Où les roses ne meurent jamais de Gunnar Staalesen

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Varg Veum est détective privé à Bergen. Sa carrière n’est pas au beau fixe et il noie ses idées noires dans l’aquavit. Une cliente finit néanmoins par se présenter. Maja Misvaer souhaite que Varg Veum résolve un mystère vieux de 25 ans. En septembre 1977, Mette Misvaer, âgée de 3 ans, disparaît alors qu’elle jouait devant la maison de ses parents. Elle ne fut jamais retrouver. La prescription pour ce crime arrivant bientôt, Maja veut essayer une dernière fois de comprendre ce qu’il est arrivé à sa fille. Les chances sont minces pour Varg Veum de faire toute la lumière sur l’affaire Mette. Mais le travail lui permettant de s’éloigner de l’alcool, il accepte de reprendre l’enquête.

Avant de commencer « Où les roses ne meurent jamais », je ne connaissais pas Gunnar Staalesen. Et pourtant, ce roman est le 15ème tome de la série dont le héros est Varg Veum. Mais cela ne m’a pas gênée durant ma lecture. Ce polar est un classique whodunnit. Varg Veum est à l’image de beaucoup de détective privé de la littérature : désabusé, porté sur la boisson, ayant des relations quelques peu conflictuelles avec la police. L’intrigue est bien menée et bien construite. Varg veum reconstitue un puzzle à l’aide de ses nombreux interrogatoires, creuse les zones d’ombre des différents acteurs du drame, des différents voisins qui entouraient la famille Misvaer. Cela permet des aller-retours dans le passé, dans le lotissement très fermé et construit par un architecte où étrangement les familles se sont lentement désagrégées. Le roman est riche en personnages qui dessinent une portrait assez sombre de la société norvégienne. L’enquête se construit avec méthode et nous tient en halène jusqu’au bout.

« Où les roses ne meurent jamais » est un polar de facture classique dont l’histoire est suffisamment intrigante pour maintenir notre intérêt de lecteur.

Merci aux éditions Folio pour cette découverte.

Notre part de cruauté de Araminta Hall

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Mike Hays est de retour à Londres après avoir travaillé deux ans à New York. Ce séjour en Amérique lui a permis de faire évoluer sa carrière. Mais malheureusement, cela lui a aussi fait perdre sa petite amie, Verity. Mike compte bien la reconquérir. Il a acheté une maison dans un quartier chic qu’il met entièrement aux goûts de Verity. Ils pourront y blottir leur amour. Car Verity est toujours amoureuse de Mike, c’est une certitude pour lui. Et ce n’est pas l’annonce du mariage de Verity avec un autre homme qui va faire changer d’avis Mike.

« Notre part de cruauté » est un thriller psychologique. Le narrateur est Mike de la première à la dernière page. Il est clair pour le lecteur que Mike est un psychopathe, obsédé par sa première et unique petite amie. Et c’est là le premier problème du roman, nous n’avons absolument aucun doute concernant la santé mentale du narrateur. Aucun retournement, aucun rebondissement ne vont venir perturber son récit. Aucune ambiguïté ne se glisse dans ses mots, ce qui aurait pu faire naître le suspens. Ce roman en manque d’ailleurs totalement. Au bout d’une trentaine de pages, ce qui va advenir est parfaitement évident pour le lecteur. La seconde partie du roman est le récit du procès de Mike (je ne divulgâche rien, nous savons dès le début qu’il y aura un procès), j’ai espéré que l’intrigue allait repartir. Mais hélas, là encore, le dénouement est évident et limpide au bout de quelques pages. Dernier défaut du livre (cela en fait déjà beaucoup, non ?), le récit de l’obsession de Mike pour Verity est très répétitif et cela le rend lassant.

« Notre part de cruauté » est un thriller qui passe totalement à côté de son objectif. Sans suspens, sans rebondissement, il est également sans saveur et tout à fait dispensable.

