Le jardin sur la mer de Mercè Rodoreda

« Moi, j’ai toujours aimé connaître tout ce qui arrive aux gens, bien que je ne sois pas bachelier… C’est parce que j’aime les gens. Et les propriétaires de cette maison, je les aimais. Mais cela fait si longtemps, de tout ça, dont je ne me souviens plus. Je suis trop vieux et parfois je m’embrouille malgré moi… » Un vieux jardinier se remémore les six étés où il travailla pour Mme Rosamaria et M. Francesc dans leur superbe villa surplombant la mer. Le jeune couple, issu de la bourgeoisie barcelonaise, arrive chaque année à la belle saison avec des amis comme le peintre Feliu qui ne peint que la mer. De somptueuses fêtes sont organisées dans le luxuriant jardin, des feux d’artifice, un lion et une guenon feront également partie des divertissements qui se déroule sous le regard amusé et indulgent du jardinier. Mais l’insouciance prendra fin avec l’arrivée d’un nouveau voisin qui fait construire une villa pour sa fille et son mari.

Je découvre Mercè Rodoreda grâce au « Jardin sur la mer » pour la première fois traduit en français. L’histoire du couple est vu au travers des yeux bienveillants de leur jardinier. Cet homme modeste, amoureux de la nature, est aussi attentif aux plantes qu’aux personnes qui vivent dans la villa. Il observe avec finesse, écoute avec patience et se dessine, grâce à lui, par petites touches la vie des autres. Les premiers étés ont un côté fitzgeraldien mais les bulles de champagne vont bientôt laisser la place à un drame poignant. Le passé des personnages jette une ombre sur ce lieu idyllique et le charme se rompt. Le récit du vieux jardinier, personnage infiniment touchant, se fait mélancolique et emprunt de désenchantement. Mercé Rodoreda décrit avec finesse et subtilité les sentiments, les actions de ses personnages, comme leurs secrets les plus enfouis.

Délicat, nostalgique, poétique, « Le jardin sur la mer » est un splendide roman qui me donne envie de découvrir toute l’œuvre de Mercé Rodoreda.

Traduction Edmond Raillard

Juno et Legs de Karl Geary

Dublin, années 80, Juno a 12 ans et c’est une boule de rage. Son père, alcoolique, comate toute la journée dans leur logement. Sa mère doit travailler sans arrêt pour que la famille ne sombre pas totalement. Elle est couturière mais ses clientes ne lui versent que de très modestes acomptes. A l’école, rien ne va non plus : Juno ne se laisse pas faire, elle se bagarre s’il le faut, se rebelle contre la sœur et le père de son école catholique. Ces deux-là infligent humiliation, punitions physiques à ceux qui sortent du rang. C’est le cas de Sean, un garçon timide et frêle qui se voit affliger de rubans roses devant toute la classe. Juno vole à son secours et nait alors une indéfectible amitié avec Sean qu’elle rebaptise Legs.

« Juno et Legs » (en vo « Juno loves Legs ») est le deuxième roman de Karl Geary et Juno est la narratrice de cette histoire déchirante. Un drame terrible va séparer les deux enfants qui ne se retrouveront que des années plus tard. La misère sociale, le peu d’entraide dans le quartier où vit Juno sont frappants, la brutalité et l’autoritarisme des religieux l’est encore plus. Comment deux enfants comme Juno et Legs peuvent-ils se construire dans un tel environnement ? Nous assistons à la chute de ces deux écorchés vifs. Le tableau est très noir mais Karl Geary ne tombe pas non plus dans le mélo larmoyant grâce à son écriture vive, rythmée et à la lumière que constitue l’amitié de Juno et Legs. Des images très fortes restent à l’esprit lorsque l’on referme ce roman comme celle de deux gamins qui sèchent l’école pour se balader dans les rues de Dublin, une bouffée de liberté dans un quotidien gris et violent.

« Juno et Legs » est un splendide et tragique roman de formation, aux personnages incroyablement incarnés que l’on aimerait sauver. « Vera », le premier roman de Karl Geary publié en 2017, est dans ma pal, il devrait plus y rester bien longtemps !

