La violoniste de Ferdinand von Saar

Walberg raconte à l’un de ses amis comment il fit la connaissance d’une jeune femme prénommée Ludovica. La première fois qu’il la croise, elle interprète un concert de musique classique avec ses deux sœurs à Vienne. Ludovica est la violoniste du trio. Quelques temps plus tard, il tombe sur elle par hasard dans la rue. La jeune femme se rend au mont-de-piété afin d’aider un ami en difficulté.

« La violoniste » est la troisième nouvelle de Ferdinand von Saar publiée par les éditions Bartillat. Les trois textes ont beaucoup de points communs à commencer par une narration basée sur des récits imbriqués. Comme dans « Histoire d’une enfant de Vienne », Ferdinand von Saar nous conte le destin tragique d’une jeune femme qui sera brisée par l’égoïsme d’un homme. Ludovica est une âme pure transportée, transcendée par son amour pour Alexis, qui prenait des cours de musique chez le père de l’héroïne. Ferdinand von Saar inscrit à nouveau son histoire dans une Vienne mélancolique et dont l’urbanisme est en pleine mutation  (au grand regret de l’auteur et de l’ami de Walberg, son double littéraire).

J’ai eu grand plaisir à retrouver la plume élégante, la subtilité dans l’évocation des affres de l’âme humaine, la nostalgie de Ferdinand von Saar qui nous offre à nouveau un portrait de femme déchirant.

Traduction Jacques Le Rider

Chârulata de Rabindranath Tagore

Bhupati est un homme riche mais il ne peut rester inactif. Son pays connaissant une certaine agitation politique, il décide alors de fonder un journal qui rapidement accapare ses journées. Sa jeune femme Chârulata est totalement délaissée mais comme elle a le goût des études, elle fait venir le cousin de son mari, qui est en troisième année de licence, pour lui donner des cours. Châru et Amal s’entendent à merveille, ils imaginent la création d’un splendide jardin qu’ils dessinent ensemble et bien d’autres fantaisies extravagantes. Ils ont surtout une passion commune pour la littérature. Ils décident d’écrire ensemble un journal destiné uniquement à eux-mêmes. Mais Amal a des ambitions et il envoie ses textes à des éditeurs qui le publient. Le jeune homme rencontre le succès et Châru a peur que cela brise leur précieuse intimité. « Châru comprit clairement qu’Amal courait un terrible danger maintenant qu’il était passé sous la coupe du plus grand nombre, en dehors de sa protection. Il ne la considérait plus comme son égale. Il l’avait dépassée. A présent, il était devenu un écrivain et elle n’était qu’une simple lectrice. Il allait falloir intervenir. » 

« Chârulata » est un court roman signé du prix Nobel de littérature Rabindranath Tagore. Le thème central est universel, c’est celui du triangle amoureux. Les sentiments de Châru vont s’avérer plus forts pour Amal que ce qu’elle imaginait. La psychologie des trois personnages est très détaillée par Tagore. Châru a été mariée très jeune, totalement seule, elle trouve en Amal un alter-ego qui lui accorde son attention. Le jeune homme se révèle égoïste, capricieux, imbu de lui-même. Bhupati est un mari naïf qui pense qu’il n’est pas nécessaire de conquérir jour après jour sa jeune épouse. L’intrigue mêle jalousie, incompréhension, malentendus et elle se résoudra dans les larmes. 

J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir la plume de Rabindranath Tagore, dont la précision dans les descriptions des sentiments, qui donnent de l’épaisseur à ses personnages, est remarquable. 

Traduction France Bhattacharya

Du fil à retordre de Michelle Gallen

« Une fille aussi pauvre que Maeve n’était pas en mesure d’avoir des ambitions. Et c’est pour ça qu’elle les chérissait tant. » Été 1994, Maeve Murray n’a qu’une idée en tête : quitter ce bled pourri d’Irlande du Nord où elle a grandi. Elle attend fébrilement les résultats de l’examen qui lui permettra, si ses notes sont suffisantes, de rejoindre une université londonienne. Même si l’idée de vivre entourer d’anglais n’enchante pas totalement Maeve la catholique. En attendant, elle va travailler, avec ses amies Caroline et Aoife, dans l’usine de confection de chemise de la ville durant l’été. Une chance étant donné le taux de chômage, qui va lui permettre d’économiser pour son prochain déménagement. Un premier pas vers l’indépendance. 

