L’été des oranges amères de Claire Fuller

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C’est au fond de son lit d’hôpital que Frances se remémore l’été qu’elle passa dans la propriété de Lyntons. Elle avait alors 39 ans, sa mère acariâtre venait de mourir. Frances sauta sur l’opportunité qu’on lui proposait : un riche américain lui demande de faire l’inventaire du jardin de la propriété qu’il venait d’acquérir. Elle découvre, en arrivant dans la propriété, que son commanditaire a également mandaté quelqu’un pour faire l’inventaire de l’immobilier. Peter est accompagné de Cara. Tous les trois vont rapidement passer tout leur temps ensemble. « Tous les trois, nous parlions, buvions, riions. Jamais de ma vie je n’ai autant ri qu’au début du mois d’août de cette année-là. Pour la première fois, je n’étais pas celle qui observait les autres de dos, je faisais partie du groupe. » La relation entre les trois personnages va rapidement devenir complexe, ambiguë et l’orage ne tarde pas à gronder au cœur de Lyntons.

J’avais beaucoup hésité à lire « Un mariage anglais », le précédent roman de Claire Fuller. « L’été des oranges amères » venant de sortir, je me suis laissée tenter cette fois. L’ambiance du roman est séduisante et réussie. L’intrigue se développe dans un quasi huis-clos, les trois personnages sortant peu de la propriété. Nous sommes dans une vieille demeure décatie, vidée de ses meubles. Le jardin, le pont, l’orangerie et autres bâtiments sont mangés par le lierre et les herbes folles. Cela contribue à l’indolence de ces journées d’été mais également à l’hostilité des lieux.

La construction en flash-backs, une atmosphère pesante, nous indiquent qu’un drame va certainement advenir. Mais la tension dramatique, inhérente à ce type de récit, est quasiment inexistante. Claire Fuller ne distille que peu d’indices et peu de révélations pour titiller notre curiosité. Ces dernières arrivent plutôt  vers la fin du roman, peut-être  pour nous réveiller de la torpeur et de l’ennui dans lequel nous avons été plongés.

« L’été des oranges amères » est une petite déception, j’espérais beaucoup de ma découverte de Claire Fuller. L’atmosphère alanguie de cet été dans la campagne anglaise n’aura pas réussi à me sauver de l’ennui qui m’a gagnée pendant la lecture.

Traduction : Mathilde Bach

Le jour où Kennedy n’est pas mort de R.J. Ellory

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Le 22 novembre 1963, le président des Etats-Unis, John Fitzgerald Kennedy, est en visite à Dallas avec son épouse. Sa voiture traverse Dealey Plaza, le président salue la foule dans sa voiture décapotable. Il repartira le soir à Washington. En juillet 1964, Mitch Newman, journaliste et photographe, apprend le suicide de Jean Boyd. Ils s’étaient rencontrés avant la fac et voulaient tous les deux devenir journalistes. Ils se fiancèrent à l’université. Leur histoire s’acheva lorsque Mitch partit volontairement sur le front en Corée. Ils ne se sont jamais revus mais Mitch est persuadé que Jean n’a pas pu se donner la mort. Il découvre rapidement que Jean était sur une enquête. Et celle-ci va emmener Mitch sur les traces de JFK à Dallas.

R.J. Ellory nous entraîne dans une uchronie, un monde où Lee Harvey Oswald aurait manqué sa cible. Le roman alterne les chapitres consacrés à l’enquête de Mitch sur le suicide de Jean et des chapitres où nous accompagnons le président et son staff. Les Etats-Unis de 1964 sont bien sombres. John Fitzgerald Kennedy est en pleine campagne pour sa réélection et les choses sont loin d’être gagnées : « Les doutes dans le camp démocrate quant au fait que Kennedy décroche la nomination, et s’il y parvenait, quant au fait qu’il obtienne un second mandat. Les maladies. Les prétendues liaisons. Les quasi-catastrophes politiques qui avaient affaibli sa présidence. Les rumeurs d’élection truquée, la possibilité que Nixon se présente à nouveau et expose les anomalies de comptage de 1960. » L’image du jeune et sémillant président est largement écornée. L’équipe présidentielle, avec Robert Kennedy à sa tête, tente d’éviter le naufrage.

