Jane Austen, une vie entre les pages d’Isabel Greenberg et Janine Barchas

« Jane Austen, une vie entre les pages » est une biographie romancée écrite par Janine Barchas, une spécialiste de l’autrice, et illustrée par Isabel Greenberg qui avait auparavant publié « Glass Town : the imaginary world of the Brontës » malheureusement jamais traduit en français. Comme le précise la note au lecteur qui ouvre ce récit graphique, l’intrigue oscille entre imagination et une solide documentation (les deux sont d’ailleurs très bien détaillées dans le précieux glossaire en fin de volume).

Trois parties illustrent la vie de Jane Austen. La première couvre la période allant de 1796 à 1797 et s’ouvre sur une scène imaginée par Janine Barchas où notre jeune autrice visite la galerie Shakespeare de John Boydell à Londres. L’évènement est plausible puisqu’elle se trouvait dans cette ville à cette époque et il souligne l’admiration de Jane Austen pour le barde de Stratford qui est bien présent dans ses romans.

La deuxième partie englobe les années 1801 à 1809. Ce sont des années difficiles pour la famille Austen puisque George Austen décède en 1805 en laissant son épouse et ses filles sans pension. Jane et Cassandra sont toutes deux célibataires, une situation bien précaire et qui laisse peu de temps pour écrire.

La troisième partie va de 1809 à 1817 date à laquelle Jane Austen s’éteint à l’âge de 41 ans. Mme Austen et ses filles s’installent dans le cottage de Chawton dans le Hampshire mis à disposition par Edward Austen. Elles connaissent ainsi une stabilité financière et les romans de Jane vont enfin être publiés. Le récit s’achève très joliment sur la notoriété de l’autrice après sa mort.

« Jane Austen , une vie entre les pages » montre bien les liens entre la vie quotidienne de l’autrice et son œuvre. Le livre regorge de clins d’œil aux romans, aux adaptations et aux objets du quotidien qui ont été conservés. Les dialogues sont particulièrement réussis et savoureux. Les dessins d’Isobel Greenberg sont un peu naïfs, très graphiques et j’ai beaucoup aimé le choix de différencier par la couleur le quotidien de Jane Austen et son imagination.

Ce roman graphique s’adresse aussi bien à ceux qui veulent découvrir la vie de Jane Austen, qu’à ceux qui la connaissent déjà. J’ai pris un grand plaisir à lire ce portrait tendre et plein d’esprit de l’autrice.

Traduction Sarah Tardy

 

Feuilles dans l’eau d’Elizabeth Myers

Laura Valley a grandi dans une ville modeste du nord de l’Angleterre. Elle se remémore ses jeunes années et la ruelle sordide où elle vivait avec ses frères et sœur. Le père n’arrive pas à conserver un travail et joue aux courses le peu qu’il a gagné. La mère fait le ménage dans la boutique de son frère. Plus que la pauvreté, c’est la violence et la cruauté de sa mère qui ont marqué l’enfance de Laura, Anda, Robert et Steve. Chacun tente à sa façon d’échapper à la brutalité de ce foyer. Anda va rapidement quitter la maison. Robert se plonge dans des livres sur l’Antiquité. Laura s’évade grâce à l’observation préciser du monde qui l’entoure notamment la nature. « Toute mon âme participait à la vie intense et tranquille qui l’entourait, se fondant en elle, oubliant l’irréalité de tous les jours dans la vigoureuse réalité des moutons, des arbres, du gel et de la nouvelle lune qui se levait avec une charmante hardiesse au-dessus d’un lointain taillis. » Steve, quant à lui, n’arrive pas à être indifférent face aux railleries, aux brimades de sa mère ce qui le plongera toute sa vie dans un profond désespoir.

