De notre monde emporté de Christian Astolfi

astolfi-3-article

« Nul parmi nous n’esquisse le moindre mouvement de repli. Tous nous restons de marbre. Yeux secs. Lèvres muettes. Mains dans les poches ou sur l’anse des sacs à main. Rien de ce que nous ressentons ou pensons ne se voit ni s’ébruite. Nulle voix ne s’élève. Nul souffle ne s’échappe. Nous sommes là parce que nous attendons…Nous attendons l’arrêt de la chambre criminelle de la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire de ce pays, sur le pourvoi que nous avons formé pour homicides et blessures volontaires dans le scandale sanitaire qui nous frappe. Le malheur qui a jeté sur nos vies depuis plus de vingt années un voile de malheur. Le scandale pour lequel nous réclamons à nouveau qu’on nous fasse réparation. Le scandale de l’amiante. » Le narrateur, Narval, fait le récit de ces vies sacrifiées, grignotées par l’amiante. Des vies d’ouvriers qui se sont déroulées sur les chantiers navals de la Seyne-sur-Mer où l’amitié permet de tenir le coup face à la dureté des tâches. Des ouvriers liés par les luttes : contre la fermeture des chantiers, contre l’amiante.

« De notre monde emporté » est un roman juste et digne sur le monde ouvrier, à l’instar de « A la ligne » de Joseph Ponthus. Christian Astolfi nous raconte le délitement d’un monde, l’effondrement du centre économique de la Seyne-sur-Mer. Ce que montre parfaitement l’auteur, c’est la fierté des ouvriers, leur dignité et le fort sentiment d’appartenance à une communauté, à un lieu. Ce n’est pas seulement leur travail que Narval et ses camarades perdent à la fermeture des chantiers navals, c’est également une précieuse fraternité.

Christian Astolfi inscrit son roman dans l’histoire politique de la France des années 70-80. La gauche arrive au pouvoir et fait naitre un immense espoir notamment dans la classe ouvrière. « De notre monde emporté » est également le récit d’une déception face aux promesses non tenues de la gauche, les enfants des soixante-huitards sont à leur tour floués. Le chagrin, mais aussi la nostalgie des années de chantier, innervent le récit de Narval qui voit sa vie et celles de ses camarades se disloquer. La solitude prend la place de la communauté, les souvenirs prennent celle d’un possible avenir.

« De notre monde emporté » est un roman poignant, sans esbrouffe sur la disparition du monde ouvrier, sur la désillusion et le désenchantement. Mais l’écriture, celle de Christian Astolfi et celle de Narval, permet de faire revivre les amitiés, les solidarités perdues.

La sauvagière de Corinne Morel Darleux

corinne-morel-darleux-la-sauvagiere-dalva-editions

Après une enfance noyée dans l’ennui d’une petite ville de province, la narratrice se confronte au monde du travail dans une brasserie puis un hôtel. Celui-ci la dévore, la consume et peuple ses nuits de cauchemars violents. La mort de sa mère sera l’élément déclencheur qui lui fera tout quitter : « Je voulais me détacher, que personne ne dépende de moi et ne plus rendre de compte à qui que ce soit. M’extraire des sollicitations, couper les ponts et effacer mes traces ; ne plus avoir à choisir, à prendre parti ou position. Ne plus me poser de questions. Je ne rêvais que de passivité muette et ignorante. J’aspirais à l’ombre des coulisses, au repos des désinformés. A la quiétude de l’abandon. »  Un accident de moto va sceller son destin. La narratrice se réveille dans une maison au cœur d’une forêt, près des montagnes. Deux femmes, Jeanne et Stella, y habitent et s’occupent d’elle. Le retrait du monde, tant souhaité, s’offre à elle.

Le nouveau roman de Corinne Morel Darleux nous plonge au cœur de la nature sauvage. L’héroïne explore le lâcher-prise, le pas de côté fait par rapport au quotidien, au bruit du monde. Elle va peu à peu s’abandonner à la forêt, à une vie animale que l’autrice décrit avec beaucoup de poésie.

