La fille perdue de D.H. Lawrence

Alvina Houghton, la fille perdue du titre, vit en cette fin XIXème – début XXème dans la petite ville de Woodhouse en Angleterre. Elle habite une vaste et sombre demeure, Manchester House, avec son fantasque père, sa mère perpétuellement malade, Miss Frost sa nounou, et Miss Pinnegar l’intendante. La famille Houghton fait, avant la naissance d’Alvina, partie de la bourgeoisie de la ville : »Mais retournons au début des années 80, à l’époque où Alvina était bébé, ou plus tôt encore, à la grande époque de James Houghton. Il faisait alors partie de l’élite de Woodhouse. La famille Houghton avait toujours été prospère : une famille de commercçants, certes, mais après quelques générations d’aisance, les commerçants acquièrent un certain cachet. Or à lâge de 28 ans, James Houghton hérita d’un magnifique magasin de textiles à Woodhouse. » Le sens des affaires n’est malheureusement pas le fort de James Houghton, qui à coups de soldes répétées, cause la perte de son magasin. Il investit ensuite dans une mine de charbon qui ferme, puis dans un cabaret-cinéma qui finit de sonner le glas des finances de Manchester house.

Voyant son niveau social se dégrader, Alvina apprend le métier de sage-femme mais elle ne peut laisser son père seul et devient pianiste dans le cabaret-cinéma. Elle y rencontre la troupe des Natcha-Kee-Tawara et surtout l’un d’entre eux : le ténébreux Ciccio.

L’histoire d’Alvina est celle d’une femme entre deux mondes, deux civilisations : l’Angleterre et l’Italie. Ces deux pays s’opposent complètement dans le livre de DH Lawrence. Le nord est en pleine industrialisation ce qui le mènera à sa perte (je souligne au passage que Lawrence était un visionnaire.). L’Angleterre est grise, sombre et extrêmement policée par les conventions sociales. La déclaration de guerre ne fait qu’accentuer le pessimisme de Lawrence sur son pays. A côté de cela, l’Italie du Sud est décrite comme un paradis perdu. Alvina découvre un pays primitif, animal, à la beauté étourdissante : « Un bonheur sauvage, terrible s’emparait d’elle, au-delà du désespoir, mais très semblable à lui. Personne ne la retrouverait jamais. Elle avait franchi les limites de ce monde et gagné celui d’avant ; elle avait rouvert l’éternité de jadis. » On comprend mieux la comparaison entre les deux pays lorsque l’on sait que Lawrence s’est lui-même exilé en Italie.

L’amour d’Alvina est précurseur de celui de « L’amant de Lady Chatterley ». Elle est fiancée par deux fois dans le roman à des hommes respectables à la situation sociale enviable. Elle choisit de se marier à un saltimbamque, un rustre qui parle tout juste l’anglais. Elle est emportée par son instinct, son désir et suit le sauvage Ciccio aux portes de la civilisation au mépris des convenances.

Le mariage selon DH Lawrence ne fait guère envie, les hommes et les femmes en pâtissent sans pouvoir l’éviter. Les hommes sont condamnés à rendre heureuses leurs exigeantes épouses et cette attente de bonheur est qualifiée d' »arrogante et impertinente » par l’auteur. J’ai été très intéressée par ce point de vue qui est rare sur la question, j’ai souvent lu le sentiment des femmes sur le mariage mais peu celui des hommes. Quant aux femmes, elles sont gagnées par la panique à l’idée de devenir vieille fille, de devoir subvenir à leurs besoins mais le mariage les effraie tout autant ! DH Lawrence trouve les femmes « toujours insatisfaites » ! Je me réjouis personnellement de vivre au XXIème siècle et de ne pas avoir eu à choisir entre ces deux positions sociales qui ne peuvent conduire qu’à l’amertume.

« La fille perdue » était mon premier roman de DH Lawrence et j’ai été totalement enchantée par ma découverte. Les thèmes abordés m’ont touchée et fortement intéressée grâce à l’auteur qui y imprime son avis personnel. L’écriture de Lawrence est un bonheur, elle est ironique lorsque l’action se passe en Angleterre et se fait lumineuse, fraîche en Italie. « La fille perdue » est une ode à l’amour véritable, à l’instinct dépouillé des attentes sociales et au soleil de l’Italie !

