Trois jours pour la joie d’Olivier Bruneau

« Un beau mariage, avec un homme doux et attentionné, deux enfants magnifiques, une villa d’architecte dans un lotissement de Châtenay-Malabry et un poste à responsabilités très bien payé… Je cochais toutes les cases du bonheur. » Pourtant Hélène ne va pas bien. Après un burn-out et un « accident » avec le bus 74 place Clichy, elle décide de tout plaquer et de placer son destin entre les mains de Jordan Stevens, un populaire auteur et coach en développement personnel.  Hélène s’est inscrite à un séminaire de trois jours à la Défense. De nombreux ateliers sont organisés, ainsi que des meetings où Jordan motive et galvanise ses troupes. Malgré son enthousiasme, Hélène finit par avoir des doutes sur la méthode employée par Jordan.

Je découvre avec ce roman, Olivier Bruneau qui poursuit ici un cycle, entamé avec « Insomnia », nommé « Les damnés du capitalisme ». « Trois jours pour la joie » explore cette injonction au bonheur de nos sociétés contemporaines. Le discours de Jordan est odieux puisqu’il explique que le bonheur ne dépend que de chacun, aucunes contingences sociétales, aucun déterminisme n’existent pour lui. Il est brutal avec ses groupies, les oblige à faire des choix de vie radicaux. Dans ce huis clos de plus en plus étouffant, Hélène est l’unique narratrice de ces trois jours de séminaire. Le lecteur vibre, s’inquiète, se crispe au fil de ses pensées changeantes, instables, de ses enthousiasmes, de ses doutes. Le personnage d’Hélène est très intéressant, à la psychologie finement analysée par Olivier Bruneau.

« Trois jours pour la joie » est un court roman, intense, haletant qui décortique intelligemment les travers de notre époque. J’ai maintenant hâte de lire « Insomnia ».

Les habitantes de Pauline Peyrade

Emily vit dans la maison de sa grand-mère depuis l’âge de neuf ans mais elle n’en est pas l’unique propriétaire. Après la mort de sa grand-mère, son père et sa demi-sœur souhaitent vendre. Des lettres arrivent jusqu’à Emily qui tente au départ de les ignorer. Elle vit dans ce hameau, au cœur d’une forêt, de collines, retirée avec sa chienne Loyse. Elle travaille dans la ferme d’Aude qui vit également seule avec sa chienne. La jeune femme n’imagine pas un seul instant pouvoir habiter ailleurs.

En exergue de son deuxième roman, Pauline Peyrade a placé un poème d’Emily Brontë qui fut sa source d’inspiration pour son personnage principal. Elles partagent toutes deux un attachement viscéral au lieu qu’elles habitent et à leur chien. Elles font corps avec leur environnement, avec les paysages qui les entourent. Chez Pauline Peyrade, le vivant bruisse à chaque page, il frémit, gronde et murmure. « L’été grésille au-dessus de la maison. Le ciel cuit, le lierre sèche sur les pierres, visité par les guêpes et les pucerons. Des papillons de nuit meurent dans les angles des combles, des mouches volent près du plafond. Des courants d’air chaud parcourent l’ombre, ralentissent au-dessus du lit. A l’intérieur d’un cône de terre et de plantes jaunes, sous l’appui de la fenêtre qui regarde le jardin, une hirondelle tourne sur elle-même. » Qu’ils soient arbres, insectes, oiseaux, mammifères, tous habitent ce lieu au même titre qu’Emily. Pauline Peyrade apporte une grande attention à l’ensemble du vivant, le décrit minutieusement dans une langue poétique, sensorielle, organique. Le roman pourra déconcerter ses lecteurs, en son cœur il garde une étrangeté, une opacité qui m’ont séduite et intriguée.

« Les habitantes » est un roman surprenant qui questionne notre manière d’habiter un lieu, de le regarder tout en ne mettant pas l’homme au centre de son environnement.

