Le mois is back again !

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Vous l’attendiez avec impatience, voici le retour du mois anglais ! Nous en sommes déjà à la 9ème édition grâce à votre enthousiasme et votre implication.

Le principe : partager tout ce que vous souhaitez autour de l’Angleterre (lectures, films, photos, recettes…) au cours du mois de juin.

Cette année, vous serez accompagné(e)s par un trio de choc puisque je retrouve pour animer ce mois anglais Lou et Lamousmé. Vous nous retrouverez sur nos blogs, sur le groupe facebook dédié, et sur instagram sous le #lemoisanglais et @lemoisanglais. Un clin d’œil à Cryssilda qui, cette année, ne sera pas à nos côtés pour l’organisation mais fera partie des participants.

Sur le groupe facebook, vous trouverez les nouveaux logos de notre Belette, toujours aussi imaginative et motivée !

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Et voici le programme de ce mois anglais 2020 que nous avons voulu plus léger que l’année dernière  :
3 juin : Un roman policier d’Agatha… Christie ou Raisin (avec le Challenge British Mysteries)
6 juin : Londres, en littérature mais pas que !
9 juin : Romancière anglaise au choix
11 juin : Epoque victorienne (roman victorien, néo-victorien, essai…)

13 juin : Lecture jeunesse
15 juin : Vintage novel (Cluny Brown, Angela Thirkell, romans Persephone…)
18 juin : Essai ou biographie
21 juin : Tessa Hadley
23 juin : Cosy mystery (avec le Challenge British Mysteries)
26 juin : Une bande-dessinée
29 juin : Barbara Pym
Amusez-vous bien, lisez bien, nous avons hâte de découvrir vos nombreux billets autour de l’Angleterre !
Bon mois anglais !
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Le chien noir de Lucie Baratte

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Il était une fois une jeune et jolie princesse, Eugénie, qui subit son irascible père, le roi Cruel. Pour la punir d’avoir osé regarder un jeune page, il enferme sa fille dans une tour. Elle n’en sortira que lorsqu’un homme, possédant au moins trois fois la valeur de sa dot en fortune, franchira le pont-levis et l’épousera. Celui-ci arrive lorsqu’Eugénie a 16 ans, il se nomme le roi Barbiche. Il emmène sa nouvelle épouse dans son château qui se situe sur une île, bien loin des terres du roi Cruel. En chemin, Eugénie recueille un chien blessé : « Elle se pencha sur l’animal : c’était un jeune chien noir au beau pelage bouclé, une longue estafilade lui parcourait le corps, suintant le sang. Elle posa la main sur lui et colla l’oreille à sa gueule dans l’espoir d’un signe de vie… Le souffle était ténu, mais il respirait encore ! Le cœur était chaud et, bien que faible, il cognait sous la peau mouillée. Une joie inattendue saisit la jeune fille. » Ce chien noir deviendra son seul et unique compagnon dans sa nouvelle vie et dans le sombre château du roi Barbiche.

Le premier roman de Lucie Baratte est un hommage à Madame d’Aulnoy et à Angela Carter. Il revisite l’univers du conte, Barbe-Bleu et la belle et la bête, mais également du roman gothique. La trame de l’histoire appartient au premier genre comme en témoigne la formule « Il était une fois » répétée à chaque ouverture de chapitre. Les personnages viennent également de là : le roi sombre, inquiétant (nommé ironiquement Barbiche), la jeune princesse pure, le serviteur fidèle au roi et contrefait, la bête, la magie qui habite le château. L’ambiance du « Chien noir » est quant à elle proche des romans gothiques : une forêt profonde entoure le château et l’on peut s’y perdre, l’orage et la pluie rythment le récit, la noirceur habite chaque page de ce conte. Lucie Baratte ajoute à ces deux influences un zeste de littérature érotique du 18ème siècle (on pense au marquis de Sade) et des références contemporaines qui donnent un charme intemporel à son récit.

