Je suis la bête d’Andrea Donaera

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Domenico Trevi, dit Mimi, est fou de douleur. Son fils de 15 ans, Michele, s’est suicidé en se jetant par la fenêtre. Mimi veut venger sa mort, faire couler le sang. Car Mimi n’est pas n’importe qui, il est à la tête de la Sacra Corona Unita, la mafia des Pouilles. Sa colère, sa rage vont s’abattre sur Nicole, une adolescente qui avait rejeté les avances de Michele et lui avait brisé le cœur. Ni la femme de Mimi, ni sa fille Arianna n’arriveront à l’apaiser. Mimi fait enlever Nicole et il la séquestre dans une maison éloignée en attendant de décider de son sort. Le jeune Veli est chargé de sa surveillance.

« Je suis la bête » est le premier roman d’Andrea Donaera, un roman percutant et puissant. Le fond et la forme sont parfaitement maîtrisés. Le cœur du roman est le délitement d’une famille, celle de Mimi, qui va nous mener jusqu’au drame. « Je suis la bête » a la noirceur et la fatalité des tragédies grecques. La tension est présente tout le long du roman, tout comme la violence que Mimi distille au fil des pages. Chaque chapitre donne le point de vue de chacun des personnages. Chacun y expose ses peurs, ses rages, ses pulsions violentes. Et l’emprise terrifiante de Mimi est visible sur chacun.

La langue d’Andrea Donaera nous fait pénétrer dans la psyché de tous les personnages, les voix sont parfaitement distinctes, les personnages sont tous incarnés. L’écriture est brute, gutturale, crue et nous prend aux tripes. Andrea Donaera rend son récit hypnotique en utilisant des répétitions, comme celle du mot basta qui revient sans cesse dans la bouche de Mimi et scande le texte. De plus, le début et la fin du roman se font écho, se répondent pour clore la boucle. La langue d’Andrea Donaera est souvent proche de l’oralité et cela est du au fait que « Je suis la bête » fut au départ un texte théâtral. Une langue, qui pour toutes ces raisons, est proprement saisissante.

« Je suis la bête » marque la naissance d’un écrivain, d’une nouvelle voix de la littérature italienne, une voix importante qui manie la langue avec brio.

Traduction Lise Caillat

Les variations sentimentales de André Aciman

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« Les variations sentimentales » d’André Aciman sont composées de cinq parties qui correspondent à cinq histoires d’amour dans la vie du narrateur Paul.

J’attendais beaucoup  de la lecture ce livre tant j’ai aimé « Call me by your name » (livre et film). Et je dois dire que je suis à nouveau tombée sous le charme de la plume de l’auteur qui est très élégante et sensible. Comme dans « Call me by your name », André Aciman s’intéresse à l’amour, au désir. Ici, cela prend la forme de différents amours, à différents stades de la vie de Paul. Le narrateur nous décrit les différents états qui l’habitent face à Giovanni, Maud, Manfred, Chloé et Heidi. Paul connaît les émois du premier amour, la jalousie en voyant sa femme au restaurant avec un autre homme, un désir ardent, des regrets face à une histoire d’amour qui aurait pu se concrétiser plus tôt, un besoin de séduction intellectuelle face à une femme plus jeune. L’écriture d’André Aciman se fait sensuelle, caressante mais également très crue lorsque Paul se perd dans ses fantasmes face au séduisant Manfred.

Mais la tonalité du roman est plutôt mélancolique. Paul nous raconte rétrospectivement sa destinée sentimental et elle comporte des regrets, des désillusions et beaucoup de souvenirs évanescents. « Dans quelques années je me souviendrai de ce club de tennis miteux et de ses flaques d’eau, je repenserai au clapotement de tes tongs. Je me souviendrai des cours à la fin de l’hiver, quand seuls restent à jouer les habitués et les acharnés, y compris la vieille Mme Lieberman, ou des matins d’avril et de mai en semaine quand les lilas fleurissent dans tout Central Park, ou encore quand le silence qui plane sur ces courts et sur le parc à huit heures du matin est aussi envoûtant que celui des plages désertes à la naissance du jour. »

Le récit du premier amour est sans doute celui que j’ai préféré. Il faut dire qu’il m’a beaucoup fait penser à « Call me by your name » : l’Italie, l’été, le coup de foudre pour un homme plus âgé. Ce récit est emprunt d’une grande délicatesse.

