Plein gris de Marion Brunet

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Emma, Clarence, Élise et Sam se connaissent depuis l’enfance. Leur amitié s’est nouée autour d’une passion commune : la voile. En grandissant, leurs liens sont devenus exclusifs. Clarence prend la tête du groupe de manière naturelle. « Qu’il décide pour nous tous, que sa voix porte toujours plus que la nôtre ne me dérangeait pas, à l’époque. A mes yeux, il avait plus de puissance, plus de talent, et le côtoyer me donnait toute l’importance que je n’avais encore jamais eue. » Après avoir passé les épreuves du bac, les quatre compères réussissent à convaincre leurs parents de les laisser partir en mer pour un voyage allant jusqu’en Irlande. Mais un cinquième adolescent vient se joindre à la bande. Il s’agit de Victor, le fils de la belle-mère de Clarence. Ce dernier va difficilement supporter sa présence et la croisière va tourner au cauchemar.

« Plein gris » n’est sans doute pas le meilleur roman de Marion Brunet mais comme toujours elle y fait montre d’une formidable maîtrise de l’intrigue. Le drame nous est dévoilé dès les premières pages et la narration fait ensuite des aller-retours dans le passé. Marion Brunet fait monter la tension petit à petit, chaque fin de chapitre donne terriblement envie de poursuivre sa lecture. Le thème de la sortie de l’adolescence, de l’amitié qui tourne mal en devant adulte, est assez classique mais la manière dont elle le traite est originale. C’est sur fond de tempête, de naufrage que les comptes vont se régler entre Emma, Clarence, Élise et Sam. Les quatre personnages, leur évolution sont parfaitement croqués et l’on tremble pour eux en tournant les pages.

« Plein gris » est un (presque) huis-clos maritime dont l’intrigue est maîtrisée et addictive. Même si j’avais préféré son roman jeunesse précédent, « Sans foi ni loi », j’ai dévoré le dernier livre de Marion Brunet.

Un colosse de Pascal Dessaint

« Nous ne sommes pas dans la tête de l’homme. Nous ne pouvons qu’imaginer. Même aujourd’hui, il existe rarement chose comparable. Se mettre dans la tête d’un tel personnage fera courir le risque de l’exagération. Il convient de garder la mesure. Mais nous avons affaire à un phénomène, pas de doute. Un phénomène, c’est cela ! » Ce phénomène se nomme Jean-Pierre Mazas, il est né en 1847 dans le Sud-Ouest de la France et à 23 ans, il mesurait 2,20 m. De part sa taille extraordinaire, il eut un destin qui l’était tout autant. D’humble métayer, il devint lutteur à l’époque  où ce sport était un véritable spectacle et les sportifs des gloires locales. Jean-Pierre Mazas devient alors « le géant de Monstastruc », il domine sans partage la lutte durant plusieurs années. Sa santé déclinant (sa grande taille était dû à l’agromégalie), il devient monstre de foire avant de servir d’objet d’étude à Edouard Brissaud, médecin disciple de Charcot.

La destinée singulière de Jean-Pierre Mazas a longtemps habité Pascal Dessaint qui a découvert dans les années 80 un moulage de son pied (taille 54 !) au musée du Vieux Toulouse. Historien de formation, Pascal Dessaint part sur les traces du géant dans les archives, sur internet. Et son livre est également le récit de cette enquête dans les sources. L’auteur recherche dans ses pages un équilibre entre la vérité historique et le romanesque. On sent une volonté de respecter l’homme que fut Jean-Pierre Mazas, sa vie et ses douleurs. « Un colosse » est également la parfaite évocation d’une époque, d’une société et l’auteur y rend un bel hommage aux paysans, toujours sous le joug de propriétaires terriens et qui se ruinaient la santé pour eux.

« Un colosse » est un livre hybride, entre roman et documentaire sur la vie hors-norme de Jean-Pierre Mazas à qui Pascal Dessaint rend hommage avec empathie et humanité.