 

Les années souterraines de Hugo Lindenberg

« L’enfance, ce chemin de ronces, je m’en suis extirpé avec tant de hâte. Elle réside tout entière, images, goûts, sensations, entre les parois de cet immeuble du quinzième arrondissement de Paris, chez mon père, où j’ai croupi dix ans, du jour de la mort de ma mère à mes quinze ans. Je n’y pense jamais, mais la nuit je le retrouve en rêve, cet appartement. » Après la mort de sa belle-mère, le narrateur, architecte installé en Californie, doit revenir à Paris pour vider l’appartement de son père. Dans ce lieu, il a vécu une enfance malheureuse. Son père le négligeait autant que la propreté de son intérieur. Le narrateur tourne autour de son ancien immeuble, erre dans le quartier, s’installe dans un hôtel à proximité, rate un colloque à Berlin sans réussir à franchir la porte de l’appartement où il a grandi.

J’avais beaucoup aimé le premier roman d’Hugo Lindenberg « Un jour ce sera vide ». J’ai retrouvé dans « Les années souterraines » tout ce qui m’avait séduite à l’époque : le récit d’une enfance douloureuse et solitaire, une extrême sensibilité et une grande qualité de la langue. Dans son dernier roman, Hugo Lindenberg interroge profondément la paternité. Son narrateur n’a pas le désir d’avoir des enfants contrairement à sa compagne Rebecca. Elle espère que son voyage le réconciliera avec son enfance. L’indifférence de son père se double du poids de la Shoah, qui de manière insidieuse, influence la descendance des rescapés. Mais « Les années souterraines » n’est pas qu’un roman sombre, le séjour du narrateur à Paris sera également l’occasion de belles rencontres : Solange, une jeune veuve et son fils, Ali qui a repris le bar-hôtel de son père, Enzo le jeune thésard/gardien d’immeuble et les habitants de l’immeuble ayant connu son père.

Avec son dernier roman, Hugo Lindenberg confirme son talent, sa capacité à se placer à hauteur d’enfant avec délicatesse et à rendre les sentiments les plus complexes au travers d’une magnifique écriture.

Le livre de Sève de Charlotte Monsarrat

« La Mère n’a pas de nom.

Parmi les innombrables femmes enfermées dans le Roncier, certaines pleurent, d’autres font semblant de croire qu’un jour elles pourront sortir. Peu font l’effort de se rappeler qu’au-delà des branches il y a un monde, celui où courent les animaux libres. La plupart ne rêvent plus et n’imaginent rien. Elles n’ont jamais connu autre chose. » Ces femmes sont là pour enfanter et leur progéniture leur est enlevée si elle s’avère de sexe masculin. Les filles resteront dans le Roncier pour, un jour, devenir mère à leur tour. La Mère entend un jour des voix, elle retient un mot, duramen, qu’elle décide de donner en prénom à sa fille. Plus tard, Duramen fera de même avec sa petite sœur qu’elle nommera Sève. Des prénoms, des identités qui leur donneront de la force et le courage de s’extirper du Roncier. Mais seule Sève y arrivera.

« Le livre de Sève » est un très joli conte écologique où l’homme n’est plus au sommet de la chaine alimentaire. La nature a repris ses droits. Mais quelques communautés ont survécu au cœur de la forêt. Sève va aller à leur rencontre et elle va notamment faire la connaissance d’un crieur, un passeur d’histoires qui va lui apprendre à écrire. La très poétique idée de Charlotte Monsarrat est que Sève va raconter son histoire en Ogham, une langue où les lettres ont la forme des arbres et de leurs branches. Le roman est un hommage aux mots, à la puissance de l’imagination. C’est également un texte sur la force du lien entre deux sœurs, entre Sève et Duramen qui veulent conquérir leur liberté.

Entre « La servante écarlate » et « Roman de Ronce et d’Epine », « Le livre de Sève » nous entraine dans un univers surprenant, organique, tour à tour féérique et inquiétant, aux côtés d’une héroïne formidable de courage et d’abnégation.