« Les variations sentimentales » est un roman que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire. J’y ai retrouvé la sensibilité, l’amour de la culture et la capacité à décrire tous les états du sentiment amoureux qui m’avaient emportée à la lecture de « Call me by your name ».

Traduction Anne Damour

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L’éveil de Kate Chopin

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Edna Pontellier est en vacances au bord de la mer, à Grand-Isle, avec ses enfants et son mari qui fait des aller-retours le week-end. Durant l’été, Edna rencontre Robert Lebrun dont elle tombe amoureuse. Cette relation platonique va éveiller les sentiments, les sens d’Edna. Elle se redécouvre, aspire à une vie nouvelle et indépendante. Sa soif de vivre va rendre son retour à la réalité très difficile. Son mariage et ses enfants lui pèsent et lui apparaissent comme des freins à son émancipation.

« L’éveil » a été publié en 1899 et la forte indignation que le roman provoqua, empêcha ensuite Kate Chopin d’écrire à nouveau. Cet émoi s’explique par le vent de liberté qui souffle sur la vie d’Edna. Bien qu’elle respecte son mari et ne veut pas lui causer de tort, elle comprend que ce mariage était une erreur : « Elle s’imaginait qu’ils avaient une communauté de goût et de pensée, ce en quoi elle se trompait. » A son retour de Grand-Isle, Edna délaisse sa maison, n’organise plus de soirées, ne rend plus les visites qu’on lui rend. Elle ne s’oblige plus à être une femme parfaite comme son amie Mme Ratignolle. Edna ne se sent plus être une épouse mais elle ne se sent pas non plus mère. Elle adore ses enfants mais ne serait pas prête à sacrifier sa personnalité pour eux. Ni son mari, ni ses enfants ne comblent le vide qu’Edna ressent.

Willa Cather parlait de « L’éveil » en le qualifiant de « Bovary créole ». Edna, comme Kate Chopin, évolue dans la haute société créole de la Louisiane. L’auteure était une admiratrice de Maupassant et de Flaubert. Les deux héroïnes, Edna et Emma Bovary, ont de nombreux points communs. Toutes deux trompent l’ennui de la vie quotidienne en ayant des amants, toutes  deux se perdent dans des rêves romantiques. Mais, alors qu’Emma sombre, Edna se révèle, prend son élan. Une très belle scène du roman symbolise cela parfaitement.  Lors de son été à Grand-Isle, Edna ose nager loin du rivage, plus loin qu’elle ne l’avait jamais fait. Un sentiment de liberté inouïe l’envahit alors et c’est cette sensation qu’elle essaiera de retrouver.

Dans un style très fluide, très agréable, Kate Chopin nous dépeint un an dans la vie d’Edna Pontellier, une année où la jeune femme tente de s’émanciper, d’échapper à une destinée toute tracée. Un roman féministe avant l’heure.

Traduction Michelle Herpe-Voslinsky

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Tales from the loop/Mrs America

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A Mercer, Ohio, se situe le centre de physique expérimentale appelé the loop. Son fondateur, Russ Willard, y cherche à déverrouiller et explorer les mystères de l’univers. La ville est peuplée de tours, de sphères étranges et futuristes, dans les bois on croise un robot usé à l’allure mélancolique. Les habitants sont régulièrement témoins de phénomènes paranormaux.

« Tales from the loop » est une uchronie qui s’inspire des œuvres rétro-futuristes de Simon Stalenhag. L’esthétique est celle des années 80, les ordinateurs mastodontes côtoient la robotique et l’intelligence artificielle. Chaque épisode est une histoire en soi mais ils sont liés les uns aux autres par les personnages qui se croisent et se recroisent. Une jeune fille cherche désespérément sa mère disparue, deux adolescents s’amusent à s’échanger leurs corps, un jeune couple arrête le temps. Chaque épisode est une pièce du puzzle.

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La série de Nathaniel Halpern est humaniste, elle interroge les tourments existentiels des personnages. Elle navigue entre surnaturel et quotidien, le premier s’insinuant dans la vie ordinaire des personnages. Ce qui frappe c’est l’incroyable beauté mélancolique de la série. Elle déploie ses histoires, ses contes avec lenteur, une infinie délicatesse et beaucoup de sensibilité. La mise en scène est au diapason de l’écriture. Certaines images sont incroyablement poétiques.

mv5bnmyznwjjmdqtmgvmyi00nmjhltgyngmtymjjnzu5ntk5ntmzxkeyxkfqcgdeqxvymdc2ntezmw._v1_sy1000_sx1500_al__0« Tales from the loop » est une série de science-fiction singulière, à l’esthétique rétro-futuriste et au ton contemplatif. Une série en huit épisodes qu’il faut savourer tant elle est belle et poétique.