J’avais beaucoup aimé le premier roman de Michelle Gallen « Ce que Majella n’aimait pas » et je suis sortie totalement enthousiasmée de « Du fil à retordre ».  Comme dans son premier roman, l’autrice a créé une formidable héroïne, irrésistiblement attachante. Maeve est issue d’un milieu très populaire, ses deux parents ne travaillent pas et la vie de famille est plombée par un terrible deuil. Elle a compris que seules les études pouvaient lui permettre de sauver sa peau. 

Autre point fort du roman, la capacité de Michelle Gallen a nous faire sentir le poids et la complexité de la situation politique et sociale en Irlande du Nord. Les Troubles sont toujours très présents, les accords de Paix sont en discussion. Maeve travaille dans une usine mixte, l’un des rares endroits de la ville où se côtoient quotidiennement catholiques et protestants. Au sein de l’usine, Michelle Gallen nous offre de très beaux personnages (notamment la formidable et audacieuse Fidelma) que leur religion opposent mais qui peuvent aussi former une communauté d’ouvriers subissant les mêmes conditions de travail, les mêmes difficultés à payer les loyers, la nourriture et la même peur à la vue de l’armée anglaise. Tout cela est très finement amené, construit avec toujours beaucoup d’humour, de verve, de causticité (on pourrait être dans « The van » de Roddy Doyle). 

« Du fil à retordre » est une fresque sociale, le récit d’une émancipation, teinté à la fois de désespoir et d’un humour bravache. Un régal absolu ! 

Traduction Carine Chichereau

Eclaircie de Carys Davies

1843, Ivar vit seul avec ses bêtes sur une île battue par le vent au large de l’Écosse. Le climat y est extrêmement rude, la lumière peu présente. Ceux qui vivaient avec lui ont peu à peu quitté l’île. Un jour, il trouve au pied d’une falaise un homme nu et inconscient. Il le ramène dans sa maison pour le soigner et le sauver. Malgré la différence de langue, les deux hommes arrivent progressivement à communiquer et à se comprendre. L’inconnu se nomme John Ferguson, il est pasteur. Ce qu’Ivar ne sait pas, c’est qu’il est là pour l’expulser de son île qui va être transformée en hectares de pâturage, pour des moutons, par un propriétaire terrien. Ivar ne sait pas non plus que la femme de John, Mary, attend son retour avec impatience.

Le très beau roman de Carys Davies s’appuie sur deux moments de l’histoire écossaise. Le premier est le schisme de l’Église presbytérienne en raison des pouvoirs des propriétaires terriens sur celle-ci. John Ferguson fait partie de ceux qui vont créer la nouvelle Église libre d’Écosse. Mais l’argent lui manque pour établir sa paroisse d’où son accord pour la mission d’évacuation d’Ivar. Cela s’inscrit dans les Clearances qui eurent lieu aux 18e et 19e siècles dans les Lowlands puis les Highlands. Il s’agit d’expulsions forcées de paysans pauvres par des propriétaires terriens afin de privilégier les cultures et l’élevage. Ces déplacements de population eurent des effets catastrophiques comme l’explique l’autrice à la fin du livre, et dans le cas d’Ivar, il est également question de la disparition de sa langue (l’un des enjeux du roman).

Outre cet intéressant aspect historique, « Éclaircie » est le récit de trois solitudes qui vont se croiser de façon improbable. Ivar vit seul depuis longtemps et cela le satisfaisait jusqu’à l’arrivée de John. Il prend conscience de son isolement, de son besoin d’autrui qu’avec lui. John Ferguson est bien seul aussi depuis qu’il a décidé de quitter l’Église presbytérienne d’Écosse et il ne veut accepter l’aide de personne. Mary Ferguson n’épouse son mari qu’à 43 ans, elle n’aura pas d’enfant et sera toujours à part dans la société. Leur rencontre changera leur destin jusque là tout tracé.

