Le Detection club de Jean Harambat

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Alors que John Dickson Carr vient d’être  admis au sein du detection club, un étrange oiseau mécanique fait son entrée dans la pièce. Il a un message à délivrer aux membres du célèbre club d’écrivains de roman policier. Ils sont tous inviter à la villa Briarcliff, sur une île de Cornouailles, par Mr Roderick Ghyll. G.K. Chesterton, Agatha Christie, J.D. Carr, Dorothy L. Sayers, A.E.W. Mason, la baronne Orczy et le père Knox prennent la direction de la côte. Leur hôte est un milliardaire et il veut éblouir ses invités. Il a créé un automate capable de trouver le coupable d’un detective novel rien qu’en en écoutant un résumé. Les écrivains ne sont pas convaincus par l’expérience et ils regagnent leurs chambres dubitatifs. Pendant la nuit, ils sont réveillés par les cris de Mr Ghyll. Sa chambre est fermée à clef et lorsque l’on réussit à l’ouvrir, Mr Ghyll a disparu.

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Le detection club, qui a inspiré Jean Harambat pour sa dernière bande-dessinée, existe bel et bien. Il a été créé en 1930 et ses membres y discutent des aspects techniques de l’écriture d’un roman policier. Chacun doit prêter serment et doit respecter le décalogue du père Knox (les 10 règles sont présentées dans la BD). Dans « Le detection club », Jean Harambat rend hommage aux auteurs britanniques (et américain avec Carr) de l’âge d’or du detective novel. Et la BD contient des clins d’œil aux œuvres de ces écrivains. Chacun va d’ailleurs rivaliser pour essayer de découvrir ce qu’il est arrivé à Roderick Ghyll : Knox et Mason ne cessent de se chamailler pour avoir le dernier mot, Dorothy L. Sayers dégaine son revolver dès qu’elle le peut, Carr se noie dans les plans de la villa, la baronne Orczy s’endort n’importe où. Le plus réjouissant dans cette BD, c’est la relation entre Agatha Christie et G.K. Chesterton, une amitié vacharde faite de piques, de saillies drôlissimes. L’intrigue est malicieuse et le trait de Jean est vif et très agréable. Les couleurs de la BD ont un côté pop très joyeux.

J’avais déjà été séduite par « Opération Coperhead » et « Le detection club » confirme tout le bien que je pense de Jean Harambat. L’enquête est ici réjouissante, pleine d’humour et elle rend hommage aux pouvoirs de l’imagination et aux talents des écrivains.

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Dans la tête de Sherlock Holmes de Cyril Lieron et Benoît Dahan

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Vendredi 7 novembre 1890, un homme court dans les rues de Londres en chemise de nuit et chaussons. Un agent de police le rattrape et l’emmène chez Sherlock Holmes. L’homme est en effet un collègue du Dr Watson. Le Dr Herbert Fowler est en piteux état : il a une clavicule cassée, sa chemise de nuit est sale et déchirée. Et pourtant, il n’a absolument aucun souvenir de ce qui lui est arrivé. L’unique chose dont il se rappelle, est qu’il a commencé sa soirée au théâtre. Voilà un point de départ pour une nouvelle enquête de Sherlock Holmes.

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« L’affaire du ticket scandaleux » est une enquête totalement inédite inventée de toutes pièces par Cyril Lieron et Benoît Dahan. Mais elle est parfaitement dans l’esprit de celles inventées par Sir Arthur Conan Doyle. Elle est bien construite et bien menée et ce qui intéresse les auteurs, c’est de suivre la pensée de Sherlock Holmes. Nous sommes littéralement plongés dans le cerveau du détective comme nous le montre bien la couverture. La tête de Sherlock nous est présentée en coupe et son cerveau est une succession d’étagères classées par thèmes. Autre manière de présenter le fil de la pensée du détective, un fil rouge se déploie d’indices en indices, de lieux en lieux matérialisant ainsi le raisonnement, les déductions.