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En 1971, Phyllis Schlafly, mère au foyer conservatrice, se lance dans une campagne contre l’Equal rights amendment (ERA) qui doit garantir l’égalité de droits entre les hommes et les femmes. Phyllis crée un groupe de femmes pour combattre cet amendement qui, pour elle, va détruire la famille américaine. Son mouvement va prendre beaucoup d’ampleur et va être un sérieux frein au combat féministe. Face à Phyllis, Gloria Steinnem, Bella Abzug, Betty Friedan, Shirley Chisholm se battent pour les femmes, l’avortement, l’homosexualité et leur mouvement rejoint celui des droits civiques (Shirley Chisholm est la première femme afro-américaine membre du congrès).

La série de Dahwi Waller (Desperate housewives, Mad men) résonne avec notre actualité. A la fin de la série, l’ERA n’a pas été ratifié par les 38 états nécessaires. En 1982, date butoir imposée pour la ratification, seuls 34 états avaient voté pour. Mais, depuis 2017, les trois états manquants se sont reliés au texte. Une bataille est en cours pour annuler la date butoir.

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Chaque épisode de la série se focalise sur une ou plusieurs personnalités : Phyllis, Gloria, Shirley, Betty, Bella, etc… La série les suit sur plusieurs années et permet de voir l’évolution des deux groupes. Alice, qui accompagne Phyllis dès le début, est le personnage qui évolue de la manière la plus intéressante.

« Mrs America » montre que chaque groupe est le lieu de dissensions, de compromis pour maintenir une certaine cohésion. Chaque groupe connaît ses victoires et ses défaites. Phyllis Schlafly est un personnage extrêmement complexe et contradictoire. C’est une femme au foyer catholique fervente, elle a six enfants. Mais se battre contre l’ERA, lui permet de mettre en valeur ses talents. Elle rêve de politique, d’études de droit. Et ses enfants sont élevés par sa belle-sœur (qu’elle ne remercie jamais) puisqu’elle passe son temps en meetings. En raison de ses ambitions, Phyllis subit la misogynie des hommes politiques. Mais cela ne la fait pas changer de camp ! Cate Blanchett incarne à la perfection l’ambiguïté de Phyllis. L’ensemble du casting est absolument impeccable : Rose Byrne, Sarah Paulson, Tracy Ullman, Uzo Aduba et toutes les autres.

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Il faut souligner également la qualité des choix musicaux qui illustrent cette série, le générique est un fantastique mélange de la 5ème symphonie de Beethoven et de disco (signé Walter Murphy). Il donne parfaitement le ton de cette série maîtrisée et passionnante.

Le pouvoir du chien de Thomas Savage

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Montana, années 1920, Phil et George Burbank travaillent dans le ranch familial. Les parents ont pris leur retraite en laissant leurs fils gérer la grande exploitation. Phil est un cow-boy à l’ancienne, il est rustre, n’aime pas se laver et il domine les employés qui travaillent au ranch. Mais il est également extrêmement brillant et charismatique. George est rondouillard, maladroit, taiseux. Leur vie à deux est bien calée, routinière. Et c’est George qui va tout faire imploser en épousant la veuve d’un médecin, Rose. Phil est stupéfait par le choix de son frère et n’apprécie guère le changement imposé par son mariage. Il compte bien faire payer Rose en lui rendant la vie insupportable et il en fera de même avec son fils Peter qui viendra également vivre au ranch.

« Le pouvoir du chien » fut publié en 1967 et créa quelques remous à sa sortie. La figure centrale du cow-boy solitaire, fort et virile est effectivement mise à mal et questionnée dans le roman. C’est donc au mythe de l’Ouest américain que s’attaque Thomas Savage. « Le pouvoir du chien » est basé sur un jeu de de pouvoir, de domination. Tout se joue entre les quatre personnages principaux (Phil George, Rose et Peter). Nous sommes quasiment dans un huis-clos psychologique. Phil exerce son pouvoir sur son entourage, il domine depuis toujours son frère sans que celui-ci se rebelle. Phil est brutal mais on sent également chez lui une vraie dépendance à son frère. Phil vit dans la nostalgie de leurs jeunes années. L’époque change pourtant, la modernité (électricité, voiture) s’impose et les Indiens disparaissent de la région et sont emmenés dans des réserves (ils font l’objet d’un chapitre magnifique et très touchant). Le monde qu’a aimé Phil disparait sans qu’il puisse faire quoique ce soit. En revanche, il peut en vouloir à Rose de le priver de la compagnie exclusive de son frère.

