Bilan livresque et cinéma de mai

Le mois de mai fut très satisfaisant en terme de lectures. Des romans, des essais, des nouvelles que j’ai beaucoup appréciés :

-Débuter le mois de mai avec Marco Martella est forcément une excellente idée et je me suis régalée à parcourir les allées de son « Jardin perdu » ;

-Après avoir aimé son adaptation par Valérie Donzelli, j’ai découvert la plume élégante de Franck Courtès dans son récit autobiographique « A pied d’œuvre » ;

-J’avais découvert Victoria Benedictsson dans le recueil « Hiver au féminin » et j’ai approfondi ma découverte dans « Dispute et autres nouvelles » ;

-Après « Inventer sa chambre à soi », j’ai retrouvé Chantal Thomas au bord de la Méditerranée pour de savoureux et lumineux portraits de femmes ;

-« Nos héritages » m’a permis de découvrir enfin Anna Hope et je vous en reparle très vite puisqu’il fait partie de mes lectures pour le mois anglais ;

-« Une histoire silencieuse » d’Alexandra Boilard-Lefebvre m’a beaucoup touché car il raconte le destin brisé de la grand-mère de l’autrice dans le Québec des années 60 ;

-Autre « il était temps que je le découvre », j’ai lu le dernier roman sorti en France du facétieux Anthony Horowitz intitulé « M comme meurtre ? » ;

-Enfin, je suis actuellement plongée dans « Mr Rochester et autres histoires » de Frances Towes qui m’enchante totalement.

Et côté cinéma, j’ai vu 7 films dont voici mes préférés :

Lucile, photographe parisienne, doit interrompre une séance photo avec Benoit Hamon pour répondre à son frère Paul. Sa mère, Colette, est mourante. Elle rejoint donc la maison familiale où l’attendent ses parents, son frère et sa nièce. Lucile, stressée par son travail et la maladie de sa mère, n’arrive pas à communiquer avec ses proches, s’agace, hurle. Il faut dire que ses parents sont singuliers. Son père fait l’autruche et ne gère rien. Colette refuse sa fin prochaine et elle engueule sa faille d’être venue la voir. Elle veut se lever à tout prix pour ouvrir sa boutique. Et Lucile n’est pas au bout de ses peines puisqu’elle découvre que Colette est couverte de dettes et qu’elle a usurpé l’identité de sa fille pour faire un emprunt.

Le premier film de Catherine Cosme, en partie autobiographique, est un mélange parfait d’émotion, de fantaisie et d’humour. Une famille qui peine à communiquer, une maison foutraque, des voisins qui réclament le paiement des dettes de Colette, un huissier qui essaie de faire l’inventaire des biens familiaux, une petite fille qui joue avec les perruques de sa grand-mère, ça virevolte, ça bouillonne, ça vibre à chaque plan. Le long-métrage montre l’éloignement entre Lucile, trop occupée par sa carrière, et sa mère, trop pudique pour exprimer ses problèmes. Mais il souligne également qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire au travers d’une séance photo d’une extrême tendresse. « Sauvons les meubles » doit beaucoup aussi à ses acteurs notamment Vimala Pons, pétulante, enragée et Guilaine Londez, revêche et fière. Le film est gracieux, élégant dans sa manière de traiter un sujet si douloureux et d’une grande justesse dans le rire comme dans la tristesse.

Paris, 1928, Suzanne travaille dans une fête foraine, elle est l’attraction principale de « Venus electrificata ». Son patron harangue les hommes qui vont connaître l’extase grâce à un baiser de la jeune femme (et surtout grâce à l’électricité qui passe dans un dispositif conducteur). Outre les brûlures sur ses mains, la jeune femme en a marre de se faire exploiter. Son destin va changer suite à un quiproquo. Prise pour une voyante, dont la roulotte est voisine de la sienne, Suzanne accepte de rentrer en contact avec la femme défunte d’Antoine, un artiste peintre désespéré. L’imposture fonctionne trop bien et le veuf éploré veut revoir Suzanne. Voilà une occasion en or pour s’échapper de la fête foraine, d’autant plus que l’ami galeriste d’Antoine l’encourage puisqu’il s’est remis à peindre suite aux séances de spiritisme.

Pierre Salvadori nous offre avec sa « Vénus électrique » une délicieuse comédie romantique portée par des acteurs à l’énergie communicative : Anaïs Demoustier, Pio Marmaï, Vimala Pons et Gilles Lellouche. Le réalisateur fait la part belle à ses deux héroïnes : Suzanne prête à tout pour se sortir de la misère et qui va apprendre à faire confiance et à ouvrir son cœur, Irène, la femme défunte d’Antoine, que l’on découvre au travers de son journal intime. C’est l’une des belles idées du film d’offrir une place à la disparue qui s’avère avoir beaucoup contribué au succès d’Antoine. Une femme audacieuse, inspirante, lumineuse qui va à merveille à la formidable Vimala Pons. Comme toujours chez Pierre Salvadori, les personnages sont minutieusement croqués et ils ont bien souvent des failles et des faiblesses. L’aventure de Suzanne est rocambolesque, pétillante, palpitante et c’est un régal.

