Mr Rochester et autres histoires de Frances Towers

« Mr Rochester et autres histoires » (en vo « Tea with Mr Rochester » qui est le titre d’une nouvelle) a été publié en 1948 et est composé de dix nouvelles. Le ton du recueil est celui de la comédie romantique au charme désuet mais aussi intemporel. La guerre et ses conséquences ne sont pas très présentes même si la destinée de l’héroïne de « Le petit saule » est bouleversée par cet évènement historique. Frances Towers nous présente des situations quotidiennes avec une certaine légèreté mais également beaucoup d’humour et d’ironie.

La place des femmes est au cœur des nouvelles. Elles sont souvent seules et indépendantes chez Frances Towers. Dans « L’élue », Lucy et Florence, ne trouvant pas de maris, décident d’emménager ensemble dans un cottage à la campagne. Même chose pour « Tante Essie » qui n’a ni mari ni enfant par choix. Ce sont souvent des femmes à l’imagination débordante, fertile comme dans « Un thé avec Mr Rochester » où la jeune Prissy projette son amour pour le roman de Charlotte Brontë sur un ami de ses tantes (« Les hauts de Hurlevent » est également mentionné dans une autre nouvelle ce qui montre l’appétence de l’autrice pour le romantismes des Brontë).

Le sort des femmes n’est toutefois pas toujours enviable et Frances Towers montre bien qu’elles sont soumises au rôle que la société leur impose, ce que leur féconde imagination permet d’oublier par moment. Elles doivent parfois travailler comme la narratrice de « Don Juan et le lys » qui n’a pas assez de charme, selon sa mère, pour trouver un mari ! Les femmes sont souvent comparées à des fleurs : Tante Athéna est une rose-thé jaune, Miss Pinsett un zinnia et Julia une tulipe perroquet ! Cela peut sembler poétique mais ici l’autrice insiste sur le fait que les femmes sont souvent envisagées comme des objets, elles sont passives. Une pointe de fantastique se glisse parfois dans l’univers très réaliste, précisément décrit, de Frances Towers. C’est le cas dans ma nouvelle préférée « Lucinda » qui se déroule dans une famille fantasque à l’humour très piquant.

« Mr Rochester et autres histoires » est un recueil délicieux, la plume de Frances Towers est ciselée et rend parfaitement compte des intérieurs, des atmosphères, au combien anglais, où évoluent ses personnages.

Traduction par le collectif Vertigo

M comme meurtre ? d’Anthony Horowitz

Un matin de printemps, Diana Cowper se rend sur Fulham Road dans un magasin de pompes funèbres. Aucun de ses proches n’est décédé, c’est son propre enterrement qu’elle souhaite organiser. Six heures après ce rendez-vous, Diana Cowper est retrouvée morte chez elle. Peu de temps après, l’écrivain Anthony Horowitz est contacté par un ancien policier avec qui il avait collaboré sur une série. Daniel Hawthorne est parfois sollicité par ses anciens collègues dans des affaires épineuses. Il a été appelée pour le meurtre de Diana Cowper et il souhaite qu’Anthony Horowitz le suive dans son enquête et écrive sur lui. L’auteur hésite beaucoup car il travaille sur la prochaine adaptation des aventures de Tintin par Steven Spielberg et parce que Hawthorne est un personnage assez déplaisant. Mais l’histoire de Diana Cowper est extrêmement tentante et l’écrivain finit par se laisser convaincre.

Voilà bien longtemps que je tourne autour des romans d’Anthony Horowitz et notamment « Comptine mortelle » dont j’ai vu depuis l’adaptation. L’écrivain a en effet tout pour me plaire, il a été scénariste pour des épisodes de « Hercule Poirot », de « Midsomer murders » et il a écrit des suites aux aventures de Sherlock Holmes et de James Bond (il envie d’ailleurs à Ian Fleming l’excellence de ses titres de romans car il peine à en trouver un pour ce roman-ci). Anthony Horowitz est un écrivain particulièrement malicieux et facétieux. Il revisite, dans « M comme meurtre ? » (« The word is murder » en vo), le genre du whodunnit qu’il affectionne en devenant lui-même le docteur Watson. Tout au long du roman, il s’amuse à mélanger la réalité et la fiction, à dévoiler des éléments sur sa vie privée sans que le lecteur sache s’il invente ou non. Ce qui est intéressant, c’est que son roman parle de son processus d’écriture, de ses questionnements durant la rédaction de son texte. Au fil de l’enquête et des chamailleries avec Hawthorne, Anthony Horowitz semble écrire son roman sous nos yeux ce qui est totalement réjouissant. En bon anglais qu’il est, il fait également preuve de beaucoup d’autodérision et d’une bonne dose d’humour.

