Seule contre la loi de W. Wilkie Collins

J’avais offert à Maggie, lors du Portrait of a lady swap, « Seule contre la loi » de W. Wilkie Collins.   Nous avons donc décidé de faire une lecture commune de ce roman.

Le livre s’ouvre sur le mariage de Valeria et de Eustace Woodville. Les deux jeunes gens se connaissent depuis peu mais ils ont décidé très rapidement de s’engager l’un envers l’autre. La famille de Valeria trouve d’ailleurs cette union précipitée. La jeune femme ne connaît que peu de choses sur son futur époux et notamment rien sur sa famille. Eustace prétend que sa mère n’assiste pas au mariage car elle s’y oppose sans que ses raisons soient très claires. L’atmosphère le jour de la noce n’est d’ailleurs pas très engageante : « Le ciel, déjà couvert ce matin-là, s’est encore assombri pendant que nous étions dans l’église et une forte pluie se met à tomber. Les badauds, abrités sous une forêt de parapluies, l’air maussade, nous regardent passer entre les rangs pour nous engouffrer dans la voiture. Point d’acclamations ni de rayon de soleil, pas de fleurs lancées sur notre passage, de banquet suivi de discours chaleureux, pas de demoiselles d’honneur, pas de voeux de bonheur adressés par nos pères et mères respectifs. Un bien triste mariage – force est de le reconnaître – , doublé, si ma tante Starkweather a dit vrai, d’un mauvais départ ! » Le mauvais départ en question étant le fait que Valeria ait signé le registre des mariages avec son nom de jeune fille et non son nom de femme mariée. Le départ de l’intrigue est d’ailleurs un problème de nom car Valeria découvre rapidement que son mari ne se nomme pas Woodville mais Macallan. Que peut bien cacher Eustace à sa femme ? C’est ce qu’elle celle-ci va tenter de découvrir.

Dans « Seule contre la loi », c’est Valeria la narratrice, elle qui va se lancer dans une longue enquête pour en savoir plus sur le passé de son mari. Les hommes qui entourent notre héroïne n’ont guère confiance en ses talents. Une faible femme est-elle capable de mener une enquête ? Certains propos sont assez misogynes et Maggie trouve que vraiment les victoriens sont d’affreux bonshommes !! Il est vrai qu’à l’époque la femme est réduite à une simple potiche sans cervelle. Malgré cela, je trouve Wilkie Collins audacieux. C’est une femme qui est au coeur du roman et qui va réussir à démêler l’intrigue. Valeria a une vraie force de caractère, elle ne cède à aucun moment face aux hommes qui aimeraient la voir abandonner ses recherches. Son obstination va permettre de résoudre le mystère qui entoure son mari. Ce n’est pas elle directement qui va trouver les dernières preuves mais c’est sa volonté qui va pousser les autres à agir. Du coup, je trouve que l’on peut pardonner à Wilkie Collins ses quelques propos misogynes.

Et comme toujours, Wilkie met en place une intrigue palpitante et pleine de fausses pistes. Même si j’aurais aimé avoir une fin plus surprenante, j’ai quand même été tenue en haleine. Je suis une bonne cliente pour les romans de Wilkie, je marche à chaque fois !

 

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Shirley de Charlotte Brontë

« Si vous croyez, ami lecteur, découvrir dans cette introduction le prélude à une sorte de roman, vous ne vous serez jamais aussi lourdement trompé. Vous attendez-vous à du sentiment, de la poésie ou du rêve ? Espérez-vous de la passion, du mouvement, du mélodrame ? Ne vous emballez pas trop vite. Quelque chose de réel, de froid, de solide se présente à vous, quelque chose d’aussi peu romanesque qu’un lundi matin, lorsqu’on s’éveille avec la conscience qu’il va falloir reprendre le collier. »

« Shirley » est en effet la participation de Charlotte Brontë au courant des romans industriels de l’époque victorienne. Le roman s’ouvre sur la lutte qui oppose Robert Moore aux ouvriers de sa filature. Ces derniers refusent les machines modernes qui, forcément, vont les mettre au chômage. Les ouvriers veulent détruire toutes les machines arrivant dans les usines. Le roman de Charlotte Brontë se situe en 1811-1812 au moment des violentes révoltes ouvrières, mouvement appelé luddisme, du nom de John Ludd ouvrier ayant détruit des métiers à tisser en 1780. S’inspirant de ce personnage, les ouvriers sabotent les tentatives de « modernisation » des usines. Robert Moore voit ses machines détruites par des hommes du village qui craignent la misère. Notre héros est détesté de tous à cause de ses machines mais également car il est étranger. Venant des Flandres, Robert veut à tout prix réussir et effacer la honte de la ruine familiale. Cette idée l’obsède, le préoccupe à tel point qu’il ne se rend pas compte de la pauvreté qui l’entoure. Il est hautain avec les ouvriers, ne comprend rien à leur révolte. Mais fort heureusement Robert Moore est un coeur honnête qui ne demande qu’à s’ouvrir aux autres. Car, malgré son désir de s’éloigner du romantisme avec « Shirley », Charlotte n’est pas une Brontë pour rien et le romantisme prend rapidement le pas sur le roman industriel. C’est donc l’amour qui va rendre meilleur Robert Moore et qui est le centre du roman.

