Bilan livresque et cinéma de juillet

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Voici un mois de juillet bien rempli, avec sept livres, et très éclectique comme j’aime ! Du côté des romans déjà chroniqués, j’ai passé un excellent moment en compagnie de Croquette, le carlin héros du livre de Stéphane Carlier ; j’ai enfin lu mon premier roman de R.J. Ellory avec « Le jour où Kennedy n’est pas mort » et j’ai poursuivi ma découverte du fantaisiste Romain Meynier avec son premier roman « Revoir Marceau ». J’ai achevé la lecture des Rougon-Macquart avec « Le docteur Pascal », j’essaierai de vous faire un bilan de mes lectures de la fresque d’Emile Zola. Je vous parle très rapidement de deux courts romans que j’ai adorés : « La maison dans l’impasse » de Maria Messina qui parle de la condition féminine dans la Sicile du début du 19ème et « Notre château » d’Emmanuel Régniez qui revisite les romans gothiques.

Et côté cinéma, j’ai également vu sept films :

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Jean-Pascal, 38 ans, acteur au chômage, veut lancer une marche de contestation noire place de la République. Pour donner de la visibilité à son projet, il contacte des personnalités de la communauté comme Gloria Tgabo, Joey Starr, Fabrice Eboué, Eric Judor ou l’humoriste Fary qui finit par suivre de près le projet. Le problème, c’est que Jean-Pascal est maladroit, naïf et peut-être un peu benêt. Ses rencontres avec des vedettes tournent à la catastrophe.

Jean-Pascal Zadi utilise le biais d’un faux documentaire pour faire l’état des lieux de la visibilité de la communauté noire en France. Les séquences s’enchaînent, hilarantes et souvent complètement déjantées comme celle qui voit s’affronter Fabrice Eboué et Lucien Jean-Baptiste ou celle où Eric Judor comprend qu’il est noir et pas seulement autrichien ! Mais d’autres scènes soulignent le racisme latent dans notre société. Dans un casting, Jean-Pascal se voit proposer le rôle d’un dealer violeur et dans un autre, Mathieu Kassovich lui mesure la largeur des narines parce qu’il cherche un noir et pas un black. Le côté potache du film s’arrête totalement lorsque Jean-Pascal se fait brutalement interpeller par la police. « Tout simplement noir » n’est donc pas qu’une énorme farce. Les numéros des différentes personnalités, leur autodérision sont vraiment excellents.

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Le film débute comme une belle carte postale de vacances : Chloé, Tim et leur fille Tommy habitent une belle maison où il fait bon vivre et leur quotidien ressemble à une publicité pour Ricoré. Mais cette situation est une belle illusion, la famille vit en réalité dans un bateau amarré dans un port breton. Tim aime à raconter des histoires et à faire marcher sa fille. L’inattendu, la fantaisie sont au cœur de la vie de Tim et Chloé. Et on sent que Tommy, qui va faire sa rentrée au collège, aimerait un peu plus de stabilité. Elle semble être un peu mise à l’écart par ses camarades. En lui montrant « Freaks », son père lui explique que la morale du film est de toujours se méfier de la normalité. Pas évident à suivre pour une pré-ado…

Le film de Bruno Merle m’a fait penser à « Little miss Sunshine » pour le côté lumineux et la famille dysfonctionnelle. Il y a beaucoup de fraîcheur dans cette jolie comédie et beaucoup de tendresse pour les trois personnages principaux. Le comportement fantasque de Tim n’est jamais jugé, même lorsqu’il va trop loin. Les aventures rocambolesques de la famille ne cessent de nous surprendre et la réalité n’est jamais celle que l’on croit. Pio Marmaï fait merveille dans le rôle de ce père décalé au passé trouble et perpétuellement en mouvement.

Et sinon :

  • « L’envolée » de Eva Riley : Leigh, 14 ans, est une jeune gymnaste qui vit près de Brighton. Son père est souvent absent, la jeune fille doit se débrouiller toute seule. Introvertie, solitaire, Leigh n’a pas d’amies et elle se consacre entièrement à son sport. Un jour, son demi-frère, Joe, débarque chez elle. Leigh ne savait pas qu’il existait. « L’envolée » est un film réaliste britannique comme je les aime. Le contexte social reste en retrait par rapport aux films de Ken Loach (même si les camarades de gym de Leigh se moque de sa combinaison moins à la mode que les leurs). Le film se concentre sur la relation lumineuse entre le frère et la soeur. Le courant passe immédiatement entre eux. Joe, petit délinquant, entraîne sa soeur dans ses larcins, ses fêtes, ses balades à moto. La complicité entre Leigh et Joe permet à l’adolescente de sortir de sa réserve, de prendre confiance. Les deux acteurs, Frankie Box et Alfie Deegan, sont confondants de naturel et rendent leurs personnages terriblement attachants. Voilà deux personnages que l’on a du mal à quitter et on aimerait avoir des nouvelles !

 

  • « Été 85 » de François Ozon : Alexis est interrogé part la police, une éducatrice à propos d’un crime qu’il aurait commis. Il ne veut pas parler et c’est son prof de français qui trouve la solution. Alexis doit écrire ce qu’il a vécu durant cet été 85. C’est sa rencontre avec le séduisant David qui va changer le cours de sa vie. Alexis tombe totalement sous le charme de David, indépendant, imprévisible et dévorant la vie à pleine dent. Mais David vit tout à 100% et ses amours sont éphémères. Alexis est gagné par une jalousie dévorante. Été 85 a le charme des premiers amours estivaux. Alexis se laisse submerger par ses sentiments. Cet été lui apprendra également que l’amour est plus complexe, plus cruel que ce qu’il pensait. Sa rencontre avec David sera une initiation a bien des niveaux. François Ozon nous parle, à travers son récit, de la manière dont on écrit les histoires et dont on réécrit la réalité. Le seul problème du film est que dès le départ nous savons qu’un drame a eu lieu, l’intrigue se développe comme un thriller. Mais ce qu’a fait Alexis ne valait pas tant de bruit et la révélation tombe un peu à l’eau. Cela n’enlève rien à la fraîcheur, la spontanéité des deux acteurs principaux : Félix Lefebvre et Benjamin Voisin.

 

  • « Irrésistible » de Jon Stewart : Après l’élection de Donald Trump, le moral de Gary Zimmer, consultant démocrate, n’est pas au beau fixe. C’est une petite vidéo qui va le sortir de sa déprime, celle d’un fermier qui défend les sans-papiers lors d’un conseil municipal. Gary décide de se rendre dans la ville du Wisconsin où a été tournée la vidéo pour faire élire le fermier comme maire. Il sent en lui le renouveau dont ont besoin les démocrates. Mais son arrivée fait du bruit et attire la redoutable Faith Brewster, consultante chez les républicains. « Irrésistible » est une satire piquante et réjouissante du monde politique actuel. Nos deux consultants sont cyniques, arrogants et méprisants avec les habitants de cette bourgade rurale. Ils arrivent avec tout leur attirail technologique, des analystes, des statisticiens pour une simple élection locale. Une démesure qui montre à quel point ils sont totalement déconnectés de la réalité. Leur condescendance en prendra un coup à la fin du film qui s’avère être particulièrement malicieuse. Rose Byrne et Steve Carell sont évidemment irrésistibles dans le rôle des deux consultants bouffis de suffisance.

 

  • « Lucky strike » de Kim Yong-Hoon : Un homme, effectuant le ménage dans un sauna, trouve un sac laissé par un client dans un casier. Le sac est rempli de billets de banque. L’employé cache le sac et se laisse le temps de réfléchir à ce qu’il va en faire. Le point de départ du film de Kim Yong-Hoon n’est qu’une infime partie de son intrigue. Plusieurs histoires, plusieurs personnages (une femme battue, un fonctionnaire de l’immigration, un prêteur sur gages, une hôtesse de bar) se développent en parallèle. On se doute que les différentes intrigues vont se rejoindre, les différents personnages se croiser à un moment ou à un autre. La construction du film évoque celle de « Pulp fiction », et la violence qui va avec. Le sac rempli d’argent est à la base de tout et déclenche des évènements en cascade. Nos personnages sont tous attirés par l’appât du gain et sont prêts à tout pour garder le magot. Le personnage le plus emblématique du film, le plus machiavélique et le plus cruel, est tenu par une femme ce qui est inhabituel dans un thriller. Extrêmement bien ficelé, ménageant de nombreuses surprises, « Lucky strike » mélange l’humour et jeu de massacres avec efficacité.

 

  • « The climb » de Michael Angelo Covino : Mike et Kyle, deux amis, font du vélo ensemble. Kyle va bientôt se marier et Mike lui annonce qu’il a couché avec sa future femme. Il choisit la montée pour le lui avouer afin qu’il ne puisse pas le rattraper. Suite à cette scène d’ouverture, ce sont une dizaine d’années d’une amitié particulière qui se développe sous forme de séquences drôlatiques. Entre embrouilles et retrouvailles, l’amitié de Mike et Kyle est tumultueuse. Mike est imprévisible, instable depuis la mort de sa femme (qu’il a piquée à Kyle), il est devenu ce que l’on appelle un boulet. Il semble incapable de ne pas gâcher la vie du trop gentil et conciliant Kyle. Et pourtant, les deux hommes ne peuvent vivre l’un sans l’autre. La caméra de Michael Angelo Covino est très mobile, virtuose dans certaines scènes comme celle qui se situe à Noël et où le dîner est montré de l’extérieur. Le réalisateur joue le rôle de Mike et son co-scénariste celui de Kyle. On espère que le film n’est en rien autobiographique !

 

 

Bilan livresque et cinéma de juin

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Le mois de juin s’achève et avec lui le mois anglais. Cette 9ème édition fut, comme toujours, un beau moment de partage et l’enthousiasme des participants nous fait toujours chaud au cœur ! Un grand merci à Lou avec qui j’ai eu plaisir à organiser cette session 2020 du mois anglais.

Cette année, j’ai réussi à tenir le programme que je m’étais fixé avec 12 romans et une bande-dessinée. J’ai pu retrouver des auteurs que j’affectionne comme Agatha Christie, Barbara Pym, Zadie Smith, Tessa Hadley ou Angela Thirkell. J’ai découvert les éditions Typhon avec un classique de la littérature anglaise« Billy le menteur »et je me réjouis que ce texte soit republié en français grâce à eux. Ce mois anglais fut également l’occasion de lire le 1er roman d’Elizabeth MacNeal qui est extrêmement prometteur et dont j’attends le prochain roman avec impatience. L’époque victorienne fut à l’honneur avec ce roman mais également avec « Le journal d’un homme sans importance » et un essai passionnant sur le mariage à cette époque. J’ai même réussi à lire en anglais pour participer au challenge « In english, please »de ma chère Alice. Il s’agissait d’un roman jeunesse, il faut être conscient de ses limites !!!

En somme, un mois anglais très réussi où je me suis régalée avec mes différentes lectures. Vivement l’année prochaine que nous fêtions nos 10 bougies !!

