
Dans les pages du « Cri du peuple », relancé par Jules Vallès après son retour d’exil, naît le 15 décembre 1883 Séverine. Le jeune femme, venue de la petite bourgeoisie, n’était pas destinée à devenir journaliste. Elle fut éduquée pour être une épouse modèle, pratiquant la broderie et le piano. Elle n’eut d’ailleurs pas le choix que d’obéir à ses parents et elle devint mère à l’âge de 17 ans avant de s’enfuir en devant abandonner son fils. Grâce à Vallès, Séverine, qui au départ avait choisi un pseudonyme masculin, put devenir pleinement journaliste.
« Le bureau des audacieuses » nous raconte la vie de cette femme inspirante et courageuse. Son parcours fut bien évidemment semé d’embuches et d’hommes sexistes. A l’époque, le métier de journaliste était la chasse gardée des hommes. Il faut donc saluer Jules Vallès qui décida de confier la direction du « Cri du peuple » à Séverine après sa mort. Plus tard, elle participa à l’aventure de « La Fronde », journal entièrement écrit et réalisé par des femmes et imaginé par Marguerite Durand, à la destinée tout aussi exemplaire. Ce qui m’a beaucoup plu chez Séverine, c’est sa volonté de ne pas séparer le combat pour les droits des femmes de celui des ouvriers. « Le féminisme ne me semble pas un tout, mais une fraction de l’immense effort à fournir pour affranchir le monde. Il y a là une criante iniquité à réparer. Le prolétariat masculin doit, se doit à lui-même de nous aider à l’abolir, comme nous lui devons toutes nos énergies pour secouer le joug qui l’écrase. On ne saurait disjoindre les aspirations, les intérêts. »
Le livre de Mélanie Adler est formidablement documenté et elle rend également bien compte de l’époque mouvementée, des luttes sociales et surtout de l’affaire Dreyfus qui divisa tant la France (Séverine était amie avec Zola). L’autrice a eu l’excellente idée d’insérer des extraits des articles de Séverine qui soulignent son engagement et sa détermination sans faille.
Avant de lire « Le bureau des audacieuses », je ne connaissais pas Séverine, j’avais uniquement entendu parler de Marguerite Durand. J’ai pris un grand plaisir à lire le portrait de cette femme éprise de liberté et d’indépendance.
Il me tentait déjà, alors avec cet avis positif.