L’intrigue se développe lentement, le malaise s’installe au fur et à mesure des humiliations endurées par Rose. L’arrivée de Peter, jeune homme gringalet et contemplatif, modifie les forces en présence au ranch. Mais je vous laisse découvrir ce qu’il adviendra à ce quatuor. Et il vous faudra attendre les dernières lignes du roman pour le savoir !

« Le pouvoir du chien » est un roman âpre, au rythme lent, un roman quasiment psychologique où s’affrontent les membres d’une même famille. Indubitablement un grand classique de la littérature américaine.

Traduction Laura Derajinski

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Que le diable m’emporte de Mary MacLane

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« Et donc vous voici en possession de mon Portrait. C’est l’enregistrement de trois mois de Néant. Ces trois mois ressemblent trait pour trait aux trois mois qui les ont précédés, certes, et aux trois mois qui les ont suivis – et à tous les mois qui sont nés et morts avec moi, depuis la nuit des temps. Il n’y a jamais rien de différent ; jamais rien ne se produit. » Mary MacLane, née en 1881 à Winnipeg au Canada, écrit à l’âge de 19 ans son journal du 13 janvier au 13 avril 1901. A partir de quatre ans, elle vit aux États-Unis dans le Minnesota puis dans le Montana. On découvre entre les pages de ce livre, une jeune femme d’une franchise désarmante et d’un orgueil à la hauteur de celle-ci. Elle dit être un génie mais également une voleuse et une menteuse ! Elle n’esquive pas ses défauts, ses défaillances. Elle s’aime autant qu’elle se déteste. Son témoignage est exalté, elle ressent tout avec une intensité peu commune. Elle se distingue du commun des mortels et des jeunes filles de son temps.

D’ailleurs, elle n’a pas d’amie. Elle ne supporte ni sa mère, ni ses frères et sœurs. Mary sait qu’elle ne comptait pas pour son père qui est mort lorsqu’elle avait huit ans. La jeune femme fait de longues promenades dans une nature stérile, désespérément seule. « C’est dur – si dur ! – d’être une femme, seule, totalement isolée, et pleine de désirs… Quel lourd fardeau ! » Mary n’attend pourtant que le bonheur, être aimée par quelqu’un. Et ce quelqu’un sera le Diable ! Pas étonnant que son livre ait choqué à sa sortie tant Mary en appelle au Diable ! Seul ce dernier semble capable à ses yeux de la sortir du morne ennui dans lequel elle est plongée. « Quand la nuit fut tombée, je portai sur mon sable stérile un regard flou, aveugle, désirant seulement, le cœur lourd et triste, l’arrivée du Diable. »

Ce qui frappe également dans son témoignage, c’est la place que prend le corps. Mary MacLane n’hésite pas à parler de son physique (et de son foie !), des pulsions et désirs qui émanent de celui-ci. Elle décrit un corps de jeune femme vibrant, vivant, ce qui était sans aucun doute rare à l’époque de l’écriture de ce journal.

« Que le diable m’emporte » est un journal intime, fiévreux, intense et anticonformiste. Publié en 1902, il remporta un immense succès. Mary MacLane écrivit un second livre, « I, Mary MacLane », fit du cinéma et mourut en 1929 de façon mystérieuse et oubliée de tous.

Traduction Hélène Frappat

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Billet récapitulatif – Le mois américain 2020

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Billets de présentation :

-Enna : https://ennalit.wordpress.com/2020/08/31/le-mois-americain-revient-en-septembre/

-FondantGrignote : http://croquerlespages.canalblog.com/archives/2020/09/01/38457351.html

-Ingannmic : https://bookin-ingannmic.blogspot.com/2020/09/il-est-arrive.html

-Kathel : https://lettresexpres.wordpress.com/2020/09/01/philip-roth-operation-shylock/

-Nathaliesci: https://delivrer-des-livres.fr/le-mois-americain-est-de-retour/

-Sylire : http://www.sylire.com/2020/08/le-mois-americain-2020-et-c-est-parti-pour-un-tour.html