C’est dans ce monde trouble que se retrouve plongé Mitch, un personnage cabossé, las comme les aiment les romans noirs. Un personnage qui possède également une grande lucidité, il comprend rapidement la noirceur du monde politique et de la famille Kennedy en particulier.

« Le jour où Kennedy n’est pas mort » est un savant et parfait mélange entre réalité et fiction. On y croise bien entendu la famille Kennedy, Lee Harvey Oswald, Jack Ruby (l’assassin d’Oswald qui aura ici un rôle bien différent). R.J. Ellory émet des hypothèses, des suppositions et sa fin, particulièrement réussie, se révèle tout à fait plausible.

J’ai enfin découvert le talentueux R.J. Ellory avec ce roman. Même si son rythme est parfois un peu lent, la construction, le mélange habile entre réalité et fiction nous procurent une lecture des plus agréables.

 

Le corbeau d’Oxford et Un pique-nique presque parfait de Fait Martin

Faith Martin nous propose un nouveau duo d’enquêteurs anglais : la policière stagiaire Trudy Loveday et le Dr Clement Ryder, coroner de son état après avoir été chirurgien cardiaque. Leurs aventures se déroulent dans les années 60 à Oxford.

Dans « Le corbeau d’Oxford », Sir Marcus Deering reçoit des lettres anonymes menaçantes. La vie de son fils serait en danger en raison de mauvaises actions réalisées par le passé. Peu de temps après la réception des lettres, un meurtre a lieu. Jonathan McGillicuddy, un jeune jardinier, en est la victime. Son nom évoque une ancienne affaire au coroner, celle du suicide d’une jeune femme qui a eu lieu cinq ans auparavant. Le Dr Ryder demande à être assisté par un policier pour rouvrir le dossier. Comme il est peu apprécié par le chef de la police, on lui colle dans les jambes la seule femme du commissariat, Trudy Loveday. Le duo improbable va se révéler particulièrement efficace.

Six mois après cette 1ère enquête, durant l’été 1960, des étudiants de St Bede’s College se réunissent pour un pique-nique très arrosé. Pendant la fête, un drame advient : le corps sans vie de Derek Chadworth est retrouvé dans les eaux de Port Meadow. Derek était également étudiant mais il ne vient pas du tout du même milieu social que les autres étudiants invités ce jour-là. D’ailleurs, personne ne peut confirmer ou infirmer la présence du jeune homme à la fête. Les témoignages imprécis des différents témoins éveillent la curiosité du Dr Ryder. Il décide donc d’enquêter et demande l’appui de Trudy Loveday. Cette dernière va devoir se faire passer pour une étudiante pour apprendre davantage sur Derek Chadworth.

Les deux premiers volumes des enquêtes de Trudy Loveday et le Dr Clement Ryder sont très plaisants à lire et les deux personnages sont tout de suite attachants. La bonne idée de Faith Martin est de faire de Clement Ryder le mentor de la jeune policière. La fraîcheur, la naïveté de celle-ci complètent parfaitement l’expérience et l’intelligence du médecin. Il est également intéressant d’avoir choisi les années 60. Trudy est la seule femme du commissariat et elle comprend immédiatement à quel point il sera difficile pour elle de faire ses preuves dans un environnement aussi masculin. Elle est jolie de surcroit ce qui ne l’aide pas à être crédible auprès de sa hiérarchie et de ses collègues. Elle n’est affectée qu’à des tâches subalternes comme les archives. Les enquêtes auprès du coroner lui donnent une chance d’être sur le terrain et d’apprendre son métier.

Les enquêtes de Faith Martin m’ont évoqué celles de la série « Endeavour » qui se situe à la même époque également à Oxford. Les intrigues de Loveday et Ryder sont plus complexes qu’il n’y parait, elles ont des ramifications dans le passé et montrent un visage peu glorieux de la belle ville d’Oxford. Les enquêtes de Morse dans « Endeavour » apportent également ce type de caractéristiques. En raison du choix de l’époque, l’ambiance des enquêtes de Loveday et Ryder ont un charme désuet qui est fort agréable.

« Le corbeau d’Oxford » et « Un pique-nique presque parfait » sont deux romans très agréables à lire à l’ambiance vintage et aux intrigues bien ficelées.