 

Le parlement de l’eau de Wendy Delorme

Le parlement de l’eau a été convoqué pour faire le constat de l’état dramatique de ses différentes entités : les glaciers fondent, les nappes phréatiques se vident, de nombreux cours d’eau sont pollués, asphyxiés, leurs trajets contraints par l’homme et parfois même enterrés comme la Rize dont le tracé et la source sont devenus mystérieux. Mais le parlement de l’eau s’est également réuni pour aider Esprit à écrire un roman. Celui-ci se déroule en 2050, une époque où l’eau vient à manquer et où une petite communauté tente de se rapprocher de la nature tout en la respectant.

Le dernier roman de Wendy Delorme est très dense avec ses trois niveaux de récit (le parlement de l’eau, le récit d’anticipation en 2050 et le quotidien d’Esprit qui l’écrit) qui s’entremêlent constamment et qui apportent beaucoup d’originalité à l’intrigue. « Le parlement de l’eau » est extrêmement documenté, comme en témoigne la bibliographie à la fin du livre et qui comporte des romans, des essais, des archives.

Wendy Delorme place son roman dans le bassin rhodanien (de Lyon jusqu’à Sète) et donne beaucoup de données géographiques, techniques qui sont parfois un peu ardues et peuvent ralentir le récit. L’autrice exprime, dans ce roman polyphonique, la nécessité de repenser notre rapport à l’eau et l’aménagement du territoire. Elle présente de nombreux éléments factuels montrant les aberrations de notre traitement de l’eau : pollution de l’eau, bétonisation excessive qui empêche l’eau de pénétrer dans le sol, élevage intensif, centrales nucléaires (5 sur le cours du Rhône), mégabassines.

Comme Rémi David dans « Prélude à la goutte d’eau », Wendy Delorme se questionne sur la possibilité d’une personnalité juridique donnée aux entités aquatiques. La politique française irrigue également son propos (dissolution de l’assemblée qui entraine une instabilité propice à la montée de l’extrême droite). Bien évidemment, tout est lié et tout peut influer sur notre façon de considérer notre environnement.

« Le parlement de l’eau » est un roman foisonnant (sans doute un peu trop) qui fait parler l’eau sous toutes ses formes et nous fait réfléchir sur l’usage que nous avons fait jusqu’à présent.

 

La vie entière de Timothée de Fombelle

« J’écris ces mots. J’invente des allées inconnues, des places, des bals, des forêts. Je cours loin devant moi. J’invente l’endroit où nous attend tout ce qu’on ne vivra jamais. Il est minuit. J’écris vite parce que les lignes sont des années. »  1944, dans sa chambre parisienne, Claire attend Blanche, son chef de réseau. Depuis treize mois, la jeune femme de 19 ans tape « les feuilles volantes » qu’il vient lui dicter à 17h presque chaque jour. Au fur et à mesure, Claire est tombée amoureuse de cet homme dont elle ne connaît pas le véritable nom. Ce soir, il est en retard. Elle ne doit pas l’attendre au-delà de trente minutes. Pourtant, Claire ne quitte pas son appartement. Pour conjurer le danger ou faire advenir ce dont elle rêve, elle imagine la vie qu’ils auront tous les deux après la guerre : les enfants, les amis, les vacances, les saisons qui passent, la vieillesse. « je veux être vieille avec une écharpe rose le soir pour aller dîner. Je veux avoir eu le temps d’oublier. » 

Les soixante-dix-sept pages du dernier roman de Timothée de Fombelle contiennent bel et bien une vie entière. Lui, accoutumé à de belles sagas romanesques, nous offre ici un bijou de concision. Dans ce court texte se mélangent avec fluidité le passé, le présent et le futur de Claire. Timothée de Fombelle passe d’un temps à l’autre pour englober la vie de son personnage, ses aspirations, ses rêves, tous les détails et sensations qui composent le quotidien. Le temps presse, le danger la guette et pourtant Claire se laisse porter par son imaginaire, par son amour pour cet homme qu’elle connait à peine. Le texte, qui résulte de ses rêveries, est bouleversant, imprégné par l’urgence de la situation.

