La fille qu’on appelle de Tanguy Viel

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Laura fait une déposition au commissariat, elle explique ce qui lui est arrivée depuis qu’elle a choisi de revenir vivre dans la ville de son enfance. Adolescente, une carrière de mannequin s’était offerte à elle mais cette opportunité s’est peu à peu éteintela  au gré des photos de plus en plus dénudées. C’est auprès de son père, Max, que Laura a souhaité revenir. Lui, l’ancien boxeur aujourd’hui devenu chauffeur du maire, va essayer d’aider sa fille et ce faisant il va la mettre en difficulté. Max demande au maire, Quentin Le Bars, s’il pourrait intervenir pour que sa fille ait un logement.

Depuis vingt ans et la parution de « L’absolue perfection du crime », je me délecte de chaque roman de Tanguy Viel. Cette fois encore, je n’ai pas été déçue et j’ai retrouvé ce qui me plaît énormément chez lui. « La fille qu’on appelle » est un roman noir social qui aborde le thème de l’emprise, de domination, du rapport de force entre classes sociales. Comme le dit Laura, dans un monde normal (« Un monde où chacun reste à sa place. »), elle n’aurait jamais dû croiser la route de Quentin Le Bars. Mais la fatalité finit toujours par prendre au piège les personnages de Tanguy Viel  et elle les accule dans les cordes. L’ordre social est inébranlable et ceux qui ont le pouvoir finissent toujours par écraser ceux qui ne l’ont pas. L’atmosphère de ville de province, l’engrenage implacable dans lequel se trouve les personnages, évoquent les films de Chabrol comme les romans de Simenon.

La nouveauté est le point de vue par lequel Tanguy Viel nous raconte l’histoire de Laura et de Max. Jusqu’à présent, ses romans se déclinaient à la première personne du singulier alors qu’ici l’auteur utilise un narrateur extérieur. Ce dernier connait chaque recoin de l’âme des personnages, chaque soubresaut de leur conscience. Les liens, les interactions entre eux sont décrits avec une incroyable acuité qui donne de la densité, de la profondeur à chaque personnage.

Ce qui fait également la force de Tanguy Viel, c’est son écriture, toujours d’une concision remarquable et ici d’une grande virtuosité. Il manie les métaphores avec talent pour souligner, appuyer une situation mais également pour générer des images dans l’esprit de son lecteur. Les métaphores autour de la mer sont notamment très présentes. Grise, opaque, elle ouvre les horizons tout en submergeant totalement les personnages.

Dans « La fille qu’on appelle », Tanguy Viel se montre une nouvelle fois virtuose dans la construction et l’écriture de son roman. Avec empathie, il décrit le destin broyé de Max et Laura, victimes des jeux de pouvoir et de classes sociales.

Maison tanière de Pauline Delabroy-Allard

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Pauline Delabroy-Allard, auteure du remarquable « Ça raconte Sarah », se réfugie seule durant deux étés dans la maison d’amis. A l’été 2017, elle y reste trois semaines durant lesquelles elle allie l’écoute d’un disque vinyle à l’écriture d’un poème. Une photo accompagne l’ensemble.

A l’été 2019, la situation de l’auteure a changé, son premier roman est un grand succès et elle a besoin de se reposer dans sa maison tanière. Elle s’allonge donc tous les matins, prend une photo du plafond de la pièce où elle se trouve et écrit un poème.

Ce recueil de poésie est un petit bijou mêlant joie, nostalgie et sensualité. Pauline Delabroy-Allard y parle des plaisirs simples de la vie, de la répétition heureuse de ses journées d’été teintées d’indolence. Seuls la musique très éclectique des vinyles, les animaux de passage et les bruits de la maison accompagnent ces moments contemplatifs.

Les textes se teintent également de mélancolie, les souvenirs de l’enfance, de l’adolescence affluent. Des thèmes plus graves émergent comme le manque de l’autre et de son corps, la maladie, la mort.

L’ensemble est intime, tendre, solaire et solitaire. La maison tanière, refuge qui protège du fracas du monde, est le creuset de splendides textes (Pauline Delabroy-Allard y a écrit une partie de « Ça raconte Sarah ») où l’émotion affleure sans cesse et nous touche immanquablement.