  • 1er septembre :
 
 
  • 2 septembre :

Belette – The Cannibal Lecteur : Le régiment noir :de Henry Bauchau et West Legends – Tome 1 – Wyatt Earp’s Last Hunt de Olivier Peru et Giovanni Lorusso

-Eimelle : L’appel des origines de Joël Callède et Gaël Séjourné

Jojoenherbe: Le jardin voyageur de Peter Brown (album jeunesse)

-Nathaliesci : Herobear & the kid

-Pralineries : Couples de John Updike

 
  • 3 septembre :
-Belette – The Cannibal Lecteur : Fais-moi danser beau gosse de Tim Gautreaux
  • 4 septembre
Thème du jour : Ladies first

-Anne Desmotsetdesnotes : Nous étions les Mulvaney de Joyce Carol Oates

-Anne (Rien ne s’oppose à la lecture) : Libre et légère de Edith Wharton

-Athalie : Le chant de Dolorés de Wally Lamb

-Belette – The Cannibal Lecteur : Six-coups – Tome 2 – Les marchands de plomb de Anne-Claire Thibault-Jouvray (auteure femme) et Jérôme Jouvray  et  Megan Kruse 

-Brize Deslandes : Ainsi naissent les fantômes de Lisa Tuttle

-Eimelle : La brodeuse de Winchester de Tracy Chevalier

-FondantGrignote : Heartburn de Nora Ephron

-Ingannmic : Les femmes de Heart spring mountain de Robin MacArthur

Jojoenherbe: Beloved de Toni Morrison

-Kathel : L’homme sans ombre de Joyce Carol Oates
-Nath Sci : Le récital des anges de Tracy Chevalier

-Northanger : La sage-femme des Appalaches de Patricia Harman 

-Papillon : Mais leurs yeux dardaient sur dieu de Zora Neale Hurston

-Sylire : La femme du banquier de Christina Alger

-Ici-même : Que le diable m’emporte de Mary MacLane

Hors thème :
 
  • 5 septembre :
  • 6 septembre :
 
-Pralineries : Replay de Grimwood 
 
 
  • 7 septembre :

-Brize : Aurora de Kim Stanley Robinson
-Belette : The Cannibal Lecteur : Un livre de martyrs américains de Joyce Carol Oates et Duke – Tome 1 – La boue et le sang : Yves H. et Hermann
-Papillon : Betty de Tiffany MacDaniel

  • 8 septembre :
Thème : la figure du cow-boy
 
 
Hors thème :
 
 
 
  • 9 septembre :
  • 10 septembre :
Thème : séries tv
-Anne (Rien ne s’oppose à la lecture) The marvellous Mrs Maisel
-Belette – The Cannibal Lecteur : [SÉRIES] Perry Mason (nouvelle version) – HBO Reboot (2020)
-Rachel : The Sinner
 
Hors thème :
  • 11 septembre :
  • 12 septembre :
Thème : roman du 19ème siècle ou se déroulant au 19ème siècle
 
Hors thème
-Anne (Rien ne s’oppose à la lecture) : Les cygnes de la 5e Avenue de Melanie Benjamin
  • 13 septembre :
 
  • 14 septembre :
  • 15 septembre :
Thème : le désir
 
Hors thème :
-Eva : Unorthodox de Deborah Feldman
-Kathel : Nickel boys de Colson Whitehead
 
  • 16 septembre :
-Belette – The Cannibal Lecteur : Blueberry – Tome 19 – La longue marche de Jean-Michel Charlier et Jean Giraud
  • 17 septembre :
Thème : polar/roman noir/thriller
 
 
  • 18 septembre :

-Belette – The Cannibal Lecteur : Fondu au noir de Ed Brubaker et Sean Phillips et La vallée des poupées de Jacqueline Susan

-Eva : Africville de Jeffrey Colvin

-Pralineries : Croc blanc de Jack London

 
  • 19 septembre :
Thème : un roman jeunesse/young adult
Hors-thème :
-Belette – The Cannibal Lecteur : Les enquêtes de Leaphorn et Chee – 01 – Porteurs de peau de Tony Hillerman
  • 20 septembre :
  • 21 septembre :
-Jojoenherbe: (Album jeunesse) Petit Lièvre et l’Étranger de Jacqueline Guillemin et Vanessa Hié : http://www.jojoenherbe.com/index.php/2020/09/21/au-fil-des-pages-avec-petit-lievre-et-letranger/
  • 22 septembre :
Thème : black lives matter
-Belette – The Cannibal Lecteur : Les larmes noires de Julius Lester
 