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Cette bande-dessinée est vraiment une réussite visuellement. Sa mise en page et son graphisme sont très originaux et inventifs. J’ai déjà mentionné le fil rouge que l’on suit de pages en pages ou la tête en coupe de Holmes. Mais l’on visualise également les trajets dans Londres grâce à des cartes de la ville. Les bulles à l’intérieur des pages changent également de forme pour donner l’impression d’un grand journal ouvert, d’une loupe, d’un théâtre ou d’un faisceau d’indices. Les dessins sont en couleur sépia, ce qui donne à l’ensemble un côté ancien, un côté vieux manuscrit retrouvé. La bande-dessinée n’est pas très longue mais il faut prendre son temps pour la lire, chaque page regorge de détails.

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« Dans la tête de Sherlock Holmes » rend un bel hommage au travail de Sir Arthur Conan Doyle (mais aussi à Peter Cushing puisqu’ici Holmes lui ressemble). Le graphisme de la BD est inventif, l’enquête inédite bien menée. Cette bande-dessinée n’a qu’un seul défaut : il s’agit du tome 1 et il va falloir attendre la suite pour connaître le fin mot de l’histoire !

Les Zola de Méliane Marcaggi et Alice Chemama

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« Les Zola » est le récit de la vie d’Emile Zola à partir du moment où il rencontre Gabrielle/Alexandrine qui deviendra sa femme. Cela arrive en 1863 alors que Gabrielle (son nom en tant que modèle) pose pour Manet. C’est Paul Cézanne, l’ami d’enfance d’Emile, qui lui présentera la jeune femme qu’il connaît très bien. La Bande-dessinée de Méliane Marcaggi et Alice Chemama met d’ailleurs en lumière la femme d’Emile Zola qui a tant fait pour sa carrière.

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Alexandrine naît en 1839 alors que sa mère n’a que 17 ans et meurt à 27 ans du choléra. Alexandrine a connu la misère, la dureté du travail et lorsqu’elle tombe enceinte, elle doit abandonner son enfant. Après sa rencontre avec Emile Zola, elle dédie sa vie à la réussite de son mari (le mariage mettra d’ailleurs du temps à se concrétiser car Mme Zola mère y mettra son veto, Alexandrine ne venant pas du bon milieu social). Alexandrine travaille pour que Zola puisse se consacrer entièrement à l’écriture ; elle crée les dîners du jeudi pour le faire connaître ; elle reste un soutien infaillible tout au long de sa vie (notamment pendant l’affaire Dreyfuss) et malgré la découverte de la deuxième vie d’Emile avec Jeanne Rozerot. Alexandrine a sacrifié son désir d’enfant pour l’oeuvre de Zola et la découverte des deux enfants qu’il a eu avec Jeanne la rendra folle. Mais le plus admirable, c’est qu’elle va contribuer à l’éducation des enfants et se battra pour qu’ils portent le nom de leur père. « Les Zola » permet de découvrir le destin de cette femme admirable de détermination, de courage et d’abnégation (J’ai également eu le plaisir de voir « Madame Zola » de Annick le Goff au théâtre du Petit Montparnasse avec une formidable Catherine Arditi dans le rôle titre.)

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La bande-dessinée montre également l’entourage culturel de Zola : sa relation tumultueuse avec Cézanne, le travail de Manet que l’on découvre au début de la BD en train de peintre « Le déjeuner sur l’herbe ». La période est riche culturellement et historiquement. Paris est en pleine mutation à cause du baron Haussman, l’affaire Dreyfuss divise la France. Le travail de Méliane Marcaggi et Alice Chemama rend parfaitement compte de ces bouleversements. Les dessins d’Alice Chemama sont d’une grande douceur, d’une grande délicatesse. Certaines vignettes évoquent le travail des impressionnistes (Eugène Boudin notamment pour les scènes de plage). Il y a beaucoup de vivacité dans les dessins, de justesse dans le traitement des personnages.

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« Les Zola » met en lumière les femmes qui accompagnèrent la vie et l’oeuvre d’Emile Zola. Une très belle et élégante bande-dessinée.