« Feuilles dans l’eau » a été publié en 1943 et c’est un étonnant mélange de réalisme et d’onirisme. Elizabeth Myers décrit parfaitement les traumatismes subis par les quatre enfants. La mère, manipulatrice et égoïste, ne cesse de les rabaisser et de les priver d’espoir. L’autrice décrit tout au long du roman le mécanisme de survie mis en place par Laura qui est un personnage très original. Chaque jour est à ses yeux le premier et son émerveillement ne faiblit jamais. Elle décèle de la magie, du mystère dans chaque chose, même les plus ordinaires. Sa contemplation du monde la console du manque de tendresse de sa mère. Le roman est également celui d’une relation fraternelle puissante. Laura sera toujours un soutien sans faille pour son frère Steve.

« Feuilles dans l’eau » est un roman très touchant porté par une écriture poétique, sensible et saisissante. Une très belle découverte.

Traduction Georges-Michel Bovay

 

Pièce montée de Margaret Kennedy

Melissa Hallam et Lucy Carmichael sont amies depuis leurs études à Oxford. Leur parfaite complicité les rend redoutables auprès des garçons désarçonnés par tant de charme. Lors d’une soirée où Melissa ne peut aller, Lucy rencontre l’explorateur Patrick Reilly. Il est plus âgé, séduisant et sa vie trépidante enchante la jeune femme. Le mariage est rapidement planifié. Mais celui-ci n’aura pas lieu. Lucy se retrouve seule devant l’autel. Pour fuir la pitié qu’elle lit dans les yeux de ceux qui l’entourent, elle prend un poste d’enseignante à l’Institut artistique de Ravonsbridge. Il fut fondé par Matthew Millwood, un industriel philanthrope, afin de proposer un programme artistique à sa ville et notamment à ses ouvriers. Depuis sa disparition, l’Institut est géré par un Comité dirigé par sa veuve, l’impressionnante Lady Frances. La vocation artistique du lieu n’empêche pas les rivalités et les mesquineries comme va rapidement le découvrir Lucy.

« Pièce montée », publié en 1951, est un roman savoureux, réjouissant où Margaret Kennedy fait le portrait d’une jeune femme qui va devoir se reconstruire après une immense déception amoureuse. Lucy va se réinventer à l’Institut par le travail et la confiance qu’on lui porte. Elle devient ainsi co-directrice de la classe de théâtre et met en scène un mémorable « Hamlet ». Elle se renforce grâce aux contacts avec les autres professeurs, apprend malgré les conflits au sein de l’institution. Lucy est un personnage lumineux, qui réussit à dépasser son désenchantement et sait s’entourer d’amis sincères comme sa chère Melissa qui sera un soutien sans faille.

Dans ce roman, qui devient l’un de mes préférés de l’autrice, Margaret Kennedy aime à surprendre son lecteur. Le livre s’ouvre sur la pétillante Melissa qui aurait pu être l’héroïne du roman. Lucy nous est présentée par son récit à son fiancé et n’arrive que plus tard. De même, le roman commence par un mariage, là où s’achèvent ceux de Jane Austen, très présente dans « Pièce montée » (un Mr Darcy se cache à Ravensbridge…), et notre héroïne se retrouve en marge au risque de finir vieille fille. Une destinée finalement assez inhabituelle !

« Pièce montée » est le récit plein de finesse et d’humour mordant d’une renaissance, d’une reconquête par Lucy de sa vie, de sa capacité à être heureuse.

Traduction Denise Van Moppès et Zoé Gindre

Mr Rochester et autres histoires de Frances Towers

« Mr Rochester et autres histoires » (en vo « Tea with Mr Rochester » qui est le titre d’une nouvelle) a été publié en 1948 et est composé de dix nouvelles. Le ton du recueil est celui de la comédie romantique au charme désuet mais aussi intemporel. La guerre et ses conséquences ne sont pas très présentes même si la destinée de l’héroïne de « Le petit saule » est bouleversée par cet évènement historique. Frances Towers nous présente des situations quotidiennes avec une certaine légèreté mais également beaucoup d’humour et d’ironie.

