Toucher la terre ferme de Julia Kerninon

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« J’étais à bout de forces et je ne le savais pas. A 32 ans, j’avais un enfant d’un an et demi. J’essayais d’être une mère, je ne savais pas par où commencer, la maternité était un cercle de feu dans lequel je ne parvenais pas à me tenir. J’avais fait semblant. J’avais prétendu que tout allait bien, mais je sentais la tempête se lever. Il m’avait fallu tout ce temps pour me mettre à pleurer, et maintenant je n’arrivais plus à m’arrêter. » Dans « Toucher la terre ferme », Julia Kerninon questionne la maternité et la tempête qu’elle provoque. L’autrice se livre entièrement, sans peur du jugement (sur le parking de la maternité, l’envie de tout quitter l’étreint.) Elle y raconte son cheminement, ses histoires d’amour incandescentes. L’une d’elles fut essentielle dans sa construction : à 16 ans et demi, à Paris, elle tomba sous le charme d’un homme de dix ans son aîné. Leur relation a été tourmentée et passionnée.

Le mouvement me semble définir le récit de Julia Kerninon. « J’ai passé ma vingtaine à partir tout le temps. Une autre intéressante maxime de mon père : Ta liberté s’arrête là où commence celle des autres. J’avais bien compris. La première chose que j’ai faite quand j’ai pu, ça a été de fuir les autres. Je voulais me comporter dignement, mais je voulais aussi désespérément être libre, alors j’ai fui. J’ai fui et fui et fui, je n’étais jamais là, je voulais seulement être seule, travailler, poursuivre mon bonheur dans les livres (…). » C’est ce trait de caractère qui vient s’opposer à l’idée de maternité. Comment rester soi tout en étant mère ? « Toucher la terre ferme » entre en résonance avec le livre précédent de Julia Kerninon « Liv Maria ». J’aurais probablement plus apprécié ce roman si j’avais pu lire ce texte auparavant. J’ai mieux compris la nécessité de fuir de Liv Maria en lisant le parcours de son autrice.  Ce récit est celui d’une femme qui doit apprendre à concilier les différentes facettes de sa personnalité, apprendre aussi à aimer et à se laisser aimer.

« Toucher la terre ferme » est un texte d’une rare honnêteté sur le parcours d’une femme, d’une écrivaine libre et qui est porté par la splendide écriture de Julia Kerninon.

Merci aux éditions de L’iconoclaste pour cette lecture.

Le grand vertige de Pierre Ducrozet

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En 2016, une majorité de chefs d’État décide de mettre en place la Commission internationale sur le changement climatique et pour un nouveau contrat naturel. A sa tête est nommé Adam Thobias, un pionnier de l’écologie. Il recrute de nombreux scientifiques, photographes, voyageurs pour parcourir le monde et en faire un état des lieux. Tous communiquent à travers le réseau Télémaque. Certains ont des missions autour de centrales nucléaires, d’usines ce qui finit par inquiéter certains services secrets. Les intentions d’Adam Thobias deviennent de plus en plus opaques, même pour les personnes qu’il a envoyées à travers le monde.

« Le grand vertige » de Pierre Ducrozet est un roman ambitieux et très dense sur l’urgence climatique. Contrairement à des romans comme « Dans la forêt » ou « Les sables de l’Amargosa » où la catastrophe a déjà eu lieu, Pierre Ducrozet a la bonne idée de ne pas choisir le genre de la dystopie et situe son action dans un futur très proche. Son livre se situe entre le roman d’aventures et le thriller. Il nous offre une incroyable variété de paysages, de situations et de personnages. Certains d’entre eux sont au premier plan comme Adam Thobias, Nathan Régnier un microbiologiste, Mia Casal une « anthropologue post-punk éco-féministe néo-sorcière », Arthur Bailly photographe et June, une amie d’enfance de la fille d’Adam. Tous sont amenés à se croiser à un moment de la narration et ils portent les questionnements sur l’État du monde. Pierre Ducrozet souligne bien dans son roman les enjeux climatiques qui sont principalement soumis à une réalité économique et à la lenteur des décisions politiques. « Le grand vertige » semble alors assez désespérant, il fait le constat d’une forme d’impuissance face à l’ampleur de la tâche. Même la meilleure volonté du monde (celle d’Adam) ne semble pas en mesure de sauver la planète où seulement d’amorcer le mouvement. Avons-nous encore assez d’imagination pour trouver des solutions ? Le roman s’achève néanmoins sur une mince lueur d’espoir.