Le mois de juin a également été marqué par la réouverture des cinémas et vous vous doutez que j’attendais ça avec impatience ! Je me suis bien évidemment ruée dans les salles et j’ai vu quatre films :

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En 1933, Gareth Jones, conseiller aux Affaires étrangères du gouvernement britannique, cherche à partir en URSS pour interviewer Staline. Il cherche à comprendre d’où vient l’incroyable prospérité de la Russie alors que le reste de l’Europe est en crise. Grâce à un contact là-bas, il réussit à obtenir l’autorisation de se rendre en URSS. Il y découvre la sombre réalité : son contact a été tué et lui-même est étroitement surveillé. Il réussit néanmoins à apprendre que son ami décédé enquêtait sur l’Ukraine. Gareth se rend donc à Kiev et comprend enfin le miracle économique soviétique : l’Ukraine est entièrement pillé de ses céréales, sa population meurt de faim.

Le film d’Agnieszka Holland devait sortir le 18 mars et je l’attendais avec impatience pour découvrir le premier rôle important au cinéma de James Norton. L’attente fut longue mais je n’ai pas été déçue lorsque j’ai enfin pu découvrir ce film. La monstruosité du régime stalinien est au cœur de l’intrigue et plus précisément l’Holodomor. Les scènes en Ukraine souligne de manière frappante tout l’horreur endurée par la population, la famine qui mène aux pires extrémités. Gareth Jones n’aura de cesse de dénoncer les exactions de Staline, il le paiera d’ailleurs de sa vie. Mais face à la vérité qu’il cherche à dévoiler au monde, il y a une machine bien huilée : la propagande soviétique. Celle-ci est même menée par des européens et notamment Walter Duranty, prix Pulitzer et journaliste prestigieux du New York Time. Ce dernier a démenti avec virulence les révélations de Gareth Jones. Duranty vécut jusqu’à l’âge de 73 ans alors que Gareth est mort la veille de ses 35 ans. Le chemin de Gareth Jones va croiser celui de George Orwell qui dénoncera le stalinisme dans « La ferme aux animaux » après avoir cru au miracle soviétique. Le film d’Agnieszka Holland met en valeur un personnage peu connu de l’Histoire et pourtant son combat pour la vérité est admirable et digne d’être salué. L’interprétation de James Norton est à la hauteur du personnage, comme toujours son incarnation est parfaite, son jeu habité. « L’ombre de Staline » montre qu’à chaque époque la vérité a du mal à se faire entendre et qu’il faut rester vigilants.

Et sinon :

  • Benni de Nora Fingscheidt : Benni, 9 ans, est enragée, violente et totalement insoumise. Elle est renvoyée de tous les foyers où elle est placée. Sa mère, qui a eu deux autres enfants, est totalement dépassée et elle ne fait qu’attiser la colère de sa fille aînée. Benni est une enfant fugueuse, extrême et indomptable. Mais plus elle laisse exprimer sa rage et plus l’enfermement psychiatrique menace. Heureusement Benni peut compter sur l’aide d’une assistante sociale empathique et d’un auxiliaire de vie scolaire qui la prend sous son aile. Mais Benni ne connaît pas la demie mesure et quand elle s’attache à quelqu’un, c’est de manière entière et excessive. Le film de Nora Fingscheidt est saisissant. Benni est un tourbillon, un feu-follet qui cherche désespéramment l’affection et l’attention des adultes. Elle est attachante tout autant qu’insupportable. On voit autour d’elle des adultes désemparés, qui lui font parfois plus de mal que bien alors que leurs intentions sont bonnes. Le juste équilibre émotionnel est difficile à évaluer face à une telle personnalité. Helena Zengel interprète magistralement cette enfant insaisissable. « Benni » est un drame percutant et extrêmement touchant.

 

  • La communion de Jan Komasa : Daniel, 20 ans, est enfermé dans un centre pour jeunes délinquants où la violence règne. Il rêve d’entrer au séminaire et il sert à chaque messe le père Thomas. Mais son crime l’empêche d’accéder à son rêve. En sortant du centre, Daniel doit aller travailler dans une scierie à la campagne. En s’y rendant, il croise, dans un village, une jeune fille lui demandant ce qu’il fait dans la vie. Il répond qu’il est prêtre. Il a d’ailleurs subtilisé un des costumes du père Thomas. Daniel se retrouve à devoir remplacer le vieux curé de la paroisse. Le film de Jan Komasa est inspiré de faits réels. Daniel improvise les messes, il réinvente le culte mais son charisme et sa sincérité sont convaincants. Il va même essayer de résoudre les problèmes du village où règne la haine et le ressentiment suite à un drame. Empathique, sensible, Daniel est également brutal, il aime faire la fête autant que célébrer la messe. Son personnage va bousculer le village, les hypocrisies de ses habitants. Pour incarner Daniel, Bartosz Bielenia fait merveille avec un jeu intense. Il porte et emporte le film, son regard est magnétique (voire hypnotique). Un film sur la religion aux allures de thriller et dont le personnage principal est captivant.

 

  • La bonne épouse de Martin Provost : Paulette Van der Beck gère l’école ménagère dont son mari est le directeur. Avec sa belle-sœur Gilberte et sœur Marie-Thérèse, elle enseigne aux jeunes filles l’art de devenir une épouse modèle : cuisine, repassage, couture, savoir-être. Nous sommes en 1967, les femmes n’ont comme horizon que le mariage. La bonne marche de l’école vacille lorsque le mari de Paulette s’étouffe avec un os de lapin chasseur mitonné par Gilberte. Que va devenir l’école ? Le film de Martin Provost est une comédie pétillante et fraîche où l’on voit la révolution féministe en action. La pimpante Paulette va devoir prendre son destin en main et enfin devenir indépendante (même si son amour de jeunesse refait surface). Juliette Binoche est parfaite dans le rôle de Paulette, elle semble prendre un plaisir infini à incarner cette femme qui peu à peu s’autorise à être libre. Yolande Moreau, toujours lunaire, est touchante dans le rôle de Gilberte, fan d’Adamo au cœur tendre. Noémie Lvovsky est quant à elle une sœur Marie-Thérèse sèche et autoritaire avec les jeunes pensionnaires. Ce trio d’actrices fonctionne parfaitement dans cette comédie rythmée et joyeuse.

Bilan livresque et cinéma de mars

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Le mois de mars 2020 va rester dans nos mémoires puisqu’il marque le début d’un confinement dont on ne connaît pas à ce jour la date de fin. Encore une fois, la littérature a été un refuge, un moyen de contourner ou d’oublier pendant un temps cette période si étrange que nous vivons. Entre une semaine de vacances et le début du confinement, mon mois de mars fut donc riche de lectures.

J’ai achevé le Grand Prix des lectrices Elle avec le très beau roman de Elif Shafak « 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange », l’étonnant roman noir de James A. McLaughlin « Dans la gueule de l’ours », l’essai courageux et lucide de Hugo Boris « Le courage des autres », le polar glacé et peu original de Mads Peder Nordbo « La fille sans peau » et le très dense « La soustraction des possibles » de Joseph Incardona. Je vous parle très vite des derniers titres lus et j’espère vous faire un bilan de cette aventure.

Durant le mois de mars, j’ai également pu lire deux essais, celui de Sébastien Rongier sur « Psychose » et celui de Léonor de Recondo sur sa nuit au musée El Greco de Tolède. Six romans viennent compléter cette liste : le percutant « Love me tender » de Constance Debré, l’attachant premier roman de Mesha Maren « Sugar run », l’hilarant« Discours » de Fabrice Caro, l’étrange « La porte » de Magda Szabo, le grinçant « Le bonheur est au fond du couloir à gauche » de J.M. Erre et le formidable « Forte tête »de Edith Ayrton Zangwill. Beaucoup de billets en  perspective !

Côté cinéma, le confinement a raccourci la liste des films, vus en salle, qui sont au nombre de trois. Mon coup de coeur de mars est film qui devait sortir en mai et dont la sortie a malheureusement été annulée : « Emma » de Autumn de Wilde. Il est néanmoins disponible en VOD.

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Le premier film d’Autumn de Wilde est une nouvelle adaptation de « Emma » de Jane Austen. Le scénario a été écrit par Eleanor Catton dont j’avais adoré « Les luminaires ». Le film reste fidèle au roman mais sans rester accroché au texte. Autumn de Wilde apporte du rythme, du piquant à l’histoire originale. La mise en scène est extrêmement fluide et millimétrée ce qui est essentiel à la réussite d’une bonne comédie (l’entrée en scène de Mr Woodhouse-Bill Nighy en est un excellent exemple). Il faut souligner également une photographie splendide et des couleurs particulièrement travaillées. L’ensemble est soigné dans les moindres détails et cohérent. Le film comporte plusieurs chansons folk qui sont toutes d’époque, la réalisatrice a fait un gros travail de recherche en amont pour coller à la réalité de l’époque.

Le casting d »Emma » est absolument remarquable, aucune fausse note n’est à signaler. Anya Taylor-Joy est une Emma plus snob, plus peste que dans les versions précédentes. Elle est aussi agaçante que touchante. Son regard malicieux, son visage extrêmement expressif font merveille.  Johnny Flynn, acteur et chanteur, incarne un Mr Knighley avec charisme, force et sensibilité. Son interprétation me semble également la meilleure dans ce rôle (même si j’aimais beaucoup Jeremy Northam dans la version de 1996). Il faut également souligner les performances de Josh O’Connor, Calum Turner, Bill Nighy, Miranda Hart, Mia Goth. Il est vraiment regrettable que ce film ne sorte pas dans les salles obscures, je croise les doigts pour qu’un DVD comble rapidement ce manque.

Et sinon :

  • « Vivarium » de Lorcan Finnegan : Le film s’ouvre sur un nid où un bébé coucou va jeter par dessus bord les autres oisillons. La scène met mal à l’aise et donne le ton du film. Gemma et Tom sont un jeune couple heureux qui cherche une maison. Ils vont donc dans une agence immobilière où le vendeur est quelque peu étrange… Ils le suivent néanmoins quand ce dernier leur propose de visiter une maison neuve dans un nouveau lotissement. Personne n’y habite encore. Le jeune couple fait le tour de la maison et se rend compte que l’agent immobilier a disparu. Et lorsqu’il tente de quitter le lotissement, il n’y arrive pas. Gemma et Tom sont bel et bien piégés. « Vivarium » est un véritable cauchemar dans un lotissement ripoliné et où il fait toujours beau. Le drame de Gemma et Tom s’accentue lorsqu’il trouve un bébé dans un carton, le voilà le fameux coucou ! Le film évoque un épisode de la « Quatrième dimension » où le quotidien banal vire au fantastique. Ici, nous ne saurons jamais d’où vient cet enfant, de quelle expérimentation Gemma et Tom sont les cobayes et cela n’a pas d’importance. L’intrigue est parfaitement menée avec suffisamment de rebondissements pour nous tenir en haleine. Imogen Poots et Jesse Eisenberg font merveille dans les rôles de Gemma et Tom, pauvre couple projeté dans un monde surréaliste et angoissant.

