Viendra le temps du feu de Wendy Delorme

Après la Grande disparition, celle de 30% des jeunes du territoire, un Grand Pacte National a été mis en place pour régir la vie des gens. De très nombreuses restrictions et obligations ont été instaurées. Mais certains refusent de se plier à ses contraintes, ils aspirent à autre chose, à un autre monde.

« Viendra le temps du feu » est une formidable et passionnante dystopie, un genre  qui m’intéresse toujours en raison du miroir qu’il tend à notre société. Le nouveau roman de Wendy Delorme s’inscrit dans la lignée de « La servante écarlate », « 1984 » ou « Farenheit 451 ». Comme dans ces romans, l’auteure invente une société totalitaire régit par ce Pacte National qui restreint les libertés et clôt les frontières. L’intrigue est racontée par plusieurs narrateurs (cinq femmes et filles et un homme). Chacun d’eux ne peut, ne veut s’inscrire dans la société dominante. Ils sont en dehors des normes et nomment ceux qui y correspondent « Les Autres ». Les différents narrateurs sont tous des incarnations de la révolte, de la résistance. Certaines survivent  en se plongeant dans le passé, dans le souvenir d’une utopie. C’est le cas d’Eve, qui ouvre et achève le roman, qui se souvient de la communauté de femmes qui s’étaient mise à l’écart pour recréer une société plus égalitaire et autonome.

Se rajoutent à cette thématique féministe, à ce compagnonnage de sœurs, de nombreux thèmes qui font échos aux problématiques actuelles : l’écologie et la modification du climat (la canicule s’installe), les frontières sont totalement fermées, la productivité est essentielle même dans la vie personnelle (les femmes doivent obligatoirement faire des enfants), la presse est muselée. Un autre thème essentiel dans le roman est celui de la littérature. Dans la société inventée par Wendy Delorme, les livres sont vendus dans les supermarchés et ne sont que divertissants. De nombreux livres ont disparu, ont été détruits. Heureusement, certains ont réussi à conserver d’anciens livres. La langue est également contrôlée, modifiée :  il faut dire contributeurs pour citoyens et des mots ne sont plus utilisés comme librairie. Ceux qui résistent connaissent l’importance des mots, des histoires : « Les histoires qu’on raconte sont nécessaires à l’âme comme l’eau l’est à la terre pour que les plantes fleurissent. Nos âmes s’étiolaient si nous ne prenions soin d’écrire, de chanter, de dire des histoires. C’est pourquoi nous avions chacune écrit la nôtre, et que nous les gardions dans la grande galerie. » Le pouvoir de l’imagination nous sauve, nous nourrit et c’est un message essentiel que nous délivre ici Wendy Delorme.

« Viendra le temps du feu » est une dystopie parfaitement maîtrisée dont les thématiques font échos à ce que nous vivons actuellement. La beauté, la poésie de la langue de Wendy Delorme m’ont transportée et m’ont totalement ensorcelée.

La petite dernière de Fatima Daas

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« Je m’appelle Fatima (Daas) », c’est ainsi que s’ouvre chacun des fragments qui composent ce roman. Cet incipit se décline selon différents thèmes : la famille, la religion, la sexualité, les origines, etc… L’ensemble compose le portrait d’une jeune femme qui est un concentré de contradiction. Fatima est française et algérienne, croyante et lesbienne, clichoise étudiant à Paris, asthmatique et fumeuse. Ce sont tous ces morceaux d’identité qui s’entrechoquent dans les mots de Fatima Daas. La question de la religion est celle qui devient rapidement la plus délicate, la plus dissonante dans cette personnalité. « Je m’appelle Fatima. Je porte le nom d’un personnage symbolique en islam. Je porte un nom auquel il faut rendre honneur. Un nom qu’il ne faut pas salir. » C’est un tourment pour la jeune femme qui semble ne pas pouvoir se résoudre. Et ce qui est touchant et intéressant  dans « La petite dernière », c’est que la narratrice revendique le droit de ne pas choisir et d’être cette somme d’identités multiples et diverses.

« La petite dernière » est un roman d’apprentissage mais également un hommage à la littérature. Le roman se clôt sur une belle scène pleine de pudeur entre Fatima et sa mère où la narratrice explique qu’elle écrit un livre sur sa vie. La littérature est le seul lieu où peuvent s’exprimer, cohabiter ses contradictions. Le style de Fatima Daas est proche du slam, du rap, le texte est une longue mélopée rythmée par la même phrase d’ouverture parfois légèrement modifiée. Lucide, lyrique, crue, à bout de souffle, son écriture est multiple à l’image des personnalités de la jeune femme.