Traduction Céline Leroy

L’année du jardinier de Karel Capek

Karel Capek, grand écrivain tchèque mort en 1938, nous propose un almanach du jardinier avec les tâches à réaliser selon les mois de l’année. Entre ces chroniques, il y a d’autres textes portant sur les semences, la pluie bienfaisante, les amateurs de cactus, les beautés de l’automne, etc… L’ouvrage est agrémenté de dessins humoristiques réalisés par le frère de l’auteur. L’ensemble est désopilant, Karel Capek épingle les manies des jardiniers comme celle de vouloir toujours ramasser le crottin de cheval même si la bienséance l’empêche. « Seul un blâmable respect humain empêche le jardinier d’aller ramasser dans les rues l’engrais qu’y déposent les chevaux ; mais chaque fois qu’il aperçoit sur le pavé un joli tas de crottin, il gémit sur ce gaspillage des dons de Dieu. » 

L’ouvrage date de 1929 mais si vous avez des jardiniers autour de vous, vous allez forcément reconnaître certaines de leurs habitudes ou travers. Il en ressort que la principale qualité d’un jardinier est la patience (l’attente est bien longue durant les mois d’hiver), que l’on reconnaît l’arrivée du printemps au nombre de catalogues de jardineries dans sa boite aux lettres, qu’il ne faut jamais accepté de s’occuper du jardin d’un ami quand il est en vacances sous peine de crouler sous les taches et qu’il vaut mieux éviter de planter des légumes si on ne veut pas se retrouver à manger 120 radis par jour ! Ces chroniques sont vraiment savoureuses et cocasses mais Karel Capek y glisse également des réflexions plus profondes sur le temps qui passe notamment. « Le jardin n’est jamais fini. En ce sens, le jardin ressemble au monde et à toutes les entreprises humaines. »

« L’année du jardinier » est un texte qui peut se picorer tout au long des saisons pour suivre le parcours difficile et laborieux des jardiniers. Bien évidemment il n’est pas réservé qu’aux accros du jardin et j’ai pris beaucoup de plaisir à le lire alors que je n’ai pas spécialement la main verte !

Traduction Joseph Gagnaire

Fils prodigues de Colin Barrett

A Ballina, dans la comté de Mayo, les frères Ferdia ont un compte à régler avec Cillian English. Ce dernier a perdu dans un turlough, un lac éphémère, 30 000 € de cocaïne. Pour l’obliger à payer son dû, les deux hommes décident de kidnapper le petit frère de Cillian, Doll. Ils trouvent une planque dans la maison isolée de Dev Hendrick, un  jeune colosse réservé et dépressif. Nicky Hennigan, la petite amie de Doll, va tenter de le sortir de là.

Après un recueil de nouvelles, « Jeunes loups », datant de 2014 et que je n’ai pas encore lu, Colin Barrett publie son très réussi premier roman. Il nous plonge dans le quotidien sclérosé de jeunes gens de la classe ouvrière. La pauvreté, le chômage mènent à la drogue et à la petite délinquance. C’est le cas de Cillian qui trafique dans le petit pavillon de son petite amie. Les frères Ferdia sont les hommes de main d’un plus gros trafiquant. La brutalité répond à la misère sociale et à l’ennui. Face à ce schéma tout tracé, dans une petite ville où l’évènement majeur de l’année est le festival du saumon, deux personnages sortent du lot. Dev est un garçon hypersensible, peu gâté par la vie, rongé par des crises d’angoisse et dont l’humanité illumine le roman. Nicky, quant à elle, ne semble pas à sa place dans cette ville étriquée qui offre peu de possibilités. Elle est intelligente, responsable, réfléchie et on se demande ce qu’elle fait avec Doll, parfaitement insouciant et en admiration devant son frère dealer.

« Fils prodigues » est un roman social maitrisé aux personnages cabossés et touchants. Colin Barrett sait mélanger la noirceur à l’humour dans une langue inventive. Encore un auteur irlandais à suivre.

