
Le parlement de l’eau a été convoqué pour faire le constat de l’état dramatique de ses différentes entités : les glaciers fondent, les nappes phréatiques se vident, de nombreux cours d’eau sont pollués, asphyxiés, leurs trajets contraints par l’homme et parfois même enterrés comme la Rize dont le tracé et la source sont devenus mystérieux. Mais le parlement de l’eau s’est également réuni pour aider Esprit à écrire un roman. Celui-ci se déroule en 2050, une époque où l’eau vient à manquer et où une petite communauté tente de se rapprocher de la nature tout en la respectant.
Le dernier roman de Wendy Delorme est très dense avec ses trois niveaux de récit (le parlement de l’eau, le récit d’anticipation en 2050 et le quotidien d’Esprit qui l’écrit) qui s’entremêlent constamment et qui apportent beaucoup d’originalité à l’intrigue. « Le parlement de l’eau » est extrêmement documenté, comme en témoigne la bibliographie à la fin du livre et qui comporte des romans, des essais, des archives.
Wendy Delorme place son roman dans le bassin rhodanien (de Lyon jusqu’à Sète) et donne beaucoup de données géographiques, techniques qui sont parfois un peu ardues et peuvent ralentir le récit. L’autrice exprime, dans ce roman polyphonique, la nécessité de repenser notre rapport à l’eau et l’aménagement du territoire. Elle présente de nombreux éléments factuels montrant les aberrations de notre traitement de l’eau : pollution de l’eau, bétonisation excessive qui empêche l’eau de pénétrer dans le sol, élevage intensif, centrales nucléaires (5 sur le cours du Rhône), mégabassines.
Comme Rémi David dans « Prélude à la goutte d’eau », Wendy Delorme se questionne sur la possibilité d’une personnalité juridique donnée aux entités aquatiques. La politique française irrigue également son propos (dissolution de l’assemblée qui entraine une instabilité propice à la montée de l’extrême droite). Bien évidemment, tout est lié et tout peut influer sur notre façon de considérer notre environnement.
« Le parlement de l’eau » est un roman foisonnant (sans doute un peu trop) qui fait parler l’eau sous toutes ses formes et nous fait réfléchir sur l’usage que nous avons fait jusqu’à présent.