L’histoire se concentre sur deux jeunes filles : Caroline Helstone et Shirley Keedar. La première est la nièce du pasteur Helstone, elle est orpheline et ne possède aucun bien. Caroline est éperdument amoureuse de Robert Moore qui est trop occupé par sa filature pour s’en apercevoir. Elle incarne totalement l’héroïne romantique puisqu’elle se meurt littéralement d’amour. « Elle dépérissait, perdait sa gaieté et pâlissait de jour en jour. Le nom de Robert Moore l’obsédait comme une mélopée. Sans trêve, l’élégie du passé chantait à ses oreilles : les débris de son rêve détruit passaient, de plus en plus lourds, sur sa jeunesse ardente qui se pétrifiait lentement, comme si l’hiver envahissait peu à peu son printemps et enserrait dans la stagnation stérile de ses glaces, ses trésors les plus purs qu’elle recelait en elle.  » Mais Caroline n’est pas qu’un coeur en souffrance, elle est aussi une jeune femme moderne. Elle soutient et comprend les ouvriers. Elle tente tout le long du roman d’adoucir les positions de Robert envers les pauvres. Sa condition sociale l’aide probablement à se sentir proche des démunis. Caroline est très consciente de sa position et elle compte y remédier en devenant préceptrice. Tout son entourage rejette cette idée mais la jeune femme souhaite devenir maîtresse de son destin.

Shirley Keedar est également un personnage très moderne. Elle est propriétaire terrienne et la filature de Robert Moore se trouve sur ses terres. Shirley est une jeune femme riche mais elle ne se contente pas du revenu de ses terres, elle aide Moore à gérer la filature. C’est un personnage extrêmement énergique, entier et attirant le respect par son charisme et son courage physique. Elle agit de même dans sa vie privée puisqu’elle refuse tous les riches prétendants proposés par son oncle. Shirley choisira son mari selon son coeur et non selon les diktats de la société. Il est bien entendu plus facile pour Shirley d’être indépendante puisqu’elle jouit de hauts revenus. La timide et discrète Caroline n’en est que plus méritante dans son envie d’indépendance.

« Shirley » n’est sans doute pas le meilleur des romans industriels, j’ai préféré celui de Elizabeth Gaskell qui d’ailleurs sera la biographe de Charlotte Brontë. Il n’en reste pas moins que ce roman est fort plaisant. Il dresse le portrait de deux jeunes femmes voulant suivre leurs aspirations, leurs désirs sans se plier aux volontés de leurs proches. Cette modernité des personnages m’a séduite et j’y retrouve un des thèmes privilégiés des soeurs Brontë. Contrairement à l’avertissement de départ, Charlotte a bien écrit un roman d’amour mais ce sont les femmes qui y mènent la danse et qui choisissent leurs maris ! La force du désir triomphe pour notre plus grand plaisir.

Lu avec Isil dans le cadre de notre club de lecture.

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Le secret de la Ferme-grise de Mary Elizabeth Braddon

Grâce aux Livres de George, j’ai découvert un court roman de Mary Elizabeth Braddon : « Le secret de la Ferme-Grise ».

Le livre s’ouvre sur l’enterrement du propriétaire de la Ferme-Grise, Martin Carleon. Son frère Dudley hérite des terres familiales. L’atmosphère à la ferme est morose et l’intendant semble quelque peu étrange. Partout où Dudley se trouve, Ralph l’intendant y est également. La vie semble pourtant suivre son cours et Dudley finit par épouser une ravissante jeune femme : Jenny. Rapidement la mariée va se sentir mal à l’aise à la Ferme-Grise. Pourquoi Ralph espionne-t-il tout le monde ? Pourquoi Dudley ne peut-il s’en séparer ? Quels secrets partagent les deux hommes ?

« Le secret de la Ferme-Grise » est un concentré de romans à mystères qui étaient la spécialité de Mrs Braddon. Tous les ingrédients sont réunis pour créer une ambiance inquiétante : une mort suspecte, un personnage d’intendant menaçant, de lourds secrets, une jeune femme innocente en danger, un lieu froid et hostile : « Le vent d’automne soufflait avec des hurlements tristes et étranges, et des sons inarticulés et plaintifs s’élevaient des champs plats et nus. Le brouillard sortait de ces terres dépouillées et des prairies basses, et s’étendait comme un funèbre voile, sous lequel la rivière coulait lentement pour aller se jeter au loin dans la mer. » Pas exactement un endroit paradisiaque cette ferme ! Mary Elizabeth Braddon met rapidement en place son intrigue et fait monter la tension, l’inquiétude en quelques pages. Ce petit livre me semble être une bonne introduction au genre des romans à énigmes chers aux auteurs victoriens comme Mrs Braddon ou Wilkie Collins. Je retrouve toujours avec grand plaisir cette ambiance mystérieuse, angoissante et je dévore chaque livre pour avoir le fin mot de l’histoire.