« La petite dernière » est le portrait d’une jeune femme qui renonce à choisir entre les différentes composantes de sa personnalité, même si elles sont opposées. Un texte original dont la langue vivante et rythmée est l’un des grands atouts.

Trois nuits dans la vie de Berthe Morisot de Mika Biermann

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C’est l’été, Berthe Morisot et son mari Eugène Manet s’échappent quelques jours à la campagne. Berthe a emmené dans ses bagages son attirail de peintre. La nature, glorifiée par le soleil, s’offre à ses pinceaux : « Berthe avance sous les saules et les ormes, obnubilée par l’idée de l’eau. Le soleil transforme les feuilles en verre, la poussière en or, la rivière en lumière. L’eau est là, au bout d’un sentier qui descend la berge entre les troncs. » Ce nouveau cadre libère l’esprit comme les corps.

Avec « Trois nuits dans la vie de Berthe Morisot », Mika Biermann offre un pendant magnifique à « Trois jours dans la vie de Paul Cézanne ». C’est avec la même malice, la même liberté qu’il nous parle de cette artiste qui, à 34 ans, se cherche encore, tâtonne avec sa palette. Mais, comme Paul Cézanne, Berthe Morisot ne pense qu’à peindre, à transformer la réalité visible en touches de peinture. Elle exprime la difficulté de peindre sur le motif, le défi physique que cela représente. Et cela s’accrut lorsque l’on est une femme, la seule parmi trente hommes à la première exposition impressionniste chez Nadar. Une scène souligne bien la position des femmes peintres à cette époque. Berthe et Eugène croisent le curé et un notable, amateur de peinture. Elle dit qu’elle est peintre mais les deux hommes ne s’adressent qu’à son mari, au frère cadet du fameux Édouard Manet.

Berthe Morisot nous est ici présentée comme une femme qui a soif de liberté, d’émancipation. Son désir de peindre se confond avec le désir tout court. La beauté de la nature, la sensualité qui se dégage de la campagne estivale invitent à vivre pleinement, font vibrer les couleurs sur la toile.

Mika Biermann nous offre à nouveau un splendide portrait de peintre, lumineux, riche de sensations et d’émotions. Berthe Morisot y est habitée par le désir de peindre et de s’émanciper, elle rayonne.

Trois jours dans la vie de Paul Cézanne de Mika Biermann

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Peintre Paul vit en ermite, loin de la société qui pourrait l’écarter de son seul et unique but : sortir ses pinceaux, son chevalet et partir arpenter la garrigue pour trouver son sujet. Il est peu aimable Peintre Paul, il rabroue tous ceux qui tentent de l’approcher : son jardinier, sa cuisinière Rose qui ose toucher à ses pommes, le docteur Gachet qui lui vante les mérites du Hollandais d’Arles qu’il déteste, son vieil ami Renoir qui passe sans prévenir. Personne ne trouve grâce à ses yeux sauf Bazille qui a eu la mauvaise idée de mourir au front. Peintre Paul est âgé, bougon et intransigeant lorsqu’il s’agit de peinture.

« Trois jours dans la vie de Paul Cézanne » nous offre un portrait saisissant du peintre entre sublime et trivialité. Paul Cézanne est habité par la peinture, qu’il marche, qu’il mange, qu’il dorme, il ne pense qu’à ça. Les couleurs, la lumière, la touche, rien n’a autant d’importance dans sa vie. Cézanne est viscéralement un peintre. Face à cette vocation profonde, Mika Biermann nous montre un homme en chair et en os, un homme âgé qui néglige son apparence, qui vit dans le dépouillement et qui a peur des autres. Paul Cézanne apparaît profondément humain, ses défauts et ses qualités le rendent infiniment touchant.

« Trois jours dans la vie de Paul Cézanne » est un court texte, espiègle, vibrant de sensations, d’odeurs, de couleurs et de l’humanité faillible du peintre de la Montagne Sainte Victoire.

La dixième muse de Alexandra Koszelyk

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Après le décès de son père, Florent se sent perdu, apathique. Pour le sortir de sa torpeur, son ami Philippe lui propose de l’accompagner au cimetière du Père Lachaise où il doit s’occuper des racines d’un arbre qui ont engorgé des canalisations. Lors de sa visite, Florent découvre la tombe de Guillaume Apollinaire. Pour se remémorer cet instant, il rapporte chez lui un morceau de bois. A partir de là, Florent semble obsédé, habité par le poète. Sa vie bascule de plus en plus dans l’étrange.