Au travers de ce conte violent et cruel, Lucie Baratte aborde la question de la domination patriarcale, de la brutalité faite aux femmes. « Le chien noir » est également un récit d’émancipation. Eugénie, qui jusqu’à 16 ans, n’avait rien vu du monde, va devoir affronter une réalité cauchemardesque pour entrevoir la lumière. Elle devra également faire l’expérience de l’altérité, dépasser la peur de l’autre.

« Le chien noir » nous permet de retrouver une part d’enfance, celle des contes qui nous faisaient frissonner. Dans une langue superbe, Lucie Baratte nous plonge avec délice dans une noirceur abyssale. Un pari audacieux pour un premier roman qui est parfaitement maitrisé. A noter la splendide couverture au graphisme soigné et l’existence d’un site internet qui prolonge la lecture et que vous ne découvrirez qu’en tournant la dernière page de ce conte.

Love me tender de Constance Debré

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« Je nage tous les jours, j’ai le dos et les épaules musclés, les cheveux courts, bruns un peu gris devant, le détail d’un Caravage tatoué sur le bras gauche, et Fils de Pute, calligraphie soignée, sur le ventre, je suis grande, mince, j’ai peu de seins, un anneau à l’oreille droite, je porte des jeans, des pantalons de toile, des tee-shirts blancs ou noirs, des chemises d’homme l’été, un vieux blouson en cuir, pas de soutien-gorge (…) je préfère écrire que travailler, je ne pense jamais que j’ai 47 ans, j’imagine que je vieillirai d’un coup, sauf si comme ma mère je meurs avant, à part mon fils que je ne vois plus tout va bien, il a huit ans mon fils, puis neuf, puis dix, puis onze, il s’appelle Paul, il est super. » C’est ainsi que se présente la narratrice de « Love me tender ». Elle est issue d’une famille riche et bourgeoise. Elle était avocate, mariée et mère de famille. Et un jour, elle a choisi de tout plaquer, de changer radicalement de vie. Elle quitte son mari, son travail, vit dans un petit appartement et se débarrasse du superflu. Ce choix de vie ne gêne pas son ex-mari jusqu’à ce qu’elle lui parle de ses relations homosexuelles multiples. Insupportable pour l’ex-mari qui l’attaque en justice et l’accuse d’être une mauvaise mère. L’idée de l’inceste est sous-jacente, la garde de son fils lui est retirée.

Constance Debré interroge ici l’amour filial, sa différence avec les autres formes d’amour. « Pourquoi on ne pourrait pas cesser de s’aimer. Pourquoi on ne pourrait pas rompre. » La narratrice se dépouille de tous ses biens matériels, elle vit en ascète. L’écriture, la natation, les filles occupent sa vie. Cette quête de liberté par rapport à l’argent, à son ancienne vie, à ses relations aux autres n’est pourtant pas complète. De la vie qu’elle a quitté reste l’enfant. Et ce lien se révèle bien plus fort qu’elle ne l’imaginait. Au cœur de « Love me tender » se niche une magnifique lettre à l’attention du fils, une lettre d’une tendresse et d’un amour infinis.

Le dépouillement du matériel amène également à celui de la langue. Celle de Constance Debré est sèche, sans fioritures, elle est factuelle. « Love me tender » est un livre cru, qui parle de sexe, de corps et qui envoie promener les conventions sociales et les relations amoureuses traditionnelles.

Je n’avais pas lu « Play boy » et j’ai donc découvert la puissante voix de Constance Debré avec « Love me tender ». Sa langue crue, sa quête de liberté et sa détermination à affirmer ses choix de vie m’ont totalement emportée.

L’art d’échouer de Elizabeth Day

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Elizabeth Day est journaliste, écrivaine et elle est aussi la créatrice d’un podcast qui a rencontré un énorme succès : How to fail with Elizabeth Day. Deux ans après un divorce douloureux à 36 ans, elle a décidé de créer son podcast pour discuter avec des personnalités des échecs qu’elles ont pu connaitre. Le constat est évident : tout le monde a connu l’échec dans sa vie professionnelle ou personnelle et chacun a pu en tirer des leçons, a pu apprendre de ses échecs pour mieux rebondir ou se réinventer.