Ma première lecture d’Anthony Horowitz fut tout à fait concluante. « M comme meurtre ? » est le premier roman d’une série de six à ce jour et le deuxième volume va paraitre en octobre en France.

Traduction Julie Sibony

The mousetrap d’Agatha Christie

Mollie et Giles Ralston ouvrent une pension de famille à Monkswell Manor. Le jour de l’ouverture, il neige énormément. La radio annonce qu’un meurtre a eu lieu à Londres au 74 Culver Street. Les différents pensionnaires arrivent petit à petit et sont rapidement bloqués par la neige dans cette demeure isolée : le volubile Christopher Wren, l’acariâtre Mrs Boyle, le fiable et solide Major Metcalf et la discrète Miss Casewell. Arrivé soudainement, Mr. Paravicini dit avoir coincé sa voiture dans une congère. Le lendemain de l’ouverture de la pension, la police contacte les Ralston pour les informer que le sergent Trotter allait venir à Monkswell Manor sans préciser la raison de sa venue. Lorsque celui-ci arrive à ski, le téléphone de la pension a été coupé.

« Three blind mice » fut écrit par Agatha Christie à la demande de la reine Mary, épouse de George V, pour son 80ème anniversaire. L’histoire fut diffusée à la radio par la BBC en 1947. Agatha Christie rédigea ensuite une nouvelle portant le même titre publiée en 1948 (on la trouve en français dans le recueil « Trois souris »). Quand il fut question de l’adapter en pièce de théâtre, il fallut changer le titre car une autre pièce le portait déjà. « Three blind mice » devint alors « The mousetrap » et fut jouée pour la première fois à Londres le 25 novembre 1952. A l’instar de « La cantatrice chauve » au théâtre de la Huchette, la pièce d’Agatha Christie n’a cessé d’être jouée depuis sa création. J’ai eu le plaisir de la voir trois fois dont une  au St Martin’s theatre pour sa 30 555ème représentation ! Même en connaissant la fin (que le spectateur a l’interdiction de dévoiler), c’est un régal d’assister à une représentation tant la pièce comporte les ingrédients qui ont fait le succès de Lady Agatha.

Le nom de la pièce est parfaitement trouvé puisque les personnages sont bel et bien pris au piège par la neige dans la pension (Cyril Hare en fera de même dans « Meurtre à l’anglaise »). Le huis clos est bien évidemment propice à la montée de la tension. Comme dans « Ils étaient dix », une comptine joue un rôle essentiel et est souvent sifflée, jouée durant la pièce. Autre ressort important chez Agatha Christie, tous les personnages sont suspects et chacun finit par envisager l’autre avec méfiance (même au sein du couple Ralston). Enfin, « The mousetrap » n’est pas dénuée d’humour ce qui ne gâche rien.

Si vous en avez l’occasion, je ne peux que vous conseiller d’aller voir l’unique pièce de théâtre d’Agatha Christie. Lire la nouvelle est également intéressant puisqu’elle diffère légèrement et qu’elle donne des détails supplémentaires sur le passé des personnages.

 

Nos héritages d’Anna Hope

Philip Brooke vient de mourir  laissant à sa fille aînée, Frannie, son manoir de style néo-grec, 400 hectares de terre et un portrait de son ancêtre réalisé par Joshua Reynolds. Toute la famille se réunit pour les obsèques, même si le patriarche n’est guère regretté. Mari volage, il abandonna femme et enfants pour vivre à New York pendant de nombreuses années avec sa maitresse. Son épouse, Grace, décide, dès son décès, de quitter la somptueuse demeure où elle s’est sentie si seule. Milo et Isa, les benjamins de la fratrie, ont fui le domaine dès qu’ils ont pu. Frannie en avait fait de même mais depuis une dizaine d’années elle était revenue pour mener un projet écologique. Celui-ci consiste à réensauvager les terres de la propriété et cela fonctionne puisque des espèces reviennent s’y installer. Mais une invitée surprise aux funérailles va tout bouleverser.