 

Comme une gazelle apprivoisée de Barbara Pym

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Harriet et Belinda Bede, deux sœurs d’une cinquantaine d’années, vivent dans un petit village de la campagne anglaise. Harriet est enchantée par l’arrivée d’un nouveau vicaire, tandis que Belinda est amoureuse de l’archidiacre depuis qu’elle a vingt ans. Le quotidien des deux célibataires s’écoule paisiblement. « Belinda poursuivit silencieusement son tricot. La soirée semblait devoir ressembler à toutes celles où des vicaires étaient venus souper. Cette répétition avait quelque chose d’effrayant et de rassurant à la fois. Il était étrange qu’Harriet ait toujours eu un faible pour les vicaires. Ils étaient tellement infantiles, et leur conversation toujours si peu variées ! L’archidiacre, lui, au moins, était différent des autres. On ne pouvait prévoir ce qu’il allait dire, mais on savait que ce serait inattendu et provocateur.  » Mais la vie du village va être modifié par l’arrivée d’un bibliothécaire, ami de Belinda, et par l’évêque de Mbawawa qui a connu Harriet lorsqu’il était vicaire.

« Comme une gazelle apprivoisée » est le premier roman écrit par Barbara Pym. Tout son univers y est déjà présent. L’intrigue se déroule entièrement dans ce petit village anglais. La vie s’y déroule entre tea time, messes, kermesses et cancan sur le voisinage. Nous sommes plongés dans cette petite communauté campagnarde où nous croisons toute une galerie de personnages bien croqués : Connie Aspinall qui regrette sa vie de dame de compagnie à Belgrave Square, Edith Liversidge qui fut volontaire durant la guerre dans les Balkans, Ricardo Bianco un comte italien qui aime le jardinage et Harriet Bede, Agatha Hoccleve fille d’évêque et femme d’archidiacre, Henry l’archidiacre qui cite plus souvent les poètes anglais que la Bible lors de ses messes. Et bien-sûr, il y a les sœurs Bede : Belinda, discrète et timide, Harriet la coquette, pétillante et charmeuse. Même si « Comme une gazelle apprivoisée » n’est pas le roman de Barbara Pym que je préfère, j’ai apprécié encore une fois le charme suranné de ce village anglais, la douce ironie qui irrigue les pages. Et les deux sœurs Bede s’avèrent être des personnages attachants et pas seulement deux vieilles filles perdues au fin fond de la campagne anglaise.

Même si « Comme une gazelle apprivoisée » n’est pas le meilleur roman de Barbara Pym, j’éprouve toujours un plaisir infini à me plonger dans ses intrigues campagnardes si typiquement anglaises. En apparence anodine, elles en dévoilent pourtant beaucoup sur la nature humaine.

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Journal d’un homme sans importance de George et Weedon Grossmith

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« Le journal d’un homme sans importance » a été publié dans le journal Punch sous forme de feuilleton en 1892. Les frères Grossmith y raconte le quotidien de Mr Charles Pooter, un employé d’une firme de la City. Il vit dans une maison avec sa femme, Carrie, et sa bonne Sarah. Il reçoit régulièrement ses amis Mr Gowing et Mr Cummings. Le couple Pooter a un fils, Lupin, fantasque et ambitieux.

Charles Pooter écrit chaque jour son journal alors que son quotidien n’a rien d’extraordinaire. Sa vie prend la forme d’une série de saynètes qui nous montrent les petites contrariétés, les petits plaisirs, les menus événements sociaux qui émaillent les journées des Pooter. Charles Pooter est un personnage qui se veut très digne, très respectable, il est très à cheval sur les bonnes manières. Malheureusement, Mr Pooter est extrêmement maladroit et il est bien souvent totalement ridicule. Il est fière d’aller à un bal, s’habille de manière élégante, invite sa femme à danser et s’étale de tout son long en raison de semelles neuves. A une autre occasion mondaine, c’est son pantalon qu’il déchire juste avant de partir. Il se pique de décoration, se met à repeindre en rouge des pots de fleurs, des meubles, le sot à charbon, la baignoire et une vieille édition de Shakespeare dont la reliure était abîmée. Mr Pooter se pense très spirituel, très drôle et estime que son journal vaut la peine d’être édité. Cela provoque l’hilarité de sa femme et de son fils.

Le ton du livre est moqueur mais il est également plein de tendresse pour ce personnage si ordinaire. Et il est vrai que Charles Pooter nous est fort sympathique. C’est un homme qui se satisfait de peu, qui tente de vivre avec dignité. Un petit bourgeois qui ne cherche pas à sortir de sa classe, content de pouvoir recevoir ses amis, boire un verre de porto avec sa femme et être un employé modèle.

