Bilan livresque et cinéma de septembre

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La vie reprend son cours normal et automatiquement mon nombre de lectures est en baisse… La moisson de livres est mince mais de qualité avec un gros coup de cœur pour le dernier roman de Tanguy Viel « La fille qu’on appelle ». Vous avez déjà pu lire mes avis sur le très intrigant premier roman de Kate Reed Petty « True story » et sur  « Un hiver sans fin » un joli roman jeunesse de Kiran Millwood Hargrave. Je vous reparle très vite du formidable et grinçant nouveau roman de Lionel Shriver, du trépidant « La rivière » de Peter Heller et du bouleversant premier roman de Douglas Stuart « Shuggie Bain ».

Petit mois également côté du cinéma (je me demande bien ce que j’ai fait durant ce mois de septembre…) avec seulement cinq films mais j’ai quand même eu un coup de cœur pour le dernier film de Mathieu Amalric :

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A l’aube, Clarisse quitte sa maison sur la pointe des pieds. Elle tente de ne pas réveiller son mari et ses deux enfants. Elle met le cap vers la mer dans sa vieille voiture américaine. Une fuite, loin du quotidien, qui se prolonge pendant que sa petite famille continue à vivre sans elle.

Cette échappée de Clarisse sonne faux rapidement aux yeux du spectateur et lentement le film nous révèlera la vérité. Le présent de Clarisse se mêle à ses rêves. Loin de sa famille, elle imagine leur vie, comment ils vivent, grandissent sans elle. Il y a aussi des images du passé : la rencontre de Clarisse avec son mari par exemple. Mathieu Amalric entrelace les temporalités, le réel et l’imaginaire pour mieux nous signifier l’état d’esprit de Clarisse. Au fil du récit, son désespoir transperce l’écran, Clarisse est une femme au bord d’un précipice sans fond. Son voyage la mène, et nous avec, vers une douleur infinie. La manière dont Mathieu Amalric raconte l’histoire de Clarisse est brillante, pleine de délicatesse et nous bouleverse à l’instar de Vicky Krieps qui incarne le personnage principal. Lumineuse, bouleversante, frondeuse, au bord de la folie, elle habite son personnage et donne toute sa force au film.

Et sinon :

  • « Chers camarades » d’Andreï Kontchalovski : Lioudmila est une fonctionnaire zélée du régime communiste. Elle réside dans la petite ville de Novotcherkassk avec son père, un vieux cosaque, et sa fille de 17 ans. Sous Khrouchtchev, les prix de la nourriture ne cesse d’augmenter et la colère gronde. Les ouvriers de l’usine de locomotives se mettent en grève et se regroupent pour manifester. La réponse du gouvernement soviétique sera sanglante. Andreï Kontchalovski s’est inspiré de faits réels pour son nouveau film qui eurent lieu en 1962 : pour la première fois des ouvriers manifestaient contre le pouvoir de Moscou. Le KGB tira sur la foule et les corps furent enterrés à la va-vite pour étouffer l’affaire. Le film nous montre la prise de conscience de Lioudmila et son monde qui s’effondre face à la violence. Sa fille fait partie des manifestants et sa mère, rongée par l’angoisse, sillonne la ville à sa recherche. L’humanité de Lioudmila fissure ses convictions profondes, la communisme implacable se transforme sous nos yeux. Intense, frappant, le film d’Andreï Kontchalovski est le portrait beau et sensible d’une femme qui vacille.

 

  • « La troisième guerre » de Giovanni Aloi : Léo est un jeune soldat qui fait partie de l’opération sentinelle. Il arpente les rues de Paris avec Hicham et leur sergente. Vigilants, il cherche tout ce qui peut paraître suspect. Ils sont supposés protéger la France de toute menace terroriste mais leur mission s’arrête là. Lorsqu’une jeune femme se fait malmener ou qu’une autre se fait voler son portefeuille devant eux, ils ne doivent pas intervenir. Entre impuissance et absurdité, leur situation questionne. « La troisième guerre », qui est celle contre le terrorisme, est le premier long-métrage de Giovanni Aloi qui réussit à créer une atmosphère intrigante et pesante. Léo, issu d’une famille dysfonctionnelle, a trouvé dans l’armée une stabilité, une famille d’adoption où il se sent à sa place. Dans le même temps, la tension et l’ennui des patrouilles finissent par perturber le jeune homme. Je vais reprendre une comparaison très juste entendue au Masque et la plume, l’ambiance du film est proche du « Désert des tartares », l’attente d’un évènement est au centre des patrouilles. Le réalisateur montre aussi, par le biais de sa sergente, la difficulté pour les femmes à être militaire. Il faut saluer le trio d’acteurs principaux : Anthony Bajon, remarquable, Karim Leklou et Leïla Bekhti.

