La femme du pasteur d’Elizabeth von Arnim

Ingeborg Bullivant est la fille d’un évêque anglais. Son père, égoïste et tyrannique, considère sa fille comme sa secrétaire et estime qu’elle ne se mariera jamais. Elle n’est effectivement pas aussi jolie que sa soeur Judith et elle a développé un caractère docile et effacée. Jusqu’au jour où Ingeborg est envoyée à Londres pour soigner une rage de dent. Le problème est rapidement réglé mais la jeune femme n’a guère envie de retrouver son foyer étouffant. Passant devant une agence de voyage, elle s’inscrit sur un coup de tête pour un séjour à Lucerne. Ingeborg s’offre plusieurs jours de liberté totale loin du monceau de lettres reçues par son père et auquel elle doit répondre. Durant le voyage, elle rencontre le pasteur allemand Her Drummel. Contre toute attente, il s’entiche d’elle et lui demande de l’épouser. L’installation d’Ingeborg dans une petite ville de Prusse se révèlera pour le moins compliqué.

Ecrit en 1914, « La femme du pasteur » décrit la vie d’Ingeborg, jeune femme candide, spontanée, sensible aux beautés de la nature qui l’entoure et nourrissant un certain optimisme quant à la vie qui l’attend. Malheureusement, que ce soit en Angleterre ou en Allemagne, la jeune femme devra plier devant les traditions, le devoir imposés aux femmes. Si la première partie du roman a parfois des airs de comédie (beaucoup de quiproquos et de malentendus dans les dialogues et une incompréhension des us et coutumes à son arrivée en Prusse), la deuxième partie se teinte rapidement de gravité et d’amertume. La place de la femme est très restreinte et contrainte. Le rôle d’Ingeborg est de procréer et de tenir sa maison. Elle sera d’ailleurs une profonde déception pour son mari :  » Elle n’avait encore, pour autant qu’il le sache, volontairement mis ses bras une seule fois autour de son fils (…).  Le bébé aurait pu être une fille pour toute la fierté qu’elle manifestait. Et la plus sainte fonction d’une mère, celle d’allaiter son enfant, au lieu d’être une joie constante, était une difficulté renouvelée et qui apparemment augmentait.  » Elizabeth von Arnim tient des propos très modernes et lucides sur la maternité, l’accouchement et l’allaitement. Ingeborg, jeune femme plein de curiosité intellectuelle, n’a pas son mot à dire et malgré quelques moments lumineux où elle tente de s’émanciper, elle subit sa vie.

Même si le roman souffre de quelques longueurs, « La femme du pasteur » est poignant. Quelque soit le pays où elle réside, son héroïne doit se plier aux convenances et aux besoins des hommes. Encore une fois, il faut souligner la modernité des écrits d’Elizabeth von Arnim concernant la condition des femmes.

L’instant d’après de Gillian McAllister

Joanna passe une soirée dans un bar avec sa meilleure amie Laura. Un homme, nommé Sadiq, la drague de manière très insistante. Joanna ne sait trop comment réagir et l’homme se permet de l’étreindre fortement. Joanna finit par se débarrasser de lui et quitte le bar. Elle rentre à pied chez elle. Soudain, elle entend des bruits de pas derrière elle. Elle est persuadée qu’il s’agit de Sadiq et se met à paniquer. Après plusieurs mètres, Joanna est toujours suivie. Elle se précipite dans des escaliers, réussit à pousser l’homme qui perd l’équilibre et dégringole les marches. Il s’effondre au sol, sur le ventre et ne bouge plus. Joanna ne sait comment réagir : appeler les secours ou s’enfuir ?

J’avais beaucoup aimé « Après minuit », un thriller très original où l’héroïne faisait des retours en arrière après un incident traumatique. Gillian McAllister aime décidément les défis périlleux puisqu’elle nous offre deux romans en un avec « L’instant d’après ». Nous suivons alternativement le parcours de la Joanna qui avoue ce qui est arrivé à l’homme qui la suivait et celui de la Joanna qui se tait et rentre rapidement chez elle. Et encore une fois, l’autrice maitrise parfaitement son étonnante narration qui se déroule sur plusieurs années. Elle analyse dans les deux scenarios les conséquences des choix de Joanna et comment cela influe sur sa vie et celles de ses proches. Les deux solutions auront des répercussions importantes, aucun choix n’est facile.