Les Indes fourbes de Alain Ayroles et Juanjo Guarnido

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Paru en 1626, « El Buscon ou la vie de l’aventurier don Pablos de Ségovie, vagabond exemplaire et miroir des filous » raconte les aventures rocambolesques d’un petit escroc, un mendiant. Le roman picaresque de Francisco de Quevedo se terminait avec le départ de don Pablos pour l’Amérique, les Indes. Mais l’auteur n’a jamais écrit de suite. Alain Ayroles et Juanjo Guarnido prennent la suite pour nous compter les tribulations de don Pablos sur ce nouveau continent. Notre pauvre gueux va bien entendu se mettre en quête de l’Eldorado et sa recherche sera mouvementée et pleine de péripéties.

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« Les Indes fourbes » fut un coup de cœur, un régal aussi bien sur le fond que sur la forme. Ayrolles et Guarnido réalisent une merveille de bande-dessinée qui respecte parfaitement le roman picaresque de l’Age d’or espagnol. Le scénario d’Alain Ayrolles est une réussite. Très bien mené, très malin, il joue avec nous comme don Pablos pour réaliser ses filouteries. La langue employée est élégante, raffinée et pleine de cocasserie. Don Pablos est vraiment un personnage captivant. Voleur, menteur, opportuniste, il est également malicieux, intelligent et très attachant.

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Pour illustrer ce scénario, Juanjo Guarnido s’est surpassé. Rien que le couverture le montre, ce portrait à la peinture à l’huile est superbe. Il évoque la peinture espagnol du 17ème siècle, Vélasquez et ses Ménines ont d’ailleurs un rôle essentiel dans la BD. La mise en page est vraiment magnifique avec des pleines pages, des contre-plongées, beaucoup de détails dans les décors et les costumes, cela donne beaucoup de rythme, de vie à l’histoire de don Pablos. Il faut souligner également un gros travail sur la couleur, vibrante et éclatante.

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« Les Indes fourbes » est une bande-dessinée réjouissante, enthousiasmante et particulièrement malicieuse. Lisez-là, vous allez vous régaler !

Le roman des Goscinny de Catel

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J’avais beaucoup aimé les biographies précédentes de Catel consacrées à Olympe de Gouges, Kiki de Montparnasse et Joséphine Baker. J’étais donc ravie de pouvoir lire son nouvel opus consacré à René Goscinny.

Le point de départ de ce roman graphique était l’envie d’Anne Goscinny de rendre hommage à son père et de donner à voir sa vie avant qu’il rencontre le succès avec Astérix. Mais Catel ne fait pas de biographie de personnages masculins. Elle a donc trouvé un subterfuge : donner également la parole à son amie Anne Goscinny. Le livre alterne donc entre chapitres consacrés à la voix de René (les dessins sont alors sur fond bleu) et ceux consacrés à Anne et la genèse de cette BD (les dessins sont alors sur fond jaune).

René Goscinny est né en 1926 à Paris dans le 5ème arrondissement. Son père est ingénieur chimiste et sa mère s’occupe de leurs deux fils. Leurs familles sont juives originaires de Pologne et d’Ukraine et ont fui les pogroms. Le père de René va rapidement s’installer en Argentine où sa famille vivra paisiblement. Tout change à sa mort en 1943. René va alors devoir trouver du travail alors que son rêve est de faire rire son prochain notamment à travers la bande-dessinée. Il s’installe à New York, fait des aller-retours en France et la misère n’est pas loin. C’est à New York qu’il fera des rencontres décisives : Jijé, Morris et le directeur de la World Press Agency qui lui permettra de croiser le chemin de Albert Uderzo et Jean-Jacques Sempé. Des amitiés solides qui lui permettent de se faire petit à petit une place dans le monde de la bande-dessinée. Elles seront également très fructueuses puisque de ces rencontres naîtront les albums de Lucky Luke, d’Astérix et du petit Nicolas.

