« C’est une chose étrange que d’être quittée par son mari à vingt quatre ans. Ce n’est pas exactement la vie que j’avais imaginée. » Pourtant le couple formé par Patricia et Peter semblait avoir tout pour conquérir le New York des années 20. Travaillant tous les deux, participant à de nombreuses fêtes arrosées, s’accordant une certaine liberté à l’intérieur de leur mariage, ils semblaient incarnés la modernité des années folles. Mais les mœurs ne s’affranchissent pas de la morale de la même façon lorsque l’on est un homme ou une femme… Après avoir enduré les infidélités de Peter, Patricia se laisse tenter par le charme d’un autre homme et l’avoue à son mari. Après quatre ans de vie commune, leur mariage prend l’eau jusqu’au divorce qui déstabilise totalement Patricia.
Les éditions Honorine ont eu l’excellente idée de publier dans une nouvelle traduction le roman d’Ursula Parrott. Il fut publié en 1929, il remporta un énorme succès et il fut d’ailleurs adapté au cinéma par Robert Z. Leonard en 1930 (il est globalement fidèle au roman à l’exception de la fin et Norma Shearer est une parfaite incarnation de Patricia).
« Divorcée » évoque immanquablement l’univers de F. Scott Fitzgerald : l’élégance des années folles, le champagne et les cocktails qui coulent à flot, les bars clandestins de la Prohibition, la mauvaise absinthe, les crêpes Suzette de chez Dante’s, tout ce qui faisait l’attrait et l’atmosphère du jazz age à New York. Une insouciance, une légèreté qui s’accompagnent toujours de désabusement et d’amertume. Patricia a beaucoup de mal à se faire à son statut de femme divorcée. Elle se rendra rapidement compte que les femmes, qui se comportent avec frivolité et collectionnent les aventures, ne sont pas regardées de la même façon que les hommes. Même si l’entre-deux-guerres semble une période de libération des mœurs, les femmes se retrouvent dans une position ambigüe et inconfortable. Certaines ne sont pas enthousiasmées par l’émancipation des ex-femmes : « Qu’elles sont libres ? Tu parles ! Libres de payer toutes seules leur loyer, leurs vêtements, libres d’obéir à huit hommes au bureau plutôt qu’à un seul à la maison, oui ! » Ursula Parrott peint finement ce moment dans l’histoire des femmes en retraçant la quête d’indépendance et d’affirmation de soi de Patricia, personnage hautement touchant, complexe et digne.
La lecture de « Divorcée » fut une très belle découverte, le ton lucide et désenchanté à la fois, les dialogues plein d’esprit m’ont totalement enchantée.
Traduction Sarah Tardy

Coucou ! Merci pour cette petite chronique, d’une autrice et d’une maison d’édition indé que je ne connaissais pas du tout !