Lady Susan de Jane Austen

Lady Susan, veuve sans le sou, vient s’installer à Churchill dans la demeure du frère de son mari. Malgré la cordialité de ses rapports avec sa famille, c’est contrainte et forcée que Lady Susan atterrit chez eux. Elle a précédemment logé  à Langford chez Mr et Mrs Manwaring et son comportement n’a été que peu apprécié par la maîtresse des lieux ; « Sa façon d’agir avec Mr Manwaring a rendu sa femme jalouse et malheureuse, et l’attention qu’elle a porté à un jeune homme auparavant attaché à la soeur de Mr Manwaring, a privé une aimable jeune fille de son prétendant. »

Lady Susan cherche donc à se faire un peu oublier durant son séjour chez son beau-frère, Mr Vernon. Mais il y a peu de mondanités à Churchill et Lady Susan, séductrice invétérée, s’ennuie rapidement. Pour occuper son esprit, elle tente tout d’abord de marier sa fille Frederica, qu’elle considère comme « la plus grande sotte de la terre » à l’ancien prétendant de Miss Manwaring. Frederica étant des plus réticentes à ce projet, Lady Susan se donne un autre but : séduire le frère de sa belle-soeur, Reginald de Courcy, qui pourtant avait un avis des plus négatifs sur elle. « Ce sera mon objet désormais d’humilier toujours davantage l’orgueil de ces De Courcy pleins de suffisance, de convaincre Mme Vernon que ses mises en garde fraternelles ont été faites en pure perte et de persuader Reginald qu’elle m’a scandaleusement calomniée. Ce projet aura au moins le mérite de m’amuser (…) » Reginald De Courcy se laissera-t-il abuser par les charmes dévastateurs de Lady Susan?

Jane Austen écrivit ce court roman en 1793-1794. Elle choisit  une forme typiquement XVIIIème pour raconter l’histoire de Lady Susan : le roman épistolaire. C’est d’ailleurs cette forme qu’elle choisit au départ pour écrire « Raison et sentiments » intitulé alors « Elinor et Marianne ». Elle se rend assez vite compte que cette forme est quelque peu désuète et elle réécrit son roman à l’aide d’un narrateur omniscient. La limite du roman épistolaire est également perceptible dans « Lady Susan » puisqu’il n’y a plus de lettres à la fin de l’histoire, un narrateur nous expose les destinées des différents personnages.

La personnalité de Lady Susan est plutôt réjouissante et Jane Austen compose l’un de ses personnages les plus manipulateurs. Lady Susan joue de sa beauté, de son intelligence pour manipuler tout son petit monde à son avantage. Elle est fausse, double en société et abuse surtout de la naïveté des hommes. Elle se fait de miel devant son beau-frère pour qu’il l’aide financièrement et n’a de considération pour lui que parce qu’il est facilement manipulable. Je n’ai eu que peu de compassion pour ces hommes qui changent d’avis face à la spirituelle Lady Susan. Les hommes considèrent les femmes comme de faibles personnes qu’il faut protéger. Lady Susan, qui est tout le contraire, en profite et on ne saurait l’en blâmer si elle ne s’occupait que de son propre destin.

Jane Austen nous fait le portrait d’une femme forte qui décide elle-même qui elle doit épouser. Le mariage n’est plus alors qu’une possibilité de s’enrichir ou de s’élever socialement. Mais il faut prendre en compte bien des paramètres pour s’assurer la tranquillité en plus de la fortune. Lady Susan à son amie Mme Johnson : « Ma chère Alicia, quelle erreur n’avez-vous pas commise en épousant un homme de son âge – juste assez vieux pour être formaliste, pour qu’on puisse avoir prise sur lui et pour avoir la goutte – trop sénile pour être aimable et trop jeune pour mourir. »  Mais pour arriver à cette liberté de ton, il faut oublier sa réputation. Lady Susan est considérée, à juste titre quand même, comme une aventurière. On ne peut impunément s’asseoir sur les convenances !

« Lady Susan » est un roman mineur de Jane Austen qui se lance dans l’écriture avec un personnage à la Madame de Merteuil. Le choix des lettres nous montre l’ancrage de l’auteure dans le XVIIIème mais c’est avec « le roman XIXème » qu’elle atteint la pleinitude de son art. « Lady Susan » est néanmoins tout à fait charmant, agréable à lire et la méchanceté de Lady Susan est assez jubilatoire.

 

 

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Le treizième conte de Diane Setterfield

Diane Setterfield s’inscrit avec « Le treizième conte » dans une tradition littéraire très britannique, celle des récits gothiques et des histoires de fantômes.

Margaret Lea travaille avec son père dans une librairie où tous les deux vendent et achètent des livres anciens. Un jour Margaret reçoit une lettre très étonnante de Vida Winter qui la somme d’écrire sa biographie. Margaret est perplexe devant ce courrier de « (…) l’écrivain le plus aimé d’Angleterre ; le Dickens de notre temps ; l’auteur vivant le plus célèbre du monde. » D’autant plus perplexe, qu’elle ne s’intéresse absolument pas aux écrivains contemporains et préfère amplement ceux du passé. De plus, Margaret n’a écrit que quelques biographies confidentielles et s’étonne d’avoir éveillé l’intérêt de la grande Vida Winter. Tentant au départ d’exprimer un refus poli, Margaret se lance dans la lecture des oeuvres de Miss Winter et se laisse totalement envoûter.