Moins haletant que « Après minuit », le nouveau roman de Gillian McAllister reste un thriller psychologique réussi et singulier dans sa construction.

Traduction Caroline Nicolas

La méridienne de Marghanita Laski

Dans les années 50, Melanie est une jeune mère qui se remet doucement de la tuberculose. Son médecin et son mari lui permettent enfin de quitter sa chambre pour calmer son impatience. Elle va pouvoir s’installer au salon dans la méridienne qu’elle a achetée chez un antiquaire peu de temps auparavant. Une fois allongée dedans, Melanie s’assoupit. Lorsqu’elle se réveille, elle ne reconnait pas son environnement et les personnes qui l’entourent. Et pour cause, l’esprit de Melanie se trouve dans le corps de Milly Baines en 1864.

« La méridienne » est un court roman qui a été publié en 1953. Marghanita Laski y fait vivre un véritable cauchemar à son héroïne. Le confinement de son héroïne, son incapacité à faire comprendre sa situation, l’immobilité due à sa maladie (les deux jeunes femmes sont tuberculeuses) contribuent à créer une ambiance oppressante et angoissante. Ce texte intense de Maghanita Laski m’a beaucoup fait penser à « La séquestrée » (ou « Le papier peint jaune ») de Charlotte Perkins Gilman où une jeune femme était également confinée dans une chambre et sombrait dans la folie.

Autre point commun entre les deux textes, l’histoire permet aux autrices d’évoquer la condition féminine. Ici, Marghanita Laski compare deux époques. Certes, la place de Melanie est plus enviable que celle de Milly. Les années 50 laissaient plus de liberté aux femmes que l’époque victorienne. Mais Melanie reste sous le joug d’un mari et d’un médecin très paternalistes et son rôle reste très cantonné à la sphère domestique. Marghanita Laski insiste beaucoup sur le désir des femmes qui reste dangereux d’une époque à l’autre et leur corps contrôlé par les autres.

Découverte grâce aux éditions Persephone Books, « La méridienne » méritait d’être découverte en France tant ce texte maîtrisé est fascinant et terrifiant.

Traduction Agnès Desarthe

L’histoire de Mother Naked de Glen James Brown

En ce jour de la St Godric de l’an 1434, un ménestrel s’avance devant l’assemblée des merciers de Durham. Les riches marchands avaient mandaté Melchior Blanchflower pour jouer à leur banquet. Mais , empêché, il est remplacé par Mother Naked. Le ménestrel choisit de leur raconter une histoire qui s’est déroulée tout près de chez eux, celle du Spectre de Segerston.

Le deuxième roman de Glen James Brown est un conte médiéval extrêmement réjouissant. Au travers du monologue de Mother Naked et de cent courts chapitres, l’auteur nous narre les déboires de la famille Payne, serfs de génération en génération sur la commune de Segerston. Comme dans « Ironopolis », que j’avais adoré, le propos de l’auteur se fait politique et les paysans maltraités et exploités du 15ème siècle nous rappellent que les choses ont finalement peu changé. « Ecoute-moi bien Thomas – un monde où le paysan et l’homme instruit gagnent le même salaire est un monde dangereux. Où cela mènera-t-il ? Est-ce que je dîne avec mon chien ? Célèbre la Pentecôte avec mon meilleur cochon ? »

Comme dans son premier roman, Glen James Brown intègre à son histoire une part de fantastique avec le Spectre. Les fantômes sont également un moyen d’asservir les paysans et de les rendre dociles. Les revenants sont des âmes qui errent sur terre sans espoir d’aller au Purgatoire (personne n’entre au Paradis directement, l’entrée se monnaye de son vivant) puisqu’ils n’ont pas reçu les derniers sacrements. Une pression parmi tant d’autres que l’Église exerçait sur les serfs.