Les bourgeois de Calais de Michel Bernard

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Omer Dewavrin, notaire et maire de Calais, a réussi à faire adopter par le conseil municipal son projet de monument en hommage aux six notables qui se livrèrent en 1347 au roi d’Angleterre afin de sauver leurs concitoyens après le terrible siège de la ville. Le maire doit maintenant trouver un sculpteur pour réaliser cette œuvre. C’est pourquoi il rend visite à Auguste Rodin dont un peintre calaisien lui a parlé. A 44 ans, l’artiste cherche encore à asseoir sa réputation mais il séduit rapidement Omer Dewavrin : « Il s’échauffait en discourant. Le sculpteur laconique, maladroit, presque frustre tout à l’heure, ramassait ses vues dans des formules saisissantes, concrètes et inspirées. Le monument devrait rapprocher les hommes d’aujourd’hui de ceux d’hier. L’hommage rendu au sacrifice des bourgeois n’aurait force de vérité et d’exemple que si les spectateurs pouvaient s’identifier à eux. C’est ce que lui, Auguste Rodin, voulait faire, donner une âme au bronze, et que le bronze soit une âme pour les yeux et les mains qui les caresseraient. » La rencontre des deux hommes marque la naissance d’une des sculptures les plus remarquables de l’artiste et d’une sincère amitié.

Après avoir beaucoup aimé « Les deux remords de Claude Monet », j’ai été enchantée de retrouver l’écriture ciselée de Michel Bernard. L’auteur excelle à nouveau à rendre l’atmosphère de l’époque, d’un Paris en pleine transformation et du bouillonnement artistique de cette fin de siècle (on y retrouve Claude Monet avec un joli clin d’œil de l’auteur à son roman précédent). La réalisation des « Bourgeois de Calais » prend des allures d’épopée, il faudra dix ans à Rodin pour livrer sa sculpture, inaugurée en 1895 alors qu’elle devait l’être pour le centenaire de la Révolution. Entre réticences face à la singularité de la maquette, une crise financière, une épidémie de choléra, des retards de l’artiste, il aura fallu beaucoup de ténacité à Omer Dewavrin pour arriver au bout de son projet ! « Les bourgeois de Calais » est aussi l’occasion pour Michel Bernard de dresser deux beaux portraits : Omer Dewavrin, intègre, pratique, solide, aimant sa ville et les plaisirs simples de la vie ; Auguste Rodin, artiste génial, ogre charismatique, débordant d’idées et d’énergie.

C’est la correspondance des deux hommes (et de Léontine Dewavrin, la femme du maire) qui a inspiré ce roman délicat et passionnant à Michel Bernard et qui nous permet de découvrir les coulisses de la création de ce saisissant monument.

Merci aux éditions de la Table Ronde pour cette lecture.

Mathilde ne dit rien de Tristan Saule

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Mathilde est travailleuse sociale au conseil général. Depuis qu’elle s’est installée dans le quartier défavorisé de la place Carrée, elle ne cesse d’aider, de conseiller ses voisins. Et pourtant, Mathilde n’a pas vraiment d’amis. Elle ne se dévoile pas facilement, reste secrète et stoïque en toute circonstance. La personne la plus proche de Mathilde est sa collègue Sophie. Mais, même elle, ne sait que peu de choses de son passé. L’unique confidence de Mathilde portera sur sa peur de voir le soleil s’éteindre sans que l’humanité ne le sache puisque sa lumière met 8 mn à nous parvenir. La discrétion, la réserve de Mathilde cachent-elles quelque chose ?

« Mathilde ne dit rien » de Tristan Saule (alias Grégoire Courtois) est un thriller social, un roman noir, tendu comme je les aime. C’est également le premier volet d’un projet singulier, celui de publier un roman par an autour de l’un des habitants de cette fameuse Place Carrée. Dans cette première chronique, qui se déroule en sept jours, nous découvrons donc Mathilde. Le roman s’ouvre sur une scène qui donne le ton : l’inquiétude et la tension saisissent d’emblée le lecteur. Impossible ensuite de lâcher ce livre que j’ai lu d’une traite ! Mathilde nous apparaît mystérieuse, inquiétante avant que nous découvrions sa vie gâchée, sacrifiée et le poids de la douleur qui la met à distance de la vie.

