Bilan livresque et cinéma d’octobre

Octobre

Après une rentrée mouvementée, je reprends un rythme de lecture plus normal avec six livres lus. J’ai déjà pu vous parler du foisonnant et passionnant « Lorsque le dernier arbre » de Michael Christie, du très juste et pertinent premier roman de la journaliste Pascale Robert-Diard « La petite menteuse », de « Une passion mélancolique selon Frida Kahlo » de Christine Frérot qui permet de découvrir la vie fascinante de Frida Kahlo et Diego Rivera et de la lecture parfaite pour l’automne avec « Griffes » de Malika Ferdjoukh. J’aurais l’occasion de vous parler très bientôt de deux livres bouleversants et marquants : « Quand tu écouteras cette chanson » de Lola Lafon et « Les enfants endormis » d’Anthony Passeron. Ce dernier roman est pour le moment ma lecture préférée de cette rentrée littéraire 2022.

Égalité parfaite au niveau du cinéma puisque j’ai également vu six films et l’un d’eux se détache nettement, il s’agit de « L’innocent » de Louis Garrel.

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Sylvie, la soixantaine, est professeur de théâtre en milieu carcéral. Elle y rencontre Michel dont elle tombe amoureux. Tous les deux se marient en prison. Au grand désespoir d’Abel, le fils de Sylvie, qui a déjà vu sa mère se laisser embobiner par des taulards. Après la prison, Michel et Sylvie décident d’ouvrir un magasin de fleurs. Le local apparaissant comme par magie, Abel se met à espionner les faits et gestes de son beau-père.

Le réjouissant nouveau film de Louis Garrel mélange comédie romantique et film de braquage. La combinaison des deux genres  peut sembler étonnante mais l’équilibre entre les deux est parfait. Il faut dire que le réalisateur a collaboré avec mon cher Tanguy Viel pour écrire le scénario. L’intrigue mêle péripéties rocambolesques, filatures ridicules, caviar, tendresse et déclaration d’amour incongrue. La fantaisie et le légèreté sont les maîtres mots qui rythment cette comédie extrêmement plaisante. Louis Garrel nous offre également un casting irrésistible : Anouk Grinberg pétillante et fantasque, Noémie Merlant prête à tout pour sortir Abel de sa déprime et Roschdy Zem au charme imparable. « L’innocent » est un régal, une comédie parfaitement réussie où les acteurs semblent follement s’amuser.

Et sinon :

  • « L’origine du mal » de Sébastien Marnier : Stéphane, ouvrière dans une conserverie de poissons, a retrouvé son père biologique. Après leur rencontre, Serge l’amène dans sa somptueuse villa sur une presqu’île de la Côté d’Azur. Il y vit avec son extravagante et dépensière femme, sa fille aînée George austère et peu accueillante, sa petite fille accro à son appareil photo et la bonne Agnès. Diminué par un AVC, Serge se méfie comme la peste de ses femmes qui cherchent à le placer sous tutelle. Il compte sur Stéphane pour empêcher cela. « L’origine du mal » fait irrésistiblement penser au cinéma de Claude Chabrol pour son atmosphère vénéneuse et l’immoralité de certaines scènes. Ce thriller, au sein de cette famille recomposée, fonctionne formidablement bien et joue sans cesse avec les apparences (qui sera l’allié de qui ? les mensonges de Stéphane sur ses origines sociales). Le casting est absolument parfait : Jacques Weber en ogre, Dominique Blanc en collectionneuse maladive (tous ses achats donnent un côté inquiétant et étouffant à la villa), Laure Calamy en personne trouble, Doria Tillier méprisante à souhait. La famille, terreau de toutes les monstruosités, est ici décortiquée avec ironie et noirceur.
  • « Reprise en main » de Gilles Perret : En Haute-Savoie, un homme escalade sans assurance une falaise à pic. Cet homme, c’est Cédric qui travaille dans une usine de mécanique de précision. Très attaché à sa vallée et à son entreprise où travaillait déjà son père, il est outré lorsqu’il apprend que l’usine va être rachetée par un groupe financier. Licenciements, conditions de travail malmenées, outils de production non remplacés, voilà l’avenir qui se dessine pour les salariés. Cédric décide alors, avec deux amis d’enfance, de créer son propre fonds d’investissement pour racheter son entreprise. « Reprise en main » est une comédie sociale dans l’esprit de « The full monty ». La solidarité entre hommes, la volonté de garder la tête haute, l’humour s’y conjuguent pour nous faire passer un moment sympathique. Comme dans le film anglais, le casting est savoureux : Pierre Deladonchamps, Grégory Montel, Laëtitia Dosch, Rufus, Finnegan Oldfield donnent du relief à cette histoire bourrée d’optimisme.
  • « RMN » de Cristian Mangiu : Matthias revient précipitamment dans son village de Transylvanie. Il a frappé son chef en Allemagne après que celui-ci l’avait traité de sale gitan. L’ambiance au village n’est pas très accueillante : sa femme veut garder ses distances, son fils est devenu mutique après une vision traumatisante en forêt. Matthias tente de se réconforter dans les bras de Csilla, son ancienne maîtresse. Cette dernière travaille dans les ressources humaines pour la seule entreprise encore dynamique : une boulangerie industrielle. Ne trouvant pas de candidats à l’embauche dans le village, elle fait venir deux travailleurs sri lankais. Mais les deux étrangers sont très mal perçus et font naître une vague de xénophobie dans le village. Cristian Mangiu s’est inspiré d’un fait divers pour réaliser son nouveau film. Le village, paupérisé, mélange les peuples : hongrois, allemands côtoient les roumains mais la moindre étincelle peut faire resurgir les tensions. ces communautés trouvent un ennemi commun avec les deux sri lankais. La peur de l’autre, le racisme traversent tout le film et montre que l’on peut rapidement devenir « l’autre » de quelqu’un. Le réalisateur contextualise parfaitement le problème (social, religieux, historique) et nous offre un moment saisissant avec la réunion de l’ensemble des habitants débattant du problème. Le film est sombre, sans jugement moralisateur, j’aurais seulement un bémol sur la fin dont je n’ai pas bien saisi la portée.
  • « La conspiration du Caire » de Tarik Saleh : Adam est le fils d’un modeste pêcheur du nord du pays et il vient d’être accepté à la prestigieuse université cairote al-Azhar. Peu après son arrivée, le grand imam d’al-Azhar décède. Ce personnage influent doit être remplacé au plus vite et les services secrets veulent placer leur candidat. Pour influer sur l’élection de l’imam, un officier choisit Adam comme taupe au sein de l’institution religieuse. J’avais beaucoup apprécié « Le Caire confidentiel », le précédent film de Tarik Saleh. Le réalisateur continue à nous montrer la part sombre de son pays qu’il a du quitter sur ordre des services de sécurité. Tout n’est ici que manipulation, utilisation des étudiants à des fins politiques, trahison et coups tordus. Le naïf Adam ne va pas le rester longtemps et il se révèlera très habile à ce jeu de dupes. Les services secrets font régner la terreur et surveillent chacun. Un film sombre entre thriller et film d’espionnage.
  • « Un beau matin » de Mia Hansen-Love : Sandra, traductrice, doit se résoudre à placer son père dans un Ehpad. Ancien professeur de philosophie, Georg est atteint d’une maladie dégénérative qui le prive de la vue et brouille de plus en plus ses idées. Sandra et sa sœur accompagnent leur père et lui cherchent l’institution la plus bienveillante. En parallèle, la jeune femme recroise la route de Clément avec qui elle entame une liaison. « Un beau matin » aborde, avec beaucoup de douceur, le thème de la fin de vie et la difficulté à trouver le lieu adapté à la pathologie de Georg. Se pose également la question de la trace laissée par la personne qui disparaît. Ici, Sandra ne peut se résoudre à voir disperser la bibliothèque de son père qui représente toute sa vie. « Un beau matin » n’a pas l’ampleur du précédent film de Mia Hansen-Love mais il nous montre avec délicatesse le quotidien de son héroïne et sa douleur face à la maladie de son père.

Bilan livresque et cinéma d’août

Comme chaque année, les vacances d’été sont une excellente occasion de faire baisser ma pal. 14 lectures ont occupées mes journées caniculaires. J’ai déjà eu l’occasion de vous conseiller « Moon river » du toujours hilarant Fabcaro, la fabuleuse « Céleste » de Chloé Cruchaudet, le délicat premier roman de Léna Paul-Le Garrec, le réjouissant cosy crime « Madame Mohr a disparu » et l’addictif nouveau roman de l’inventif Stuart Turton. Je ne vais pas vous détailler maintenant les autres livres lus, sachez seulement qu’aucun ne m’a déçue et que j’ai eu à nouveau un coup de cœur pour le travail de Tristan Saule et que la découverte de David Park m’a profondément marquée. 

Côté cinéma, je n’ai qu’un seul film à vous recommander :

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Aimé est le souffre-douleur de son collège. Solitaire par la force des choses, il regarde avec envie la bande formée par Cat, Fouad, Antoine et Sami. Il est donc le premier surpris lorsqu’ils lui proposent de se joindre à eux. Mais ces quatre là ont besoin d’Aimé pour réaliser leur projet fou : incendier l’usine du coin qui pollue la rivière depuis des années. Le groupe vote démocratiquement chacune de leur action mais à quatre les votes à égalité se multiplient. Aimé sera là pour les départager.