Timothée de Fombelle fait décidément partie de mes écrivains préférés. Qu’il écrive pour les enfants ou pour les adultes, son écriture reste délicate, précise et sensible.

Prélude à la goutte d’eau de Rémi David

France, 2050, alors que les canicules se multiplient, la société Dolomont décide de s’approprier un iceberg pour le déplacer du pôle au Maroc. Là-bas, l’eau douce sera revendue à un prix exorbitant. Samira, une jeune juriste, cherche une faille pour faire chuter l’empire créé par Erik Dolomont. Pour ce faire, elle a fondé le cabinet Axolotl, spécialisé dans l’eau, avec une avocate. La défense de l’environnement ne semble pourtant pas être la seule chose qui anime Samira dans son combat contre Dolomont. Son acharnement, son envie de vengeance remontent à plus loin, aux années 2040 au Maroc.

Je découvre Rémi David avec son dernier roman que j’ai dévoré. Sa dystopie nous transporte de 2040 à 2060, en France, au Maroc et en Suède à la suite de Samira. La question climatique ouvre le roman avec le déplacement de l’iceberg dans un monde qui suffoque. A qui appartient la nature ? La loi n’a pas de réponse à cette question et Dolomont profite de ce vide juridique. L’auteur nous rappelle que cette interrogation ne tient pas de la science-fiction puisque certains états ont déjà tenté d’y répondre (par exemple, la Nouvelle Zélande qui a accordé la personnalité juridique à la rivière Whanganui en 2017).

Le roman ne s’arrête d’ailleurs pas à cette thématique et nous montre un monde rongé par l’ultralibéralisme : privatisation de l’hôpital, des transports, des prisons, de la police, de l’université, etc… La migration climatique a débuté et les conditions pour rejoindre les pays européens sont ignobles et terrifiantes. Le monde de Dolomont est celui de l’argent roi qui donne tous les droits et tous les pouvoirs. Comme souvent dans les dystopies, la société inventée par Rémi David n’est qu’un reflet accentué de la nôtre.

Magnifiquement écrit, « Prélude à la goutte d’eau » est un roman haletant qui aborde de nombreux sujets et qui a été une très belle découverte.

Nourrices de Séverine Cressan

Une nuit de pleine lune, Sylvaine est réveillée par de petits coups de bec brefs et répétés sur la fenêtre. Attirée par ce bruit incessant et insistant, elle quitte sa demeure pour s’enfoncer dans la forêt. L’Appel de l’oiseau l’amène jusqu’à une clairière où elle découvre un bébé abandonné. « Un minuscule nourrisson de quelques heures est posé au sol, serré dans un morceau de vieille toile fine. Sa tête repose sur un mince carnet à la couverture mordorée. Sylvaine s’accroupit, se penche vers le nouveau né. Celui ci la fixe de ses yeux couleur de nuit, intensément, sans ciller. » Sylvaine, qui est nourrice, emporte l’enfant chez elle. Depuis le sevrage de son fils, Jehan, elle allaite une petite fille de la Ville prénommée Gladie. La petite est fragile et un matin elle ne se réveille pas. Sylvaine décide alors de remplacer Gladie par l’enfant de lune pour sauver sa réputation.

Le premier roman de Séverine Cressan est à la fois un roman social et un conte. Aucun lieu, aucune date ne sont mentionnés, plaçant ainsi l’histoire de Sylvaine dans un cadre indéfini. Le merveilleux, le fantastique font des apparitions dans son quotidien comme en témoigne la scène d’ouverture où la nourrice découvre l’enfant de lune. La nature, sa puissance, l’instinct animal sont présents tout au long du récit.