Avant les diamants de Dominique Maisons

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1953, l’industrie cinématographique hollywoodienne fait rêver le monde entier avec des stars comme Marilyn Monroe, Clark Gable, Errol Flynn, Kirk Douglas, John Wayne ou Hedy Lamarr considérée comme la plus belle femme du monde. Mais l’envers du décor est beaucoup moins glamour. Entre le code Hayes qui impose un retour à la moralité et le sénateur McCarthy qui traque les communistes, les films se font sous contraintes d’autant plus que l’argent vient principalement de la mafia. Dans ce panier de crabes, le producteur Larkin Moffat cherche désespérément à sortir son épingle du jeu. Et pour cela, il est véritablement prêt à tout. La chance de sa carrière va prendre une forme étonnante puisque c’est l’armée qui va lui proposer de réaliser le film qui va le rendre célèbre. Mais les deux millions de dollars, qui vont permettre de réaliser ce film de propagande pour l’armée, viennent de J. Dragna, un parrain sur le déclin…

Si vous appréciez les films noirs comme « Assurance sur la mort », « Le facteur sonne toujours deux fois » ou « Le grand sommeil », vous allez vous régaler à lire le roman de Dominique Maisons. L’ambiance du roman est particulièrement bien rendue entre paillettes, drogue, fêtes insensées (celle d’Errol Flynn est extraordinaire) et moralisme exacerbé. Le système hollywoodien, grand pourvoyeur de rêve, est totalement pourri de l’intérieur. Et la manière dont sont traitées les femmes, Hedy Lamarr peut en témoigner, est plus que glaçante. L’auteur n’oublie pas non plus de nous montrer les quartiers sordides où s’entassent les noirs, certains d’entre eux sont d’anciens soldats que l’on a bien vite écartés de la société qu’ils avaient pourtant défendue sur le front. En plus de cinq cents pages, l’auteur combine un portrait sans fard d’Hollywood à une intrigue extrêmement maîtrisée. De nombreux personnages se côtoient, se croisent, s’aiment, se haïssent et tous convergent vers le climax du livre : une fin aussi grandiose que sidérante. 

« Avant les diamants » est un roman noir efficace, parfaitement construit et documenté sur le Hollywood des 50’s. Un énorme plaisir de lecture.

Le parfum des fleurs la nuit de Leïla Slimani

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« Le parfum des fleurs la nuit » est le troisième livre de la collection « Ma nuit au musée » que je lis. Après avoir suivi Léonor de Récondo au musée Greco de Tolède et Santiago Amigorena au musée Picasso de Paris, j’ai cette fois accompagnée Leïla Slimani à Venise où elle passa une nuit dans le Fondation Pinault en décembre 2018. Ce projet lui fut proposé alors qu’elle était en train d’écrire « Le pays des autres ». Ce n’est pas le plaisir de se retrouver seule devant des œuvres d’art qui a convaincu Leïla Slimani mais bien la possibilité de s’extraire du monde, d’être inatteignable et inaccessible aux perturbations extérieures. « Être seule dans un lieu dont je ne pourrais pas sortir, où personne ne pourrait entrer. Sans doute est-ce un fantasme de romancier. Nous faisons tous des rêves de cloître, de chambre à soi où nous serions à la fois les captifs et les geôliers. » Durant cette nuit passée à la Punta della Dogana, Leïla Slimani digresse autour de la littérature, des mystères de l’écriture, elle convoque de nombreux écrivains comme Stefan Zweig, Virginia Woolf,  Robert Louis Stevenson, Rainer Maria Rilke, Sandor Marai, Milan Kundera, Charles Baudelaire ou Valery Larbaud.

Peut-être est-ce la position de Venise, entre Orient et Occident, qui ramène Leïla Slimani au Maroc qu’elle a quitté vingt ans plus tôt. Elle se souvient de ce que signifiait être une jeune fille au Maroc où tout se jouait dans une tension entre le dedans et le dehors. Les fantômes de son passé s’animent au fil de la nuit et notamment celui de son père dont elle parle avec beaucoup de pudeur et d’émotion. Cette déambulation dans la Fondation Pinault est l’occasion d’une introspection où l’art qui entoure l’auteure n’a que peu de place (à l’exception des photos de Berenice Abbott) et la laisse perplexe.

Avec lucidité, nostalgie, Leïla Slimani nous livre un texte finalement très intime, loin de l’exercice de style que la commande pouvait provoquer et où elle questionne l’art d’écrire et ce que cela signifie d’être libre.

Merci Netgalley pour cette lecture.