Après « Sur les traces du serpent » et « Le secret de Lady Audley », la lecture du « Secret de la Ferme-Grise » me conforte dans mon envie de lire toute l’oeuvre de Mary Elizabeth Braddon. Palpitations et plaisir assurés !

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Loin de la foule déchaînée de Thomas Hardy

Ayant beaucoup apprécié « Tamara Drewe » de Posy Simmons et son adaptation par Stephen Frears, j’ai voulu remonter à l’oeuvre qui inspira les deux premières : « Loin de la foule déchaînée » de Thomas Hardy.

Gabriel Oak est berger à Norcombe. Il possède quelques moutons et espère prospérer afin de devenir propriétaire de sa propre ferme. C’est à Norcombe qu’il rencontre pour la première fois Barbara (Bethsheba en v.o.) Everdene. Il tombe éperdument amoureux d’elle et lui propose de l’épouser. La fière jeune femme refuse, espérant un parti plus enviable qu’un simple berger. Le destin frappe malheureusement Gabriel qui perd tout son troupeau et devient un pauvre hère. Cherchant du travail dans la campagne du Wessex, il finit à Weatherbury où il retrouve Barbara. Mais celle-ci a beaucoup changé. Ayant hérité de tous les biens de son oncle fortuné, elle est à la tête d’un important domaine et elle embauche Gabriel pour s’occuper de ses bêtes. Le berger n’a plus du tout le même rang que la jeune femme et se voit dans l’obligation de cacher son amour. D’ailleurs Barbara est rapidement courtisée par deux autres hommes.

Dans cette tranquille campagne du Wessex, l’amour fait des ravages. Trois hommes sont en lice pour conquérir le coeur de Barbara : Gabriel Oak, Boldwood le propriétaire terrien et le sergent Francis Troy. Tous trois souffriront en raison de leurs sentiments. Gabriel doit garder son amour secret en raison de son niveau social. Il sert fidèlement Barbara malgré son dédain pour les autres prétendants. Gabriel est la constance même et porte bien son nom (oak = chêne). Boldwood est au départ un homme froid et parfaitement maître de ses émotions. Mais un simple petit jeu lui fait perdre la tête pour Barbara. Ce grand fermier est rongé par cet amour, obnubilé par notre héroïne. Boldwood scellera le destin de tous par un acte de violence terrible. Quant au sergent Troy, il séduit facilement Barbara grâce à sa beauté et sa prestance. C’est avec lui qu’elle se marie mais elle fait erreur car Troy n’est pas amoureux d’elle.

Malgré leurs défauts, le lecteur est en empathie avec chacun des personnages. Thomas Hardy a fait en sorte que chacun, à un moment ou à un autre, nous inspire de la sympathie voire de la pitié. C’est le cas pour deux des hommes que l’on peut facilement opposer : Gabriel Oak et le sergent Troy. « Les défauts de Troy étaient soigneusement dissimulés et seul, le beau côté de son caractère paraissait à la surface, tout au contraire de l’honnête Gabriel Oak, dont les défauts sautaient aux yeux et les vertus étaient enfouies comme le métal dans une mine. » Troy est un personnage qui semble futile, aimant s’amuser et rapidement on l’imagine inconstant. Il est facile de détester Troy qui ravit Barbara au nez et à la barbe du fidèle Gabriel. Mais chez Thomas Hardy les choses ne sont jamais aussi tranchées. Troy est en réalité un amoureux transi, il est épris d’une jeune femme nommée Fanny Robin qu’il croyait avoir perdue.  On éprouve beaucoup de pitié pour Troy éperdu de douleur à l’annonce de la mort de sa bien-aimée. Nos sentiments sont également changeants à propos de Gabriel. Notre sympathie lui est acquise dès les premières pages. C’est un homme intègre, consciencieux et solide. Mais il est aussi rustre, timide et on aimerait le voir plus combatif. On désespère de le voir faire le premier pas vers Barbara ! Le talent de fin psychologue de Thomas Hardy est vraiment éclatant dans « Loin de la foule déchaînée ».

Enfin j’aimerais souligner l’importance de la nature chez Hardy. L’homme fait partie d’un tout, la nature l’englobe, sa beauté et sa puissance sont saisissantes. Elle est aussi le reflet des humeurs des personnages et accentue bien souvent leur terrible solitude. A l’image de nos amoureux, la nature apparaît désolée : « Le marais et la lande ne se couvraient du blanc tapis que pour paraître plus désolés encore. Les nuages étaient singulièrement bas  ; on eût dit qu’ils formaient la voûte d’une grande caverne sombre et, comme ils paraissaient se rapprocher de plus en plus de la terre, on était instinctivement porté à croire que la neige répandue sur le sol et celle qui se trouvait encore dans les nuages allaient bientôt s’unir sans laisser le moindre espace d’air. »

Pas étonnant que « Tamara Drewe » soit réussie avec une telle source d’inspiration ! Encore une fois, j’ai été séduite par Thomas Hardy. « Loin de la foule déchaînée » est une oeuvre moins tragique que « Jude l’obscur » mais elle est tout aussi riche et complexe. Hardy y fait magnifiquement l’apologie de la patience, de l’abnégation face à la passion dévorante.