Étonnamment, je n’avais encore jamais lu Anna Hope et je suis ravie de m’être décidée à la découvrir avec « Nos héritages » qui aborde des thèmes très intéressants : la transmission aux générations futures d’un héritage matériel ou immatériel, le passé colonial de l’Angleterre, l’enclosure qui permit aux riches de s’approprier des terres au détriment des populations les plus pauvres (dans le roman, il a fallu déplacer un village entier pour constituer le domaine des Brooke), etc … Certaines choses progressent positivement puisque Frannie est la première femme de sa lignée à hériter. Mais entre le passé peu glorieux de sa famille et le réchauffement climatique, la jeune femme peine à conserver son enthousiasme. Durant les jours qui précèdent l’enterrement, Anna Hope offre à chacun de ses personnages l’occasion d’exprimer ses rancœurs, ses désirs, ses souvenirs douloureux, ses aspirations. J’avoue avoir une tendresse particulière pour Ned, ami de Philip et de Grace, installé dans la forêt et d’une sagesse, d’une humanité remarquables.

« Nos héritages », roman choral parfaitement construit, questionne la transmission, le passé empoisonné de certaines grandes propriétés anglaises et comment affronter la culpabilité qui l’accompagne.

Traduction Marguerite Capelle

Kes de Barry Hines

Billy Casper vit dans une ville minière décatie du nord de l’Angleterre. Son père est parti, sa mère est souvent absente et son frère aîné Jud se défoule sur lui. A l’école, les choses ne se passent pas mieux. Le frêle garçon est souvent pris comme souffre-douleur par les autres élèves. L’enseignement se fait à coup de punition et d’humiliation. Seul Mr Farthing sait être l’écoute de ses élèves et il décèle chez Billy une lumière. Celle-ci lui vient de Kes, un faucon crécerelle qu’il a recueilli. Billy, qui s’ennuie à l’école, lit des livres sur la fauconnerie pour apprivoiser l’oiseau.

« Kes » a été publié en 1968 et il fut adapté l’année suivante par Ken Loach (le film a d’ailleurs été tourné à Barnsley, Yorkshire, ville de naissance de Barry Hines). L’univers de l’écrivain et celui du réalisateur se correspondent parfaitement et Ken Loach adaptera d’autres textes de Hines. Le monde de Billy est celui de la classe ouvrière pauvre. Négligé par sa mère, abandonné par son père, le jeune garçon traine avec de mauvais garçons, fait de nombreuses bêtises. Son horizon est plus que bouché et son avenir est tout tracé : la mine dès qu’il quittera l’école à 15 ans. Il y a des scènes très marquantes de maltraitance comme celle où le prof de gym empêche Billy d’aller manger parce que le match de foot n’est pas fini et l’oblige ensuite à rester de longues minutes sous l’eau glacée. En miroir de ce moment violent, s’offre au lecteur une scène superbe de fauconnerie devant les yeux émerveillés de Mr Furthing.

« Kes » est un roman d’apprentissage cruel, brutal, d’un réalisme saisissant. La relation entre Billy et son faucon est bouleversante de beauté.

Traduction Clémentine Gauthiers

 

Renard 8 de George Saunders

Lors de l’une de ses balades, Renard 8 tombe sous le charme d’un son merveilleux : « (…) une voix d’Umin, qui fesait des mauts. » Il revient chaque soir écouter les histoires que les grands racontent aux plus petits pour s’endormir. A force, Renard 8 se met à apprendre la langue des humains de façon phonétique. Ils les trouvent d’ailleurs fort sympathiques et aimerait en savoir plus sur leur monde. Mais bientôt, Renard 8 et ses amis voient leur environnement modifié. La forêt est rasée et la nourriture vient rapidement à manquer.

« Renard 8 » est une courte fable écrit par George Saunders en 2018 et elle est très joliment illustrée par Chelsea Cardinal. L’histoire de Renard 8 débute de façon charmante. C’est un personnage très curieux et rêveur. Il n’hésite pas à explorer le monde des humains notamment un centre commercial. Mais sa naïveté sera bien punie quand il comprendra qu’ils peuvent se révéler cruels et destructeurs. Car l’histoire de Renard 8 est aussi celle de notre impact sur la nature et ses habitants. La grande originalité du conte de George Saunders est l’écriture phonétique de la langue des humains par Renard 8. Cela apporte beaucoup d’humour et rend notre héros très attendrissant.

« Renard 8 » est un petit livre délicieux, drôle, grave mais aussi plein d’espoir et de tendresse. Ecoutons ce que nous disent les renards !