Elle se rend dans le Yorkshire où l’attendent Vida Winter et ses souvenirs. Margaret va aller de surprise en surprise tant la vie de l’écrivain est peuplée de drame, de folie et de fantômes. Et elle devra sortir de ce labyrinthe d’histoires pour recomposer la terrible vérité.

« Le treizième conte » est un récit qui m’a plu pour deux raisons. La première concerne la thématique gothique du récit de Vida Winter. Celui-ci est en effet peuplé de fantômes qui hantent le château d’enfance de l’écrivain. Vida Winter vit avec sa soeur jumelle, Emeline, dans un manoir laissé quasiment à l’abandon. Leur mère n’est plus là, leur oncle ne sort pas de sa chambre, il ne reste que deux vieux serviteurs pour s’occuper des jumelles. Une gouvernante, Hester, est embauchée mais elle finira par partir à cause du caractère des jumelles et d’une mystérieuse présence qui contre-carre sans cesse ses projets. Cet épisode du roman fait référence à la célèbre nouvelle d’Henry James « Le tour d’écrou ». D’ailleurs Hester y fait clairement référence dans son journal : « Il se trouve que ces histoires de fantômes tombent précisément le jour où le livre que je suis en train de lire a complètement disparu – pour être remplacé par un court roman d’Henry James. (…) Ce qui rend la chose remarquable, c’est qu’une coïncidence frappante fait de cette facétie une plaisanterie bien plus astucieuse que n’aurait pu le penser son auteur : le livre raconte l’histoire assez stupide d’une gouvernante et de deux enfants hantés. »  Je m’insurge contre l’adjectif « stupide » employé par Hester, « Le tour d’écrou » est excellent ! Un autre roman est très souvent cité et sert de parallèle à l’histoire de Vida Winter. Il s’agit de « Jane Eyre » de Charlotte Brontë. L’auteur nous y parle d’une gouvernante (décidément très british !) qui tombe amoureuse de Mr Rochester, son patron, et qui découvre l’existence cachée de la femme  de celui-ci. Dans « Le treizième conte » on découvre également une vie cachée… mais je ne peux en dire plus sous peine de gâcher  tout suspens. Dans « Jane Eyre » comme dans « Le treizième conte », tout se résoudra dans un incendie.

La deuxième raison qui me fait aimer le roman de Diane Setterfield, c’est l’hommage rendu à la littérature et à l’amour de la lecture. Margaret Lea et Vida Winter vivent toutes les deux au milieu des livres, au milieu des histoires et de l’imaginaire. Les livres sont pour toutes les deux une consolation aux douleurs de la vie. « De quelle aide peut être la vérité à minuit, dans l’obscurité, quand le vent hurle dans la cheminée comme un loup ? Quand les éclairs jettent des ombres sur le mur de la chambre et que la pluie griffe les vitres de ses ongles ? Non, quand la peur et le froid vous paralysent dans votre lit, n’espérez pas que la vérité, créature sèche et osseuse, vienne à votre secours. Ce dont vous avez besoin alors c’est du confort moelleux d’une histoire.  » De nombreux romans sont cités dans les pages du « Treizième conte » et ils sont tous des exemples de la grandeur  de la littérature anglaise : « Les Hauts de Hurlevent » d’Emily Brontë, « La dame en blanc » de W. Wilkie Collins, « Le château d’Orante  » de H. Walpole, « Le secret de Lady Audley » de Mary Elizabeth Braddon, « Docteur Jekyll et Mr Hyde  » de Robet Louis Stevenson, « Middlemarch » de George Eliot, « Raisons et sentiments » et « Emma » de Jane Austen, « Les temps difficiles » de Charles Dickens, « Les diamants d’Eustace » d’Anthony Trollope… Margaret Lea qui égraine cette liste de chefs-d’oeuvre, serait une compagne bien agréable avec qui je discuterais avec plaisir !

« Le treizième conte » n’est bien entendu pas un chef-d’oeuvre à rajouter à la liste donnée ci-dessus. Il reste que lorsque l’on apprécie (et c’est mon cas… je crois que ça se voyait sans que je le dise !) la littérature anglaise, les fantômes et le suspens, on passe un excellent moment en compagnie de Diane Setterfield.

Trois hommes dans un bateau de Jerome K. Jerome

A la fin du XIXème siècle, trois petits employés de bureau londoniens (et un chien) décident de remonter la Tamise en canot, histoire de se délasser. Après de vives discussions sur l’organisation du voyage, les voilà partis pour un périple de deux semaines en bateau sur un fleuve chargé d’Histoire et d’histoires.