Carys Davies nous transporte dans cette île grâce à ses descriptions précises et évocatrices. Sa langue, économe, rend parfaitement compte des émotions, des ressentis de ses trois personnages. Une nouvelle voix britannique à découvrir absolument dans cette rentrée littéraire.

Traduction David Fauquemberg

Fleurs de Marco Martella

« Fleurs » est un recueil de huit textes dont les titres traduisent son thème central : narcisses, églantines, pensées, campanules, etc… Ils sont la retranscription de conversations que Marco Martella aurait eu dans l’intention d’en faire des articles pour sa revue « Jardins ». L’auteur s’y amuse à brouiller la frontière entre le réel et la fiction. On y croise en effet des personnes bien réelles comme Pia Petersen, Enrique Vila-Matas, Emily Dickinson, William Morris ou le paysagiste Gilles Clément. Mais petit à petit, le doute s’installe. Maxwell Hutchinson, qui travailla dans le jardin des ateliers de la Morris & Co à Merton, a-t-il réellement existé ? Au chapitre suivant, le doute n’est plus permis puisque Marco Martella discute avec malice de son hétéronyme Teodor Ceric avec Vila-Matas ! Le lecteur se questionne alors avec délice : qu’y-a-t-il de vrai dans ce recueil ?

Mais peu importe de le savoir au fond puisque l’auteur célèbre dans ces pages à la fois la littérature et la beauté des jardins, de la nature. L’auteur rêve d’un  nouvel homme qui comprendrait qu’il n’est que le gardien de cette terre et non son propriétaire. « Quoi qu’il en soit, le vieux rêve de retrouver une place dans le monde nous accompagne toujours. Si l’arrogance nous a chassés du paradis ce n’est que grâce à l’humble sagesse du jardinier, à sa passion pour les choses de la terre, qu’on pourra en retrouver le chemin. » Il est beaucoup question dans « Fleurs » de jardins merveilleux comme des paradis perdus, c’est le cas de celui de l’oncle de Pia Petersen à  Ringkøbing resté presque à l’état sauvage, celui de Casteldaccia en Sicile foisonnant de plantes variées. Et c’est surtout le cas de celui qui est présenté dans le superbe dernier texte où Marco Martella évoque le jardin où sa mère se rendait chaque été en Sicile. Des souvenirs qui jaillissent de manière proustienne par le truchement du parfum des fleurs d’un citronnier, joliment nommées zagare en italien.

« Fleurs » est un recueil qui se déguste, qui amuse autant qu’il émeut et qui nous rappelle qu’il faut s’émerveiller devant la beauté de la nature qui nous entoure.

Gioconda de Nikos Kokantzis

Adolescent à Thessalonique au moment de l’occupation allemande, Nikos connait ses premiers émois amoureux. Il succombe au charme de sa voisine Gioconda, d’un an sa cadette. Alors que l’atmosphère devient de plus en plus irrespirable et que les persécutions contre les juifs s’intensifient, les deux adolescents vivent une histoire d’amour incandescente et découvrent la sensualité.

« Les gens meurent seulement quand nous les oublions. Gioconda doit rester vivante aussi longtemps que je vivrai – et plus longtemps que moi. Vivante ainsi que je l’ai connue, s’épanouissant sous mes regards, mes caresses, mes baisers. » Voilà le but de ce court texte autobiographique, unique écrit de Nikos Kokantzis qui rend hommage à son premier amour. Dès le départ, nous avons connaissance du destin tragique de Gioconda, ce qui rend le texte encore plus vibrant et poignant. Gioconda et Nikos vivent leurs étreintes comme si elles étaient les dernières, en cachette et dans l’urgence. La pureté et la beauté de leur amour ont marqué à jamais le jeune homme, habité pour toujours par une tristesse infinie et par la grâce de Gioconda.

Le texte de Nikos Kokantzis est bouleversant, sensible, sensuel et profondément douloureux. Le plus bel hommage que l’auteur pouvait rendre à la douce Gioconda.