 

  • « L’origine du monde » de Laurent Lafitte : Jean-Louis est avocat, il vit très bourgeoisement avec sa femme. Mais son enthousiasme semble s’émousser, il n’est plus motivé par son travail et son couple bat de l’aile. Et soudainement, son cœur cesse de battre alors qu’il semble toujours être en vie. Incompréhensible et irrationnel…Un coach de vie lui conseille alors de retrouver la source de sa vie. En clair, pour ne pas mourir totalement, il doit prendre une photo du sexe de sa mère. J’avais beaucoup aimé le seul et unique spectacle de Laurent Lafitte qui était particulièrement drôle et irrévérencieux. J’espérais retrouver le même ton dans son premier long métrage. Même si certains moments sont cocasses, le film tombe plutôt à plat. Pas de franches rigolades malheureusement, l’idée de départ était plaisante et prometteuse pourtant. Je n’ai rien à reprocher aux acteurs qui jouent très bien leur partition. Tout cela est fort tiède et finalement peu provocateur. Peut mieux faire !

 

  • « L’affaire collective » de Alexander Nanau : En octobre 2015, une boîte de nuit prend feu à Bucarest tuant 27 personnes. Suite à ce drame, 37 autres, présentes ce soir-là, décèdent à l’hôpital. Mais ce ne sont pas leurs blessures qui les tuèrent, tous contractèrent des maladies nosocomiales. Mal équipés et surtout mal gérés, les hôpitaux roumains sont dans un état pitoyable et sont gangrénés par la corruption. Un scandale sanitaire qui va être révélé par des journalistes de la Gazeta Sporturilor (un quotidien sportif donc…). Le documentaire d’Alexander Nanau est aussi palpitant que « Les hommes du président ». Il nous montre les rebondissements, les révélations, les difficultés rencontrées par les journalistes à mettre au jour un système totalement corrompu. Ce qui est également très intéressant, c’est que le réalisateur suit en parallèle l’arrivée et le travail du tout nouveau ministre de la santé Vlad Voiculescu qui tente de remettre sur pied le système de santé. Le constat du documentaire est terrible et glaçant malgré les efforts louables et le courage du ministre. Seuls moments d’espoir : le combat d’une rescapée, gravement brûlée, à se réapproprier son corps notamment à travers une série de photos magnifiques.

Concours La Table Ronde #2

Nous sommes très heureuses aujourd’hui de vous proposer un deuxième concours en partenariat avec les éditions de la Table Ronde, que nous remercions vivement pour leur gentillesse et leur générosité dans le cadre des 10 ans de notre challenge.

Comment fonctionne le concours ?

Nous vous proposons un concours sur nos blogs, et un autre sur le compte Instagram officiel du Mois anglais, @ayearinengland2021, géré par les trois créatrices du challenge. Si vous suivez le challenge uniquement sur le groupe Facebook, vous pouvez tout à fait participer via nos blogs.

Pour participer et tenter de gagner un exemplaire sur nos blogs, c’est tout simple ! On vous propose de:

  • nous indiquer le titre que vous aimeriez remporter
  • nous dire ce que vous aimeriez faire ou qui vous aimeriez rencontrer si vous aviez la possibilité de vous balader dans l’Angleterre de la première moitié du XXe siècle
  • bien nous préciser votre blog et / ou pseudo, pour que nous puissions vous reconnaître, notamment si vous n’avez pas de blog.

Il faudra avoir rempli ces trois conditions pour valider votre participation.

Ce concours est ouvert jusqu’au 30 juillet. Les gagnant.e.s seront désigné.e.s par tirage au sort.

Surveillez nos blogs pour l’annonce des gagnants. Attention, nous actualiserons ce post mais n’en créerons pas de nouveau.

Bonne chances à tous et à toutes !

Et nous remercions de nouveau chaleureusement les éditions de la Table Ronde sans qui ce magnifique concours ne serait pas possible !