Jerome K. Jerome mêle les genres. Chaque ville ou village rencontrés, chaque parc, château ou cimetière est l’occasion de rappeler des faits historiques ou d’évoquer de hauts personnages. L’auteur décrit les paysages traversés, célèbre les beautés des rives de la Tamise, et recommande au lecteur de visiter tel lieu ou de s’arrêter à telle auberge. On a l’impression de tenir entre les mains un guide touristique version XIXème siècle.

Telle était bien son intention première. L’introduction – Garnier-Flammarion nous a habitués à de longues et souvent fastidieuses préfaces, mais celle-ci pour le coup apporte un éclairage intéressant sur la genèse et le contexte de l’œuvre – nous apprend qu’à l’origine le livre devait mêler « description de paysages et évocation historique », entrecoupées d’ « intermèdes humoristiques pour la détente du lecteur ». C’est cet humour qui retient finalement l’attention du lecteur, et continue de faire aujourd’hui la renommée du livre.

Nous assistons donc aux péripéties rocambolesques de nos trois amis (et du turbulent fox-terrier Montmorency), avec son lot d’incidents, de disputes, de chutes, de collisions ou de farces parfois douteuses. Le narrateur rapporte également quelques souvenirs ou anecdotes comiques du passé. « Trois hommes dans un bateau » est caractéristique du non-sens, de l’absurde, de l’excentricité et de la douce folie qui forment le fond de l’humour british. Le ressort du comique à l’anglaise naît (merci encore l’introduction !) d’ « un décalage entre, d’une part, un ordre social très contraignant, qu’il est exclu de remettre en question, et, d’autre part, les multiples catastrophes qui ne cessent de se produire à l’intérieur même de cette enveloppe de conventions ». Ainsi de Georges qui, se levant en pleine nuit alors qu’il croit être huit heures du matin et qui, constatant qu’il fait nuit et que sa logeuse n’est pas levée comme à son habitude, continue pourtant de faire les gestes quotidiens pour se préparer et partir à son travail : plutôt pousser une situation jusqu’à l’absurde que de chambouler les codes sociaux admis.

Les promenades en bateau sur la Tamise étaient très prisées par les Londoniens de l’époque, aussi bien des aristocrates que des gens du peuple, dont les petits-bourgeois, catégorie sociale en plein essor à laquelle appartenait Jerome K. Jerome. Fils d’un propriétaire de mines de charbon ruiné, il dut très tôt subvenir à ses besoins comme employé de bureau ou clerc de notaire. Les critiques lui reprochèrent son humour cockney de petit employé, représentatif de cette classe sociale à mi-chemin d’un peuple inculte et d’une élite cultivée. Mais qu’importe pour le lecteur d’aujourd’hui, français de surcroît, pour qui « Trois hommes dans un bateau » est un exemple savoureux de ce que l’humour anglais a produit de meilleur.

Orgueil et préjugé de Jane Austen

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Après avoir beaucoup tourné autour de Jane Austen, je me lance dans la relecture de ses six romans. Je commence par le plus symbolique, le plus commenté sur la blogosphère, celui qui cristallise le plus la vénération des austiennes archarnées.

La famille Bennet vit dans un village du Hertfordshire et le roman débute avec une grande nouvelle : le domaine de Netherfield Park est loué à un jeune homme célibataire et riche, Mr Bingley. Ce nouveau  venu provoque l’émoi (l’hystérie même) de Mrs Bennet qui ne pense qu’à une seule et unique chose : marier ses cinq filles car sans un mariage le domaine des Bennet reviendra à un cousin éloigné, Mr Collins, à la mort de Mr Bennet. L’aînée, Jane, et Mr Bingley se rencontrent au bal de Meryton et se plaisent immédiatement. Elizabeth, la 2ème soeur, y fait la connaissance du méprisant ami de Charles Bingley, Mr Darcy. Elle se met instantanément à le détester mais les sentiments des uns et des autres peuvent évoluer…

« Orgueil et préjugé » est un roman sur le mariage mais cela ne signifie pas qu’il s’agit là d’une romance mièvre. Certes Jane et Mr Bingley se plaisent dès le premier soir mais leurs amours sont très fortement contrariées pendant tout le roman. Mr Darcy se rend également rapidement compte des charmes d’Elizabeth mais il ne cesse de lutter contre ses sentiments : « Il était convaincu que, n’eût été la parentèle si inférieure de la jeune fille, il aurait été en grand danger de tomber vraiment amoureux. » Quant à Elizabeth, elle déteste Mr Darcy dès le départ pour son arrogance, son dédain et son orgueil. Il faudra tout un roman pour que Lizzy dépasse ses préjugés envers Darcy et pour que celui-ci remballe son orgueil. Je tiens également à souligner que les déclarations aboutissant à des mariages sont absentes du roman, ce qui nous épargne des effusions par trop sentimentales. Les deux seules demandes sont celles de Mr Collins, et la première de Mr Darcy, qui sont toutes deux parfaitement pitoyables.