 

  • « Dark waters » de Todd Haynes : Robert Bilott est avocat d’affaires, il travaille dans un cabinet qui défend les grandes industries chimiques. Sa carrière a l’air toute tracée. Mais un jour, il reçoit la visite d’un fermier qui connaît sa grand-mère. Ses vaches meurent les unes après les autres et il accuse DuPont, un grand industriel chimique, de polluer l’environnement. Robert enquête et se rend compte que tout le monde cherche à masquer ce scandale sanitaire. On ne s’attendait pas à trouver Todd Haynes, « Loin du paradis » et « Carol », dans le registre du film-dossier. L’histoire est ici inspirée de faits réels et l’affaire dura de 1998 à 2013. C’est ce que souligne bien le film, la longueur de l’enquête pour arriver à un procès et l’incroyable ténacité de Robert Bilott. Ce dernier est un héros malgré lui, que rien ne prédestinait à une telle endurance. Il est parfaitement interprété par Mark Ruffalo qui est à l’origine du film. La reconstitution est minutieuse, le quotidien de l’enquête et de Robert Bilott est bien montré. « Dark waters » est un film efficace dont les constats sont effarants.

 

  • « Lara Jenkins » de Jan-Ole Gerster : Lara Jenkins a 60 ans, elle est à la retraite et elle est extrêmement seule. Il faut dire qu’elle ne respire pas la sympathie et la joie de vivre. Elle va assister au concert de son fils qui est pianiste. Lara veut essayer de se rapprocher de lui, de faire oublier sa froideur et sa dureté. Le cinéaste la suit durant cette journée, on comprend au fur et à mesure toute la distance que Lara a mis entre elle et le reste du monde. On comprend aussi qu’elle a été intransigeante avec son fils dans son apprentissage du piano. Un perfectionnisme qui frôla la maltraitance.  La photo et le personnage principal évoquent Bergman. Ce personnage si froid et peu aimable est magistralement interprété par Corinna Harfouch qui m’a fait penser à Isabelle Huppert dans les films de Michael Haneke.

 

 

Bilan livresque et cinéma de février

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Le mois de février m’a vu ouvrir 6 livres et une BD. Parmi les livres du mois, trois font partie de la sélection du grand prix des lectrices Elle qui approche de la fin : « Et toujours les Forêts »qui m’a permis de découvrir la plume sèche et percutante de Sandrine Collette ; « Honoré et moi » la formidable et originale biographie de Balzac par Titiou Lecoq ; « Le consentement » de Vanessa Springora qui a secoué le monde de l’édition et des médias. Le mois de février m’a permis de retrouver l’un de mes auteurs préférés: Jonathan Coe avec « Le cœur de l’Angleterre », roman qui interroge les origines du Brexit et l’identité anglaise. Dernier roman de février, « Heureuse fin » d’Isaac Rosa qui dissèque l’histoire d’amour d’un couple en commençant par la fin. Je vous reparle très vite de ces deux derniers romans. J’ai achevé le mois avec un recueil de nouvelles : « Les enfants s’ennuient le dimanche » de Jean Stafford. Ma seule BD du mois est la suite des aventures de la délicieuse Astrid Bromure qui, cette fois, croise la route d’un yéti ! Si vous ne connaissez pas cette BD jeunesse, je ne peux que vous la conseillez tant elle est réussie.

Et côté cinéma, j’ai pu voir 5 films dont un m’a beaucoup plu :

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Selma, jeune psychanalyste, vient installer son cabinet à Tunis après avoir été formée en France. Elle est née dans la ville mais ses parents l’ont quitté lorsqu’elle était enfant. Les tunisiens pensent ne pas avoir besoin de ses services mais rapidement il y aura la queue devant la porte de Selma. Celle-ci se rendra rapidement compte qu’il est fort difficile d’ouvrir un cabinet à Tunis et d’obtenir les autorisations adéquates. Mais notre belle entêtée ne va pas baisser les bras si facilement. « Un divan à Tunis » est une comédie piquante, savoureuse portée par la toujours lumineuse Golshifteh Farahani qui est pour beaucoup dans la réussite du film. Comme le policier qui ne cesse de venir la contrôler, on suivrait Selma où qu’elle aille ! Mais sous couvert de comédie, le film de Manele Labidi montre une société tunisienne en plein désarroi après la Révolution. Qui va l’emporter : la tradition ou la modernité ? Le cabinet de Selma voit défiler toute une galerie de personnages hauts en couleur ou très touchants. Une comédie pétillante qui vous aidera à oublier la grisaille de l’hiver !

Et sinon :

  • « Le cas Richard Jewell » de Clint Eastwood : Durant les JO d’Atlanta de 1996, Richard Jewell est agent de sécurité. Il prend son rôle très à cœur, il a en effet toujours rêvé d’être policier. Lors d’un concert, Richard remarque un sac à dos abandonné sous un banc. Il donne l’alerte et insiste pour qu’une procédure d’urgence soit lancée. Des démineurs confirment l’intuition de Richard qui participe à l’évacuation et permet de sauver des vies. Il devient un héros national et tous les médias cherchent à l’interviewer. Mais rapidement, le FBI le soupçonne d’avoir lui-même posé la bombe. Il faut dire que Richard est un homme étrange : il vit toujours chez sa mère, collectionne les armes à feu et il est souvent trop zélé dans ses missions d’agent de sécurité. Certains se sont plaints de lui. Clint Eastwood montre dans son film une terrible cabale contre une proie naïve et confiante. Richard a tellement de respect pour la police, le FBI et l’Etat américain qu’il ne peut imaginer une seule seconde qu’il va être accusé de l’attentat. Paul Walter Hauser interprète magnifiquement ce personnage sans colère qui accepte sans broncher les moindres demandes du FBI. Face à lui, une terrible machine s’est mise en branle , le FBI a besoin d’un coupable et trouve des alliés de poids dans les médias qui harcèlent Richard et sa mère (formidable Kathy Bates). Heureusement Richard a un allié, son avocat qui semble être un has-been mais s’avérera précieux. Clint Eastwood offre ici une très belle partition à Sam Rockwell. Avec sobriété, sans en rajouter dans l’émotion, le réalisateur réussit un film captivant.

 

  • « La fille au bracelet » de Stéphane Demoustier : Lise, 18 ans, est accusée d’avoir brutalement assassinée sa meilleure amie Flora. Elle est la dernière personne à l’avoir vue vivante et peu de temps avant les deux jeunes femmes avaient eu un grave différend. Lise ne sort plus de chez elle, elle suit des cours par correspondance. Sa famille est ébranlée et attend avec inquiétude le résultat du procès. Il y a quelques mois, j’avais vu « Acusada » de Gonzalo Tobal dont Stéphane Demoustier s’est inspiré pour son film. Le film argentin se concentrait sur la vie à l’intérieur de la maison alors que le réalisateur français s’intéresse en priorité au procès lui-même. Le silence est primordial dans le film : celui des parents de Lise qui semblent murés dans leur douleur, celui de Lise, laconique et impassible durant son procès. La jeune femme est peu aimable, arrogante, mystérieuse et le manque d’empathie que l’on ressent pour elle nous entraîne à douter de son innocence. Les parents eux-mêmes doutent, ils découvrent une Lise très différente de celle qu’ils connaissent. Le casting est parfait, tout en justesse et en sobriété. Le moment où la mère, Chiara Mastroianni, vient à la barre, nous permet d’assister à un très beau moment de fragilité et d’humanité.

 

  • « Lettre à Franco » de Alejandro Amenabar : 1936, la junte militaire vient de renverser la république espagnol. A Salamanque, le poète et philosophe Miguel de Unamuno se réjouit du retour à l’ordre, la peur du communisme le rend aveugle à la menace. Peu à peu, le général Franco va prendre le pouvoir sur les autres militaires. Unamuno voit les choses changer autour de lui. Deux de ses amis proches sont arrêtés, torturés et assassinés. Le philosophe ouvre les yeux, un peu trop tard. Je ne connaissais pas Miguel de Unamuno avant de voir le film d’Amenabar. Le personnage est finement analysé et interprété par Karra Elejalde. Au travers de son personnage, on voit la manière sournoise avec laquelle Franco s’est imposé. Il semble un peu stupide, falot, sans charisme mais il s’avère un fin manipulateur et calculateur. Unamuno se réveille tardivement et il s’opposera en public au général Millà-Astray, bras droit de Franco. Son discours est vibrant, brillant mais bien-sûr il est déjà trop tard. Très classique sur la forme, le film est très intéressant et nous rappelle la naissance de la barbarie en Espagne qui ne prendra fin qu’à la mort de Franco en 1975.

 

  • « Scandale » de Jay Roach : Été 2016, le monde des médias américains est ébranlé : Roger Ailes, patron de la très conservatrice Fox News, est accusé de harcèlement sexuel par l’une de ses présentatrices. Gretchen Carlson a été limogée et elle décide d’attaquer son ancien patron au risque de ruiner totalement sa carrière. L’autre grande présentatrice de la chaîne, Megyn Kelly est partagée. Elle aussi pourrait porter plainte mais elle est aussi reconnaissante pour sa carrière. Une jeune journaliste, républicaine et chrétienne, va rapidement comprendre qu’il faut qu’elle raccourcisse ses robes si elle veut réussir. « Scandale » est un film-dossier efficace comme les américains savent en faire. Les premières images à la rédaction de la chaîne ne nous montrent que des jeunes femmes blondes, minces aux jupes au-dessus des genoux. La patte de Roger Ailes sur ses employées est clairement visible et une scène entre la jeune recrue et lui fait vraiment froid dans le dos. De la part de Fox News si conservatrice, cela n’étonne pas et le courage de Gretchen Carlson n’en est que plus remarquable. Le propos du film est servi par trois excellentes actrices : Nicole Kidman, Charlize Theron et Margot Robbie. Jay Roach montre une société en mutation, une domination masculine mise à mal.

Bilan livresque et cinéma de janvier

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C’est parti pour une nouvelle année de lecture et de cinéma et j’espère qu’elle sera riche de découvertes et de belles surprises. Elle démarre déjà très bien avec 7 livres à mon compteur dont une merveille absolue : « Vie de Gérard Fulmard » de Jean Echenoz, bijou d’épure et de précision. Autre roman lu durant ce mois, « Les forestiers » de Thomas Hardy, il faut savoir revenir aux classiques surtout lorsqu’ils sont victoriens !!! J’ai également lu trois polars : « Où les roses ne meurent jamais » de Gunnar Staalesen, « Sous les eaux noires » de Lori Roy qui est assez décevant et « Sacrifices » de Allison Cooper qui est un véritable page-turner. Viennent compléter mon palmarès « L’avenir de la planète est dans notre assiette » de Jonathan Safran Foer et la formidable BD consacrée aux Zola par Mélanie Marcaggi et Alice Chemama.