 

Concours Presses de la Cité

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Le Mois anglais est terminé, mais nous avons le plaisir de continuer à vous gâter, d’autant plus que nous passons l’année avec vous pour fêter les 10 ans de notre challenge !

Et pour souffler ces dix bougies, nous avons la chance d’être accompagnées cette année encore par les Presses de la Cité, que nous remercions vivement !

Après « La Prisonnière du temps » ou encore « La Fabrique des Poupées », nous avons le plaisir de mettre en jeu 2 exemplaires du « Voleur de Curiosités », dont voici le résumé :

Londres, 1863. Bridie Devine, détective spécialisée dans les cas délicats, fait face à l’affaire la plus complexe et la plus insolite de toute sa carrière. Christabel Berwick, l’héritière d’un baronet, a été kidnappée. Mais Christabel n’est pas une enfant ordinaire. Son existence a été cachée aux yeux de tous et ses étranges talents semblent effrayer son entourage autant qu’ils attirent l’attention des collectionneurs de curiosités.
Ne ménageant pas ses efforts pour retrouver l’enfant, Bridie entre dans un monde de chirurgiens déments et de saltimbanques mercenaires. Aidée dans sa quête par le fantôme tatoué d’un boxeur mélancolique qu’elle seule peut voir et par une femme de chambre à la carrure impressionnante, la jeune femme suit pas à pas les traces laissées par les ravisseurs, s’exposant ainsi à un passé qu’elle a tenté d’oublier.

Résurrectionniste, chimiste excentrique, créature aquatique légendaire : autant de personnages qui hantent les pages de ce roman lyrique et gothique où le spectacle est roi, mais qui fait la part belle à une enquête digne des plus grandes énigmes policières.

Comment fonctionne le concours ?

Nous vous proposons un concours sur nos blogs, et un autre sur le compte Instagram officiel du Mois anglais, @ayearinengland2021, géré par les trois créatrices du mois. Si vous suivez le challenge uniquement sur le groupe Facebook, vous pouvez tout à fait participer via nos blogs.

Pour participer et tenter de gagner un exemplaire sur nos blogs, c’est tout simple ! On vous propose de:

  • nous indiquer votre période historique favorite
  • nous dire quel(s) titre(s) des éditions des Presses de la Cité vous recommanderiez à une personne qui souhaiterait découvrir leur catalogue
  • bien nous préciser votre blog et / ou pseudo, pour que nous puissions vous reconnaître, notamment si vous n’avez pas de blog.

Il faudra avoir rempli ces trois conditions pour valider votre participation.

Ce concours est ouvert jusqu’au 10 juillet. Les gagnant.e.s seront désigné.e.s par tirage au sort.

Bonne chances à tous et à toutes !

Et nous remercions encore chaleureusement les Presses de la Cité qui nous accompagnent une nouvelle fois pour cet anniversaire qui nous tient à cœur !

La mystérieuse affaire de Styles de Jean-François Vivier et Romuald Gleyse

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En 1917, le capitaine Hastings revient en Angleterre après avoir été blessé sur le front. Il rencontre par hasard un vieil ami, John Cavendish, qui lui propose de venir passer quelques jours dans la propriété familiale de Styles Court. Hastings connaît bien les lieux où il a déjà été invité auparavant. La mère de John s’est récemment remariée avec Alfred Inglethorp qui n’est pas très apprécié par les autres membres de la famille Cavendish. L’ambiance à Styles Court est loin d’être  détendue. Durant la première nuit du séjour du capitaine Hastings, un drame survint : Mrs Inglethorp est prise de convulsions et elle s’effondre, morte, sur ses oreillers. Après les constats des médecins, Hastings propose de contacter son ami Hercule Poirot, un détective privé belge.

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« La mystérieuse affaire de Styles » est le premier roman où apparait Hercule Poirot. Il est ici adapté par Jean-François Vivier et Romuald Gleyse en bande-dessinée. Les éditions Paquet ont déjà préalablement édité plusieurs roman d’Agatha Christie en BD. Le roman montrait la forte influence de Conan Doyle sur  Agatha Christie. La construction du récit est en effet proche de celle des aventures de Sherlock Holmes. Cela se ressent moins dans la bande-dessinée mais globalement l’intrigue est fidèle à l’œuvre originale.