Traduction Charles Bonnot

Amiante de Sébastien Dulude

Eté 1986 à Thetford Mines, Steve Dubois passe son temps en compagnie de son meilleur ami Charlélie Poulin. Les deux garçons se construisent des cabanes, lisent des Tintin, se baladent à vélo dans cet étrange paysage qui les entoure. A côté des forêts se déploient des terrils, des tumulus d’amiante qui est exploitée dans les usines des alentours. Elles font vivre la ville, le père brutal de Steve y travaille, et bouche en même temps l’horizon. Cet été là ne sera pourtant pas seulement idyllique pour Steve. Comme un mauvais présage, la navette spatiale Challenger explose au décollage. Et un évènement plus dramatique encore va venir bouleverser le garçon. On le retrouve cinq ans après alors qu’il a 15 ans et qu’il est hanté par l’été 1986.

« Je me nourris du bon feu, j’éteins le mauvais. » Cette devise de François Ier est mise en exergue du premier roman de Sébastien Dulude et chaque partie de la phrase illustre une période de la vie de Steve. La première partie du livre est écrite à l’imparfait et inscrit l’amitié des deux garçons dans un passé lumineux et heureux. Loin de la dure réalité sociale de leur ville, du monde des adultes qui ne sont pas à la hauteur, ces deux-là se construisent une bulle où leur amitié les protège. Sébastien Dulude rend parfaitement la force du lien qui les unit, l’insouciance qui les accompagne dans leurs escapades. La deuxième partie est au présent et laisse entrevoir la fin d’un monde. On retrouve Steve au bord du gouffre, sur le fil en permanence. L’écriture de Sébastien Dulude est extrêmement sensorielle, sensible et poétique. Il parle avec justesse aussi bien du bonheur indicible de trouver un ami que du mal-être qui ronge. Steve est un personnage pour lequel j’ai ressenti beaucoup d’empathie et qui m’a infiniment touchée.

« Amiante » est un poignant roman d’apprentissage dont la langue marque par sa beauté et sa poésie.

Les pauses de la vie de Maria Messina

Paola Mazzei vit avec sa mère dans une petite ferme près d’Arezzo. Son frère, qui est médecin, a été réquisitionné sur le front. Leur père, excentrique et fantaisiste, a quitté le foyer depuis longtemps. Paola travaille au bureau de Postes où elle a pris la place de son oncle défunt. La jeune femme est assez solitaire, elle préfère lire pendant ses pauses plutôt que d’écouter les bavardages de ses collègues. Chaque soir, elle retrouve en cachette Matteo Solina dont les origines modestes déplairaient à sa mère. Mais le jeune homme finit également par quitter San Gersolé pour poursuivre ses études. « Oui, le monde est grand mais pour elle, il sera toujours limité à ce lieu tranquille appelé San Gersolé. (…) Mais c’est un coin minuscule dans le vaste monde. Sur les cartes géographiques, il n’est même pas signalé par un point, comme s’il n’existait pas. La terre est pleine de coins minuscules où végètent des gens qui pensent à toutes sortes de choses et meurent d’envie de voir d’autres lieux, de changer d’habitudes – et nul ne sait qu’ils existent. »

« Les pauses de la vie » est l’avant-dernier roman, paru en 1926, de Maria Messina. Comme dans les précédents romans de l’autrice que j’ai lus, la condition des femmes y est le thème central. Elle montre d’ailleurs la grande injustice qui leur est fait après la guerre. Les femmes ont remplacé les hommes partis au front, elles ont travaillé mais au retour des combattants, elles doivent céder leur place. Le titre de la postface de Marguerite Pozzoli, qui a traduit la roman, définit parfaitement la destinée de Paola : « Un impossible envol ». Son désir d’ailleurs et d’indépendance est sans cesse contrarié. Pourtant, elle l’entrevoit grâce à son activité de traductrice qui finit par être reconnu. Mais ce rêve modeste ne pourra pas s’accomplir, il se concrétise trop tard pour notre héroïne.