« La sauvagière » prend également des allures de fable onirique. La réalité nous échappe tout au long du roman. Les présences de Jeanne et Stella sont évanescentes, fuyantes. Leurs personnalités mystérieuses évoquent les mythes et légendes dont Corinne Morel Darleux parsème son récit. Entre rêve, réalité, cauchemar, le texte est emprunt d’étrangeté et intrigue son lecteur.

« La sauvagière » est un roman de nature writing au féminin à l’atmosphère onirique et poétique. J’ai apprécié cette ode au pas de côté, cette plongée atypique dans une forêt sauvage mais je suis restée un peu sur ma faim  et je n’ai pas été totalement convaincue par ce texte.

Héroïne de Tristan Saule

tristan-saule-heroine - couverture

Laura est infirmière, amoureuse d’une femme mariée qui peine à s’engager complètement. Tonio travaille avec Lounès, le petit dealer de la place carrée, il est son chauffeur. Mais il en a assez d’être aux ordres de Lounès, il en veut plus. Mais il y a aussi Joëlle, la femme de ménage, Thierry et Cynthia qui viennent d’avoir un enfant, Idriss qui tente d’épater sa copine Zoé, Raphaël le bibliothécaire ou Fatou victime de violences conjugales. Tous cherchent des solutions pour se sortir de la précarité, avoir une vie plus confortable. Le confinement va les frapper de plein fouet.

« Héroïne » est le deuxième volume des chroniques de la place carrée. Les évènements ont lieu un an après ceux de « Mathilde ne dit rien » (nous avons d’ailleurs le plaisir de recroiser la protagoniste de ce roman dans celui-ci). Comme dans le premier volet, Tristan Saule nous offre un thriller social tendu. Il est constitué de fragments de vie, de moments qui peuvent s’étendre sur plusieurs pages ou sur une seule ligne en laissant la parole aux différents protagonistes. L’ouverture est encore une fois particulièrement réussie. L’auteur alterne à un rythme soutenu les informations sur Laura et Tonio. Toute la question étant de savoir comment leurs destinées vont se croiser alors que leurs vies sont très différentes.

Le projet de la place carrée, un roman par an autour des habitants de ce quartier défavorisé, s’inscrit pleinement dans l’actualité. Ici, nous replongeons dans la stupeur, le désarroi qui nous ont habité au début du confinement et la pression croissante sur les hôpitaux. « On ne s’y fait pas. Une ville morte comme ça, qu’on soit à pied ou en bagnole, c’est quelque chose. Tonio a l’impression d’être le seul survivant d’une catastrophe. En un sens, c’est vrai. A la télé, ils racontent que des gens meurent. Des centaines par jour. Ceux qui restent sont des survivants, non ? Tonio ne sait pas trop quoi penser de cette situation. D’un côté, il se dit que tout ça, c’est des conneries. De l’autre, il a un peu peur. Un tout petit peu. »

« Héroïne », le deuxième volume des chroniques de la place carrée, est une réussite. Roman noir, tendu, à l’écriture nerveuse, il est aussi addictif que « Mathilde ne dit rien ».

Lulu de Léna Paul-Le Garrec

lulu-5016682-264-432

Lulu vient d’inventer le Piscis detritivore, un poisson d’un nouveau genre qui se nourrit exclusivement de déchets et nettoie ainsi les océans. Le parcours de Lulu,pour en arriver là, n’aura pas été des plus aisés. Il fut un enfant singulier, solitaire, dévoré par la curiosité. C’est celle-ci qui le pousse à collectionner toutes sortes d’objets trouvés sur la plage : coquillages, plumes, bois flotté, bouteilles à la mer. Sa chambre se change peu à peu en véritable cabinet de curiosités, au grand désarroi de sa mère qui peine à comprendre son fils unique.