« Le grand vertige » est un roman passionnant, à l’écriture fluide et vivante. Le propos oscille entre émerveillement face à la beauté du monde et désespoir face à ce que l’homme en a fait. Une fiction malheureusement si juste et réaliste.

Finir par l’éternité de Céline Curiol

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Je poursuis ma découverte de la collection « Récits d’objets qui met en valeur des objets exposés au musée des Confluences. Chiara, couturière de son état, s’est commandée sur internet une machine à écrire Olympia de 1965. Un objet sans finalité pour elle, sans utilité mais qui pourra parfaire sa décoration intérieure. Malheureusement, lorsqu’elle ouvre son colis, Chiara découvre un objet étrange qui n’a rien à voir avec sa commande initiale. En faisant des recherches, elle découvre qu’elle a entre les mains une machine à chiffrer qui aurait servi à sécuriser les communications au sein de l’OTAN durant la guerre froide. Forcément l’objet titille la curiosité de Chiara : la machine fonctionne-t-elle encore et si oui, osera-t-elle l’utiliser ?

Céline Curiol nous propose, avec « Finir par l’éternité », une courte intrigue qui flirte avec le roman d’espionnage. Le mystère de la machine à chiffrer s’y prête naturellement. Mais l’autrice ne se contente pas des aventures de Chiara et elle ouvre son texte à des réflexions plus larges portant sur les progrès technologiques et l’obsolescence de plus en plus rapide des machines ; les travaux d’Alan Turing et notamment son jeu de l’imitation ; Adonis et ses représentations. Le centre du texte est néanmoins le secret. Céline Curiol analyse et questionne l’essence même du secret et également sa disparition possible en raison des réseaux sociaux où tout se dévoile.

« Finir par l’éternité » est un texte intrigant qui mélange fiction et réflexion autour d’un objet chargé d’histoire et de mystère.

A la pointe de Pierric Bailly

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« Le bâtiment est cerné d’une vaste surface en béton brut. Je le contourne par la gauche et emprunte un escalier pour aller me réfugier sous son abdomen surélevé, à l’abri au sec.

C’est peu dire que la masse est imposante. Soutenue par une dizaine de poteaux compacts, dont aucun n’est vraiment d’aplomb. C’est ce qui frappe en premier : l’absence quasi totale d’angles droits. Tout est un peu de traviole. Même une simple rampe d’escalier est une ligne brisée. » 

Ce drôle de bâtiment, c’est le musée des Confluences à Lyon. Depuis son ouverture en 2014, la collection Récits d’objets propose à des écrivains de choisir un objet du musée et de créer de la fiction autour de celui-ci.

Le choix de Pierric Bailly est très original puisqu’il choisit d’écrire sur le musée lui-même où il refuse de rentrer. Ce qui intéresse l’auteur, c’est ce qui se déroule autour du bâtiment. « Je me sens mieux à tourner autour, à papoter avec les gens qui passent, qui dansent, qui pêchent, qui travaillent, qui font la manche. » L’auteur l’avoue, les musées l’intimident comme les bibliothèques. 

Pendant quatre mois, Pierric Bailly sillonne les alentours du musée, questionne les personnes croisées sur leur impression à propos de l’architecture du musée. Ce dernier ressemble tour à tour à une grenouille, un vaisseau spatial ou un tamanoir. Sur l’esplanade de béton brut se croisent des skateurs, des danseurs, des sportifs, des promeneurs, des pêcheurs (le musée est à la confluence du Rhône et de la Saône), des SDF. Ce lieu m’a fait penser à l’esplanade qui s’étend au pied du centre Pompidou où gravitent également des foules très diverses. 

Ses errances autour du musée sont aussi l’occasion pour Pierric Bailly d’évoquer l’histoire du quartier Confluence qui est passé de quartier malfamé à quartier moderne et donc cher, de la construction difficile du musée, de faire des rapprochements entre son enfance dans le Jura et sa nouvelle vie lyonnaise, d’inventer les vies des personnes croisées qu’il n’ose pas aborder.

En moins de quatre-vingt pages, Pierric Bailly réussit à rendre l’atmosphère, la vie qui entoure le musée des Confluences. La réflexion de l’auteur, son humanité, la diversité des thèmes abordés, valent que l’on se penche sur ce texte, accessible même si l’on ne connaît pas Lyon. 