« Journal d’un homme sans importance » est un livre classique de la littérature anglaise qui raconte, avec beaucoup d’humour, le quotidien d’un homme sans qualité.

 

Le mois anglais 4

Rendez-vous avec le poison de Julia Chapman

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Alors que Delilah et Samson s’apprêtent à annoncer leur alliance pour créer une société de sécurité, la police débarque à la pâtisserie des Monts. Samson est arrêté pour suspicion de meurtre. La brebis galeuse de Bruncliffe n’avait pas besoin de ça et malheureusement pour lui, il n’est pas au bout de ses peines. Son passé comme flic infiltré est révélé dans la presse locale, il est en effet accusé de trafic de drogue. Autant dire que Samson n’a plus beaucoup d’amis au village. Même Delilah le jette à la porte, furieuse que Samson lui ait menti. Pendant que nos deux héros se brouillent, le vétérinaire de Bruncliffe s’inquiète de voir plusieurs chiens présentés des symptômes d’empoisonnement. Il commence à soupçonner des actes malveillants. Pour en avoir le cœur net, il décide de faire appel aux talents de détective privé de Samson malgré sa réputation pour le moins entachée.

« Rendez-vous avec le poison » est le quatrième volet des aventures de Samson et Delilah. L’intrigue laisse la part belle à l’histoire de Samson et Julia Chapman nous dévoile quelques événements qui sont à l’origine de son retour à Bruncliffe dans le premier tome. Vous vous en doutez, il reste encore des zones d’ombre, il faut bien appâter le lecteur ! L’enquête sur les empoisonnements de chiens reste plus secondaire et sa résolution se devine assez facilement. Le reproche, que j’avais fait au tome précédent, revient ici : les intrigues de Julia Chapman manque de suspens et nos petites cellules grises ne sont pas mises à rude épreuve.

Et pourtant, j’ai bien l’intention de lire le tome suivant. Paradoxal me direz-vous. Mais c’est qu’au fil des tomes, je prends plaisir à revenir à Bruncliffe. Et finalement, le talent de Julia Chapman se trouve dans sa capacité à créer une atmosphère de petit village anglais perdu dans les montagnes du Yorshire, à créer une forte empathie avec l’ensemble des personnages qu’ils soient principaux et secondaires. C’est donc avec plaisir que l’on retourne à Bruncliffe où l’on boirait volontiers une tasse de thé à la pâtisserie des Monts pour prendre des nouvelles des habitants et de Calimero, le braque de Weimar de Delilah.

Malgré le manque de suspens de ses intrigues, Julia Chapman réussit à nous donner envie de revenir à Bruncliffe, de retrouver ses habitants et de partager avec eux de nouvelles aventures.

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Occasions tardives de Tessa Hadley

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Un soir d’été, la sonnerie du téléphone résonne dans l’appartement londonien de Christine et Alexander. Au bout du fil, leur amie Lydia est effondrée. Son mari Zachary est mort brutalement d’une crise cardiaque. Les quatre amis se connaissent, partagent leurs vies depuis trente ans. La mort de Zachary, le plus jovial et dynamique, est un drame terrible qui bouleverse l’équilibre du quatuor. Cette disparition va faire remonter les souvenirs des uns et des autres, des blessures, des rancunes vont refaire surface.

Tessa Hadley mêle au présent de la mort de Zachary, le passé de ses personnages au moment où leurs chemins se sont croisés. Alex et Zachary sont amis d’enfance. Alex est enseignant, il est charismatique et mystérieux. Déjà marié et père, il connait des tensions dans son couple. Et c’est à ce moment-là que Lydia et Christine entrent en scène. Elles suivent les cours d’Alex et Lydia tombe sous le charme de son prof. Cela devient obsessionnel et elle fait tout pour connaître les moindres détails de sa vie. C’est ainsi qu’elle rencontre Zachary et qu’elle décide de le caser avec Christine. La configuration de départ des deux couples n’est pas celle que nous découvrons au début du roman et suivre l’évolution des deux histoires d’amour est particulièrement intéressant. Le pouvoir, l’influence, le charme changent de camp entre Alex et Zachary au fil du temps. Ces liens, tissés puis défaits, sont le cœur du roman de Tessa Hadley ; ce sont ceux de l’amour mais également ceux de l’amitié. L’équilibre précaire entre les deux couples n’existe plus lorsque Zachary disparaît. Les fragilités, les doutes, les ambitions, la solitude, l’absence vont faire exploser les liens créés.