J’ai pris grand plaisir à lire le deuxième roman d’Alexandra Koszelyk. Elle rend ici un très bel et original hommage à Guillaume Apollinaire. Le poète est évoqué au travers de chapitres où ses proches parlent de lui : Picasso, Marie Laurencin, Louise de Coligny, Jacqueline Kolb, Annie Playden, le frère de Guillaume et bien d’autres. Tous évoquent un être lumineux, flamboyant, aussi amoureux de la vie que des femmes et habité par la poésie. Chacun de ses chapitres s’intercale avec ceux consacrés à Florent. Ils dessinent un beau portrait du poète mort trop tôt et qui continua d’exister au travers des souvenirs de ceux qui l’ont aimé.

Mais « La dixième muse » n’est pas qu’un portrait de Guillaume Apollinaire. Le début du roman est réaliste puis il glisse progressivement vers le fantastique, la magie. L’attachement d’Apollinaire à la nature, aux arbres prend de l’ampleur au fur et à mesure. Florent se reconnecte à la nature par le biais de la poésie, il prend conscience de sa part protectrice et nourricière. Il comprend qu’il fait partie d’un tout. Et l’œuvre d’Alexandra s’enfonce toujours plus loin dans le merveilleux, le mythologique pour nous entraîner vers une fin un peu déconcertante et étonnante. L’antiquité rejoint le présent, la nature la poésie dans un final aux allures de conte.

« La dixième muse » est à la fois un bel hommage à Guillaume Apollinaire, une fable gothique et écologique qui explore la frontière entre le réel et la fiction. Alexandra Koszelyk nous rappelle qu’il y a de la magie dans notre monde et qu’il suffit d’ouvrir les yeux pour s’en apercevoir.

Sublime royaume de Yaa Gyasi

Gifty, américaine d’origine ghanéenne, est chercheuse en neurosciences à l’université de Stanford. Elle se consacre entièrement à ses recherches qui portent sur les addictions. Son quotidien bien réglé est bouleversé par l’arrivée de sa mère. Celle-ci est plongée dans une phase dépressive et Gifty doit s’occuper d’elle. La survenue de sa mère dans sa vie lui rappelle sa 1ère dépression qui était survenue après le décès de son frère Nana.

Je n’ai pas lu « No home », le premier roman de Yaa Gyasi mais je souhaitais découvrir son travail, c’est chose faite avec « Sublime royaume ». Ce deuxième roman fait des aller-retours entre le passé et le présent de manière fluide. Yaa Gyasi s’interroge sur ce que veut dire être noir aujourd’hui aux Etats-Unis. C’est la mère qui a souhaité quitter le Ghana pour rejoindre ce pays. Mais son rêve américain va rapidement tourner au cauchemar. La famille s’installe en Alabama et doit faire face au racisme. Le père est accusé plusieurs fois de vol au supermarché ; la mère, qui est aide à domicile, est insultée par son employeur ; Nana n’est accepté que lorsqu’il fait gagner son équipe de basket. Cela finit par affecter et gangrener la famille. Ne supportant plus les humiliations, le père repart seul au Ghana. Nana finit par sombrer dans la drogue alors que sa sœur veut atteindre l’excellence pour s’intégrer. La mère est plongée dans le déni, rien ne lui volera son rêve américain. Un constat glaçant qui résonne fortement avec les évènements récents et le mouvement Black lives matter.

Le fil conducteur de cette histoire sur le racisme du Sud des Etats-Unis, est la relation mère-fille complexe et conflictuelle. Les deux femmes s’opposent tout au long du roman. La mère ne souhaitait pas de deuxième enfant et sa vie s’effondre à la mort de son fils. Gifty apprend à se débrouiller seule. Face à la désertion du père et la mort de Nana, la béquille de sa mère est la religion alors que celle de Gifty est la science, ce qui lui permet de garder le contrôle sur sa vie. Deux mondes irréconciliables et en opposition totale. Ce qui est très beau dans « Sublime royaume », c’est que le roman raconte le cheminement de Gifty vers l’acceptation de soi, la réconciliation de ses différentes facettes : ghanéenne/américaine, sciences/foi.

Ma découverte de Yaa Gyasi fut totalement positive, son intrigue est magnifiquement incarnée par des personnages attachants dont les failles, les blessures sont au cœur du roman.