Une famille presque normale de M.T. Edvardsson

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« Nous étions une famille tout à fait normale. Nous avions des professions intéressantes, bien rémunérées, une vie sociale riche et des loisirs actifs où le sport et la culture avaient leur place.  » Adam Sendell est pasteur dans la petite ville de Lund en Suède. Sa femme, Ulrika, est une brillante avocate. Ils ont eu ensemble une fille, Stella qui, a 19 ans, prépare un long périple en Asie. Une vie simple, sans histoire qui va se briser en un clin d’œil. Un samedi soir, Stella met du temps à rentrer chez elle. Ses parents s’inquiètent jusqu’à ce que le téléphone sonne. C’est la police. Stella a été arrêtée pour le meurtre d’un homme, Christopher Olsen.

Le roman de M.T. Edvardsson se divise en trois parties : le père, la fille et la mère. A l’intérieur de chaque partie, le narrateur s’exprime sur les faits qui tournent autour de l’incarcération de Stella mais aussi sur la vie de la famille avant ces événements tragiques. Les trois récits montrent tout d’abord que la famille n’est pas aussi normale qu’elle pourrait le laisser paraître à première vue. Le père veut tout contrôler notamment en ce qui concerne la vie de sa fille. Cette dernière maîtrise difficilement ses pulsions et est extrêmement colérique. La mère, quant à elle, passe plus de temps à s’occuper de sa carrière que de sa famille. Chacun détruit par son témoignage l’image de cette famille bien propre sur elle dont le père veut à tout prix sauver la réputation. Les dissensions, les drames nous sont habilement dévoiler au compte-gouttes.

Ce que nous donne également à voir les trois parties, ce sont les manières différentes de réagir face à l’arrestation de Stella. Les événements sont vus sous des angles différents qui nous apportent soit des informations supplémentaires, soit des fausses pistes. Durant tout le roman, M.T. Edvardsson réussit à maintenir le doute quant à l’assassinat de Christopher Olsen. On pense avoir tout compris puis le narrateur suivant renverse nos certitudes. Le questionnement durera d’ailleurs jusqu’à la dernière phrase de l’épilogue. Le roman nous montre ce que l’on est capable de faire par amour, à quel point nous sommes prêts à repousser les limites de la morale pour sauver nos proches.

« Une famille presque normale » est un thriller qui fonctionne parfaitement, où le doute habite le lecteur jusqu’à la dernière phrase du livre. L’habile construction met en place les pièces du puzzle lentement et nous garde en haleine sur 528 pages.

L’arbre aux fées de B. Michael Radburn

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Taylor Bridges, ranger, ne s’est jamais remis de la disparition de sa  fille Claire. Ses nuits sont une suite de cauchemars et de crises de somnambulisme. Voyant sa femme s’éloigner de lui, il demande sa mutation en Tasmanie, à Glorys Crossing. Cette petite ville est menacée de disparition par un barrage qui doit la transformer en lac. Ce dernier permettra de faire tourner une centrale hydroélectrique. Peu de temps après l’arrivée du ranger Bridges, une petite fille, Drew, disparaît. Elle a le même âge que Claire lors de sa disparition. Taylor Bridges se met alors en tête de retrouver l’enfant. L’enquête du ranger déplaît fortement au policier local Garrett O’Brien. Mais l’obsession, à sauver l’enfant, de Taylor Bridges sera plus forte que les interdictions de O’Brien.

« L’arbre aux fées » est le premier volet d’une série dont Taylor Bridges sera le héros récurrent. B. Michael Radburn a écrit un polar classique dans son écriture et certaines de ses thématiques : des enfants disparaissent, un enquêteur brisé, un milieu hostile où les secrets pullulent, des habitants taiseux. L’intrigue est cependant bien construite avec suffisamment de rebondissements pour maintenir l’intérêt du lecteur.