Tessa Hadley sait magnifiquement étudier la psychologie de ses différents personnages, elle le fait avec précision et subtilité. Comme dans « Le passé », les souvenirs hantent les personnages ; les regrets et l’amertume, qui y sont liés, resurgissent pour modifier le temps présent.

« Occasions tardives » m’a permis de retrouver la plume délicate de Tessa Hadley qui sait superbement nous faire naviguer entre présent et passé.

 

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Les aventures de Cluny Brown de Margery Sharp

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Orpheline, Cluny Brown a été élevée par son oncle Arnold, plombier de son état. Cluny semble ne pas réussir à rester à sa place. Après avoir pris le thé au Ritz et avoir débouché l’évier d’un client de son oncle, la jeune femme va devoir quitter Londres pour le Devonshire. Son oncle lui a trouvé une place de femme de chambre dans la famille de Lady Carmel. Il espère ainsi que sa nièce va s’assagir. Mais il n’est pas si facile d’étouffer le caractère fantasque de Cluny qui va avoir quelques difficultés à se couler dans le monde : « Dans le cas de Cluny Brown, ni son service, ni sa livrée austère n’avaient, de toute évidence, réussi à éclipser sa personnalité. » Son séjour dans la campagne anglaise sera pourtant le tournant de sa vie.

J’avais découvert Cluny Brown grâce à l’adaptation de Ernst Lubitsch datant de 1946 avec dans les rôles titres Jennifer Jones et Charles Boyer. C’est une de mes comédies préférées et il était temps que je découvre le roman de Margery Sharp. Le film est assez librement adapté mais il a su conserver le côté pétillant de cette comédie. Cluny Brown est un personnage extrêmement attachant dès les premières pages. Elle est totalement libre et ses actes se font toujours en dépit des conventions. Elle agit selon son cœur, elle a une volonté d’explorer le monde, d’ouvrir son horizon ce qui va bien-sûr à l’encontre de son milieu social. Qu’elle évolue dans son milieu ou dans la bonne société, Cluny ne peut se sentir à sa place dans le carcan moral de l’Angleterre des années 30. Malicieuse, indépendante, parfaitement honnête, Cluny finira par trouver sa voix en croisant la route d’un homme aussi fantasque qu’elle. Le personnage de Margery Sharp est finalement très moderne en ce qu’elle ne laisse personne décider de son destin à sa place.

« Les aventures de Cluny Brown » est une délicieuse et espiègle comédie qui nous offre le portrait d’une héroïne originale et non conformiste.

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The London eye mystery de Siobhan Dowd

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11h32 le 24 mai, Ted et sa sœur Kat regardent leur cousin Salim grimper dans le London Eye. De passage à Londres en provenance de Manchester, Salim loge chez ses cousins avec sa mère Gloria. Et il a toujours rêvé de monter dans la grande roue londonienne. Salim est passionné d’architecture et il ne pourra trouver meilleur point de vue sur la ville. Mais à 12h02, la nacelle, dans laquelle est montée Salim, ouvre ses portes et il n’y est pas. Ted et Kat ne comprennent pas, ils attendent que chaque nacelle du London Eye soit vide avant de paniquer. Salim a totalement disparu. La police, une fois prévenue, est assez interloquée par le récit des deux enfants. Comment Salim peut avoir disparu pendant le tour du London Eye ? Ted et Kat décident de mener l’enquête à leur tour.

« The London Eye mystery » a été publié en 2007, l’année où son auteure Siobhan Dowd est malheureusement décédée. Le point de départ de ce roman jeunesse est vraiment très réussi : Salim monte dans la grande roue et n’en redescend jamais. Voilà un mystère bien opaque et illogique ! De quoi faire fonctionner les neurones du lecteur et ceux de Ted. Le jeune garçon de 12 ans contribue totalement au plaisir de lecture. Il est le narrateur de l’histoire et il souffre du syndrome d’Asperger. Ted a donc du mal à lire les attitudes des autres, à comprendre l’humour ou les expressions (comme it’s raining cats and dogs, Ted imagine des chats et des chiens qui tombent du ciel). Ce qui le rassure et le calme, c’est la météo ! Il espère d’ailleurs devenir météorologue. Mais son cerveau lui permet également de voir les choses de manière unique et surtout de les voir différemment des autres. Et c’est ce talent qui va lui permettre d’enquêter sur la disparition de son cousin. Ted est un personnage extrêmement attachant, il ne cache rien de ses difficultés liées à son syndrome. Mais tous les personnages sont bien dessinés, ils prennent vie dans les pages de Siobhan Dowd. Et le mystère de la disparition de Salim est vraiment bien mené, il tient ses promesses.