Traduction Agatha Crandall

Ballet shoes de Noel Streatfeild

Matthew Brown, surnommé Great Uncle Mathew, est un explorateur qui collectionne les fossiles. Il a d’ailleurs acheté une maison à Cromwell Road pour les entreposer. Comme il ne cesse de parcourir le monde, il a laissé sa demeure aux soins de la veuve de son neveu, sa fille Sylvia et sa nurse Nana. La maison se remplissant très rapidement, il est demandé à GUM d’arrêter de ramener des fossiles. Il change donc de collection et rapporte des bébés de ses voyages ! Il sauve Pauline de la noyade, Petrova est orpheline et son père la lui confie avant de disparaitre, la mère de Posy, une danseuse, n’a pas les moyens de la garder. Les trois enfants vont prendre le nom de Fossil et vont grandir à Londres bien entourées malgré les difficultés financières de la famille.

« Ballet shoes » a été publié en 1936, le roman de Noel Streatfeild est un classique de la littérature jeunesse qui a été adapté plusieurs fois. Le roman comporte des illustrations qui ont été réalisées par Ruth Gervis qui était la sœur de l’autrice. Le chapitre d’ouverture est formidable de drôlerie et de fantaisie. GUM est un personnage excentrique et généreux mais nous ne le retrouvons qu’à la fin du roman. Après son départ (son absence durera de nombreuses années), Sylvia va avoir la charge des trois enfants. Ses difficultés financières sont très présentes dans le roman :  le fait de compter chaque dépense, de faire des économies notamment sur les vêtements sont au cœur du quotidien de la famille. Mais Noel Streatfeild nous montre un groupe de femmes plein de ressources. Sylvia va louer des chambres et les locataires vont bientôt former une famille très solidaire, ce qui très touchant.

Pauline, Petrova et Posy présentes des dispositions artistiques qui les amènent à suivre les cours d’une académie spécialisée. Cela leur permettra de travailler dès l’âge de 12 ans et d’aider Sylvia. L’autrice nous montre ainsi les coulisses des spectacles, des auditions. Les trois filles ont des personnalités très fortes et très bien dessinées. Pauline est une actrice née et est très généreuse, Posy est certaine de son talent de danseuse et peut sembler imbue d’elle-même. Mais celle qui m’a le plus intéressée, c’est Petrova qui a des aspirations bien différentes des jeunes filles de son époque puisqu’elle aime la mécanique et veut devenir pilote d’avion !

« Ballet shoes » est un roman plein de charme où l’entraide a une place importante et où les femmes (il y a peu d’homme dans le roman) apprennent à se débrouiller, à être indépendantes. J’ai lu ce roman en anglais mais il existe également en français sous le titre « Le serment des sœurs Fossil » aux éditions Novel.

Dans la maison de ma grand-mère d’Alice Melvin/La maison à la petite porte rouge de Grace Easton

La jeune Alice rend visite à sa grand-mère. Elle la cherche de pièce en pièce nous révélant  ses objets préférés : la vache en porcelaine qui sert de pichet à lait, le fauteuil à bascule, la mappemonde, la lampe chat, le grenier où sont entreposés les jouets de sa grand-mère.

L’album d’Alice Melvin est un très bel et tendre hommage à sa grand-mère. La maison est joyeuse, colorée, le jardin d’hiver luxuriant. Elle fourmille de détails : de jolis papiers peints fleuris ou rayés, des objets précieux, de belles tasses, des chiens Staffordshire. L’album comporte de nombreuses portes découpées qui laissent entrevoir la pièce suivante, une page se déplie en hauteur pour nous montrer le grenier, ce qui rend l’album très ludique. Les dessins sont d’une grande délicatesse, la maison de la grand-mère a un charme suranné assez irrésistible, un vrai régal !

Olivia se sent seule dans sa maison à la petite porte rouge. Au fond du jardin, dans un arbre, Souriceau aimerait avoir quelqu’un à qui parler. La neige, qui a recouvert tout le paysage, va les rapprocher mais elle va également détruire la maison du petit rongeur. Olivia va l’aider à retrouver une demeure. Est-ce que ça sera la théière, la pendule ou une chaussure ?

Quelle merveille que cet album de Grace Easton ! Comme dans l’album d’Alice Melvin, il y a de nombreux rabats nous révélant de délicieuses surprises (et une petite araignée qui se glisse partout !). Les dessins sont absolument splendides, doux et délicats. Les intérieurs sont chaleureux et cosy, les paysages sont enneigés et apaisants. J’ai adoré cet album sur l’importance de l’amitié qui regorge de jolies trouvailles.

