
Dans les années 70, la famille Couston est composée de six enfants pour qui la beauté des êtres et des choses est une source de joie. En dehors de l’école, de la lecture de livres ramenés par leur père de son travail chez un primeur, les occupations favorites des enfants sont les suivantes : « (…) observation du ciel, imitation des oiseaux navigant aux instruments, promenades dans les collines, discussions avec papa dans l’atelier, visites chez le fermier Bertin, développement d’un certain art de la fainéantise. » L’équilibre harmonieux de la famille va être bientôt bouleversé par le cancer de la mère et son inéluctable fin. Le chagrin profond privera-t-il la famille de toute lumière ?
« Presque toute notre pensée s’expliquait par la joie. La malchance, les éraflures aux genoux, les effondrements, certains ciels de catastrophe, les portes refermées sur la nuit noire, rien de tout ça ne venait à bout de notre émerveillement devant le spectacle d’un renard croisant notre chemin dans le sentier, de la courbe harmonieuse d’une colline ou d’une étoile placée à la verticale de la maison. » Cette phrase me semble merveilleusement bien définir le travail littéraire de Jean-François Beauchemin. Dans « Le roitelet », qui fait partie de mes livres préférés de 2023, et dans « Le vent léger », l’auteur québecois aborde des thèmes difficiles et à priori plombants. Mais l’impression donnée par ses livres est la lumière, la joie face à la beauté de la nature et aux petites choses du quotidien. « Le vent léger » m’a fait penser au livre de Mathieu Persan, « Il ne doit plus jamais rien m’arriver ». Les deux textes évoquent la disparition d’une mère mais tous les deux se révèlent tendres et capables de trouver la lumière dans le deuil et le chagrin. Le chaos du monde s’entremêle chez Jean-François Beauchemin à celui de la famille Couston, les grands et les petits malheurs se mélangent sans que l’avenir ne semble s’assombrir. Cela pourrait être mièvre, un trop plein de sentiments pourrait noyer le lecteur. Mais, ce serait sans compter sur la beauté, la poésie infinie de l’écriture de l’auteur qui m’a absolument enchantée.
En commençant la lecture du « Vent léger », je craignais que la magie du « Roitelet » n’opère plus. Mais Jean-François Beauchemin est un écrivain formidablement talentueux et ses textes sont touchés par la grâce.
Je n’ai rien lu de cet auteur, mais ce que tu rapportes sur la lumière émanant de ses oeuvres m’interpelle particulièrement.