De nouveau, le destin du personnage principal de Maria Messina est implacablement contrarié, empêché. Paola est un très beau personnage, sensible et anticonformiste.

Traduction de Marguerite Pozzoli

La paix des ruches d’Alice Rivaz

« Je crois que je n’aime plus mon mari. » C’est ainsi que débute le journal de Jeanne Bornand. Elle y raconte les désillusions de son mariage avec Philippe, avec qui elle n’a volontairement pas eu d’enfant, mais aussi ses conversations avec ses collègues de bureau. Son quotidien lui inspire des réflexions sur la condition des femmes, leur rapport aux hommes, à l’amour et au mariage.

« La paix des ruches » a été publié en 1947 et les thèmes abordés par Alice Rivaz sont d’une grande modernité. Jeanne est avant tout une amoureuse, c’est ce sentiment qu’elle aimerait perpétuellement ressentir et que le quotidien du mariage flétrit. « C’est  que nous étions des amoureuses, et qu’ils ont fait de nous des ménagères, des cuisinières… Voilà ce que nous avons peine à leur pardonner. » Alice Rivaz évoque la soumission des femmes au confort de leur mari et de leur double journée de travail. Elle parle également de la tyrannie de la beauté, de l’apparence qui régissent la vie des femmes. Le manque de confiance en soi, l’importance du regard des autres poussent les femmes à s’en préoccuper. Elles répondent aux attentes des hommes, les devancent constamment. C’est pourquoi vieillir est un poids terrible. Jeanne subit également l’ironie féroce, le dénigrement de son mari lorsqu’il s’aperçoit qu’elle écrit. Son journal est constitué de trois parties qu’elle ne peut écrire que lorsque Philippe est absent. Jeanne n’a pas de « chambre à soi », pas d’intimité dans son couple lui permettant de s’exprimer. Heureusement, elle trouve du réconfort auprès de ses amies, de ses collègues. Alice Rivaz met en avant une tendre sororité qui se crée entre les femmes qui connaissent les mêmes attentes et déconvenues dans leur vie sentimentale.

« La paix des ruches » est un roman court, dense, montrant une grande acuité, une modernité dans les sujets abordés.

Labeur de Julie Bouchard

Dans la ville de M., le 12 novembre de l’an deux mille quelque, des vies se croisent, se côtoient. Gaston est chauffeur du bus 102 et ce soir il sera à la retraite. Olivia prend son bus pour rejoindre le magasin où elle est caissière. Sa fille Anna est étudiante en médecine et contrairement à sa mère, elle se fiche éperdument de son apparence. A l’université, elle suit les cours de Henri qui est séparé de sa femme et achète des plats cuisinés au supermarché où travaille Olivia. En ce 12 novembre, on peut également croiser Césaire, l’agent de sécurité, Jean-Pierre le facteur, Ghislain le spécialiste de Rousseau, Léon, l’éboueur ou encore Augustin, le mystérieux amoureux d’Olivia qui ne la voit que le dimanche. Tous s’affairent, sont occupés par des activités ordinaires jusqu’à ce que cette journée bascule.

« Labeur » de Julie Bouchard est un roman choral formidablement construit. L’autrice imbrique ces vies comme des poupées gigognes pour nous raconter cette journée si particulière. Des personnages principaux dans un chapitre deviennent secondaires dans un autre et inversement. C’est réjouissant à lire et ça l’est d’autant plus que Julie Bouchard s’amuse à glisser un « Moi » et un « Vous » dans son roman. Chaque personnage est défini par son métier et beaucoup s’interrogent sur leurs vies : ont-ils celles qu’ils méritent ? « Labeur » est un roman inventif, drôle et tragique. Julie Bouchard rend la narration très vivante, toujours en mouvement.

J’ai dévoré le premier roman de Julie Bouchard à la narration originale et brillante. Une excellente découverte.