« La petite bande » est une comédie attachante et réjouissante. Nos cinq aventuriers nous enchantent à chaque plan. Les jeunes acteurs sont d’un naturel, d’une spontanéité et d’une énergie épatants et l’entente entre eux paraît une évidence. La cause qu’ils veulent servir est belle et louable. Mais ce sont des adolescents et leurs motivations se révéleront moins nobles mais de leur âge ! La gravité n’est pas longtemps de mise dans l’extraordinaire petite bande composée par Pierre Salvadori. Il la plonge dans la beauté des paysages corses qui forme un cocoon, un terrain de jeu idéal. C’est pétillant, vivant, drôle, ‘La petite bande », ode à la nature et à l’amitié, fut une bouffée d’air frais bien venue durant les fortes chaleurs. 

Bilan livresque et cinéma de juillet

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L’été est propice aux lectures et dix livres m’ont occupée durant le mois de juillet. J’ai achevé la formidable et addictive saga Blackwater, été à nouveau conquise par la plume d’Olivier Mak-Bouchard, ri  aux déconvenues du héros de « Samouraï » de Fabrice Caro, découvert un classique de la littérature anglaise avec « Un mois à la campagne » et l’autobiographie de la recluse Elisavet Moutzan-Martinengou,  mis les voiles avec Martin Dumont sur une île, partagé le destin douloureux de « Nêne » et de l’héroïne de « Tout ce que nous allons savoir », ai filé en sauvagine dans les bois du Kamouraska avec Gabrielle Filteau-Chiba et rencontré la solaire « Madame Hayat ».

Côté cinéma, voici mes trois films préférés du mois dont deux ont en commun leur actrice principale, Marina Foïs :

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Clara quitte une soirée entre copines et rentre à pieds chez elle. Elle n’y parviendra jamais. Clara est brûlée vive en pleine nuit. La police judiciaire sera chargée de l’enquête avec à la tête de celle-ci Yohan, inspecteur, et son équipe. Le travail de la police ouvre de nombreuses pistes sans pour autant que l’identité du coupable ne surgisse. Bientôt, Yohan est obsédé par l’histoire de Clara.

« La nuit du 12 » n’est pas un polar ordinaire. Dès l’ouverture, le spectateur est prévenu : le coupable ne sera jamais identifié malgré le travail acharné de la P.J.. L’intérêt du film est donc ailleurs. Tendu et sombre, il montre comment Yohan va être ébranlé par cette enquête et pas uniquement parce qu’il ne trouve pas l’assassin de Clara. Les interrogatoires, la manière horrible de tuer la jeune fille, les à priori sur sa vie sexuelle vont amener Yohan à questionner son point de vue masculin. Ce sont toujours les femmes que l’on immole par le feu et ce sont majoritairement les hommes qui tuent. Et la police est essentiellement constituée d’hommes… Yohan finit par conclure que tous les hommes fréquentés par Clara auraient pu la tuer. L’inspecteur est parfaitement incarné par Bastien Bouillon, taiseux, méticuleux et vacillant face à la violence de ce féminicide. Poignant, glaçant et réaliste, « La nuit du 12 » est une réussite.

 

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Antoine et sa femme Olga ont quitté la France pour s’installer dans les montagnes reculées de la Galice. Ils ont changé de vie pour se consacrer à la culture maraîchère écoresponsable. Ils retapent également bénévolement de vieilles maisons en espérant faire revenir des habitants dans le village. Mais leurs bonnes intentions ne sont pas bien vues par tous. Leurs voisins, deux frères et leur mère, détestent ces français qui se croient chez eux. Leur différend se cristallise autour de l’installation d’éoliennes. Antoine et Olga sont contre, leurs voisins sont pour et ils espèrent quitter le village grâce à l’argent reçu avec les éoliennes. La tension existante entre eux ne tarde pas à tourner à la persécution.  

Si vous ne devez voir qu’un seul film ce mois-ci, allez voir le formidable film de Rodrigo Sorogoyen. La scène d’ouverture est sidérante : des hommes maîtrisent un cheval sauvage. Une autre scène glaçante lui fera écho dans le film. Les deux soulignent la noirceur, la violence et la rage qui règnent dans le village espagnol. « As bestas » se divisent en deux parties qui donne tour à tour sa place à Antoine et Olga. Le premier, interprété par Denis Ménochet, incarne la force, il est imposant et tout en hargne rentrée. Olga, jouée par Marina Foïs, cache une solidité et une détermination incroyables derrière un calme froid. Les deux acteurs sont brillants. Le film est également intéressant par son réalisme et par son inscription dans des thématiques très actuelles comme la mutation du monde rural. L’ensemble donne un film passionnant, inquiétant, noir et au casting remarquable (Luis Zahera, qui joue un des voisins, fait froid dans le dos). 

 

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Louise, une infirmière quadragénaire, est exténuée. Elle est tellement au bout du rouleau qu’après avoir déplacé sa voiture, elle n’arrive plus à en sortir. Une crise d’angoisse l’empêche de mettre un pied dehors. Le soir, alors qu’elle dort dans sa voiture, un cambrioleur essaie de lui voler son véhicule. Malgré la présence de Louise, Paul décide quand même de piquer la voiture. Il en a besoin pour descendre au Cap ferret où vit le responsable de la mort de son frère.

Le premier film de Didier Barcelo est attachant et plein de charme. Le réalisateur nous propose un road-movie plein de fantaisie, d’humour et de mélancolie. Le sel du voyage va notamment résider dans les rencontres incongrues : une autostoppeuse complotiste et sensible aux ondes, un homme âgé qui ne veut pas aller à l’hôpital, un psychologue ou presque qui essaie d’aider Louise à quitter son véhicule (un formidable numéro d’acteur de Jean-Charles Clichet). L’alchimie, la complicité entre Marina Foïs et Benjamin Voisin sont visibles à l’écran. C’est un régal de les regarder évoluer entre piques ironiques et tendresse. Benjamin Voisin est à nouveau d’un naturel désarmant. « En roue libre » se regarde avec grand plaisir, entre légèreté et émotion, j’ai été séduite par ce road-movie à la française.

Et sinon :

  • « El buen patròn » de Fernando Léòn de Aranoa : Juan Blanco est le patron d’une usine de balances qu’il a hérité de son père. Il se veut un patron bienveillant, paternaliste avec ses employés. L’image lui importe beaucoup et son entreprise est bien gérée. Cela lui a valu de gagner de nombreux prix et elle est à nouveau en lice pour en remporter un. Les choses vont se compliquer quand un salarié licencié s’installe en face de l’usine avec porte-voix et banderoles insultantes. « El buen patròn » est une comédie sociale grinçante qui montre un patron prêt à de nombreuses compromissions avec la morale pour sauvegarder les apparences. Le film nous montre Juan Blanco durant une semaine qui va se révéler calamiteuse. Ses choix s’avèrent des plus mauvais et ne font qu’envenimer la situation. Roublard, aussi froid qu’il sait être mielleux, Juan Blanco est génialement interprété par Javier Bardem. On ne sait s’il faut le plaindre ou se féliciter de ses déboires mais la satire est réussie.
  • « Dédales » de Bogdan George  Apetri : Cristina est une jeune novice qui doit prendre un taxi pour se rendre à l’hôpital depuis son couvent campagnard. Le départ doit se faire en catimini car Cristina ne souhaite pas révéler la raison de celui-ci aux autres sœurs. Malheureusement, la jeune femme ne reviendra jamais dans son couvent. Son destin va basculer dans la violence et la brutalité. « Dédales » est un polar marquant et surprenant. Bogdan George Apetri révèle petit à petit les secrets de Cristina mais également ceux de l’inspecteur Marius Preda qui va enquêter sur ce qui est arrivé à la jeune femme. Ce dernier a des méthodes peu orthodoxes, il est prêt à tout pour confondre celui qui semble coupable. Son obstination rageuse va être à l’origine d’une étonnante boucle temporelle révélatrice de ce qu’il souhaite profondément. Le réalisateur roumain maîtrise sa mise en scène ( la scène terrible, où le destin de Cristina bascule, en est la preuve). « Dédales » est un film d’une noirceur implacable.
  • « Les minions 2 » : Gru, enfant, tente d’intégrer la bande des Vicious Six pour devenir, comme eux, un super-méchant. Mais ils le rejettent avec mépris et raillerie, comme ils l’avaient fait pour leur fondateur, trop âgé. Les deux outsiders vont leur prouver qu’ils ont eu tort de les écarter. « Les minions 2 » restent fidèle à un rythme survolté, les aventures s’enchainent pour notre plus grand plaisir. Les facéties et le babillage des minions fonctionnent toujours aussi bien. C’est drôle, enlevé et totalement réjouissant.

Bilan livresque et cinéma de juin

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Le mois de juin fut placé, comme chaque année, sous le signe de la littérature anglaise. Ce fut à nouveau un grand plaisir d’organiser ce mois anglais aux côtés de Lou et nous remercions chaleureusement les participants. En dehors des lectures dont je vous ai déjà parlées, j’ai eu le plaisir de découvrir deux autrices : Gabrielle Filteau-Chiba avec « Encabanée » et Mariette Navarro avec « Ultramarins. J’ai également pu poursuivre la lecture de la série Blackwater de Michael McDowell, une saga populaire et totalement addictive !

Du côté du cinéma, voici mes deux films préférés :

Nitram

Nitram est un jeune homme décalé, en marge. Il vit toujours avec ses parents qui semblent incapables de gérer leur fils étrange et parfois inquiétant. Instable, il ne trouve pas de travail mais s’improvise parfois jardinier. C’est ainsi qu’il croise la route d’une héritière vieillissante et solitaire qui le prend sous son aile. Tous deux vivent ensemble et nouent un lien bizarre. La mort de l’héritière va faire totalement basculer Nitram dans la folie. 

