Bilan livresque et cinéma d’août

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Le mois d’août fut bien rempli avec sept livres à mon actif. J’ai continué mes lectures pour le mois américain avec « My Absolute darling » de Gabriel Tallent, un roman à couper le souffle, « Les altruistes » de Andrew Ridker, un premier roman prometteur dans la lignée de Jonathan Franzen, « Sauvage » de Jamey Bradury qui se trouve à la croisée des genres, « Le chant des plaines » de Kent Haruf qui décrit avec beaucoup de sensibilité une communauté et « Sans foi ni loi » de Marion Brunet qui revisite le western. Et je vous ai déjà parlé de « Oyana », qui m’a permis de continuer à découvrir le travail d’Eric Plamondon, et de « Rien n’est noir » de Claire Berest où j’ai retrouvé avec plaisir le couple tumultueux Frida Kahlo/Diego Rivera. J’ai hâte que le mois américain commence pour pouvoir vous parler des excellents livres que j’ai lu durant les deux mois d’été !

Et côté cinéma ? Mon coup de cœur du mois revient à un de mes réalisateurs préférés, Arnaud Desplechin :

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A Roubaix, le commissaire Daoud arpente inlassablement les rues de sa ville natale, même le soir de Noël. Dans son commissariat se croisent un pauvre bougre essayant d’arnaquer son assurance, une adolescente violée dans le métro, de jeunes délinquants, une jeune femme fuguant de l’appartement familiale. Et un soir, une maison brûle dans une impasse. Daoud envoie un nouveau lieutenant, Louis, pour enquêter. Celui-ci interroge deux voisines, Claude et Marie, pour savoir ce qu’elles ont vu. Mais l’affaire ne s’arrête pas là et les policiers vont bientôt découvrir dans la même impasse un crime bien plus grave.

Arnaud Desplechin retrouve à nouveau sa ville de Roubaix après y avoir réalisé « Un conte de Noël », « Trois souvenirs de ma jeunesse » et « Les fantômes d’Ismaël ». Il montre ici toute la misère sociale, la pauvreté de cette ville qui fut autrefois prospère et qui garde  » (…) le sentiment blessé d’avoir compté et de n’être plus rien ». La nouveauté chez Desplechin est double. « Roubaix, une lumière » est un polar et le fait divers central est bien réel. Le réalisateur avait vu un documentaire sur celui-ci « Roubaix, commissariat central, affaires courantes » de Mosco Boucault. On retrouve dans le film de Desplechin le réalisme des documentaires, on suit au plus près la vie de ce commissariat (notamment les scènes d’interrogatoires qui sont très fortes). Nous sommes assez loin de l’univers habituel du réalisateur mais le personnage de Louis nous renvoie à ses héros habituels (il voulait rentrer dans les ordres et a changé de vocation, il lit de la philosophie). Les trois acteurs principaux du film sont absolument remarquables. Roschy Zem incarne un commissaire débordant d’humanité, de compassion, droit mais aussi hanté par son histoire familiale. Léa Seydoux et Sara Forestier sont également parfaites, leur jeu est intense et nuancé. Un film noir qui sort des sentiers habituels empruntés par Arnaud Desplechin mais qui est totalement réussi et maîtrisé.

Et sinon :

  • « Once upon a time… in Hollywood » de Quentin Tarantino : Eté 1969, Rick Dalton est un acteur de western, notamment de séries tv. Il est abonné aux rôles de méchant. Lorsqu’un producteur lui propose de tourner dans un western spaghetti en Italie, Rick sait que sa carrière est sur le déclin. Heureusement, il est soutenu par Cliff Booth, son cascadeur attitré qui lui sert aussi de chauffeur et d’homme à tout faire. Parallèlement à Rick, nous suivons le parcours d’une jeune starlette à la carrière montante : Sharon Tate. Dans ce film, Quentin Tarantino rend hommage au cinéma des années 60, à la légèreté et l’insouciance de ses années là qui vont se terminer aux USA dans un bain de sang. Sans vraiment d’intrigue, « Once upon a time… in Hollywood » est un film d’ambiance : cocktails, villas avec piscine, belles voitures et vitesse. Le réalisateur s’amuse follement à recréer cette atmosphère et il va jusqu’à retourner des scènes de ses films préférés avec les acteurs de son film (« La grande évasion » avec Leonardo di Caprio à la place de Steve McQueen). En revanche, Sharon Tate n’est pas remplacée par Margot Robbie dans l’extrait que nous découvrons dans un cinéma. Quentin Tarantino rend un bel hommage à cette actrice en la montrant souriante, dynamique, légère et lumineuse à l’image des années 60. Les acteurs sont tous épatants et semblent aussi se régaler dans leur rôle respectif. Le duo Leonardo Di Caprio et Brad Pitt fonctionne à merveille. A noter la scène incroyablement drôle entre Bruce Lee et Cliff Booth qui restera dans les annales ! « Once upon a time…in Hollywood » est un conte comme son nom l’indique et la fin du film le confirme. Je dois avouer qu’elle m’a un peu chiffonnée mais je pense que Quentin Tarantino voulait justement sauver les années 60 et son insouciance à travers cette revisitation de l’histoire.

 

  • « Wild Rose » de Tom Harper : A Glasgow, Rose-Lynn sort de prison mais son rêve est intact : elle sera chanteuse de country ou rien. Elle est bien décidée à reprendre son job de chanteuse dans un bar de la ville pour mettre de l’argent de côté et partir à Nashville. Mais son tempérament excessif n’a pas laissé que de bons souvenirs à ses anciens patrons. Et surtout, Rose-Lynn a deux enfants dont sa mère s’est occupée pendant son absence. Cette dernière voudrait bien que sa fille prenne enfin ses responsabilités et s’occupe de sa fille et de son fils. « Wild Rose » a une intrigue classique et le dénouement n’est pas une surprise. Mais ce film a plusieurs atouts qui le rendent extrêmement agréable à regarder. Le premier est l’idée tout à fait originale de mélanger film social à la Ken Loach et country music. Le deuxième est son actrice principale : Jessie Buckley. J’avais déjà pu admirer son talent dans l’adaptation de « Guerre et paix » de la BBC, ou dans celle de « La dame en blanc » et dans la formidable série « Chernobyl ». Ici, son talent éclabousse l’écran, sa présence est magnétique et sa voix sublime. Jessie Buckley est à elle seule une excellente raison d’aller voir ce film !

 

  • « Perdrix » de Erwan Le Duc : De passage dans les Vosges, Juliette se fait voler sa voiture, avec toutes ses affaires dedans, par une naturiste. Elle va porter plainte à la gendarmerie où l’affaire n’étonne personne puisqu’un commando de naturistes révolutionnaires sévit dans la région. Juliette fait la connaissance du capitaine Perdrix chez qui elle décide de s’incruster en attendant de retrouver sa voiture. Erwan Le Duc réalise ici une comédie charmante au ton décalé qui rappelle Wes Anderson. L’atmosphère, les personnages sont assez incongrus pour une comédie romantique. Le capitaine Perdrix est un doux rêveur, un cœur tendre qui se trouve confronté à la volubile et fantasque Juliette qui parcourt la France pour éviter de se fixer. Swann Arlaud (décidément toujours juste) et Maud Wyler (une découverte) interprète ce duo mal assorti qui va de chamailleries en chamailleries. La famille de Perdrix est magnifique de singularité : la mère (Fanny Ardant) est une veuve inconsolable qui anime un courrier du cœur radiophonique dans son garage, le frère (Nicolas Maury) est passionné par les lombrics, sa fille rêve de quitter sa famille et de devenir championne de ping-pong. Tout ce joyeux monde vit ensemble ! Les collègues de Perdrix sont également croustillants et pour couronner le tout une reconstitution d’une bataille de 39/45 doit avoir lieu dans le village. L’ensemble crée une comédie romantique cocasse, drolatique aux personnages attachants.

 

  • « Les faussaires de Manhattan » de Marielle Heller : Lee Israel a écrit des biographies de femmes célèbres et a rencontré un certain succès. Mais aujourd’hui, ses sujets n’intéressent plus, son agent ne veut plus lui faire d’avance. Lee ne joue pas non plus le jeu de la promotion et elle en serait d’ailleurs bien incapable. Irascible, mal-aimable et asocial, Lee ne supporte pas la bêtise et la facilité. Elle a pourtant un grand besoin d’argent, elle n’a même plus de quoi payer les médicaments de son chat. Pour s’en sortir, une idée lui vient : écrire de fausses lettres d’écrivains. Elle sera aider par un complice aussi alcoolique qu’elle : Jack, un homosexuel aussi caustique qu’elle. Lee Israel a véritablement existé et elle a été arrêté par le FBI en 1993. Bien que désagréable, le personnage est très attachant. On la sent totalement inadapté au monde dans lequel elle vit. Elle s’intéresse à des actrices de second plan du cinéma hollywoodien, voue un culte à Dorothy Parker et Noel Coward. Elle est interprété par Mélissa McCarthy qui surprend dans ce rôle et montre enfin l’étendu de son talent. Richard E. Grant était l’acteur idéal pour le fantasque Jack qui a la dignité de ne jamais reconnaître à quel point il est dans la dèche. L’histoire est en elle-même très intéressante et le film rend également hommage à la littérature, aux librairies où les passionnés s’arrachent les fausses lettres de Lee.

 

  • « Give me liberty » de Kirill Mikhanovsky : A Milwaukee, Vic vit avec son grand-père qui perd doucement mais sûrement la mémoire. Vic et sa famille sont d’origine russe. Vic transporte dans un mini-bus des personnes handicapées. Mais il a quelques difficultés à contrôler son grand-père qui devient de plus en plus imprévisible. Et surtout, Vic ne sait pas dire non. Il se retrouve donc à devoir emmener dans son bus toute un groupe de personnages âgées russes qui veulent assister à un enterrement à l’autre bout de la ville. S’ajoute à ce groupe, un jeune russe oisif et pique-assiette. Les pauvres usagers de Vic ne savent pas dans quelle aventure ils s’embarquent… Voilà un film qui est extrêmement sympathique et vivant. Kirill Mikhanovsky tourne son film comme un documentaire, caméra à l’épaule. Il y montre l’Amérique des laissés-pour-compte, des personnages cassés, blessés par la vie mais qui ne baissent jamais les bras (les scènes où Vic parle avec un tétraplégique noir sont magnifiques, l’homme allongé prodigue des leçons de vie au jeune homme). Le film est un très joyeux bordel, foutraque et plein de la verve des personnages. Tout ce petit monde finit par s’accorder, chacun finit par adopter la cause de l’autre. C’est tour-à-tour hilarant et émouvant, un tourbillon permanent qui nous entraîne.

