont, Karim le collègue loyal de Léni. Les relations entre eux sont pudiques ce qui n’empêche pas la profondeur des sentiments. Et on sent que le cœur du roman, pour Martin Dumont, se trouve dans ses personnages, qu’il regarde avec tendresse et qui nous touchent immanquablement.

Sensible, social, humain, « Tant qu’il reste des îles » m’a enchantée de la 1ère à la dernière page.

Le temps des grêlons d’Olivier Mak-Bouchard

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C’est dans un parc d’attractions sur le Far West que Peter se rend compte qu’il y a un problème avec les photos. Son amie Gwendo essaie de prendre un indien en photo mais seul le paysage apparaît sur l’écran du téléphone. Rapidement, le problème ne concerne pas que les photos, le présentateur du journal télévisé n’apparaît plus non plus à l’antenne. Le phénomène interroge et il semble que « le nuage » soit tellement saturé de portraits, d’images de personnes que plus rien ne s’y imprime. Pire, des personnes prises en photo ou filmées au XIXème siècle réapparaissent. On les surnomme les grêlons et ils reviennent sur terre par ordre chronologique. Certains sont très attendus comme le grêlon d’Arthur Rimbaud. Mais rapidement, on s’aperçoit que les grêlons sont amorphes, apathiques et ils ne savent plus parler. Que faire d’eux, d’autant plus que leur nombre devient inquiétant ?

L’année dernière, j’avais été totalement envoûtée par le premier roman d’Olivier Mak-Bouchard « Le dit du mistral »  et je n’ai pas été déçue par « Le temps des grêlons ». Même si l’auteur nous plonge à nouveau dans une fable, l’univers de son deuxième roman est totalement différent du premier. « Le temps des grêlons » est un roman dystopique qui critique subtilement un monde où l’image de soi, sa mise en scène domine. Le texte regorge de trouvailles et d’inventions. L’idée de départ ne s’essouffle à aucun moment et elle est parfaitement exploitée du début à la fin.

Le début du roman est léger, le narrateur et ses amis sont encore enfants, leur regard est naïf et amusé par les évènements. La candeur laisse peu à peu la place à la gravité, les enfants grandissent et les temps s’assombrissent. Les trois amis, Peter, Gwendo et Jean-Jean, sont infiniment touchants, j’ai apprécié de les suivre, de les voir évoluer dans ce monde inquiétant et finalement menaçant. Et puis il y a Arthur Rimbaud…mais là je vous laisse découvrir le rôle qu’il occupe dans cette histoire.

Olivier Mak-Bouchard réussit à nouveau à surprendre son lecteur en créant un univers singulier où l’imagination et l’inventivité sont reines. « Le temps des grêlons » m’a transportée et je n’ai qu’une hâte : lire le prochain roman de l’auteur !

Un mois à la campagne de J.L. Carr

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Eté 1920, Tom Birkin vient s’installer dans le village d’Oxgodby dans le Yorkshire pour restaurer une fresque murale de l’église. Une riche habitante a légué à sa mort une somme d’argent pour cette restauration mais également pour la mise au jour d’une tombe datant du Moyen-Âge. Un archéologue, Charles Moon, est déjà sur les lieux et a commencé les recherches. Les deux jeunes hommes sympathisent immédiatement. Un passé traumatique les unie : tous deux sont des rescapés de la 1ère guerre mondiale, Tom en porte les séquelles sur son visage. L’accueil chaleureux des villageois, la plénitude de l’été, la tranquillité des paysages les éloigneront de leurs souvenirs douloureux.

Le texte de J.L. Carr est plein de charme, de délicatesse mais également de mélancolie. Tom écrit sur cet été 1920 cinquante ans après l’avoir vécu. Cette période de sa vie lui apparait comme une parenthèse enchantée où il a pu reprendre goût à la vie. La beauté simple des paysages l’enchante : « Jamais je n’avais eu autant de temps que cet été-là – ce merveilleux été. Jour après jour, la brume se levait au-dessus des près, le ciel pâlissait, les haies, les granges et les bois prenaient forme peu à peu jusqu’au moment où le long dos voûté des collines montait au-dessus de la plaine. C’était magique. » Tout concourt à faire de cet été un moment unique et suspendu. Tom y oublie la guerre mais aussi les fréquentes disputes avec sa femme et leur récente séparation. Un nouveau départ semble possible à Oxgodby où personne ne connaît sa vie mais l’été ne dure jamais.