Justin Kurzel s’est inspiré d’un fait divers réel : en 1996 à Port Arthur, un déséquilibré a tiré sur la foule, tuant 35 personnes et faisant de nombreux blessés. Le film montre le parcours d’un jeune homme lunaire, un peu dérangé qui n’est pas compris et accompagné par sa famille. Nitram semble très seul, pouvant laisser libre court à ses délires. Le film met mal à l’aise, l’ambiance est poisseuse, sombre. Cela est du à la réalisation de Justin Kurzel mais aussi à l’interprétation de Caleb Landry Jones qui avait reçu le prix d’interprétation à Cannes en 2021. Un film glaçant et percutant. 

I am your man

Alma est spécialiste de l’écriture cunéiforme. Pour financer ses recherches, elle accepte de tester pendant trois semaines un androïdes, prénommé Tom, qui doit correspondre à son idéal masculin. Mais Alma n’a pas très envie de jouer le jeu et ne se laisse pas séduire facilement. Les tentatives romantiques, comme un bain à la bougie, de Tom tombent toutes à l’eau. Pourtant, au fil des jours, le robot semble s’adapter au caractère imprévisible, et non programmé, des humains qui l’entourent.

« I’m your man » est une comédie romantique originale et pleine de charme. Maria Schrader a écrit un très beau et sensible portrait de femme, incarnée avec beaucoup de talent par Maren Eggert. Alma est une femme indépendante pour qui le bonheur n’est pas une fin en soi. Le film souligne la complexité de l’être humain, ses aspirations qui vont bien au-delà d’un simple algorithme. Mais il questionne également l’amour, la mémoire, notre insatisfaction perpétuelle. Dan Stevens est impeccable et crédible en androïde. « I’m your man » est un film délicat, profond et qui nous offre de beaux moments de poésie. 

Et sinon :

  • « The duke » de Roger Mitchell : 1961, Kempton Bunton, chauffeur de taxi sexagénaire et militant de gauche, réussit à dérober le portrait du duc de Wellington peint par à Goya et présenté à la National Gallery. Sa revendication pour rendre le tableau : que les personnes âgées ne paient plus de redevance t.v ! Cette comédie est inspirée d’une histoire vraie et le procès de Kempton Bunton fit grand bruit dans la presse. Le personnage est plein d’humour et de fantaisie. Le film de Roger Mitchell met en scène deux grand acteurs britanniques : Helen Mirren et Jim Broadbent, un régal de les regarder évoluer sur grand écran. 

 

  • « Petite fleur » de Santiago Mitre : José est un dessinateur de BD argentin qui s’est installé en France avec sa femme et leur bébé. Il peine à trouver l’inspiration au fin fond du Massif Central. Il fait alors connaissance avec Jean-Claude, leur voisin amateur de jazz. Dandy chaleureux et bavard, il finit par taper sur les nerfs de José qui l’assassine au son du Petite fleur de Sydney Bechet. Le problème, c’est que Jean-Claude réapparait quelques jours après. Santiago Mitre réalise ici une comédie réjouissante, une fable noire et drolatique. L’univers de « Petite fleur » m’a beaucoup fait penser à la fantaisie de Raoul Ruiz. La présence de Melvil Poupaud ne fait que renforcer cette comparaison et sa prestation est extrêmement savoureuse en voisin qui ne meurt jamais. « Petite fleur » est une comédie décalée, absurde et pleine de charme. 

 

  • « Men » de Alex Garland : Harper a loué une maison à la campagne anglaise pour se remettre d’un évènement traumatique. Loin d’être reposantes, ses vacances vont rapidement se transformer en cauchemar. Le village semble être habité par des hommes toxiques, pervers er voyeurs. Harper, qui a été maltraitée par son ancien petit ami, devient une proie. « Men » est un film d’horreur au message politique un peu trop appuyée. Tous les personnages masculins du village sont joués par un seul et même acteur, Rory Kinnear, comme si tous les hommes étaient dangereux et menaçants pour Harper. L’ambiance est de plus en plus angoissante et le film se clôt par une scène hallucinante, digne de David Cronenberg. Même si le film est parfois maladroit, il faut saluer les prestations de ses deux acteurs : Jessie Buckley et Rory Kinnear. 

 

  • « Incroyable mais vrai » de Quentin Dupieux : Marie et Alain deviennent propriétaires d’une maison un peu vieillotte mais qui possède un passage secret aux pouvoirs étonnants. Marie devient rapidement totalement obsédée par ce tunnel alors qu’Alain ne s’y intéresse pas. Comme toujours, Quentin Dupieux a de nouveau réalisé un film absurde er loufoque. Le sommet de « Incroyable mais vrai » réside dans une scène de repas où Maris et Alain reçoivent le patron d’Alain et sa petite amie. Je vous laisse découvrir ce qui sera révélé lors du diner. Le film de Quentin Dupieux questionne la virilité, la peur de vieillir et il est servi par un quatuor d’acteurs qui semble follement s’amuser : Léa Drucker, Anaïs Dumoustier, Alain Chabat et Benoit Magimel. 

Bilan livresque et cinéma de mai

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Huit romans et trois BD/roman graphique/manga se sont rajoutés en mai aux livres lus en 2022. J’ai déjà pu vous parler du formidable « Connemara » de Nicolas Mathieu. A part l’hilarante BD de FabCaro et le manga consacré à la relation d’un vieil homme et son chat, le reste de mes lectures s’inscrivent dans le cadre du mois anglais qui va commencer le 1er juin. Je vous reparle donc très prochainement des enquêtes de Jane Austen et des sœurs Brontë, de la vie fantasque de W. Somerset Maugham, du retour en enfance d’Elizabeth Von Arnim et de Lord Berners, d’un été sur l’ile d’Hydra avec Elizabeth Jane Howard et du dernier roman d’Elizabeth Day. Le dernier roman lu durant le mois de mai fut le tome 3 de la saga Blackwater, « La maison » et je l’ai dévoré en une journée. Je vous reparle de la série une fois que j’aurais lu les six volumes.

Mes films préférés du mois de mai sont :

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Alice hait son frère Louis et elle le lui a dit. Certes, elle le fait avec le sourire mais la phrase se révèle juste au fil des années. Le frère et la sœur, lui écrivain et elle comédienne, cessent de se voir, de se parler. Lorsque leurs parents sont victime d’un terrible accident, Alice et Louis vont avoir du mal à s’éviter dans les couloirs de l’hôpital.

Après « Tromperie », adaptation de Philip Roth qui ne m’avait pas convaincue, Arnaud Desplechin retourne à son thème de prédilection : la famille. La détestation entre un frère et une sœur était déjà au cœur de « Rois et reines » et d’un « Conte de Noël ». La rupture n’est ici jamais explicitée, on devine une rivalité entre Alice et Louis qui connaissent tous les deux le succès, une question d’orgueil et d’ego. Ce qui frappe, c’est la violence des sentiments qui animent les deux personnages : la scène d’ouverture où Louis met à la porte sa sœur et son mari venus lui présenter leurs condoléances après la mort de son fils, Alice qui hurle sur un pharmacien pourtant bienveillant. Le ton du film est grave, la mise en scène classique avec quelques fantaisies (Louis volant au-dessus des toits de Paris) et les deux interprètes principaux sont parfaits dans des rôles excessifs : Marion Cotillard, intense, Melvil Poupaud (que l’on voit beaucoup ces derniers temps pour mon plus grand plaisir) à fleur de peau. Mon seul bémol concerne les deux épilogues qui clôturent le film et qui ne me semble pas apporter grand chose à l’intrigue.

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Au début des années 80, Elisabeth vit avec ses deux enfants dans une tour du quartier Beaugrenelle. Son mari l’a quittée et elle peine à relever la tête. Elle n’a aucune expérience professionnelle et aucune confiance en elle. Pourtant, elle ose se rendre dans le studio de radio où s’enregistrent durant la nuit les émissions de Vanda Dorval qu’elle admire. Elle se fait engager pour répondre aux auditeurs et gagne ainsi un peu d’indépendance (financière et intellectuelle). C’est dans le studio qu’elle rencontre une jeune femme paumée, sans abri qu’elle décide d’aider.

Pourquoi un film vous touche plus qu’un autre ? Difficile de définir précisément ce qui m’a bouleversée dans « Les passagers de la nuit ». Mikhaël Hers insuffle beaucoup de nostalgie à son film qui, pourtant, est l’histoire d’une renaissance, d’une émancipation. Les moments heureux sont toujours furtifs semble nous dire le cinéaste, même s’ils se gravent dans la mémoire. Le film est également hanté par la figure de Pascale Ogier, étoile filante du cinéma français de cette époque. Noée Abita, qui interprète la jeune femme perdue, lui ressemble beaucoup et notamment dans la tonalité de sa voix. Charlotte Gainsbourg est très touchante, tout en timidité et en fragilité pour incarner Elizabeth. Le réalisateur nous offre également des images magnifiques de Paris à l’aube, la nuit, qui donnent un grain particulier à l’atmosphère du film.