Bilan livresque et cinéma de juillet

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Juillet est mon mois de vacances estivales, il est donc l’occasion de longues plages de lectures. Elles ont eu pour but de commencer à préparer le mois américain qui, je vous le rappelle, commencera le 1er septembre. J’ai eu l’occasion de lire 12 livres (ne les comptez pas sur mon logo, il en manque deux qui ne rentraient pas !), un livre jeunesse et une bande-dessinée. A part « Herland » que j’ai trouvé franchement décevant, je n’ai eu que de beaux moments littéraires. Avec une mention spéciale pour mon coup de cœur du mois : « Les sept morts d’Evelyn Hardcastle » de Stuart Turton qui est un cluedo labyrinthique et extrêmement intrigant. Je vous reparle de ce roman très rapidement. J’ai déjà eu l’occasion de vous parler du formidable livre de Joseph Ponthus, « A la ligne », unanimement salué à juste titre et de l’étonnant et original « Taqawan » d’Eric Plamondon. J’espère pouvoir lire prochainement « Oyana », le dernier roman de l’auteur québécois. Décidément, j’apprécie énormément la délicatesse et l’intelligence des livres de Timothée de Fombelle et « Capitaine Rosalie » est un petit bijou parlant de la 1ère guerre mondiale à travers les yeux d’une enfant. Le livre est superbement illustré par Isabelle  Arsenault. Je vous conseille également l’adaptation pleine de malice de Colette en BD avec « Claudine à l’école » de Lucie Durbiano. Pour le reste, il vous faudra attendre le mois de septembre pour connaître mon avis !

Et du côté du cinéma, quatre films à mon compteur avec un coup de cœur :

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La famille Ki-Taek vivote dans les bas quartiers de leur ville. Ils sont tous les quatre sans emploi et ils enchaînent petits boulots et combines. Une belle opportunité se présente finalement à eux. Le fils a été recommandé pour donner des cours d’anglais à la fille d’une richissime famille, les Park. Il fait très bonne impression à l’ensemble de la famille. Rapidement, il réussit à faire engager sa sœur comme professeur d’arts plastiques pour le jeune garçon de la famille Park. Il ne reste plus qu’à caser le père et la mère…

« Parasite » a reçu la Palme d’or au dernier festival de Cannes et elle est largement méritée. Le film est fait de formidables surprises et de rebondissements saisissants. Le scénario est extrêmement bien construit et maîtrisé. Je n’ai pas vu passé les 2h12 du film tant j’ai été happée par cette histoire. « Parasite » est à la fois un thriller et une satire sociale. Ce portrait de la Corée du Sud n’est guère réjouissant. La différence entre les Ki-Taek et les Park est abyssale. Le néo-libéralisme fait des ravages, il humilie et écrase les plus démunis. Ceux-ci ne peuvent que finir par vouloir récupérer leur part du gâteau. Le film commence comme une farce, des pique-assiettes burlesques s’incrustent dans une belle maison d’architecte. Mais ce qui fait l’intérêt du film, c’est la capacité de Bong Joon-Ho à faire totalement basculé son intrigue, du rire nous passons au tragique puis au  règlement de compte sanglant. Il ne faut surtout pas en dire plus sur l’histoire de ce film au risque de gâcher le plaisir des futurs spectateurs. Le réalisateur coréen nous offre un film captivant, riche en émotions, aussi intéressant sur le fond que sur la forme.

Et sinon :

  • Nevada de Laure de Clermont-Tonnerre : Roman est incarcéré dans une prison du Nevada. Mutique et violent, il n’a lié connaissance avec personne et il n’arrive pas non plus à communiquer avec sa fille. Il intègre un programme de réhabilitation des prisonniers à travers le dressage de chevaux sauvages. L’homme et l’animal vont devoir apprendre à s’apprivoiser l’un et l’autre. La scène d’ouverture de « Nevada », la capture de chevaux sauvages, est spectaculaire et magnifiquement filmée. Le film de Laure de Clermont-Tonnerre mélange histoire de prison et western avec beaucoup de réalisme puisque ce dispositif existe réellement et que certains acteurs du film sont de véritables prisonniers. Même si l’apprivoisement de Roman et de son cheval est évidente dès le départ, le film se regarde avec plaisir. Les chevaux sauvages sont magnifiés et Matthias Schoenaerts réalise encore une fois une performance intense et juste. Le voir évoluer à l’écran est en soi une excellente raison de voir « Nevada ».

 

  • Acusada de Gonzalo Tobal : Dolores Dreier, étudiante, est soupçonnée d’avoir assassinée sa meilleure amie. A quelques jours de l’ouverture de son procès, la jeune femme et sa famille sont plongées dans un raz de marée médiatique. Toute l’Argentine semble chercher à savoir si Dolores est bien à l’origine de ce crime et explore tous les recoins de la sa vie. « Acusada » n’est pas un film de procès, ce qui intéresse le réalisateur se passe entièrement à l’extérieur : l’implosion de la famille bourgeoise de Dolores, la déchaînement des médias et des réseaux sociaux, la préparation de sa défense, le soupçon qui s’insinue partout. Et ce qui rend le film intéressant, c’est son ambiguïté totale. A l’issue du film, il y aura un verdict mais je défie les spectateurs de savoir s’il s’agit de la bonne décision ou non. Le film doit énormément à ses acteurs qui sont tous excellents et surtout à son actrice principale : Lali Esposito qui joue une Dolores troublante et intrigante.

 

  • Vita et Virginia de Chanya Button : En 1922, Vita Sackville-West rencontre Virginia Woolf lors d’une fête à Bloomsbury. Virginia Woolf vient de publier « Mrs Dalloway » et est à l’avant-garde de la littérature anglaise. D’où l’admiration que lui porte Vita Sackville-West, écrivaine elle-même, qui aura tout fait pour pouvoir la rencontrer. Les deux femmes se prennent de passion l’une pour l’autre. Leur relation sera ponctuée d’une longue correspondance qui est à la base de ce film. Elle sera également à l’origine d’un de plus beaux romans de Virginia Woolf : « Orlando » dont le personnage central est inspiré de Vita. Etant une grande admiratrice de Virginia Woolf et de Vita Sackville-West, j’attendais beaucoup de ce film. Même si la réalisatrice a eu le mérite de parler de la relation des deux auteures, son film est plutôt une déception pour moi. Le premier problème vient de l’interprétation faite par Gemma Arterton de Vita Sackville-West. Elle est pour moi bien loin de l’originale puisque durant presque tout le film, elle n’est que minauderies et coquetteries (cela s’arrange un peu à la fin mais il est trop tard pour modifier l’impression générale sur le personnage). La réalisation tente également de moderniser les habituels films en costumes mais cela se transforme en tics répétitifs qui gâchent le but premier et la musique électro n’a pas réussi à me convaincre (elle est par moment si incongrue qu’elle m’a fait sortir totalement du film). Il y a néanmoins des points positifs dont le principal est Elizabeth Debicki qui campe une Virginia Woolf crédible, sensible et habitée. De même, Peter Ferdinando (Léonard Woolf) et Rupert Penry-Jones (Harold Nicolson) sont excellents et parfaitement crédibles. Ce n’est malheureusement pas le cas de tous les seconds rôles, mention spéciale à Adam Gillen qui incarne un Duncan Grant ridicule et caricatural. Les costumes et les décors sont splendides mais ils ne réussissent pas sauver cet ensemble inégal et longuet.

 

Bilan livresque et cinéma de mai

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Mon mois de mai littéraire aura été bien rempli avec 6 romans et 4 BD. J’ai déjà eu l’occasion de vous parler du formidable roman de Shelby Foote sur un épisode de la Guerre de Sécession, du premier roman prometteur de Sara Collins qui revisite le roman gothique et du touchant et juste roman de Pete Fromm qui nous raconte une histoire d’amour hors norme sur fond de maladie. J’ai commencé mes lectures pour le mois anglais et je vous reparle rapidement de « Bonne nuit, monsieur Tom ! » de Michelle Magorian, de « L’héritier, une histoire d’amour » de Vita Sackville-West et de « Love » de Angela Carter. Du côté des BD, j’ai retrouvé avec plaisir l’univers de Posy Simmonds avec « Le chat du boulanger » qui s’adresse plutôt aux enfants et que j’ai beaucoup apprécié, et celui de Catherine Meurisse avec « Mes hommes de lettres » qui est une histoire de la littérature française. Je vous ai récemment parlé des « Nymphéas noirs » de Cassegrain et Duval inspiré d’un roman de Michel Bussi et dont l’intrigue et le dessin m’ont beaucoup plu.

Et du côté du cinéma : 7 films à mon compteur avec du très bon et une belle déception.

Mes films préférés du mois :

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Stevie, 13 ans, se fait malmené par son grand-frère. Il essaie donc de passer plus de temps en dehors de chez lui. Un jour, il croise un groupe de skateurs qui le fascine immédiatement. Il réussit à intégrer le groupe alors qu’il n’a jamais fait de skate. Les quatre copains, plus grands que lui, seront à l’origine de tous les apprentissages : l’alcool, la drogue, le sexe et bien évidemment le skate. La petite bande est constituée de membres disparates, aux origines et aux milieux sociaux  très différents. Des excès, des expériences, de la joie et surtout une formidable amitié vont lier à jamais les cinq garçons.

« 90’s » est le premier film en tant que réalisateur de Jonah Hill et c’est une réussite. L’histoire de Stevie est en partie autobiographique ce qui se sent parce que l’époque est parfaitement rendue (notamment au niveau de la musique qui tient une place importante dans le film) et que le film est finalement emprunt de nostalgie pour cette période bénie du début de l’adolescence, celle de tous les possibles et de toutes les transgressions. Stevie s’éveille, s’épanouit aux contacts de ses nouveaux amis. Il y a de l’émerveillement chez le jeune garçon lorsqu’il comprend qu’il est accepté dans le groupe, lorsqu’il regarde les exploits des skateurs. Sunny Suljic, qui interprète Stevie, est pour beaucoup dans le plaisir que l’on prend à regarder ce film. Son visage est plein de candeur, de naïveté et de volonté de s’émanciper. Jonah Hill réalise un premier film sobre, juste sur l’apprentissage d’un jeune garçon vers le monde adulte.

