
J’ai pu lire huit livres durant le mois de mars avec des découvertes et des confirmations :
-« Le parlement de l’eau » de Wendy Delorme dont l’univers original ne cesse de me surprendre ;
-« La nuit retrouvée » qui allie les talents de Lola Lafon et Pénéloppe Bagieu pour nous raconter un secret familial ;
– « Les fantômes de Shearwater, ma deuxième lecture de Charlotte McConaghy confirme tout le bien que je pense de son travail ;
– « Les habitantes » qui m’a permis de découvrir la plume très poétique de Pauline Peyrade ;
– « Les années souterraines » d’Hugo Lindenberg que je retrouve après avoir adoré son premier roman « Un jour ce sera vide » ;
– « Le livre de Sève » où Charlotte Monsarrat nous propose une belle fable écologique sur la sororité ;
– « Kes » de Barry Hines, un roman social cruel et déchirant qui fut adapté par Ken Loach ;
– « La voie » de Gabriel Tallent que je n’ai pas fini au moment où j’écris ses mots mais je suis très curieuse de voir ce que l’écrivain américain a à nous proposer après le très puissant « My absolute Darling ».
Durant le mois de mars, je suis allée voir sept films dont voici mes préférés :

Scolarisée dans un établissement catholique depuis l’enfance, Ainara, 17 ans, annonce à sa famille qu’elle souhaite entamer une période de « discernement » en vue d’entrer dans les ordres. Les réactions sont très contrastées. Son père, assez absent, semble peu affecté et s’intéresse surtout au coût du projet. Sa grand-mère est très peinée de voir sa petite-fille rentrée dans un ordre cloîtré. Sa tante, athée, est farouchement opposée au projet et demande à sa nièce de différer sa décision pour découvrir un peu plus le monde. Elle pense que la perte de sa mère à un jeune âge a créé une vulnérabilité chez la jeune femme.
J’ai découvert Alauda Ruiz de Azuà grâce à sa formidable série « Querer » (diffusée sur Arte). Elle s’intéresse ici encore à la famille et à son équilibre précaire. Le choix d’Ainara modifie profondément les relations entre les différents personnages. Les conflits, les oppositions resurgissent et clivent les adultes. Le film ne juge pas Ainara et sa foi. Les raisons de son choix, alors qu’elle a des amis, sort, boit, ne sont pas le cœur de l’intrigue contrairement à ce que cela provoque sur ses proches. Alauda Ruiz de Azuà dissèque les liens familiaux avec beaucoup de nuance et de subtilité.

1910, Kentucky, le jeune Lionel a l’oreille absolue et est synesthésique. Devenu adulte, il quitte la ferme de ses parents pour le conservatoire de Boston. Un soir, au pub, il fait la connaissance d’un étudiant en composition, David, qui se passionne pour les chansons folkloriques. Coup de foudre entre les deux hommes qui sera contrarié par la première guerre mondiale.
« Le son des souvenirs » est un très beau mélo qui a l’élégance de ceux de Douglas Sirk. L’histoire d’amour entre Lionel et David est faite de pudeur, de délicatesse et bien évidemment de discrétion. Pas besoin d’effusion excessive pour sentir la profondeur de cet amour que Lionel ne pourra jamais oublier. Encore une fois Paul Mescal et Josh O’Connor sont parfaits et bouleversants. Le réalisateur nous offre également de très beaux moments lors des enregistrements de chansons traditionnelles dans le Maine imprégnées de mélancolie.
Et sinon:
- « Rue Malaga » de Maryam Touzani : Maria Angeles, 79 ans, coule des jours heureux rue Malaga à Tanger où elle vit depuis toujours. Tous les commerçants la connaissent et apprécient sa joie de vivre. La visite de sa fille Clara va tout chambouler puisqu’elle veut vendre l’appartement de sa mère. Elle a des difficultés financières depuis son divorce et elle souhaite que sa mère vive avec elle à Madrid. Pour Maria Angeles, il est hors de question de quitter Tanger. « Rue Malaga » est une comédie réjouissante qui nous donne le grand plaisir de revoir Carmen Maura sur grand écran. Le rôle de Maria Angeles lui va comme un gant, le personnage est solaire, espiègle et plein de ressources. La réalisatrice nous offre de très belles scènes romantiques avec la rencontre de son héroïne avec un antiquaire gentleman. La rue Malaga est l’un des personnages du film : populaire, gouailleuse, l’entraide et la débrouille y sont les maîtres mots. Le film de Maryam Touzani est joyeux malgré l’avenir incertain de Maria Angeles dans sa rue adorée, il a autant de charme que son actrice principale.