Hors-thème :
-Bidib : Route 66
 
  • 23 septembre :
  • 24 septembre :
Thème : la guerre
Belette – The Cannibal Lecteur : L’insigne rouge du courage deStephen Craneet  La jeunesse de Blueberry – Tome 20 – Gettysburg de Corteggiani et Blanc-Dumont
 
Hors-thème :
-Sylire : Sauvage de Jamey Bradbury
 
  • 25 septembre :
-Belette – The Cannibal Lecteur : Molosses – 06 – Walt Longmire de Craig Johnson  et Blueberry – Tome 21 – La dernière carte de Jean-Michel Charlier et Jean Giraud
  • 26 septembre :
Thème : la famille
-Belette – The Cannibal Lecteur : Bohemian flats de Mary Relindes Ellis
 
Hors-thème :
  • 27 septembre :
  • 28 septembre : 
  • 29 septembre :
  • 30 septembre : 

Nickel boys de Colson Whitehead

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Elwood Curtis habite avec sa grand-mère à Tallahassee, Floride. Nous sommes dans les 60’s et les lois Jim Crow régissent le quotidien de cet adolescent afro-américain. Travailleur, sérieux et curieux, Elwood voit sa vie changer quand sa grand-mère lui offre un disque des discours de Martin Luther King. Il est galvanisé par ce qu’il entend et son avenir semble alors plus lumineux. Il l’est d’autant plus qu’Elwood obtient le droit de suivre des cours à l’université. C’est en s’y rendant que sa chance va tourner. Il est arrêté injustement par la police et envoyé à la Nickel Academy, une maison de redressement pour jeunes délinquants.

Avec « Nickel boys », Colson Whitehead entre dans le cercle très fermé des détenteurs de deux prix Pulitzer. Le point de départ de ce roman fut la découverte par l’auteur de la Dozier School for boys en Floride. En 2009, des fouilles ont mis à jour un cimetière non officiel révélant ainsi le supplice enduré par les élèves pendant des décennies. Comme dans « Underground railroad », Colson Whitehead étudie le racisme institutionnalisé et la propension de l’espèce humaine à tomber dans la violence. A Nickel, Elwood va découvrir cette terrible réalité : « La violence est le seul levier qui soit assez puissant pour faire avancer le monde. » Son idéalisme,  son innocence sont mis à mal par les traitements inhumains, les humiliations et la brutalité des employés de la Nickel Academy. Pour y survivre, il faut courber l’échine encore plus qu’à l’extérieur. La seule lueur d’espoir pour Elwood sera l’amitié d’un autre garçon, Turner.

Encore une fois, les propos de Colson Whitehead résonne puissamment avec l’actualité. Entre les pages sourd une colère, une indignation face au sort de ses jeunes garçons. Mais l’auteur a l’intelligence de garder la violence en coulisse, il ne fait pas dans le sensationnel pour choquer son lectorat. Il se concentre sur l’amitié des deux garçons qui crée un îlot d’humanité dans l’horreur du quotidien de l’institution. Inutile de vous dire que Elwood et Turner sont infiniment attachants et que vous ne les oublierez jamais.

Avec sobriété, concision, Colson Whitehead nous livre le récit implacable et cruel de la vie de deux adolescents afro-américains dans une maison de redressement. Encore une fois, l’auteur écrit un livre marquant et indispensable.

Traduction Charles Recoursé

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Bilan livresque et cinéma d’août

Un mois d’août bien rempli avec dix livres très éclectiques. Beaucoup de découvertes d’auteurs mais qui n’ont pas toujours été des réussites. J’ai été assez déçue par la lecture de deux romans : « L’été des oranges amères » de Claire Fuller dont l’intrigue manquait singulièrement de tension au vu de son intrigue ; « Summer mélodie » qui mêlait le bon (la description de l’adolescence et l’ennui de l’été) aux platitudes sur un 1er amour. Le reste de mes lectures fut heureusement beaucoup plus intéressant et j’ai même eu un énorme coup de cœur pour « Etés anglais » de Elizabeth Jane Howard. « Le dit du mistral », premier roman de Olivier Mak-Bouchard, fut une splendide découverte et une balade magique et envoûtante dans le Luberon. Autre formidable premier roman, celui de Sarah Elaine Smith qui nous emmène dans une Pennsylvanie rurale où une adolescente a disparu. J’ai réussi à commencer mes lectures pour le mois américain avec le dernier roman de Colson Whitehead, « Que le diable m’emporte » un autoportrait culottée de Mary MacLane écrit à 19 ans et « Le pouvoir du chien » de Thomas Savage qui s’annonce grandiose. Une fois le mois américain terminé, je vous parlerai de ma découverte de Goliarda Sapienza avec « Moi, Jean Gabin » et de Lisa McInerney avec « Hérésies glorieuses », deux livres que j’ai beaucoup aimés. 

