Jours de sable d’Aimée de Jongh

9782505082545-475x500-1

Washington, 1937, John Clark est photographe comme son père. En pleine crise économique, il réussit à se faire engager par la Farm Security Administration, un organisme gouvernemental qui veut témoigner de difficultés rencontrées par les fermiers du Dust Bowl. John part dans l’Oklahoma pour prendre en photo les habitants, ceux qui restent et ceux qui partent, les maisons ravagées par les tempêtes de sable, les  paysages devenus arides. Mais la réalité dépassera tout ce à quoi il s’était attendu.

PlancheA_425028

Je connaissais le travail de la FSA grâce aux photos de Dorothea Lange (sa Migrant mother est devenue l’icône du Dust Bowl) et de Walker Evans qui participèrent à ce programme d’aide aux agriculteurs. Les photos prises sur le terrain servirent notamment de documentation à John Steinbeck pour l’écriture « Des raisons de la colère ». Un mélange d’agriculture intensive et de sécheresse était à l’origine des tempêtes de poussière dans le Grandes Plaines. Le sujet est passionnant d’autant plus que les États-Unis ne sont pas à l’abri d’un nouveau Dust Bowl. Ce phénomène climatique s’ajoutait à la Grande Dépression et la situation des habitants de certaines régions des États-Unis était devenue catastrophique.

3238_P27

Aimée de Jongh réalise une très belle bande-dessinée, pleine d’empathie envers les fermiers qui, pour beaucoup, durent s’exiler dans d’autres états en abandonnant leurs maisons et leurs terres. Elle dessine des pages saisissantes sur les tempêtes et de très beaux portraits qui rappellent les photos de métayers de Walker Evans. Pour le jeune personnage principal, la situation qu’il découvre est un choc et son questionnement sur le pouvoir de la photographie est très intéressant. L’ensemble est très réaliste et bien documenté. Chaque chapitre de le bande-dessinée est scandé par des photos de l’époque et un petit dossier documentaire complète le travail d’Aimée de Jongh afin de bien comprendre la thématique traitée.

tempete_1

« Jours de sable » est une formidable bande-dessinée qui remet en lumière ce moment terrible de l’histoire américaine.

Peau d’homme de Hubert et Zanzim

333007

Dans l’Italie de la Renaissance, la jeune Bianca est promise en mariage par son père à Giovanni, un riche marchand. Bianca n’a rien contre mais elle regrette de ne pas connaître du tout son futur époux. Mais sa marraine va lui permettre de le côtoyer en toute discrétion. Les femmes de la famille de Bianca ont un étonnant secret : elle possède une peau d’homme qui leur permet de changer de sexe. Bianca devient alors Lorenzo et elle va découvrir le monde des hommes.

peau-d-homme-extr1

« Peau d’homme » de Hubert et Zanzim est une fable féministe et moderne sur fond de Renaissance. La peau d’homme permet à Bianca de découvrir la manière dont vivent les hommes. Ils peuvent boire, s’amuser, expérimenter la sexualité alors qu’elle doit rester vierge et innocente avant son mariage. Cette incursion dans le monde des hommes va donner à Bianca le goût immodéré de la liberté. Difficile de redevenir une femme quand celles-ci ont une vie si contrainte. Et les femmes sont vues comme les sources du péché en raison de leur attitude et de leur façon de se vêtir comme le scande le prédicateur fanatique, qui n’est autre que le frère de Bianca.

so-5fc62ab766a4bd5e0bfbc41b-ph0

La ligne claire de Zanzim s’allie parfaitement au texte de Hubert. J’ai particulièrement apprécié la manière dont il rendait hommage aux tableaux de la Renaissance avec une juxtaposition d’actions concernant les mêmes personnages dans une même case. De même, les prédications du frère de Bianca m’ont fait penser à Savonarole, un frère dominicain exalté qui finit sur le bûcher. « Peau d’homme » réussit parfaitement à mélanger modernité et rappels de la Renaissance.

Peau-dhomme-int

« Peau d’homme » est un conte féministe particulièrement réussi où une jeune femme découvre et affirme sa liberté, son ouverture d’esprit et son indépendance.