Le bonheur est au fond du couloir à gauche de J.M. Erre

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« Mes parents m’ont dit que je n’avais pas pleuré à la naissance, ce qui les avait beaucoup surpris. En revanche, j’ai pleuré tous les autres jours de mon existence, ce qui peut aussi étonner. J’ai été un enfant triste et un adolescent cafardeux avant de devenir un adulte neurasthénique. » Au moment où nous faisons la connaissance de Michel, il vient de se faire larguer par sa petite amie Bérénice, avec qui il était en couple depuis trois semaines. Mais Michel a décidé de la reconquérir à tout prix. Et quoi de mieux pour y arriver que de resplendir, d’être soi-même heureux ? Lire Michel Houellebecq, ce grand écrivain humoristique, lui redonne le moral. Et pour parachever cette bonne humeur, Michel regarde des vidéos de campagnes électorales, le remède ultime à sa mélancolie : celle d’Emmanuel Macron. Une fois le réconforté, Michel doit maintenant trouver ce qui le rend vraiment heureux.

Si vous connaissez l’ironie de J.M. Erre, vous devez deviner que la quête de bonheur de Michel ne va pas être simple. En revanche, le bonheur du lecteur est toujours assuré avec cet auteur. Ici, il s’amuse avec les travers de notre époque, les modes qui deviennent des obligations (morales pour certaines). BFM est pour Michel l’oracle des temps modernes ; le « quand on veut on peut » d’Emmanuel Macron devient son mantra ; Michel lit des livres de développement personnel : il s’essaie au régime sans gluten, sans lactose, sans huile de palme, sans sucre, sans viande et n’a plus rien à manger chez lui. Il s’amuse également du peu d’appétence au bonheur de nos sociétés modernes. « Quand on sait qu’un quart des français consomme des psychotropes, qu’un tiers a déjà consulté des psy, et qu’on prescrit chaque année dans l’Hexagone cent cinquante millions de boîtes d’anxiolytiques, antidépresseurs et somnifères, on se dit que ces chiffres sont réconfortants. Grâce à eux, je me sens moins seul. » Nous avons tout pour être heureux et pourtant nous ne le sommes pas. C’est ce que fustige avec drôlerie J.M. Erre.

J’ai lu le dernier roman de J.M. Erre durant le premier confinement et l’humour caustique de l’auteur fut d’un grand réconfort dans cette période maussade.

Merci à Babelio pour cette lecture.

Liv Maria de Julia Kerninon

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Liv Maria Christensen est née sur une île bretonne, fille unique de Mado Tonnerre et de Thure Christensen, un marin norvégien qui ne repartit jamais de l’île après avoir rencontré Mado. Liv Maria vit une enfance protégée au milieu de ses parents, de ses oncles, d’une nature sauvage et des lectures que lui fait chaque soir son père. A l’adolescence, un évènement fait basculer la vie de la jeune fille et l’expédie à Berlin où son destin l’attend.

Après avoir lu « Buvard » et « Une activité respectable », j’étais enchantée de retrouver Julia Kerninon. Malheureusement, ma rencontre avec Liv Maria n’a pas eu lieu. La lecture est plaisante, l’écriture fluide mais je suis restée à la surface de ce roman. La première difficulté pour moi se situe les tournants totalement improbables pris par l’intrigue. Certains lecteurs ont alors considéré le roman de Julia Kerninon comme un conte. Malheureusement, je n’ai pas réussi à le voir sous cet angle tant la majorité du texte est réaliste.

Ma deuxième difficulté se situe dans le manque d’empathie ressentie à l’égard de Liv Maria. Je n’ai pas su m’attacher à elle. Pourtant, cela commençait sous les meilleurs augures. J’ai beaucoup apprécié le début du roman et puis les ellipses sont arrivées, me laissant sur ma faim tant la vie de Liv Maria passait en accéléré. J’ai également eu du mal à croire au personnage de Liv Maria en Irlande. La dichotomie entre la femme libre et entrepreneuse de la partie chilienne  et la sage mère au foyer irlandaise m’a semblé trop grande, le fossé entre les deux infranchissable. Liv Maria est un personnage qui cherche durant tout le roman à être libre. Et la conclusion me laisse avec un questionnement : fuir est-ce être libre ?

« Liv Maria » fut malheureusement une déception même si sa lecture fut agréable. J’attendais beaucoup de ce roman mais mes retrouvailles avec la belle plume de Julia Kerninon sont mitigées.

Merci aux éditions de L’Iconoclaste pour cette lecture.

L’enfant céleste de Maud Simonnot

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Suite à une douloureuse rupture amoureuse, Mary a envie d’ailleurs. Le fait que son fils Célian vive mal sa scolarité, renforce son désir de changer d’air. Mary leur choisit un havre de paix lointain : l’île de Ven dans la mer Baltique. Ce lieu isolé travaille son imaginaire et celui de son fils depuis longtemps. C’est sur cette île que l’astronome Tycho Brahe fit construire un fabuleux palais-observatoire où il cartographia les astres célestes.