Je préfère prévenir, il y a peu de lumière, de lueur d’espoir dans le roman de Tristan Saule. La chance, la réussite ne sont pas pour les habitants de la Place Carrée. Le seul qui réussisse à balayer le pessimisme ambiant, c’est le jeune Idriss, fils des voisins de Mathilde et j’espère que nous le retrouverons au tome suivant. Tristan Saule nous plonge littéralement dans la vie de ce quartier et de ses habitants. Sa reconstitution extrêmement minutieuse donne de l’épaisseur, de la réalité à chaque scène. Les micro-évènements de la vie (prendre un dessert ou non, aller au marché pour la meilleure pâte de curry, les bisbilles entre collègues de bureau) apportent de la justesse et aident à dessiner l’image du quartier de la Place Carrée.

Ce premier volet des Chroniques de la Place Carrée de Tristan Saule est une réussite totale, un roman noir captivant qui ne laisse que peu de place à la lumière. J’ai vraiment hâte de retrouver certains personnages et de connaître leur évolution.

Un jour ce sera vide de Hugo Lindenberg

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A 10 ans, le narrateur passe l’été seul avec sa grand-mère et sa tante qui n’a plus toute sa tête. Sur la plage, il épie les autres familles, celles qu’il considère comme « vraies ». « J’aurais bu leur sang si ça m’avait permis de comprendre ce que c’est que d’avoir une famille comme les autres. Une mère qui vous passe de la crème solaire dans le dos, un père qui vous borde le soir en vous racontant une histoire. » Entre ennui et honte, le narrateur s’enfonce dans une profonde solitude. Mais grâce à la contemplation des méduses échouées sur la plage, il va rencontre Baptiste qui a le même âge que lui. Se noue alors une amitié forte et intense comme seuls les enfants savent en créer.

Quel formidable premier roman que « Un jour ce sera vide ». D’emblée, j’ai été séduite par la plume de Hugo Lindenberg si juste et précise lorsqu’il s’agit de décrire les sensations, les impressions, les sentiments du jeune narrateur. Tout est d’une infinie délicatesse et d’une rare sensibilité. On s’attache immédiatement au narrateur, prisonnier de sa solitude et de l’histoire familiale constituée de non-dits. « Chez nous, il n’y a pas plus d’enfants que de giron. Il n’y a que des survivants qui errent parmi les fantômes. » Les adultes sont tous enfermés dans leur douleur : celle de la Shoah pour la grand-mère, d’un amour déçu pour la tante, de la mort de sa femme pour le père du narrateur. Ce dernier se débat avec ses cauchemars, ses angoisses, ses incompréhensions et il tente, grâce à l’amitié de Baptiste, de toucher du bout des doigts le bonheur.

« Un jour ce sera vide » est un roman intense comme sont les sentiments du jeune narrateur, exacerbés par l’enfance et le poids de l’histoire familiale. Un premier roman dont la sensibilité et la poésie m’ont totalement convaincue.

Paresse pour tous d’Hadrien Klent

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S’inspirant de Paul Lafargue, Emilien Long, Prix Nobel d’économie, rédige un texte qui va faire grand bruit : « Le droit à la paresse au XXIème siècle ». Dans son essai, il propose de ne travailler que trois heures par jour, le travail ne serait plus la valeur cardinale de notre société. En pleine crise sanitaire et économique, le texte ne peut que faire débat. Emilien défend ses idées, démontre scientifiquement que son projet n’a rien de fantaisiste. Et il est tellement convaincant que son entourage le pousse à se présenter à l’élection présidentielle de 2022. Mais qu’irait donc faire Emilien dans une telle galère ?

Après avoir lu « La grande panne », j’ai eu le grand plaisir de retrouver la plume d’Hadrien Klent et j’ai trouvé ce texte plus abouti que le précédent. Comme dans « La grande panne », l’intrigue est en lien direct avec l’actualité. Sur un ton léger et humoristique, l’auteur épingle les travers de nos sociétés occidentales ultra-connectées et la solution qu’il propose est aussi simple qu’évidente : prendre son temps. Emilien Long veut instaurer le retour à la paresse mais, comme il l’explique parfaitement, il ne s’agit pas de ne rien faire : « La paresse, ce n’est ni la flemme, ni la mollesse, ni la dépression. La paresse, c’est tout autre chose : c’est se construire sa propre vie, son propre rythme, son rapport au temps – ne plus le subir. La paresse du XXIème siècle c’est avoir du temps pour s’occuper de soi, des autres, de la planète : c’est se préoccuper enfin des choses essentielles à la bonne marche de la société. C’est renoncer à l’individualisme, à l’égoïsme, à la destruction méthodique de notre planète. » N’est-ce pas là le meilleur programme possible ? Le programme d’Emilien ne concerne d’ailleurs pas que le travail et c’est en ça qu’il est cohérent et réaliste. Ralentir notre rythme touche tous les champs de l’action humaine (santé, écologie, éducation, etc…) et questionne profondément notre mode de vie actuel.

