« L’entroubli » est le récit d’une enfance chaotique dans un quartier populaire au sein d’une famille de cinq enfants. La mère, aimante et excessive, se bat pour obtenir le meilleur pour ses fils malgré un mari alcoolique et des factures qui s’amoncellent. « Dettes, retards de paiement, créances, relances, échéances, préavis d’expulsion, en astérisques, en lignes, en italique, en gras, la menace depuis la paperasse s’infiltrait en elle jusqu’à lui déborder les yeux. Ces larmes-là, inhabituelles, étaient sans cri, puis sans mots. » Cette vie au sein d’une famille dysfonctionnelle n’est pas faite que de difficultés et de coups du sort, les enfants connaissent des moments de joie à l’occasion de vacances au bord de la mer ou chez des cousins, ou lorsque le narrateur découvre la puissance des mots.
« L’entroubli », titre magnifique emprunté à François Villon, est le premier roman autobiographique de Thibault Daelman. Son texte parle d’une enfance, d’une adolescence passées dans le bruit, la fureur, la pauvreté et une difficulté à trouver sa place dans le monde. Ce qui le sauve est une envie d’écrire dévorante et impérieuse. La nécessité à coucher son histoire sur le papier se sent à chaque phrase. La langue de Thibault Daelman est infiniment poétique, évocatrice et incandescente. « L’entroubli » est un texte intense, dure mais également d’une grande tendresse pour ses personnages.
Thibault Daelman est habité par les mots, par leur rythme et son texte, d’une grande lucidité, est saisissant. J’ai eu la chance de l’écouter lire « L’entroubli » à haute voix, ce qu’il fait avec sincérité et passion.