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Nous sommes ici chez des adeptes de la ligne claire qui m’a toujours beaucoup séduite et que je retrouve toujours avec plaisir. Ce choix est parfait, il n’est pas nécessaire d’en rajouter lorsque l’on adapte la reine anglaise du crime et que l’intrigue est pleine de rebondissements. Il ne faut pas se fier aux couleurs vives, c’est bien un drame familial et un esprit fort retors qui seront le nœud de cette enquête. Notre cher Poirot prend vie dans les pages de cette BD, il est presque bondissant (je crois que personne n’a jamais tenu compte du fait qu’il est censé boiter après une blessure).

Cette bande-dessinée, très plaisante à lire, ne peut que donner envie de découvrir le roman original et de faire plus ample connaissance avec les redoutables petites cellules grises de Hercule Poirot.

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Ne crains pas l’ombre ni les chiens errants de Camille Zabka

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« C’est la bonne nuit pour fuir. » Cassandra quitte son mari et leur maison située dans un complexe pour expatriés en Indonésie. Elle file en pleine nuit, à travers la forêt avec sa fille encore bébé. « Le voyage, la vie au loin recommencée », voilà le promesse que se sont faite Cassandra et son mari en quittant Paris. Un nouveau souffle, du dépaysement, des rivages lointains, les odeurs d’Extrême-Orient devaient les attendre à l’arrivée. Mais, si les débuts furent heureux, Cassandra découvre aussi une toute autre réalité en Indonésie et un mari bien différent de celui qu’elle avait épousé.

« Ne crains pas l’ombre ni les chiens errants » est le deuxième roman de Camille Zabka et il s’agit du récit d’une fuite, celle de Cassandra pour rejoindre la France. Nous la suivons au travers de la forêt, dans le taxi à Magelang, dans l’avion pour Jakarta. L’urgence, la peur sont les compagnons de voyage de l’héroïne et elles habitent l’écriture de Camille Zabka. Cassandra, nous le la lâchons pas d’une semelle, elle nous embarque avec dans son périple dès la première phrase. Au travers de celui-ci, elle nous raconte une autre fuite, celle qui l’amena d’Arras à Paris. Élevée seule par sa mère, Cassandra grandit en ayant honte de l’étroitesse de cette vie, des ménages de sa mère et du ciel bas. Elle rêve alors de Paris, d’émancipation, de culture. Mais Cassandra apprendra en Indonésie qu’il n’est pas possible de passer sa vie à fuir.

« Ne crains pas l’ombre ni les chiens errants » est nourri par la propre expérience d’expatriée de Camille Zabka à Djakarta. Et cela se sent dans les descriptions des paysages, des bruits, des odeurs, de la chaleur écrasante, du grouillement des villes. L’Indonésie palpite dans les mots de l’auteur qui nous fait également voir une bien triste réalité écologique : les forêts brûlées, leurs cendres qui s’insinuent partout, la mer de déchets plastiques, un pays massacré, détruit.

Avec une écriture rythmée, vive et des chapitres courts, Camille Zbaka nous propose de suivre la fuite, mais également la libération, de son héroïne Cassandra. Une belle découverte et une voix que j’ai envie de retrouver.

Merci aux éditions de L’Iconoclaste pour cette lecture.

Bilan livresque et séries de janvier

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Ce premier mois de l’année aura été très satisfaisant en terme de lectures. Pour le moment, je ne vous ai parlé que de « Sublime royaume » qui m’a permis de découvrir la talentueuse Yaa Gyasi et de « Là où chantent les écrevisses » qui fut une déception. Je vous reparle très vite du très original deuxième roman d’Alexandra Koszelyk, du premier recueil de nouvelles d’un jeune auteur américain : Nana Kwame Adjei-Brenyah, du formidable premier tome de la trilogie de Timothée de Fombelle consacrée à la jeune Alma et des trois jours que j’ai passé en compagnie du bougon Paul Cézanne. J’ai également découvert deux formidables BD dont je ne manquerai pas de vous parler : « Béatrice » de Joris Mertens, une merveille sans parole, « Peau d’homme », conte féministe se déroulant à la Renaissance.

Côté séries et films :

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1939, Edith Pretty, propriétaire d’une demeure à Sutton Hoo dans le Suffolk, engage Basil Brown, un archéologue amateur, pour explorer d’étranges monticules présents sur ses terres. Edith s’intéresse aux fouilles archéologiques depuis l’enfance et a un pressentiment sur ce que peuvent cacher les monticules. Son intuition se révèlera exacte puisque Sutton Hoo est le lieu d’une des plus grandes découvertes archéologiques en Angleterre.