Et sinon :

  • « Varsovie 83, une affaire d’Etat » de Jan P. : A Varsovie, le 14 mai 1983, un lycèen est arrêté par la police avec son meilleur ami sans raison apparente. Roué de coups au commissariat, sous les yeux de son ami, il meurt à l’hôpital suite à ses blessures. Sa mère est une opposante au régime, proche de Solidarnosc et elle va se battre pour que les assassins de son fils soient jugés. Le seul témoin est Jurek, l’ami de son fils, et l’Etat va tout faire pour étouffer l’affaire. Le film de Jan P. dure 2h40 mais à aucun moment il ne s’essouffle. La tension est constante et l’on ne cesse de s’inquiéter pour Jurek et la mère de son ami. La mécanique de la dictature du général Jaruzelski est bien connue mais elle est ici minutieusement détaillée. Chaque maillon de la chaine, qui veut faire taire les opposants, a son importance. Le réalisateur fait revivre cette époque, cette oppression avec beaucoup de force et nous rappelle que la menace reste très actuelle.
  • « Downton Abbey II : une nouvelle ère » de Simon Curtis : Il faut bien le reconnaître, même après six saisons et un premier film, c’est toujours un plaisir de retrouver la famille Crawley. Une nouvelle ère s’annonce et cela est matérialisé par le tournage d’un film sur le domaine de Downton. C’est la bonne idée du film qui rend un hommage savoureux à « Chantons sous la pluie ». Certains personnages, malchanceux et malheureux en amour, vont enfin trouver leur place. De l’humour, de l’élégance, de l’émotion et la toujours piquante Maggie Smith nous permettent de passer encore une excellent moment.
  • « Sentinelles sud » de Mathieu Gérault : Christian et Mounir sont revenus déboussolés d’Afghanistan. Le premier tente de retrouver une vie normale en bossant dans un supermarché. Le second préfère reprendre ses petits trafics. Mais une opération spéciale, qui eut lieu pendant la guerre, continue de les hanter et les empêche de tourner la page. Le film de Mathieu Gérault est tout entier tourné vers ses deux personnages centraux aux liens indéfectibles. Leur amitié, née avant la guerre, les soude même si cela signifie de plonger ensemble. Déboussolés, se débattant pour atteindre une forme de paix, ces deux personnages poignants sont formidablement interprétés par Niels Schneider er Sofian Khammes. S’ajoute à leur histoire, une intrigue sombre, noire à propos de l’opération spéciale qui donne encore plus d’ampleur au film.
  • « Et j’aime à la fureur » d’André Bonzel : André Bonzel collectionne les films amateurs. Pour raconter son histoire et celle de sa famille, il mêle les films de sa collection et ceux qu’il a réalisés depuis son plus jeune âge avec sa caméra Pathé-Baby. Il a de plus retrouver des images de son père qu’il n’avait jamais vues et qui remettent en perspective ses souvenirs. « Et j’aime à la fureur » est un documentaire très original, très touchant, mâtiné d’un humour caustique et de mélancolie. Il s’agit également d’un formidable hommage au cinéma, à la puissance des images. La musique originale de Benjamin Biolay magnifie l’ensemble.

Bilan livresque et cinéma d’avril

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Un mois d’avril qui est passé bien vite et qui est finalement un peu maigre du point de vue culturel : seulement cinq livres et cinq films à mon actif. Heureusement, aucune déception dans ce que j’ai lu et vu durant le mois. Jusqu’à maintenant, je ne vous ai parlé que du formidable et brillant roman de Dalmon Galgut « La promesse » que je vous conseille à nouveau chaudement. Autre très grand roman dont je vous parle très vite : « Une arche de lumière » où Dermot Bolger nous raconte l’incroyable destinée d’une femme libre. J’ai également poursuivi ma découverte de la saga Blackwater dont le deuxième tome m’a également beaucoup plu. « Pourquoi la vie » de Coline Pierré est une uchronie où la poétesse Sylvia Plath aurait raté son suicide, un livre lumineux dont j’ai trouvé le point de départ original. Enfin, j’ai achevé le mois d’avril avec le premier roman de Matthieu Zaccagna à la langue percutante et rythmée.

Et mes films préférés du mois sont :

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Sur une île croate paradisiaque, Julija, 17 ans, vit sous la coupe d’un père tyrannique. Elle l’aide à pêcher chaque matin, doit le servir lorsqu’il le demande et ne sort jamais. Sa mère, totalement résignée, ne la soutient pas lorsqu’elle tente de résister. Un élément perturbateur va venir accélérer l’envie d’émancipation de la jeune fille. Ancien patron de son père et ancien prétendant de la mère, ce millionnaire va séjourner sur l’île quelque temps. Le père veut lui vendre un îlot pour renflouer ses caisses. L’invité va surtout faire souffler un vent de liberté sur l’univers de Julija.

« Murina » est le très beau et réussi premier film d’Antoneta Alamat Kusijanovic. Le récit d’émancipation de Julija prend des allures de conte. Le père est à la fois un ogre et Barbe-Bleue, sa fille est une princesse attendant que l’on vienne la délivrer. Julija a également des allures de sirène, elle passe son temps en maillot de bain, toujours prête à s’esquiver dans l’eau. Gracija Filipovic incarne cette naïade avec naturel et justesse, formidable d’obstination pour sortir des griffes de son père. Les paysages sont splendidement filmés mais sous la carte postale de mer truquoise et de soleil éblouissant, la tension monte à l’image de la colère du père qui voit sa fille lui échapper. Gorgé de lumière, « Murina » est un premier film extrêmement prometteur.

A Chiara

Chiara, 15 ans, vit à Gioia Taura, près de Reggio Calabria. Elle est une adolescente ordinaire qui aime sortir avec ses copines et passe beaucoup de temps sur les réseaux sociaux. Sa famille est très unie. Sa vie bascule lorsque son père est recherché par la police. A la stupeur de Chiara, il s’avère travailler pour la ‘Ndrangheta, la mafia calabraise. Chiara a du mal à y croire et elle veut comprendre les choix de son père.

Le film de Jonas Carpignano nous plonge dans les méandres de la mafia du sud de l’Italie, une pieuvre qui contrôle tout et qui est devenue le quotidien de chacun, tout en restant cachée. C’est ce système que découvre Chiara à force de fouiller, de questionner et d’espionner les uns et les autres. A force de creuser, Chiara devient elle-même violente. La prise de conscience du monde dans lequel elle évolue, va la forcer à faire un choix impossible, à interroger les liens du sang. Le réalisateur a choisi de tourner son film avec des acteurs non professionnels et avec les membres d’une même famille. « A Chiara » est un film réaliste, sombre et percutant dont l’actrice principale, Swamy Rotolo, est touchante et intense dans sa quête de vérité.

Et sinon:

  • « Hit the road » de Panah Panahi : Le réalisateur iranien, fils de Jafar Panahi, nous raconte le road movie d’une famille allant à la frontière turque. Le fils aîné va quitter le pays clandestinement. Le contexte politique n’est jamais évoqué mais il pèse sur cette famille qui tente de rendre le voyage léger pour le petit dernier. « Hit the road » est un film plein d’énergie, de drôlerie (le petit dernier est un sacré numéro !) mais aussi de tristesse et de mélancolie à l’idée de la séparation. Les paysages iraniens sont à couper le souffle.
  • « En corps » de Cédric Klapisch : Le dernier film de Cédric Klapisch suit la trajectoire d’une jeune danseuse étoile qui se blesse sur scène. Energique, plein de fraicheur, « En corps » célèbre la danse, l’élan vital qui permet de se relever. Au plus près du mouvement des corps, le réalisateur nous livre un très beau film, sensible qui doit beaucoup à son interprète principale Marion Barbeau.
  • « Retour à Reims » de Jean-Gabriel Périot : A l’origine de ce documentaire est le texte de Didier Eribon qui racontait la honte de sa classe sociale et son parcours pour en sortir. Le réalisateur élargit le propos et nous montre l’évolution de la classe ouvrière des années 50 à nos jours. Mélange d’individuel et de collectif, le film est extrêmement intéressant et pertinent.

Bilan livresque et cinéma de mars

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Je n’ai pas lu autant que je l’aurais voulu au mois de mars et mon bilan est un peu maigre avec sept romans et une bande-dessinée. Après avoir aimé « Le miniaturiste » et « Les filles du lion », je me suis enfin décidé à lire le dernier roman de Jessie Burton (il faut dire que le lapin vert géant de la couverture du grand format a freiné mes ardeurs…). J’ai découvert récemment la plume de Vincent Almendros avec « Faire mouche » et j’ai prolongé ma découverte avec le formidable « Un été ». Pour lutter contre la morosité, j’ai lu le toujours hilarant Fabcaro avec « Moins qu’hier (plus que demain) » où il dépeint avec acidité la vie de couple. Le reste ne fut que découverte : délicieuse avec « La papeterie Tsubaki », intrigante avec le premier tome de la série Blackwater intitulé « La crue », réjouissante avec « La gitane aux yeux bleus », cinématographique avec « 24 fois la vérité » et totalement décevante avec « L’heure de plomb ».

Côté cinéma, j’ai ou voir sept films durant le mois de mars dont voici mes préférés :

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Phil est venu s’installer sur l’île de Lewis, au nord de l’Ecosse, depuis plusieurs années. Il travaille sur une exploitation agricole et vit seul. Un matin où le reste des habitants est à la messe, Phil fait un AVC sur une plage. Il est retrouvé à temps mais il s’avère qu’il a perdu la mémoire. Millie, la fille de son employeur, est sa référente à son retour sur l’île. Elle l’aide à retrouver ses marques et lui avoue qu’ils étaient amants avant son accident. Mais personne n’était au courant de leur liaison.