Son livre est inspiré de son podcast et elle y raconte ses propres échecs à l’école, au travail, avec sa famille, ses amis, son couple. Le récit de ses expériences douloureuses est émaillé des exemples tirés de son podcast et de l’expérience de Jessie Burton, Phoebe Waller-Bridge, David Nicholls, Tara Westover, Sebastian Faulks, Nicole Kidman, Robert Pattinson pour n’en citer que quelque uns.

Dans une société de la performance, des réseaux sociaux aux images parfaites, l’échec ne semble pas avoir sa place. La société nous envoie des injonctions permanentes à la perfection, surtout aux femmes. Elizabeth Day a longtemps tout fait pour l’atteindre, elle était dans une volonté de plaire aux autres et de leur faire plaisir (c’est ainsi qu’elle se retrouva à manger du blaireau dans une maison isolée ou à essayer un sauna vaginal à la manière de Gwyneth Paltrow pour des articles). De siècles de misogynie institutionnalisée ont mené les femmes à vouloir être toujours plus parfaites, plus performantes dans de nombreux domaines. Ce qui est impossible à réaliser et donne un sentiment d’échec.

« L’art d’échouer »  est un livre d’une parfaite honnêteté, Elizabeth Day n’hésite pas à montrer ses failles, sa vulnérabilité, ses complexes. Elle le fait avec beaucoup d’humour et le recul nécessaire pour montrer à quel point ses échecs lui ont été utiles pour se construire et trouver sa voix. Son témoignage est précieux tant il permet de se décomplexer et de réfléchir sur son propre parcours.

Drôle, intelligent, déculpabilisant, « L’art d’échouer » dévoile les déboires douloureux du parcours d’Elizabeth Day mais également la manière dont elle a su les exploiter pour se reconstruire et s’épanouir.

Sara ou l’émancipation de Carl Love Almqvist

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A bord du Yngve Frey au départ de Stockholm, Sara Videbeck se retrouve à voyager seule car sa tante a manqué l’embarquement. Depuis le pont, un beau sergent a vu la scène se dérouler et son regard est aimanté par Sara. « Un détail avait attiré son attention : au moment du départ, elle portait une coiffe de dame en toile de Cambrai, qu’elle avait retirée peu après et remplacée par un fichu de soie comme ceux que portent les femmes de plus modeste condition. Se posait alors une question : cette passagère était-elle une jeune fille du peuple ou une bourgeoise ? Et que ce soit l’une ou l’autre, pour quelle raison avait-elle changé de couvre-chef ? » Le sergent, Albert, mettra tout en œuvre pour approcher et faire connaissance avec Sara. Le mystère l’entourant ne se dissipera d’ailleurs pas après la rencontre tant la jeune femme est étonnante et indépendante.

« Sara ou l’émancipation » a été publié en 1838 et il fit scandale dans une Suède protestante et conservatrice. Il est aujourd’hui considéré comme un classique. Ce court roman est le récit d’une rencontre le temps d’un voyage. Nous partons de Stockholm en bateau pour rejoindre Lidköping où vivent Sara et sa mère. Durant ce laps de temps, nous faisons connaissance avec une jeune femme déterminée, réfléchie et d’une indépendance surprenante pour l’époque. Sara s’est déplacée à Stockholm pour affaires. Depuis le décès de son père, elle dirige seule sa boutique de maître-verrier. Elle peut le faire tant que sa mère est en vie mais Sara a déjà imaginé la suite : une petite boutique, la vente de sa recette de mastic, la location de pièces dans sa maison. Tout cela lui permettra de rester indépendante financièrement. Et elle y tient, pendant le voyage, elle tient toujours à payer sa part quand Albert l’invite à déjeuner ou lorsqu’ils partagent une calèche. Ses idées sont bien arrêtées et rien ne peut l’en faire changer. Il en est de même sur le fait d’avoir un mari, Sara ne voit pas l’intérêt de s’enfermer dans le mariage et de se priver de liberté. L’amour n’en a pas besoin, pas plus que d’une vie commune ! « A mon avis, on ne devrait jamais s’installer ensemble : ceux qui s’aiment sont plus enclins à s’agacer mutuellement, à se fâcher et à finalement se détruire, que ceux qui ne comptent pas l’un sur l’autre et voient les choses avec du recul.  » Il faudra bien le temps du voyage à Albert pour comprendre cet être singulier à l’esprit vif.