Et du côté du cinéma, je débute l’année avec 5 films :

Mes coups de cœur :

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L’histoire de « 1917 » est des plus simples : deux jeunes soldats se portent volontaires pour amener un message urgent à plusieurs kilomètres de leur camp, à Ecoust-Saint-Mein. Le bataillon anglais qu’ils doivent rejoindre, risque de tomber dans un piège tendu par les troupes allemandes. Les deux jeunes militaires doivent atteindre le bataillon avant l’aube. Le film de Sam Mendes est une boucle : il s’ouvre et se clôt sur un homme assis contre un arbre. Entre ces deux moments se déploie un unique et long plan séquence qui nous montre la mission en temps réel des soldats Blake et Schofield. A part une astuce pour passer du jour à la nuit, le plan séquence semble fluide, sans montage ni coupures. La caméra suit les deux hommes de très près, ne les lâche pas en passant devant, derrière eux dans un continuel mouvement. Nous voici donc plongés dans l’enfer de la Somme où Blake et Schofield vont rencontrer les pires obstacles et c’est à bout de souffle que nous les suivons dans des ruines, des fermes ou des tunnels abandonnés, dans les tranchées. Les images de nuit de la ville d’Ecoust en ruines sont tout particulièrement spectaculaires et ressemblent à un cauchemar. La technique est bluffante mais le parcours de nos deux jeunes soldats est également plein d’émotions (la scène où Schofield trouve dans les ruines d’Ecoust une jeune femme et un bébé est très touchante). Deux acteurs quasi inconnus tiennent les rôles des deux soldats : George MacKay et Dean-Charles Chapman, tous les deux parfaitement impeccables et justes. Sam Mendes se paie le luxe d’avoir Colin Firth, Benedict Cumberbatch ou Richard Madden dans des seconds rôles. Loin d’un film gadget où l’on veut éblouir par la technique, « 1917 » est un film saisissant, parfaitement maîtrisé et qui se regarde en apnée.

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Trente ans après la guerre civile au Guatemala, le général Enrique est enfin jugé. Il est accusé de génocide sur les indiens. Condamné, il est ensuite gracié et peut rentrer chez lui avec sa femme, sa fille et sa petite-fille. A part Valeriana, tous les serviteurs indiens ont quitté la maison. Celle-ci est encerclée par les manifestants qui brandissent les portraits des personnes disparues pendant la guerre. Malgré cela, une jeune indienne, Alma, se présente pour travailler chez le général. Le film de Jayro Bustamante est absolument saisissant. Il allie le réel et le magique, les morts viennent hanter le quotidien de la maison et les rêves de ceux qui y habitent. L’atmosphère du film devient rapidement étouffante, l’impossibilité de la quitter la rend oppressante. Hallucinations auditives et visuelles, femme aux longs cheveux, robes blanches, eau qui déborde, Jayro Bustamante utilise les codes du film fantastique pour montrer l’horreur de la situation et du passé. Deux scènes m’ont particulièrement marquée : celle où une vieille indienne témoigne au procès du général avec dignité et une voix d’outre-tombe ; celle de la fin où une expiation est possible. « La Llorona » s’achève sur un cri déchirant que je ne suis pas prête d’oublier.

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« Les quatre filles du docteur March » est une œuvre que j’ai lue et dont j’ai vu plusieurs adaptations depuis mon enfance. J’avais donc hâte de découvrir ce que Greta Gerwig allait en faire. Et je dois dire que le résultat est particulièrement réjouissant. La réalisatrice déconstruit la chronologie du roman. Cela lui permet de faire des aller-retours entre passé et présent et de mettre en résonance plusieurs scènes entre elles (comme la splendide scène de plage). Greta Gerwig insiste donc clairement sur la perte de l’enfance, sur les souvenirs si précieux que les sœurs ont partagés.  L’âge adulte a apporté son lot de déception et de déconvenues. L’histoire des sœurs March est alors teintée de nostalgie, de mélancolie. Le personnage de Jo est clairement le préféré de la réalisatrice. Jo est impétueuse, volontaire, fière et en quête d’émancipation. Saoirse Ronan l’incarne parfaitement. Et son duo avec Timothée Chalamet/Laurie est un véritable régal. Ils apportent beaucoup de fraîcheur et de fantaisie au film (la danse sous le perron d’une maison est formidable). Mais l’ensemble du casting est à saluer avec une mention spéciale à Florence Pugh qui incarne une Amy d’une grande lucidité quant au rôle des femmes. A ce propos, j’ai également beaucoup apprécié les scènes où Jo discute avec son éditeur et renvoie à ce que Louisa May Alcott a elle-même vécu lorsqu’elle a publié « Little women » et à la volonté de son éditeur de voir les quatre filles mariées. Greta Gerwig réussit donc à dépoussiérer ce grand classique de la littérature jeunesse pour le plus grand plaisir des spectateurs.

 

Et sinon :

  • « Revenir » de Jessica Palud : A la demande de sa mère souffrante, Thomas revient dans la ferme familiale qu’il a fui douze ans plus tôt. Il vit à Montréal où il possède un restaurant. Les relations avec son père son plus que tendues. A la ferme, il fait la connaissance de Mona, la veuve de son frère cadet, et leur jeune fils. Thomas apprend à apprivoiser ces nouveaux membres de sa famille. Le thème principal du film est celui du retour aux origines mais également du remplacement du frère disparu par celui qui revient. Thomas ne souhaitait pas passer sa vie dans cette ferme, on devine que le frère restant a du endosser ce rôle, prendre la relève que son aîné refusait. Le retour est donc placé sous le signe de la culpabilité mais également de la sensualité. C’est l’été, il fait chaud, les corps ruissellent et sont dorés par le soleil. La réalisatrice filme merveilleusement bien les corps de Mona et Thomas, jeunes et beaux. Les deux rôles sont interprétés par Adèle Exarchopoulos, qui dégage toujours beaucoup de sensualité, et Niels Schneider. Ce dernier est un acteur dont je suis le travail attentivement depuis « Diamants noirs » et qui m’a ébloui dans « Sympathie pour le diable », vu récemment. Ici, il incarne Thomas avec beaucoup de subtilité, de retenue, une sensibilité à fleur de peau parfaite pour ce rôle.

 

  • « Les siffleurs » de Corneliu Porumboiu : Cristi est un policier corrompu et il est mis sur écoute par sa hiérarchie. Il rencontre Gilda qui l’approche dans un but bien précis : faire libérer un mafieux incarcéré. Elle n’a aucun mal à convaincre Christi de l’aider contre une grosse somme d’argent. Pour que l’opération fonctionne, Christi doit se rendre sur l’île de Gomera où il doit apprendre un langage sifflé. Une phrase peut résumer ce que j’ai ressenti en voyant le film : trop d’ellipse tue l’ellipse. Pourtant, le réalisateur roumain utilise tous les codes du film noir : une femme fatale, un policier corrompu, des gangsters, de l’argent caché, la mise sur écoute. Il s’amuse même en glissant des citations de « Gilda » ou de « Psychose ». Mais l’histoire s’avère extrêmement difficile à suivre, j’avoue qu’à la fin j’ai été agacée par les ellipses et les incohérences qu’elles génèrent.

Bilan livresque et cinéma de décembre

Voici venu le dernier bilan mensuel de 2019. Six romans complètent mes lectures de 2019 et deux BD. J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de« Dévorer le ciel »qui a confirmé mon manque d’affinités avec les romans de Paolo Giordano, et de « Cape May »un bon divertissement sur la puissance du désir. Je poursuis toujours ma lecture de la série des Rougon-Macquart avec le 18ème volume : « L’argent ». La fin se rapproche !! Dans le cadre du formidable Prix bookstagram du roman étranger, j’ai lu « Orange amère » de Ann Patchett et « En attendant Eden » de Elliot Ackerman, deux formidables romans dont je vous parlerai en janvier. Je pense finir l’année sur un autre roman pour ce même prix « Cadavre exquis d’Agustina Bazterrica. Viennent s’ajouter deux BD :  « Dans la forêt », une adaptation fidèle du roman de Jean Hegland dont les dessins ne m’ont pas séduite, « Dans la tête de Sherlock Holmes » dont je vous reparlerai et dont la mise en page est extrêmement imaginative. J’en ai fini avec ce bilan de décembre du côté des livres et des BD. Je ferai bien entendu un bilan annuel après le 1er janvier.

Cinq bons films ont également ponctué mon mois de décembre dont trois ont été plus marquants :

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Matilda accouche de son premier enfant, Gloria. Sa famille l’entoure : son mari Richard, sa mère et son beau-père, sa sœur Aurore et son mari Bruno. Le grand absent est le père de Matilda, Daniel, qui est en prison pour avoir tué un homme. Il sort bientôt et rejoint Marseille pour faire connaissance avec sa petite-fille. Il retrouve une famille plongée dans la précarité et les difficultés financières.

Le 21ème film de Robert Guédiguian est un mélodrame social implacable qui nous montre la déliquescence de la société et sa précarité galopante. La mère de Matilda est femme de ménage, son mari est chauffeur de bus (ce qui permet au réalisateur de nous montrer sa très chère ville, ses nouveaux quartiers, ses travaux, ses quartiers laissés à l’abandon), tous les deux ont du mal à boucler les fins de mois. Malgré cela, ils aident Matilda qui peine à trouver un emploi stable. Son mari est chauffeur dans une société type uber et doit payer le crédit de sa voiture. Les seuls qui réussissent sont Aurore et Bruno, ce sont deux cyniques qui exploitent la misère des autres. Eux refusent d’aider Matilda qu’ils considèrent comme ratée. La solidarité n’existe plus, même pour la famille proche. Seuls les parents ont encore le sens de la générosité et du partage. « Gloria mundi » est bien sombre, rien ne semble pouvoir éclairer le quotidien des personnages. Voir un film de Robert Guédiguian, c’est avoir aussi l’impression de retrouver une famille. Le noyau historique est là : Ariane Ascaride qui a reçu le prix d’interprétation à la Mostra de Venise, Jean-Pierre Darrousin et Gérard Meylan qui est ici un bloc de solitude et incarne le personnage le plus touchant du film. On retrouve aussi la jeune garde qui a rejoint peu à peu la troupe : Anaïs Demoustier, Robinson Stevenin, Grégoire Leprince-Ringuet et Lola Naymark. Encore une fois, un casting impeccable au service du cinéma social et réaliste de Robert Guédiguian.

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Si vous aimez Agatha Christie et les parties de Cluedo, ce film est fait pour vous. Harlan Thrombey, célèbre auteur de polars est retrouvé mort dans son manoir. La police conclut à un suicide. Mais un détective privé, Benoit Blanc, a été engagé pour démontrer qu’il s’agit d’un meurtre. La veille, Harlan avait invité l’ensemble de sa famille pour son anniversaire. Il y avait la fille aînée, Linda, qui a réussi dans l’immobilier, Walt qui tient les rênes de la maison d’édition et publie les textes de son père et Joni la belle-fille. Tous ont bien évidemment de bonnes raison de vouloir la mort de Harlan. Mais le testament de ce dernier leur réserve une mauvaise surprise.