« Lulu » est le premier roman de Léna Paul-Le Garrec et il est emprunt de poésie et de de douceur. Le personnage de Lulu, habité par la beauté de la nature, est infiniment touchant. Les objets accumulés le protègent d’un monde dont il ne connaît pas les codes, tout en lui permettant de s’ouvrir peu à peu aux autres. Sa candeur est extrêmement rafraichissante pour le lecteur. Et la mer n’est pas un simple décor, Léna Paul-Le Garrec décrit à merveille les éléments, la côte Atlantique et le bonheur de se plonger dans la contemplation de tels paysages. « Je pourrais tracer des mots doux ou dessiner sur le sable. Je préfère m’asseoir, être attentif, et attendre le ravissement. Attendre que pudiquement l’horizon se retire. Attendre la confusion du ciel qui vient enlacer la mer pour ne former qu’un, faire corps, un seul et même élément qui se dilue dans un même lavis. La vie où commence la mer, où finit le ciel. Dans un monochrome staëlien où l’un est le revers de l’autre, le Janus d’un même paysage. »

« Lulu » est un pantone de couleurs et d’émotions où la beauté du monde enchante et sauve un enfant de sa solitude. Un premier roman tout en délicatesse.

Nêne d’Ernest Pérochon

169925

Madeleine est gagée chez Michel Cordier, un veuf avec deux enfants en bas âge. La jeune femme doit tenir la maison et s’occuper des petits. Sans enfant, Madeleine s’attache très profondément à ceux du fermier, allant jusqu’à dépenser son argent personnel pour eux. Michel Cordier est très satisfait de son travail et il la laisse gérer entièrement sa maison ce qui ne plaît pas à tous. C’est le cas de Boiseriot, le valet de ferme, qui a en plus vu ses avances repoussées. Il veut se venger de Madeleine et la voir quitter la ferme.

« Nêne » est le deuxième roman d’Ernest Pérochon et il obtint le Prix Goncourt en 1920. Il s’inscrit dans une veine naturaliste, les descriptions de la vie à la ferme sont très précises. De même, l’ambiance oppressante du village est très bien rendue. S’y côtoient des catholiques, des dissidents et des protestants, ce qui crée de fortes tensions et jalousies entre les habitants. Mais « Nêne » est avant tout un beau et touchant portrait de femme. Madeleine a un cœur simple, elle est solide, honnête, modeste et entière. Sa fidélité à sa famille, aux enfants de Michel Cordier est totale. Elle donne tout, argent et sentiments, à ceux qu’elle aime. Et comme Madeleine est incapable de se défendre face à la méchanceté, son destin sera inévitablement tragique à l’instar d’une Gervaise.

Ernest Pérochon est un auteur aujourd’hui méconnu et peu lu. « Nêne » vaut d’être redécouvert pour ses qualités littéraires et son personnage principal émouvant.

Tant qu’il reste des îles de Martin Dumont

image_0757919_20210106_ob_5333be_tant-qu-il-reste-des-iles

« C’est pas rien une île… C’est un bout de terre planté au milieu de l’océan. Un caillou peut-être, mais avec la mer autour. Un truc magique, un endroit d’où tu peux pas te barrer comme ça, juste sur un coup de tête. Et même pour la rejoindre d’ailleurs ! Une île, ça se mérite. Faut prouver qu’on est digne de l’atteindre, faut être à la hauteur. » Et c’est ce que met en péril la construction d’un pont et ce qui bouleverse les habitants. Certains veulent stopper la construction à tout prix. Léni, qui travaille sur le dernier chantier naval de l’île, regarde sans prendre partie. Il est indécis, il n’identifie pas réellement ce que le pont va changer dans sa vie. Le travail commence à manquer, son ex compagne rechigne à lui laisser la garde de leur fille. Léni n’est pas très optimiste quant à ses perspectives d’avenir. C’est là qu’il fait connaissance d’une journaliste-photographe, Chloé, venue faire un reportage sur la construction du pont.

Martin Dumont nous offre un roman plein d’humanité, nous présentant avec simplicité le quotidien d’une population troublée par la construction du pont, par cet inconnu qui va inévitablement modifier leurs vies. Chaque chapitre correspond à un élément de constitution du pont et montre ainsi l’avancée des travaux comme le changement de Léni. Car le pont est une métaphore du personnage central : faut-il s’ouvrir au monde ou rester isolé ?

L’auteur dresse le portrait d’une petite communauté accueillante et chaleureuse : Christine qui tient le café de l’île et chante accompagnée de son accordéon, Marcel le patron du chantier naval qui a tout appris à Léni, Stéphane le pêcheur qui refuse le pont, Karim le collègue loyal de Léni. Les relations entre eux sont pudiques ce qui n’empêche pas la profondeur des sentiments. Et on sent que le cœur du roman, pour Martin Dumont, se trouve dans ses personnages, qu’il regarde avec tendresse et qui nous touchent immanquablement.