« Le roman des Goscinny » donne à voir un personnage débonnaire, sympathique et obstiné dans son envie de créer des BD humoristiques comme dessinateur puis comme scénariste. L’un des intérêts de ce volume est de nous montrer des planches originales de dessins de René Goscinny qui soulignent l’évolution de son coup de crayon (il était très doué pour la caricature et le dessin satyrique). Mais sa destinée m’a finalement peu touchée car le portrait manque un peu d’épaisseur et de consistance. J’ai eu l’impression de survoler la vie de René Goscinny sans vraiment entrer dans sa personnalité. Les chapitres qui lui sont consacrés sont néanmoins plaisants à lire.

Ce n’est malheureusement pas le cas de ceux consacrés à Anne. Lorsque celle-ci évoque les origines des ses grands-parents, le propos reste pertinent et intéressant. En revanche, lorsque les discussions d’Anne et Catel portent sur leur amitié, leurs familles, c’est totalement inintéressant pour le lecteur. C’est même gênant car nous pénétrons dans leur intimité. Une autre chose m’a posé problème, à plusieurs reprises le texte fait la promotion des livres d’Anne et de « Lucrèce » qu’elle a créée avec Catel. J’ai trouvé cela un peu déplacé. Une notice biographique sur Anne à la fin du volume aurait sans doute été plus efficiente.

« Le roman des Goscinny » fut malheureusement une déception. Même si j’ai eu plaisir à retrouver la fraîcheur des dessins de Catel, j’ai trouvé que le portrait de René Goscinny manquait de consistance et que les chapitres consacrées à Anne n’apportaient pas grand chose à cet hommage qu’elle souhaitait rendre à son père.

 

Nymphéas noirs de Cassegrain, Duval et Bussi

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Dans le paisible village de Giverny, est retrouvé, baignant dans un ru, le corps d’un homme qui a été manifestement assassiné. C’est une vieille dame qui a trouvé le corps lors de sa promenade matinale avec Neptune, le chien du village. Mais elle passe sa route et laisse quelqu’un d’autre prévenir la police. L’inspecteur Sérénac est chargé de l’enquête avec son adjoint. Le cadavre est celui de Jérôme Morval, ophtalmologue à Rouen et originaire de Giverny. Ce dernier était connu pour ses nombreux adultères. Il faisait notamment la cour à l’institutrice, la très séduisante Stéphanie Dupain. Sur le corps, a été retrouvée une mystérieuse carte postale adressée pour l’anniversaire d’un enfant de 11 ans. Or, le couple Morval n’avait pas d’enfants. Autre piste pour l’inspecteur, Jérôme Morval était un grand amateur d’art qui était à la recherche d’un tableau de Claude Monet légendaire : les Nymphéas noirs.

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Je n’ai jamais lu de roman de Michel Bussi, je ne connaissais donc pas l’intrigue des « Nymphéas noirs » avant d’ouvrir cette bande-dessinée. La bande-dessinée s’ouvre comme un conte : « Trois femmes vivaient dans un village. La première était méchante… La deuxième était menteuse… La troisième était égoïste. » Voilà un commencement fort intriguant ! C’est l’une de ces trois femmes qui va devenir la narratrice des événements qui frappent Giverny. Les trois femmes seront au centre de l’enquête policière. La narratrice a 80 ans, bientôt veuve ; elle cache manifestement quelque chose. Elle est une observatrice redoutable et à ce titre, elle en sait forcément long sur les autres habitants. La deuxième est Stéphanie Dupain, 30 ans, institutrice malheureuse en amour et qui joue de ses charmes auprès de l’inspecteur. La troisième est Fanette Morel, elle a 11 ans et un talent inné pour la peinture. Les trois femmes semblent, au début, n’avoir aucun lien les unes avec les autres, jusqu’à ce que le lecteur découvre, stupéfait, le fin mot de cette histoire.