« L’histoire de Mother Naked » se lit avec un plaisir grandissant, notre ménestrel devenant au fil de son histoire de plus en plus irrévérencieux. La fin est particulièrement savoureuse.

Traduction Claire Charrier

Les hommes de Shetland de Malachy Tallack

Jack Paton a presque 63 ans et il a toujours vécu sur une île de l’archipel de Shetland. Il habite dans la maison où vivaient ses parents. Sa vie est faite de solitude et de routine. Il fait ses courses dans la petite épicerie tenue par une amie d’enfance, occupe un boulot d’homme de ménage dans des bureaux, ce qui lui laisse le temps de se balader et surtout d’écouter de la musique. Car Jack est totalement habité par la musique country, il a une belle collection de disques et il compose également. Parallèlement à la vie de Jack, on découvre également celle de ses parents Kathleen et Sonny. Ce dernier a commencé par travailler sur un bateau de chasse à la baleine dans l’Atlantique sud avant de se fixer sur son île du nord de l’Écosse. 

« Les hommes de Shetland » est le récit d’une vie simple, sans prétention. Jack a toujours vécu ainsi, sans ambition particulière. Il sait profiter des paysages sauvages et rudes de son île, il les parcourt chaque jour. Petit à petit, on découvre que Jack a été obligé de rester sur son île et qu’un terrible souvenir l’y attache. J’ai au départ préféré les chapitres consacrés à la vie de ses parents, le premier chapitre est particulièrement réussi et résonnera cruellement avec le dernier. La vie terne de Jack va pourtant s’ouvrir et le personnage se révèle de plus en plus touchant. Se dégagent de sa vie de la douceur et une humanité qui était en sommeil. Le roman est par ailleurs émaillé de textes de chansons écrites par Jack que Malachy Tallack a réellement enregistrées et qui nous accompagnent durant notre lecture.

« Les hommes de Shetland » est un roman au rythme lent à l’image de la vie de son personnage principal, un joli texte touchant. 

Traduction Anne Pouzargues

A petit feu d’Elizabeth Jane Howard

Alice, la fille du colonel Herbert Browne-Lacey, décide de se marier avec Leslie Mount. Ce n’est pas par passion amoureuse qu’elle prend cette décision mais pour fuir l’autorité de son père et toutes les tâches qui lui incombent dans la sinistre demeure de celui-ci. Alice est peinée d’abandonner sa belle-mère May qui va devoir affronter seule les exigences d’Herbert. Les deux enfants de May, Lizzie et Oliver, viennent également de quitter la maison en raison de leur profonde mésentente avec leur beau-père. Oliver est un jeune homme brillant qui se cherche paresseusement un avenir et organise de nombreuses fêtes dans l’appartement de sa mère à Londres. Quand Lizzie vient s’installer avec lui, elle trouve rapidement du travail grâce à ses talents de cuisinière et pourvoit ainsi aux dispendieuses dépenses de son frère. Heureusement, Lizzie va croiser le chemin de John, un homme plus âgé, qui va tomber sous son charme.

L’ouverture du roman d’Elizabeth Jane Howard est légère, le ton est badin et amusé notamment grâce au personnage d’Oliver qui ne prend pas grand chose au sérieux. Il est une sorte de dandy dans le Swinging London qui n’a pas tout à fait les moyens de son peu d’ambition. Derrière l’humour, toujours caustique de l’autrice, se cache en réalité beaucoup de solitude, un fort besoin de reconnaissance et d’affection. C’est principalement le cas des trois femmes de la famille écrasées par le poids des injonctions d’une société patriarcale. May déteste la maison où elle habite, qu’elle a entièrement financée, mais elle abdique devant les desiderata de son odieux et détestable mari. Alice passe de la soumission à son père, à celle de son mari et se trouve toujours aussi malheureuse. Lizzie est celle qui s’approche le plus du bonheur, mais sa relation avec un homme plus âgé posera problème. Comme toujours, l’intelligence d’Elizabeth Jane Howard à construire ses personnages et à analyser leurs errements est très appréciable et elle nous offre à nouveau une belle variété de caractères.