« A couteaux tirés » est un régal. Tout d’abord, l’intrigue est extrêmement bien ficelée. Elle se développe à travers des flash-backs, chacun présente la soirée de la veille selon son point de vue. La bonne idée est le personnage qui ne sait pas mentir et vomit dès qu’il le fait. Ce qui crée des gags visuels qui se rajoutent aux formidables dialogues, ciselés. L’intrigue, qui semble simple, nous réserve des surprises, des rebondissements bien sentis. En plus d’une excellente intrigue, « A couteaux tirés » nous offre des numéros d’acteurs savoureux. Le casting est de haute qualité : Daniel Craig, Jamie Lee Curtis, Toni Collette, Chris Evans, Michael Shannon, Don Johnson, Christopher Plummer. Et c’est un grand plaisir de spectateur que nous offre le film de Rian Johnson, un divertissement de qualité.

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Evelyne Ducat est portée disparue sur le plateau enneigé des Causses. Sa voiture a été trouvée au bord de la route. Dans cette région isolée, cette disparition questionne.

Le dernier film de Dominik Moll est adapté du roman éponyme de Colin Niel. L’intrigue donne la parole aux différents personnages : Alice, assistante sociale qui parcourt le plateau pour ses rendez-vous, Joseph agriculteur taiseux et inquiétant, Marion jeune serveuse amoureuse d’Evelyne et Michel le mari d’Alice. Chacun éclaire la disparition d’Evelyne, les récits se croisent, dévoilent des événements ou créent plus des zones d’ombre. La construction est l’un des points forts du film. Elle peut sembler tortueuse (d’autant plus que le film s’ouvre sur Abidjan) mais elle est en réalité très fluide, elle apporte et entretien le suspens. L’autre point fort du film, ce sont les acteurs : Denis Menochet, Laure Calamy, Valeria Bruni-Tedeschi, Damien Bonnard. Leurs personnages sont totalement seuls, isolés et pas seulement géographiquement. Tous semblent avoir un besoin impérieux d’être aimé. La fin du film le souligne d’ailleurs de manière forte. « Seules les bêtes » est un excellent Dominik Moll, parfaitement construit et servi par une solide troupe d’acteurs.

Et sinon :

  • Notre Dame de Valérie Donzelli : Maud Crayon est architecte. Elle a deux enfants et un ex envahissant. Sa carrière stagne quand un coup de pouce du destin va lui permettre de participer au concours pour l’aménagement du parvis de Notre Dame. Son projet, prévu au départ pour une aire de jeux, va remporter le concours. Et les ennuis vont commencer pour Maud, à commencer par le retour de son amour de jeunesse Bacchus. Valérie Donzelli revient avec une comédie tourbillonnante et d’une grande légèreté. Elle met en scène une ville de Paris noyée sous des trompes d’eau, le climat se dégrade et pas seulement au niveau météorologique. Les parisiens ne cessent de s’envoyer des gifles ! Face à ce chaos, Maud essaie de tout gérer avec maladresse et un charme désarmant. « Notre Dame » a des petits côtés Nouvlle vague d’une grande fraîcheur. Valérie Donzelli manie la fantaisie, la poésie à merveille et son dernier film retrouve l’esprit du premier « La reine des pommes ».

 

  • The lighthouse de Robert Eggers : A la fin du XIXème, deux gardiens de phare accostent sur une île désolée. Ils sont là pour quatre semaines. Il y a le gardien chevronné qui se garde le privilège de s’occuper de la lumière du phare et le débutant qui doit obéir à chaque ordre et faire le sale boulot. Tout se passe bien (ou presque) pendant quatre semaines. Malheureusement, au moment de leur départ, une tempête s’abat sur l’île, empêchant la relève d’arriver. Voilà un film qui ne peut pas s’oublier ! Tout en noir et blanc, le film de Robert Eggers évoque l’expressionnisme. La musique bruitiste, l’austérité de la mise en scène nous plongent dans un univers à part, original et inquiétant (et par moment frisant le fantastique). Et que dire des deux personnages ? Affreux, sales et méchants sont des adjectifs qui les résument assez bien. Ils sont répugnants au possible, leur relation est malsaine. Une fois le retour impossible, la violence et la folie guettent les deux acolytes. Willem Dafoe et Robert Pattinson sont saisissants et franchement dérangeants (ou dérangés !). « The lighthouse » est un film surprenant flirtant avec l’absurde et la folie.

 

Bilan livresque et cinéma de novembre

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Le mois de novembre fut fructueux en lectures : 6 romans et 3 BD. J’ai commencé le mois avec un roman qui me tentait depuis longtemps « Ida Brandt » de Herman Bang et je n’ai pas été déçue par cette lecture que je vous conseille à nouveau. Le Grand Prix des lectrices Elle 2020 a beaucoup occupé mon mois de novembre avec un roman ample parlant d’absence et de trahison, « Berta Isla » de Javier Marias, un document réjouissant  « Jouir »de Sarah Barmak ; deux polars « Une famille presque normale » qui crée le doute chez le lecteur jusqu’à la dernière page et « Ma part de cruauté dont je vous parle bientôt mais qui est décevant ; un roman graphique « Le roman des Goscinny » qui ne m’a pas emballée. J’ai également lu « New York sera toujours là en janvier » qui est un roman de jeunesse du grand Richard Price et qui nous raconte la difficile entrée dans l’âge adulte de son héros. J’ai découvert grâce à ma copine Miss Léo, une formidable BD dont je vous reparle très vite : « Les Indes fourbes » de Ayroles et Guarnido. Après avoir adoré « La partition de Flintham »de Barbara Baldi, j’ai lu « Ada » dont la beauté plastique m’a enchantée.

Du côté du cinéma, j’ai également eu un excellent mois avec des films aux thématiques très variées.

Mes coups de cœur :

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Le film de Roman Polanski s’ouvre sur une scène magistrale et glaçante, celle de la dégradation militaire du capitaine Alfred Dreyfus le 5 janvier 1895. L’antisémitisme se hurle derrière les grilles de l’Ecole Militaire. Le capitaine est ensuite envoyé sur l’Ile du diable pour y purger sa peine. Roman Polanski nous raconte surtout l’histoire de sa réhabilitation et se concentre sur celui qui a en grande partie contribué à celle-ci : le lieutenant-colonel Marie-George Picquart. Ce dernier a participé à l’enquête et il s’est félicité de l’arrestation de Dreyfus. On lui offre une promotion, il devient chef du service de renseignement. C’est là, dans des dossiers poussiéreux, qu’il va découvrir la machination (grossière d’ailleurs) à l’oeuvre pour faire tomber Dreyfus. Roman Polanski montre tous les rouages de l’infamie, l’indignité des hauts gradés, l’antisémitisme galopant et ordinaire de la France de la fin du 19ème siècle. Roman Polanski réussit à rendre l’enquête de Picquart palpitante, elle concentre les grandes thématiques du réalisateur  comme l’enfermement, la persécution. Son casting est impeccable avec en tête Jean Dujardin, un fantomatique Louis Garrel et de nombreux acteurs de la comédie française.

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1992, Sarajevo est assiégée. La ville est criblée de balles et d’obus. Des snipers sont présents partout. Paul Marchand est un journaliste free-lance qui couvre le siège depuis le début. Il n’a peur de rien, traverse Sniper Alley à fond la caisse dans sa vieille voiture, va compter les morts à la morgue, passe les check-points pour interroger les Serbes. Paul Marchand cherche à dire la vérité dans ce chaos, veut témoigner de l’horreur vécue par les habitants de Sarajevo.

Guillaume de Fontenay rend un hommage magnifique à Paul Marchand, mort en 2009, sa caméra ne le quitte pas une minute. C’est un personnage flamboyant, trompe-la-mort et intransigeant. On le voit à plusieurs reprises malmener d’autres journalistes. Paul Marchand, bonnet vissé sur la tête et cigare toujours allumé, n’est pas là pour être aimable. Il semble totalement habité par la tragédie qu’il côtoie. Et l’on peut saluer la formidable performance de Niels Schneider (toujours parfait décidément) qui incarne avec fièvre et rage le journaliste. A ses côtés, Vincent Rottiers incarne son photographe avec nervosité et justesse. Avec eux deux, nous sommes plongés au cœur du conflit, au cœur d’une ville martyrisée, plongée dans un brouillard de cendres et de poussière. Un film qui nous permet de ne pas oublier que le siège de Sarajevo reste le plus long de l’ère moderne.

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Au lendemain de la victoire de l’équipe de France de foot en coupe du monde, les esprits s’échauffent à Montfermeil, à l’est de Paris. Un lionceau a été volé dans un cirque de gitans. Ces derniers viennent réclamer leur bien aux caïds de la cité. La BAC arrive pour calmer le jeu et les policiers se chargent de retrouver l’animal. Cet événement anodin va malheureusement tourner au drame et mettre le feu à la cité.

« Les misérables » est un film exemplaire sur les banlieues. Jamais manichéen, Ladj Ly sait nous montrer le quotidien des habitants avec nuance et mesure. Les différents groupes, qui constituent Montfermeil, nous sont tour à tour présentés : les trois flics de la BAC dont un qui vient d’arriver de Cherbourg, « le maire » caïd en chef qui gère les problèmes de chacun, les musulmans radicaux, les trafiquants de drogue et les enfants qui s’ennuient ferme et cumulent les bêtises (filmer les filles avec un drone, voler un lionceau, etc…). Chaque groupe est présenté sans à priori, sans colère et sans haine. Chacun vit le même quotidien, dans la même ville abandonnée de tous. Le début du film nous offre plusieurs scènes drôles avant de tourner au drame et à l’émeute. Ce qui est terrifiant, c’est le rôle des enfants dans cette histoire. La violence est de leur côté avec à leur tête un Gavroche moderne plein de rage et de soif de vengeance. La fin laisse un souffle d’espoir et il faut saluer ce film remarquablement équilibré et juste.

Et sinon :

  • J’ai perdu mon corps de Jérémy Clapin : Voilà un dessin animé étonnant, il débute sur l’évasion d’une main d’un laboratoire où elle est entreposée. Elle s’élance, saute par la fenêtre et continue son chemin sur les toits. On suit son parcours avec inquiétude comme toute scène d’évasion. On comprend rapidement qu’elle cherche à retrouver son corps, celui de Naoufel. La main se remémore son enfance, lorsqu’elle était encore rattachée au corps de Naoufel. Ce dernier veut alors devenir astronaute ou concertiste comme sa mère. La famille est harmonieuse, l’enfant s’y épanouit et enregistre tous les bruits, les voix qui l’entourent. Mais un drame survient. Le brillant avenir de Naoufel devient un triste présent. Il est devenu livreur de pizzas, ses rêves ont disparu. La rencontre avec une jeune femme va peut-être tout changer. Le film de Jérémy Clapin est aussi original sur la forme que sur le fond. Le dessin et l’histoire dégagent énormément de poésie. C’est à la fois un thriller, un récit d’apprentissage, une histoire d’amour. Tout y est parfaitement maîtrisé et l’on s’attache à Naoufel, jeune homme maladroit et mélancolique.