Radium girls de Cy

Radium_Girls

Orange, New Jersey, 1918, Katherine, Mollie, Albina, Quinta et Edna travaillent dans une usine de fabrication de montres. Leur travail consiste à peindre les chiffres du cadran avec une peinture luminescente. La technique à acquérir est simple et tient en trois mots : lip, dip, paint (lisser le pinceau entre ses lèvres, le plonger dans la peinture et peindre). Les ouvrières de l’usine sont surnommées les « ghost girls », la matière luminescente de la peinture s’incruste sur elles et elles deviennent elles-mêmes phosphorescentes dans le noir. Elles s’en amusent, appliquent de la peinture sur leurs ongles lorsqu’elles sortent dans des speakeasy (d’ailleurs, si vous souhaitez savoir à quoi ressemblaient les ghost girls, placez votre BD dans le noir).  La période est à l’innocence, à la légèreté. Mais quand certaines ouvrières tombent gravement malade, l’horizon s’assombrit. Peu à peu, il semble que cela soit lié à la peinture utilisée dans l’usine et qui est fabriquée avec du radium.

radium-girls3

Je n’avais jamais entendu parler du destin tragique de ses ouvrières sacrifiées sur l’autel de la modernité. Le radium est alors une substance révolutionnaire qui était même utilisée dans des cosmétiques. Même si elle se savaient condamnées, les jeunes femmes ont intenté un procès à leur entreprise et elles ont réussi à faire changer le droit du travail et à offrir plus de protection aux ouvriers américains. Cy leur rend un très bel hommage et les sort de l’oubli grâce à son splendide album.

3006_P15

Le dessin est réalisé aux crayons de couleur principalement dans un camaïeu violet et vert (couleur du radium). Le trait est sobre, vif, rendant parfaitement bien les différentes ambiances de l’histoire. On passe d’images lumineuses, riantes (la soirée au speakeasy, la journée en bord de mer) à la noirceur de la maladie et de la mort.

img-202121111847

Je vous conseille grandement la lecture de « Radium girls » afin que ces jeunes femmes pétillantes ne soient pas oubliées et pour profiter de la délicatesse des dessins de Cy.

Béatrice de Joris Mertens

9782810216253

Béatrice plonge tous les matins dans la foule des inconnus qui, comme elle, se rendent à leur travail. Elle travaille aux galeries La Brouette où elle vend des gants. Ce matin-là, sa routine est perturbée par la vue d’un sac rouge abandonné dans la gare. Béatrice est intriguée par ce sac et finit par s’en saisir lorsqu’elle s’aperçoit le lendemain soir qu’il est toujours présent dans la gare. Le mystérieux sac contient un album de photos, celui d’un couple ayant vécu dans les années folles.

« Béatrice » de Joris Mertens est un album magnifique esthétiquement et très émouvant. L’album ne comporte aucun dialogue, aucune didascalie, tout est dit au travers des dessins. Joris Mertens joue avec les couleurs : une prédominance de rouge et de teintes mordorées marquent le début de l’histoire avant de basculer dans un beau noir et blanc. Les compositions des pages sont très cinématographiques. Joris Mertens nous offre des dessins sur deux ou une page, des plans larges, des gros plans. Chaque case est extrêmement soignée, composée dans ses moindres détails.

L’intrigue de « Béatrice » est empreinte de nostalgie, Joris Mertens nous propose une plongée dans le passé. A travers les déambulations de Béatrice, il nous montre l’évolution de la ville à travers les époques. Cette Bande-dessinée est également l’occasion de parler de l’ultra-moderne solitude. Béatrice ne semble pas malheureuse mais nous la sentons perdue au milieu de la foule. Et Joris Mertens lui fait lire « Bonjour tristesse » comme pour nous signifier son état d’esprit. Béatrice n’hésite d’ailleurs pas à se jeter dans des recherches autour de l’album photos et à passer un pacte faustien pour changer de vie.

9789492672230_01

« Béatrice » est une bande-dessinée magnifique alliant une mise en page cinématographique, un sens du cadrage élaboré, à une intrigue d’une poésie folle. Un vrai coup de cœur !