Jane Austen nous présente dans son roman différentes sortes de mariage. Il y a la vision de Jane et d’Elizabeth (celle de Jane Austen elle-même) qui n’imaginent pas un mariage sans amour. Et il y a celle de l’amie de Lizzie, Charlotte Lucas, qui épouse le cousin héritier des Bennet : Mr Collins. Elle ne le fait que dans un seul but : échapper au besoin et s’établir. A travers ces deux manières d’envisager le mariage, on retrouve le titre d’un autre roman de Jane Austen : raison et sentiment.

Comme on le voit dans le cas de Charlotte Lucas, le mariage et l’argent sont étroitement liés en cette fin de XVIIIème. Les prétendants comme Bingley ou Darcy ne sont tentants que dans la mesure où leur rente est élevée. Jane Austen nous détaille cet état de fait avec beaucoup de subtilité. Les amours de « Orgueil et préjugé » ne peuvent s’accomplir qu’en dépassant les classes sociales et leur stricte codification. Mr Darcy est un gentleman d’une grande richesse, d’une famille de propriétaires terriens depuis des générations. Mr Bennet est également un gentleman mais il a épousé une femme dont la famille a fait fortune dans le commerce. Mr Darcy abaisse sa famille, son nom, en ayant l’idée de se marier avec Elizabeth.

L’humour est une des grandes caractéristiques de l’écriture de Jane Austen. Il passe par le narrateur omniscient qui porte un regard ironique sur les personnages et notamment sur Elizabeth lorsqu’elle prend conscience de ses erreurs de jugement envers Darcy, elle qui se pensait si clairvoyante. Mais l’humour passe également dans les reparties des personnages et notamment Mr Bennet. Ce père très particulier (il considère ses trois dernières filles comme parfaitement idiotes) ne cesse d’envoyer des piques cinglantes à sa femme qui ne brille pas par son intelligence. Je ne résiste pas à l’envie de citer Mr Bennet. Sa femme s’inquiète de voir Charlotte Lucas devenir la maîtresse de sa demeure à la mort de son mari. Ce dernier lui rétorque : « Allons donc, ma chère, ne vous laissez pas aller à ces sinistres prémonitions. Tâchons de nourrir de plus douces pensées. Nous pouvons, par exemple, nous flatter de l’espoir que c’est moi qui vous survivrai. »

Je pourrais encore analyser longuement « Orgueil et préjugé » tant ce roman est riche. L’écriture exquise de Jane Austen, sa finesse psychologique, son humour cinglant font d’elle un de mes auteurs de prédilection. On retrouve naturellement tous ces ingrédients dans « Orgueil et préjugé » qui est un bonheur de lecture absolu et que j’ai été enchantée de redécouvrir. Le couple Elizabeth/Mr Darcy est devenu mythique et a donné lieu à plusieurs adaptations… à suivre donc!

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La reine des lectrices de Alan Bennett

Aux détours d’une promenade, la reine d’Angleterre découvre la présence d’un bibliobus dans le parc de son château. Poussée par la curiosité, elle y entre et se sent obligée d’emprunter un livre. Elle sort avec un livre d’Ivy Compton-Burnett qu’elle n’apprécie guère et qu’elle ne tarde pas à ramener au bibliobus. De nouveau, sa politesse infinie l’oblige à reprendre un ouvrage. Cette fois, elle choisit « La poursuite de l’amour » de Nancy Mitford et cette lecture va bouleverser sa vie. « Le choix de « la poursuite de l’amour » se révéla particulièrement judicieux et à sa manière décisif. Si sa majesté était encore tombée sur un ouvrage ennuyeux – l’un des premiers romans de George Eliot, par exemple ou l’un des derniers d’Henry James – elle aurait fort bien pu renoncer définitivement à la lecture, novice comme elle l’était dans cet art, et il n’y aurait pas la moindre histoire à raconter. » La reine d’Angleterre devient alors totalement accro à la lecture, elle en oublie progressivement ses obligations et ne parle plus que de livres. Cette activité est d’ailleurs très mal vue par l’entourage de la reine car il est préférable qu’elle n’ait pas de hobby. Mais rien n’arrêtera plus la passion de la reine.