Mon mari de Maud Ventura

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« Je suis amoureuse de mon mari. Mais je devrais plutôt dire je suis toujours amoureuse de mon mari. J’aime mon mari comme au premier jour, d’un amour adolescent et anachronique. Je l’aime comme si j’avais 15 ans, comme si nous venions de nous rencontrer, comme si nous n’avions aucune attache ni maison ni enfants. Je l’aime comme si je n’avais jamais été quittée, comme si je n’avais rien appris, comme s’il avait été le premier, comme si j’allais mourir dimanche. »  Et entretenir une telle flamme représente beaucoup d’efforts. La narratrice travaille sans relâche pour être la femme belle et idéale correspondant aux besoin de son mari. Rien n’est laissé au hasard : de sa tenue à sa coiffure, en passant par la musique écoutée ou les livres lus, tout est sous contrôle. Une maîtrise de soi qui tourne à l’obsession.

« Mon mari » est la premier roman de Maud Ventura et il a fait grand bruit à sa sortie en septembre. J’ai attendu pour le découvrir à mon tour et ainsi prendre de la distance avec les nombreux avis lus, qu’ils soient positifs ou négatifs. Et mon avis rejoint le concert de louanges car j’ai eu grand plaisir à lire ce roman où les personnages sont autant manipulés que le lecteur. Du lundi au dimanche, nous suivons le quotidien, à priori ordinaire, de ce couple uni depuis quinze ans, ayant deux enfants et vivant dans un pavillon de banlieue. Mais la narratrice est totalement dépendante à l’amour, elle ne pense qu’à son mari : ce qu’il a fait, ce qu’il a dit ou ce qu’il a omis. Ses enfants passent clairement au second plan chez cette femme rongée par ses névroses. La jalousie, la suspicion, la dramatisation, le ressentiment sont au cœur de sa psyché. Son attitude devient de plus en plus dérangeante et inquiétante au fil des pages. La narration du roman est parfaitement maîtrisée, les obsessions de la narratrice parfaitement dosées pour rendre la lecture addictive. La question qui s’impose aux lecteurs est : jusqu’où va-t-elle aller ? Et l’on se délecte à tourner les pages pour découvrir le fin mot de cette histoire !

Avec un humour grinçant, Maud Ventura décortique, avec talent, les névroses de sa narratrice et réussit ainsi son entrée en littérature.

Ainsi Berlin de Laurent Petitmangin

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Après s’être rencontrés pendant la seconde guerre mondiale, Käthe et Gerd se retrouvent au sein du Parti Communiste. Tous les deux vont s’engager pour la reconstruction de l’Allemangne et notamment de Berlin en ruines. Dans ce cadre, Gerd est en contact avec des ingénieurs, des architectes français, anglais et américains. C’est ainsi que Gerd rencontre Liz qui fait partie de la délégation américaine. Il la rencontre régulièrement au fil des années. A l’est, Käthe met en place un programme où les enfants des élites  intellectuelles seront éduqués dans des centres loin de leurs familles. Ils formeront une génération supérieure qui permettra de reconstruire le pays. Entre l’ouest et l’est, le cœur et les convictions de Gerd balancent.

Pour son deuxième roman publié, Laurent Petitmangin surprend par une intrigue très différente de celle de « Ce qu’il faut de nuit ». « Ainsi Berlin » est quasiment un roman d’espionnage au cœur de la guerre froide. L’auteur reprend les codes de ce type de roman avec des trahisons, des évasions de l’est vers l’ouest, la brutalité du régime communiste. Ce qui est commun aux deux romans de Laurent Petitmangin est la manière dont il imbrique l’intime et le politique. Gerd aime Käthe autant que Liz, ses convictions, ses choix se feront en fonction de ses inclinations pour ces deux femmes. L’évolution de l’engagement de Gerd, sa profonde indécision, sa culpabilité lorsqu’il trahit l’une ou l’autre, sont les thématiques qui sous-tendent ce roman. Laurent Petitmangin reste ici dans sa volonté d’étudier, d’analyser la complexité de la psyché masculine. La question de la filiation est également présente, un fils se glissera dans le trio politico-amoureux.

A nouveau, Laurent Petitmangin nous livre son intrigue dans un style épuré et des chapitres courts. Même si j’ai à nouveau apprécié le mélange entre les convictions politiques et les choix personnels, j’ai trouvé « Ainsi Berlin » moins intense, moins vibrant que « Ce qu’il faut de nuit ».