Irinia Nikolaevna de Paola Capriolo

« Oui, tout ceci va trainer en longueur, inutile de se presser ou de presser le destin. De plus, l’une des principales caractéristiques de cet endroit est sa capacité à engourdir de façon agréable, ou du moins rassurante, la notion du temps, comme si la respiration de la mer, éternelle, immuable, était une sorte de tuberculose bénigne, capable de contaminer l’âme et la vie des créatures humaines. » Cet endroit est San Remo, sur la Riviera italienne, à la fin du 19ème siècle. Lady Brown a décidé de s’y installer après la mort de son mari. Elle cherche une dame de compagnie. Se présente Irina Nikolaevna, fille illégitime d’un boyard russe. Lady Brown tombe rapidement sous le charme de cette jeune femme aux manières élégantes et à la destinée passionnante. Elle l’engage immédiatement malgré le manque de références d’Irina et une part de mystère dans sa biographie. Les deux femmes vont vivre ensemble durant de longues années entre les mondanités de leurs riches voisins et le calme apaisant du bord de mer.

Dès les premières pages du roman de Paola Capriolo, j’ai été enchantée par la délicatesse, la finesse de sa plume. L’atmosphère de la mondaine San Remo est parfaitement rendue. Au fur et à mesure de l’avancée du temps, la mélancolie de cette fin de siècle s’impose, des rumeurs de guerre commencent à circuler. Le titre original du roman est « Irina Nikolaevna o l’arte del romanzo. » Le personnage principal est passionnant à ce titre. On comprend rapidement qu’elle ne cesse de romancer sa vie, on devine sa véritable histoire sans que rien ne soit révéler. Mais elle est surtout une femme indépendante, intelligente (elle converse longuement avec Alfred Nobel), au charme irrésistible.

« Irina Nikolaevna » est un roman délicieux qui décrit le quotidien de deux femmes qui se lient d’amitié en cette fin de siècle et sur fond de paysage luxuriant et étourdissant de beauté.

Traduction Audrey Richaud

Le mur invisible de Marlen Haushoffer

En cette fin de mois d’avril, la narratrice part passer quelques jours dans le chalet de sa cousine et de son mari. Elle est veuve, ses filles sont adultes, elle a du temps pour elle. Le lendemain de son arrivée, elle se réveille seule dans la maison isolée en pleine forêt. Après avoir cherché ses amis, elle découvre qu’un mur invisible la sépare du reste du monde. De l’autre côté, tout semble pétrifié. Heureusement, elle n’est pas complètement seule : un chat, un chien et une vache vivent dans le chalet. Grâce à eux, elle imagine que sa survie est possible et elle réapprend à travailler la terre, à vivre au rythme des saisons.

« Le mur invisible » végétait dans ma pal depuis longtemps, après le déferlement d’avis positifs, j’attendais de retrouver l’envie de le découvrir. Il est vrai qu’il s’agit là d’un roman surprenant. Marlen Haushofer l’a écrit en 1963, en pleine guerre froide et avec la peur d’une attaque nucléaire. La catastrophe, qui isole la narratrice, ne sera à aucun moment explicitée dans le roman comme c’est le cas également dans « La route » de Cormac McCarthy. Ce n’est pas ce qui intéresse l’autrice. Elle nous raconte ici un retour à la nature, à l’essentiel, loin d’une société oppressante. « Je n’avais qu’à attendre et à attendre encore. Ici tout vient en son temps, un temps qui n’est pas harcelé par des milliers de montres. Rien ne pousse ni ne presse. Je suis la seule à être impatiente dans cette forêt et à en souffrir. » 

La narratrice se bat jour après jour pour assurer sa survie et celle de ses animaux. Elle apprend à s’habituer à la solitude, au silence, aux labeurs des champs. Les tâches accomplies sont un peu répétitives et pourtant je suis restée accrochée à l’intrigue. Une certaine tension se dégage en effet du récit. La narratrice écrit son journal à posteriori et elle évoque certains évènements tragiques qui tiennent en haleine le lecteur. Le style est simple, très fluide et il contribue également au plaisir de lecture.

« Le mur invisible » est un roman surprenant, proche du nature writing et profondément humaniste.

Traduction Liselotte Bodo et Jacqueline Chambon