Sensible, social, humain, « Tant qu’il reste des îles » m’a enchantée de la 1ère à la dernière page.

Le temps des grêlons d’Olivier Mak-Bouchard

51H9RbvqOmL

C’est dans un parc d’attractions sur le Far West que Peter se rend compte qu’il y a un problème avec les photos. Son amie Gwendo essaie de prendre un indien en photo mais seul le paysage apparaît sur l’écran du téléphone. Rapidement, le problème ne concerne pas que les photos, le présentateur du journal télévisé n’apparaît plus non plus à l’antenne. Le phénomène interroge et il semble que « le nuage » soit tellement saturé de portraits, d’images de personnes que plus rien ne s’y imprime. Pire, des personnes prises en photo ou filmées au XIXème siècle réapparaissent. On les surnomme les grêlons et ils reviennent sur terre par ordre chronologique. Certains sont très attendus comme le grêlon d’Arthur Rimbaud. Mais rapidement, on s’aperçoit que les grêlons sont amorphes, apathiques et ils ne savent plus parler. Que faire d’eux, d’autant plus que leur nombre devient inquiétant ?

L’année dernière, j’avais été totalement envoûtée par le premier roman d’Olivier Mak-Bouchard « Le dit du mistral »  et je n’ai pas été déçue par « Le temps des grêlons ». Même si l’auteur nous plonge à nouveau dans une fable, l’univers de son deuxième roman est totalement différent du premier. « Le temps des grêlons » est un roman dystopique qui critique subtilement un monde où l’image de soi, sa mise en scène domine. Le texte regorge de trouvailles et d’inventions. L’idée de départ ne s’essouffle à aucun moment et elle est parfaitement exploitée du début à la fin.

Le début du roman est léger, le narrateur et ses amis sont encore enfants, leur regard est naïf et amusé par les évènements. La candeur laisse peu à peu la place à la gravité, les enfants grandissent et les temps s’assombrissent. Les trois amis, Peter, Gwendo et Jean-Jean, sont infiniment touchants, j’ai apprécié de les suivre, de les voir évoluer dans ce monde inquiétant et finalement menaçant. Et puis il y a Arthur Rimbaud…mais là je vous laisse découvrir le rôle qu’il occupe dans cette histoire.

Olivier Mak-Bouchard réussit à nouveau à surprendre son lecteur en créant un univers singulier où l’imagination et l’inventivité sont reines. « Le temps des grêlons » m’a transportée et je n’ai qu’une hâte : lire le prochain roman de l’auteur !

Ultramarins de Mariette Navarro

51-hFulnBQS._SX195_

Elle commande des navires depuis des années. Sa rigueur, son autorité lui ont permis de s’imposer face aux hommes qui composent son équipage. Elle est perpétuellement sur le qui-vive et dans le contrôle. Et pourtant, durant une traversée de l’Atlantique, quelque chose cède, une faiblesse qui lui fait accepter une baignade en plein milieu de l’océan. Ses vingt marins plongent nus dans le bleu profond, une demi-heure qui va bousculer les certitudes, libérer les esprits et les corps mais l’immensité est également source d’inquiétude. « Ils n’auront pas dessiné un filet bien large au milieu de l’océan. Ils n’auront pas nagé plus de 35 minutes. Ils n’auront pas été autre chose que des créatures terrestres qui paniquent dans le bleu. Ils auront vu leur vie résumée dans une vague, espéré le rivage et le réveil. » Le retour des hommes sur le cargo sera accompagné d’évènements étranges.

Le premier roman de Mariette Navarro, poétesse et dramaturge, prend des allures de fable. Il est source de vertige, de perte de repères pour les personnages et pour le lecteur. Les personnages n’ont pas de noms, le mystère qui va s’installer sur le bateau (brume envahissante, un personnage énigmatique, les machines qui ralentissent sans raison) ne sera jamais explicité. L’évènement déstabilisant, perturbateur est la baignade superbement décrite par Mariette Navarro. Tant de sentiments s’y mélangent : la joie pure, le lâcher-prise, la solitude, l’introspection, la panique. Cette parenthèse imprévue va également agir sur la commandante qui n’y participe pourtant pas. Elle l’oblige à plonger en elle-même, à questionner ses choix de vie et ses envies.