Avec une plume élégante, Carl Jonas Love Almqvist dresse le portrait d’une femme autonome et déterminée à le rester même si l’amour croise son chemin. Il fait, dans son roman, l’éloge de l’union libre et de l’émancipation de femmes.

Bilan du Grand Prix des lectrices Elle 2020

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Fin juin 2019, je recevais un mail m’annonçant que je faisais partie du jury du Grand Prix Elle des lectrices 2020. 28 livres plus tard et une chronique publiée dans le magazine, voilà le prix qui s’achève. J’avais beaucoup d’appréhension avant de participer : peur de ne pas respecter les délais de lecture, peur de devoir lire autant d’essai alors que j’en lis peu. Après avoir longtemps tourné autour de ce prix, j’ai envoyé ma candidature, poussée par mes copines des Lectrices optimistes, Cécile et Manon. Et ce qui fut grandiose dans cette aventure, c’est que nous avons pu la partager toutes les trois.

Les gagnants ne sont pas encore connus à ce jour mais je vous présente mon palmarès personnel.

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Catégorie roman :

« Le ghetto intérieur » de Santiago H. Amigorena, un livre remarquable, d’une grande sobriété alors qu’il parle d’un immense traumatisme et qui m’a profondément émue. Lu pour le jury du mois d’octobre, il est resté mon chouchou tout au long du prix.

Et le roman de Santiago H. Amigorena a eu de très beaux concurrents : « Rien n’est noir »de Claire Berest qui rend un hommage vibrant et lumineux à Frida Kahlo, « Girl »de Edna O’Brien, monologue intérieur saisissant d’une jeune nigériane kidnappée par Boko Haram, « Et toujours les forêts » de Sandrine Collette qui rencontre de manière très réaliste et sombre la fin de notre monde. A part le calamiteux « Dévorer le ciel », la sélection des romans était passionnante et variée. Mon seul regret sera que l’extraordinaire « Ici n’est plus ici » de Tommy Orange n’ait pas été sélectionné par mon jury de janvier  (heureusement, ce fut au profit de « Girl »).

Catégorie polar :

« Mon territoire » de Tess Sharpe, le choix du meilleur polar ne fut pas aussi évident que pour le roman. Je n’ai pas eu de véritable coup de cœur dans cette sélection mais nous avons eu plusieurs excellents polars. J’ai choisi celui de Tess Sharpe parce qu’il allie une intrigue rythmée à un propos féministe. Mais j’ai également beaucoup aimé retrouver Harry Hole et l’efficacité de Jo Nesbo dans « Le couteau », « Une famille presque normale »de M.T. Edvardsson à l’habile construction qui nous tient en haleine jusqu’à la dernière phrase et « Sacrifices »de Ellison Cooper, un polar totalement addictif.

Catégorie essai :

« Honoré et moi » de Titiou Lecoq, aucune hésitation pour le choix de mon essai préféré tant j’ai été enchantée par cette biographie de Honoré de Balzac. La vie flamboyante de ce perdant magnifique est rendue avec humour, tendresse et un style enlevé. Un régal ! Même s’il ne s’agit pas de ma catégorie favorite, j’ai été ravie de découvrir également « Le consentement » de Vanessa Springora dont j’ai apprécié la sobriété et la lucidité, « Le courage des autres » de Hugo Boris qui n’hésite pas à nous montrer ses failles et ses faiblesses et « Jouir » de Sarah Barmak qui dédramatise l’orgasme féminin et aide les femmes à se réapproprier leurs corps.