« Un mois à la campagne » est une lecture délicieuse, propice à la contemplation et qui célèbre ses moments de bonheur passés que l’on aimerait tant retrouver.

Encabanée de Gabrielle Filteau-Chiba

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Anouk décide de quitter Montréal pour s’installer dans une cabane rustique au Kamouraska. « J’ai aimé cet endroit dès que j’y ai trempé les orteils. La rivière et la cabane au creux d’une forêt tranquille. Je pouvais posséder toute une forêt pour le prix d’un appartement en ville ! Toute cette terre, cette eau, ce bois et une cachette secrète pour une si maigre somme…alors j’ai fait le saut. » Dans cette nature sauvage et rude, Anouk apprend les bases de la survie et les tâches quotidiennes occupent tout son temps : couper du bois, faire fondre la neige pour avoir de l’eau, alimenter le feu de cheminée, surveiller les animaux sauvages, etc… Pour les moments de doute, la jeune femme est venue accompagner de quelques livres notamment de poésie. Heureuse de vivre loin du chaos, du brouhaha de la ville, Anouk ne regrette que la présence d’un compagnon à ses côtés.

Gabrielle Filteau-Chiba s’est inspirée de sa propre expérience puisqu’en 2013, elle s’est elle-même encabanée. Le texte est court et se présente comme un journal de bord de sa vie retirée du monde. « Encabanée » est le premier volet d’une trilogie engagée pour la défense de la nature. L’autrice parle du bonheur d’un retour à la frugalité, de la liberté retrouvée, du silence apaisant et la beauté des paysages. « Il y avait aussi ce silence qui laissait place la nuit à la chorale d’animaux sauvages et au bruissement des feuilles de peupliers faux-trembles. Des milliards d’étoiles et un bout de chandelle pour seul éclairage. Les plus belles saisons de ma vie ont commencé ici, à créer en ce lieu un îlot propre à mes valeurs. Simplicité, autonomie, respect de la nature. Le temps de méditer sur ce qui compte vraiment. Le temps que la symphonie des prédateurs la nuit, laisse la place à l’émerveillement. » Gabrielle Filteau-Chiba n’idéalise pas non plus ce qu’elle a vécu. Les difficultés, la rudesse des conditions climatiques ne sont pas occultées dans le texte.

« Encabanée » est le récit d’un retrait du monde, un isolement volontaire au cœur de la nature sauvage. Gabrielle Filteau-Chiba, comme son personnage Anouk, est allée au bout de son engagement écologique et nous fait partager son expérience dans un texte fort et sincère.

Ultramarins de Mariette Navarro

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Elle commande des navires depuis des années. Sa rigueur, son autorité lui ont permis de s’imposer face aux hommes qui composent son équipage. Elle est perpétuellement sur le qui-vive et dans le contrôle. Et pourtant, durant une traversée de l’Atlantique, quelque chose cède, une faiblesse qui lui fait accepter une baignade en plein milieu de l’océan. Ses vingt marins plongent nus dans le bleu profond, une demi-heure qui va bousculer les certitudes, libérer les esprits et les corps mais l’immensité est également source d’inquiétude. « Ils n’auront pas dessiné un filet bien large au milieu de l’océan. Ils n’auront pas nagé plus de 35 minutes. Ils n’auront pas été autre chose que des créatures terrestres qui paniquent dans le bleu. Ils auront vu leur vie résumée dans une vague, espéré le rivage et le réveil. » Le retour des hommes sur le cargo sera accompagné d’évènements étranges.

Le premier roman de Mariette Navarro, poétesse et dramaturge, prend des allures de fable. Il est source de vertige, de perte de repères pour les personnages et pour le lecteur. Les personnages n’ont pas de noms, le mystère qui va s’installer sur le bateau (brume envahissante, un personnage énigmatique, les machines qui ralentissent sans raison) ne sera jamais explicité. L’évènement déstabilisant, perturbateur est la baignade superbement décrite par Mariette Navarro. Tant de sentiments s’y mélangent : la joie pure, le lâcher-prise, la solitude, l’introspection, la panique. Cette parenthèse imprévue va également agir sur la commandante qui n’y participe pourtant pas. Elle l’oblige à plonger en elle-même, à questionner ses choix de vie et ses envies.