Sombres citrouilles de Malika Ferdjoukh et Nicolas Pitz

sombres_citrouilles

Le 31 octobre, toute la famille Coudrier est réunie pour célébrer l’anniversaire de Papigrand dans leur propriété de la Collinière. Pendant que les préparatifs avancent et que les différents membres de la famille arrivent, Mamigrand demande à quatre de ses petits enfants d’aller chercher des citrouilles dans le jardin pour leurs voisins américains. C’est ainsi que Hermès, Annette, Violette et Colin-Six ans font une macabre découverte. Dans le jardin de leurs grands-parents git un homme. A la surprise de ses cousins, Hermès décide de cacher le corps pour ne pas gâcher la fête d’anniversaire. Aurait-il des informations sur le mort que les autres ignorent ?

exe_SombresCitrouilles_int_BAT.indd

Nicolas Pitz adapte en bande-dessinée pour la deuxième fois un roman de Malika Ferdjoukh après « La bobine d’Alfred ». J’avais beaucoup apprécié la lecture du roman dont toutes les composantes se retrouvent dans la BD. L’atmosphère passe du léger (la découverte du corps et ses différents déplacements évoquent « Mais qui a tué Harry ? » d’Alfred Hitchcock) au dramatique. L’intrigue se révèle lourde de secrets avec l’oncle Dimitri qui s’est noyé, tante Edith proche de la folie et qui vit au fond du jardin, l’accident de voiture de Papigrand. Beaucoup de mystères entoure la famille Coudrier et les enfants ne sont pas dupes. Ce qui était très réussi dans le roman était que le récit se faisait par le prisme des enfants. C’est également le cas ici avec une alternance de point de vue qui souligne la lucidité, le sens de l’observation des différents cousins.

9782369811398_p_6

Le dessin de Nicolas Pitz met bien en valeur le texte de Malika Ferdjoukh. Il est tout en rondeur et il se pare des couleurs de l’automne avec des teintes mordorées. La nature tient une place importante avec sa faune et sa flore bien détaillées. Nicolas Pitz nous propose une jolie idée pour les scènes de nuit qui sont entièrement sur fond noir, la scène et les personnages sont dessinées d’un trait.

53336-planche-bd-sombres-citrouilles

La bande-dessinée de Nicolas Pitz illustre parfaitement le texte de Malika Ferdjoukh. Une histoire de saison qui se révèle beaucoup plus sombre et tortueuse qu’il n’y parait au premier abord.

Le Detection club de Jean Harambat

Harambat

Alors que John Dickson Carr vient d’être  admis au sein du detection club, un étrange oiseau mécanique fait son entrée dans la pièce. Il a un message à délivrer aux membres du célèbre club d’écrivains de roman policier. Ils sont tous inviter à la villa Briarcliff, sur une île de Cornouailles, par Mr Roderick Ghyll. G.K. Chesterton, Agatha Christie, J.D. Carr, Dorothy L. Sayers, A.E.W. Mason, la baronne Orczy et le père Knox prennent la direction de la côte. Leur hôte est un milliardaire et il veut éblouir ses invités. Il a créé un automate capable de trouver le coupable d’un detective novel rien qu’en en écoutant un résumé. Les écrivains ne sont pas convaincus par l’expérience et ils regagnent leurs chambres dubitatifs. Pendant la nuit, ils sont réveillés par les cris de Mr Ghyll. Sa chambre est fermée à clef et lorsque l’on réussit à l’ouvrir, Mr Ghyll a disparu.

9782205079432_p_7

Le detection club, qui a inspiré Jean Harambat pour sa dernière bande-dessinée, existe bel et bien. Il a été créé en 1930 et ses membres y discutent des aspects techniques de l’écriture d’un roman policier. Chacun doit prêter serment et doit respecter le décalogue du père Knox (les 10 règles sont présentées dans la BD). Dans « Le detection club », Jean Harambat rend hommage aux auteurs britanniques (et américain avec Carr) de l’âge d’or du detective novel. Et la BD contient des clins d’œil aux œuvres de ces écrivains. Chacun va d’ailleurs rivaliser pour essayer de découvrir ce qu’il est arrivé à Roderick Ghyll : Knox et Mason ne cessent de se chamailler pour avoir le dernier mot, Dorothy L. Sayers dégaine son revolver dès qu’elle le peut, Carr se noie dans les plans de la villa, la baronne Orczy s’endort n’importe où. Le plus réjouissant dans cette BD, c’est la relation entre Agatha Christie et G.K. Chesterton, une amitié vacharde faite de piques, de saillies drôlissimes. L’intrigue est malicieuse et le trait de Jean est vif et très agréable. Les couleurs de la BD ont un côté pop très joyeux.