- « Le testament d’Ann Lee » de Mona Fastvold : Manchester, fin XVIIIème siècle, Ann Lee rejoint la communauté des shakers, un groupe dissident de l’Église anglicane. Leurs rassemblements sont surprenants : ils s’agitent, hurlent pour rentrer en transe et évacuer leurs péchés. Après avoir perdu ses quatre enfants en bas âge, Ann Lee envisage un nouveau modèle de société basée sur l’abstinence et l’égalité entre femmes et hommes. Pour fonder sa nouvelle communauté, elle décide de quitter l’Angleterre pour les États-Unis. An Lee a bien existé et c’est dans le comté d’Albany qu’elle avait choisi de s’installer. Son histoire est méconnue et surprenante. Le film rend parfaitement le côté atypique de la communauté qu’elle a fondée et les images sont absolument splendides et saisissantes. Amanda Seyfried livre une performance éblouissante, elle habite son personnage avec une incroyable intensité. Le destin d’Ann Lee est insolite et le film de Mona Fastvold, entre comédie musicale et récit historique, l’est également.
- « Les rayons et les ombres » de Xavier Giannoli : Jean Luchaire est journaliste et un militant pacifiste. Avec son ami Otto Abetz, il appelle au rapprochement franco-allemand après la première guerre mondiale. Mais, quand la deuxième guerre mondiale éclate, Abetz se rapproche du parti nazi et devient ambassadeur du IIIème Reich à Paris. Luchaire, par vénalité, va suivre son ami et entrainer dans sa chute sa fille Corinne, promise à une belle carrière d’actrice. A travers son film, Xavier Giannoli nous parle de sa crainte de voir la presse tomber dans les mains d’industriels ou de politiciens et ainsi perdre son indépendance. Ce fut le cas durant la collaboration et le journal de Jean Luchaire (1901-1946), « Nouveaux temps », se fera la voix des nazis par le biais d’Abetz. Le film de Giannoli est une fresque spectaculaire qui évoque par moments « Les damnés » de Visconti. Il aurait sans doute gagné à être un peu plus court, la déchéance morale et physique de Jean et Corinne Luchaire est par moments répétitive. Jean Dujardin est absolument parfait dans ce rôle trouble mais la grande révélation du film, c’est Nastya Golubeva qui est tour à tour insolente, naïve, fragile et perdue.
- « Alter ego » de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine : Alex et sa femme vivent avec leur fils dans une zone pavillonnaire de province. La maison mitoyenne à la sienne est acheté par Axel et sa sublime épouse. Alors que le couple emménage, Alex découvre que son voisin est son sosie parfait mais avec des cheveux. Mais personne à part lui ne semble s’en rendre compte. La jalousie d’Alex envers Axel va tourner à l’obsession. Je me souviens de « Message à caractère informatif » diffusé sur Canal + où Nicolas et Bruno exerçaient déjà leur sens de l’absurde. Ils le poussent ici très loin, épaulés par un Laurent Lafitte au sommet de son art. Il réussit à rendre les deux personnages distincts, comme en témoigne une scène d’anthologie où Alex et Axel se querellent et se battent. On retrouve la Cogip, entreprise mystérieuse où se déroulait les épisodes de leur série télévisée, dirigée par une Zabou Breitman sur-enthousiaste et moustachue ! C’est drôle, rythmé et totalement délirant.
- « Jumpers » de Daniel Chong : Depuis sa plus tendre enfance, Mabel défend ardemment les animaux et la nature. Elle se bat contre le maire et son projet de rocade qui va détruire le lac où elle venait avec sa grand-mère. Grâce à une prouesse technologique, l’esprit de Mabel est projeté dans un robot castor plus vrai que nature. En comprenant les animaux, elle espère réussir à sauver son petit coin de nature préféré. Les aventures de Mabel et de ses amis sont particulièrement réussies et rythmées ! Les références cinématographiques sont jubilatoires : Les oiseaux, Les dents de la mer, etc… Et George, le roi des castors, est le mammifère le plus épatant de tout l’univers ! Les studios Pixar reviennent donc en force avec ce dessin animé écolo et enjoué.