La place des femmes est au cœur des nouvelles. Elles sont souvent seules et indépendantes chez Frances Towers. Dans « L’élue », Lucy et Florence, ne trouvant pas de maris, décident d’emménager ensemble dans un cottage à la campagne. Même chose pour « Tante Essie » qui n’a ni mari ni enfant par choix. Ce sont souvent des femmes à l’imagination débordante, fertile comme dans « Un thé avec Mr Rochester » où la jeune Prissy projette son amour pour le roman de Charlotte Brontë sur un ami de ses tantes (« Les hauts de Hurlevent » est également mentionné dans une autre nouvelle ce qui montre l’appétence de l’autrice pour le romantismes des Brontë).

Le sort des femmes n’est toutefois pas toujours enviable et Frances Towers montre bien qu’elles sont soumises au rôle que la société leur impose, ce que leur féconde imagination permet d’oublier par moment. Elles doivent parfois travailler comme la narratrice de « Don Juan et le lys » qui n’a pas assez de charme, selon sa mère, pour trouver un mari ! Les femmes sont souvent comparées à des fleurs : Tante Athéna est une rose-thé jaune, Miss Pinsett un zinnia et Julia une tulipe perroquet ! Cela peut sembler poétique mais ici l’autrice insiste sur le fait que les femmes sont souvent envisagées comme des objets, elles sont passives. Une pointe de fantastique se glisse parfois dans l’univers très réaliste, précisément décrit, de Frances Towers. C’est le cas dans ma nouvelle préférée « Lucinda » qui se déroule dans une famille fantasque à l’humour très piquant.

« Mr Rochester et autres histoires » est un recueil délicieux, la plume de Frances Towers est ciselée et rend parfaitement compte des intérieurs, des atmosphères, au combien anglais, où évoluent ses personnages.

Traduction par le collectif Vertigo

M comme meurtre ? d’Anthony Horowitz

Un matin de printemps, Diana Cowper se rend sur Fulham Road dans un magasin de pompes funèbres. Aucun de ses proches n’est décédé, c’est son propre enterrement qu’elle souhaite organiser. Six heures après ce rendez-vous, Diana Cowper est retrouvée morte chez elle. Peu de temps après, l’écrivain Anthony Horowitz est contacté par un ancien policier avec qui il avait collaboré sur une série. Daniel Hawthorne est parfois sollicité par ses anciens collègues dans des affaires épineuses. Il a été appelée pour le meurtre de Diana Cowper et il souhaite qu’Anthony Horowitz le suive dans son enquête et écrive sur lui. L’auteur hésite beaucoup car il travaille sur la prochaine adaptation des aventures de Tintin par Steven Spielberg et parce que Hawthorne est un personnage assez déplaisant. Mais l’histoire de Diana Cowper est extrêmement tentante et l’écrivain finit par se laisser convaincre.

Voilà bien longtemps que je tourne autour des romans d’Anthony Horowitz et notamment « Comptine mortelle » dont j’ai vu depuis l’adaptation. L’écrivain a en effet tout pour me plaire, il a été scénariste pour des épisodes de « Hercule Poirot », de « Midsomer murders » et il a écrit des suites aux aventures de Sherlock Holmes et de James Bond (il envie d’ailleurs à Ian Fleming l’excellence de ses titres de romans car il peine à en trouver un pour ce roman-ci). Anthony Horowitz est un écrivain particulièrement malicieux et facétieux. Il revisite, dans « M comme meurtre ? » (« The word is murder » en vo), le genre du whodunnit qu’il affectionne en devenant lui-même le docteur Watson. Tout au long du roman, il s’amuse à mélanger la réalité et la fiction, à dévoiler des éléments sur sa vie privée sans que le lecteur sache s’il invente ou non. Ce qui est intéressant, c’est que son roman parle de son processus d’écriture, de ses questionnements durant la rédaction de son texte. Au fil de l’enquête et des chamailleries avec Hawthorne, Anthony Horowitz semble écrire son roman sous nos yeux ce qui est totalement réjouissant. En bon anglais qu’il est, il fait également preuve de beaucoup d’autodérision et d’une bonne dose d’humour.

