
Le deuxième long-métrage de Samuel Benchétrit est composé de quatre sketchs et un épilogue. Le film s’ouvre sur une cafétéria de la banlieue parisienne que l’on retrouvera dans chacun des tableaux. Samuel Benchétrit a choisi le noir et blanc, à l’ancienne pour nous narrer les aventures de ses gangsters ratés.
Le premier sketch nous présente un braqueur (Edouard Baer) qui tente de se faire la caisse de la fameuse cafétéria. On le découvre sortant de sa mini-austin avec un bas sur le visage et se cognant la tête sur un poteau ! Le casse commence très mal et se poursuivra dans le même esprit. Le braqueur n’a pas de flingue et n’impressionne pas du tout la serveuse (Anna Mouglalis). Avant de se faire embaucher, elle était venue à la cafétéria pour y faire la même chose.
Le deuxième sketch parle du kidnapping d’une adolescente dont le père richissime devra payer une rançon. Les deux kidnappeurs (Bouli Lanners et Serge Larivière) ne sont pas des professionnels et cela se sent tout de suite. Ils ont le plus grand mal à descendre la jeune femme par une fenêtre et doivent laisser plusieurs messages au père pour lui expliquer ce qu’ils veulent. On découvre en fait deux braves hommes paumés et avec de gros soucis financiers. Ils couvent l’adolescente kidnappée qui a des tendances suicidaires. Bien entendu, le père n’apportera pas de rançon sur le parking de la cafétéria.
Le troisième sketch est directement inspiré du film « Coffee and cigarettes » de Jim Jarmusch. Le cinéaste américain avait également composé son film de plusieurs sketchs dont l’un d’eux voyait s’affronter Tom Waits et Iggy Pop. Benchétrit a en quelque sorte traduit Jarmusch en opposant Alain Bashung et Arno. Les deux chanteurs en tournée font un arrêt dans la cafétéria et prennent un café ensemble. Ils en profitent pour régler de vieux comptes puisque Arno explique que Bashung lui a piqué « Oh Gaby » et Bashung que Arno était à l’époque parti avec sa femme. Une fois l’ardoise effacée, les deux chanteurs parlent du présent en se vantant de vendre plus de disques, de remplir plus de salles de concert que l’autre.
Le quatrième sketch fait se retrouver une bande de casseurs du 3ème âge (Jean Rochefort, Jean-Pierre Kalfon, Laurent Terzieff, Venantino Venantini et Roger Dumas). L’un d’eux est à l’hôpital et les autres viennent le chercher pour lui éviter d’y mourir. Heureusement il se réveille dans la voiture et explique aux autres qu’il ne souffre que de calculs rénaux. Les cinq truands décident de retourner à leur planque pour évoquer le passé mais le monde a bien changé : la planque est devenue notre cafétéria ! Ils s’y arrêtent et se rendent vite compte que chacun s’ennuie dans son coin. Ils sont tous en manque de casse et décident de braquer leur banque fétiche. La banque n’est plus là et a laissé sa place à un Mac Donald. Mais un McDo ça se braque…
« J’ai toujours rêvé d’être un gangster » est rempli des références cinéphiliques de Samuel Benchétrit. On a déjà évoqué Jarmusch, mais on pense aussi à « Pulp Fiction » pour la construction du film, à Aki Kaurismäki pour le côté dépressif des personnages ou au cinéma muet dans une séquence. Ce sont tous des losers sympathiques pour qui ne rien ne marche jamais.
L’humour est très présent dans le film. C’est à la fois un comique de situation : le braqueur du premier sketch enferme ses clefs à l’intérieur de sa voiture ou poursuit un cuisinier avec sa voiture. Les dialogues sont également très drôles. Dans le sketch du kidnapping, l’un des deux hommes explique que son chien s’appelait Marley (le kidnappeur en question est fan de Bob Marley) et qu’il avait été renversé par une voiture. Le deuxième lui dit que s’il lui avait mis une laisse, ça ne serait pas arrivé et l’autre lui répond « Je ne lui ai pas donné le nom d’un homme libre pour lui mettre une laisse ! »
Les différents sketchs sont tous réussis notamment grâce aux exceptionnelles performances des acteurs. « J’ai toujours rêvé d’être un gangster » est tout simplement un régal.