J’avais déjà été séduite par « Opération Coperhead » et « Le detection club » confirme tout le bien que je pense de Jean Harambat. L’enquête est ici réjouissante, pleine d’humour et elle rend hommage aux pouvoirs de l’imagination et aux talents des écrivains.

97639915_10223260733934608_3051014870087499776_n

 

Dans la tête de Sherlock Holmes de Cyril Lieron et Benoît Dahan

A11y4PWfJ+L

Vendredi 7 novembre 1890, un homme court dans les rues de Londres en chemise de nuit et chaussons. Un agent de police le rattrape et l’emmène chez Sherlock Holmes. L’homme est en effet un collègue du Dr Watson. Le Dr Herbert Fowler est en piteux état : il a une clavicule cassée, sa chemise de nuit est sale et déchirée. Et pourtant, il n’a absolument aucun souvenir de ce qui lui est arrivé. L’unique chose dont il se rappelle, est qu’il a commencé sa soirée au théâtre. Voilà un point de départ pour une nouvelle enquête de Sherlock Holmes.

2685_P9

« L’affaire du ticket scandaleux » est une enquête totalement inédite inventée de toutes pièces par Cyril Lieron et Benoît Dahan. Mais elle est parfaitement dans l’esprit de celles inventées par Sir Arthur Conan Doyle. Elle est bien construite et bien menée et ce qui intéresse les auteurs, c’est de suivre la pensée de Sherlock Holmes. Nous sommes littéralement plongés dans le cerveau du détective comme nous le montre bien la couverture. La tête de Sherlock nous est présentée en coupe et son cerveau est une succession d’étagères classées par thèmes. Autre manière de présenter le fil de la pensée du détective, un fil rouge se déploie d’indices en indices, de lieux en lieux matérialisant ainsi le raisonnement, les déductions.

2685_P10

Cette bande-dessinée est vraiment une réussite visuellement. Sa mise en page et son graphisme sont très originaux et inventifs. J’ai déjà mentionné le fil rouge que l’on suit de pages en pages ou la tête en coupe de Holmes. Mais l’on visualise également les trajets dans Londres grâce à des cartes de la ville. Les bulles à l’intérieur des pages changent également de forme pour donner l’impression d’un grand journal ouvert, d’une loupe, d’un théâtre ou d’un faisceau d’indices. Les dessins sont en couleur sépia, ce qui donne à l’ensemble un côté ancien, un côté vieux manuscrit retrouvé. La bande-dessinée n’est pas très longue mais il faut prendre son temps pour la lire, chaque page regorge de détails.

9791033509721_p_8

« Dans la tête de Sherlock Holmes » rend un bel hommage au travail de Sir Arthur Conan Doyle (mais aussi à Peter Cushing puisqu’ici Holmes lui ressemble). Le graphisme de la BD est inventif, l’enquête inédite bien menée. Cette bande-dessinée n’a qu’un seul défaut : il s’agit du tome 1 et il va falloir attendre la suite pour connaître le fin mot de l’histoire !