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L’histoire est extrêmement bien menée et le suspense entretenu jusqu’à la fin. La mort de Jérôme Morval n’est pas la seule à émailler le quotidien du village de Giverny. D’ailleurs, les meurtres ne sont pas tous contemporains, le scénario joue avec les époques. Comme dans toute bonne intrigue policière qui se respecte, nous sommes entraînés sur de nombreuses fausses pistes et il impossible de démêler les fils de cette histoire. Ce qui m’a beaucoup plu dans l’intrigue, ce sont les nombreuses références à Claude Monet (à Giverny, c’est presque une obligation !). Et j’ai bien aimé l’idée des Nymphéas noir, Monet en tant peint qu’imaginer un tableau caché et inconnu n’a rien d’irréaliste. Et bien évidemment, à de nombreuses reprises, l’histoire nous emmène dans la maison et les jardins du peintre où j’ai toujours plaisir à me rendre. Ce décor est formidablement bien rendu par le dessin de Cassegrain, très lumineux et coloré à l’image des toiles de Monet.

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Je suis ravie d’avoir lu cette bande-dessinée qui m’a permis de faire un tour du côté de Giverny et dont l’intrigue, parfaitement maîtrisée, nous emmène à un dénouement pour le moins inattendu.

Les riches heures de Jacominus Gainsborough de Rébecca Dautremer

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C’est l’histoire d’un petit lapin, Jacominus Gainsborough, que Rébecca Dautremer nous montre de sa naissance à sa mort. En douze tableaux qui traversent les saisons et les époques, nous découvrons une vie avec tout ce qu’elle comporte de joie et de peine, de petits riens et de grand tout. Jacominus est introverti, blessé enfant, il est resté boiteux. Il fera son chemin dans la vie, discrètement, doucement, entouré de sa famille et de ses amis Policarpe, César, Agathon, Byron, etc… Et il en créera une à son tour avec Douce.

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Cette bande-dessinée pour enfants est une splendeur qui régalera également les plus grands. Esthétiquement, c’est un régal aux riches couleurs vives. Chaque planche regorge de détails ; on s’y plonge totalement, on y cherche Jacominus et son gilet vert. Les adultes y retrouveront des références picturales notamment à la peinture, on pense à Brueghel l’Ancien ou à Eugène Boudin pour certaines pages. Mais Rébecca Dautremer ne s’est pas contenté de réaliser de magnifiques dessins, elle a également écrit un très beau texte emprunt de poésie et de mélancolie. L’histoire de Jacominus est faite des palpitations de son cœur, nous sommes au plus près de ses émotions. Et même si sa vie a été bien remplie, les dernières pages nous serrent le cœur tant nous nous sommes attachés à ce petit lapin blanc.

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« Les riches heures de Jacominus Gainsborough » est un bijou de bande-dessinée qui s’adresse aussi bien aux petits qu’aux grands et qui montre qu’une vie ordinaire a son importance.

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Les grands espaces de Catherine Meurisse

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Après le magnifique et touchant « La légèreté », Catherine Meurisse a ressenti le besoin de revenir aux sources. Lorsqu’elle avait 7 ans, ses parents ont choisi de quitter la ville pour élever leurs deux filles à la campagne dans le Poitou. Ils s’installent dans une vieille maison à reconstruire et un grand jardin en friche. Tout est à imaginer, à créer, un lieu idéal pour laisser libre cours à l’imagination. Les deux enfants vont pouvoir s’y épanouir.

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L’album de Catherine Meurisse s’ouvre sur une très belle idée : celle d’une porte dans son appartement parisien qui ouvrirait  sur la campagne, son enfance et les moments partagés dans la maison du Poitou. Dans ce lieu à inventer, se mêle la nature et la culture dans une belle harmonie. La mère s’occupe du jardin, elle plante des boutures venues de chez Marcel Proust à Illiers-Combray, de chez Rabelais ou Montaigne. L’unique vieil arbre de la propriété, un platane, est baptisé Swann. Se trouvent également dans le jardin, un rosier du grand-père maternel et des ancolies de la grand-mère paternelle afin d’inscrire cette nouvelle maison dans l’histoire familiale. Catherine aura droit à son petit coin de jardin, son « Paradou » qui sera un jardin à la française puis un jardin à l’anglaise avec en son centre un Jiminy Criquet un peu particulier : un nain de jardin !