Traduction Michel Volkovitch

Le jardin sur la mer de Mercè Rodoreda

« Moi, j’ai toujours aimé connaître tout ce qui arrive aux gens, bien que je ne sois pas bachelier… C’est parce que j’aime les gens. Et les propriétaires de cette maison, je les aimais. Mais cela fait si longtemps, de tout ça, dont je ne me souviens plus. Je suis trop vieux et parfois je m’embrouille malgré moi… » Un vieux jardinier se remémore les six étés où il travailla pour Mme Rosamaria et M. Francesc dans leur superbe villa surplombant la mer. Le jeune couple, issu de la bourgeoisie barcelonaise, arrive chaque année à la belle saison avec des amis comme le peintre Feliu qui ne peint que la mer. De somptueuses fêtes sont organisées dans le luxuriant jardin, des feux d’artifice, un lion et une guenon feront également partie des divertissements qui se déroule sous le regard amusé et indulgent du jardinier. Mais l’insouciance prendra fin avec l’arrivée d’un nouveau voisin qui fait construire une villa pour sa fille et son mari.

Je découvre Mercè Rodoreda grâce au « Jardin sur la mer » pour la première fois traduit en français. L’histoire du couple est vu au travers des yeux bienveillants de leur jardinier. Cet homme modeste, amoureux de la nature, est aussi attentif aux plantes qu’aux personnes qui vivent dans la villa. Il observe avec finesse, écoute avec patience et se dessine, grâce à lui, par petites touches la vie des autres. Les premiers étés ont un côté fitzgeraldien mais les bulles de champagne vont bientôt laisser la place à un drame poignant. Le passé des personnages jette une ombre sur ce lieu idyllique et le charme se rompt. Le récit du vieux jardinier, personnage infiniment touchant, se fait mélancolique et emprunt de désenchantement. Mercé Rodoreda décrit avec finesse et subtilité les sentiments, les actions de ses personnages, comme leurs secrets les plus enfouis.

Délicat, nostalgique, poétique, « Le jardin sur la mer » est un splendide roman qui me donne envie de découvrir toute l’œuvre de Mercé Rodoreda.

Traduction Edmond Raillard

Juno et Legs de Karl Geary

Dublin, années 80, Juno a 12 ans et c’est une boule de rage. Son père, alcoolique, comate toute la journée dans leur logement. Sa mère doit travailler sans arrêt pour que la famille ne sombre pas totalement. Elle est couturière mais ses clientes ne lui versent que de très modestes acomptes. A l’école, rien ne va non plus : Juno ne se laisse pas faire, elle se bagarre s’il le faut, se rebelle contre la sœur et le père de son école catholique. Ces deux-là infligent humiliation, punitions physiques à ceux qui sortent du rang. C’est le cas de Sean, un garçon timide et frêle qui se voit affliger de rubans roses devant toute la classe. Juno vole à son secours et nait alors une indéfectible amitié avec Sean qu’elle rebaptise Legs.

« Juno et Legs » (en vo « Juno loves Legs ») est le deuxième roman de Karl Geary et Juno est la narratrice de cette histoire déchirante. Un drame terrible va séparer les deux enfants qui ne se retrouveront que des années plus tard. La misère sociale, le peu d’entraide dans le quartier où vit Juno sont frappants, la brutalité et l’autoritarisme des religieux l’est encore plus. Comment deux enfants comme Juno et Legs peuvent-ils se construire dans un tel environnement ? Nous assistons à la chute de ces deux écorchés vifs. Le tableau est très noir mais Karl Geary ne tombe pas non plus dans le mélo larmoyant grâce à son écriture vive, rythmée et à la lumière que constitue l’amitié de Juno et Legs. Des images très fortes restent à l’esprit lorsque l’on referme ce roman comme celle de deux gamins qui sèchent l’école pour se balader dans les rues de Dublin, une bouffée de liberté dans un quotidien gris et violent.

« Juno et Legs » est un splendide et tragique roman de formation, aux personnages incroyablement incarnés que l’on aimerait sauver. « Vera », le premier roman de Karl Geary publié en 2017, est dans ma pal, il devrait plus y rester bien longtemps !