« L’enfant céleste » est le premier roman de Maud Simonnot et il s’en dégage une infinie douceur. Les chapitres sont courts et suivent la reconstruction de Mary ainsi que l’évolution de Célian. Le contact avec la nature sauvage, la mer, permet à la mère de souffler, de se retrouver et au fils de s’épanouir totalement. Les descriptions de l’île de Ven sont très poétiques et délicates. La nature est une source profonde d’apaisement. « Nous attendons que le soleil disparaisse, sans parler, pris par la magie de l’heure. A l’instant où le disque rouge s’enfonce dans la mer, tandis que le ciel se parsème de milliers d’étoiles, il règne sur toute l’île un calme saisissant. Longtemps après, il restera une clarté diffuse dans l’atmosphère au-dessus de l’horizon, « comme une poudre d’or sur les pas de la nuit. » « 

Le supplément cosmique de cette ode à la beauté de la nature, c’est le destin incroyable de Tycho Brahe, l’astronome de la Renaissance, qui se mélange à l’intrigue principale. La fascination pour ce personnage n’emmène pas que Mary et Célian sur l’île de Ven. Un universitaire, spécialiste de Shakespeare, y revient chaque année. Tycho Brahe aurait inspiré le barde pour la création de son Hamlet. Cet astronome mystérieux est décidément une belle source pour l’imaginaire de nos différents personnages.

« L’enfant céleste » nous conte, dans une langue délicate et sensuelle, la reconstruction d’une femme à la dérive au contact de la nature et du ciel étoilé d’une île suédoise.

Merci aux éditions de L’Observatoire pour cette découverte.

 

L’autre Rimbaud de David Le Bailly

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C’est grâce à Pierre Michon si nous tenons aujourd’hui entre nos mains « L’autre Rimbaud » de David Le Bailly. En effet, le grand reporter de l’Obs  a entendu un jour à la radio l’auteur des « Vies minuscules » parler de Frédéric Rimbaud, le frère d’Arthur. Pierre Michon expliquait avoir échoué à écrire un livre sur ce frère presque oublié. Ce destin rayé de l’histoire de l’auteur du Bateau ivre intéresse immédiatement David Le Bailly. Grand bien lui a pris car son livre est captivant.

L’auteur mêle le roman, l’enquête sur le terrain et auprès des descendants (qui ne savent même pas où Frédéric est enterré) et des réflexions personnelles. Ces différents angles d’approche donnent vie à Frédéric Rimbaud. Mais cela éclaire également le parcours du poète. La trajectoire de Frédéric Rimbaud, le mépris de sa famille est entièrement inscrit dans l’histoire de la photo de communion des deux frères. Sur ce cliché largement diffusé, Isabelle, la sœur, a fait disparaître Frédéric.

Mais qu’a donc fait ce frère pour mériter une telle opprobre ? Lui qui était pourtant très proche de son frère lorsqu’ils étaient enfants et qui faisait front commun avec Arthur face à l’autoritarisme de la mère. Frédéric a commis deux affronts impardonnables aux yeux de cette dernière : il a voulu suivre la voie militaire de son père (qui a abandonné sa famille et était haï par sa femme) et il a voulu épouser une femme d’une condition inférieure. « Il était le traître, celui qui avait pris le parti de l’ennemi, quand Arthur, après quelques velléités contestataires, s’était rangé sous la loi maternelle. » Frédéric sera banni de la famille, écrasé par sa mère et sa sœur Isabelle et dépossédé de ses droits sur l’œuvre de son frère. Il ne sera pas non plus convié à l’enterrement d’Arthur, ni à celui de sa mère. David Le Bailly se sent proche de lui, le rapproche de ce qu’il a lui même vécu avec sa propre mère.

Ce qui est également passionnant dans le livre de David Le Bailly, c’est la manière dont il décortique le mythe d’Arthur Rimbaud. Il montre bien la manière dont Isabelle et son mari réécrivent son histoire, sa vie lorsque ses poèmes commencent à être reconnus. Tout est affaire d’orgueil de classe, les frasques d’Arthur ne doivent surtout pas entachées la réputation de la famille. Son talent doit au contraire mettre en valeur le nom des Rimbaud.

Grâce à l’originalité de sa narration, « L’autre Rimabud » n’est pas une biographie classique. Elle permet de donner un nouvel éclairage sur la famille Rimbaud et permet à David Le Bailly de questionner les relations familiales et leur complexité. Un livre que j’ai pris grand plaisir à lire, la belle plume de David Le Bailly contribue à la fluidité du texte.

Merci aux éditions de L’iconoclaste pour cette lecture.