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Les deux enfants vont de découverte en découverte. Elles trouvent une gravure de lys dans un mur de la maison et c’est alors Louis XIV qui s’invite dans leur jardin, elles découvrent des coquillages fossilisés, un fragment de sculpture, etc… Elles ouvrent alors un petit musée avec leurs trouvailles et font payer l’entrée 0.50 cts ! Elle découvriront par la suite que Pierre Loti en avait fait de même. Cette vie à la campagne est baignée de culture. La fille aînée, Fanny, a toujours un livre à la main. Catherine Meurisse prête à sa sœur des réflexions d’adultes et des goûts d’adulte. Elle cite Loti, Zola (« La faute de l’abbé Mouret » qui est certes bucolique mais également le plus mauvais de la série des Rougon-Macquart ! Désolée, il fallait que ça sorte ! ), Proust, etc… La grande révélation esthétique se fait lors d’une visite au musée du Louvre. Cette scène est vraiment magnifique et le goût du dessin chez Catherine Meurisse semble naître devant nos yeux. Elle y voit Poussin, Corot et leurs magnifiques paysages qui ressemblent à sa campagne, Le Caravage qu’admire sa sœur.

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« Les grands espaces » est aussi l’occasion de sensibiliser le lecteur aux problèmes de la campagne : le productivisme à outrance, l’utilisation des pesticides, la disparition des haies et des insectes. Tout est fait en dépit du bon sens et surtout sans respect de la terre et de ces cycles naturels. Le capitalisme, qui entraîne la surproduction, est aussi nocif à la campagne qu’ailleurs ! « Les grands espaces » se fait alors ode à la nature, l’agriculture raisonnée et raisonnable, aux paysages sans lotissements affreux qui gâchent la vue !

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« Les grands espaces » est une très belle bande-dessinée qui rend hommage à la beauté de nos campagnes, aux souvenirs d’enfance et à l’art.

 

 

 

Les visés de Thomas Gosselin et Giacomo Nanni

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Richard est marié et le couple attend son premier enfant. C’est au volant de leur voiture qu’il dévoile à sa femme l’un de ses rêves. Il a imaginé qu’il était dans la peau du tueur du président Kennedy, Lee Harvey Oswald. Sa femme en plaisante. Mais Richard se comporte par moments de manière très étrange et morbide. Il écrit toutes ses pensées dans un cahier que sa mère trouve. La lecture de celui-ci la glace puisque son fils s’imagine en sniper tirant sur la foule. Il se défend en lui expliquant qu’il écrit un roman mais le doute persiste, d’autant que Richard a parfois des réactions violentes.

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La bande-dessinée de Thomas Gosselin et Giacomo Nanni s’inspire de l’histoire de Charles J. Whitman (1941_1966) qui perpétra l’un des premiers assassinat de masse aux Etats-Unis. Le 1er août 1966, il tua 16 personnes et en blessa 32 à Austin avant d’être tué par la police. La bande-dessiné tente d’expliquer la survenue d’un tel acte et étudie la psychologie de ce personnage. L’individu est clairement dérangé dès les premières pages qui le montrent dans son quotidien. Il semble sans cesse contenir des pulsions violentes (on le voit notamment avec la scène de la course en voiture plusieurs fois repoussée). Ses cauchemars, son carnet soulignent la morbidité et ses penchants suicidaires puisqu’il sait que ses actes le mèneront à une mort violente. « Toute cette vie passée sur les routes, à l’horizontale…Il faudra que je meure à la verticale pour être sûr de voir la différence. » C’est bien évidemment un personnage antipathique malgré une enfance elle-même marquée par la violence. Il est d’autant plus détestable qu’il se cherche des excuses en imaginant que ses actes sont uniquement le fruit d’une tumeur au cerveau. Gosselin et Nanni montrent également la facilité déconcertante pour nous avec laquelle on peut se produire des armes aux Etats-Unis. Ce qui est encore plus affligeant est de constater le nombre d’assassinats de masse qui ont été perpétrés depuis ce 1er août 1966.