Malgré l’humour mordant, « A petit feu » est un roman sombre, proposant peu d’espoir et de moments de joie à ses personnages. Oscillant entre comédie et tragédie, ce roman d’Elizabeth Jane Howard m’a totalement séduite.

Traduction Cécile Arnaud

Vine street de Dominic Nolan

2002, Billie et son époux Mark Cassar reçoivent une drôle de visite à leur domicile. Deux inspecteurs de police leur annoncent que deux corps ont été trouvés dans un champ des Cotswolds, l’un d’eux semble être Leon Geats qui fut sergent de la police de Westminster avant la deuxième guerre mondiale. Billie et Mark étaient également policiers et ont travaillé avec lui à Londres. Juste avant et pendant la guerre, tous trois enquêtaient sur une série de meurtres sordides.

« Vine Street » est le premier roman de Dominic Nolan traduit en français et l’auteur a écrit une fresque historique allant de 1936 à 2002. Très solidement documenté, le roman nous plonge dans le quartier de Soho où Leon Geats travaille à la brigade des mœurs et night-clubs. Un Soho, interlope dans les années 30, où la vie nocturne est intense et sulfureuse. Leon croise aussi bien des prostituées, que de mafieux mais également des personnalités de la haute société venues s’encanailler. C’est le cas de Unity et Diana Mitford que l’on croise à plusieurs reprises. Dominic Nolan mélange habilement la fiction et la réalité. Il excelle à rendre l’atmosphère de Londres à différentes époques montrant son évolution et celle de la criminalité que ce soit durant le Blitz ou les années 60. Sur ce fond historique, se noue une enquête extrêmement bien construite et maitrisée qui ne s’essouffle à aucun moment.

« Vine Street » est un excellent roman noir, aux personnages tenaces et réalistes. Un portrait saisissant de Londres et d’un quartier de Soho sombre et dangereux.

Traduction Bernard Turle

Narcose de Christianna Brand

A Heresford dans le Kent, l’ancien sanatorium est transformé en hôpital pendant la seconde guerre mondiale. Des volontaires arrivent nombreux, comme les patients, militaires et civils, victimes des bombardements allemands. Joseph Higgins, facteur de son état, s’y fait hospitaliser pour une fracture du fémur. Son opération n’a rien d’inquiétant pourtant le vieil homme ne se réveillera pas. L’inspecteur Cockrill est mandaté pour attester qu’il s’agit bien d’un accident et que le protocole médical a bien été respecté. Ce qui se présentait comme une banale enquête de police va rapidement se compliquer et la mort d’Higgins est requalifiée en meurtre. Six suspects sont identifiés, six membres du personnel médical qui travaillaient le jour de l’opération et se connaissent très bien. « C’était l’évidence même. La raison leur prouvait que l’un d’entre eux était un assassin. Mais leurs sentiments leur interdisaient de croire à une réalité aussi atroce. Car, après tout, qui avait tué ? Pas le bon vieux Moon ! Pas Gervase, cet être si plein de charme ! Et en tout cas pas Barnes ! Et pas Esther, la douce et fière Esther ! Ni l’adorable Freddi ! Ni cette brave grosse Woods au cœur si généreux ! « 

« Narcose » (« Green for danger ») fait partie des romans de l’âge d’or des whodunits anglais et il a été publié en 1944. Il s’agit presque d’un huis clos puisque l’intrigue se déroule entièrement dans les locaux de l’hôpital. Le lieu est particulièrement bien choisi, il est anxiogène en soi puisque la vie des patients est en jeu, se rajoutent à cela des bombardements réguliers qui accentuent la tension. Le roman est très bien écrit et surtout très bien construit. Christianna Brand sème habilement des petits cailloux pour nous mettre sur une fausse piste, tout en plaçant également des indices menant à l’assassin. La révélation finale est une surprise totale et Christiana Brand tient son lecteur en haleine jusqu’au bout.

Si vous me lisez depuis longtemps, vous savez que j’affectionne les whodunits de l’âge d’or. « Narcose » en est un très bon représentant, l’enquête est certes classique mais le lieu est original et la fin surprenante.

