Il ne doit plus jamais rien m’arriver de Mathieu Persan

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« Ça a commencé dans son bas-ventre. Une multiplication de cellules qui semblait anarchique. De mitose en mitose, une forme a commencé à se dessiner. Une grosse protubérance, puis de petites excroissances sont apparues et un battement rapide s’est fait entendre. C’était il y a bien longtemps et cet amas de cellules, c’était moi. Flottant dans l’utérus de maman, au chaud, grandissant en paix, protégé du monde par le liquide amniotique.

Ça a commencé au même endroit, presque quarante ans plus tard. Une multiplication rapide de cellules, incontrôlée. De semaine en semaine, aucune forme précise ne s’est dessinée et aucun battement ne s’est fait entendre. Seule une masse, ferme et insensible, semblait passer sous la peau de maman. A l’endroit même où la vie avait éclos, maman couvait la mort. »

Mathieu Persan, formidable illustrateur notamment pour les éditions de la Table Ronde, a choisi d’écrire son premier roman sur sa mère et le décès de celle-ci à l’âge de 68 ans d’un carcinome péritonéal. Son récit autobiographique porte également sur leur vie de famille à Vincennes. Mathieu Persan est le benjamin de la fratrie. Les deux parents sont profs de maths et ils ouvrent joyeusement leur porte aux amis de leur trois enfants et prête assistance à ceux qui ont besoin d’un coup de pouce scolaire. La famille est unie, heureuse. Il faut dire que la mère a décidé, le jour de naissance de son premier enfant, de se dévouer entièrement à sa progéniture, puis à ses petits-enfants. Discrète et effacée, elle était entièrement tournée vers sa famille. Cela explique l’envie de Mathieu Persan d’écrire un livre autour d’elle, lui rendant un bel hommage, lumineux et profondément touchant. Son texte est pudique, rempli de tendresse mais il n’est pas plombant car Mathieu Persan sait relever la drôlerie des moments tragiques (par exemple, la scène du retrait de l’assurance vie de sa mère dès le jour de sa mort ou les joints fermant temporairement la tombe qui couinent durant la cérémonie).

« Il ne doit plus jamais rien m’arriver » émeut autant qu’il fait sourire. Mathieu Persan ne pouvait écrire plus beau et émouvant portrait de sa mère.

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