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Salvador est un réalisateur à bout de souffle. L’envie d’écrire n’est plus là, les maladies l’envahissent. Il reste enfermé dans son luxueux appartement madrilène. La projection d’un des ses films à la cinémathèque l’oblige à sortir. Et il part à la recherche de l’acteur principal du film avec lequel il s’était fâché lors du tournage. Les retrouvailles en amènent d’autres et Salvador se retrouve plongé dans ses souvenirs et notamment ceux de sa mère dans une Espagne rurale et pauvre.

Pedro Almodovar joue avec l’autofiction dans son dernier film. Antonio Banderas est ici son alter-ego, son double de cinéma. Le personnage est cerné par la nostalgie : celle de son enfance, de sa mère forte et lumineuse, celle de sa gloire en tant que cinéaste, celle des premiers émois sensuels, celle d’anciens amours. Cette dernière catégorie nous offre une scène merveilleuse de retrouvailles pudiques, tendres et déchirantes. Le film comporte des éléments de la vie du réalisateur espagnol mais aussi des échos de ces autres films. Le jeu est savamment orchestré en ces différents niveaux de narration, les passages entre le présent et les souvenirs d’enfance sont d’une grande fluidité. Le casting est parfait avec deux des acteurs préférés d’Almodovar : Antonio Banderas et Penelope Cruz qui sont eux-mêmes des réminiscences des autres films du réalisateur. Avec « Douleur et gloire », on retrouve un Pedro Almodovar au sommet de son cinéma avec un film très personnel et très touchant.

 

Et sinon :

  • Mais vous êtes fous de Audrey Diwan : Roman et Camille sont mariés et ont deux filles. Ils gagnent bien leurs vies, habitent un bel appartement parisien. Tout semble harmonieux jusqu’à ce que l’une de leur fille se retrouve à l’hôpital pour des convulsions. De la cocaïne est détecté dans son organisme. Il s’avère que Roman est drogué depuis des années à hautes doses. La romancière Audrey Diwan s’essaie au cinéma. Son film est très intéressant, il montre l’effet d’une terrible révélation sur une famille à priori normale. Camille oscille entre rejet absolu de son mari et amour fou pour lui. Céline Sallette incarne cette femme entre fragilité et force. Elle se bat pour sa famille et surtout pour son homme. Mais le film est bien plus qu’un simple combat pour retrouver l’équilibre familial. Dans une scène étourdissante, Audrey Diwan nous montre que les choses sont plus complexes que ne le voudrait Camille et que la confiance est au cœur d’un couple. Pio Marmaï qui joue Roman montre lui aussi toute l’étendue de son talent et de sa profondeur de jeu. Un essai parfaitement transformé par Audrey Diwan.

 

  • Le jeune Ahmed de Luc et Jean-Pierre Dardenne : Ahmed a décidé de tuer sa professeure de soutien scolaire. celle-ci veut faire apprendre l’arabe de tous les jours, différent de celui du Coran et elle compte le faire à l’aide de chansons. L’imam local la condamne fermement. Ahmed, voulant montrer la force de sa foi, décide alors de passer à l’acte. Fort heureusement, il rate son coup et sera enfermé dans un centre pour adolescents délinquants. Mais Ahmed n’a pas l’intention d’oublier son projet. C’est à chaque film, un immense plaisir de retrouver les frères Dardenne. « Le jeune Ahmed » montre une garçon de 13 ans totalement radicalisé et totalement emprisonné par ses idéaux. L’autre n’existe pas pour lui et les frères Dardenne nous montre l’obstination, la spirale de mensonges dans laquelle il s’enferme. Ce film m’a beaucoup fait penser à « Rosetta ». Ahmed est un garçon extrêmement solitaire, borné et une scène de course dans les bois évoque la même scène avec Emilie Dequenne. Comme souvent chez les réalisateurs belges, leur film est l’occasion de voir éclore un nouveau talent, ici Idir Ben Addi interprète de manière magistrale Ahmed.  Les frères Dardenne, en s’attachant à ce personnage au parcours radicalisé, ne le jugent pas, ils l’accompagnent avec une grande humanité et cherche à la détecter chez lui.

 

  • 68, mon père et les clous de Samuel Bigiaoui : Pour ceux qui habitent, comme moi, dans le quartier de la rue Monge depuis de nombreuses années, le nom de Bricomonge vous sera familier. C’est le père du réalisateur qui a créé la boutique et l’a tenue pendant trente ans. Samuel Bigiaoui filme son père dans son magasin au moment où celui-ci est obligé de prendre sa retraite. Il montre les employés, présents depuis des années, les clients habitués ou non qui viennent dans la quincaillerie pour chercher tout et n’importe quoi et discuter avec son propriétaire. Jean Bigiaoui est un ancien militant actif de la gauche prolétarienne, un intellectuel qui est venu se cacher dans une quincaillerie. Ce magasin était pour lui le meilleur moyen d’échapper à un travail classique, à un quotidien plan-plan qu’il n’aurait pas supporter. Le travail manuel était également une nécessité pour lui. Il se raconte avec pudeur et cet homme se révèle d’un très grand humanisme. Son fils lui rend un bel hommage avec ce documentaire plein de tendresse.

 

  • Gloria Bell de Sebastian Lelio : Gloria adore danser. Divorcée, la cinquantaine, Gloria ne veut pas renoncer aux plaisirs de la vie. C’est sur la piste de danse qu’elle croise un homme avec lequel elle aura une relation plus sérieuse. Malheureusement, il s’avérera peu fiable et incapable de tourner la page de son divorce. Sebastian Lelio offre un magnifique rôle à Julianne Moore. Il ne la lâche pas de tout le film et nous dévoile les difficultés qu’elle peut rencontrer avec ses enfants, avec le travail où une amie proche est licenciée, avec les hommes. Gloria est une femme seule et on sent parfaitement son désarroi. Elle essaie pourtant de ne pas l’être : elle sort seule dans les bars, appelle régulièrement ses enfants. Sa vie est chaotique mais Gloria ne baisse pas les bras. Julianne Moore est, comme toujours, splendide et montre que l’on peut offrir de très beaux rôles aux actrices de plus de cinquante ans. John Turturro est lui aussi parfait, juste comme à son habitude dans ce rôle d’homme amoureux mais lâche.

 

  • The dead don’t die de Jim Jarmusch : Dans une petite ville des Etats-Unis, des événements étranges se déroulent : les montres et horloges s’arrêtent et la nuit refuse de tomber. L’un des policiers du coin en est sûr : ça va mal se terminer. Rapidement, des meurtres sont commis. Ils sont si horribles que l’on pense à une attaque d’une ou plusieurs bêtes sauvages. Mais rapidement, les coupables sont trouvés : ce sont des morts-vivants cannibales qui sont responsables des meurtres. Jim Jarmusch tente un hommage aux films d’horreur et malheureusement c’est raté. Le casting était pourtant extrêmement prometteur : les placides Adam Driver Et Bill Murray ne pouvaient que bien s’entendre, les vieux copains de Jarmusch Iggy Pop et Tom Waits sont de la partie, ainsi que Chloé Sévigny et la toujours fantasque Tilda Swinton. Si voir Iggy Pop en mort-vivant est un grand moment de cinéma, si la raison de l’apparition des morts-vivants est intéressante, le reste laisse à désirer. Il aurait fallu plus de second degré, plus d’humour et de distance pour que le film fonctionne. Le film est plat, très plat, sans rythme, atone comme le duo de policiers. Une vraie déception pour ce film qui s’annonçait pourtant extrêmement prometteur.

Bilan livresque et cinéma de avril

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Le mois d’avril vient de s’achever et mon compteur livresque est peu élevé : 4 romans et 2 BD. Deux romans m’ont totalement emballé : « A son image » de Jérôme Ferrari qui propose toujours des projets littéraires ambitieux servis par une écriture nerveuse ; « Nos premiers jours » de Jane Smiley qui est le premier tome d’une trilogie qui raconte, sur un siècle, l’histoire d’une famille américaine et dont les personnages sont particulièrement attachants. Les deux autres livres ne m’ont pas complètement convaincue : « Tout ce qui nous submerge » de Daisy Johnson est un premier roman qui débutait fort bien mais l’auteure a complexifié son intrigue inutilement avec le mythe d’Oedipe ; « Une femme en contre-jour » de Gaëlle Josse est une biographie de la photographe Vivian Maier qui, malgré une belle écriture, reste trop scolaire pour être convaincante, je vous en reparle très vite. En revanche, carton plein  avec les deux BD : « Les grands espaces » de Catherine Meurisse rend un très bel hommage à l’enfance et à la beauté de nos campagnes ; « Les riches heures de Jacominus Gainsborough » de Rébecca Dautremer raconte la vie d’un lapin fragile et timide avec beaucoup de poésie et de grâce.

Et côté cinéma :

Mes deux films préférés du mois :

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Un vieil homme dans une chambre. Il boit, il dort, il regarde par la fenêtre. Cet homme, c’est Ray, le père du réalisateur Richard Billingham. Après ces premières images, le film remonte en arrière et montre la famille du réalisateur lorsqu’il était enfant. Ray, sa femme Liz, et leurs deux fils vivent dans une petite maison à Birmingham au temps de Margaret Thatcher. Richard Billingham a reconstitué son quotidien poisseux, la tapisserie déchirée, les mégots de Liz qui s’accumulent, les bouteilles vides. Le réalisateur regarde son enfance, ses parents comme un entomologiste, il les épingle sous sa caméra après l’avoir fait avec son appareil photo. Le film n’est ni méprisant, ni emprunt de rancœur. Richard Billingham ausculte la chute de sa famille, son délitement irrémédiable vers la misère et vers la séparation. Les parents semblent incapables de prendre les choses en main, ils subissent leur environnement. Le regard de Richard Billingham est très singulier et l’esthétique du film marque durablement par son originalité et la force de la reconstitution.

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Mario vient d’être quitté par sa femme. Il se retrouve seul à devoir gérer le quotidien de ses deux filles : Frida, 14 ans et Niki, 17 ans. Les débuts sont assez chaotiques notamment avec Frida qui reproche à son père le départ de sa mère. Mario espère malgré tout que sa femme va revenir. Il s’inscrit dans un groupe de théâtre amateur pour se rapprocher d’elle qui travaille à la régie. Mario cherche sa place avec maladresse, avec doute mais aussi avec l’amour qu’il porte à sa famille.

Bouli Lanners trouve enfin un premier rôle qui montre l’étendu de son talent. Il porte le film de Claire Burger de bout en bout. Il interprète un personnage sensible, perdu, maladroit avec ses deux grandes filles. Les deux sont d’ailleurs épatantes : Justine Lacroix et Sarah Henochsberg. L’aîné ne veut pas de relation durable, la cadette découvre son inclinaison pour les filles. Tous les trois se confrontent au sentiment amoureux et aux douleurs qu’il engendre. Le trio fonctionne magnifiquement bien. Le film de Claire Burger n’a rien de spectaculaire mais l’histoire de cette famille est touchante, émouvante.