Moins de films en août pour cause de vacances, voici ce que je suis allée voir dans les salles obscures :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marie, Bertrand et Christine se sont connus sur un rond-point lorsqu’ils étaient gilets jaunes. Ils ont découvert qu’ils étaient voisins et s’entraident depuis. Et ils en ont bien besoin. Marie est victime d’un maître-chanteur (qui a besoin d’argent pour payer ses études d’économie) qui a fait une sextape de leur nuit passée ensemble. Il la menace de mettre la vidéo sur internet. Bertrand, surendetté, tombe amoureux d’une démarcheuse téléphonique et sa fille a été humiliée par une vidéo sur les réseaux sociaux. Christine, chauffeuse VTC, désespère de voir sa note de satisfaction stagner à une étoile. Tous les trois vont s’allier pour combattre les Gafa. C’est toujours pour moi un grand plaisir de retrouver le duo déjanté Kervern-Delépine et leur humour décapant. « Effacer l’historique » montre encore une fois l’absurdité de notre monde moderne (comme le bureau de poste à 50 km du lieu d’habitation, la latte de lit fabriqué en Chine et dont la livraison est bloquée au canal de Suez). Nos trois Pieds Nickelés sont perdus, inadaptés mais pas prêts à baisser les bras. Le combat est perdu d’avance mais c’est sans doute ce qui lui donne son panache. L’amitié, comme souvent chez Ken Loach, est ce qui redonne espoir. Blanche Gardin et Corinne Masiero sont comme des poissons dans l’eau, leur présence est une évidence dans le cinéma de Kervern et Delépine. Denis Podalydès est loin de la Comédie Française et cela lui va très bien. Le film nous propose plein de caméos réjouissants ou touchants : Vincent Lacoste en maître-chanteur breton, Michel Houellebecq a besoin d’une voiture et je vous laisse découvrir pourquoi, Bouli Lanners est Dieu, Benoit Poelvoorde est un livreur désespéré et épuisé. Notre monde va mal mais heureusement Kervern et Delépine sont là pour nous faire rire.

