Le livre de Sève de Charlotte Monsarrat

« La Mère n’a pas de nom.

Parmi les innombrables femmes enfermées dans le Roncier, certaines pleurent, d’autres font semblant de croire qu’un jour elles pourront sortir. Peu font l’effort de se rappeler qu’au-delà des branches il y a un monde, celui où courent les animaux libres. La plupart ne rêvent plus et n’imaginent rien. Elles n’ont jamais connu autre chose. » Ces femmes sont là pour enfanter et leur progéniture leur est enlevée si elle s’avère de sexe masculin. Les filles resteront dans le Roncier pour, un jour, devenir mère à leur tour. La Mère entend un jour des voix, elle retient un mot, duramen, qu’elle décide de donner en prénom à sa fille. Plus tard, Duramen fera de même avec sa petite sœur qu’elle nommera Sève. Des prénoms, des identités qui leur donneront de la force et le courage de s’extirper du Roncier. Mais seule Sève y arrivera.

« Le livre de Sève » est un très joli conte écologique où l’homme n’est plus au sommet de la chaine alimentaire. La nature a repris ses droits. Mais quelques communautés ont survécu au cœur de la forêt. Sève va aller à leur rencontre et elle va notamment faire la connaissance d’un crieur, un passeur d’histoires qui va lui apprendre à écrire. La très poétique idée de Charlotte Monsarrat est que Sève va raconter son histoire en Ogham, une langue où les lettres ont la forme des arbres et de leurs branches. Le roman est un hommage aux mots, à la puissance de l’imagination. C’est également un texte sur la force du lien entre deux sœurs, entre Sève et Duramen qui veulent conquérir leur liberté.

Entre « La servante écarlate » et « Roman de Ronce et d’Epine », « Le livre de Sève » nous entraine dans un univers surprenant, organique, tour à tour féérique et inquiétant, aux côtés d’une héroïne formidable de courage et d’abnégation.

 

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