Pour ceux qui liraient cette oeuvre en version française dans la version des éditions du Mercure de France, surtout ne lisez pas la quatrième de couverture ! Toute la trame du roman y est racontée et cela m’a fortement gâché la fin de ma lecture.

Une info de dernière minute : les excellentes éditions Sillages vont très bientôt faire paraître une nouvelle traduction de « Loin de la foule déchaînée ».

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Jude l’obscur de Thomas Hardy


Jude Fawley, le héros du chef-d’œuvre de Thomas Hardy « Jude l’obscur », ne connaît qu’une vie d’erreurs, de renoncements et de malheurs. Enfant, il devient rapidement orphelin et doit déménager à Marygreen où une tante acariâtre se voit dans l’obligation de l’héberger. Le jeune Jude se doit de travailler pour aider sa tante, mais le garçon a déjà de plus hautes idées en tête. Un maître d’école lui a donné le goût des livres et du savoir. Jude souhaite intégrer un collège à Christminster, élever son esprit afin de changer sa vie. Il se donne beaucoup de mal, étudie sans relâche le latin et le grec, tout en apprenant le métier de tailleur de pierres. Sa volonté qui semblait sans faille se heurte vite à la réalité, à la nature profonde de l’homme. Jude est incapable de résister aux attraits de la belle Arabella et le mariage scelle son destin. Le rêve de savoir s’efface devant les besoins matériels. Le mariage ne dure pas, mais marque définitivement la vie de Jude. Le bonheur lui échappe sans cesse, même lorsqu’il croit l’avoir trouvé avec sa cousine Sue ; le sort ne fait que s’acharner contre lui. 

Thomas Hardy traite de sujets modernes et ses deux personnages principaux, Jude et Sue, ont des aspirations trop en avance pour leur époque. Jude ne pense qu’à étudier, il a soif de savoir et espère ainsi sortir de sa condition. Son envie de s’élever, de sortir de la pauvreté par l’école est une évidence pour nous aujourd’hui. Ce n’est bien entendu pas le cas à l’époque victorienne. Les ouvriers regardent Jude comme un illuminé et se moquent de ses aspirations. Vouloir sortir de leur monde est pris comme une lubie et ils méprisent Jude qui se pense plus intelligent. Les collèges de Christminster le rejettent également à sa demande d’admission ; il reçoit cette réponse : « Monsieur. J’ai lu votre lettre avec intérêt, et jugeant d’après votre propre description que vous êtes un ouvrier, je me permets de penser que vous aurez bien plus grande chance de réussir dans la vie en demeurant dans votre sphère et en restant fidèle à votre métier plutôt qu’en adoptant une nouvelle voie. C’est donc ce que je vous conseille. » Chacun doit rester à sa place dans cette société très hiérarchisée ; vouloir changer de milieu est impensable.

Sue est également en avance sur son temps, ses idées sur le couple sont à contre-courant. Elle refuse d’épouser Jude alors qu’ils vivent ensemble et ont des enfants. Elle revendique la liberté dans le couple et considère le mariage comme une prison. Sue ne veut appartenir à personne ; le mariage pour elle n’a rien à voir avec les sentiments. La tante de Sue et Jude l’explique bien : « Les Fawley ne sont pas faits pour le mariage : cela ne tourne jamais bien pour nous. Il y a quelque chose dans notre sang qui n’accepte pas d’être contraints à faire ce que nous subirions volontiers librement. » Mais, Sue aussi doit revenir sur ses idéaux.

Car Thomas Hardy était un grand pessimiste ; la fatalité frappe toujours ses personnages. Jude renonce à ses idéaux car il est impossible de s’extraire de sa classe, mais également à cause des femmes. Jude est un être très charnel, très sensuel qui ne peut résister à leur attrait. Avant d’arriver à Christminster, son rêve de collège est réduit à néant par son mariage avec Arabella. Il se voit ensuite devenir prêtre, mais l’amour de Sue est plus fort : « Il aurait beau jeûner et prier dans l’intervalle, l’humain était plus puissant en lui que le divin. » Jude devra d’ailleurs payer bien cher pour ses faiblesses trop humaines. La société victorienne ne peut supporter les aspirations du jeune couple. Le fait qu’ils ne soient pas mariés est rapidement connu et l’opprobre s’abat sur eux. Ils sont alors dans l’obligation de changer souvent de villes jusqu’au terrible et implacable drame.

Je le redis, « Jude l’obscur » est un chef-d’œuvre de la littérature anglaise. J’étais totalement en empathie avec Jude et Sue, si modernes, si humains. Le drame de Jude Fawley fait penser aux tragédies antiques. Son destin semble tout tracé ; la fatalité ne l’épargne pas. Le lecteur souffre avec lui de ce déterminisme terrible de l’ère victorienne. Ce livre montrant les déchirements de l’âme humaine est tout simplement magistral. 

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Flush de Virginia Woolf

Flush

Lilly m’a offert, lors du Portrait of a lady swap,  un livre de Virginia Woolf qui vient d’être réédité : « Flush ». Cet ouvrage est peu connu en France car il a longtemps été indisponible. Fort heureusement ce manque est aujourd’hui comblé car chaque livre de Virginia Woolf est indispensable et d’une originalité formidable.