« Paresse pour tous » est un texte jubilatoire mais que j’ai refermé avec un pincement au cœur. Le programme d’Emilien Long est, pour le moment, bel et bien une joyeuse utopie. Et malheureusement, aucun candidat en 2022 n’aura le courage de porter une baisse du temps de travail et de la productivité.

Deux femmes et un jardin d’Anne Guglielmetti

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C’est dans un hameau perdu de l’Orme que se situe la maison revenue par héritage à Mariette. Une opportunité totalement inattendue qu’elle ne laisse pas passer. Elle abandonne son minuscule appartement parisien et sa place de femme de ménage pour finir ses vieux jours en Normandie. Mariette est immédiatement séduite par le charme de cette petite maison. « En revanche, elle savait que les mots que cette maison lui inspirait ne lui avaient jamais été familiers. Qui, au cours de son existence, lui avait parlé de délicatesse et de beauté, qui ou quoi les avait incarnées, et où et quand leur mystérieuse force agissante aurait-elle pu la subjuguer comme elle l’était ce soir-là ? » La maison est agrémentée d’un jardin qui va bientôt occupé tout le temps de Mariette. Une dernière surprise attend notre héroïne, elle va faire la connaissance de Louise, une adolescente qui vient en vacances au hameau et s’y ennuie profondément.

« Deux femmes et un jardin » est un véritable enchantement. L’histoire de Mariette est poignante, elle qui s’est épuisée aux services des autres, voit la vie lui faire le cadeau d’une petite propriété et d’une profonde amitié. Autour du jardin se nouent les affinités électives de Mariette et Louise. Avec pudeur, les deux femmes s’apprivoisent et se redonnent goût à la vie. Le texte d’Anne Guglielmetti est bref mais les sentiments qu’elle y expose sont denses et d’une infinie tendresse. L’écriture de l’auteure est pour beaucoup dans le sortilège qui s’exerce sur le lecteur. La langue est ciselée, poétique et d’une belle économie de moyen. Les descriptions du jardin sont somptueuses.

« Deux femmes et un jardin » est un roman d’une délicatesse et d’une douceur rares. Je vous enjoins à le découvrir à votre tour pour de vous laisser envoûter par la beauté de la langue d’Anne Guglielmetti.

Plein gris de Marion Brunet

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Emma, Clarence, Élise et Sam se connaissent depuis l’enfance. Leur amitié s’est nouée autour d’une passion commune : la voile. En grandissant, leurs liens sont devenus exclusifs. Clarence prend la tête du groupe de manière naturelle. « Qu’il décide pour nous tous, que sa voix porte toujours plus que la nôtre ne me dérangeait pas, à l’époque. A mes yeux, il avait plus de puissance, plus de talent, et le côtoyer me donnait toute l’importance que je n’avais encore jamais eue. » Après avoir passé les épreuves du bac, les quatre compères réussissent à convaincre leurs parents de les laisser partir en mer pour un voyage allant jusqu’en Irlande. Mais un cinquième adolescent vient se joindre à la bande. Il s’agit de Victor, le fils de la belle-mère de Clarence. Ce dernier va difficilement supporter sa présence et la croisière va tourner au cauchemar.

« Plein gris » n’est sans doute pas le meilleur roman de Marion Brunet mais comme toujours elle y fait montre d’une formidable maîtrise de l’intrigue. Le drame nous est dévoilé dès les premières pages et la narration fait ensuite des aller-retours dans le passé. Marion Brunet fait monter la tension petit à petit, chaque fin de chapitre donne terriblement envie de poursuivre sa lecture. Le thème de la sortie de l’adolescence, de l’amitié qui tourne mal en devant adulte, est assez classique mais la manière dont elle le traite est originale. C’est sur fond de tempête, de naufrage que les comptes vont se régler entre Emma, Clarence, Élise et Sam. Les quatre personnages, leur évolution sont parfaitement croqués et l’on tremble pour eux en tournant les pages.