Ce qui est plus original dans « L’arbre aux fées » est son atmosphère. Celle-ci est assez étrange, un brin surnaturelle avec son arbre aux fées, avec cette ville qui est au bord de l’engloutissement. Glorys Crossing est fantomatique, les habitants la quittent, l’église est déjà ensevelie sous l’eau, tout comme une partie du cimetière. Des cercueils refont parfois surface dans le lac…Tout comme les tigres de Tasmanie qui sont censés avoir disparu et qui hantent encore les bosquets. Une atmosphère qui est extrêmement propice aux secrets et à la noirceur humaine.

« L’arbre aux fées » est un polar classique, à l’atmosphère originale et dont la lecture est fluide et plaisante.

Mon territoire de Tess Sharpe

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Harley McKenna est la fille d’un baron de la drogue dans le nord de la Californie, à North County. Duke, le père, a préparé sa fille à la dure pour reprendre les rênes de l’entreprise familiale. Il lui a appris à tirer, à se débarrasser d’un corps, à se libérer si elle est enlevée par des ennemis. A 8 ans, elle a vu sa mère mourir dans un incendie criminel. Elle est donc la seule héritière de Duke. A 22 ans, elle voit son père prendre de plus en plus de recul face à ses affaires. C’est pour elle le moment de rendre son monde meilleur et de mettre fin au combat qui oppose son père à la famille Springfield qui trafique de l’autre côté du fleuve.

« Mon territoire » est l’histoire d’une jeune femme qui prend le pouvoir dans un monde d’hommes, celui de son père et du trafic illicite de drogue. Harley a préparé un plan en trois temps, en trois jours où elle va essayer de changer les choses.  Le récit détaillé de ces trois jours se fait en alternance avec celui de l’enfance de Harley. Elle se remémore toutes les étapes de son apprentissage violent pour prendre la tête de l’entreprise familiale.  Sur ce point, Harley m’a rappelé Turtle, l’héroïne de « My absolute darling » de Gabriel Tallent. L’histoire est foncièrement différente mais les deux héroïnes développent un sentiment entre amour et haine pour leur père qui les oblige à devenir de véritable guerrière, des tireuses d’élite capables d’affronter n’importe quelles situations dangereuses.

« Mon territoire » est un polar féministe. Harley sait qu’elle est sous-estimée par les associés de son père car elle est une femme. Personne ne la pense capable de prendre la place de son père. Mais elle se montre plus intelligente et plus rusée que la plupart des hommes qui l’entourent. A la fin de ces trois jours, Harley va faire en sorte de valoriser d’autres femmes qui deviendront ses interlocutrices, ses alliées dans le nouveau monde qu’elle souhaite construire. Et si Harley tient tant à rendre le monde meilleur, c’est surtout pour protéger le foyer que sa mère lui a légué et où sont recueillies des femmes battues et maltraitées par les hommes. Leur sécurité est la priorité principale de la jeune femme.

« Mon territoire » est un polar réussi, rythmé qui met en valeur les femmes au travers de sa jeune héroïne au caractère bien trempé. Mon seul bémol, la révélation finale qui est assez prévisible.

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Le couteau de Jo Nesbo

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Dans ce nouvel opus des enquêtes de Harry Hole, on retrouve notre inspecteur dans un sale état. Son vieux démon, l’alcool, l’a de nouveau rattrapé. Et ce n’est pas le moment puisqu’un terrible drame va le frapper. Un trou de mémoire après une soirée trop arrosée risque  fois de lui coûter très cher. Il se réveille en effet avec du sang sur ses vêtements. Il est bien-sûr incapable de se souvenir de sa provenance. En plus de cela, s’ajoute le retour de Svein Finne, meurtrier et violeur, que Harry avait réussi à arrêter. Finne est sorti de prison et il est bien décidé à reprendre du service. Harry devient totalement obsédé par Finne et cherche à tout prix à le remettre en prison avant qu’il frappe à nouveau.