Lorsque Virginia Woolf se mit à écrire « Flush », elle venait de perdre un ami très cher, Lytton Stratchey. Ce dernier était notamment célèbre pour ses biographies de « Victoriens éminents ». Pour lui rendre hommage, Virginia décida donc d’écrire à son tour une biographie, celle de Flush. Mais qui est ce Flush me direz-vous ? C’est là que l’auteur nous montre son audace car Flush est un épagneul ! Respectant l’art de la biographie, Virginia Woolf ouvre son livre sur l’arbre généalogique de Flush. Comme tout bon aristocrate, notre épagneul fait partie d’une longue lignée se perdant dans la nuit des temps. Flush naquit dans une famille assez pauvre, les Mitford vivant près de Reading, dans la première moitié de 1842. Il grandit à la campagne grâce aux bons soins de Miss Mitford. cette dernière aimait beaucoup son épagneul mais elle avait aussi un grand coeur. Afin de rompre la solitude dans laquelle vit une de ses amies, Miss Miford décide de lui donner son chien. Cette amie n’est pas une inconnue puisqu’il s’agit de la poétesse Elizabeth Barrett.

La vie de Flush permet à Virginia Woolf de nous raconter celle de Elizabeth Barrett. La poétesse vit en recluse à Londres dans la maison de son père. Elle passe toutes ses journées dans sa chambre pour cause de maladie. Il semble plutôt qu’elle souffre d’un manque de joie de vivre, d’une claustration forcée. Son père, très possessif, garde précieusement sa fille à domicile. Miss Mitford pense apporter un peu de vie à son amie par l’intermédiaire de Flush. Tous deux se plaisent d’emblée : « Ils se ressemblaient. (…) Le visage de la jeune fille  avait la pâleur fatiguée des malades, coupés du jour, de l’air, du libre espace. Celui du chien était le visage rude et rouge d’un jeune animal respirant la santé et la force instinctive. Séparés, clivés l’un de l’autre et cependant coulés au même moule, se pouvait-il que chacun d’eux, complémentaire, vînt achever ce qui dormait en l’autre sourdement ? » La vie de Flush sera celle d’Elizabeth Barrett. A Londres, il est contraint à l’enfermement de la chambre, à la sévérité de cette vie cloîtrée. Heureusement pour notre héros canin, la vie d’Elizabeth Barrett est l’une des plus romanesques de la littérature anglaise. Malgré sa maladie, elle rencontre l’écrivain Robert Browning, se marie avec lui dans le plus grand secret et fait une fugue. Le couple s’installe ensuite en Italie où Elizabeth et Flush revivent. L’un et l’autre perdent de leur intimité, mais leur évolution est similaire : Elizabeth découvre le bonheur de la maternité, Flush découvre un monde de sensations inconnues et de liberté absolue.

A travers ce double portrait, Virginia Woolf nous parle également de la société victorienne. Deux mondes apparaissent nettement. Tout d’abord celui où évolue Elizabeth Barrett, où les maisons sont joliment alignées et où la respectabilité prédomine. Mais c’est également un monde totalement corseté et Flush le ressent très fortement : »Contraindre, refouler, mettre sous le boisseau ses plus violents instincts – telle fut la leçon première de la chambre (…) ». C’est ce refoulement de la vie que fuit Elizabeth Barrett mais également Virginia Woolf qui a souffert de l’éducation stricte et sévère de son père. C’est Flush également qui nous montre le versant sombre du Londres victorien puisque par trois reprises il se fait kidnapper. Là Elizabeth Barrett découvre la pauvreté de Whitechapel. Les maisons qui s’entassent les unes sur les autres, la misère et la saleté. La description qui nous en est faite  n’est pas sans rappeler un certain Charles Dickens…

Enfin « Flush » permet à Virginia Woolf de parler de littérature, d’écriture. L’auteur se questionne durant ce court roman. On le sait, le souci majeur de Virginia est de rendre les sensations, les impressions fugitives. Ce projet ambitieux demande beaucoup de travail, de recherche sur les mots. Dans ce livre, Virginia Woolf semble douter de la puissance évocatrice des mots : « A bien considérer les choses, pensa-t-elle peut-être, les mots disent-ils vraiment tout ? Disent-ils même quelque chose ? Les mots ne détruisent-ils pas une réalité qui dépasse les mots ? » Il est vrai qu’il semble difficile de rendre les multiples sensations ressenties par Flush à Florence mais Virginia Woolf ne peut bien entendu  se mettre totalement dans la peau d’un épagneul ! Le doute habita toujours Virginia Woolf mais pour le lecteur ce doute n’existe pas : son écriture est brillante, d’une beauté et d’une finesse inégalées. En voici un dernier exemple : « C’était le paysage humain qui l’émouvait. Il semble que la Beauté, pour toucher les sens de Flush, dût être condensée d’abord, puis insufflée, poudre verte ou violette, par une seringue céleste, dans les profondeurs veloutées de ses narines, et son extase, alors, ne s’exprimait pas en mots, mais en silencieuse adoration. Où Mrs Browning voyait, Flush sentait ; il flairait quand elle eût écrit. »

« Flush » n’est pas une oeuvre mineure, il me semble d’ailleurs qu’il n’y en a pas chez Virginia Woolf. Je rejoins totalement la conclusion de Lilly, ce texte est vraiment magnifique, l’écriture est sublime et notre Flush très attachant.