Et sinon :

  • Comme si de rien n’était de Eva trobisch : Jeanne est une jeune femme indépendante. Elle retape une maison avec son amoureux avec qui elle avait fondé une maison d’édition qui périclite. Leur maison est loin de la ville, loin de l’agitation. Pourtant quand Jeanne reçoit une proposition de travail en ville, elle n’hésite pas longtemps à s’engager sans se préoccuper de l’avis de son compagnon. Un soir lors d’une fête d’anciens élèves, elle est violée par un homme rencontré sur place. Mais Jeanne refuse de se considérer comme une victime et décide de faire comme si de rien n’était. Le film d’Eva Trobisch ne lâche pas son héroïne, magnifiquement interprétée par Aenne Schwarz. Il montre le déni de Jeanne, sa volonté de fer qui peu à peu vacille. Ce drame, qu’elle ne veut pas nommer, va ronger totalement sa vie et l’éloigner de ses proches. Faire comme si de rien est impossible malgré la force , l’indépendance forcenée de Jeanne. Subtilement, la réalisatrice montre l’effondrement de son personnage qui culmine dans une scène finale glaçante. « Comme si de rien n’était » est un premier film parfaitement maîtrisé.

 

  • La lutte des classes de Michel Leclerc : Paul est un quadra qui continue à être batteur dans son groupe de punk-rock. Il porte fièrement son blouson de cuir. Il vit avec Sofia, brillante avocate. Ils décident de déménager à Montreuil avec leur fils. Celui-ci ira à l’école publique où il pourra se confronter à la mixité du quartier. Rapidement, les deux meilleurs copains de leur fils changent d’école pour aller dans le privé où leurs chances de réussites sont plus grandes. Paul et Sofia se voient obligés de questionner leurs convictions face à l’avenir de leur fils.Le film de Michel Leclerc est plutôt sympathique au début. Edouard Baer et Leïla Bekti sont parfaits, tout comme Ramzi Bedia qui interprète un directeur d’école fantasque. L’idée de départ était intéressante, l’humour bien dosé. Mais le film souffre de longueurs dans sa deuxième moitié, comme si Michel Leclerc avait du mal à terminer son film. Et peut-être aurait-il mieux valu qu’il ne l’achève tant la scène finale rocambolesque confine au ridicule.

Bilan livresque et cinéma de mars

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Le mois de mars fut un très riche en terme de lecture avec de très beaux textes et un coup de cœur pour l’excellent « Dans les angles morts » de Elizabeth Brundage. Deux livres m’ont frappé par la qualité de leur langue et la beauté de celle-ci : « Ça raconte Sarah » de Pauline Delabroy-Allard et « Par-delà nos corps » de Bérengère Cournut. Le mois de mars m’a également permis de retrouver l’un des mes auteurs préférés : J.M. Erre avec son dernier roman hilarant « Qui a tué l’homme-homard ». Je continue à découvrir les relectures de Shakespeare avec ce moi-ci « Le conte d’hiver » réécrit par la grande Jeannette Winterson. Si ce projet de réécritures vous intéresse autant que moi, vous serez ravis de savoir que les éditions Robert Laffont sortent en avril « Graine de sorcière » de Margaret Atwood qui revisite « La tempête ». Une seule déception ce mois-ci avec une bande-dessinée, qui participe au prix SNCF du polar, « Les visés » ne fut pas à la hauteur de mes attentes. Je termine le mois en beauté puisque je suis actuellement plongée dans « Le chant des revenants » qui me permet de découvrir la romancière américaine Jesmyn Ward. Bon mois d’avril à tous !

 

Mes coups de cœur du mois :

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Alexandre, quadragénaire, constate avec stupeur que le prêtre, qui a abusé de lui lorsqu’il était enfant, officie toujours auprès d’enfants. Fervent catholique, il écrit au diocèse de Lyon pour se plaindre de cet état de fait. Après de nombreux échanges et une confrontation, Alexandre constate que le père Preynat n’est pas sanctionné. Il décide alors de porter plainte contre le prêtre. La police prend ensuite contact avec d’autres enfants abusés dont François, qui décide de créer une association La Parole Libérée. C’est au cours d’une réunion de celle-ci que François croise la route d’Alexandre et celle d’Emmanuel qui n’a jamais réussi à oublier les abus du prêtre et à se construire une vie.

Le film de François Ozon se téléscope avec l’actualité et le refus de la démission du cardinal Barbarin par le pape enfonce le clou du film : la dénonciation de la hiérarchie épiscopale incapable de prendre les mesures qui s’imposent face à des prêtres pédophiles. Le film est extrêmement bien documenté et d’une grande sobriété dans sa mise en scène. Le début du film présente à tour de rôle l’un des trois personnages principaux donnant ainsi à voir des profils et des situations différents. Alexandre, François et Emmanuel sont tous les trois excessivement attachants et servis par des acteurs d’une grande subtilité : Melvil Poupaud, Denis Ménochet et Swan Arlaud (je compléterais la liste avec Eric Caravaca qui a un rôle plus secondaire mais qui est toujours formidable). François Ozon capte également très bien l’entourage de strois hommes : la mère qui culpabilise (Josiane Balasko), le couple qui a réagi à l’époque des faits, le frère jaloux de l’attention donné à celui qui fut abusé, les parents de la haute bourgeoisie qui rejette la douleur de leur fils pour éviter le scandale. Tout cela esr finement analysé et traité dans le film. Un seul bémol, les flash-back qui nous montrent les personnages principaux enfants face au père Preynat. Ils n’apportent pas grand chose au film et l’alourdissent. « Grâce à Dieu » est un film remarquablement documenté, mis en scène avec sobriété et servi par trois acteurs exceptionnels.

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Après la première guerre mondiale, Holt revient dans le cirque où il travaillait. Il était le cow-boy vedette qui régalait son public de ses acrobaties. Mais Holt est revenu avec un bras en moins. Fini la voltige. Max Medici, le patron du cirque familial, lui propose de s’occuper de sa dernière acquisition : un éléphant femelle qui va plutôt mettre bas. Celle-ci donne rapidement naissance à un éléphanteau aux oreilles démesurés. Les enfants de Holt se chargent de lui et découvrent bientôt que cet étrange éléphant peut voler.

Tim Burton reprend le classique de Disney et « Dumbo » lui réussit beaucoup mieux que « Alice aux pays des merveilles » qui était calamiteux. Ici, on retrouve le plaisir de voir un film de Tim Burton et cela faisait longtemps que cela ne m’était pas arrivé. Le plaisir n’est d’ailleurs pas que régressif. Bien-sûr, on est heureux de retrouver ce personnage si attendrissant et Tim Burton cite des scènes de l’original comme la danse des éléphants roses. Mais ce qui rend vraiment le film intéressant est sa deuxième partie. Le cirque Medici est racheté par un patron de parc d’attraction. Il veut posséder l’éléphant volant. A travers ce personnage mégalo et cupide et son parc d’attractions calibré, Tim Burton égratigne Disney. Tout y est lisse et les éclopés du cirque Medici n’y ont pas leur place. On retrouve dans « Dumbo » la poésie lunaire du réalisateur et son choix judicieux d’acteurs : Colin Farrell, Eva Green, Dany DeVito et Michaël Keaton qui est décidément fait pour l’univers de Burton. « Dumbo » est donc une réussite qui allie l’émotion, l’humour et l’ironie. Courrez-y avec ou sans vos enfants !

Et sinon : 

  • Santiago, Italia de Nanni Moretti : Le 11 septembre 1973, un putsch militaire, dirigé par le général Pinochet, renverse le président Allende qui sera acculé au suicide. Commence alors une vague d’arrestation et de torture des chiliens communistes et socialistes qui soutenaient le président élu. Les ambassades étrangères ferment les unes après les autres, sauf une, celle de l’Italie. De nombreux chiliens trouvent refuge entre les murs de celles-ci. Ce sont les témoignages de ces réfugiés que nous livrent Nanni Moretti. Beaucoup sont restés en Italie. Ils sont artistes, ouvriers, avocats, enseignants, diplomates. Ils parlent, avec les yeux brillants, de l’incroyable espoir né de l’élection d’Allende. Ils racontent ensuite l’horreur de la dictature, de Pinochet mis au pouvoir avec l’aide des américains et de la diffamation d’Allende dans les médias. La vie à l’ambassade est longuement évoquée : la manière dont ils franchirent le mur, la vie en communauté et les enfants qui jouent autour de la piscine. Ils expliquent aussi à quel point l’Italie les a accueillis chaleureusement. Et en creux, Nanni Moretti critique l’Italie d’aujourd’hui qui refuse d’accepter les migrants qui traversent la Méditerranée. Les témoignages sont vraiment bouleversants et souligne bien à quel point l’Italie a changé depuis les années 70.

 

  • Marie Stuart, reine d’Ecosse de Josie Rourke : Après le décès du roi de France, son époux, Marie Stuart revient en Ecosse pour revendiquer son trône. Elizabeth 1er et ses conseillers ne l’entendent pas de cette oreille. Marie pourrait vouloir prendre le pouvoir également sur l’Angleterre. Le film de Rosie Rourke est visuellement magnifique : les paysages, les décors et les costumes sont splendides. Ce qui m’a intéressée dans le film, c’est la manière dont Josie Rourke montre la gémellité des deux reines. Elles sont puissantes, volontaires mais leur pouvoir est entravé par les hommes qui ne supportent pas de les voir sur leurs trônes. Chacune  pourrait aider et soutenir l’autre mais elles finissent pas devoir se comporter comme les hommes, de manière implacable.  Le film montre bien les réticences d’Elizabeth à faire exécuté sa cousine qui lui ressemble et qui éprouve les mêmes difficultés à maintenir son autorité. En voyant le destin de Marie Stuart, on comprend également la décision d’Elizabeth de ne pas avoir de mari. Ceux de Marie cherchent à tout prix à lui voler son trône. Margot Robbie et Saoirse Ronan sont toutes deux parfaites. Le film reste néanmoins très classique. Certaines scènes, comme celle de l’accouchement de Marie, auraient pu nous être épargnées. Celle de la rencontre entre les deux reines, appréciée par beaucoup, m’a semblé très artificielle.