Je croise les doigts pour que l’un de mes chouchous soit dans le trio gagnant ! L’aventure du prix Elle fut passionnante, enrichissante et je suis prête à rempiler dès que cela sera possible !

 

 

 

La soustraction des possibles de Joseph Incardona

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A Genève, en 1989, Aldo Bianchi est professeur de tennis pour de riches femmes oisives. Aldo ne s’arrête pas aux vestiaires, il exerce ses charmes sur ces riches femmes mariées. Lui aussi veut profiter de la gigantesque manne d’argent qui déborde en Suisse. Mais au fond de lui, Aldo sait qu’il est né petit et qu’il le restera. Pourtant, sa chance pourrait peut-être tournée grâce à une rencontre. Grâce à sa dernière conquête, Odile Langlois, Aldo devient porteur de valises de cash. Il dépose l’argent dans un casier et une femme vient le récupérer. Cette femme se nomme Svetlana, elle travaille dans la finance et elle espère également croquer une part du gâteau capitaliste. Aldo et elle vont lier leurs destinées pour profiter du système et enfin gagner le gros lot. Mais maitrisent-ils bien tous les rouages du système financier ?

« La soustraction des possibles » de Joseph Incardona est un roman ambitieux, dense, au scénario très élaboré qui se rapproche du roman noir. L’intrigue est foisonnante et réserve de nombreuses surprises et rebondissements. Au début du roman, l’auteur nous explique qu’il ne s’agit pas d’une histoire d’argent, de truands, de bourreau, de copains, de désir, de trahison, d’ambition mais une histoire d’amour. Et pourtant « La soustraction des possibles » est tout ça à la fois. C’est également un roman profondément balzacien puisque l’argent en est le sujet central.

Joseph Incardona choisit de placer son intrigue en 89-90, les années de gloire de l’ultra-libéralisme et des golden boys tout droit sortis de « American psycho ». L’argent est roi, le système financier et les paradis fiscaux ne sont pas encore réglementés. « L’argent est devenu le « McGuffin » de l’Humanité. On ne sait même plus s’il est cause ou conséquence d’un certain fonctionnement économique. Les années 1990 préfigurent un système sur le point de perdre tout contrôle, où l’informatique s’apprête à révolutionner la planète, où les algorithmes  emballent la combinatoire des transactions boursières. Plus personne ne sait vraiment ce qu’est devenu l’argent, un moyen, un but, un prétexte, une dématérialisation de nos existences ». Ce que montre parfaitement Joseph Incardona, c’est à quel point ce système irradie tous les secteurs. L’argent relie entre eux, comme une gigantesque pieuvre, les banquiers suisses, les mafieux corses, la prostitution (les pages concernant le conditionnement de filles de l’est à la prostitution sont saisissantes) et bien d’autres choses encore.

Aldo et Svetlana viennent du même milieu social, ils ont connu les mêmes humiliations, ils ont la même rage de s’en sortir et, à deux, ils pensent être plus forts. Ils font tous les deux parties d’une impressionnante galerie de personnages mais ce sont ces deux-là que l’on suit du début à la fin. Ce sont eux, les petits, vers qui va notre sympathie.

Enfin, il faut parler du style de Joseph Incardona. Il est nerveux, cinématographique, fortement ironique. Le narrateur n’hésite pas à se moquer de ses personnages. Il nous interpelle, nous raconte sa vie et c’est d’ailleurs l’un de mes bémols car je ne comprends pas ce que viennent faire là les morceaux de vie de l’auteur. Le style est extrêmement original, vivant mais son côté un peu ostentatoire peut lasser sur la longueur.

« La soustraction des possibles » est un roman très ambitieux, au scénario dense sur l’argent-roi des années 89-90.