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Haute Société de Vita Sackville-West

Evelyn Jarrold est une veuve de 40 ans évoluant dans la haute société anglaise. Son mari est décédé au front en 1916 la laissant, avec leur fils, aux bons soins de la famille Jarrold. Evelyn reste très attachée à la famille de son mari qui lui permet de vivre dans le luxe et l’oisiveté. C’est une femme belle, légère et sophistiquée. Elle se sent libre de vivre au gré de ses envies, de ses fantaisies frivoles. Lors d’une soirée, elle fait la connaissance  de Miles Vane-Merrick. C’est un jeune homme de 25 ans, député réformiste et extrêmement ambitieux. Evelyn et Miles vivent dans des mondes, des conventions opposés. Malgré cela ils tombent amoureux l’un de l’autre.

Vita Sackville-West, l’« Orlando » de Viginia Woolf, jette un oeil critique sur l’aristocratie et la bourgeoisie anglaises. Cette haute société semble vouée aux loisirs, à l’oisiveté totale. Elle a des préoccupations bien éloignées de la réalité : les bals, les toilettes, les intérieurs luxueux, les héritages, l’étiquette … Vita Sackville-West nous en donne une description très ironique par la voix de Ruth Jarrold, la nièce d’Evelyn : « A coup sûr, pensa-t-elle, la haute société anglaise (une expression horrible, mais il fallait bien l’utiliser !) était la plus décorative de la terre. On eût dit que, depuis des générations, ils avaient été bien nourris, bien protégés, bien entraînés aux sports et persuadés qu’ils n’avaient pas d’égaux. Les regarder était fascinant. Ils avaient la beauté et la distinction des animaux de pure race. Les jeunes gens possédaient l’élégance des lévriers, les jeunes femmes étaient semblables à des parterres de fleurs. Peu importait, se disait Ruth, que leur cervelle ne fût pas plus grosse que celle d’un lévrier du moment que leur corps en évoquait la grâce ! » Un monde brillant, étincelant mais parfaitement vain.

Evelyn évolue dans ce monde comme un poisson dans l’eau. Son mode de vie, ses aspirations, ses goûts correspondent totalement à la luxueuse insouciance de cette classe sociale. Mais son mode de vie est remis en cause par son amour pour Miles Vane-Merrick. Ce dernier n’est en rien futile. Il veut réformer la société, aider les classes ouvrières à améliorer leur vie, il préfère la campagne à la clinquante ville. Son ambition le pousse à travailler sans relâche, peu de place est disponible pour les sentiments. Malgré la différence d’âge, d’intérêt et de mode de vie, Evelyn et Miles s’aiment passionnément. Mais ce n’est pas une histoire à l’eau de rose que nous conte Vita Sackville-West. Evelyn est déchirée entre sa fidélité à la famille Jarrold et son amour pour Miles. Une telle liaison n’est pas acceptable pour les Jarrold : Miles est trop jeune, trop réformateur. Evelyn doit choisir de s’émanciper de la coupe des Jarrold ou de quitter Miles. Un choix bien cruel pour une femme qui se croyait libre. Evelyn réalise alors ce qu’est sa vie : une cage dorée de laquelle il est difficile de partir. Les femmes, même de la haute société, sont encore bien contraintes par leur milieu et Evelyn en fait l’amère découverte. Au fur et à mesure des pages, j’ai été touchée par cette femme qui ouvre les yeux sur le monde qui l’entoure. L’histoire d’Evelyn est douloureuse, cruelle. La sincérité de ses sentiments  lui coûtera très cher.

Vita Sackville-West nous présente avec beaucoup de lucidité un monde creux n’existant que pour l’apparence. Mais c’est aussi un monde sans pitié : jugeant, condamnant ceux qui ont le malheur de vouloir s’en émanciper. « Haute société » est à la fois une critique sociétale et une tragique histoire d’amour. C’est avec un style élégant et une grande finesse que Vita Sackville-West nous entraîne dans le monde d’Evelyn Jarrold. L’admiration de Virginia Woolf pour Vita n’était pas usurpée.

Monteriano de EM Forster

Le livre de EM Forster pourrait, à l’instar de celui de Elizabeth Gaskell, s’intituler « Nord et Sud ». Mais cette fois, il ne s’agit pas d’opposer le nord et le sud de l’Angleterre mais le pays tout entier à l’Italie.