Ma première lecture d’Anthony Horowitz fut tout à fait concluante. « M comme meurtre ? » est le premier roman d’une série de six à ce jour et le deuxième volume va paraitre en octobre en France.

Traduction Julie Sibony

The mousetrap d’Agatha Christie

Mollie et Giles Ralston ouvrent une pension de famille à Monkswell Manor. Le jour de l’ouverture, il neige énormément. La radio annonce qu’un meurtre a eu lieu à Londres au 74 Culver Street. Les différents pensionnaires arrivent petit à petit et sont rapidement bloqués par la neige dans cette demeure isolée : le volubile Christopher Wren, l’acariâtre Mrs Boyle, le fiable et solide Major Metcalf et la discrète Miss Casewell. Arrivé soudainement, Mr. Paravicini dit avoir coincé sa voiture dans une congère. Le lendemain de l’ouverture de la pension, la police contacte les Ralston pour les informer que le sergent Trotter allait venir à Monkswell Manor sans préciser la raison de sa venue. Lorsque celui-ci arrive à ski, le téléphone de la pension a été coupé.

« Three blind mice » fut écrit par Agatha Christie à la demande de la reine Mary, épouse de George V, pour son 80ème anniversaire. L’histoire fut diffusée à la radio par la BBC en 1947. Agatha Christie rédigea ensuite une nouvelle portant le même titre publiée en 1948 (on la trouve en français dans le recueil « Trois souris »). Quand il fut question de l’adapter en pièce de théâtre, il fallut changer le titre car une autre pièce le portait déjà. « Three blind mice » devint alors « The mousetrap » et fut jouée pour la première fois à Londres le 25 novembre 1952. A l’instar de « La cantatrice chauve » au théâtre de la Huchette, la pièce d’Agatha Christie n’a cessé d’être jouée depuis sa création. J’ai eu le plaisir de la voir trois fois dont une  au St Martin’s theatre pour sa 30 555ème représentation ! Même en connaissant la fin (que le spectateur a l’interdiction de dévoiler), c’est un régal d’assister à une représentation tant la pièce comporte les ingrédients qui ont fait le succès de Lady Agatha.

Le nom de la pièce est parfaitement trouvé puisque les personnages sont bel et bien pris au piège par la neige dans la pension (Cyril Hare en fera de même dans « Meurtre à l’anglaise »). Le huis clos est bien évidemment propice à la montée de la tension. Comme dans « Ils étaient dix », une comptine joue un rôle essentiel et est souvent sifflée, jouée durant la pièce. Autre ressort important chez Agatha Christie, tous les personnages sont suspects et chacun finit par envisager l’autre avec méfiance (même au sein du couple Ralston). Enfin, « The mousetrap » n’est pas dénuée d’humour ce qui ne gâche rien.

Si vous en avez l’occasion, je ne peux que vous conseiller d’aller voir l’unique pièce de théâtre d’Agatha Christie. Lire la nouvelle est également intéressant puisqu’elle diffère légèrement et qu’elle donne des détails supplémentaires sur le passé des personnages.

 

Nos héritages d’Anna Hope

Philip Brooke vient de mourir  laissant à sa fille aînée, Frannie, son manoir de style néo-grec, 400 hectares de terre et un portrait de son ancêtre réalisé par Joshua Reynolds. Toute la famille se réunit pour les obsèques, même si le patriarche n’est guère regretté. Mari volage, il abandonna femme et enfants pour vivre à New York pendant de nombreuses années avec sa maitresse. Son épouse, Grace, décide, dès son décès, de quitter la somptueuse demeure où elle s’est sentie si seule. Milo et Isa, les benjamins de la fratrie, ont fui le domaine dès qu’ils ont pu. Frannie en avait fait de même mais depuis une dizaine d’années elle était revenue pour mener un projet écologique. Celui-ci consiste à réensauvager les terres de la propriété et cela fonctionne puisque des espèces reviennent s’y installer. Mais une invitée surprise aux funérailles va tout bouleverser.