Les Zola de Méliane Marcaggi et Alice Chemama

9782205078176-couv

« Les Zola » est le récit de la vie d’Emile Zola à partir du moment où il rencontre Gabrielle/Alexandrine qui deviendra sa femme. Cela arrive en 1863 alors que Gabrielle (son nom en tant que modèle) pose pour Manet. C’est Paul Cézanne, l’ami d’enfance d’Emile, qui lui présentera la jeune femme qu’il connaît très bien. La Bande-dessinée de Méliane Marcaggi et Alice Chemama met d’ailleurs en lumière la femme d’Emile Zola qui a tant fait pour sa carrière.

leszola-11-1200x675

Alexandrine naît en 1839 alors que sa mère n’a que 17 ans et meurt à 27 ans du choléra. Alexandrine a connu la misère, la dureté du travail et lorsqu’elle tombe enceinte, elle doit abandonner son enfant. Après sa rencontre avec Emile Zola, elle dédie sa vie à la réussite de son mari (le mariage mettra d’ailleurs du temps à se concrétiser car Mme Zola mère y mettra son veto, Alexandrine ne venant pas du bon milieu social). Alexandrine travaille pour que Zola puisse se consacrer entièrement à l’écriture ; elle crée les dîners du jeudi pour le faire connaître ; elle reste un soutien infaillible tout au long de sa vie (notamment pendant l’affaire Dreyfuss) et malgré la découverte de la deuxième vie d’Emile avec Jeanne Rozerot. Alexandrine a sacrifié son désir d’enfant pour l’oeuvre de Zola et la découverte des deux enfants qu’il a eu avec Jeanne la rendra folle. Mais le plus admirable, c’est qu’elle va contribuer à l’éducation des enfants et se battra pour qu’ils portent le nom de leur père. « Les Zola » permet de découvrir le destin de cette femme admirable de détermination, de courage et d’abnégation (J’ai également eu le plaisir de voir « Madame Zola » de Annick le Goff au théâtre du Petit Montparnasse avec une formidable Catherine Arditi dans le rôle titre.)

zola

La bande-dessinée montre également l’entourage culturel de Zola : sa relation tumultueuse avec Cézanne, le travail de Manet que l’on découvre au début de la BD en train de peintre « Le déjeuner sur l’herbe ». La période est riche culturellement et historiquement. Paris est en pleine mutation à cause du baron Haussman, l’affaire Dreyfuss divise la France. Le travail de Méliane Marcaggi et Alice Chemama rend parfaitement compte de ces bouleversements. Les dessins d’Alice Chemama sont d’une grande douceur, d’une grande délicatesse. Certaines vignettes évoquent le travail des impressionnistes (Eugène Boudin notamment pour les scènes de plage). Il y a beaucoup de vivacité dans les dessins, de justesse dans le traitement des personnages.

thumbnail

« Les Zola » met en lumière les femmes qui accompagnèrent la vie et l’oeuvre d’Emile Zola. Une très belle et élégante bande-dessinée.

Les Indes fourbes de Alain Ayroles et Juanjo Guarnido

album-cover-large-39432

Paru en 1626, « El Buscon ou la vie de l’aventurier don Pablos de Ségovie, vagabond exemplaire et miroir des filous » raconte les aventures rocambolesques d’un petit escroc, un mendiant. Le roman picaresque de Francisco de Quevedo se terminait avec le départ de don Pablos pour l’Amérique, les Indes. Mais l’auteur n’a jamais écrit de suite. Alain Ayroles et Juanjo Guarnido prennent la suite pour nous compter les tribulations de don Pablos sur ce nouveau continent. Notre pauvre gueux va bien entendu se mettre en quête de l’Eldorado et sa recherche sera mouvementée et pleine de péripéties.

indes-fourbes-les-page-9

« Les Indes fourbes » fut un coup de cœur, un régal aussi bien sur le fond que sur la forme. Ayrolles et Guarnido réalisent une merveille de bande-dessinée qui respecte parfaitement le roman picaresque de l’Age d’or espagnol. Le scénario d’Alain Ayrolles est une réussite. Très bien mené, très malin, il joue avec nous comme don Pablos pour réaliser ses filouteries. La langue employée est élégante, raffinée et pleine de cocasserie. Don Pablos est vraiment un personnage captivant. Voleur, menteur, opportuniste, il est également malicieux, intelligent et très attachant.

indesfourbes-3_5d67e6d4b8ba9

Pour illustrer ce scénario, Juanjo Guarnido s’est surpassé. Rien que le couverture le montre, ce portrait à la peinture à l’huile est superbe. Il évoque la peinture espagnol du 17ème siècle, Vélasquez et ses Ménines ont d’ailleurs un rôle essentiel dans la BD. La mise en page est vraiment magnifique avec des pleines pages, des contre-plongées, beaucoup de détails dans les décors et les costumes, cela donne beaucoup de rythme, de vie à l’histoire de don Pablos. Il faut souligner également un gros travail sur la couleur, vibrante et éclatante.

indes-fourbes-xla5-800-5d71140586d9c

« Les Indes fourbes » est une bande-dessinée réjouissante, enthousiasmante et particulièrement malicieuse. Lisez-là, vous allez vous régaler !