 

  • Damien veut changer le monde de Xavier de Choudens : Damien est pion dans une école primaire. Un jour, la mère du petit Bahzad ne vient pas récupérer son enfant. Damien s’en charge et découvre que la mère et le fils sont menacés d’expulsion. Sensibilisé aux engagements sociaux par ses parents, Damien cherche une solution pour aider cette famille. Pour ce faire, il doit enfreindre la loi. Malheureusement, une fois ce pas franchi, Damien est dépassé par son engagement  qui donne des idées à beaucoup, beaucoup d’autres familles. La comédie de Xavier de Choudens est très sympathique, elle comporte juste ce qui faut de bons sentiments pour ne pas tomber dans la guimauve ! Les répartis, les situations sont bien troussées et font mouche. La troupe d’acteurs, avec Franck Gastambide à sa tête, semble follement s’amuser. Le film met à l’honneur le sens du collectif, à l’instar de « Les invisibles », et c’est sans doute cela qui nous fait du bien.

 

Bilan livresque et cinéma de février

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Le mois de février a passé bien vite mais j’ai quand même réussi à dénicher un coup de cœur : « Moi ce que j’aime, c’est les monstres » de Emil Ferris dont je vous reparle la semaine prochaine. Je vous reparle également très vite de « Edith & Oliver », le deuxième roman de l’irlandaise Michèle Forbes qui parle de la déchéance d’un homme de spectacle. J’ai découvert, grâce au Picabo River Book Club, la romancière américaine Robin MacArthur avec son premier roman « Les femmes de Heart Spring Mountain », un roman féministe et écologique. Le livre de Elizabeth Quinn, « La nuit se lève », est aussi touchant qu’érudit, aussi élégant qu’humoristique, parfaitement en adéquation avec l’image que je peux avoir de la journaliste d’Arte. Cette semaine, j’ai participé à la première édition de « Livres et Parlotte », une rencontre autour des livres organisée par Charlotte. La thématique de cette première rencontre était « Quand les écrivains deviennent personnages de roman » et le livre choisi était « Les derniers jours de Stefan Zweig » de Laurent Seksik et je reviendrai sur ma lecture très prochainement. Pour terminer le mois de février, je poursuis ma lecture des Rougon-Macquart dans l’ordre avec le n°14 « L’œuvre » qui fut une relecture aussi enthousiasmante que la première fois.

Et côté cinéma, mes deux films préférés du mois :

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Angèle est architecte, elle veut repenser l’urbanisme, ouvrir les villes sur la mixité et l’échange. Lorsqu’elle se fait virer du cabinet où elle travaille, elle est obligée de retourner habiter chez son père. Ses parents étaient des militants de gauche et Angèle a continué leur engagement. Son père, maoïste, est resté fidèle à ses idéaux alors que sa mère a baissé les bras et est partie vivre à la campagne loin de tout. Perpétuellement en colère, Angèle voudrait obliger tous les gens qu’elle croise à changer de vie et de modèle économique.

« Ce qui me reste de la révolution » est une comédie enlevée, rythmée et pleine de verve. Le personnage d’Angèle montre le désarroi de sa génération et le poids de mai 68. Les idéaux d’Angèle semblent totalement anachroniques. Elle les assène, les martèle et semble s’y raccrocher comme à une bouée de sauvetage. Sans travail, sans illusion sur l’amour, Angèle fait partie d’une génération désenchantée qui évolue dans un climat social difficile. A force de conviction, Angèle finit par entrainer certaines personnes avec elle et tente de réenchanter le quotidien. La deuxième partie du film est plus apaisée. Angèle retrouve sa mère qui propose finalement une autre voie possible au chaos ambiant. La troupe d’acteurs est formidable d’énergie et quel bonheur de revoir Mireille Perrier sur grand écran !

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Tony Lip est videur dans une boîte de nuit. Quand celle-ci ferme, il se retrouve dans l’obligation de trouver un nouveau travail. Il essaie de glaner quelques dollars à droite à gauche (en participant à des concours du plus grand nombre de hot-dogs avalés par exemple) mais cela ne suffit pas à nourrir sa famille. Il entend  parler d’un poste de chauffeur pour un chanteur qui doit faire une tournée dans le Sud. Le poste comprend aussi le rôle de garde du corps, le chanteur est en effet noir, il s’agit de Don Shirley. Le périple s’avère plus compliquée que ce que Tony avait prévu.

Il est surprenant de trouver Peter Farrelly dans un autre registre que l’humour un peu gras des films réalisés avec son frère. Mais il a bien fait car son premier film en solo est réussi et il s’inspire d’une amitié véritable. L’histoire, qui inverse les clichés puisqu’un blanc conduit un noir, pouvait glisser dangereusement vers le pathos dégoulinant. A part la dernière scène, il n’en est rien. Peter Farrelly joue sur les positions sociales et intellectuelles des deux personnages. Le greenbook était le livre permettant aux noirs de voyager pendant la ségrégation et de trouver des établissements acceptant de les accueillir. Don Shirley est un homme cultivé aux goûts extrêmement raffinés alors que Tony Lip est un beauf intéressé uniquement par la nourriture. Le greenbook les oblige à inverser les positions : Tony dort dans les hôtels décents pendant que Don dort dans des bouges. Ce qui est bien entendu intéressant, c’est le lent rapprochement de ces deux êtres opposés. Chacun apprend au fil du voyage  à faire un pas vers l’autre jusqu’à devenir de véritables amis. Les deux acteurs, Viggo Mortensen et Mahershala Ali, sont vraiment au top et l’alchimie entre les deux fonctionnent parfaitement. Le film n’est pas un manifeste mais il rappelle ce qu’était la ségrégation, ce qui n’est pas inutile dans les États-Unis d’aujourd’hui. « Greenbook » est un film drôle, touchant qui rend un bel hommage à l’amitié de Tony Lip et Don Shirley.

Et sinon :

  • « La favorite » de Yorgos Lanthimos : Sur le trône d’Angleterre règne Anne, une femme fragile et instable. Le royaume est en guerre contre la France et des décisions doivent être prises. C’est donc la favorite de la reine, Lady Sarah Churchill, qui gouverne à sa place. Une nouvelle servante, Abigail, arrive au château et elle obtient la protection de Lady Sarah. Malheureusement pour cette dernière, Abigail est extrêmement ambitieuse et elle veut retrouver un statut social qu’elle a perdu. Elle va donc tout mettre en œuvre pour prendre la place de Lady Sarah. Le film de Yorgos Lanthimos est étonnant et extrêmement original. Sa cour d’Angleterre est vue sous l’angle de la caricature, du grotesque et de l’outrance. Les courtisans sont tous parfaitement ridicules, ils sont à l’image de leur reine qui est parfaitement pathétique. Ce qui intéresse le cinéaste, c’est bien-sûr la relation entre les trois femmes entre pouvoir et séduction. Les deux courtisanes sont prêtes à tous les coups bas pour arriver à leurs fins, elles sont toutes les deux aussi perfides qu’intelligentes. Ces trois personnages de femmes sont tenus par trois actrices d’exception : Emma Stone dans le rôle de la fausse ingénue, Rachel Weisz dans celui de la redoutable et splendide Lady Sarah, Olivia Colman dans celui de la reine dépressive et boitant en raison d’une attaque de goutte. Excessif, trop baroque à mon goût pour être un coup de cœur, « La favorite » reste un objet cinématographique surprenant et détonnant, les trois actrices valent à elles seules le déplacement.

 

  • « Une intime conviction » de Antoine Raimbault : Jacques Viguier est acquitté du meurtre de sa femme Suzanne. Mais le parquet fait appel et un nouveau procès doit avoir lieu. Une femme, Nora, se passionne totalement pour cette histoire. Elle croit Jacques Viguier innocent et veut à tout prix le sauver. Elle veut pour lui le meilleur avocat et réussit à convaincre Mr Dupont Moretti de le défendre pendant le second procès. Le film s’inspire largement de faits réels même si le personnage de Nora est inventé. Antoine Raimbault réalise un véritable thriller et pas seulement un film de procès. Nora travaille pour la défense en écoutant l’enregistrement de coups de fil passés à l’époque de la disparition de l’épouse de Jacques dont le corps n’a jamais été retrouvé. L’enquête est nerveuse et rythmée, la procédure judiciaire française parfaitement montrée. Ce que j’ai trouvé extrêmement intéressant, c’est la plaidoirie finale de Dupont-Moretti qui explique aux jurés ce que doit être l’intime conviction. C’est un grand moment d’éloquence et d’humanisme. Outre cela, ce film est une magnifique  démonstration des talents de Marina Foïs et Olivier Gourmet (décidément toujours excellent) et de Laurent Lucas que j’ai eu grand plaisir à retrouver sur grand écran.

 

  • « Minuscules 2 » de Thomas Szabo et Hélène Giraud : En 2013, nous avions fait connaissance d’une bande d’insectes fort sympathiques avec « La vallée des fourmis perdues ». On retrouve la coccinelle fétiche du 1er volet, elle a fondé une famille dont un enfant aventureux. Il l’est tellement qu’il se retrouve prisonnier d’un carton qui part en direction de la Guadeloupe ! La solidarité se met en place parmi les insectes pour retrouver la petite coccinelle. Comme dans le premier film, Thomas Szabo et Hélène Giraud mélangent les prises de vue réelles aux images de synthèse. Le résultat est toujours aussi parfait. Pas de paroles, la bande-son se réduit à des bruitages dont certains sont devenus iconiques : le « chant » de la victoire de la coccinelle lorsqu’elle bat un ennemi à la course, les antennes de la fourmi qui taponne sa copine coccinelle. L’aventure est rythmée, drôle et touchante. Les adultes et les enfants pourront trouver des clins d’œil à d’autres films d’animation comme « Là-haut ». Cette nouvelle aventure n’est donc en rien décevante et c’est un plaisir de retrouver nos amis insectes.

 

  • « Deux fils » de Félix Moati : Joseph vient de perdre son frère aîné, il se sent alors totalement perdu et décide d’abandonner son cabinet de psychiatre. Il veut devenir écrivain et sa maîtresse lui dit qu’il écrit comme Tolstoï. Joachim, le fils aîné de Joseph, est en pleine déprime post rupture et il n’avance pas dans sa thèse de psychiatrie. Yvan, son frère cadet, ne sait plus quoi faire devant ses figures tutélaires qui s’écroulent. Il sèche les cours, se met à boire et à fumer. Félix Moati réalise son premier film. Ce dernier évoque le souffle frais de la Nouvelle Vague et des films de Woody Allen où l’on parle beaucoup et où le ridicule de tue pas. Les trois hommes du film sont totalement à la dérive, ils ne semblent plus capables de se rattacher à quoique ce soit. C’est ce chaos, ce passage à vide que filme Félix Moati. Cela peut sembler foutraque mais il nous montre un beau lien familial entre les trois personnages qui s’épaulent quoiqu’il arrive. Félix Moati montre également très bien Paris et sa vie quotidienne loin des cartes postales pour touristes. Benoît Poelvoorde, Vincent Lacoste sont parfaits et on découvre Mathieu Capella qu’il faudra suivre tant il montre de talent.