« Ultramarins » nous enveloppe d’une douce et lumineuse poésie, nous incitant à ralentir, à nous poser, à faire un pas de côté. Un roman à l’ambiance et à l’écriture envoûtante qui s’amuse à brouiller les pistes. Laissez-vous emporter.

Dear reader de Cathy Rentzenbrink

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Dans « Dear reader », Cathy Rentzenbrink revient sur son parcours personnel et professionnel. Elle rend un vibrant et touchant hommage aux livres. Durant toute sa vie, ils furent ses compagnons dans la joie mais aussi dans les drames terribles qui émaillèrent sa vie. Cathy Rentzenbrink nous raconte son parcours de lectrice à autrice. Entre les deux, elle fut longtemps libraire chez Harrod’s, Hatchards, Waterstone puis elle a travaillé dans une association qui tente de démocratiser la lecture (notamment dans les prisons) et a été critique littéraire. Toute la chaine du livre est contenu dans « Dear reader » qui contient de nombreuses anecdotes vécues par l’autrice, drôles, touchantes, triviales aussi.

Les livres sont pour elle, un réconfort, une consolation, une respiration et une formidable ouverture sur le monde. La lecture peut sembler être une activité solitaire, mais « Dear reader » démontre le contraire. Les livres forment un pont entre les personnes : l’échange autour des livres est un bon moyen de rencontrer d’autres passionnés. C’est d’ailleurs ce que Cathy Rentzenbrink  préférait dans son métier de libraire. Son livre est également un très bel hommage à son père et son chemin vers la lecture alors qu’il savait à peine lire et écrire.

Entre chaque chapitre, l’autrice partage des listes de livres autour d’une thématique (les livres pour enfant qu’elle aime relire, les séries, les livres sur les librairies et les libraires, les mères et leurs enfants, les livres sur la lecture, etc…). De quoi faire grossir ma pal qui n’en avait évidemment pas besoin !

J’ai beaucoup apprécié la lecture de ce livre, la sincérité des propos de son autrice et sa passion infinie pour la lecture.

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Mr Loveman de Bernardine Evaristo

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A 74 ans, Barrington Jedidiah Walker a l’élégance et le raffinement des dandys. Natif d’Antigua, il a fait fortune dans les années 60 grâce à un formidable flair dans l’immobilier londonien. Autodidacte, Barry aime les mots et se plait à citer Shakespeare dès qu’il le peut. Il est marié à Carmel, ils sont venus ensemble vivre à Londres. Bigote, Carmel se plaint des virées nocturnes de son mari. Elle le soupçonne depuis des années d’avoir des maîtresses. Barry le jure, il ne l’a jamais trompée avec une autre femme. En fait, depuis sa jeunesse, il vit une belle histoire d’amour avec Morris Courtney. Carmel et Barry ont eu deux filles, aujourd’hui adultes. Notre gentleman caribéen n’a donc plus de raison de rester avec Carmel. Mais comment faire son coming out à 74 ans ?

J’avais eu un gros coup de cœur pour « Fille, femme, autre » publié en 2020 et qui avait obtenu le Booker Prize en 2019. Et je n’ai pas été déçue par la lecture de « Mr Loveman », roman drôle et particulièrement réjouissant. On retrouve dans ce roman, publié en 2013 en Grande-Bretagne, la liberté narrative qui faisait la force de « Fille, femme, autre ». Au centre du roman est Barry, qui a du s’enfermer dans une cage dorée. Son homosexualité, répréhensible en Angleterre jusque dans les années 60, était absolument inavouable à Antigua. Barry et Morris étaient obligés de se marier pour éviter le rejet et la violence de la société. Leur relation sera plus forte et elle est très émouvante.

Mais les autres personnages ne sont pas oubliés, notamment Carmel dont le point de vue s’exprime en alternance avec celui de Barry. Et comme son mari, elle cache bien des secrets. Les deux filles, le petit fils complètent le tableau de cette famille haute en couleurs.

Sous couvert de divertissement, Bernardine Evaristo aborde des thèmes graves comme l’immigration des antillais dans les années 60, le tabou de l’homosexualité. Elle montre aussi l’évolution des mœurs au travers des différentes générations. Joyeux, enthousiasmant, je ne peux que vous conseiller de découvrir ce roman et de faire connaissance avec Mr Loveman.

Traduction Françoise Adelstain

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