La folie de ma mère d’Isabelle Flaten

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« Une dame me propose un yaourt. Elle a l’air gentille. Je plonge la petite cuillère dans le pot. La dame m’arrête : on dit merci maman. J’ai trois ans et découvre que j’ai une mère. » C’est ainsi que s’ouvre le roman d’Isabelle Flaten consacré à la relation mère-fille. Un livre aux forts accents autobiographiques où la narratrice s’adresse directement à sa génitrice. L’auteure nous propose  trois moments de cette relation : l’enfance, la maladie de la mère et l’enquête sur les origines. La narratrice connaît une enfance chaotique, elle est élevée par une mère célibataire et libertaire. L’autorité est fluctuante, l’enfant n’a pas vraiment de cadre. Dès le départ, l’incompréhension, le dialogue impossible régissent leur histoire.

Cette difficulté ne fait que s’accentuer quand la bipolarité de la mère s’aggrave. Les mensonges, les délires parasitent totalement la communication. Les souvenirs de la mère sont sujets à caution, ils ne sont pas fiables ce qui pose problème à la narratrice qui cherche à en savoir plus sur son père. Elle a de vagues souvenirs d’un homme peu aimant mais était-ce vraiment son père ? Le secret, enfoui dans les méandres de l’esprit de la mère, devient impossible à élucider pour la fille.

Malgré la maladie, la brutalité de certaines situations, le rejet, la paranoïa, la narratrice n’abandonne jamais sa mère, elle tente de la sauver d’elle-même. « La folie de ma mère » est un hommage magnifique et très touchant à cette mère, à leur relation tourmentée et complexe. Il faut souligner l’intensité de ce texte qui est rendue par une écriture épurée, à l’os, sans fioritures inutiles. Isabelle Flaten analyse avec beaucoup de lucidité et de pudeur cette vie aux côtés d’une mère excessive et malade. A noter que le grand point commun entre la mère et la fille est l’amour de la littérature, de la lecture : « J’ai un refuge depuis toute petite, une forteresse, j’habite dans les livres. Tu t’en réjouis et encourage ma passion sans restriction. »

J’ai découvert avec un grand plaisir la plume d’Isabelle Flaten avec « La folie de ma mère », un roman intense et saisissant.

Viendra le temps du feu de Wendy Delorme

Après la Grande disparition, celle de 30% des jeunes du territoire, un Grand Pacte National a été mis en place pour régir la vie des gens. De très nombreuses restrictions et obligations ont été instaurées. Mais certains refusent de se plier à ses contraintes, ils aspirent à autre chose, à un autre monde.

« Viendra le temps du feu » est une formidable et passionnante dystopie, un genre  qui m’intéresse toujours en raison du miroir qu’il tend à notre société. Le nouveau roman de Wendy Delorme s’inscrit dans la lignée de « La servante écarlate », « 1984 » ou « Farenheit 451 ». Comme dans ces romans, l’auteure invente une société totalitaire régit par ce Pacte National qui restreint les libertés et clôt les frontières. L’intrigue est racontée par plusieurs narrateurs (cinq femmes et filles et un homme). Chacun d’eux ne peut, ne veut s’inscrire dans la société dominante. Ils sont en dehors des normes et nomment ceux qui y correspondent « Les Autres ». Les différents narrateurs sont tous des incarnations de la révolte, de la résistance. Certaines survivent  en se plongeant dans le passé, dans le souvenir d’une utopie. C’est le cas d’Eve, qui ouvre et achève le roman, qui se souvient de la communauté de femmes qui s’étaient mise à l’écart pour recréer une société plus égalitaire et autonome.

Se rajoutent à cette thématique féministe, à ce compagnonnage de sœurs, de nombreux thèmes qui font échos aux problématiques actuelles : l’écologie et la modification du climat (la canicule s’installe), les frontières sont totalement fermées, la productivité est essentielle même dans la vie personnelle (les femmes doivent obligatoirement faire des enfants), la presse est muselée. Un autre thème essentiel dans le roman est celui de la littérature. Dans la société inventée par Wendy Delorme, les livres sont vendus dans les supermarchés et ne sont que divertissants. De nombreux livres ont disparu, ont été détruits. Heureusement, certains ont réussi à conserver d’anciens livres. La langue est également contrôlée, modifiée :  il faut dire contributeurs pour citoyens et des mots ne sont plus utilisés comme librairie. Ceux qui résistent connaissent l’importance des mots, des histoires : « Les histoires qu’on raconte sont nécessaires à l’âme comme l’eau l’est à la terre pour que les plantes fleurissent. Nos âmes s’étiolaient si nous ne prenions soin d’écrire, de chanter, de dire des histoires. C’est pourquoi nous avions chacune écrit la nôtre, et que nous les gardions dans la grande galerie. » Le pouvoir de l’imagination nous sauve, nous nourrit et c’est un message essentiel que nous délivre ici Wendy Delorme.