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Le choix graphique est au départ surprenant. Le dessin est très coloré, très naïf ou grossier pour ce qui est des visages, la trame est faite de gros grains. Mais les cadrages, la mise en page sont intéressants et j’ai beaucoup aimé la manière dont Giacomo Nanni utilisaient les ombres chinoises sur la fin du volume. Malgré cela, je suis restée trop à distance de l’histoire et j’ai trouvé la fin très abrupte.

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« Les visés » présentent des qualités indéniables de mise en scène et de tentative de compréhension du passage à l’acte d’un fou. Néanmoins, je suis restée très extérieure à l’histoire qui m’était racontée et je n’ai donc pas été totalement convaincue par cette bande-dessinée.

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Moi ce que j’aime, c’est les monstres d’Emil Ferris

Dans les années 60 à Chicago, Karen Reyes, 10 ans, vit avec son frère et sa mère au sous-sol d’un immeuble. Ils vivent dans un quartier pauvre dans l’Uptown. En raison de son origine sociale, Karen a été rejetée par sa meilleure amie. A l’école, les garçons lui cherchent des noises. Pour fuir cette réalité, Karen regarde des films d’horreur, lit des magasines sur le même thème. Elle se prend même pour l’un d’entre eux puisqu’elle pense être un loup-garou. Elle consigne sa vie dans un journal intime dessiné. Un drame survient dans l’immeuble de Karen. La voisine du dessus, Anka Silverberg, est retrouvée morte chez elle, une balle dans le cœur. La police conclut à un suicide mais Karen n’est pas de cet avis. Elle enfile un imper et un feutre et débute une enquête.

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« Moi ce que j’aime, c’est les monstres » est une oeuvre hors-norme de par sa taille (plus de 800 pages en deux volumes), de par son histoire et de par sa forme. Le destin d’Emil Ferris bascule à 40 ans après une piqûre de moustique. Elle attrape la fièvre du Nil qui la laisse paralysée. Mais cette illustratrice s’acharne, se scotchant un stylo dans la main pour continuer à dessiner. Elle s’inscrit au Chicago Art Institute et réussit, après six ans de travail, à terminer ce roman graphique inclassable.

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L’histoire de Karen Reyes mêle plusieurs lignes narratives : l’enquête policière, l’intime, l’Histoire. L’enquête de Karen nous entraîne dans les quartiers pauvres de Chicago, nous emmène à la rencontre des déshérités et des laisser-pour-comptes. Comme avec les films d’horreur, l’enquête permet à Karen de sortir de sa vie morose. Sa mère est atteinte d’un cancer en phase terminale. Karen commence, à 10 ans, à sentir les prémices de l’adolescence et se sent différente des autres jeunes filles. Se voir en loup-garou est aussi une manière d’extérioriser cette différence. Heureusement, Karen n’est pas seule pour affronter tout ça, elle a son grand-frère Deeze. Grand séducteur, il est malgré tout très présent, il emmène notamment sa sœur au musée. Il lui apprend à rentrer dans les tableaux ce qui donne des pages sublimes dans la BD.  Pendant que Karen grandit, le président Kennedy se fait assassiner et bientôt c’est le tour du révérend Martin Luther King. Une époque trouble qui montre à Karen la noirceur du monde qu’elle va retrouver dans le témoignage enregistré par Anka. Allemande d’origine juive, elle y raconte son enfance brisée, sa vie d’adulte marquée par l’étoile jaune et la déportation.

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Le récit d’Emil Ferris est foisonnant, prenant des directions étonnantes. Les dessins, le texte couvrent entièrement chaque page. Le dessin peut être d’une précision incroyable, hyperréaliste mais également il peut se rapprocher de l’esquisse avec un tracé très rapide. Emil Ferris joue également sur les couleurs  et le noir et blanc. Tout cela donne une oeuvre vivante, bouillonnante et dense.

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« Moi ce que j’aime, c’est les monstres » est un roman graphique sur l’acceptation de soi et la différence. C’est une oeuvre remarquable d’une grande puissance visuelle et qu’il faut lire absolument.

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