Le roman des Goscinny de Catel

41Xyjy1ItOL._SX366_BO1,204,203,200_

J’avais beaucoup aimé les biographies précédentes de Catel consacrées à Olympe de Gouges, Kiki de Montparnasse et Joséphine Baker. J’étais donc ravie de pouvoir lire son nouvel opus consacré à René Goscinny.

Le point de départ de ce roman graphique était l’envie d’Anne Goscinny de rendre hommage à son père et de donner à voir sa vie avant qu’il rencontre le succès avec Astérix. Mais Catel ne fait pas de biographie de personnages masculins. Elle a donc trouvé un subterfuge : donner également la parole à son amie Anne Goscinny. Le livre alterne donc entre chapitres consacrés à la voix de René (les dessins sont alors sur fond bleu) et ceux consacrés à Anne et la genèse de cette BD (les dessins sont alors sur fond jaune).

René Goscinny est né en 1926 à Paris dans le 5ème arrondissement. Son père est ingénieur chimiste et sa mère s’occupe de leurs deux fils. Leurs familles sont juives originaires de Pologne et d’Ukraine et ont fui les pogroms. Le père de René va rapidement s’installer en Argentine où sa famille vivra paisiblement. Tout change à sa mort en 1943. René va alors devoir trouver du travail alors que son rêve est de faire rire son prochain notamment à travers la bande-dessinée. Il s’installe à New York, fait des aller-retours en France et la misère n’est pas loin. C’est à New York qu’il fera des rencontres décisives : Jijé, Morris et le directeur de la World Press Agency qui lui permettra de croiser le chemin de Albert Uderzo et Jean-Jacques Sempé. Des amitiés solides qui lui permettent de se faire petit à petit une place dans le monde de la bande-dessinée. Elles seront également très fructueuses puisque de ces rencontres naîtront les albums de Lucky Luke, d’Astérix et du petit Nicolas.

« Le roman des Goscinny » donne à voir un personnage débonnaire, sympathique et obstiné dans son envie de créer des BD humoristiques comme dessinateur puis comme scénariste. L’un des intérêts de ce volume est de nous montrer des planches originales de dessins de René Goscinny qui soulignent l’évolution de son coup de crayon (il était très doué pour la caricature et le dessin satyrique). Mais sa destinée m’a finalement peu touchée car le portrait manque un peu d’épaisseur et de consistance. J’ai eu l’impression de survoler la vie de René Goscinny sans vraiment entrer dans sa personnalité. Les chapitres qui lui sont consacrés sont néanmoins plaisants à lire.

Ce n’est malheureusement pas le cas de ceux consacrés à Anne. Lorsque celle-ci évoque les origines des ses grands-parents, le propos reste pertinent et intéressant. En revanche, lorsque les discussions d’Anne et Catel portent sur leur amitié, leurs familles, c’est totalement inintéressant pour le lecteur. C’est même gênant car nous pénétrons dans leur intimité. Une autre chose m’a posé problème, à plusieurs reprises le texte fait la promotion des livres d’Anne et de « Lucrèce » qu’elle a créée avec Catel. J’ai trouvé cela un peu déplacé. Une notice biographique sur Anne à la fin du volume aurait sans doute été plus efficiente.

« Le roman des Goscinny » fut malheureusement une déception. Même si j’ai eu plaisir à retrouver la fraîcheur des dessins de Catel, j’ai trouvé que le portrait de René Goscinny manquait de consistance et que les chapitres consacrées à Anne n’apportaient pas grand chose à cet hommage qu’elle souhaitait rendre à son père.