La belle mécanique de Jo Nesbo se met une nouvelle fois en place dans ce 12ème tome des enquêtes de son héros fétiche. Les différents fils, qui constituent l’intrigue,  s’entrecroisent dans une construction extrêmement maîtrisée et virtuose. Deux scènes ouvrent le roman et nous ne les comprenons que bien plus tard dans le roman. De même, durant tout le livre, Jo Nesbo sème des petits cailloux pour nous aider à identifier le coupable. Mais tant de pistes sont possibles qu’il est difficile de trouver la solution, ce qui nous offre un final grandiose et stupéfiant.

Jo Nesbo a un talent certain pour croquer et donner chair à ses personnages, qu’ils soient bons ou mauvais. Svein Finne est vraiment effrayant. Pervers, retors, agile dans ses déplacements, chacune de ses apparitions glace les sangs. A l’opposé de ce personnage imbu de lui-même, il y a Harry Hole aux failles de plus en plus prononcées. Sa vie est au bord du gouffre, rien ne semble plus le retenir à la vie. Ses souvenirs le hantent, le désespoir envahit tout. Seule la recherche de la vérité et son incroyable instinct d’enquêteur lui permettent de tenir encore.

Jo Nesbo fait à nouveau montre de son talent dans ce nouveau roman. La construction est maîtrisée, les rebondissements nous tiennent en haleine et les personnages sont parfaitement construits et ont de l’épaisseur. Et la fin se joue de tout ce que l’on avait pu imaginer pendant la lecture. Que demander de plus à un polar ?

Police de Hugo Boris

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Un soir d’été, Virginie, Aristide et Erik sont volontaires pour une mission qui sort de leur quotidien de policiers. Ils doivent récupérer un homme au centre de rétention administratif pour une reconduite à la frontière. L’homme est un réfugié tadjik, militant des droits de l’homme qui a réussi à s’échapper des mains des tortionnaires de son pays. Son dossier est controversé, les trois policiers doivent l’amener à Roissy. La mission est simple, bien cadrée. Une ballade de routine mais ce soir-là, les choses ne vont pas se dérouler normalement.

Le roman de Hugo Boris est court, tendu de bout en bout. « Police » est presque un huis-clos se déroulant quasiment exclusivement dans la voiture des trois policiers. Tout semble pouvoir arrivé, le meilleur comme le pire. C’est une nuit pas ordinaire qu’il nous raconte dans « Police ». La mission sort déjà des attributions habituelles de ces trois policiers. Virginie l’avait acceptée sans savoir, elle se rend au centre de rétention à contre-coeur. La situation des policiers est également inconfortable. Virginie vit des moments compliqués . Elle doit avorter le lendemain. Elle a eu une aventure avec Aristide alors qu’elle est mariée et qu’elle a un enfant en bas âge. Elle ne s’attendait pas à ce qu’Aristide fasse partie de la mission du soir. Erik, calme, posé, se retrouve coincé entre les deux anciens amants. Le climat dans l’habitacle du véhicule est délétère.

Hugo Boris  ancre son roman dans la réalité, dans les gestes quotidiens des policiers (le gilet pare-balles, la pantalon d’homme trop grand pour Virginie, le ceinturon très lourd). Il montre également leur fragilité, leurs failles et leurs fatigues. Cette nuit pour Virginie est celle de trop. Elle a pourtant vécu des choses plus dangereuses ou compliquées que l’expulsion du tadjik : un match de foot qui se finit en pugilat, un homme qui enferme son enfant dans le frigo pour le punir, une femme battue qu’il faut aider à quitter son foyer. Mais chaque affaire semble avoir ébranlé le sang-froid de Virginie, son professionnalisme. Ce soir, ce n’est pas un retenu qu’elle voit mais un homme avec une histoire et la mort au bout du voyage en avion. L’auteur sait donner chair à ses personnages, à leurs doutes et il reste sans cesse à leur niveau. Il ne les juge pas, il tente seulement de les comprendre.

« Police » est un roman sec, efficace, tendu  et qui dépeint avec réalisme une nuit dans la vie de trois policiers en proie au doute.

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