La narration se construit à deux voix : celle de Sylvaine et celle du carnet retrouvé auprès de l’enfant dans la forêt. Les deux soulignent la violence subie par les femmes (notamment le viol des domestiques que ce soit dans des appartements cossus ou dans des fermes) et la domination des hommes. Les nourrices, qui sont souvent des personnages secondaires de la littérature, sont ici mises en lumière par Séverine Cressan. L’exploitation du corps des femmes, la monétisation de leur lait maternel sont très bien documentées. De nombreux intermédiaires profitent de la pauvreté des nourrices. Malgré la dureté de la vie de Sylvaine, Séverine Cressan montre qu’il reste de la place pour la sororité, la tendresse et la transmission.

« Nourrices » est un premier roman très réussi qui questionne la notion d’instinct maternel tout en mettant au premier plan des femmes invisibilisées.

 

Mortel Noël de Denis Michelis

« L’histoire pourrait commencer ainsi : « Il était une fois, de l’autre côté de la frontière, un charmant village niché au cœur d’une petite montagne paisible. Tout autour se déployait une forêt dont le feuillage vert tendre abritant une multitude d’animaux. Lièvres, écureuils, renards, paons, chevreuils, faisans, biches et surtout des cerfs dont on peut parfois croiser le regard blasé au détour d’un bois touffu. » A l’écart du village se trouve un chalet vers lequel se dirige une famille : une mère, son fils adolescent Oliver et son nouveau compagnon Klaus. Oliver n’est guère enthousiaste à l’idée de passer les fêtes dans un chalet chelou dont l’accès à la cave est bizarrement fermé à double tour. Heureusement, le jeune homme, qui a été privé de son téléphone portable, peut écrire dans son journal et fumer des joints.

Denis Michelis nous offre avec « Mortel Noël » un conte de Grimm revisité à la sauce macabre. A l’intérieur de son roman, il invente même trois contes horrifiques lus par Oliver. L’adolescent est le narrateur exclusif de cette histoire et la question de sa fiabilité se pose tout au long du roman (il n’aime pas Klaus et sa mère Hildegard et il est accro au cannabis). Oliver est d’ailleurs un personnage peu aimable, insupportable et irrespectueux. Les fêtes de Noël de la famille finissent par ressembler à un croisement entre « Festen » et « Barbe bleu » ! 

Denis Michelis détourne avec humour (noir l’humour) le conte de Noël et le cosy mystery pour nous offrir une lecture délectable et fort divertissante. 

 

La collision de Paul Gasnier

Le 6 juin 2012, dans le quartier de la Croix Rousse à Lyon, une femme à vélo est percutée par une moto. Le conducteur, Saïd, roulait à 80 km/h en roue arrière et il perdit le contrôle de son véhicule. La cycliste décédera une semaine après l’accident. Cette femme était la mère de Paul Gasnier, aujourd’hui journaliste à Quotidien. Dix ans plus tard, lors de la campagne présidentielle, les propos d’un candidat d’extrême-droite vont l’emmener à interroger les faits douloureux vécus en 2012. « La correspondance entre mon vécu et son fantasme politique n’a pas cessé de me hanter depuis cette campagne présidentielle, où il faut martelé que l’immigration provoquait de la délinquance et qu’il était urgent d’en protéger les Français. Il fallait le reconnaître : l’extrême-droite avait mis le doigt, avec talent, sur cette confusion et cette colère que j’avais intimement vécu. » Pour dépasser cette colère, « pour comprendre à défait de pardonner », Paul Gasnier va enquêter avec rigueur sur le fait divers qui a bouleversé sa vie. Il s’appuie sur les rapports médicaux, de police, le dossier d’instruction, le récit de témoins pour essayer d’appréhender la généalogie de la violence urbaine. A partir de l’histoire de sa mère et de celle de Saïd, il élargit son propos, essaie de saisir ce qui fracture la France aujourd’hui. Paul Gasnier mélange le récit à l’enquête avec sérieux, sans pathos et avec humanisme. La sobriété et le recul, dont il fait preuve, n’empêchent pas l’émotion et l’on sent la douleur profonde, le deuil terrible qui frappa une famille unie et sans histoire.

« La collision » est un texte remarquable d’intelligence, de réflexion et de justesse où la colère ne met pas à mal les convictions de son auteur.