 

Et sinon :

  • « Sorda » d’Eva Libertad : Angela est sourde, elle est potière et vit en couple avec Hector qui est entendant. Leur couple est solaire, harmonieux. Lui signe toujours pour ne jamais exclure sa compagne et il s’intègre parfaitement dans le groupe d’amis malentendants d’Angela. Cet accord parfait va être remis en cause par l’arrivée d’un bébé. Celui-ci souffrira-t-il du même handicap que sa mère ? Eva Libertad réalise un magnifique et touchant long métrage inspiré de l’expérience de sa sœur sourde, Miriam Garlo qui interprète Angela. Le handicap invisible de l’héroïne et les difficultés qu’elle rencontre sont parfaitement posés : aller au parc avec sa fille, la récupérer à la crèche alors que toutes les personnages autour sont entendantes. Angela se met petit à petit en retrait, elle se sent exclue du monde où évolue son enfant (d’ailleurs il faut attendre deux mois pour savoir si l’enfant est entendant ou non). Hector (Alvaro Cervantes), si prévenant, devient moins attentif tant il est accaparé par son nouveau rôle de père. Les deux acteurs sont remarquables de subtilité et de nuances. Et la fin du film est très marquante puisqu’il nous plonge dans l’univers auditif d’Angela.

 

  • « Les fleurs du manguiers » d’Akio Fujimoto : Au Bangladesh, dans un camp de réfugiés, Somira, 9 ans, son frère Shafi, 4 ans, jouent pendant que leur tante prépare leurs affaires pour un très long périple. Comme de très nombreux Rohingyas, ils doivent fuir les persécutions. Tous les trois doivent rejoindre la Malaisie où une partie de leur famille les attend. Le cinéaste japonais Akio Fujimoto est sensible au sort du peuple rohingyas et il nous montre  jour après jour ce que ses personnages doivent endurer durant leur exode : traversée maritime périlleuse, tirs des garde-côtes, poursuite à travers la jungle, passeurs brutaux, la faim et la soif. Le film nous fait partager ce périple à hauteur d’enfants, de manière réaliste avec une caméra embarquée qui ne lâche pas Somira et Shafi. On ne peut qu’admirer le courage et l’abnégation de cette jeune fille, prête à tout pour protéger son petit frère. Malgré la violence de ce qu’ils vivent, les deux enfants trouvent encore la force de jouer et ils croisent également des adultes bienveillants prêts à les aider. Même si le réalisateur n’appuie jamais sur la pathos, la fin est absolument déchirante.

 

  • « L’être aimé » de Rodrigo Sorogoyen : Esteban est un réalisateur réputé. Il s’apprête à tourner son nouveau film « Desierto ». Pour ce faire, il revient vivre en Espagne après des années passées à New York. Pour le rôle féminin principal, il a pensé à Emilia, une actrice de second plan, qui s’avère être sa fille. Les deux ne se sont pas vus depuis treize ans et le jeune femme ne garde pas de très bons souvenirs de son père bien souvent alcoolisé et drogué. « L’être aimé » n’a pas la puissance de « As bestas », l’extraordinaire film précédent de Rodrigo Sorogoyen. Mais cette impossible réconciliation entre un père et sa fille nous offre deux scènes saisissantes, deux scènes se déroulant à table. La première ouvre le film. Esteban invite sa fille à déjeuner pour lui proposer le rôle. La scène se déroule en champ-contrechamp durant la conversation. Sorogoyen resserre de plus en plus son cadrage sur les visages pour arriver à de gros plans. La scène est étouffante et souligne le malaise entre le père et sa fille. Autre repas qui cette fois se situe pendant le tournage de « Desierto ». Les acteurs, tôt le matin, doivent manger un plat à base de cabillaud. Un acteur peine à avaler correctement son repas, s’ensuit une explosion sidérante de rage d’Esteban qui montre toute la violence de son autorité et sa toxicité. Dans le rôle d’Esteban, Javier Bardem est exceptionnel et montre encore une fois l’immensité de son talent.

 

  • « Vivaldi et moi » de Damiano Michieletto : Venise 1716, Cecilia, 20 ans, a grandi à l’orphelinat, l’Ospedale delle Pietà, où elle a appris à jouer du violon. Les jeunes femmes jouent dans des églises, chez des aristocrates en étant toujours masquées. Leur excellence est appréciée et elle rapporte surtout de l’argent à l’orphelinat. Mais l’essentiel des revenus vient des mariages des orphelines avec des hommes fortunés et plus âgés. L’arrivée d’un nouveau maître de musique va changer la vie de Cecilia puisqu’il s’agit d’Antonio Vivaldi. « Vivaldi et moi » (« Primavera » en vo) n’est pas un biopic sur Vivaldi mais le récit d’une émancipation grâce à la musique. Cecilia est transcendée par ce qu’elle joue, par la passion insufflée par le maître. Les jeunes filles ne peuvent plus exercer leur art après le mariage, un véritable tiraillement pour Cecilia. La mise en scène, les décors sont somptueux et la musique de Vivaldi est particulièrement mise en valeur. Damiano Michieletto est un grand metteur en scène d’opéra et cela se sent dans son premier film.

 

  • « Histoires parallèles » d’Ashgar Farhadi : Adam, jeune sans-abri, voit une pickpocket dans le métro voler le portefeuille d’une femme. Il se précipite pour rattraper la voleuse et rend son bien à Céline. En remerciement, elle emmène le jeune homme chez sa tante, écrivaine, afin qu’il l’aide à vider son appartement contre rémunération. Sylvie est en train d’écrire un roman s’inspirant de la vie de ses voisins d’en face qu’elle espionne à la longue-vue. Voilà de quoi intriguer Adam. Le cinéaste iranien construit un récit gigogne où la réalité et la fiction s’imbriquent et s’influencent mutuellement. Le casting du film fait rêver : Isabelle Huppert, Adam Bessa, Virginie Efira, Vincent Cassel, Pierre Niney et un petit cameo, très drôle, de Catherine Deneuve. Rien à reprocher aux acteurs qui jouent parfaitement leur partition mais le film tourne rapidement à vide. Les 2h19 m’ont semblé bien longues.

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