Ruth de Elizabeth Gaskell

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Ruth Hilton devient orpheline à 16 ans. Obligée de quitter la ferme de ses parents, elle se retrouve apprentie couturière chez Mrs Mason dans une ville de l’est de l’Angleterre. Ruth souffre beaucoup de sa nouvelle situation et de sa monotonie. C’est lors d’un bal, où Ruth est employée pour réparer d’éventuels accrocs, qu’elle rencontre Henry Bellingham. Le gentleman est tout de suite charmé par l’incroyable beauté de la jeune femme. Celle-ci, innocente et naïve, se laisse doucement séduire par les manières élégantes d’Henry. Et lorsque Ruth est chassée de l’atelier de couture de Mrs Mason, Bellingham décide de l’emmener avec lui au Pays de Galles. Inévitablement, la liaison s’achève, Bellingham retourne à ses obligations sociales sans se préoccuper outre mesure de sa compagne.  « La difficulté dans laquelle le plaçait sa relation avec Ruth lui rendait la jeune fille ennuyeuse, et la simple évocation de cette aventure le remplissait de regrets irrités. Considérant tout ce qui n’était pas directement lié à son confort avec indolence, il se mit à regretter de l’avoir même rencontrée. L’affaire était si embarrassante, si malencontreuse. »  Ruth se retrouve seule, déshonorée et enceinte. Mais la vie semble vouloir offrir une deuxième chance à Ruth Hilton.

« Ruth » est le deuxième roman d’Elizabeth Gaskell et il date de 1853. L’histoire de cette jeune héroïne est sans doute la plus empreinte de religion de l’ensemble de l’œuvre de la romancière. Le destin de Ruth est celui d’une martyre. Elle s’est laissée entrainer dans le péché par Henry Bellingham en raison de son jeune âge et de son manque d’éducation. Après son départ, Ruth n’est que trop consciente de sa faute et elle en porte le poids. Pendant le reste de sa vie, elle va expier et tenter de se racheter. Elizabeth Gaskell nous montre le manque de compassion de la communauté dans laquelle Ruth va vivre. Elle est jugée comme une femme pervertie, irrécupérable en raison de principes religieux. Et pourtant Ruth est parfaitement irréprochable, humble et dévouée. La religion la condamne mais c’est également elle qui la sauve. Ruth se plonge en elle pour y trouver de la force et elle est accueillie par Mr Benson, un prêtre dissident. A travers ce personnage, Elizabeth Gaskell nous montre ce que la religion devrait être : charitable, accueillante pour ceux qui se repentent et prête à pardonner. Mr Benson aime son prochain, sa vision de la religion est humaniste. Des idées que partageaient Elizabeth Gaskell et qu’elle veut inculquer aux lecteurs victoriens fort prompts à juger les jeunes femmes dans la situation de Ruth.

Malgré un dolorisme religieux très appuyé à la fin du roman, le destin de Ruth est très émouvant. Et comme toujours, l’humanisme et la finesse d’Elizabeth Gaskell me touchent. La thématique m’a beaucoup fait penser à « Tess d’Urberville » de Thomas Hardy mais je ne sais pas si ce dernier connaissait ce roman de Mrs Gaskell.

Merci aux éditions Phébus pour cette lecture.

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