« Viendra le temps du feu » est une dystopie parfaitement maîtrisée dont les thématiques font échos à ce que nous vivons actuellement. La beauté, la poésie de la langue de Wendy Delorme m’ont transportée et m’ont totalement ensorcelée.

La petite dernière de Fatima Daas

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« Je m’appelle Fatima (Daas) », c’est ainsi que s’ouvre chacun des fragments qui composent ce roman. Cet incipit se décline selon différents thèmes : la famille, la religion, la sexualité, les origines, etc… L’ensemble compose le portrait d’une jeune femme qui est un concentré de contradiction. Fatima est française et algérienne, croyante et lesbienne, clichoise étudiant à Paris, asthmatique et fumeuse. Ce sont tous ces morceaux d’identité qui s’entrechoquent dans les mots de Fatima Daas. La question de la religion est celle qui devient rapidement la plus délicate, la plus dissonante dans cette personnalité. « Je m’appelle Fatima. Je porte le nom d’un personnage symbolique en islam. Je porte un nom auquel il faut rendre honneur. Un nom qu’il ne faut pas salir. » C’est un tourment pour la jeune femme qui semble ne pas pouvoir se résoudre. Et ce qui est touchant et intéressant  dans « La petite dernière », c’est que la narratrice revendique le droit de ne pas choisir et d’être cette somme d’identités multiples et diverses.

« La petite dernière » est un roman d’apprentissage mais également un hommage à la littérature. Le roman se clôt sur une belle scène pleine de pudeur entre Fatima et sa mère où la narratrice explique qu’elle écrit un livre sur sa vie. La littérature est le seul lieu où peuvent s’exprimer, cohabiter ses contradictions. Le style de Fatima Daas est proche du slam, du rap, le texte est une longue mélopée rythmée par la même phrase d’ouverture parfois légèrement modifiée. Lucide, lyrique, crue, à bout de souffle, son écriture est multiple à l’image des personnalités de la jeune femme.

« La petite dernière » est le portrait d’une jeune femme qui renonce à choisir entre les différentes composantes de sa personnalité, même si elles sont opposées. Un texte original dont la langue vivante et rythmée est l’un des grands atouts.

Trois nuits dans la vie de Berthe Morisot de Mika Biermann

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C’est l’été, Berthe Morisot et son mari Eugène Manet s’échappent quelques jours à la campagne. Berthe a emmené dans ses bagages son attirail de peintre. La nature, glorifiée par le soleil, s’offre à ses pinceaux : « Berthe avance sous les saules et les ormes, obnubilée par l’idée de l’eau. Le soleil transforme les feuilles en verre, la poussière en or, la rivière en lumière. L’eau est là, au bout d’un sentier qui descend la berge entre les troncs. » Ce nouveau cadre libère l’esprit comme les corps.

Avec « Trois nuits dans la vie de Berthe Morisot », Mika Biermann offre un pendant magnifique à « Trois jours dans la vie de Paul Cézanne ». C’est avec la même malice, la même liberté qu’il nous parle de cette artiste qui, à 34 ans, se cherche encore, tâtonne avec sa palette. Mais, comme Paul Cézanne, Berthe Morisot ne pense qu’à peindre, à transformer la réalité visible en touches de peinture. Elle exprime la difficulté de peindre sur le motif, le défi physique que cela représente. Et cela s’accrut lorsque l’on est une femme, la seule parmi trente hommes à la première exposition impressionniste chez Nadar. Une scène souligne bien la position des femmes peintres à cette époque. Berthe et Eugène croisent le curé et un notable, amateur de peinture. Elle dit qu’elle est peintre mais les deux hommes ne s’adressent qu’à son mari, au frère cadet du fameux Édouard Manet.