Bouli Lanners s’exile en Écosse pour son nouveau film en tant que réalisateur et dont il tient le premier rôle. Les paysages de l’île de Lewis sont magnifiquement mis en valeur. Mais le réalisateur nous fait également sentir l’étroitesse du lieu, de la communauté où Phil et Millie évoluent. Chacun se connaît et vit dans la discipline de l’Église presbytérienne. On sent le poids de celle-ci sur la vie de Millie, restée célibataire en raison de l’isolement et n’osant avouer à sa famille sa relation avec Phil. L’histoire d’amour, qui se noue entre ces deux solitaires, est un éveil, une chance inespérée d’illuminer leurs vies. Et c’est avec une délicatesse infinie, une grande douceur que Bouli Lanners nous montre la naissance de leurs sentiments. Les deux personnages sont touchants, tout en retenue et magnifiquement incarnés par Michelle Fairley et Bouli Lanners. Leur histoire est d’autant plus touchante que tous les deux ont dépassé la cinquantaine. « L’ombre d’un mensonge » est une très belle réussite, un drame romantique plein de pudeur et de tendresse.

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Fernand Iveton est ouvrier tourneur dans une usine à Alger. Il est né ici et ne supporte plus la manière dont est traitée la population arabe. En 1954, le jeune communiste décide de ne plus rester passif. Avec son ami d’enfance Henri, il s’engage pour que les Arabes aient plus de droit et de liberté. Fernand devra placer une bombe dans son usine qui produit de l’électricité. Elle est placée dans un local technique et ne doit exploser qu’après les heures de travail pour ne blesser personne. Le but est seulement de plonger Alger dans le noir. Malheureusement, la bombe est découverte et Fernand est arrêté, torturé et condamné à mort.

« De nos frères blessés » est évidemment un film politique qui rend hommage à Fernand Iveton, un héros ordinaire qui paya de sa vie son engagement. La guerre ne disait pas encore son nom mais la mascarade de procès montre bien qu’il fallait faire un exemple avec Fernand. Le ministre de l’Intérieur de l’époque, François Mitterrand, n’aura d’ailleurs aucune pitié pour ce jeune idéaliste. Mais le film de Hélier Cisterne est également le récit d’une magnifique histoire d’amour entre Fernand et Hélène. Ces deux-là se rencontrent à Paris, Hélène a fui la Pologne et le communisme. Leurs idéaux s’entrechoquent mais l’attirance sera la plus forte. Leur amour s’épanouit sous le soleil d’Alger et ce malgré la violence qui gronde. Hélène restera un soutien sans faille pour Fernand. Ces deux personnages, insouciants puis tragiques, sont poignants, Vincent Lacoste et Vicky Krieps les incarnent idéalement. Sans pathos excessif, avec sobriété et intelligence, Hélier Cisterne nous offre un film militant qui sort de l’ombre Fernand Iveton et sa femme Hélène.

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Julie court sans cesse après le temps. Elle est une mère célibataire de deux enfants, vit dans une lointaine banlieue et travaille à Paris. Elle est première femme de chambre dans un palace. Chaque instant est compté et chronométré dans la vie de Julie. Sa vie se transforme en cauchemar lorsqu’une grève paralyse les transports en commun. Julie n’arrive plus à l’heure au boulot, pour récupérer ses enfants. La course effrénée se complique encore plus lorsqu’elle décroche un entretien pour un travail qui correspond mieux à ses qualifications.

« A plein temps » fait de la vie de cette femme seule, un véritable thriller social. Bosseuse acharnée, elle doit aussi trouver le temps de se consacrer à ses enfants, de les choyer malgré le manque d’argent du à une pension alimentaire qui tarde à venir. Eric Gravel filme son personnage en perpétuel mouvement et quasiment à bout de souffle. Julie est au bord du gouffre, elle s’épuise à force de vouloir tout conjuguer. Son destin chancelant, vacillant au moindre grain de sable nous touche forcément. Laure Calamy porte le film sur ses épaules et elle est une nouvelle fois admirable, incarnant avec force ce personnage.

  • « Petite nature » de Samuel Theis : Johnny a dix ans et il a déjà beaucoup de responsabilités. Il s’occupe de sa petite sœur, l’habille, l’amène à l’école. Il fait de même avec sa mère lorsqu’elle a trop bu. Celle-ci est seule avec ses trois enfants, travaille dans un tabac de l’autre côté de la frontière. Elle est maladroite, parfois brutale et s’appuie beaucoup trop sur Johnny. Ce dernier est remarqué par son nouvel instituteur, M. Adamski, qui détecte chez lui des capacités non exploitées. Cet adulte, qui lui prête attention, devient vite un objet de fascination et de désir. Le thème de ce film aurait pu être périlleux, parler du désir homosexuel naissant d’un enfant de dix ans était loin d’être un pari facile. Samuel Theis le réussit parfaitement avec pudeur et beaucoup de sensibilité. Les personnages ne sont jamais jugés, jamais pris de haut (c’est notamment le cas de la mère qui fait ce qu’elle peut et peine à sortir la tête de l’eau). Le film n’est jamais misérabiliste, jamais plombant malgré les difficultés avec lesquelles se débat Johnny. « Petite nature » est également le récit d’un apprentissage et d’une émancipation. Il faut saluer l’incroyable talent d’Aliocha Reinert qui crève l’écran et nous transporte. Le film de Samuel Theis parle avec justesse et empathie de l’éveil d’un jeune garçon qui apprend à assumer sa différence.
  • « Ali & Ava » de Clio Barnard : Ali et Ava vivent tous les deux à Bradford dans le Yorkshire et ils avaient pourtant peu de chance de se rencontrer. Ava travaille comme assistante d’éducation dans une école et c’est là que sa route croise celle d’Ali qui accompagne la fille de ses locataires. Rapidement, une entraide bienveillante nait entre eux, malgré leurs origines différentes et leurs goûts musicaux éloignés. Ce lien va devenir plus fort et Ava et Ali vont devoir affronter les préjugés, le rejet de leurs proches. J’avais énormément aimé le précédent film de Clio Barnard « Dark river » qui se déroulait déjà dans un Yorkshire âpre et rude. Dans « Ali & Ava », elle nous montre des communautés très cloisonnées, qui ne se mélangent pas. Ali est d’origine pakistanaise, il est en instance de divorce mais n’ose pas l’avouer à sa famille. Ava est mère et grand-mère et elle se sacrifie pour sa famille. L’histoire d’Ava et Ali est improbable, imprévue et c’est ce qui la rend si précieuse. Ils ont la cinquantaine ou presque et, comme dans le film de Bouli Lanners, la seconde chance qui leur est offerte est infiniment touchante. Le contexte social où ils évoluent est difficile, pesant et entrave leur histoire. Le film est délicatement optimiste et il doit beaucoup à ses deux acteurs rayonnants : Claire Rushbrook et Adeel Akhtar. La musique joue un rôle essentiel dans leur histoire (Ali est un ancien DJ) et irradie le film. « Ali & Ava » est un film réaliste, social mais il ne sombre pas dans la noirceur et nous offre un beau moment de cinéma lumineux et humaniste.
  • « Rien à foutre » de Emmanuel Marre et Julie Lecoustre : Cassandre, 26 ans, est hôtesse de l’air pour une compagnie low-cost. Son rythme de vie est effréné : entre vols et boîtes de nuit à Lanzarote où elle habite. Elle semble profiter pleinement des avantages  liés à son métier, ne se pose aucune question sur son avenir ou sur ses conditions de travail. Pourtant, Cassandre semble également habitée par une ultra-moderne solitude. Le premier film d’Emmanuel Marre et Julie Lecoustre a des airs de documentaire sur la vie de cette jeune femme. Adèle Exarchopoulos est de tous les plans, la caméra la suit pas à pas. Elle incarne son personnage avec un naturel confondant. Cassandre est en représentation permanente : dans sa tenue d’hôtesse de l’air comme dans celle de night clubeuse. Elle enchaîne les rencontres d’un soir. Le jour d’après ne semble pas exister pour elle. Le personnage est bien évidemment plus complexe qu’il n’y parait et la deuxième partie du film nous montrera qu’il s’agit là d’une fuite en avant. « Rien à foutre » est un film surprenant, montrant la vie d’une jeune femme qui brûle sa vie et refuse de réfléchir à l’avenir.
  • « Belfast » de Kenneth Branagh : Buddy a neuf ans et il a grandi à Belfast entouré de son grand frère et de ses parents aimants. En août 1969, les protestants veulent chasser les catholiques alors que les deux communautés arrivaient à vivre côte à côte. La famille de Buddy est protestante mais elle va subir la violence. Le père de famille, qui travaille en Angleterre, refuse de prendre partie et de se mêler au combat. La question de quitter Belfast se pose alors. Kenneth Branagh raconte ici son enfance à Belfast dans un noir et blanc soigné. Sa famille, ses parents surtout (incarnés par deux anciens mannequins : Jamie Dornan et Caitrona Balfe), est très idéalisée. Pour le reste du casting, Kenneth Branagh a eu la bonne idée de faire jouer les grands-parents par deux grands acteurs britannique : Judi Dench et Ciaran Hinds. L’ensemble est plaisant à voir, divertissant malgré la violence qui s’immisce dans le quotidien des habitants de Belfast. Et c’est sans doute là le défaut du film, tout est trop beau, trop lisse, trop propre pour provoquer la moindre émotion. Le destin du petit Buddy, forcé de quitter sa ville, ses grands-parents et la jeune fille dont il est amoureux, aurait du nous émouvoir profondément, ce ne fut pas le cas pour moi.