 

Bilan 2018

Nous avons récemment dit adieu à 2018, il est donc grand temps de faire un bilan de mes lectures. Durant cette année, j’ai lu 71 romans et 21 bande-dessinées. C’est un peu moins bien que 2017 mais il faut dire que j’ai terminé 2018 avec « La maison d’Âpre-vent » de Charles Dickens qui fait plus de 1000 pages, de quoi réduire le nombre de livres lus pendant les vacances de Noël !

Et voici mon top 5 de 2018 :

Impossible de départager les deux romans en tête de mon classement et pourtant ils n’ont rien en commun. D’un côté, il y a la sensualité d’un premier amour, la chaleur de l’Italie en été, l’art et le magnifique Elio. De l’autre, Leo Perutz nous entraîne dans la ville de Prague sous Rodolphe II pour nous raconter la fortune et la chute de Mordecaï Meisl et celle du ghetto juif à l’aide d’une construction époustouflante. Rien a voir donc sinon une qualité littéraire supérieure et des récits prenants et touchants.

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J’ai terminé l’année 2018 en bonne compagnie avec mon cher Dickens et l’un de ses meilleurs romans : « La maison d’Âpre-vent ». J’ai retrouvé tout ce qui fait la force de l’auteur victorien : une galerie impressionnante de personnages, la dénonciation d’un système injuste (ici le système judiciaire), de l’humour, Londres pendant la révolution industrielle et une intrigue foisonnante. Dickens fait preuve d’une maîtrise remarquable tout au long du roman et il s’amuse même à alterner les points de vue. Du grand art !

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2018 m’a permis de renouer avec un héros de mon enfance (grâce au dessin animé et à une version abrégée du roman) : Tom Sawyer. Quel plaisir de retrouver le facétieux personnage de Mark Twain ! La lecture du roman est un vrai délice, c’est rythmé, drôle, plein de malice tout en étant tendre et grave. Mark Twain a vraiment créer un personnage phare de la littérature américaine avec ce jeune garçon espiègle. Et 2019 sera l’année de Huckleberry Finn !

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Enfin, je me suis décidée à lire « La servante écarlate » de Margaret Atwood ! Il me faisait de l’œil depuis tellement longtemps ! Et sa réputation n’est pas galvaudée. L’auteure canadienne a écrit là une formidable dystopie féministe qui malheureusement reste toujours d’actualité. Tout est plausible dans ce roman et c’est ce qui nous glace à sa lecture. Je vous conseille également la saison 1 de la série (je n’ai pas encore vu la deuxième) qui est très réussie.

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« Numéro 11 » m’a permis de retrouver un de mes auteurs contemporains préférés : Jonathan Coe. Celui-ci revient à sa veine sociale, celle de « Testament à l’anglaise » ou de « Bienvenue au club ». Il épingle avec humour les travers de ses contemporains, les absurdités de notre époque et y rajoute une pointe de fantastique. J’ai hâte de le retrouver car son prochain roman parlera du Brexit et cela promet d’être caustique !

Deux premiers romans m’ont également marquée cette année et ils sont tous les deux écrits par des romancières britanniques (how surprising !) :

« Ecoute la ville tomber » révèle une voix forte, rugueuse et originale dans son emploi de la langue. L’originalité de « Eleanor Oliphant va très bien » réside dans son personnage principal atypique, sans cesse en décalage par rapport aux autres et habité par une grande solitude.

La bande-dessinée de l’année n’a pas de concurrence et elle est tout en haut du podium, très loin de tout ce que j’ai pu lire dans cette catégorie :

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Cette BD est un bijou, une alliance parfaite du fond et de la forme. Le dessin de David Sala s’inspire des œuvres de la Sécession viennoise et c’est tout simplement splendide.

Il n’y a pas beaucoup d’auteurs français dans ce bilan et pourtant j’ai beaucoup aimé certains de leurs romans : « Tenir jusqu’à l’aube » de Carole Fives, « Avec toutes mes sympathies » de Olivia de Lamberterie, « Le guetteur » de Christophe Boltanski.

Et puis, il y le livre autour duquel j’ai tourné pendant des mois et que je n’ai toujours pas lu : « Le lambeau » de Philippe Lançon. Je m’engage donc à le lire en 2019 !

Encore une année littéraire qui fut riche et très variée, j’espère qu’elle le fut également pour vous tous. Espérons que 2019 le sera tout autant et que les livres vont se multiplier !

Bilan livresque et cinéma de décembre 

Et voici venu l’heure du dernier bilan mensuel de 2018 ! A part le formidable « L’herbe de fer » qui montre les ravages de la grande dépression américaine, je n’ai lu que des livres de saison : « Rendez-vous avec le mal » de Julia Chapman qui m’a moins séduite que le premier volet de la série, « Le petit sapin de Noël » qui est un recueil de nouvelles de la piquante Stella Gibbons et « Mortels Noëls » qui est la première aventure de Vipérine Maltais, une adolescente dans un pensionnat. Enfin, j’ai achevé l’année avec l’un de mes auteurs favoris et qui se marie fort bien avec les fêtes de Noël, j’ai nommé Charles Dickens et son incroyable « Maison d’Âpre-vent » dont je vous parlerai très bientôt. S’est rajoutée à ces romans, une bande-dessinée hilarante qui est un très chouette hommage à « Alice au pays des merveilles » : « Madame le lapin blanc » de Gilles Bachelet.

Côté cinéma, j’ai terminé l’année avec deux premiers films très réussis réalisés par deux acteurs :

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Été 1960 dans le Montana, Jo, 14 ans, voit sa famille se désagréger. Le père, Jerry, prof de golf, vient de se faire licencier. Le couple vient d’emménager dans la région pour que Jerry trouve un nouveau souffle. C’est encore raté. La mère, Jeanette, veut recommencer à travailler pour aider son mari. Les disputes entre les deux parents s’accentuent. Jerry décide à alors de s’engager pour aider à éteindre les feux qui ravagent la région. Devant les difficultés, Jerry fuit et laisse sa femme et son fils se débrouiller.

Pour sa première réalisation, Paul Dano, acteur toujours remarquable, a choisi d’adapter un roman de Richard Ford. Il adopte le point de vue de Jo qui voit sa vie changer totalement dans une ville qu’il ne connaît pas. Il voit ses parents se débattre contre leurs problèmes et s’y noyer. Le père part pour une mission dangereuse et la mère se perd dans des frasques auprès d’un autre homme. Le fils, renfermé, assiste à tout, ses parents le prennent à témoin de leurs disputes et se confient à lui. L’adolescent apparaît souvent comme plus mâture qu’eux. Les trois acteurs qui composent ce trio sont parfaits : Carey Mulligan, Jake Gyllenhaal et le jeune Ed Oxenbould. La réalisation de Paul Dano est classique, soignée et évoque les peintures de Edward Hopper (notamment lorsque le réalisateur montre la maison de la famille vue de l’extérieur). Un premier film extrêmement prometteur.

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Pour sa première réalisation, Ruper Everett a choisi de nous raconter les dernières années d’Oscar Wilde. L’acteur a joué à plusieurs reprises sur grand écran et sur scènes les pièces de l’écrivain irlandais. Il montre Oscar Wilde dans les bouges parisiens où il s’était réfugié à sa sortie de prison. Durant le film, le réalisateur nous montre les différents épisodes de sa vie, de sa gloire sur les planches en passant par son procès pour homosexualité, son emprisonnement et son exil en France, en Italie avec Bosie puis à Paris où la déchéance et la mort l’attendent. Rupert Everett rend un hommage vibrant et extrêmement émouvant à cet extraordinaire artiste à l’élégance et à l’esprit incomparables. Dans la misère, dans la souffrance et la solitude, Wilde sait toujours faire preuve d’autodérision. Ce que montre très bien Rupert Everett, ce sont les humiliations que Wilde a du affronter (la scène sur le quai du train où il se fait cracher dessus et celle des jeunes gens qui le poursuivent dans un village français sont terribles). Le réalisateur a l’art de restituer à merveille l’époque dans laquelle a évolué Wilde. Rupert Everettv incarne magnifiquement l’auteur et nous offre pour son premier film, un biopic d’une mélancolie tragique.

Et sinon :

  • « Le retour de Mary Poppins » de Rob Marshall : Michaël Banks se remet difficilement de la mort de sa femme. Les comptes n’étant pas sa spécialité, il se retrouve en difficultés. La banque menace de saisir la maison où il vit avec ses trois enfants et dans laquelle il a grandi avec sa sœur Jane. Michaël ne sait pas comment éviter le pire quand surgit du ciel son ancienne nounou : Mary Poppins. Le retour de la plus extraordinaire gouvernante est réussi. Les scènes merveilleuses s’enchaînent (la baignoire, la soupière où se mélangent l’animation et les prises de vue réelles) et les chansons nous enchantent. Rob Marshall nous fait retrouver la féerie du film de 1964. Il faut dire que Emily Blunt enfile le costume de la gouvernante avec talent et malice. On se laisse totalement emporter par ce tourbillon coloré et joyeux.

 

  • « Les héritières » de Marcelo Martinessi : Au Paraguay,  Chela vit avec Chiquita dans sa grande maison de famille. La vieille femme voit ses souvenirs s’éparpiller, elle est obligée de vendre les objets qui l’entourent. Tout va de mal en pis lorsque Chiquité est envoyée en prison pour une histoire de fraude. Chela, qui n’en a pas l’habitude, doit se débrouiller toute seule. Elle se met à faire le taxi pour des amies, elle doit se rendre à la prison. Elle est obligée de se confronter au monde. C’est un très joli film que nous offre le réalisateur Marcelo Martinessi. L’ambiance y est très mélancolique puisque Chela voit sa vie, choyée et protégée, peu à peu disparaître. Elle, si discrète voire taiseuse, est obligée d’aller vers les autres et de commencer à devenir indépendante. Chela semble s’éveiller à nouveau notamment grâce à une jeune femme qui fait battre son cœur. Voir Chela s’émanciper, s’affirmer nous offre un très beau portrait de femme.