Traduction Michel Averlant,

Bleu d’août de Deborah Levy

Elsa M. Anderson, 34 ans, est une pianiste virtuose, très célèbre. Sa carrière s’est  arrêtée brutalement après un concert à Vienne. Durant le concerto pour piano n°2 de Rachmaninov, elle perd pied et quitte la scène. Après le confinement, elle part en Grèce où elle va donner des cours particuliers de piano. A Athènes, Elsa observe une femme qui achète dans une boutique des chevaux mécaniques. Elle convoite alors les deux jouets de manière obsessionnelle comme s’ils pouvaient lui révéler un secret sur elle-même. De Londres à Paris, Elsa aura l’impression de croiser sans cesse cette femme et dialoguera intérieurement avec elle.

« Bleu d’août » marque le retour de Deborah Levy au roman après le succès de sa formidable « autobiographie vivante ». Ici, son héroïne semble enfermée dans une vie qu’elle n’a pas totalement choisie. Prodige du piano à un très jeune âge, elle a été adoptée par Arthur Goldstein qui fit d’elle une musicienne de renom. Sa carrière, sa vie étaient donc toutes tracées. Elsa semble maintenant avoir besoin de reprendre les choses en main et surtout d’éclaircir son passé. Dans « Bleu d’août » , elle est un personnage en mouvement, s’échappant d’un lieu à l’autre pour mieux appréhender sa nouvelle vie. Deborah Levy explore avec finesse la psyché de son personnage au travers d’objets qui entrent en résonance avec des souvenirs oubliés. Le roman suit l’affirmation d’une personnalité, une libération d’un passé pesant.

J’ai à nouveau été séduite par l’écriture de Deborah Levy, par sa manière de construire un personnage toutes en nuances et très touchant. Un beau et singulier portrait de femme en mouvement et en devenir.

Traduction Céline Leroy

Une volière en été de Margaret Drabble

Récemment diplômée à Oxford, Sarah passe deux mois à Paris où elle  donne des cours d’anglais à de jeunes filles. Elle est rappelée en Angleterre pour être demoiselle d’honneur au mariage de sa sœur Louise. Celle-ci épouse Stephen Halifax, un écrivain et riche héritier. Sarah n’apprécie pas son futur beau-frère, un homme vaniteux et détestable. Pourquoi la sublime Louise a-t-elle décidé d’épouser un tel homme si ce n’est pour l’argent ? « J’imaginais que ce devait être assez agréable de se faire inviter par lui de temps en temps, pour le plaisir de commander tout ce qu’il y a de plus cher sur une carte, mais de là à l’épouser… Et à ce que Louise l’épouse. » Malgré une certaine distance physique et psychologique, Sarah va tenter de mieux comprendre les choix de son aînée.

De Margaret Drabble, je n’avais lu que son formidable recueil de nouvelles « Une journée dans la vie d’une femme souriante ». « Une volière en été » est son premier roman publié en 1963. Le titre original est « A summer birdcage », tiré d’une citation de John Webster qui est mise en exergue par l’autrice. Elle exprime parfaitement l’ambivalence vis-à-vis du mariage et l’opposition entre Sarah et Louise. Le mariage attire les jeunes filles mais ressemble à une prison pour celles à qui on a passé la bague au doigt. Margaret Drabble aborde dans son roman les choix qui s’offrent aux jeunes femmes sortant de l’université. Nombreuses sont celles qui, comme Louise, choisissent de se marier dès la fin de leurs études. La plupart le regrette, comme Louise qui n’est pas heureuse, ou comme Gill, une amie de Sarah, qui vient de se séparer de son mari après un avortement. Sarah cherche encore sa voie, n’est pas contre le mariage mais elle espère  que sa vie ne se réduira pas à cela. Ses attentes intellectuelles vont au-delà des conventions bourgeoises dans lesquelles la société voudrait encore enfermer les femmes. On sent bien ce moment charnière de possible émancipation pour les femmes et notamment celles qui sont éduquées.

Les personnages sont extrêmement bien construits et décrits avec un grande acuité,10 dans une langue sensible et ironique. « Une volière en été » est un roman d’apprentissage qui souligne les difficultés pour les femmes à choisir leur destinée.

Traduction Elisabeth Janvier