Louise-Michel de Gustave Kervern et Benoît Delépine

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Louise (Yolande Moreau) est ouvrière dans une petite manufacture en Picardie. Pour garder leur usine gagnante dans la fameuse rude concurrence internationale, Louise et ses collègues ont déjà « su accepter courageusement » (dixit le DRH) la semaine de 45 heures et « su refuser » toute augmentation de salaire. Reconnaissant, le patron leur offre une nouvelle blouse de travail. Pourtant, en arrivant au travail un matin, les ouvrières trouvent les locaux vides. L’usine est sauvagement délocalisée. Envolés, l’outil de travail, l’emploi et le salaire ! Que faire ? Louise, d’habitude en retrait, soumet son idée : tuer le patron. La proposition est adoptée à l’unanimité.

Louise se charge de trouver le tueur. Elle le débusque (de quelle façon !) en la personne de Michel (Bouli Lanners), minable consultant en sécurité, complètement fauché, installé dans un mobile home. Il accepte immédiatement le contrat, payé avec les indemnités de licenciement des ouvrières. Voilà nos deux héros embarqués dans un road-movie déjanté qui les mènera de Picardie à l’île de Jersey, en passant par Bruxelles, à la poursuite du patron voyou.

Les personnages principaux semblent débarqués d’une autre planète. Louise, apathique mais obstinée, a l’air de porter la misère du monde sur ses épaules. Michel est poussé par la nécessité à faire un boulot pour lequel il n’a aucune compétence (il est incapable d’abattre un chien à un mètre), même s’il a connu les tranchées de 14-18 (!), et même si « Kennedy, c’est lui (mais il ne faut pas trop le dire) ». Deux paumés à face lunaire en quête d’une revanche sur le monde et sur leur vie, d’autant plus déterminés qu’ils n’ont rien à perdre.

Yolande Moreau et Bouli Lanners sont excellents. Ils sont accompagnés de quelques guest-stars réjouissantes : Benoît Poelvoorde (ingénieur fou reconstituant sur maquette les attentats du World Trade Center), Mathieu Kassovitz (également producteur du film), Philippe Katerine, Siné, et Denis Robert dans un rôle qui est un savoureux clin d’œil aux déboires du journaliste qui dérange les milieux financiers. Apparaissent également les tronches récurrentes de Groland : Gustave Kervern (co-réalisateur du film), Francis Kuntz, Christophe Salengro (le président de Groland).

On retrouve en effet dans « Louise-Michel » le ton satirique de l’émission de Canal +, une parodie de journalisme, potache et libertaire, qui ne respecte rien ni personne : la maladie, les animaux, les enfants, les vieux, le 11 septembre, la politique, le pouvoir…, et qui délivre avec son humour féroce une analyse fine et subversive du monde qui nous entoure.

Car la morale de l’histoire pourrait être : la revanche des faibles sur les forts est juste (bien qu’illégale). On ne peut indéfiniment exploiter son prochain sans retour de bâton. Votre patron vous ôte du jour au lendemain votre subsistance pour accroître la sienne : éliminez-le, il le mérite. Ce type de message passe beaucoup mieux enrobé d’une bonne dose d’humour. C’est sans doute pour cela que le film a bénéficié d’une étonnante promotion, dans les journaux télévisés en particulier. Ou bien est-ce parce que le sujet colle particulièrement bien à l’actualité sociale et économique ? Quoi qu’il en soit, j’espère que financiers, grands patrons et autres « décideurs » seront allés voir « Louise-Michel » (ça m’étonnerait). Histoire d’être prévenus…

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