 

  • Le traître de Marco Bellocchio : A Palerme, les vieilles familles de Cosa Nostra célèbrent les dividendes reçus de la vente de l’héroïne. Au banquet sont conviés de nouveaux arrivants venus de Corleone. Mais rapidement, les nouveaux partenaires se transforment en bourreaux. Les vieilles familles palermitaines sont éliminées, enfants compris. Tommaso Buscetta a fui au Brésil avant d’être assassiné comme certains membres de sa famille. Arrêté par la police brésilienne, il est extradé et décide de parler au juge Falcone. Il veut faire tomber ceux qui se sont éloignés du code d’honneur de Cosa Nostra. Marco Bellocchio se concentre surtout sur la suite des aveux de Buscetta, lui qui se dit simple soldat et qui préfère l’argent et les femmes au pouvoir. Ses discussions avec le juge Falcone sont très intéressantes et elles montrent deux hommes intelligents jouant au chat et à la souris. Les révélations de Buscetta ont permis l’arrestation de dizaines de mafieux. Les scènes de procès sont ahurissantes, c’est un véritable cirque où tout le monde s’invective. Les caméras dans les cellules montrent des hommes qui auraient toute leur place en asile psychiatrique. Marco Bellocchio souligne également toute la complexité du phénomène mafieux. Buscetta est considéré comme un traître et les gens manifestent contre les arrestations. Les pancartes indiquent : mafia=travail. Un peu long sur la fin, le film de Marco Bellocchio montre bien toute l’ampleur et la complexité de la pieuvre.

 

 

Bilan livresque et cinéma d’octobre

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Le mois d’octobre est terminé et huit romans m’ont accompagnée pendant que les feuilles jaunissaient doucement. J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de certains d’entre eux : le splendide « Le ghetto intérieur » de Santiago H. Amigorena (quelqu’un peut-il m’expliquer pourquoi ce livre n’est plus en lice pour le prix Goncourt ???), « Mon territoire » de Tess Sharpe un polar féministe très réussi, « Automne » de Ali Smith un roman original et parfois déroutant et « 19 femmes, les syriennes racontent » de Samar Yazbek sur la révolution syrienne vue par les femmes. Je vais vous parler très bientôt du deuxième roman de Kevin Powers, « L’écho du temps », une fresque historique ambitieuse, « L’arbre aux fées » de B. Michael Radburn, un polar classique se déroulant en Tasmanie, »Où vont les fils » de Olivier Frébourg qui interroge notre époque et son enfance et « Girl » le dernier roman de la grande romancière irlandaise Edna O’Brien.

Côté cinéma, trois films ont marqué mon mois d’octobre :

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Maria, professeure de droit, est volage. Elle collectionne les aventures avec ses étudiants. Richard, son mari, tombe un soir sur des échanges de sms entre sa femme et l’un de ses amants. Il est dévasté. Maria ne comprend pas, après 20 ans de mariage avoir des amants lui semble évident. Richard, lui, est resté fidèle. Le couple se dispute et Maria part s’installer dans une chambre d’hôtel en face de son appartement. Elle peut ainsi observer son mari qui se morfond en chaussette et vieux gilet. Mais, dans la chambre de l’hôtel, surgit le passé de Maria : Richard a l’âge de 25 ans.

Le dernier film de Christophe Honoré est absolument irrésistible. Il s’agit d’une comédie du remariage d’une légèreté infinie. Nous sommes dans le vaudeville où les amants se cachent derrière des rideaux. Maria virevolte d’un homme à un autre tout en aimant toujours son mari. Mais après 20 ans, l’usure, le quotidien transforment le couple en une  relation plus amicale. L’idée magnifique du film est de faire resurgir Richard à 25 ans mais également sa prof de piano dont il était amoureux avant de rencontrer Maria. Spectateur, nous voyageons entre le passé et le présent mais également l’avenir au bord d’une plage. Les dialogues, les mouvements de caméra apportent beaucoup de fantaisie et de drôlerie à cette histoire entre rêve et réalité. Doucement, Christophe Honoré pose des questions sur la longévité d’un couple, sur les choix de vie que l’on réinterroge, sur les rêves que les personnages avaient à 20 ans. Et quel casting ! Le quatuor principal est un bonheur absolu : Chiara Mastroianni toute en légèreté, en frivolité (je ne cesserai jamais de regretter de la voir si peu sur grand écran), Vincent Lacoste jouant toujours de sa nonchalance naturelle, Camille Cottin toute en gravité qui tente de reconquérir son amour perdu et Benjamin Biolay déprimé et se laissant dériver après le départ de sa femme. Ce film est tout simplement un régal !

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Après toute une série de petits boulots, Ricky devient chauffeur-livreur pour une plateforme de vente en ligne. Il devient auto-entrepreneur dont on lui vante la liberté. Le rythme devient rapidement infernal. Sa femme travaille également beaucoup comme aide à domicile pour des personnes âgées ou handicapées. Tous deux sont rarement à la maison, leurs deux enfants sont livrés à eux-mêmes. Et cela finit par mal tourner pour fils adolescent.

« Moi, Daniel Blake » devait être le dernier film de Ken Loach mais l’ubérisation de la société le met tellement en colère qu’il a repris sa caméra. A 83 ans, son cinéma n’a rien perdu de son indignation et ses convictions sont toujours fortes. Il montre parfaitement bien l’engrenage dans lequel s’enferme Ricky. La soi-disant liberté promise se transforme rapidement en esclavage (les chauffeurs doivent faire pipi dans une bouteille en plastique, pas le temps de s’arrêter si on veut respecter les cadences). La famille se délite devant nos yeux, alors que cette famille est unie, aimante, cherchant toujours le dialogue. Les parents, épuisés, ne maîtrisent plus rien. Ken Loach ne réalise pas des films spectaculaires en terme de mise en scène mais ses films sont toujours d’une efficacité redoutable. Encore une fois, c’est une dénonciation implacable du néolibéralisme. Comme toujours, la grande force de Ken Loach est sa direction d’acteurs. Tous, professionnels et non professionnels, sont d’une justesse et d’un naturel confondants. Ken Loach est toujours en colère et c’est une excellente nouvelle pour nous, spectateurs.

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A Naples, Martin Eden est un jeune homme séduisant qui travaille comme matelot depuis l’âge de 11 ans. Un jour, il sauve un inconnu des mains d’une brute. Pour le remercier, Martin est invité dans la maison du jeune homme qu’il a défendu. Il fait alors connaissance de la belle Elena dont il tombe amoureux. Mais Elena vient d’une famille bourgeoise, cultivée et érudite. Martin veut s’élever à son niveau, dévore tous les livres qu’il trouve pour y arriver et veut devenir écrivain.

Je considère « Martin Eden » comme un chef-d’oeuvre, j’attendais donc beaucoup du film de Pietro Marcello. Le film est fidèle à l’esprit du roman et on retrouve bien le caractère fougueux du héros de Jack London. L’intrigue est transposée de la Californie à Naples sans que cela soit gênant, elle reste inscrite dans une ville portuaire. Ce qui est original, c’est le changement d’époque. Pietro Marcello inscrit son héros dans une période indéfinie du XXème siècle où l’on sent tous les bouleversements à venir de ce siècle : révolution socialiste, guerre, etc… Mais cela n’est pas pesant, Martin Eden s’y inscrit parfaitement (une belle scène le voit se confronter aux ouvriers en grève pour leur expliquer que la seule voie à suivre est celle de l’individualisme libertaire). Pietro Marcello émaille son film d’images d’archives : le peuple de Naples, des bateaux, des manifestations. C’est une très belle idée qui fonctionne parfaitement. Autre point fort du film, le charismatique acteur principal, Luca Marinelli, qui interprète avec justesse toutes les nuances du personnages (de l’exaltation au dégoût de soi). Le film de Pietro Marcello est une réussite qui rend bien compte des thématiques abordées par Jack London et qui est servi par un formidable acteur à la hauteur du personnage.

Et sinon :

  • « Ceux qui travaillent » de Antoine Russbach : Frank travaille pour une société de fret par cargos. Lors d’un transport de marchandises, un clandestin est découvert sur un bateau. Faire demi-tour pour le ramener chez lui ferait perdre trop de temps et il fait éviter qu’il soit découvert à la douane. Frank ordonne alors au capitaine de se débarrasser du problème. Profitant de l’événement pour se débarrasser d’un salarié qui coûtait trop cher, les patrons de l’entreprise renvoie Frank. Contrairement à ce que l’on pourrait attendre, Frank ne se remet pas en cause après ce licenciement. Il ne regrette pas ce qu’il a fait et recommencera sans problème s’il est question de profit. Il est prêt à tout pour maintenir son niveau de vie et d’ailleurs lorsque ses enfants apprennent son licenciement, ils lui ordonnent de pas faire baisser leur train de vie. Le film et le personnage de Frank sont glaçants. L’argent régit tout, même les liens familiaux. Olivier Gourmet interprète, toujours avec talent et justesse, un monstre de froideur et de calcul. Un film implacable sur un monde sans pitié.

 

  • « Alice et le maire » de Nicolas Pariser : Alice est une jeune normalienne qui vient de se faire embaucher à la mairie de Lyon. Son rôle est simple : il faut qu’elle l’aide le maire à penser à nouveau. Celui-ci est un veux briscard de la politique qui refuse de quitter le devant de la scène. Alice réalise donc des fiches sur des sujets généraux comme la modestie. La jeune femme découvre les coulisses du pouvoir avec ses revirements, les egos démesurés et les inaugurations à tour de bras. Le film de Nicolas Pariser utilise le ton de la comédie pour nous montrer les arcanes du pouvoir dans une grande ville. La communication prend une place importante, tout semble être une question d’affichage. Une jolie relation se crée entre le maire mélancolique et la jeune diplômée, le 1er ayant besoin de la fougue de l’autre pour redécouvrir l’envie de participer au jeu politique. Fabrice Luchini joue parfaitement bien la mélancolie, la lassitude de ce maire en place depuis trop longtemps et Anaïs Demoustier apporte beaucoup de fraîcheur à cette comédie.