Traduction Céline Leroy

L’année du jardinier de Karel Capek

Karel Capek, grand écrivain tchèque mort en 1938, nous propose un almanach du jardinier avec les tâches à réaliser selon les mois de l’année. Entre ces chroniques, il y a d’autres textes portant sur les semences, la pluie bienfaisante, les amateurs de cactus, les beautés de l’automne, etc… L’ouvrage est agrémenté de dessins humoristiques réalisés par le frère de l’auteur. L’ensemble est désopilant, Karel Capek épingle les manies des jardiniers comme celle de vouloir toujours ramasser le crottin de cheval même si la bienséance l’empêche. « Seul un blâmable respect humain empêche le jardinier d’aller ramasser dans les rues l’engrais qu’y déposent les chevaux ; mais chaque fois qu’il aperçoit sur le pavé un joli tas de crottin, il gémit sur ce gaspillage des dons de Dieu. » 

L’ouvrage date de 1929 mais si vous avez des jardiniers autour de vous, vous allez forcément reconnaître certaines de leurs habitudes ou travers. Il en ressort que la principale qualité d’un jardinier est la patience (l’attente est bien longue durant les mois d’hiver), que l’on reconnaît l’arrivée du printemps au nombre de catalogues de jardineries dans sa boite aux lettres, qu’il ne faut jamais accepté de s’occuper du jardin d’un ami quand il est en vacances sous peine de crouler sous les taches et qu’il vaut mieux éviter de planter des légumes si on ne veut pas se retrouver à manger 120 radis par jour ! Ces chroniques sont vraiment savoureuses et cocasses mais Karel Capek y glisse également des réflexions plus profondes sur le temps qui passe notamment. « Le jardin n’est jamais fini. En ce sens, le jardin ressemble au monde et à toutes les entreprises humaines. »

« L’année du jardinier » est un texte qui peut se picorer tout au long des saisons pour suivre le parcours difficile et laborieux des jardiniers. Bien évidemment il n’est pas réservé qu’aux accros du jardin et j’ai pris beaucoup de plaisir à le lire alors que je n’ai pas spécialement la main verte !

Traduction Joseph Gagnaire

Fils prodigues de Colin Barrett

A Ballina, dans la comté de Mayo, les frères Ferdia ont un compte à régler avec Cillian English. Ce dernier a perdu dans un turlough, un lac éphémère, 30 000 € de cocaïne. Pour l’obliger à payer son dû, les deux hommes décident de kidnapper le petit frère de Cillian, Doll. Ils trouvent une planque dans la maison isolée de Dev Hendrick, un  jeune colosse réservé et dépressif. Nicky Hennigan, la petite amie de Doll, va tenter de le sortir de là.

Après un recueil de nouvelles, « Jeunes loups », datant de 2014 et que je n’ai pas encore lu, Colin Barrett publie son très réussi premier roman. Il nous plonge dans le quotidien sclérosé de jeunes gens de la classe ouvrière. La pauvreté, le chômage mènent à la drogue et à la petite délinquance. C’est le cas de Cillian qui trafique dans le petit pavillon de son petite amie. Les frères Ferdia sont les hommes de main d’un plus gros trafiquant. La brutalité répond à la misère sociale et à l’ennui. Face à ce schéma tout tracé, dans une petite ville où l’évènement majeur de l’année est le festival du saumon, deux personnages sortent du lot. Dev est un garçon hypersensible, peu gâté par la vie, rongé par des crises d’angoisse et dont l’humanité illumine le roman. Nicky, quant à elle, ne semble pas à sa place dans cette ville étriquée qui offre peu de possibilités. Elle est intelligente, responsable, réfléchie et on se demande ce qu’elle fait avec Doll, parfaitement insouciant et en admiration devant son frère dealer.

« Fils prodigues » est un roman social maitrisé aux personnages cabossés et touchants. Colin Barrett sait mélanger la noirceur à l’humour dans une langue inventive. Encore un auteur irlandais à suivre.

Traduction Charles Bonnot