Ce petit livre d’Alan Bennett est un vrai délice bourré de drôlerie. L’auteur parle très bien de la lecture et de la passion dévorante qu’elle peut provoquer. La reine nous fournit d’ailleurs une bonne définition de cette passion qui me correspond parfaitement : « Elle découvrait également que chaque livre l’entraînait vers d’autres livres, que les portes ne cessaient de s’ouvrir, quelques soient les chemins empruntés, et que les journées n’étaient pas assez longues pour lire autant qu’elle l’aurait voulu. » Je soupçonne Alan Bennett d’avoir voulu ouvrir beaucoup de portes à ses lecteurs car les noms d’auteurs sont légion ! (Proust, Genet, Forster, Ishiguro,Mc Ewan, Roth, Beckett, Tourgueniev, Plath, Hughes,  Munro, Dostoievski, Thackeray, Austen, etc… que du bon!) La reine va porter sa préférence sur les classiques après avoir organisé une soirée décevante avec des auteurs contemporains (ceux-ci sont trop impressionnés par la reine pour parler littérature avec elle !) : Dickens, les Brontë, Virginia Woolf, Trollope. Elle finit même par revenir sur George Eliot et Henry James malgré le côté ardu de certains de leurs ouvrages ! Le lecteur apprend à lire au fil des ouvrages et les difficultés s’effacent. De là à en conclure que la lecture muscle le cerveau, il n’y a qu’un pas, amis bloggeurs nous sommes de grands athlètes !

« La reine des lectrices » se dévore en quelques heures et j’ai passé un excellent moment en compagnie d’Elizabeth. Je me suis souvent reconnue dans ce personnage assoiffé de lecture. C’est léger, c’est drôle, c’est suprêmement british et ça provoque une envie irrésistible de se jeter sur tous les livres cités. Cet ouvrage d’Alan Bennett n’a malheureusement fait que rallonger ma liste de livres à lire !

 

La poursuite de l'amour de Nancy Mitford

Le roman de Nancy Mitford porte bien son titre car c’est bien après l’amour que court Linda, l’héroïne du livre.

La vie de Linda nous est narrée par sa cousine germaine Fanny. Cette dernière vient régulièrement à Alconleigh, le domaine de la famille de Linda, les Radlett. Fanny a été abandonnée par ses parents et est élevée par l’une de ses tantes. « Ma vraie mère, leur plus jeune soeur, s’était trouvée trop belle et trop gaie pour s’encombrer d’une enfant à l’âge de 19 ans. Elle quitta mon père quand j’avais un mois et par la suite se trotta si souvent, et avec tant de gens différents, que sa famille et ses amis ne l’appelaient plus que « la Trotteuse ». Entre-temps, la 2nde épouse de mon père, et ensuite la 3ème, 4ème et 5ème n’eurent évidemment pas très envie de s’occuper de moi. »

La famille Radlett est totalement excentrique et le train-train quotidien n’existe pas. L’oncle Matthew organise des chasses aux enfants avec chiens lancés à leurs trousses, les enfants s’enferment dans un placard pour les réunions de leur société secrète « les Honorables », le voisin Lord Merlin met des diamants aux cous de ses chiens et peint de couleurs différentes ses pigeons. Les enfants vivent sans contraintes ni devoirs, Linda grandit dans l’irréalité la plus totale. Ses rêves d’amour commencent lorsque Fanny et elle vont faire leur entrée dans le monde. « Nous ne devions « aller dans le monde » que deux ans plus tard – pour nous une éternité – et plus encore pour Linda que pour moi. Elle était véritablement anéantie par son impatience à connaître l’amour, et n’ayant ni leçons ni devoirs, elle ne trouvait aucun dérivatif. » La recherche de l’amour absolu et romanesque sera l’unique moteur de la vie de Linda et ne lui apportera pas tout le bonheur dont elle rêve.

Nancy Mitford nous présente deux formes d’amour à travers les vies des deux cousines. Fanny est raisonnable, elle vit dans un environnement calme et heureux avec sa tante Emily et son mari hypocondriaque, Davey. Elle n’épouse qu’un seul homme qui est le père de ses enfants. Linda, habituée à la folie perpétuelle d’Alconleigh, n’est pas faite pour supporter le quotidien du mariage. Elle s’ennuie rapidement et change de mari. Sa quête de l’amour l’empêche même de s’occuper de sa fille qu’elle abandonne à son premier mari. Nancy Mitford, qui a mis beaucoup d’elle dans le personnage de Linda, semble nous dire que la poursuite de l’amour est vaine et décevante.

L’univers de Nancy Mtford m’a beaucoup plu, le lecteur est plongé dans une atmosphère typiquement britannique, plein d’humour et d’excentricité. L’auteur est capable d’aborder l’intime comme l’Histoire puisque Linda est entraînée par son second mari communiste dans les camps français où sont recueillis les espagnols fuyant le fascisme.

Mon seul bémol concerne la fin du roman qui me semble bâclée. Nancy Mitford se débarasse de manière abrupte de Linda et je suis donc restée sur ma faim. Il reste un roman délicieux qui me donne envie de lire les autres oeuvres de Nancy Mitford. J’attends les suggestions des bloggeuses anglophiles!