Bilan livresque et cinéma de février

Février

Le programme du mois de février m’a offert beaucoup de découvertes avec des livres marquants comme « Une chambre au soleil » de John Braine, « Le visage de pierre » de William Garder Smith, « Les lanceurs de feu » de Jan Carson ou « American dirt » de Jeanine Cummins. J’ai enfin pu découvrir la plume de Margaret Kennedy avec « Le festin » et pour poursuivre ma découverte j’ai également « Tessa » dans ma pal. Février fut également l’occasion de retrouvailles avec ma chère Vita Sackville-West et une étrange novella, avec Laurine Roux et son formidable roman « L’autre moitié du monde » se déroulant dans les années 30 en Espagne, avec Carl Jonas Love Almqvist dont j’avais tant aimé « Sara ou l’émancipation » et avec la talentueuse Catherine Meurisse qui m’a emmené au Japon.

Deux films, qui forment un diptyque, se détachent très nettement parmi les films vus en février :

Au début des années 80, Julie est étudiante en cinéma à Londres. C’est lors d’une soirée, organisée chez elle, qu’elle fait la connaissance d’Anthony. Élégant, raffiné, cultivé, il séduit rapidement la jeune femme. Mais Anthony est également un homme extrêmement mystérieux. Un flou total entoure ses activités professionnelles comme son addiction à la drogue. Cette première histoire d’amour se révèlera toxique et douloureuse pour Julie.

Et c’est ce que nous raconte la première partie de « The souvenir ». La deuxième porte sur la volonté de Julie de faire un film sur son histoire avec Anthony et ainsi transcender sa souffrance. Ce geste cathartique, Joana Hogg n’a pas pu le faire lorsqu’elle était une jeune étudiante en cinéma, car son diptyque est autobiographique. Elle réussit aujourd’hui à le faire dans deux films éblouissants, virtuoses sur le fond et la forme. La mise en abîme de l’histoire d’amour dans le deuxième volet est passionnante puisque se reconstituent devant nous les évènements vus dans le premier. Le reflet est d’ailleurs l’un des motifs récurrents du film. L’écho avec la jeunesse de la réalisatrice se retrouve aussi dans le choix des actrices : Tilda Swinton est une amie de longue date de Joana Hogg et elle interprète la mère de Julie, jouée par sa propre fille Honor Swinton-Byrne. Les paysages de la campagne anglaise se répondent également d’un film à l’autre : dans le premier la voix off de Julie lit des lettres d’Anthony sur des images de paysages alors que dans le second la voix off disparait sur ces mêmes images.

La richesse stylistique de ce diptyque est extraordinaire. Les deux films ne peuvent se voir l’un sans l’autre, les deux se complètent, se répondent de manière inextricable. « The souvenir » nous montre la naissance d’une cinéaste, interroge les capacités cathartiques de l’art. Honor Swinton-Byrne joue le double de la cinéaste, elle est présente pendant quatre heures à l’écran et son talent fascine déjà. « The souvenir » est une grande œuvre, un tourbillon d’émotions, de réminiscences douloureuses, de trouvailles formelles, de détails  et il est emprunt d’une infinie délicatesse.

Et sinon :

  • « Mort sur le Nil » de Kenneth Branagh : Linnet Ridgeway tombe amoureuse du fiancé de sa meilleure amie, Jacqueline. Riche héritière, Linnet entraîne son nouveau mari dans un voyage en Égypte. Mais Jacqueline a la rancœur tenace et elle a décidé de gâcher l’idylle de ses anciens amis. Même lorsqu’ils décident de faire une croisière sur le Nil, l’amoureuse éconduite est présente. Rapidement, la situation tourne au drame lorsque Linnet est retrouvée morte dans sa cabine. Ce crime ne restera pas impuni puisque Hercule Poirot était également du voyage. Je ne peux résister à une adaptation d’Agatha Christie et il s’agit ici de la deuxième signée Kenneth Branagh. On peut regretter le choix du roman puisque « Mort sur le Nil » a déjà été adapté en 1978 par John Guillermin avec Peter Ustinov dans le rôle de notre cher détective. Le plaisir de cette nouvelle adaptation réside principalement dans le jeu des acteurs. Comme dans sa précédente adaptation, Kenneth Branagh a choisi un huis-clos avec de nombreux personnages, lui permettant de recruter une belle brochette d’acteurs qui semblent apprécier l’exercice. Même si le film reste plaisant à regarder, certaines choses m’ont fait grincer les dents : des scènes plus proches de « Dirty dancing » que d’Agatha, un abus de numérique pour les paysages, le fait qu’Hercule Poirot aurait souhaiter être fermier (très étonnamment, j’ai des difficultés à l’imaginer avec une bêche à la main !). On peut trouver la version de 1978 moins flamboyante, plus datée mais elle avait finalement plus de charme que celle-ci.
  • « La place d’une autre » d’Aurélia Georges : Promise à la pauvreté et la prostitution, Nélie trouve son salut en devenant infirmière durant la première guerre mondiale. Elle se retrouve à soigner des soldats dans un baraquement proche de la frontière allemande. Une nuit, une jeune femme, prénommée Rose, s’y réfugie. Un bombardement survient et Nélie trouve le corps sans vie de Rose. Celle-ci devait rejoindre une amie de son père décédé afin de devenir sa lectrice. Rose n’ayant jamais rencontré sa future patronne, Nélie décide de prendre sa place. Dans la série adaptation de romans anglais, je demande W. Wilkie Collins ! Le film d’Aurélia Georges est librement adapté de « Passion et repentir », excellent roman que je ne peux que vous conseiller.  Le scénario reprend les grandes lignes du livre même si la fin est différente et que certains éléments sont gommés. « La place d’une autre » est un film d’époque réussi dans l’élégance et la minutie de sa reconstitution. Le suspens cher à W. Wilkie Collins est bien présent. Nélie, qui se fond si bien dans ce milieu tant envié, sera-t-elle démasquée ? Tout l’intérêt étant qu’elle créé une relation forte et sincère avec son employeuse et qu’elle s’avère moralement à la hauteur de son nouveau milieu social. Le duo d’actrices, Sabine Azéma et Lyna Khoudri, est vraiment bien choisi et très plaisant à regarder évoluer. De facture très classique, sans esbroufe, « La place d’une autre » est un film qui remplit parfaitement son contrat et se regarde avec plaisir.
  • « Vous ne désirez que moi » de Claire Simon : En octobre 1982, Yann Andréa, le compagnon de Marguerite Duras, a demandé à son amie journaliste, Michèle Manceaux, de recueillir ses confidences sur cette relation hors-normes. Il raconte le terrassement ressenti à la lecture des « Petits chevaux de Tarquinia », l’admiration qui naît ce jour-là. Étudiant en philosophie, il ne lira plus dorénavant que Marguerite Duras. Il la rencontre lors d’une projection cinématographique, lui écrit de nombreuses lettres durant des années. Un jour, elle lui répond et l’invite en Normandie. Débute ainsi une relation amoureuse passionnée et destructrice pour le jeune homme. C’est ce qui frappe le plus en voyant le film, Duras est un despote qui décide, impose tout à Yann. Elle souhaite le formater, annihiler l’ancien Yann et notamment son homosexualité. Il en souffre et s’y complet également. « Vous ne désirez que moi » est un pari fou, un film quasiment statique qui ne repose que sur la parole. Le dispositif est simple, la journaliste vient dans la maison de Duras à Neauphle, enregistre Yann, le reprend, l’aide à formuler ce qu’il ressent. Quelques images documentaires, quelques flashbacks viennent enrichir cette conversation filmée avec une douceur infinie par Claire Simon. Deux acteurs formidables incarnent Michèle et Yann : Emmanuelle Devos, discrète et empathique, Swann Arlaud, extraordinaire de fragilité, habité totalement par son personnage. « Vous ne désirez que moi » est un film aussi étonnant que la relation amoureuse qu’il raconte, les mots de Yann Andréa, dits par Swann Arlaud, captivent et émeuvent.
  • « Un autre monde » de Stéphane Brizé : Philippe Lemesle est directeur d’une usine d’électroménager. Le groupe auquel appartient son usine, annonce à ses différents directeurs régionaux qu’ils doivent licencier 10% de leurs effectifs pour rassurer les actionnaires. Philippe commence à y réfléchir, à chercher les personnes les moins indispensables dans les ateliers. Mais son monde personnel bascule : sa femme demande le divorce et leur fils fait un burn out dans son école de commerce. Les certitudes de Philippe vacillent et avec elles, sa loyauté au groupe pour lequel il travaille. Il tente de trouver une solution alternative aux licenciements. Stéphane Brizé continue à explorer le monde du travail avec son dernier film. Après « La loi du marché » où un homme au chômage se bat pour ne pas tomber dans la précarité, après « En guerre » où un syndicaliste essayait d’empêcher la fermeture de son usine, « Un autre monde » nous montre un cadre sous pression, sommé par sa hiérarchie de mettre au chômage une partie de son équipe. Ces trois films forment une trilogie par la simple présence de Vincent Lindon qui incarne les différents visages du monde du travail écrasé par le libéralisme. Comme toujours chez Stéphane Brizé, le film sonne juste et souligne l’absurdité, la violence de ce monde globalisé. Des entreprises sous pressions perpétuellement et des cadres qui doivent opérer des choix impossibles et risquent eux-mêmes leur poste s’ils osent se rebeller. Un constat encore une fois glaçant.
  • « Les jeunes amants » de Carine Tardieu : Pierre est un médecin quadragénaire, marié et père de deux enfants. Lors d’une escapade à la campagne avec un ami, il croise la route d’une femme rencontrée des années plus tôt à l’hôpital. Shauna a plus de 70 ans, elle est solitaire et a fait une croix sur les plaisirs de la vie. Mais une attirance nait entre eux. Une relation qui s’avère difficile en raison de leur différence d’âge, de la situation maritale de Pierre et de leurs domiciliations différentes. Shauna rejette ses sentiments alors que Pierre s’y accroche. L’histoire de ce film est extrêmement émouvante. L’idée de départ vient de la regrettée Solveig Anspach qui souhaitait raconter la dernière histoire d’amour de sa mère. Malheureusement disparue avant de pouvoir faire aboutir son projet, elle avait fait promettre à ses amis de le mener à bien. C’est ainsi que Carine Tardieu a réalisé ce beau et délicat film. « Les jeunes amants » sait sans cesse déjouer la comédie sentimentale en nous proposant des personnages complexes, dont la psychologie se dévoile subtilement. Se rajoute à cela, la maladie de Shauna qui s’invite par petites touches et bouleverse cette possible dernière histoire d’amour. Les acteurs sont au diapason de ce récit plein de nuances : Melvil Poupaud et Fanny Ardant si fragiles et bouleversants, mais aussi Cécile de France et Florence Loiret-Caille qui par sa seule présence rend hommage à Solveig Anspach. « Les jeunes amants » est une réussite, un film subtile et délicat.

