
Une colline couvertes de bicoques. Sur une terrasse écrasée de soleil avec vue plongeante sur Copacabana au loin, de jeunes hommes, en sueur et torse nu, discutent le revolver dans une main et le joint dans l’autre. Nous sommes au Morro de Sinuca, l’une des favelas de Rio de Janeiro. Acerola et Laranjinha y ont grandi. Ils ont dix-huit ans. Ce ne sont pas des gangsters, juste deux jeunes débrouillards (par la force des choses), toujours entre combines et petits boulots pour survivre au jour le jour. Le quartier est tenu par Hibou, le cousin de Laranjinha. Il est à la tête d’une petite armée qui protège son business de dealer, et n’hésite pas pour cela à faire usage d’armes à feu contre la police (qui ne s’aventure guère) ou les bandes rivales. Les choses se compliquent et la violence monte d’un cran lorsqu’un des lieutenants de Hibou veut devenir calife à la place du calife. L’affrontement entre les deux hommes va influer sur les relations entre Acerola et Laranjinha, contraints de choisir leur camp.
La paternité est l’un des thèmes majeurs du film. Laranjinha, qui n’a pas connu son père mais sait qu’il est en vie, est à sa recherche. Aidé par Acerola, il finit par le retrouver. Tout juste sorti de prison, son père est d’abord méfiant et finit par se rapprocher de son fils. De son côté Acerola est un très jeune papa mais, contrairement à nombre de pères brésiliens des quartiers pauvres, il n’a pas abandonné son fils. Il l’élève tant bien que mal, tâche difficile pour un garçon si jeune qui peine à s’assumer lui-même. Comme Laranjinha, il n’a pas connu son père, mort assassiné. La vérité sur ce meurtre va constituer une autre pomme de discorde entre les amis, un motif de plus de les séparer.
Pauvreté, drogue, trafics, violence, mères seules, le quotidien est âpre pour les habitants de la favela. Malgré cette présence permanente de la mort, une grande vitalité déborde de nombreuses scènes du film : sorties à la plage, fêtes dans la favela, drague, rires, vannes… comme autant de soupapes au désespoir, autant d’occasions de célébrer cette joie enracinée dans la culture brésilienne, de surmonter un temps la misère et le désespoir.
Les deux jeunes acteurs, Douglas Silva et Darlan Cunha (formidables !), jouaient déjà dans la série du même nom, dont ce film est une sorte de conclusion. Gamins au début, ont les a vus grandir au fil des épisodes et des saisons. Issus eux-mêmes de la favela, comme la plupart des acteurs, ils apportent fraîcheur et justesse à leurs personnages. Avant la série, ils ont joué également dans « La cité de Dieu », réalisé par Fernando Meirelles, ici l’un des producteurs de « La cité des hommes ».
Dans les deux films, tournés caméra à l’épaule en décors naturels, la véritable star semble bien être la favela elle-même. Le petit peuple de Rio a construit là, de bric et de broc, une cité ramassée sur elle-même, immense, labyrinthique et bouillonnante, aux ruelles tortueuses et étroites qui sont autant de coupe-gorge, mais aussi un refuge pour qui en maîtrise la géographie. Tapie sur le dos des collines qui dominent la ville des riches, comme prête à fondre sur elle, la cité des pauvres semble faire partie du décor. Mais sous l’apparent fatalisme qui accable ses habitants point une grande énergie (l’énergie du désespoir ?). Attention, la cité des hommes n’est qu’assoupie.