 

  • « Leto » de Kirill Serebrennikov : Leningrad dans les années 80, Mike Naumenko est le leader d’un groupe de rock, Zoopark, qui fait un tabac sur la scène underground. Les concerts ont lieu dans des salles surveillées par des apparatchiks qui empêchent les spectateurs de se lever et de crier. Mike est le père d’un bébé et est en couple avec la fascinante Natasha. Bientôt, un jeune chanteur prometteur va croiser leur route, Viktor Tsoï, futur créateur du groupe new wave Kino. Natasha et Viktor sont irrésistiblement attirés l’un par l’autre. Kirill Serebrennikov, réalisateur assigné à résidence, réalise avec « Leto » un « Jules et Jim » rock qui se déroule sur une période courte où souffle un vent de liberté sur la jeunesse russe. Le film est visuellement très riche et inventif : un narrateur nous présentant une réalité alternative, des gribouillages, des parenthèses musicales qui ressemblent à des clips. C’est un tourbillon, le film dégage une énergie propre au rock et au punk. Une joie de vivre teintée de mélancolie car elle est forcément de courte durée. « Leto » est un film original, énergique et inventif.

Bilan livresque et cinéma de novembre

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J’ai commencé mes lectures de novembre par un livre de saison : le formidable « Sombres citrouilles » de Malika Ferdjoukh, idéal pour frissonner durant la nuit d’Halloween. J’ai enfin pu découvrir « Eleanor Oliphant va très bien » que je souhaitais lire depuis sa sortie et qui n’a pas déçu mes attentes. Grâce aux conférences du forum Fnac, j’ai eu envie de découvrir « Le guetteur » de Christophe Boltanski qui dresse le portrait touchant de sa mère à travers une enquête. J’ai également sorti des tréfonds de ma pal la formidable « Partie de chasse » de Isabel Colegate et l’élégant « Lord Peter et l’inconnu » de Dorothy L. Sayers dont je vous parle très vite. Viendront également très bientôt des billets sur « Police » de Hugo Boris, en lice pour le prix SNCF du Polar, sur « Tenir jusqu’à l’aube » de Carole Fives que j’ai adoré et sur « L’origine du monde » où Claude Schopp nous dévoile l’identité et la vie du modèle de Gustave Courbet. Je ne vous parlerai pas de la BD consacrée à Monet qui est très belle et qui est plutôt destinée à un public qui ne connaîtrait pas du tout Monet.

Novembre est également le mois anniversaire de cette maison que j’ai un peu oublié de fêter….je me rattrape donc aujourd’hui ! 11 ans de blog, de livres, de films, de séries, d’expositions, le temps a passé si vite ! Je n’aurais jamais pensé tenir si longtemps. Même si l’envie de continuer est régulièrement questionnée, je suis néanmoins ravie d’avoir tenu si longtemps ! Merci à vous pour tous nos échanges et j’espère que vous continuerez à me suivre.

Passons au cinéma avec deux beaux coups de cœur :

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Yvonne est la veuve d’un flic héroïque. Elle est elle-même policière et chaque soir, elle vante les exploits de son mari à leur fils. Lors d’une enquête, elle découvre qu’en réalité son mari était un ripoux et qu’il a trempé dans le casse d’une bijouterie. Le problème, c’est qu’un homme innocent a été mis en prison : Antoine, joaillier de son état. Justement ce dernier sort de prison. Yvonne va alors essayer d’être son ange gardien. Mais son protégé va être compliqué à suivre. Antoine se comporte de manière quelque peu étonnante…

Je vous parlais le mois dernier du « Grand bain » en vous disant qu’il faudrait avoir plus de comédie française de ce niveau. Et voilà que Pierre Salvadori relève le défi en m’offrant la meilleure comédie de l’année. La rencontre entre Yvonne et Antoine va provoquer une cascade d’événements tous plus farfelus les uns que les autres. La présence d’Antoine rend la vie d’Yvonne totalement chaotique. Le jeune homme sort de prison en étant totalement enragé. Il ne supporte pas d’avoir fait de la prison pour rien et il retrouve avec difficultés le quotidien auprès de sa femme. Le film est rythmé, rocambolesque, absolument hilarant avec des touches d’émotions ( comme le retour d’Antoine chez lui que sa femme lui demande de refaire plusieurs fois). Pio Marmaï est dans une forme olympique et il est totalement déchaîné ! On découvre une Adèle Haenel parfaite pour la comédie, elle a un vrai talent burlesque. Je ne peux que vous conseiller d’aller voir cette réjouissante comédie qui vous permettra de voir le plus improbable et fantasque braquage de bijouterie.

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David a 24 ans et il papillonne entre deux petits boulots, sa sœur Sandrine, sa nièce Amanda et des flirts. C’est l’été, la vie est légère et douce. C’est la saison des pique-nique. David doit retrouver sa sœur et Léna, une jeune femme qu’il vient de rencontrer, au bois de Vincennes. David arrive en retard et découvre l’horreur : des terroristes ont tiré sur la foule, Sandrine est décédée.

Mikhaël Hers réalise avec « Amanda » un film profondément touchant et d’une grande délicatesse. La scène de l’attentat est rapidement évacuée car ce qui intéresse le réalisateur est la manière dont David va gérer la suite : à la fois la disparition brutale de sa sœur et la manière dont il va devoir s’occuper de sa nièce. Sandrine était une mère célibataire, le père de David et Sandrine est décédé et la mère a abandonné la famille depuis longtemps. A part une tante pleine d’empathie, David est seul avec Amanda. C’est ce duo qui est au cœur du récit : comment annoncer à une petite fille qu’elle ne reverra plus sa mère, comment s’occuper d’une enfant alors qu’on aimait l’insouciance, comment aimer après un drame violent ? Ce sont toutes ces questions que se pose David, tout en arpentant Paris qui est plus qu’un décor pour cette histoire. Vincent Lacoste est formidable dans ce rôle dramatique et totalement convaincant. Amanda est jouée par Isaure Multrier extrêmement touchante et lumineuse. « Amanda » est un très beau film sur deux êtres qui doivent s’apprivoiser après un drame.

Et sinon :

  • Frères de sang des frères D’Innocenzo : Mirko et Manolo sont amis d’enfance, ils ne se sont jamais quittés. Ensemble, ils se sont inscrits dans une école hôtelière. Un soir, les deux amis rentrent chez eux, ils bavardent, plaisantent et roulent trop vite. Leur vie bascule quand ils renversent un homme. Les deux jeunes hommes paniquent et s’enfuient. Le père de Manolo apprend par la suite que cette mort rend service au gang mafieux qui sévit dans cette banlieue de Rome. Les deux amis vont intégrer la mafia. « Frères de sang » est le premier film des frères D’Innocenzo et il est parfaitement réussi. Le film montre la rapidité avec laquelle Manolo et Mirko vont passer du mauvais côté et perdre totalement la tête. Les deux garçons sont issus d’un milieu populaire où la misère n’est jamais loin et où l’on hésite à se faire soigner en raison du prix. Le choix de l’argent facile et rapide semble évident pour ces deux jeunes hommes qui veulent s’en sortir et aider leur famille. Mais le film montre également qu’il n’est pas si simple de devenir un tueur, surtout quand on a un certain sens moral. Ici, la mafia est montrée de manière très réaliste, sans esbroufe. Andrea Carpenzano et Matteo Olivetti sont parfaits, intenses et touchants.
  • « Les animaux fantastiques : les crimes de Grindelwald » de David Yates : Quelques temps après sa capture, le sorcier Grindelwald réussit à s’évader de manière spectaculaire. Il tente d’attirer de plus en plus de sorciers à ces côtés pour dominer le monde. Pour atteindre son objectif, il lui faut attirer auprès de lui le jeune Credence qui cherche toujours le secret de ses origines. Le seul à pouvoir arrêter Grindelwald est Albus Dumbledore qui, pour une raison mystérieuse, refuse de le faire. Il envoie donc à sa place Newt Scamander et ses étranges compagnons. Le deuxième volet des « Animaux Fantastiques » de J. K. Rowling est toujours aussi éblouissant visuellement. Il commence superbement avec l’évasion de Grindelwald et se termine au cimetière du Père Lachaise pour une scène terrible qui rappelle les plus sombres moments de notre histoire. C’est un immense plaisir de retrouver cet univers fantastique et son personnage principal : Newt, toujours parfaitement incarné par Eddie Redmayne. Suivre Newt et ses amis est un véritable tourbillon de trouvailles, de créations visuelles. Néanmoins, j’ai trouvé les recherches sur les origines de Credence un peu artificielles. Au final, je me moquais un peu de connaître son identité ! Il ne faut néanmoins pas bouder son plaisir et profiter de la sobriété bienvenue du jeu de Johnny Deep !

 

  • « Un amour impossible » de Catherine Corsini : Rachel, jeune secrétaire, tombe amoureuse de Philippe, issu d’une bonne famille. Leur histoire d’amour semble idyllique. Mais Philippe n’a aucunement l’intention d’épouser une femme d’un milieu social inférieur. Rachel ne désespère pas et lorsqu’elle tombe enceinte, elle pense que Philippe assumera ses responsabilités. Il s’éloigne pourtant pour épouser une femme de son milieu. Rachel cherchera pourtant à lui faire reconnaître sa fille. « Un amour impossible » de Catherine Corsini est adapté du livre de Christine Angot. Il montre un amour toxique, celui de Philippe pour Rachel et ensuite pour leur fille. Niels Schneider, que je regrette de ne pas avoir plus souvent, interprète avec un talent fou cet homme froid qui prend plaisir à humilier, à détruire ces deux femmes. L’histoire est aussi celle de la relation mère-fille, fusionnelle puis de plus en plus distante et tendue. Virginie Efira est remarquable, lumineuse et qui joue de manière très fine les nombreuses déceptions engendrées par sa relation avec Philippe. La dernière partie du film, quand la fille du couple est adulte, m’a moins convaincue, elle m’a semblé bien longue au regard du reste du film.

Bilan livresque et cinéma d’octobre

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Le froid nous saisit, c’est le moment rêvé pour filer sous la couette avec un bon livre et un thé bien chaud ! J’en ai lu quatre ce mois-ci : le formidable premier roman de Adeline Dieudonné, le très bel hommage de Vanessa Schneider à sa cousine Maria, le dernier roman de Maylis de Kerangal qui m’a malheureusement déçue et je poursuis ma lecture de l’ensemble des Rougon-Macquart dans l’ordre avec « Germinal ». J’ai également pu lire deux bande-dessinées dont je n’ai pas eu l’occasion de vous parler : l’excellente adaptation de « Profession du père » de Sorj Chalandon par Sébastien Gnaedig et « Gramercy Park » de Timothée de Fombelle et Christian Cailleaux dont j’ai beaucoup apprécié le dessin.