 

  • « Shaun le mouton : la ferme contre-attaque » de Will Becher et Richard Phelan : A la ferme, la bande de Shaun tente toujours de se trouver des occupations réjouissantes comme le lancer de mouton par canon, le saut à partir d’une rampe ou la conduite de tracteur. Heureusement que le chien de la ferme vient remettre de l’ordre dans la cour. Un étrange individu va venir perturber le quotidien des animaux. Il s’agit de Lu-la, jeune alien qui vient d’atterrir à proximité de la ferme. Elle est recueillie par Shaun et sa bande qui vont la protéger des agents gouvernementaux qui sont à sa poursuite. Même si les aventures de Shaun s’adressent plus à un public jeune, c’est toujours un plaisir de retrouver les personnages des studios Aardman. Le film est bourré de gags et de références qui cette fois sont à l’attention des adultes : Men in black, Rencontres du 3ème type, Doctor Who, 2001 l’odyssée de l’espace, X-Files. Comme toujours avec les studios Aardman, les décors regorgent de détails drôles, tout est peaufiné avec une grande minutie. L’inventivité, le rythme des gags, la tendresse font de ce film un spectacle réussi qui plaira à toutes les générations.

 

Bilan livresque et cinéma de septembre

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Le mois de septembre est terminé et le mois américain avec. J’ai réussi cette année à tenir mon programme : 14 lectures sur des thématiques très variées. Ce mois de septembre fut riche en découvertes et je n’ai qu’une déception à mon actif : « Herland » de Charlotte Perkins Gilman.  Si je ne devais garder qu’un seul livre de ce mois américain, ce serait « My absolute darling » de Gabriel Tallent qui me marquera durablement. Mais, je suis également pressée de retrouver l’univers de Kent Haruf, de Ron Rash ou de Richard Ford. Je vais guetter avec impatience les nouveaux romans de Colson Whitehead, de Ellen Urbani, de Tommy Orange, de Jamey Bradbury et de Andrew Ridker. La littérature américaine est si riche de possibilités, d’univers, j’ai encore tant d’auteurs à découvrir que j’ai hâte de vous retrouver l’année prochaine pour une nouvelle édition du mois américain !

Le mois de septembre fut également l’occasion de poursuivre mes lectures pour le Grand Prix des lectrices Elle dont je fais partie cette année. Un vrai challenge qui m’inquiète un peu, je dois bien le reconnaître, en raison des délais qui nous sont imposés. J’espère y faire de belles découvertes, ce qui fut déjà le cas en fin de mois avec « Le ghetto intérieur » dont je vous parle très vite.

En septembre, j’ai également retrouvé mon cher Sorj Chalandon mais le rendez-vous est un peu manqué, je vous expliquerai très bientôt pourquoi. Ma lecture (ou relecture) des Rougon-Macquart s’est poursuivie ce mois-ci avec l’extraordinaire « Bête humaine ». Il n’en reste plus que trois à lire pour terminer cette incroyable et foisonnante fresque sous le second empire.

Et côté cinéma ?

Mes coups de cœur sont les suivants :

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Marianne est artiste peintre du XVIIIème siècle. Elle est également enseignante et pose pour ses élèves. C’est lors d’une de ces séances de pose qu’elle découvre que l’un de ses tableaux a été sorti des réserves par ses élèves. « Portrait de la jeune fille en feu » la trouble terriblement et elle se remémore les origines de ce tableau. Elle avait dû rejoindre une île bretonne pour une commande : faire le portrait d’une jeune femme, Héloïse, sans qu’elle le sache. Ce portrait doit être envoyé au futur mari d’Héloïse qui refuse catégoriquement cette union avec un inconnu.

Voilà un très beau film sur la naissance de l’amour et du désir. Marianne et Héloïse s’apprivoisent lentement, se rapprochent malgré la mission première de Marianne. L’histoire d’amour des deux femmes est aussi enflammée qu’elle est éphémère. Céline Sciamma filme magnifiquement la montée du désir, l’attirance puissante qui lie ses héroïnes. Les souffles, les regards, les gestes sont minutieusement étudiés pour souligner le trouble qui s’installe. Le décor est très épuré pour laisser toute la place à cette relation, la musique ne vient que peu troubler l’harmonie de Marianne et Héloïse. En réalité, le duo est un trio car la jeune servante Sophie accompagne leur amour naissant. Une sorte de sororité unit les trois femmes (les hommes sont d’ailleurs totalement absents du film). Céline Sciamma parle également d’art, du lien qui lie le créateur et son modèle entre séduction et méfiance. L’oeuvre sera-t-elle juste ? De très belles images nous montre les gestes du peintre en action. Bien évidemment, le film de Céline Sciamma ne serait rien sans ses formidables actrices : Adèle Haenel, Noémie Merlant, Luàna Bajrami et Valeria Golino qui joue la mère d’Héloïse. « Portrait de la jeune fille en feu » est un film esthétiquement très réussi, très sobre et lumineux sur la passion entre deux jeunes femmes.

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Gatsby étudie dans une université de la Côte Est. Sa petite amie Asleigh doit aller à New York pour interviewer un grand réalisateur pour le journal de la fac. Gatsby se réjouit de pouvoir faire découvrir la ville où il a grandi à sa petite amie. Il prévoit déjà les lieux où il va l’emmener. Mais le weekend en amoureux ne se déroule pas comme il l’avait prévu. Le rendez-vous avec le réalisateur se prolonge désespérément.

Quel plaisir de retrouver Woody Allen dans un film qui rappelle ses plus grands succès : « Manhattan » ou « Annie Hall ». De « Un jour de pluie à New York » se dégagent une grande fraîcheur, un charme pétillant. Le jeune Gatsby aime les vieux films, le jazz et la pluie. Il est bien évidemment le double à l’écran du réalisateur (sa veste en tweed le prouve !!). Le pauvre jeune homme voit sa dulcinée lui échapper. Nous suivons en parallèle les amoureux qui virevoltent de rendez-vous en rendez-vous, enchaînant les quiproquos, les rebondissements parfois burlesques ou émouvants. La comédie romantique fonctionne parfaitement, elle est rythmée, piquante, drôle et tendre à la fois. La jeune garde des acteurs américains se retrouvent devant la caméra de Woody : Timothée Chalamet, Elle Fanning, Selena Gomez. Tous trois sont formidables et parfaitement en adéquation avec l’univers du réalisateur. Manhattan, le jazz, des amoureux qui se cherchent à travers la ville, Central Park, « Un jour de pluie » est un condensé de l’univers de Woody Allen. Son charme un brin suranné et mélancolique m’a totalement séduite.

Et sinon :

  • La vie scolaire de Grand Corps Malade et Medhi Idir : Samia est la nouvelle CPE d’un lycée en ZEP à St Denis. Elle arrive d’Ardèche et a souhaité changer de région pour des raisons personnelles. Elle découvre donc le quotidien des enseignants et des élèves dans une zone où les conditions sociales sont dégradées. Après « Patients », Grand Corps Malade et Medhi Idir s’intéresse à la situation de l’école en ZEP. Comme pour « Patients », une grande énergie se dégage de leur film. Le ton varie entre l’humour et la gravité. Certains personnages sont vraiment hilarants : l’élève mytho qui invente des excuses totalement improbables pour expliquer ses retards, le prof de sport qui mélange les disciples et crée le foot en roller, l’élève qui charrie un surveillant parce qu’il habite le même immeuble, etc… Mais les réalisateurs n’oublient surtout pas de souligner les difficultés rencontrés par les élèves qui ne voient pas comment leurs situations pourrait s’améliorer grâce à l’école. La fin du film n’est d’ailleurs pas très optimiste quant à l’avenir de ces gamins. La fracture sociale est toujours bien présente sur notre territoire. Les acteurs professionnels se mélangent aux non-professionnels et l’ensemble dégage beaucoup authenticité. Encore une fois, Grand Corps Malade et Medhi Idir nous offre un film plein d’humanité et de sincérité.

 

  • Les hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman : A Kaboul en 1998, les talibans font régner la terreur sur la ville. Des hommes sont pendus, des femmes sont lapidées en pleine rue. Personne n’ose plus rien faire, la peur paralyse la population. A l’exception de la jeune Zunaira qui continue à écouter du rock et à peintre ses murs d’images sensuelles. Elle forme un couple harmonieux avec Mohsen qui va bientôt perdre pied suite à un geste irréparable. La destinée de Zunaira va croiser celle de Atiq, gardien de la prison pour femmes. Je n’ai pas lu le roman de Yasmina Khadra dont ce dessin-animé est adapté. Mais ce dernier souligne bien ce que représente la terreur et la barbarie. La ville n’est que ruines, les hommes baissent la tête, les femmes sont de vague formes indéfinis sous les burqas. Le dessin reste dans les tons gris/bruns qui rendent parfaitement la tristesse de la ville à cette époque. Le personnage de Zunaira est très beau, elle reste dans la vie, la joie et éclaire le dessin-animé.

 

  • Fête de famille de Cédric Kahn : A l’occasion de son anniversaire, Andréa accueille toute sa famille dans sa grande maison à la campagne. Il y a le fils aîné Vincent, marié, deux enfants, qui semble bien étable dans la vie. Romain, le cadet, foutraque réalisateur qui est venu accompagné de sa petite amie. A ce tableau de famille manque la fille, Claire, partie aux Etats-Unis depuis de plusieurs années. Elle débarque sans prévenir et transforme rapidement le repas d’anniversaire en règlement de compte. C’est une drôle de famille que nous présente Cédric Kahn. Les membres sont autant capables de s’adorer que de se détester. Les piques, les remarques cinglantes fusent autant que les marques de tendresse. Le détonateur est Claire que l’on pense instable, folle et qui vient réclamer son héritage. Elle est l’élément perturbateur qui vient mettre à jour les dysfonctionnement familiaux qui semblent être nombreux. Cédric Kahn nous entraîne dans un repas de famille entre tragique et comique dont certains moments nous mettent mal à l’aise et évoquent « Festen ». Les acteurs du film sont tous très justes avec en tête Catherine Deneuve en matriarche totalement placide face au fracas qui l’entoure et qui ne veut absolument pas que la fête soit gâchée.

 

  • Downton Abbey de Michael Engler : Downton Abbey est en émoi suite à l’arrivée d’une missive : le roi George V et la reine Mary vont passer une journée au domaine de la famille Crowley. L’intrigue pourrait se résumer à cela même si celle-ci est parsemée de multiples histoires plus ou moins secondaires : l’affrontement entre les domestiques royaux et ceux de Downton, l’héritage d’une cousine de Lady Violet, la tentative d’assassinat du roi, les problèmes financiers de la famille, etc… Cela ne fait pas forcément un film et il faut reconnaître qu’il est à réserver aux admirateurs de la série. Mais le plaisir de retrouver la famille Crowley est bien réel lorsque l’on a suivi leurs aventures pendant six saisons. Le film s’ouvre comme la saison 1, avec l’arrivée d’une lettre qui cette fois n’aura pas de répercussions dramatiques. Joli clin d’œil qui permet de fermer la boucle. Les dialogues sont toujours aussi travaillés et ciselés. Ceux de Lady Violet sont toujours aussi piquants et Maggie Smith impériale. Malgré la légèreté du sujet, Julian Fellowes nous parle également de l’état de l’Angleterre en 1927 : la place des femmes (Lady Edith regrette d’avoir abandonné son travail), des homosexuels avec le retour de Thomas Barrow, la fin de l’aristocratie (Lady Mary se pose la question de la survie du domaine). Julian Fellowes a chois le grand écran pour clore sa saga, cela n’était pas forcément nécessaire mais le film reste plaisant pour les fans de la série.