L’homme qui n’aimait plus les chats d’Isabelle Aupy

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« Imagine une île avec des chats. Des domestiques, des pantouflards et des errants, qui se baladent un peu chez l’un, un peu chez l’autre, pas faciles à apprivoiser, mais qui aiment bien se laisser caresser de temps en temps. Et puis aussi, des qui viennent toujours quand on les appelle, des qui s’échappent la nuit pour funambuler sur les toits, d’autres qui rentrent au contraire pour se blottir contre soi. » Si les chats se sentent si bien sur cette île, c’est que les habitants y vivent de manière libre, dans le respect des autres et de la nature sauvage. Aucune contrainte ne s’y applique, chacun est venu là pour se retrouver, être enfin soi-même. Tout le monde se connaît et se côtoie sans heurts. Le jour où les chats disparaissent de l’île, une inquiétude gagne les habitants. Une menace ne va pas tarder à assombrir leur quotidien paisible.

« L’homme qui n’aimait plus les chats » est un texte court qui prend des airs de dystopie et de parabole. Ici le langage sera manipulé pour faire admettre une nouvelle réalité, pour contrôler et discipliner une population qui refusait de rentrer dans des cases. Isabelle Aupy montre ici la puissance des mots (on pense également à celle des images) qui peuvent modifier notre perception du monde. L’autrice nous appelle également à la vigilance. Ce n’est qu’après que l’on prend conscience de ce que l’on a perdu, de la liberté que l’on a laissé échapper. Il ne faut rien laisser passer, le moindre écart peut faire vaciller notre fragile démocratie. Isabelle Aupy en profite pour critiquer notre monde consumériste où l’envie s’est transformée en besoin et où l’on s’est éloigné de la nature.

« L’homme qui n’aimait plus les chats » est une dystopie originale qui met à l’honneur la liberté, l’altérité et nous demande de rester vigilants.

L’enterrement de Serge de Stéphane Carlier

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Ils sont peu nombreux ceux qui se sont déplacés pour rendre un dernier hommage à Serge Blondeau. Il y a Gilberte, sa mère, venue avec sa voisine et souhaitant faire une annonce importante à la fin de la journée. Brigitte, sa sœur, accompagnée de Bernard son mari et de leur fille, qui espère que sa mère va leur léguer sa maison du Creusot. Bernard, quant à lui, compte demander à la veuve de Serge, l’argent qu’il avait prêté à son beau-frère en 1998. Les voisins du défunt ont également fait le déplacement. Serge a eu une vie mouvementée, a fait des erreurs avant de vivre une vie paisible dans un mobil home en gagnant sa vie comme chauffeur de minibus dans un Ehpad. Pas de quoi susciter l’admiration mais l’enterrement de Serge ne sera peut-être pas aussi triste qu’il n’y paraît.

J’ai découvert Stéphane Carlier avec le charmant « Chien de Madame Halberstadt » où le personnage principal était déjà un loser. C’est ainsi que Brigitte et Bernard voient Serge qui était bien loin de leur vie bourgeoise. Absent, il sera le centre des conversations des différentes personnes présentes à son enterrement. Et au fur et à mesure de la journée, nous apprenons à découvrir Serge, sa rédemption et son bonheur simple et lumineux. Stéphane Carlier sait peindre des personnages qui sont agaçants pour certains mais surtout attachants. Cet enterrement se révèle truculent, agité et plein de surprises. Et comme dans « Le chien de Madame Halberstadt », la fin de l’intrigue est réconfortante, positive et joyeuse.

« L’enterrement de Serge » a moins de charme que « Le chien de Madame Halberstadt » mais il n’en reste pas moins plaisant à lire. Une comédie légère et sympathique.

Ce qu’il faut de nuit de Laurent Petitmangin

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Depuis le décès de la « moman », le père élève seul ses deux fils : Fus et Gillou. Il est ouvrier à la SNCF dans une Lorraine où l’industrialisation est à bout de souffle. Il continue à militer, à chanter l’Internationale avec le peu de camarades qui se déplacent encore dans le local du PC. Il fait ce qu’il peut le père pour tout mener de front et être là tous les soirs pour le dîner avec ses enfants. Il réussit parfois à les amener en vacances loin des mauvais souvenirs et de la douleur de l’absence. Malgré ses efforts, Fus, l’aîné, va bientôt prendre une route dangereuse et détestable. Il se désintéresse de l’école, fréquente des jeunes de l’extrême droite. De quoi faire imploser l’équilibre précaire que le père a essayé d’installer.