Bilan livresque et cinéma de janvier

L’année commence bien avec douze romans et quatre BD. Je ne pense pas vous parler de toutes mes lectures qui furent comme toujours très variées et éclectiques : une enfance maltraitée, une passion brûlante, une visite du musée des Confluences, les Beatles qui sauvent une adolescente, des disparitions de jeunes filles,  la redécouverte d’une pionnière du cinéma, des boomers à côté de la plaque, une jeune femme déprimée qui va faire une étrange rencontre, la vie difficile d’une femme inuit, celle de George Sand, celle terrible et blessée d’Edith Bruck. De belles et parfois d’étonnantes lectures qui m’ont accompagnées en ce début d’année.

J’ai décidément bien occupé mon mois de janvier puisque j’ai pu voir onze films dont voici mes préférés :

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Gary est lycéen, le jour de la photo de classe il tombe éperdument amoureux d’Alana, l’assistante du photographe. Elle a 25 ans, est indécise quant à son avenir. Gary est au contraire très entreprenant. Il a joué des petits rôles à la télévision et se dit déjà acteur. Mais lorsque les portes des castings se ferment, il ne baisse pas les bras et se lance dans la vente de lit à eau. Alana, qui a repoussé ses avances, regarde le jeune homme avec amusement et de plus en plus de tendresse.

Paul Thomas Andersen est décidément un cinéaste surprenant, capable de changer d’univers à chaque film. Nous sommes ici loin de la noirceur de « There will be blood » ou de l’étouffant « Phantom thread ». Le réalisateur nous emmène dans la banlieue de Los Angeles dans les années 70, l’ambiance légère et ensoleillée est magnifiquement rendue (la formidable bande originale contribue également à retranscrire l’époque). Le film est un enchaînement de scènes, de portraits. Le scénario peut paraître décousu ou chaotique mais tout s’enchaîne avec fluidité, avec une formidable aisance dans la mise en scène. « Licorice pizza » est une comédie romantique singulière, originale qui est sans cesse en mouvement à l’instar de ses deux personnages principaux. Certaines scènes sont extrêmement drôles comme celle avec Bradley Cooper et celles avec le mari de femmes japonaises. A la tête du film, il faut saluer les deux acteurs principaux : Cooper Hoffman (le fils du regretté Philip Seymour Hoffman) et Alana Haim (musicienne, comme ses sœurs qui sont également dans le film) qui sont incroyablement attachants et touchants. « Licorice pizza » est un film d’une grande fraîcheur, particulièrement enthousiasmant et qui génère une forme de magie, de féérie au travers de cette histoire d’amour improbable.

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Judith mène une double vie. Elle est mariée avec Melvil, un chef d’orchestre réputé, avec qui elle a deux enfants. Étant traductrice, elle prétexte des voyages professionnels pour rejoindre Abdel qui vit à Genève avec sa petite fille. La difficulté de mener ces deux vies en parallèle augmente de plus en plus et Madeleine se perd dans les méandres de ses mensonges.

Le film d’Antoine Barraud est un formidable thriller dont le mystère s’épaissit au fur et à mesure. Les pièces du puzzle ne se mettent en place que tardivement et le spectateur s’interroge longtemps sur les motivations de Judith. Le suspens est donc parfaitement tenu, d’ailleurs le titre même du film reste un mystère jusqu’à la fin. Le personnage principal est passionnant et intrigant. Elle est toujours en mouvement, essayant de maîtriser ses deux vies avec le sourire. Mais le sol va finir par se dérober sous ses pieds. Virginie Efira est parfaite dans ce rôle et elle le rend attachant. « Madeleine Collins » est un film noir maîtrisé, élégant qui brouille les pistes et sait perdre son spectateur.

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Irène est une jeune fille débordante d’énergie. Elle étudie au Conservatoire, le théâtre la fait vibrer et l’habite totalement. Elle vit avec son père, sa grand-mère et son frère aîné. Tous vivent au rythme d’Irène qui les entraîne dans ses répétitions mais aussi dans ses histoires d’amour. Mais nous sommes en 1942 et la famille de la jeune fille est juive.

Sandrine Kiberlain réussit son passage derrière la caméra. Elle choisit de placer son histoire dans une période trouble mais la reconstitution historique n’est pas pesante. Irène pourrait être une jeune fille d’aujourd’hui, elle a les mêmes préoccupations. Le contexte historique s’insinue subtilement, par petites doses avec l’apparition du mot juif sur les cartes d’identité, l’interdiction pour Irène de rester au Conservatoire, l’étoile jaune brodée sur les vêtements. Mais Irène ne s’arrête pas à cela, elle avance, déterminée et légère. C’est un personnage extrêmement lumineux, plein de fantaisie et de fraîcheur. Sa vie s’ouvre devant elle, tant de choses sont à découvrir. Irène doit beaucoup à l’interprétation de Rebecca Marder, talentueuse sociétaire de la Comédie française. Le film de Sandrine Kiberlain m’a fait penser au livre d’Anne Berest « La carte postale » où elle évoque également le destin brisée de jeunes filles pourtant plein de promesses.

Et sinon :