La vie et les opinions de Tristram Shandy de Laurence Sterne

« La vie et les opinions de Tristram Shandy » porte mal son nom. Car de la vie de Tristram, le narrateur, on apprend très peu de choses, et un peu plus de ses opinions il est vrai. Sa naissance ne survient qu’au tiers du livre environ, et à la fin il n’est encore qu’un enfant. Les véritables héros en sont le père de Tristram, Gauthier Shandy, et le frère de celui-ci, Tobie. Leurs discussions, réflexions, faits et gestes, et les retours sur leur vie constituent autant de digressions qui freinent la progression du récit. Mais cela semble le cadet des soucis de Laurence Sterne, qui prend plutôt plaisir à dynamiter la forme académique du roman.

Au final, le récit se présente comme un collage de commentaires philosophiques, de gloses religieuses, d’allusions graveleuses, de discussions sur d’absurdes points de droit, d’analyses scientifiques, de dissertations sur l’art militaire. La science des fortifications est le « dada » (ou « califourchon ») de Tobie, ancien officier blessé à la bataille de Namur, homme bon et doux dingue, qui reconstitue dans son jardin, en miniature, places fortes ou autres villes afin de rejouer avec son fidèle serviteur L’Astiqué les batailles qui s’y sont déroulées. Tout cela sous l’œil mi-amusé mi-agacé de son frère, excentrique d’un autre genre, homme fantasque, singulier et imprévisible, à la grande culture livresque parfois mal digérée, « dont la méthode constante était de faire cadrer de force chaque événement au monde avec une de ses hypothèses » et qui professe les théories les plus extravagantes sur la procréation, l’accouchement, la forme du nez, ou encore l’influence du nom de baptême. Théories qu’il entend bien appliquer à l’éducation de son fils Tristram, même si la fortune semble prendre un malin plaisir à contrarier ses plans.

« Tristram Shandy » est rempli de références aux penseurs et écrivains qui ont influencé Sterne : Locke, Swift, mais surtout Cervantès et Rabelais. On retrouve de ce dernier un goût certain pour la fantaisie verbale, avec ces savoureux archaïsmes (ou néologismes ?) : « éplapourdi », « patafioler », « embabouiné », « emberlucoqué », « coquefredouille »,  « niquedouille », « entrefesson », « dilapidéchargé », « débagoulage », « fougadeux », « turlutaine », etc. Hommage et satire, éloge de la singularité et dénonciation des idées reçues, récit et parodie de récit, ce texte iconoclaste contient tous les genres, il est tous les textes, il est le « livre des livres ».

Laurence Sterne s’amuse avec son lecteur, qu’il apostrophe parfois pour lui exposer ses propres réflexions sur la littérature et la vie. Ecrire et vivre sont une seule et même chose pour Sterne le tuberculeux. Lutter contre la mort qui rôde revient donc à combattre le mortifère esprit de sérieux en littérature : « […] j’écris sans plus m’en faire ce parfait livre du dessouci : d’une honnête courtoisie et d’une extravagance absolue, facétieux en diable mais sans malice aucune, bref, shandéique jusqu’à la moelle des os, qui ne manquera point de vous faire le plus grand bien au cœur. Et à la tête également, à condition que vous y compreniez quelque chose. » Grand bien nous fasse en effet.

Jane Austen à Scargrave Manor de Stephanie Barron

Ce roman est la première aventure sherlockholmesque  de notre chère Jane Austen. Elle est invitée par Isobel, la nouvelle Lady Scargrave, à venir célébrer son mariage dans son château. Jane Austen a rencontré celle-ci 18 mois plus tôt à Bath et s’est liée d’amitié avec elle. A l’époque, les deux jeunes femmes étaient célibataires et leurs destins furent très différents. Isobel se marie à Lord Scargrave, beaucoup plus âgé qu’elle ; Jane refuse la proposition de mariage de Mr Bigg-Wither et justifie son choix auprès de son amie : « Mon instinct de conservation, ma conviction qu’un mariage sans amour est la pire forme d’hypocrisie qui soit me donnèrent la force, après une nuit sans sommeil, de l’informer que j’avais commis une erreur en encourageant ses avances et de lui assurer que j’étais la femme la moins capable de lui apporter la félicité conjugale. »

De retour de voyage de noces, Lord et Lady Scargrave organisent un grand bal pour célébrer leur mariage avec leurs amis et familles. Mais pendant le bal, Lord Scargrave se trouve mal et meurt avant le lever du jour. Isobel est rapidement soupçonnée et avec elle Fitzroy Payne, neveu et seul héritier de Lord Scargrave. Les deux sont en effet tombés amoureux : « Nous nous déclarâmes notre flamme, nous fîmes appel à notre sens de l’honneur et à l’estime que nous vouions au comte, et finîmes par nous résigner à notre sort, le coeur déchiré. » Isobel et Fitzroy sont envoyés en prison et Jane Austen se lance à la poursuite du meurtrier pour sauver ses amis.