Le film de Simon Stone s’inspire d’un livre de John Preston s’inspirant lui-même de faits réels. Edith Pretty est très attachée aux traces du passé, comme Basil. Leur passion commune n’a que plus de sens dans une époque qui va bientôt basculer dans le chaos de la deuxième guerre mondiale. L’ancrage dans le passé rend probablement le présent moins vacillant. La mise en scène de Simon Stone est élégante, les cadrages sont très travaillés. La photographie est splendide et met en valeur la lumière, les paysages du Suffolk. Les magnifiques cieux semblent intemporels jusqu’à ce qu’ils soient traversés par les avions de la RAF. Certaines scènes sont particulièrement marquantes comme celles où Basil est enseveli sous la terre d’un des monticules.

Le film est servi par des acteurs d’une grande justesse : Carey Mullingan et Ralph Fiennes. Tous deux sont remarquables. Entre force et faiblesse, leurs deux personnages tentent de défendre leur extraordinaire découverte. Leur amitié sans faille se construit devant nos yeux et nous les rend infiniment attachants. Les deux acteurs sont, comme à leur habitude, brillants.

« The dig » est une très belle découverte, un film d’une grande douceur sur une découverte archéologique majeure et qui met en scène deux personnages fragiles, émouvants et passionnés par leurs fouilles. La subtile interprétation de Carey Mulligan et de Ralph Fiennes est l’un des atouts majeurs du film.

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Quand le jeune Henry Shackleford croise la route de l’abolitionniste blanc John Brown, sa vie en est irrémédiablement bouleversée. Son père va mourir lors de cette rencontre. John Brown décide alors de prendre sous son aile ce jeune esclave qu’il prend pour une fille. Henry va donc partager la vie de l’armée de John Brown affublé d’une robe et d’un surnom ridicule :  « Onion ». John Brown mène le combat de l’abolition de l’esclavage avant la guerre de Sécession et il est bien souvent seul contre tous.

Je n’ai pas lu le roman de James McBride dont est tiré la série mais je le regrette après l’avoir vue. Ethan Hawke et le scénariste Mark Richard ont réussi là une formidable adaptation, une série enthousiasmante de sept épisodes. Ce qui frappe d’emblée, c’est la démesure, l’exaltation de John Brown. Il vitupère, semble habité d’une folie furieuse et dévorante. La série le montrera aussi emprunt d’une grande humanité qu’il met au service de son juste combat qu’il mènera jusqu’au bout. Ethan Hawke incarne avec brio ce personnage tout de bruit et de fureur. Sa prestation est éblouissante. Face à lui, Onion est interprété par le formidable Joshua Caleb Johnson toujours juste. L’incroyable et picaresque odyssée de l’armée de John Brown est extrêmement réjouissante et pleine d’ironie face à l’histoire des États-Unis.

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Didier Mathure est un brillant ingénieur dans l’aérospatiale. Son avenir semble plus que compromis lorsque sa fusée explose quelques secondes après son décollage. Il est alors muté au GEPAN, bureau spécialisé dans les manifestations d’Ovnis en France. Il y découvre une équipe composée de trois personnes, toutes plus lunaires les unes que les autres. Didier, scientifique cartésien, tente alors de leur prouver que tout peut s’expliquer, jusqu’à ce que le doute commence à s’immiscer dans son esprit.

Il est rare que la fiction française s’empare d’un tel sujet et on peut saluer l’originalité de la série. Nous sommes plongés dans une atmosphère rétro et qui se révèle de plus en plus poétique au fil des épisodes. Ceux-ci sont courts et il faut laisser un peu de temps à la série pour s’installer. Les personnages sont tous extrêmement attachants, enfantins et doux rêveurs. On aimerait que les Ovnis existent uniquement pour voir briller les yeux de Véra, la standardiste du GEPAN. En tête du formidable casting, on trouve un Melvil Poupaud, toujours parfait,  prêt à faire vaciller ses certitudes, s’enfonçant de plus en plus dans le brouillard pour mieux se redécouvrir.

De l’humour, de la nostalgie, de la tendresse, voici ce qui composent le ton d’Ovni(s), série atypique et hautement sympathique.