Lilia Herriton est une jeune veuve, mère d’une petite fille. Après le décès de son mari, la famille de celui-ci a voulu recueillir Lilia. Il ne s’agit en aucun cas de générosité mais plutôt de bienséance. Mrs Herriton méprise sa belle-fille et la trouve vulgaire. Elle la garde donc sous la main pour éviter tout débordement et éduquer la petite.  Afin d’apaiser le caractère indépendant de Lilia, les Herriton lui proposent un voyage en Italie, ce qu’elle accepte à la surprise de son beau-frère, Philip : « Le plus étrange, c’est qu’elle a saisi mon idée au vol – me posant une infinité de questions auxquelles j’ai répondu volontiers, bien-sûr. Elle a l’esprit bourgeois, je l’admets, elle est d’une ignorance crasse et possède, en art, un goût détestable. Mais posséder un goût, c’est déjà quelque chose.  L’Italie le purifiera : elle ennoblit tous ses visiteurs. Elle est, pour le monde, une école autant qu’un jardin. Il faut mettre au crédit de Lilia son désir d’aller en Italie. » Leur espoir est de courte durée puisqu’ils reçoivent de Monteriano un télégramme annonçant le mariage imminent de Lilia avec un italien.

La rencontre de Lilia et du beau Gino est aussi la rencontre de la puritaine Angleterre avec la chaleureuse Italie. Bien entendu le mariage de Lilia est inadmissible pour les Herriton qui envoient Philip pour rendre la raison à la jeune femme. Cette union est scandaleuse et elle l’est d’autant plus lorsque Philip découvre qui est Gino. L’italien ne fait pas partie de la noblesse de son pays, loin de là. Son milieu social est bien en dessous de celui des Herriton, il n’est pas un gentleman. Malheureusement pour les Herriton, lorsque Philip arrive à Monteriano, Lilia est déjà mariée, essentiellement avec la volonté de contrarier sa belle-famille qui l’empêche de vivre. Mais Lilia connaît mal l’Italie, elle a été habituée aux moeurs délicates et feutrées de l’Angleterre. Elle découvre un pays rude, dévoré par la chaleur et où les femmes ont une sociabilité limitée. Gino restreint rapidement la liberté de sa femme et n’attend d’elle que la naissance d’un fils.

C’est d’ailleurs à ce moment que le roman prend la tournure d’une véritable tragédie antique. Lilia décède lors de l’accouchement. Gino est bien entendu très attaché à son fils qui représente à la fois sa descendance, sa postérité et le dernier lien avec sa femme. Mrs Herriton ne peut supporter l’idée que l’enfant de Lilia soit élevé dans un pays aussi archaïque et brutal. C’est tout un bataillon qui descend alors dans le Sud de l’Italie. Certains seront transformés par le voyage, transfigurés par la simplicité et la sincérité des sentiments de Gino. D’autres provoqueront un terrible drame.

« Monteriano » est un roman très sombre où l’incompréhension entre les deux pays teintera de rouge les murailles de la ville. C’est un roman sublime où le soleil italien exacerbe les sentiments des froids anglais. La finesse psychologique des personnages, les descriptions magnifiques de l’Italie témoignent de l’indiscutable talent de EM Forster.

Femmes et filles de Elizabeth Gaskell

Hollingford est un petit village rural de l’Angleterre, Elizabeth Gaskell nous convie à partager la vie de ses habitants dans son dernier roman « Femmes et filles ». Elle nous invite tout particulièrement à suivre l’évolution de Molly Gibson, la fille unique du médecin. Nous la découvrons enfant, dans le premier chapitre, impatiente de participer à la grande fête annuelle au château de Cumnors Towers. Nous ne la quitterons qu’à l’âge adulte à la veille de sa vie de femme. Au travers de 651 pages, nous partageons la vie quotidienne de Molly. Celle-ci vit seule avec son père, veuf, duquel elle est très complice. Mais Molly grandissant, son père pense qu’il serait opportun que sa fille soit au contact d’une nouvelle mère. Le remariage de Mr Gibson est le début d’une nouvelle vie pour Molly qui doit s’adapter à Mrs Gibson et à sa fille Cynthia. Elizabeth Gaskell aime jouer des oppositions comme nous avons pu le constater dans « Nord et Sud ». Les deux soeurs sont parfaitement opposées. Cynthia est d’une grande beauté, frivole et séductrice. Personne ne lui résiste et de nombreux coeurs se laissent prendre à ses minauderies, ce qui lui vaudra de sérieux ennuis. Molly a un physique plus ingrat, elle est réservée mais son caractère droit et honnête lui permet de conquérir l’amitié et l’amour de son entourage. Nous sommes quand même dans un roman victorien où la droiture et la probité finissent toujours par triompher !

Mais les Gibson ne sont pas les seuls à habiter Hollingford. L’extraordinaire talent de Elizabeth Gaskell est de ne jamais laisser aucun personnage de côté. Tous les habitants nous deviennent  familiers grâce aux descriptions, aux aspects psychologiques détaillés par l’auteur. On s’attache terriblement à la famille Hamley où séjourne Molly à plusieurs reprises. Les deux fils Hamley sont également au coeur du roman et en opposition comme les soeurs Gibson. Osborne, l’héritier à qui tout est promis, est choyé et mis en avant. Roger, le cadet, a un rôle secondaire, son avenir semble beaucoup moins prometteur. Mais on sait qu’il ne faut pas se fier aux apparences chez Mrs Gaskell ! On croise également les délicieuses Miss Browning toujours prêtes à défendre Molly, l’acariâtre Lady Cumnor et sa fille Harriet qui deviendra la protectrice de Molly, le mystérieux et inquiétant Mr Preston régisseur des domaines des Cumnors, c’est réellement tout un monde que nous offre Elizabeth Gaskell. J’étais en parfaite empathie avec tous ces personnages et j’ai vécu pendant deux semaines au rythme de Hollingford. Il est bien difficile d’abandonner ce village après avoir refermé le roman.