Un excellent mois au niveau du cinéma avec des films de grande qualité dont trois coups de cœur :

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Jacques débarque sans prévenir, en peignoir et claquettes, dans la communauté Emmaüs dirigée par sa sœur Monique. Toute sa vie, il a rêvé d’être immensément riche. Il admire Bill Gates et Bernard Tapie. Et cette fois, il en est sûr, il a trouvé l’idée qui va lui permettre d’accéder à son rêve. Il veut rendre beaux les plus pauvres et il veut leur proposer une chirurgie esthétique low-cost. Monique essaie de canaliser son frère tout en ne le contrariant pas. Quel plaisir de replonger dans l’univers de Kervern et Delépine ! Entre Groland et les Deschiens, ces deux-là s’intéressent toujours aux déclassés, aux cabossés du libéralisme qui broie sans vergogne les plus faibles, les plus tendres. La communauté Emmaüs du film existe vraiment et montre une alternative à notre consumérisme effréné. C’est toujours avec beaucoup de tendresse, d’humanisme que les réalisateurs posent leur regard sur les autres. Même sur Jacques, qui incarne tout ce qu’ils détestent, mais qui est au fond perdu, un peu idiot. Yolande Moreau et Jean Dujardin sont excellents chacun dans leurs rôles, elle en grande sœur lunaire et lui battant pathétique. C’est foutraque, extrêmement drôle et d’une grande humanité.

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La femme d’Olivier quitte son foyer sans laisser aucune trace, aucune explication. Olivier, contremaître dans une usine, se retrouve seul face à ses deux enfants. Il doit apprendre à gérer son travail, les contraintes liées aux emplois du temps des enfants tout en cherchant sa femme. Perdu, débordé, Olivier peine à tout concilier et cherche l’aide temporaire de sa mère ou de sa sœur. Le film de Guillaume Senez est formidablement sensible et subtil. Il réussit à capturer les deux pans de la vie d’Olivier : son quotidien au travail et celui auprès de ses enfants. Le film est à la fois un film social (le début parle du suicide d’un employé près à être licencié en raison de son âge) et un film intime (la reconstruction de la famille après la disparition de la mère). Romain Duris est Olivier, son interprétation est magistrale de vérité, de profondeur et de sensibilité. Le comédien a également de très belles scènes avec Laëtitia Dosch, toujours aussi fantasque et confondante de naturel. « Nos batailles » est au plus près des combats quotidiens d’Olivier, de sa fatigue, de la grisaille de son travail à l’usine, de sa volonté de ne pas s’écrouler pour ses enfants. Une belle chronique sur un homme attachant et émouvant.

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Lara, 15 ans, veut devenir danseuse étoile. Elle souhaite intégrer une école à Bruxelles qui la prend à l’essai. Lara a en effet beaucoup de retard par rapport aux autres danseuses. Sa technique est excellente mais Lara débute sur les pointes. Elle est en effet née garçon et c’est dans ce genre qu’elle a appris à danser. Il lui faut donc travailler dur, très dur pour être à la hauteur de ses camarades. Dans le même temps, Lara commence un traitement hormonal préalable à l’opération qui fera d’elle une femme à part entière. Mais son corps tiendra-t-il le coup ? « Girl » est le premier film de Lukas Dhont et il est bluffant de maîtrise et d’une force incroyable. Le personnage de Lara est de ceux que l’on oublie pas. Le réalisateur ne la lâche pas. Elle est d’une ténacité, d’une détermination folles. Et d’une terrible impatience malgré un père bienveillant qui l’accompagne à chaque étape de sa transformation. Ce que montre Lukas Dhont c’est un corps souffrant, un corps indésirable que Lara combat avec violence. Elle semble totalement prisonnière de cette identité qui ne lui correspond pas. Ce corps, ce visage angélique et mutique, sont ceux de Victor Polster. Sa performance est proprement extraordinaire. Il se donne corps et âme à ce rôle, épousant les douleurs, les doutes, les espoirs de Lara. Un film à voir absolument.

Et sinon :

  • « Le grand bain » de Gilles Lellouche : Bertrand fait une dépression depuis plusieurs années. Il se fait embaucher par son  exécrable beau-frère comme vendeur de meubles. Pour se changer les idées, il s’inscrit à un club de natation synchronisée pour hommes. Il y retrouve une bande de quadra-quinquagénaires aussi en difficulté que lui : Simon qui travaille dans une cantine le jour et fait des concerts de hard-rock le soir dans des salles des fêtes, Thierry est un gardien de piscine lunaire et moqué, Marcus est au bord de la faillite, Laurent vient de se faire larguer par sa femme. Leur entraîneuse n’est pas tellement mieux, c’est une ancienne alcoolique qui vit dans le passé. La petite troupe décide pourtant de participer aux championnats du monde de natation synchronisée. Le premier film de Gilles Lellouche fait bien entendu penser à « The full monty » version natation synchronisée. On y retrouve des hommes au bout du rouleau qui sont loin d’être des sex-symbols et qui vont se transcender dans une activité qui sort de l’ordinaire. Ce sont des hommes fragiles, conscients de leurs faiblesses et qui n’ont plus peur de l’avouer. Ensemble, ils relèvent la tête et c’est cette solidarité qui est mise en avant. Gilles Lellouche allie dans son film les scènes de groupe et les scènes intimes ce qui rend particulièrement touchants ces personnages. Bien entendu, il y a également beaucoup d’humour et des dialogues particulièrement bien écrits qui font mouche. Le casting est irréprochable, tous les acteurs sont particulièrement bien choisis et tous jouent leurs partitions à merveille. Une comédie française comme on aimerait en voir plus souvent.

 

  • « Dilili à Paris » de Michel Ocelot : Dilili est venue de Nouvelle Calédonie pour être exposée aux yeux des parisiens dans un village indigène reconstitué. Fort heureusement pour elle, elle fit la rencontre d’une comtesse durant le voyage qui la prend sous son aile. C’est habillée comme une jolie poupée avec dentelles et nœuds qu’elle part visiter Paris. Elle le fait à bord du triporteur du bel Orel. A travers son voyage, Dilili rencontre les personnages les plus brillants de l’époque : Marie Curie, Louise Michel ( qui fut son institutrice en Nouvelle Calédonie), la cantatrice Emma Calvé, Toulouse-Lautrec, Marcel Proust, Matisse, Suzanne Valadon, Erik Satie, Louis Pasteur, etc… Mais les trajets dans la capitale française ne sont pas que joyeux car des jeunes filles sont enlevées. On soupçonne une secte, les Mâles-Maîtres, d’être derrière ces rapts. Dilili et Orel deviennent enquêteurs. Encore une fois, Michel Ocelot nous émerveille. Il mêle dans « Dilili à Paris » des photographies de Paris à ses dessins. Le résultat est surprenant, le Paris 1900 semble revivre devant nos yeux. Michel Ocelot semble s’être beaucoup amusé en composant sa galerie de personnages célèbres. Dilili est heureuse de les rencontrer et pourra probablement éveiller la curiosité des jeunes spectateurs qui assisteront à ses aventures. Mais le film n’est pas qu’une simple carte postale. L’enquête, qui fait penser à Gaston Leroux et Maurice Leblanc, est bien menée et elle se double de propos féministes. De quoi ravir les petits comme les grands.

 

  • « L’amour flou » de Romane Bohringer et Philippe Rebbot : Romane Bohringer et Philippe Rebbot ont décidé de se séparer. Il ne s’aime plus assez pour continuer à partager leur quotidien. Mais comment faire pour que leurs deux enfants n’en pâtissent pas ? C’est Romane qui trouve la solution : un grand appartement séparé en deux avec une pièce centrale qui communique avec les deux parties : la chambre des enfants. Mais comment refaire sa vie quand son ex habite juste à côté ? Les deux acteurs racontent, à travers ce film, leur véritable séparation, on y croise d’ailleurs leurs familles respectives. Mais l’autofiction se mélange à l’imagination comme le personnage de Reda Kateb, amoureux fou de sa chienne et qui lui parle comme à un enfant. « L’amour flou » est à l’image du couple : fantasque, bohème, drôle et surtout plein de tendresse. Et c’est toujours un plaisir de voir la silhouette dégingandée et lunaire de Philippe Rebbot !

 

  • « Frères ennemis » de David Oelhoffen : Imrane et Manuel font du trafic de drogue. Lors d’une sortie de leur cache, Imrane est assassiné en pleine rue. Manuel en réchappe, se planque mais il devient rapidement suspect dans leur cité. Le fait qu’il soit encore en vie ne plaide pas en sa faveur. Une personne va lui proposer son aide : Driss, un policier des stups. Le flic et le voyou ont grandi ensemble dans une cité des Lilas. Ils sont les deux côtés d’une même pièce, peu de choses les séparent. « Frères ennemis » est un bon polar à l’ancienne, sous tension du début à la fin et où l’intime prend une place essentielle dans l’histoire. Les états d’âme de Driss et Manuel, leurs confrontations, leurs souvenirs communs font tout le sel du film de David Oelhoffen. Autre atout majeur : deux acteurs remarquables et intenses Reda Kateb et Matthias Schoenaerts. Leur face-à-face est un grand plaisir cinématographique.

 

  • « The little stranger » de Lenny Abrahamson : Le docteur Faraday est devenu médecin de campagne dans la petite ville qui l’a vue grandir. Il recroise la route de la famille Ayres et leur manoir Hundreds Hall où sa mère fut employée de maison. Fasciné par cet endroit depuis son enfance, il décide tout naturellement de soigner le fils Ayres, revenu gravement blessé de la deuxième guerre mondiale. Hundreds Hall n’abrite plus que Mrs Ayres, sa fille, son fils et une jeune domestique. Le docteur Faraday va découvrir que d’étranges événements se déroulent derrière les murs du manoir. « The little stranger » est adapté d’un roman de Sarah Waters, traduit en français sous le titre « L’indésirable ». L’ambiance est l’atout principal du film. Elle est inquiétante, pesante, gothique au possible ! Domhnall Gleeson est également remarquable, glaçant et presque fantomatique. Les autres acteurs sont très bien, le casting est haut de gamme avec Ruth Wilson et Charlotte Rampling. Mais il s’agit là d’une adaptation un peu lisse, très classique dans sa réalisation, soignée dans les décors et les costumes mais manquant un peu d’épaisseur, de relief.