Laurent Petitmangin a écrit un premier roman juste et touchant qui plonge au cœur des relations de cette famille modeste. « Ce qu’il faut de nuit » est une histoire d’hommes, une histoire de taiseux, de pudiques qui s’aiment sans arriver à se le dire. On les sent indéfectiblement liés ces trois-là et rien ne semble pouvoir les séparer. Les choix de Fus vont pourtant ébranler ce noyau familial. Et ce que cela fait ressortir, c’est la profonde solitude du père qui se sent totalement perdu et ne sait pas quoi faire pour ramener son fils à la raison. Son profond désarroi est ce qui m’a le plus touchée durant la lecture. Son fils est devenu un étranger à ses yeux mais jamais il ne renoncera à lui.

Ce qui m’a énormément plu dans « Ce qu’il faut de nuit » est la manière dont Laurent Petitmangin entrelace l’intime et le politique. L’histoire de cette famille est aussi celle du territoire dans lequel elle s’inscrit. L’auteur exprime bien la désaffection des militants communistes, les fermetures d’usines, la possibilité de plus en plus acceptable et tentante de l’extrême droite, la nécessité de quitter la région pour réussir, avoir un avenir. L’histoire de cette famille raconte la faillite de la gauche dans les classes ouvrières. Et le désespoir du père vient aussi de ce constat.

Avec une écriture sobre et vibrante, Laurent Petitmangin dresse le portrait bouleversant d’un père perdu qui tente de sauver sa famille. Seules les dernières pages ne m’ont pas entièrement convaincues et j’aurais préféré que l’auteur s’arrête avant.

Seule en sa demeure de Cécile Coulon

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Candre Marchère est un beau parti : riche, pieux, une réputation sans tâche, un vaste domaine. Amand Deville le considère comme le mari idéal pour sa fille Aimée. Au 19ème siècle, une jeune femme de 18 ans ne peut refuser une alliance aussi avantageuse, d’autant plus lorsqu’elle est encouragée par un père adoré. Aimée devient donc la femme de Candre et s’installe dans sa demeure nichée au cœur d’une dense forêt. « En voyant la demeure se dresser sur son flanc d’herbe courte, Aimée ne saurait décrire la couleur des murs, ni le nombre de pièces que pouvait abriter pareil lieu. Le château se fondait dans la végétation, comme s’il était né de la forêt, protégé par elle sans qu’elle le dévore, habillé par ses feuilles et ses plantes grimpantes, bourdonnant d’abeilles, et pourtant étincelant et propre comme les costumes et chevaux de Candre. » Dans cette grande demeure, Aimée va côtoyer Henria, la gouvernante, et son étrange fils Angelin. La solitude, les non-dits vont bientôt assombrir les journées de la jeune mariée.

Etonnamment « Seule en sa demeure » est le premier roman de Cécile Coulon que je lisais. L’autrice s’inspirant ici des romans gothiques, je ne pouvais absolument pas passer à côté. Elle respecte d’ailleurs parfaitement les codes du genre et convoque également le souvenir de « Rebecca » de Daphné du Maurier : une maison imposante, une servante unique et très présente, une première femme disparue jeune qui hante l’héroïne. Bien évidemment, Cécile Coulon s’approprie habilement les codes du roman gothique. Elle y insuffle de nouvelles thématiques et tout particulièrement celle du désir. Aimée découvre ce que signifie être mariée, sa sensualité s’éveille au contact de son mari mais pas seulement.

L’écriture de Cécile Coulon est élégante, très travaillée pour coller parfaitement à l’époque et au genre choisis. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire « Seule en sa demeure » mais j’ai un petit bémol. Même si les secrets semblent nombreux au domaine Marchère, même si la forêt est formidablement décrite et contribue à l’atmosphère du roman, j’aurais aimé que celle-ci soit plus sombre, plus inquiétante. La menace, qui s’affirme à la fin du livre, aurait mérité d’être plus appuyée tout au long du roman. La noirceur abyssale dans laquelle nous plongeait Lucie Baratte dans « Le chien noir » m’avait plus convaincue.

« Seule en sa demeure » m’a permis de découvrir enfin la plume de Cécile Coulon, j’ai dévoré son dernier roman et apprécié sa façon de revisiter le roman gothique même si j’aurais voulu que l’ambiance soit plus inquiétante.

Merci aux éditions de l’Iconoclaste pour cette lecture.