 

Apeirogon de Colum McCann

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« Apeirogon : une forme possédant un nombre dénombrablement infini de côtés. » Ce sont 1001 fragments courts qui composent le dernier livre de Colum McCann. De multiples récits se croisent, se font écho pour essayer de comprendre le conflit israélo-palestinien. Au cœur de ce projet extrêmement ambitieux, se trouvent deux hommes liés par un drame terrible : Rami et Bassam ont tous les deux perdus leur petite fille. Rami est un publicitaire israélien, fils d’un rescapé de la Shoah, ancien soldat. Sa fille, Smadar, est morte à l’âge de 14 ans dans un attentat terroriste. Bassam travaille au ministère des sports et aux archives palestiniennes, il a fait sept ans de prison pour actes terroristes. Abir, sa fille de 10 ans, a reçu une balle dans la tête. Tous deux sont réunis aujourd’hui par leur puissant désir de paix qui les emmène chaque jour à raconter leur histoire à travers le monde.

Colum McCann nous plonge dans l’histoire de ces deux hommes remarquables, dans le chaos de leur région au travers d’un foisonnement d’idées, de pensées. Dans « Apeirogon », on croise François Mitterrand, Philippe Petit (déjà présent dans « Et que le vaste monde poursuive sa course folle »), Jorge Luis Borges, John Cage, Constantin Brancusi ou Antonin Artaud ; on parle beaucoup d’oiseaux migrateurs qui passent au-dessus de la région depuis des millénaires, de musique ; on évoque la Shoah aussi bien que la Nakba. Les fragments se répondent, se complètent, se répètent et abordent la politique, la culture, la religion, l’Histoire, la nature. La forme, choisie par Colum McCann, est brillante et complexe. J’avoue n’avoir réussi à rentrer véritablement dans « Apeirogon »  qu’à la page 243, là où deux chapitres 500 nous montrent Bassam et Rami au monastère de Crémisan de Beit Jala, près de Bethléem. La forme du roman a entravé, morcelé ma lecture et a rendu la montée jusqu’au monastère un peu fastidieuse. La deuxième partie du roman fut beaucoup plus facile à appréhender.

Même si j’ai eu du mal à rentrer dans la forme particulière de « Apeirogon », je salue le projet ambitieux de Colum McCann qui rend un bel hommage aux deux combattants de la paix que sont Bassam et Rami.

Traduction Clément Baude

Intrépide amour de Katherine Mansfield

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Le jeune Mitka, marin, se rend à Londres, lors d’une permission, chez son frère Paddy et sa femme Mildred. C’est dans leur salon que Mitka rencontre Valerie Brandon. Il tombe immédiatement sous son charme. Valerie, qui est déjà courtisée par le riche Evershed, apprécie la candeur et la sincérité de Mitka. Elle lui propose son amitié et se délecte des sentiments qu’elle provoque chez lui. Elle se distrait avec le jeune homme et pense que les choses n’iront pas plus loin puisqu’il doit bientôt rejoindre son navire.

J’avais découvert Katherine Mansfield avec son recueil de nouvelles le plus connu « La garden-party » et je suis ravie de retrouver sa plume élégante avec « Intrépide amour ». Cette nouvelle est largement inspirée de la vie de son auteure. Katherine Mansfield eu une relation amoureuse avec l’écrivain français Francis Carco que son mari, John Middleton Murry, avait rencontré en 1910 à Paris. Comme Mitka pour Valerie, Francis Carco offrait une alternative à sa vie de couple. Une passade distrayante qui ne dura pas. Cette illusion d’amour, ce divertissement amoureux est celui que l’on retrouve dans « Intrépide amour ». Valerie Brandon se sent dans l’obligation d’épouser Evershed. Mitka représente un souffle de liberté, l’illusion d’un choix. Valerie se distrait et Mitka souffre. La nouvelle de Katherine Mansfield se révèle cruelle et amère pour le pauvre jeune homme sincèrement épris. Valerie fait fît de la morale mais elle n’est pas non plus prête à sacrifier son confort.

L’écriture de Katherine Mansfield est d’une remarquable finesse et d’une grande délicatesse. Les éditions du Chemin de fer lui ont donné un superbe écrin et l’ont accompagnée de dessins surprenants de Katerina Christidi. « Intrépide amour » est en tout point un petit bijou.

Traduction M.O Probst