 

 

 

Au douzième coup de minuit de Patricia Wentworth

Le 31 décembre 1941, James Paradine réunit toute sa famille à River House, sa magnifique demeure tenue par sa sœur Grace. Ce réveillon va se révéler moins festif que prévu. James Paradine, riche industriel dans l’armement, va annoncer durant le repas qu’un membre de sa famille l’a trahi et que cette personne a jusqu’à minuit pour venir se dénoncer dans son bureau. La stupeur gagne l’assemblée et plusieurs convives décident de rentrer chez eux avant minuit. Le lendemain matin, Lane, le majordome, découvre que M. Paradine n’a pas dormi dans sa chambre. Il se rend dans son bureau, découvre la porte vitrée donnant sur la terrasse entrouverte. En contre-bas, Lane aperçoit une forme immobile. Il s’agit du corps sans vie de James Paradine.

Etonnamment, je n’avais encore jamais lu d’enquête de Maud Silver alors que j’apprécie les cosy mysteries et en particulier ceux d’Agatha Christie. Maud Silver, ancienne préceptrice devenue détective privée, n’est pas sans rappeler Miss Marple. Les deux personnages naissent à la même époque : Miss Marple apparaît brièvement dans des nouvelles en 1927 et Miss Silver en 1928 dans « Le masque gris ». Beaucoup de similitudes les rapprochent :  ce sont deux vieilles dames, discrètes, inoffensives en apparence mais possédant un sens aigu de l’observation. Maud Silver est également la championne du tricot qu’elle pratique tout au long du roman !

Le charme désuet et le cadre très anglais du roman m’ont bien évidemment séduite. Et j’ai également apprécié la construction du roman. Patricia Wentworth prend le temps d’installer son intrigue et de nous faire connaître chaque protagoniste. La découverte du corps de James Paradine n’intervient qu’à la page 76 et Maud Silver ne fait son entrée en scène qu’à la page 119. Elle n’est donc présente que durant la moitié du roman ce qui me semble être original et inhabituel.

Rien de révolutionnaire dans « Au douzième coup de minuit » mais une lecture douillette, agréable et la découverte d’un nouveau personnage de détective privé à l’anglaise.

Traduction Anne-Marie Carrière

 

White city de Dominic Nolan

Le 21 mai 1952 a lieu le braquage d’un fourgon postal au coin d’Oxford Street. Sept hommes et deux voitures ont suffi pour l’un des plus important cambriolage de l’histoire britannique : 28 700 livres sterling en espèces étaient dans le camion. La police et la presse sont en ébullition. Personne ne sait qui a fait le coup. Pourtant, deux pères de famille manquent à l’appel. Reggie Rowe, venu de la Jamaïque, a laissé sa fille Addie s’occuper de sa petite sœur Nees et de leur mère alcoolique. Claire Martin se retrouve seule avec son fils et sa fille. Pour trouver du travail, elle s’adresse à Teddy Nunn, dit « Mother », le bras droit du parrain Billy Hill.

Dans « Vine Street », Dominic Nolan nous plongeait dans le Londres du Blitz à la poursuite d’un tueur en série. Cette fois, nous sommes juste après la guerre dans une ville faites de ruines, de taudis et de terrains vagues. L’argent manque pour reconstruire. Les familles les plus pauvres s’abritent dans des caravanes ou dans les préfabriqués en tôle installés par les Américains huit ans plus tôt. Comme dans son précédent roman, l’auteur excelle à rendre l’atmosphère de Londres dans les années 50 qui est totalement délabrée et en proie à une criminalité grandissante. De nombreux gangsters vont profiter de la situation en blanchissant leur argent grâce aux nouvelles constructions immobilières. Dominic Nolan montre aussi la montée de l’extrême droite et du racisme. Il clôt son roman sur un évènement marquant : les violents affrontements de 1958 à Notting Hill. Dans ce quartier, ce sont installés de nombreux Caraïbéens que le gouvernement a fait venir en Angleterre. Les Teddy Boys décident de s’en prendre à eux en scandant « Keep britain white ». Entre le vol du fourgon postal et les émeutes, Dominic Nolan mêle différents fils narratifs qui tous convergent vers un final haletant.

Ma deuxième lecture de Dominic Nolan confirme tout le bien que je pense de lui et de ces romans noirs historiques parfaitement construits et documentés.

Traduction David Fauquemberg