Étonnamment, je n’avais encore jamais lu Anna Hope et je suis ravie de m’être décidée à la découvrir avec « Nos héritages » qui aborde des thèmes très intéressants : la transmission aux générations futures d’un héritage matériel ou immatériel, le passé colonial de l’Angleterre, l’enclosure qui permit aux riches de s’approprier des terres au détriment des populations les plus pauvres (dans le roman, il a fallu déplacer un village entier pour constituer le domaine des Brooke), etc … Certaines choses progressent positivement puisque Frannie est la première femme de sa lignée à hériter. Mais entre le passé peu glorieux de sa famille et le réchauffement climatique, la jeune femme peine à conserver son enthousiasme. Durant les jours qui précèdent l’enterrement, Anna Hope offre à chacun de ses personnages l’occasion d’exprimer ses rancœurs, ses désirs, ses souvenirs douloureux, ses aspirations. J’avoue avoir une tendresse particulière pour Ned, ami de Philip et de Grace, installé dans la forêt et d’une sagesse, d’une humanité remarquables.

« Nos héritages », roman choral parfaitement construit, questionne la transmission, le passé empoisonné de certaines grandes propriétés anglaises et comment affronter la culpabilité qui l’accompagne.

Traduction Marguerite Capelle

Kes de Barry Hines

Billy Casper vit dans une ville minière décatie du nord de l’Angleterre. Son père est parti, sa mère est souvent absente et son frère aîné Jud se défoule sur lui. A l’école, les choses ne se passent pas mieux. Le frêle garçon est souvent pris comme souffre-douleur par les autres élèves. L’enseignement se fait à coup de punition et d’humiliation. Seul Mr Farthing sait être l’écoute de ses élèves et il décèle chez Billy une lumière. Celle-ci lui vient de Kes, un faucon crécerelle qu’il a recueilli. Billy, qui s’ennuie à l’école, lit des livres sur la fauconnerie pour apprivoiser l’oiseau.

« Kes » a été publié en 1968 et il fut adapté l’année suivante par Ken Loach (le film a d’ailleurs été tourné à Barnsley, Yorkshire, ville de naissance de Barry Hines). L’univers de l’écrivain et celui du réalisateur se correspondent parfaitement et Ken Loach adaptera d’autres textes de Hines. Le monde de Billy est celui de la classe ouvrière pauvre. Négligé par sa mère, abandonné par son père, le jeune garçon traine avec de mauvais garçons, fait de nombreuses bêtises. Son horizon est plus que bouché et son avenir est tout tracé : la mine dès qu’il quittera l’école à 15 ans. Il y a des scènes très marquantes de maltraitance comme celle où le prof de gym empêche Billy d’aller manger parce que le match de foot n’est pas fini et l’oblige ensuite à rester de longues minutes sous l’eau glacée. En miroir de ce moment violent, s’offre au lecteur une scène superbe de fauconnerie devant les yeux émerveillés de Mr Furthing.

« Kes » est un roman d’apprentissage cruel, brutal, d’un réalisme saisissant. La relation entre Billy et son faucon est bouleversante de beauté.

Traduction Clémentine Gauthiers

 

Renard 8 de George Saunders

Lors de l’une de ses balades, Renard 8 tombe sous le charme d’un son merveilleux : « (…) une voix d’Umin, qui fesait des mauts. » Il revient chaque soir écouter les histoires que les grands racontent aux plus petits pour s’endormir. A force, Renard 8 se met à apprendre la langue des humains de façon phonétique. Ils les trouvent d’ailleurs fort sympathiques et aimerait en savoir plus sur leur monde. Mais bientôt, Renard 8 et ses amis voient leur environnement modifié. La forêt est rasée et la nourriture vient rapidement à manquer.