« The London Eye mystery » est un roman jeunesse qui se lit avec grand plaisir d’une part parce que l’enquête tient parfaitement la route et d’autre part parce que les personnages sont attachants. A noter qu’il existe une suite où l’on retrouve Ted et sa famille, « The Guggenheim mystery », qui a été écrite par Robin Stevens.

Un livre qui rentre également dans le challenge In English please d’Alice.

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La fabrique de poupées de Elizabeth MacNeal

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Londres, novembre 1850, le Crystal Palace est en construction pour accueillir l’exposition universelle. La confrérie préraphaélite fait de plus en plus parler d’elle. C’est dans la capitale victorienne en pleine ébullition qu’Iris et sa sœur Rose sont employées dans une boutique de fabrique de poupées. Mais Iris se rêve peintre et c’est la nuit qu’elle essaie de pratiquer son art. Bientôt la chance va se présenter à Iris sous le visage de Louis Frost qui est un peintre préraphaélite. Il veut qu’elle devienne son modèle, elle accepte à la seule condition que Louis lui donne des cours. Iris semble pouvoir prendre son destin en main mais le prix à payer est celui de l’abandon de Rose à son triste sort. Un autre obstacle à son bonheur rôde autour d’elle en la personne de Silas, un taxidermiste, qui fantasme sur le beau visage d’Iris et sa chevelure rousse.

« La fabrique de poupées » est le premier roman d’Elizabeth MacNeal et il est captivant, d’autant plus, lorsque comme moi, vous vous intéresser à l’Angleterre victorienne et aux peintres préraphaélites. L’ambiance de l’époque (sociale, artistique) est parfaitement rendue. Nous sommes plongés dans le Londres de Dickens avec ses ruelles malodorantes, bruyantes et grouillantes de vermines. Albie, garçon pauvre qui tente de survivre en vendant des cadavres d’animaux à Silas, aurait pu être le camarade d’Oliver Twist. La foule, les badauds s’agglutinent autour du chantier du Crystal Palace qui marqua les esprits durablement. Mais le roman d’Elizabeth MacNeal m’a également fait penser au « Parfum » de Patrick Süskind car les sensations y sont très fortes (notamment les odeurs) et très vives. Le personnage de Silas pourrait également provenir de l’imaginaire du romancier allemand.

L’auteure a eu la bonne idée de mélanger personnages réels (Dante Gabriel Rossetti, John Everett Millais, William Holman Hunt, Elizabeth Siddal) et personnages de fiction. Iris est d’ailleurs inspirée par Lizzie Siddal. Comme elle, elle vient d’un milieu modeste,  devient modèle pour un peintre et elle est également artiste. Les personnages de « La fabrique de poupées » sont tous extrêmement bien dessinés, bien caractérisés. Et à travers eux, c’est la position de la femme qui est questionnée. Iris, comme Lizzie Siddal, a beaucoup de difficultés à trouver sa place en tant qu’artiste. Elle n’a pas eu de formation, ce sont essentiellement les hommes qui peignent. Les femmes subissent totalement le regard masculin. La position de modèle le montre bien : idéalisée par Louis Frost, Iris est considérée comme une prostituée par ceux qui ne sont pas artistes et le regard que Silas pose sur elle l’objective. Rose, la sœur d’Iris, a eu la variole et a totalement perdue sa beauté. Elle est condamnée à rester célibataire. La beauté était un capital pour les femmes de l’époque qui leur assurait un avenir. Comme le montre le personnage d’Iris, il fallait être d’une ténacité formidable pour exister lorsque l’on était une femme sous le règne de Victoria.

« La fabrique de poupées » est un premier roman réussi qui fait revivre avec talent le Londres victorien et le groupe des peintres préraphaélites, Elizabeth MacNeal y interroge avec justesse la place de la femme à l’époque.

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