« La femme » est venue s’isoler dans une maison à la montagne pour écrire. Le réseau est aléatoire, elle ne peut communiquer avec personne. Cherchant l’inspiration, elle écrit chaque jour à la personne qu’elle aime. Elle revient sur la naissance de leur histoire, le désir grandissant qui les unit. Elle profite également des paysages de montagne en été : le vent dans les arbres, le chant des oiseaux, une mystérieuse rivière. « J’entends, même au vent, le bruit de ce torrent que je ne parviens pas à localiser. J’ai marché dans la forêt plusieurs fois depuis mon arrivée, en pensant le trouver. Mais sitôt que je m’approche du son des flots que j’entends s’écouler, sitôt que je pense avoir localisé son origine, sitôt le bruit s’éloigne. Si c’est une rivière, je ne sais où elle coule, ni où elle prend sa source. Et le son se déplace dès que je m’en rapproche. C’est à n’y rien comprendre. » Cette rivière ensevelie par les hommes a justement des choses à raconter. Elle se souvient de Clara et Meni, deux jeunes filles qui vivaient dans ses montagnes dans les années 30 et tombèrent amoureuses.
« Le chant de la rivière » est le troisième livre de Wendy Delorme que je lis et sa plume m’enchante toujours autant. La voix de la narratrice et de la rivière se font écho durant tout le roman, elles s’entrecroisent pour finir par se rejoindre. L’histoire de Clara et de Meni prend de plus en plus de place et l’on sent une menace planée sur elles et qui se précise au fil du récit. La question de la légitimité d’une telle histoire d’amour est malheureusement toujours d’actualité.
L’écriture de Wendy Delorme est très sensorielle, elle rend parfaitement compte de la nature, des éléments qui parfois se déchainent. Dans ce coin des Alpes, près de la frontière italienne, il faut apprendre à connaître, à respecter la nature pour pouvoir y vivre. La rivière a vu son cour dévié, enfermé dans des tuyaux en plastique mais elle reste indomptée et rejaillit chaque été. Toute la poésie de Wendy Delorme est dans ses descriptions de cet environnement encore sauvage et préservé.
Dans « Le chant de la rivière » se croisent deux histoires d’amour hors normes, fiévreuses et lumineuses. S’ajoute à cela une ode merveilleuse à la nature servie par la plume évocatrice de Wendy Delorme.