« Renard 8 » est une courte fable écrit par George Saunders en 2018 et elle est très joliment illustrée par Chelsea Cardinal. L’histoire de Renard 8 débute de façon charmante. C’est un personnage très curieux et rêveur. Il n’hésite pas à explorer le monde des humains notamment un centre commercial. Mais sa naïveté sera bien punie quand il comprendra qu’ils peuvent se révéler cruels et destructeurs. Car l’histoire de Renard 8 est aussi celle de notre impact sur la nature et ses habitants. La grande originalité du conte de George Saunders est l’écriture phonétique de la langue des humains par Renard 8. Cela apporte beaucoup d’humour et rend notre héros très attendrissant.

« Renard 8 » est un petit livre délicieux, drôle, grave mais aussi plein d’espoir et de tendresse. Ecoutons ce que nous disent les renards !

Traduction Agatha Crandall

Ballet shoes de Noel Streatfeild

Matthew Brown, surnommé Great Uncle Mathew, est un explorateur qui collectionne les fossiles. Il a d’ailleurs acheté une maison à Cromwell Road pour les entreposer. Comme il ne cesse de parcourir le monde, il a laissé sa demeure aux soins de la veuve de son neveu, sa fille Sylvia et sa nurse Nana. La maison se remplissant très rapidement, il est demandé à GUM d’arrêter de ramener des fossiles. Il change donc de collection et rapporte des bébés de ses voyages ! Il sauve Pauline de la noyade, Petrova est orpheline et son père la lui confie avant de disparaitre, la mère de Posy, une danseuse, n’a pas les moyens de la garder. Les trois enfants vont prendre le nom de Fossil et vont grandir à Londres bien entourées malgré les difficultés financières de la famille.

« Ballet shoes » a été publié en 1936, le roman de Noel Streatfeild est un classique de la littérature jeunesse qui a été adapté plusieurs fois. Le roman comporte des illustrations qui ont été réalisées par Ruth Gervis qui était la sœur de l’autrice. Le chapitre d’ouverture est formidable de drôlerie et de fantaisie. GUM est un personnage excentrique et généreux mais nous ne le retrouvons qu’à la fin du roman. Après son départ (son absence durera de nombreuses années), Sylvia va avoir la charge des trois enfants. Ses difficultés financières sont très présentes dans le roman :  le fait de compter chaque dépense, de faire des économies notamment sur les vêtements sont au cœur du quotidien de la famille. Mais Noel Streatfeild nous montre un groupe de femmes plein de ressources. Sylvia va louer des chambres et les locataires vont bientôt former une famille très solidaire, ce qui très touchant.

Pauline, Petrova et Posy présentes des dispositions artistiques qui les amènent à suivre les cours d’une académie spécialisée. Cela leur permettra de travailler dès l’âge de 12 ans et d’aider Sylvia. L’autrice nous montre ainsi les coulisses des spectacles, des auditions. Les trois filles ont des personnalités très fortes et très bien dessinées. Pauline est une actrice née et est très généreuse, Posy est certaine de son talent de danseuse et peut sembler imbue d’elle-même. Mais celle qui m’a le plus intéressée, c’est Petrova qui a des aspirations bien différentes des jeunes filles de son époque puisqu’elle aime la mécanique et veut devenir pilote d’avion !

« Ballet shoes » est un roman plein de charme où l’entraide a une place importante et où les femmes (il y a peu d’homme dans le roman) apprennent à se débrouiller, à être indépendantes. J’ai lu ce roman en anglais mais il existe également en français sous le titre « Le serment des sœurs Fossil » aux éditions Novel.