Stephanie Barron est une grande amatrice de Jane Austen et imite dans ses romans le style de son écrivain préféré. Elle va même plus loin puisqu’elle tente de nous faire croire que le manuscrit de Scargrave Manor est un original de Jane. Stephanie Barron explique dans l’avant-propos qu’elle l’a découvert dans le manoir de la famille Westmoreland affiliée lointainement au frère de Jane Austen. Elle joue le jeu tout le long du roman en annotant le manuscrit en bas-de-page avec des précisions d’ordre bibliographique. Ce petit jeu avec le lecteur est très amusant et on peut reconnaître à Stephanie Barron une bonne connaissance de l’écrivaine anglaise. Elle décrit une Jane Austen intelligente, piquante et observatrice, qualité qui lui permet de se transformer en fin limier.

L’enquête est quant à elle bien ficelée et attise réellement la curiosité du lecteur. L’intrigue ne se dénoue qu’à la toute fin du roman.

« Jane Austen à Scargrave Manor » est un divertissement agréable et original. Ce n’est bien évidemment pas le policier du siècle mais il ne faut pas bouder cet hommage délicieux à Jane Austen. A conseiller aux austiniennes acharnées.

 

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La recluse de Wildfell Hall de Anne Brontë

« La recluse de Wildfell Hall » est le second roman de la cadette des soeurs Brontë, Anne. Le premier, « Agnès Grey », a été publié en 1847, celui-ci en 1848 sous le pseudonyme de Acton Bell. Les trois soeurs avaient en effet envoyé leurs manuscrits aux éditeurs sous des pseudonymes masculins pour avoir plus de chance d’être publiées.

L’histoire de « La recluse de Wildfell Hall » commence à l’automne 1827. Le narrateur est Gilbert Markham, un fermier de 24 ans. Dans le village, une nouvelle habitante vient de s’installer à Wildfell Hall. Elle se nomme Helen Graham, est veuve, mère d’un fils de cinq ans, reste très réservée et à l’écart de la vie sociale de la petite communauté. Son logement se prête d’ailleurs fort bien à l’isolement :  » Près du sommet de cette colline, à 2 miles environ de Linden-Car, se dressait Wildfell Hall, une vieille bâtisse de l’époque élisabétahaine, construite en sombres pierres grises, vénérable et pittoresque, mais sans aucun doute aussi froide que triste à habiter, avec ses épais meneaux de pierre, ses petites vitres treillissées, ses soupiraux rongés par le temps et son isolement. »

La nouvelle arrivée suscite immédiatement l’intérêt de tous. Gilbert Markham ne fait pas exception et son attention devient de plus en plus tendre. Mais il ne comprend pas l’attitude froide et distante d’Helen alors même qu’ils passent beaucoup de temps ensemble. Elle ne veut pas approfondir ses relations avec Gilbert : »(…) si vous ne pouvez vous contenter de me regarder comme une amie…une amie sincère, sans passion, maternelle ou fraternelle, je dois vous prier de me laisser seule à présent, et de me laisser seule désormais. » Cette solitude est rapidement l’objet des pires rumeurs sur la moralité d’Helen. Elle doit alors s’expliquer auprès de Gilbert.

Là s’ouvre un deuxième récit dont le narrateur est Helen elle-même. A travers son journal intime, elle nous raconte son mariage avec Arthur Huntingdon qui ne se déroula pas exactement comme la jeune fille romantique l’avait imaginé. « Il n’est pas non plus un mauvais mari; mais ses notions de devoir et de bonheur conjugal sont opposées aux miennes. Si l’on en juge par l’apparence, son idée est que la femme est faite pour aimer l’homme avec dévotion et pour rester à la maison. Elle doit attendre son mari, l’amuser, pourvoir à son confort de toutes les façons possibles, tant qu’il lui plaît de rester avec elle. Quand il est absent, elle doit veiller à ses intérêts domestiques et autres et patienter jusqu’à son retour. Peu importe ce qu’il fait pendant ce temps. »

« Le recluse de Wildfell Hall » est un des premiers romans féministes. Helen, déçue par son mariage, revendique sa liberté et défie son mari. Les femmes ne sont que secondaires dans le couple et doivent tout mettre en oeuvre pour être agréables aux hommes. Anne Brontë n’était bien entendu pas de cet avis, Helen en est la preuve mais également Esther qui ne cède pas à la pression sociale et attend l’amour véritable.

On trouve dans « La recluse de Wildfell Hall » des thématiques proches « Des hauts de Hurlevent » de Emily Brontë. Notamment celui de la violence sauvage des hommes (même le charmant Gilbert peut réagir de manière violente) et surtout l’alcoolisme qui les détruit. Branwell Brontë, le frère d’Anne, était lui-même alcoolique ce qui le mena à une déchéance physique mortelle.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture même si l’écriture de Anne est moins fluide que celle de ses deux soeurs. Les thématiques, le réalisme social en font une oeuvre tout à fait intéressante. Anne confirme l’extraordinaire créativité artistique de la famille Brontë.