  • « Un héros » d’Asghar Farhadi : Rahim est en prison pour une dette qu’il n’a pas réussie à rembourser après la faillite de son entreprise. Lors d’une permission de deux jours, il espère amadouer son créancier. Sa compagne a en effet découvert un sac qui contient  des pièces d’or. Pris de remords, Rahim va tout faire pour retrouver le propriétaire du sac. Mais son honnêteté va mettre en péril sa possible libération. Dans « Un héros », Asghar Farhadi nous montre à quel point la République islamique d’Iran ne tourne pas rond. Rahim va devenir un héros uniquement parce qu’il a été honnête. Tout le monde va vouloir utiliser son acte à commencer par les directeurs de la prison qui veulent redorer leur image. Mais la réalité est beaucoup plus complexe que ce que tous veulent montrer. Rahim doit par exemple dire qu’il a lui-même trouver le sac puisqu’il n’est pas marié avec sa compagne. De mensonges en quiproquos, Rahim va se trouver pris dans un engrenage infernal qui l’empêche de sortir de l’impasse. L’autoritarisme des institutions, leur cynisme incitent à la dissimulation et les réseaux sociaux s’en mêlent pour mettre à jour les menteurs. Le scénario est implacable, comme les institutions iraniennes, et notre pauvre Rahim, interprété parfaitement par Amir Jadidi, sera la victime d’un système aberrant. Comme dans « Une séparation », les témoins de la folie des adultes sont les enfants, incrédules devant tant de drames.
  • « Twist à Bamako » de Robert Guédiguian : 1962, le Mali , avec à sa tête Modibo Keïta, tente de s’émanciper de la tutelle française et d’entrer dans la modernité. Pour ce faire, de jeunes gens parcourent les campagnes pour promouvoir l’idéal socialiste. Les mœurs vont être difficiles à changer mais Samba a foi dans les idées progressistes. Lors d’un voyage en pays bambara, une jeune femme se glisse dans le camion de Samba. Lara a été mariée de force et elle veut échapper à son mari en allant vivre à Bamako. Contrairement à ses compagnons, Samba accepte d’aider la jeune femme. Avec « Twist à Bamako », Robert Guédiguian s’éloigne de l’Estaque et cela grâce à la découverte des photos de Malick Sidibé. Si le cadre est différent, l’idéal politique est bien toujours le même. Cette révolution malienne, portée avec force par la jeunesse, est lumineuse, solaire. Samba et Lara en sont les parfaits exemples. Ils rêvent d’un pays meilleur, d’un avenir plus libre et juste. Stéphane Bak et Alice Da Luz en sont les interprètes et c’est un régal de les voir évoluer sur grand écran. Malheureusement, la fête et la danse ne vont pas durer et c’est ce que montre également le cinéaste. Le bel idéal est rapidement dévoyé par ceux qui ont le pouvoir et ceux qui ne veulent pas que le monde change. Le sort des femmes est encore une fois négligé. Que nous soyons à Marseille ou à Bamako, Robert Guédiguian est toujours lucide sur le monde et il continue à en dénoncer les injustices
  • « La croisade » de Louis Garrel : Marianne et Abel découvrent avec stupeur que leur fils Joseph a vendu bon nombre de leurs objets : montres de collection, grands crus, robes vintage de grands couturiers. Joseph révèle à ses parents que de nombreux enfants ont fait la même chose et qu’avec l’argent récolté, ils vont sauver la planète. « La croisade » est une charmante et amusante comédie. Jean-Claude Carrière a co-signé le scénario et sa malice est partout présente. La scène d’ouverture est particulièrement savoureuse, Louis Garrel se moque avec beaucoup d’autodérision de ce couple de bobos parisiens. Les enfants mènent la danse dans cette histoire et poussent les adultes à se remettre en question et à évoluer. Marianne accompagnera très loin le projet de son fils alors qu’Abel a plus de mal à suivre.  » La croisade » est une comédie enlevée, pleine de fraicheur et de rythme.
  • « The card counter » de Paul Schrader : William Tell est un joueur de poker professionnel. Il est doué mais ne gagne que des sommes raisonnables pour rester en dehors des radars. Ne pas se faire remarquer, ne pas laisser de trace pourraient être son credo. Il faut dire que William a appris à compter et à mémoriser les cartes en prison. Il faisait partie des militaires d’Abou Ghraib qui ont torturé et humilié les prisonniers. Le quotidien monotone et millimétré de William va être perturbé par l’arrivée d’un jeune homme dont le père était également militaire et qui s’est suicidé. « The card counter » est un film surprenant. Lent, calme, il s’agit pourtant d’une histoire de vengeance, de violence. L’ambiance des casinos, le personnage central sont envoûtants, hypnotisants. William Tell est rongé par la culpabilité, l’obsession de la maîtrise. Il semble s’être construit une routine pour s’éviter de penser. L’arrivée du jeune homme va pourtant le réveiller et l’envie de se racheter va alors guider ses pas. Oscar Isaac est extraordinaire de stoïcisme, de douleur rangée et de lassitude. Le personnage est un reflet de l’Amérique et de ses traumatismes.
  • « Tromperie » d’Arnaud Desplechin : A la fin des années 80, Philip, un écrivain américain à succès, s’installe à Londres. Dans l’appartement, où il a installé son bureau, il reçoit sa maitresse londonienne. La jeune femme est mélancolique, son mariage bat de l’aile. Après leurs ébats, les deux amants parlent longuement. Philip évoque notamment avec elle, les autres femmes qui ont croisé sa route. Arnaud Desplechin adapte, pour son dernier film, Philip Roth. Rien d’étonnant à cela, tant les films du réalisateur sont emprunts de littérature depuis ses débuts. L’art de la discussion, de longs dialogues et des analyses de personnages complexes font également partie de son ADN. Le film est ici découpé en onze chapitres et les obsessions de Philip Roth sont reconnaissables : la judéité, le désir, la mort et les femmes. Le casting est impeccable et parfaitement bien choisi : Denis Podalydès, Léa Seydoux, Emmanuelle Devos, Rebecca Marder et Anouk Grinberg. Même si certaines scènes sont forts touchantes (notamment celles avec Emmanuelle Devos), l’histoire de Philip et de sa jeune maîtresse m’a laissée de marbre. L’émotion n’affleure que rarement dans leurs échanges qui m’ont mise à distance.
  • « Ouistreham » d’Emmanuel Carrère : Marianne Winckler est écrivaine et elle souhaite écrire sur les travailleurs précaires, montrer ceux qui sont invisibles dans notre société. Pour être au plus près d’eux, elle se fait embaucher comme agent d’entretien dans des campings, des entreprises et surtout sur les ferrys qui rejoignent l’Angleterre. Le travail y est extrêmement dur et exigent. Marianne se lie avec Christelle, une mère célibataire. Emmanuel Carrère adapte ici le travail de Florence Aubenas en romançant son propos. Le film montre parfaitement les cadences infernales, les douleurs physiques, les humiliations, la pauvreté qui guette et que l’on tente désespérément de repousser et les sacrifices personnels. Comme chez Ken Loach, la dureté du travail n’empêche pas l’entraide, la solidarité. Les actrices sont non-professionnelles et elles donnent ainsi un côté documentaire au film. Juliette Binoche se fond parfaitement dans l’ensemble avec sobriété et justesse. J’ai été un peu gênée par la fin du film, la découverte de la trahison, peut-être un excès de romanesque dans un film qui n’en avait pas besoin.
  • « The chef » de Philip Barantini : Andy Jones est un chef dans un restaurant gastronomique. Mais depuis quelques temps rien ne va plus : Andy oublie de passer les commandes auprès des fournisseurs, arrive en retard, ne complète pas les documents administratifs de suivi de la cuisine et sa vie personnelle part aussi en vrille. Ce soir-là, il ne doit pas faire faux bond à sa brigade. En ce vendredi précédent Noël, les réservations explosent. Le film de Philip Barantini montre un restaurant en plein coup de feu et la pression exercée sur l’ensemble du personnel. Les plan-séquences nous font passer de la salle à la cuisine, à la cour arrière du restaurant. Les personnels sont eux aussi en perpétuel mouvement, la frénésie de cette soirée est parfaitement bien rendue. Le principal atout du film est pour moi Stephen Graham dont j’admire le talent depuis « This is England ». Le reste du casting est également très bien. Le film aurait sans doute gagné à se concentrer uniquement sur le personnage d’Andy, le réalisateur s’éparpille un peu en voulant nous montrer les vies, les problèmes de nombreux personnages. L’ensemble reste néanmoins  très plaisant à regarder.
  • « Tous en scène 2 » de Garth Jennings : Le spectacle de Buster Moon et sa troupe fonctionne très bien mais notre koala voit plus grand. Il voudrait emmener ses chanteurs dans le théâtre de la Crystal Tower dirigé par le célèbre et terrible Jimmy Crystal. Lorsque Buster présente l’idée de son futur spectacle au fameux directeur, il lui annonce la présence de Clay Calloway, une légende du rock. Le problème, c’est que Buster ne connaît pas Clay et que ce dernier vit en ermite depuis le décès de sa femme. On retrouve avec plaisir Buster Moon et sa troupe d’amateurs devenus pro suite à un concours de chant. Rosita, Gunter, Johnny, Ash, Meena et la déjantée Miss Crawley sont de retour et ils sont toujours aussi attachants. Et ces personnages sont la grande réussite du film tant ils sont bien dessinés, bien déterminés psychologiquement. Le dessin animé reste vitaminé, drôle et clinquant. La musique, les personnages nous entraînent, il suffit de se laisser porter et de profiter du show.

Bilan 2021

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Une nouvelle année vient juste de débuter, l’heure du bilan 2021 a donc sonné ! J’ai lu 135 livres dont 17 BD et mes coups de cœur sont les suivants :

1-« Mathilde ne dit rien » de Tristan Saule que j’ai découvert grâce aux rencontres Vleel sur instagram et que j’ai dévoré en une journée. Il s’agit du premier tome des chroniques de la Place Carrée et c’est un roman noir addictif et parfaitement ficelé. 

2- « La maison des Hollandais » de Ann Patchett qui m’a totalement enchantée. L’intrigue raconte avec fluidité et élégance le destin de Maeve et de son frère Danny, des personnages incroyablement attachants. 

3- « Borgo Vecchio » de Giosuè Calaciura, un roman éblouissant se déroulant dans un quartier miséreux de Palerme, la plume de l’auteur est une splendeur. 

4-« Shuggie Bain » de Douglas Stuart, j’attendais avec impatience la sortie de ce roman en français et je n’ai pas été déçue. Le récit porte sur l’amour fusionnel d’un fils pour sa mère, malmenée par la vie et par les hommes. 

5-« Memorial drive » de Nastasha Tretheway est à la fois une enquête et un récit intime portant sur l’assassinat de la mère de l’auteure. Le livre est brillant, intelligent, d’une infinie dignité.

En 2021, j’ai pu compter sur certains de mes auteurs préférés et ils n’ont pas du tout déçue :

« Mr Wilder & me » de Jonathan Coe

« La fille qu’on appelle » de Tanguy Viel

-« Hamnet » de Maggie O’Farrell.

Choisir uniquement cinq livres sur une année de lecture étant quasiment impossible, je voudrais citer également « Milkman » d’Anna Burns d’une étourdissante maîtrise narrative, « Jeune femme au luth » de Katharine Weber qui mêle le politique et l’intime de manière originale, « Deux femmes et un jardin » d’Anne Guglielmetti d’une délicatesse et d’un poésie rares. 

Pour les BD, j’ai eu un énorme coup de cœur pour « Béatrice » de Joris Mertens et je vous conseille également la lecture de « Radium girls » de CY, « Le jardin secret » de Maud Begon et les deux volumes de « Dans la tête de Sherlock Holmes ». 

Nous aurons à nouveau été privés de cinéma pendant quelques mois mais voici mes cinq films préférés de l’année 2021 : 

Des films éclectiques avec une splendide adaptation des « Illusions perdues » de Balzac par Xavier Giannoli, un film historique flamboyant avec « Les sorcières d’Akelarre » de Pablo Aguero, un film extrêmement émouvant et intime avec « Serre-moi fort » de Mathieu Amalric, un film sur un personnage tourmenté avec « Les intranquilles » de Joachim Lafosse et un premier film maîtrisé et original avec « Les magnétiques » de Vincent Cardona. Si vous aimez les films noirs, je vous conseille également « Médecin de nuit » qui se déroule en une nuit fiévreuse et dangereuse. Je voulais citer également deux premiers films : « Gagarine » de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh et « Ibrahim » de Samir Guesmi. 

Il me reste à vous souhaiter une lumineuse et douce année 2022 pleine de belles découvertes culturelles.