« Ultramarins » nous enveloppe d’une douce et lumineuse poésie, nous incitant à ralentir, à nous poser, à faire un pas de côté. Un roman à l’ambiance et à l’écriture envoûtante qui s’amuse à brouiller les pistes. Laissez-vous emporter.

Connemara de Nicolas Mathieu

Connemara

Après avoir tout fait pour fuir sa région d’origine, Hélène revient vivre à Nancy avec mari et enfants. Sa prépa, son école de commerce ne l’ont pas endurcie assez pour éviter le burn out. Un poste d’associée semble néanmoins lui être promis dans son nouveau travail. Hélène devrait se sentir heureuse et épanouie. Malheureusement, son moral n’est pas au beau fixe et suite aux conseils de sa stagiaire, elle s’inscrit sur tinder. C’est sur cette application qu’elle retrouve Christophe, pour qui elle avait le béguin au lycée. Il était à l’époque la star de l’équipe de Hockey locale. Avec l’âge , sa renommée s’est ternie. Il est père divorcé, il vit chez son père qui commence à avoir des troubles de la mémoire et il vend de la nourriture pour animaux. Pour Hélène et Christophe, leurs retrouvailles pourraient être une bouffée d’air dans leur quotidien étriqué.

Comme « Leurs enfants après eux », « Connemara » est un roman social et politique. D’ailleurs Hélène et Christophe pourraient être Anthony et Stéphanie, les héros du précédent roman de l’auteur, devenus adultes. Arrivés à la quarantaine, Hélène et Christophe semblent avoir perdu leurs illusions. Leurs moments gloire, leurs réussites sont aujourd’hui bien loin. Nicolas Mathieu alterne le présent et le passé pour nous faire revivre l’adolescence des deux protagonistes. Comme dans « Leurs enfants après eux », Nicolas Mathieu décortique avec acuité et talent ce moment où l’enfance s’achève et où l’avenir paraît sans limite. Le temps est sans doute le thème central du roman, il a passé trop vite, a commencé à marquer les corps et les visages et les instants précieux de l’adolescence ne peuvent se retrouver.

« Connemara » est également le portrait incisif de la France d’aujourd’hui. Nicolas Mathieu égratigne le monde des cabinets de conseil mais aussi les réformes de l’État qui se révèlent absurdes et prises sans consulter les territoires concernés. Le mépris, le cynisme y dominent, Hélène en fera les frais à plusieurs reprises.

« Connemara » est un roman riche, dense, qui prend son temps et où Nicolas Mathieu montre à nouveau sa capacité à décrire avec justesse les vies de ses personnages, les petites et les grandes choses qui composent une trajectoire.

Asphalte de Matthieu Zaccagna

41xPjZnSqML._SX195_

Victor court dans les rues de Paris, à perdre haleine. Son corps souffre, peine mais il ne s’arrête pas. Victor fuit, il cherche à oublier son passé, sa mère qui n’est plus. Surtout, il veut échapper à son père, de plus en plus violent, de plus en plus incontrôlable. Victor épuise son corps pour faire taire son esprit. Dans la nuit parisienne, il fera des rencontres qui s’avèreront décisives.

« Asphalte » est le premier roman de Matthieu Zaccagna ; tendu, percutant, ce texte est parfaitement maîtrisé. A l’image de Victor, les phrases vont vite, elles sont courtes et incisives. Les premières pages nous montrent ce jeune homme en plein effort, on ne sait pas après quoi il court ou ce qu’il fuit. Matthieu Zaccagna distille petit à petit son histoire passée et son présent douloureux. Le remarquable travail de la langue colle à chaque état d’âme de Victor, transcrit par son rythme ce qu’il ressent. Le corps, ses souffrances hantent les pages d' »Asphalte », l’endurance transforme Victor et fera partie de sa quête d’indépendance.

Le roman de Matthieu Zaccagna est nerveux, intense et il se lit dans un souffle. Des débuts plus que prometteurs.