Eté 1986 à Thetford Mines, Steve Dubois passe son temps en compagnie de son meilleur ami Charlélie Poulin. Les deux garçons se construisent des cabanes, lisent des Tintin, se baladent à vélo dans cet étrange paysage qui les entoure. A côté des forêts se déploient des terrils, des tumulus d’amiante qui est exploitée dans les usines des alentours. Elles font vivre la ville, le père brutal de Steve y travaille, et bouche en même temps l’horizon. Cet été là ne sera pourtant pas seulement idyllique pour Steve. Comme un mauvais présage, la navette spatiale Challenger explose au décollage. Et un évènement plus dramatique encore va venir bouleverser le garçon. On le retrouve cinq ans après alors qu’il a 15 ans et qu’il est hanté par l’été 1986.
« Je me nourris du bon feu, j’éteins le mauvais. » Cette devise de François Ier est mise en exergue du premier roman de Sébastien Dulude et chaque partie de la phrase illustre une période de la vie de Steve. La première partie du livre est écrite à l’imparfait et inscrit l’amitié des deux garçons dans un passé lumineux et heureux. Loin de la dure réalité sociale de leur ville, du monde des adultes qui ne sont pas à la hauteur, ces deux-là se construisent une bulle où leur amitié les protège. Sébastien Dulude rend parfaitement la force du lien qui les unit, l’insouciance qui les accompagne dans leurs escapades. La deuxième partie est au présent et laisse entrevoir la fin d’un monde. On retrouve Steve au bord du gouffre, sur le fil en permanence. L’écriture de Sébastien Dulude est extrêmement sensorielle, sensible et poétique. Il parle avec justesse aussi bien du bonheur indicible de trouver un ami que du mal-être qui ronge. Steve est un personnage pour lequel j’ai ressenti beaucoup d’empathie et qui m’a infiniment touchée.
« Amiante » est un poignant roman d’apprentissage dont la langue marque par sa beauté et sa poésie.