  • « Never, rarely, sometimes, always de Eliza Hittman : Autumn a 17 ans, elle vit en Pennsylvanie et son adolescence est compliquée chez elle et à l’école. Elle découvre qu’elle est enceinte et essaie de se faire aider. Mais en Pennsylvanie, elle ne peut pas avorter sans l’accord de ses parents. Les personnes du planning familial lui mentent sur sa grossesse et tente de la convaincre de garder son enfant. Autumn décide de partir pour New York avec sa cousine Skylar. Le voyage ne devait durer qu’une seule journée mais l’avortement sera plus compliqué que prévu. Les deux jeunes femmes vont errer dans la ville durant toute la nuit. Eliza Hittman montre avec beaucoup de sobriété le parcours du combattant de cette jeune femme qui choisit d’interrompre sa grossesse. Il en faut de la ténacité, de la volonté à Autumn pour arriver à ses fins. La réalisatrice réalise son film presque comme un documentaire, on suit les deux jeunes filles dans leur périple. Elle nous montre une adolescente sensible, blessée qui veut simplement décider ce qu’elle veut faire de son corps. D’ailleurs, le séjour à New York montre à quel point les deux cousines sont vues comme des proies par les hommes. La violence subie par Autumn est très subtilement abordée et n’en est que plus poignante. Le film de Eliza Hittman, dépouillé et réaliste, est nécessaire à l’heure où l’on cherche à remettre en cause le droit des femmes à disposer de leurs corps.
  • « White riot » de Rubika Shah : 1976, le Royaume-Uni est bien morose. La crise économique fait rage et le National Front grimpe dangereusement dans les sondages. Face à cette situation, Red Saunders et Roger Huddle, deux militants de gauche amoureux de musique, décident de réagir. Il créé un fanzine Temporary Hoarding et un mouvement Rock against Racism. Ils souhaitent fédérer les groupes de punk rock et les groupes reggae anglais. Leur magazine mêle politique et musique et défend toutes les minorités. Le succès de leur mouvement est retentissant, les manifestations se multiplient et la répression de la police aussi. Rock against Racism va culminer avec un concert en 1978 regroupant The Clash, Tom Robinson, Sham 69, etc… 80 000 personnes y assisteront et la National Front échouera aux élections. Le documentaire de Rubika Shah est à l’image du fanzine Temporary Hoarding, il est fait de collages, de montages et contient de nombreux témoignages. Le documentaire montre également que rien n’est jamais gagné face à l’extrême droite. Les discours de Enoch Powell alimentaient les idées du National Front dans les années 70. Au moment du vote pour ou contre le Brexit, ces mêmes discours ont réapparu dans les médias. On aurait aimer voir naître, à ce moment-là, un nouveau mouvement Rock against Racism.
  • « Mignonnes » de Maïmouna Doucouré : Amy, 11 ans, est d’origines sénégalaises et elle vit avec sa mère et ses frères. Leur immeuble est communautaire et c’est là qu’elle rencontre une jeune fille qui la fascine immédiatement. Elle danse, se maquille, se filme pour les réseaux sociaux. Avec trois autres filles, elle prépare un concours de danse. Les fillettes s’inspirent de danses hyper-sexualisées. Amy fait tout pour faire partie du groupe et fuir la réalité de sa vie : son père va revenir du Sénégal avec une deuxième épouse. Maïmouna Doucouré montre une jeune fille coincée entre deux réalités contradictoires et qui ne lui conviennent pas. D’un côté les traditions où les femmes sont totalement soumises à leurs maris et de l’autre des jeunes filles qui veulent grandir beaucoup trop vite. Des deux côtés de la médaille, la femme est soumise et objet de désir. La jeune Fathia Youssouf est saisissante de justesse et d’émotions. Les autres jeunes filles sont également confondantes de naturel. Tout n’est pas parfait dans ce premier film mais on sent une envie très forte de cinéma et de raconter cette histoire.

Marilou est partout de Sarah Elaine Smith

9782355847936ORI

Greene County, Pennsylvanie, Cindy vit avec sa mère et ses deux frères dans le dénuement. La mère part durant de longues semaines pour travailler. Les trois adolescents sont totalement livrés à eux-mêmes. Cindy s’ennuie, sa vie n’a rien de palpitant et ne s’ouvre sur aucun horizon positif. « Ma vie était un désert. De là où je me tenais, elle brûlait d’une lueur terne et sans merci. » Lorsque Jude Vanderjohn, surnommée Marilou, disparaît, la vie de Cindy bascule. Elle se rapproche de la mère de Jude, Bernadette, et s’installe petit à petit à la place de l’adolescente disparue.

« Marilou est partout » est le premier roman de Sarah Elaine Smith qui est elle-même née et a grandi en Pennsylvanie. Le début du roman nous laisse penser que l’intrigue principale tournera autour de l’enlèvement de Jude et peut-être de l’enquête menée pour la retrouver. En réalité, le roman est celui de Cindy, il s’agit de son témoignage sur les évènements qui ont marqués sa vie. Elle est élevée dans une Pennsylvanie rurale, une campagne profonde avec peu d’ouverture sur le monde et où Jude est l’unique jeune fille de couleur noire. Cindy n’a aucun point de repère, aucun adulte pour la guider ou la valoriser. Elle n’a pas d’amies, se sent quelconque et aimerait disparaître. Et c’est ce qu’elle fait en se glissant dans la peau de Jude. Elle découvre un autre monde, Bernadette lui fait écouter de l’opéra et Cindy découvre la lecture. L’immense solitude de l’adolescente est comblée par les livres comme ce fut le cas pour Sarah Elaine Smith dont les parents travaillaient beaucoup. Le portrait de Cindy est vraiment saisissant et approfondi. Cette gamine, en mal d’attention, n’est jamais jugée. En face d’elle, l’auteure fait vivre une Bernadette instable psychologiquement, au bord de la folie. Ce face-à-face improbable est magnifiquement rendu par l’écriture fluide et vibrante de Sarah Elaine Smith.

« Marilou est partout » est un étrange et étonnant roman d’apprentissage où une adolescente trouve sa voix en s’appropriant la vie d’une autre.

Traduction Héloïse Esquie