« Plein gris » est un (presque) huis-clos maritime dont l’intrigue est maîtrisée et addictive. Même si j’avais préféré son roman jeunesse précédent, « Sans foi ni loi », j’ai dévoré le dernier livre de Marion Brunet.

Un colosse de Pascal Dessaint

« Nous ne sommes pas dans la tête de l’homme. Nous ne pouvons qu’imaginer. Même aujourd’hui, il existe rarement chose comparable. Se mettre dans la tête d’un tel personnage fera courir le risque de l’exagération. Il convient de garder la mesure. Mais nous avons affaire à un phénomène, pas de doute. Un phénomène, c’est cela ! » Ce phénomène se nomme Jean-Pierre Mazas, il est né en 1847 dans le Sud-Ouest de la France et à 23 ans, il mesurait 2,20 m. De part sa taille extraordinaire, il eut un destin qui l’était tout autant. D’humble métayer, il devint lutteur à l’époque  où ce sport était un véritable spectacle et les sportifs des gloires locales. Jean-Pierre Mazas devient alors « le géant de Monstastruc », il domine sans partage la lutte durant plusieurs années. Sa santé déclinant (sa grande taille était dû à l’agromégalie), il devient monstre de foire avant de servir d’objet d’étude à Edouard Brissaud, médecin disciple de Charcot.

La destinée singulière de Jean-Pierre Mazas a longtemps habité Pascal Dessaint qui a découvert dans les années 80 un moulage de son pied (taille 54 !) au musée du Vieux Toulouse. Historien de formation, Pascal Dessaint part sur les traces du géant dans les archives, sur internet. Et son livre est également le récit de cette enquête dans les sources. L’auteur recherche dans ses pages un équilibre entre la vérité historique et le romanesque. On sent une volonté de respecter l’homme que fut Jean-Pierre Mazas, sa vie et ses douleurs. « Un colosse » est également la parfaite évocation d’une époque, d’une société et l’auteur y rend un bel hommage aux paysans, toujours sous le joug de propriétaires terriens et qui se ruinaient la santé pour eux.

« Un colosse » est un livre hybride, entre roman et documentaire sur la vie hors-norme de Jean-Pierre Mazas à qui Pascal Dessaint rend hommage avec empathie et humanité.

Avant les diamants de Dominique Maisons

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1953, l’industrie cinématographique hollywoodienne fait rêver le monde entier avec des stars comme Marilyn Monroe, Clark Gable, Errol Flynn, Kirk Douglas, John Wayne ou Hedy Lamarr considérée comme la plus belle femme du monde. Mais l’envers du décor est beaucoup moins glamour. Entre le code Hayes qui impose un retour à la moralité et le sénateur McCarthy qui traque les communistes, les films se font sous contraintes d’autant plus que l’argent vient principalement de la mafia. Dans ce panier de crabes, le producteur Larkin Moffat cherche désespérément à sortir son épingle du jeu. Et pour cela, il est véritablement prêt à tout. La chance de sa carrière va prendre une forme étonnante puisque c’est l’armée qui va lui proposer de réaliser le film qui va le rendre célèbre. Mais les deux millions de dollars, qui vont permettre de réaliser ce film de propagande pour l’armée, viennent de J. Dragna, un parrain sur le déclin…

Si vous appréciez les films noirs comme « Assurance sur la mort », « Le facteur sonne toujours deux fois » ou « Le grand sommeil », vous allez vous régaler à lire le roman de Dominique Maisons. L’ambiance du roman est particulièrement bien rendue entre paillettes, drogue, fêtes insensées (celle d’Errol Flynn est extraordinaire) et moralisme exacerbé. Le système hollywoodien, grand pourvoyeur de rêve, est totalement pourri de l’intérieur. Et la manière dont sont traitées les femmes, Hedy Lamarr peut en témoigner, est plus que glaçante. L’auteur n’oublie pas non plus de nous montrer les quartiers sordides où s’entassent les noirs, certains d’entre eux sont d’anciens soldats que l’on a bien vite écartés de la société qu’ils avaient pourtant défendue sur le front. En plus de cinq cents pages, l’auteur combine un portrait sans fard d’Hollywood à une intrigue extrêmement maîtrisée. De nombreux personnages se côtoient, se croisent, s’aiment, se haïssent et tous convergent vers le climax du livre : une fin aussi grandiose que sidérante. 

« Avant les diamants » est un roman noir efficace, parfaitement construit et documenté sur le Hollywood des 50’s. Un énorme plaisir de lecture.