Berthe Morisot nous est ici présentée comme une femme qui a soif de liberté, d’émancipation. Son désir de peindre se confond avec le désir tout court. La beauté de la nature, la sensualité qui se dégage de la campagne estivale invitent à vivre pleinement, font vibrer les couleurs sur la toile.

Mika Biermann nous offre à nouveau un splendide portrait de peintre, lumineux, riche de sensations et d’émotions. Berthe Morisot y est habitée par le désir de peindre et de s’émanciper, elle rayonne.

Trois jours dans la vie de Paul Cézanne de Mika Biermann

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Peintre Paul vit en ermite, loin de la société qui pourrait l’écarter de son seul et unique but : sortir ses pinceaux, son chevalet et partir arpenter la garrigue pour trouver son sujet. Il est peu aimable Peintre Paul, il rabroue tous ceux qui tentent de l’approcher : son jardinier, sa cuisinière Rose qui ose toucher à ses pommes, le docteur Gachet qui lui vante les mérites du Hollandais d’Arles qu’il déteste, son vieil ami Renoir qui passe sans prévenir. Personne ne trouve grâce à ses yeux sauf Bazille qui a eu la mauvaise idée de mourir au front. Peintre Paul est âgé, bougon et intransigeant lorsqu’il s’agit de peinture.

« Trois jours dans la vie de Paul Cézanne » nous offre un portrait saisissant du peintre entre sublime et trivialité. Paul Cézanne est habité par la peinture, qu’il marche, qu’il mange, qu’il dorme, il ne pense qu’à ça. Les couleurs, la lumière, la touche, rien n’a autant d’importance dans sa vie. Cézanne est viscéralement un peintre. Face à cette vocation profonde, Mika Biermann nous montre un homme en chair et en os, un homme âgé qui néglige son apparence, qui vit dans le dépouillement et qui a peur des autres. Paul Cézanne apparaît profondément humain, ses défauts et ses qualités le rendent infiniment touchant.

« Trois jours dans la vie de Paul Cézanne » est un court texte, espiègle, vibrant de sensations, d’odeurs, de couleurs et de l’humanité faillible du peintre de la Montagne Sainte Victoire.

La dixième muse de Alexandra Koszelyk

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Après le décès de son père, Florent se sent perdu, apathique. Pour le sortir de sa torpeur, son ami Philippe lui propose de l’accompagner au cimetière du Père Lachaise où il doit s’occuper des racines d’un arbre qui ont engorgé des canalisations. Lors de sa visite, Florent découvre la tombe de Guillaume Apollinaire. Pour se remémorer cet instant, il rapporte chez lui un morceau de bois. A partir de là, Florent semble obsédé, habité par le poète. Sa vie bascule de plus en plus dans l’étrange.

J’ai pris grand plaisir à lire le deuxième roman d’Alexandra Koszelyk. Elle rend ici un très bel et original hommage à Guillaume Apollinaire. Le poète est évoqué au travers de chapitres où ses proches parlent de lui : Picasso, Marie Laurencin, Louise de Coligny, Jacqueline Kolb, Annie Playden, le frère de Guillaume et bien d’autres. Tous évoquent un être lumineux, flamboyant, aussi amoureux de la vie que des femmes et habité par la poésie. Chacun de ses chapitres s’intercale avec ceux consacrés à Florent. Ils dessinent un beau portrait du poète mort trop tôt et qui continua d’exister au travers des souvenirs de ceux qui l’ont aimé.

Mais « La dixième muse » n’est pas qu’un portrait de Guillaume Apollinaire. Le début du roman est réaliste puis il glisse progressivement vers le fantastique, la magie. L’attachement d’Apollinaire à la nature, aux arbres prend de l’ampleur au fur et à mesure. Florent se reconnecte à la nature par le biais de la poésie, il prend conscience de sa part protectrice et nourricière. Il comprend qu’il fait partie d’un tout. Et l’œuvre d’Alexandra s’enfonce toujours plus loin dans le merveilleux, le mythologique pour nous entraîner vers une fin un peu déconcertante et étonnante. L’antiquité rejoint le présent, la nature la poésie dans un final aux allures de conte.

« La dixième muse » est à la fois un bel hommage à Guillaume Apollinaire, une fable gothique et écologique qui explore la frontière entre le réel et la fiction. Alexandra Koszelyk nous rappelle qu’il y a de la magie dans notre monde et qu’il suffit d’ouvrir les yeux pour s’en apercevoir.