 

Bilan livresque et cinéma d’août

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Le mois d’août fut bien rempli avec sept livres à mon actif. J’ai continué mes lectures pour le mois américain avec « My Absolute darling » de Gabriel Tallent, un roman à couper le souffle, « Les altruistes » de Andrew Ridker, un premier roman prometteur dans la lignée de Jonathan Franzen, « Sauvage » de Jamey Bradury qui se trouve à la croisée des genres, « Le chant des plaines » de Kent Haruf qui décrit avec beaucoup de sensibilité une communauté et « Sans foi ni loi » de Marion Brunet qui revisite le western. Et je vous ai déjà parlé de « Oyana », qui m’a permis de continuer à découvrir le travail d’Eric Plamondon, et de « Rien n’est noir » de Claire Berest où j’ai retrouvé avec plaisir le couple tumultueux Frida Kahlo/Diego Rivera. J’ai hâte que le mois américain commence pour pouvoir vous parler des excellents livres que j’ai lu durant les deux mois d’été !

Et côté cinéma ? Mon coup de cœur du mois revient à un de mes réalisateurs préférés, Arnaud Desplechin :

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A Roubaix, le commissaire Daoud arpente inlassablement les rues de sa ville natale, même le soir de Noël. Dans son commissariat se croisent un pauvre bougre essayant d’arnaquer son assurance, une adolescente violée dans le métro, de jeunes délinquants, une jeune femme fuguant de l’appartement familiale. Et un soir, une maison brûle dans une impasse. Daoud envoie un nouveau lieutenant, Louis, pour enquêter. Celui-ci interroge deux voisines, Claude et Marie, pour savoir ce qu’elles ont vu. Mais l’affaire ne s’arrête pas là et les policiers vont bientôt découvrir dans la même impasse un crime bien plus grave.

Arnaud Desplechin retrouve à nouveau sa ville de Roubaix après y avoir réalisé « Un conte de Noël », « Trois souvenirs de ma jeunesse » et « Les fantômes d’Ismaël ». Il montre ici toute la misère sociale, la pauvreté de cette ville qui fut autrefois prospère et qui garde  » (…) le sentiment blessé d’avoir compté et de n’être plus rien ». La nouveauté chez Desplechin est double. « Roubaix, une lumière » est un polar et le fait divers central est bien réel. Le réalisateur avait vu un documentaire sur celui-ci « Roubaix, commissariat central, affaires courantes » de Mosco Boucault. On retrouve dans le film de Desplechin le réalisme des documentaires, on suit au plus près la vie de ce commissariat (notamment les scènes d’interrogatoires qui sont très fortes). Nous sommes assez loin de l’univers habituel du réalisateur mais le personnage de Louis nous renvoie à ses héros habituels (il voulait rentrer dans les ordres et a changé de vocation, il lit de la philosophie). Les trois acteurs principaux du film sont absolument remarquables. Roschy Zem incarne un commissaire débordant d’humanité, de compassion, droit mais aussi hanté par son histoire familiale. Léa Seydoux et Sara Forestier sont également parfaites, leur jeu est intense et nuancé. Un film noir qui sort des sentiers habituels empruntés par Arnaud Desplechin mais qui est totalement réussi et maîtrisé.

Et sinon :

  • « Once upon a time… in Hollywood » de Quentin Tarantino : Eté 1969, Rick Dalton est un acteur de western, notamment de séries tv. Il est abonné aux rôles de méchant. Lorsqu’un producteur lui propose de tourner dans un western spaghetti en Italie, Rick sait que sa carrière est sur le déclin. Heureusement, il est soutenu par Cliff Booth, son cascadeur attitré qui lui sert aussi de chauffeur et d’homme à tout faire. Parallèlement à Rick, nous suivons le parcours d’une jeune starlette à la carrière montante : Sharon Tate. Dans ce film, Quentin Tarantino rend hommage au cinéma des années 60, à la légèreté et l’insouciance de ses années là qui vont se terminer aux USA dans un bain de sang. Sans vraiment d’intrigue, « Once upon a time… in Hollywood » est un film d’ambiance : cocktails, villas avec piscine, belles voitures et vitesse. Le réalisateur s’amuse follement à recréer cette atmosphère et il va jusqu’à retourner des scènes de ses films préférés avec les acteurs de son film (« La grande évasion » avec Leonardo di Caprio à la place de Steve McQueen). En revanche, Sharon Tate n’est pas remplacée par Margot Robbie dans l’extrait que nous découvrons dans un cinéma. Quentin Tarantino rend un bel hommage à cette actrice en la montrant souriante, dynamique, légère et lumineuse à l’image des années 60. Les acteurs sont tous épatants et semblent aussi se régaler dans leur rôle respectif. Le duo Leonardo Di Caprio et Brad Pitt fonctionne à merveille. A noter la scène incroyablement drôle entre Bruce Lee et Cliff Booth qui restera dans les annales ! « Once upon a time…in Hollywood » est un conte comme son nom l’indique et la fin du film le confirme. Je dois avouer qu’elle m’a un peu chiffonnée mais je pense que Quentin Tarantino voulait justement sauver les années 60 et son insouciance à travers cette revisitation de l’histoire.

 

  • « Wild Rose » de Tom Harper : A Glasgow, Rose-Lynn sort de prison mais son rêve est intact : elle sera chanteuse de country ou rien. Elle est bien décidée à reprendre son job de chanteuse dans un bar de la ville pour mettre de l’argent de côté et partir à Nashville. Mais son tempérament excessif n’a pas laissé que de bons souvenirs à ses anciens patrons. Et surtout, Rose-Lynn a deux enfants dont sa mère s’est occupée pendant son absence. Cette dernière voudrait bien que sa fille prenne enfin ses responsabilités et s’occupe de sa fille et de son fils. « Wild Rose » a une intrigue classique et le dénouement n’est pas une surprise. Mais ce film a plusieurs atouts qui le rendent extrêmement agréable à regarder. Le premier est l’idée tout à fait originale de mélanger film social à la Ken Loach et country music. Le deuxième est son actrice principale : Jessie Buckley. J’avais déjà pu admirer son talent dans l’adaptation de « Guerre et paix » de la BBC, ou dans celle de « La dame en blanc » et dans la formidable série « Chernobyl ». Ici, son talent éclabousse l’écran, sa présence est magnétique et sa voix sublime. Jessie Buckley est à elle seule une excellente raison d’aller voir ce film !

 

  • « Perdrix » de Erwan Le Duc : De passage dans les Vosges, Juliette se fait voler sa voiture, avec toutes ses affaires dedans, par une naturiste. Elle va porter plainte à la gendarmerie où l’affaire n’étonne personne puisqu’un commando de naturistes révolutionnaires sévit dans la région. Juliette fait la connaissance du capitaine Perdrix chez qui elle décide de s’incruster en attendant de retrouver sa voiture. Erwan Le Duc réalise ici une comédie charmante au ton décalé qui rappelle Wes Anderson. L’atmosphère, les personnages sont assez incongrus pour une comédie romantique. Le capitaine Perdrix est un doux rêveur, un cœur tendre qui se trouve confronté à la volubile et fantasque Juliette qui parcourt la France pour éviter de se fixer. Swann Arlaud (décidément toujours juste) et Maud Wyler (une découverte) interprète ce duo mal assorti qui va de chamailleries en chamailleries. La famille de Perdrix est magnifique de singularité : la mère (Fanny Ardant) est une veuve inconsolable qui anime un courrier du cœur radiophonique dans son garage, le frère (Nicolas Maury) est passionné par les lombrics, sa fille rêve de quitter sa famille et de devenir championne de ping-pong. Tout ce joyeux monde vit ensemble ! Les collègues de Perdrix sont également croustillants et pour couronner le tout une reconstitution d’une bataille de 39/45 doit avoir lieu dans le village. L’ensemble crée une comédie romantique cocasse, drolatique aux personnages attachants.

 

  • « Les faussaires de Manhattan » de Marielle Heller : Lee Israel a écrit des biographies de femmes célèbres et a rencontré un certain succès. Mais aujourd’hui, ses sujets n’intéressent plus, son agent ne veut plus lui faire d’avance. Lee ne joue pas non plus le jeu de la promotion et elle en serait d’ailleurs bien incapable. Irascible, mal-aimable et asocial, Lee ne supporte pas la bêtise et la facilité. Elle a pourtant un grand besoin d’argent, elle n’a même plus de quoi payer les médicaments de son chat. Pour s’en sortir, une idée lui vient : écrire de fausses lettres d’écrivains. Elle sera aider par un complice aussi alcoolique qu’elle : Jack, un homosexuel aussi caustique qu’elle. Lee Israel a véritablement existé et elle a été arrêté par le FBI en 1993. Bien que désagréable, le personnage est très attachant. On la sent totalement inadapté au monde dans lequel elle vit. Elle s’intéresse à des actrices de second plan du cinéma hollywoodien, voue un culte à Dorothy Parker et Noel Coward. Elle est interprété par Mélissa McCarthy qui surprend dans ce rôle et montre enfin l’étendu de son talent. Richard E. Grant était l’acteur idéal pour le fantasque Jack qui a la dignité de ne jamais reconnaître à quel point il est dans la dèche. L’histoire est en elle-même très intéressante et le film rend également hommage à la littérature, aux librairies où les passionnés s’arrachent les fausses lettres de Lee.

 

  • « Give me liberty » de Kirill Mikhanovsky : A Milwaukee, Vic vit avec son grand-père qui perd doucement mais sûrement la mémoire. Vic et sa famille sont d’origine russe. Vic transporte dans un mini-bus des personnes handicapées. Mais il a quelques difficultés à contrôler son grand-père qui devient de plus en plus imprévisible. Et surtout, Vic ne sait pas dire non. Il se retrouve donc à devoir emmener dans son bus toute un groupe de personnages âgées russes qui veulent assister à un enterrement à l’autre bout de la ville. S’ajoute à ce groupe, un jeune russe oisif et pique-assiette. Les pauvres usagers de Vic ne savent pas dans quelle aventure ils s’embarquent… Voilà un film qui est extrêmement sympathique et vivant. Kirill Mikhanovsky tourne son film comme un documentaire, caméra à l’épaule. Il y montre l’Amérique des laissés-pour-compte, des personnages cassés, blessés par la vie mais qui ne baissent jamais les bras (les scènes où Vic parle avec un tétraplégique noir sont magnifiques, l’homme allongé prodigue des leçons de vie au jeune homme). Le film est un très joyeux bordel, foutraque et plein de la verve des personnages. Tout ce petit monde finit par s’accorder, chacun finit par adopter la cause de l’autre. C’est tour-à-tour hilarant et émouvant, un tourbillon permanent qui nous entraîne.