C’est d’autant plus difficile que l’on reste sur notre faim. Comme je le disais au départ, « Femmes et filles » est le dernier roman de Elizabeth Gaskell. Il fût publié en feuilleton dans le magazine « Cornhill » de août 1864 à janvier 1866,  Elizabeth Gaskell est morte en novembre 1865 sans avoir pu rédiger le tout dernier chapitre. Ceux qui ont lu « Nord et Sud » comprendront ma déception car Mrs Gaskell achève son histoire dans les toutes dernières pages. Cela aurait été également le cas dans « Femmes et filles ». Même si l’avenir de Molly ne fait aucun doute, il manque ce moment délicieux où le destin du personnage central s’accomplit et qui est toujours conté avec une extrême finesse.

Une nouvelle fois, j’ai été prise au piège par le talent de Elizabeth Gaskell. J’ai été captivée par la vie de Molly Gibson et du village de Hollingford. Je ne saurais trop vous conseiller de vous immerger à votre tour dans cette Angleterre des années 1820.

Merci à Babelio.

Femmes et filles par Elizabeth Gaskell

Femmes et filles

Elizabeth Gaskell

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L'abîme de Charles Dickens et Wilkie Collins

Walter Wilding est un jeune négociant en vin. Après une enfance dans un orphelinat, la chance lui a souri. Sa mère est venue le récupérer et lui a transmis son commerce. La réussite est telle que Walter prend un associé, George Vendale, afin d’agrandir son affaire. Mais le ciel s’obscurcit sur la tête de Walter. Après la mort de sa mère, un terrible secret lui est dévoilé : il n’est pas le véritable Walter Wilding. Notre héros décide alors de tout mettre en oeuvre pour retrouver Walter Wilding et lui rendre la vie qu’il lui a usurpée par erreur.

Charles Dickens et Wilkie Collins étaient d’excellents amis et ils décidèrent de mettre leurs talents en commun pour nous narrer les aventures de Walter Wilding et surtout celles de George Vendale. Car les deux compères nous amènent sur une fausse piste au début de cette courte histoire et c’est surtout George Vendale qui en est le héros.

On retrouve dans « L’abîme » les centres d’intérêt de nos deux écrivains. Le premier personnage de cette histoire, Walter Wilding, grandit dans un orphelinat et il est fort probable que cette idée nous vienne de Charles Dickens. De lui, on reconnaît également les longues descriptions caractérisant dans le moindre détail paysages et personnages : « C’était un homme a l’air simple et franc, le plus naïf des hommes, que Walter Wilding, avec son teint blanc et rose et son heureuse corpulence, étonnante chez un garçon de 25 ans. Ses cheveux bruns frisaient avec grâce, ses beaux yeux bleus avaient un attrait extraordinaire. Le plus communicatif des hommes aussi bien que le plus candide – jamais il ne trouvait assez de paroles pour épancher sa gratitude et sa joie quand il croyait avoir quelque motif d’être reconnaissant ou joyeux. »

La patte de Wilkie Collins se reconnaît dans l’intrigue à rebondissements. Comme je l’ai dit, on croit que Walter Wilding est le personnage central de « L’abîme » mais il meurt rapidement pour laisser la place à George Vendale. Ce dernier devra reprendre la quête du véritable Walter, démasquer un voleur, traverser les Alpes et se marier ! Il traverse toutes ces péripéties sourire aux lèvres car notre ami George est d’un naïveté confondante. Et c’est là mon gros bémol, George Vendale est agaçant, il ne se rend compte de rien, ne comprend rien à ce qui se passe autour de lui. Il facilite beaucoup le travail de son ennemi qui peut tenter de l’assassiner sans éveiller le moindre soupçon ! Ce maléfique personnage finit par lui dire ce que je pensais pendant ma lecture : « – Vous êtes un être stupide. J’ai versé un narcotique dans ce que vous venez de boire… Stupide, vous l’êtes deux fois. Je vous avais déjà versé de ce narcotique pendant le voyage pour en faire l’essai. Trois fois stupide, car je suis le voleur, le faussaire que vous cherchez, et dans quelques instants je m’emparerai sur votre cadavre de ces preuves avec lesquels vous aviez promis de me perdre. » Trop de bons sentiments peut nuire à la santé !

Malgré ce personnage trop confiant, « L’abîme » reste une oeuvre agréable où l’on retrouve l’ambiance caractéristique des romans de Wilkie Collins. Appréciant fortement les livres de Wilkie Collins et de Charles Dickens, je ne pouvais pas faire l’impasse sur ce petit livre mais je préfère ces deux auteurs séparément !

 

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