
« De temps à autre dans les journaux, magazines et annuaires biographiques, je lis des articles où l’on m’apprend, en termes choisis, que si je me suis mêlé aux vagabonds, c’est afin d’étudier la sociologie.
Excellente attention de la part des biographes, mais la vérité est tout autre : c’est que la vie qui débordait en moi, l’amour de l’aventure qui coulait dans mes veines, ne me laissaient aucun répit. La sociologie ne fut pour moi qu’un accident : elle vint ensuite, tout comme on se mouille la peau en faisant un plongeon dans l’eau. Je brûlai le dur parce que je ne pouvais faire autrement, parce que je ne possédais pas, dans mon gousset, le prix d’un billet de chemin de fer, parce qu’il me répugnait de moisir sur place, parce que, ma foi, tout simplement… parce que cela me semblait plus facile que de m’abstenir. »
C’est donc bien par goût de l’aventure que le jeune Jack London quitte Oakland pour parcourir les États-Unis. Il devient un tramp, un vagabond voulant voir du pays. Le hobo, quant à lui, parcourt le pays mais en cherchant du travail. Jack London croise sur sa route de très (trop) nombreux hobos. Dans les années 1893-1894, l’Amérique connaît une crise économique majeure. L’univers décrit par London fait d’ailleurs beaucoup penser à celui de John Steinbeck où les journaliers miséreux vont de ferme en ferme. La grande différence est le ton employé. Il y a beaucoup d’humour chez Jack London, beaucoup de plaisir à raconter ses péripéties. Il risque souvent sa peau, notamment lorsqu’il « brûle le dur », ce qui signifie frauder les chemins de fer. Il se retrouve également souvent confronté aux « taureaux », aux flics, et n’évite pas la case pénitencier. Mais le jeune Jack London est téméraire, plein de vie et il se délecte à nous narrer ses aventures de casse-cou.
Ce voyage de 20 000 km à travers son pays a été extrêmement formateur. Sans lui, l’écrivain Jack London n’aurait sans doute jamais existé. Il est bien entendu au coeur de l’action, ce qui lui donne matière à écrire. Mais il y a surtout la mendicité nécessaire à la vie de tramp. London rechigne au début à quémander. Puis il se rend compte que mendier est en réalité une « gymnastique de l’audace » et qu’il lui faut toute « l’habileté du conteur » pour obtenir un bon repas. C’est ainsi que l’imagination de Jack London se mit en marche pour ne plus s’arrêter ! C’est aussi durant ce voyage que la fibre socialiste s’est éveillée chez lui. Il découvre la pauvreté, la misère absolues. Il se rend compte également que la justice est à deux vitesses. London s’indigne du traitement réservé aux hobos attrapés par la police : 30 jours de pénitencier pour chacun sans autre forme de procès. Ce simulacre de justice restera longtemps au travers de la gorge de London.
« La route » de Jack London est un témoignage passionnant sur la jeunesse de l’auteur et sur les États-Unis à cette époque. Le livre est traversé par l’énergie, l’audace incroyables de London. « La route » est également un formidable hymne à la liberté si chère à l’écrivain.

C’est sur, oui, je dois lire London!
@Keisha : Oui il faut absolument découvrir Jack London. C’est un écrivain génial et qui a des écrits très variés.
J’avais aimé son récit des bas-fonds de Londres, je devrais aimer celui là. Je lirai d’abord Martin Eden car je l’ai mais tu me donnes envie.
@Isil : Je dois également lire celui sur Londres, de toute façon je pense que tout est intéressant chez Jack London. Oui relis « Martin Eden » pour me dire si ta gorge se serre à la fin !
Ton billet donne vraiment envie de découvrir ce livre !
j’avais lu le peuple d’en bas où justement il se déguise en clochard pour pouvoir mener son enquête sociologique. C’est un auteur que j’aime beaucoup et qui n’a pas peur de ses convictions… Et puis quelle écriture ! L’humour ? Dans les récits que j’ai lu, à part justement le peuple d’en bas où il ironise souvent, je trouve que son univers est brutal et noir comme dans les contes des mers du sud ou Martin Eden. Je note en tout cas ce roman et j’ai aussi John Barleycon qu’il faut que je lise… Mais pas tout de suite : héhé, je prépare le challenge mois anglais même si pour l’instant le bilan de mes lectures n’est pas reluisant…
Jack London, c’est toujours une belle histoire/aventure à lire. Je n’ai pas encore découvert ce titre. je note
@Sylire : Merci, je suis contente de te donner envie. J’aime vraiment beaucoup Jack London, quelle vie incroyable il a eu ! Son livre est un petit documentaire sur les hobos de l’époque et sur son envie de voir du pays. Malgré les problèmes rencontrés, c’est très réjouissant.
@Maggie : Oui quel écrivain génial ! Dans « La route », il y a un côté vraiment jouissif, joyeux malgré la misère. Il choisit de partir sur les routes et de galérer parce qu’il ne peut rester en place. Il prend vraiment un plaisir fou à te raconter son périple et on finit presque par oublier la misère. Mais ses convictions politiques affleurent par moment, les hobos étaient de véritables parias.
@Kikine : Je suis bien d’accord avec toi. Lire London c’est toujours partir loin, il nous entraîne toujours dans son univers.
Ce roman me fait penser à Martin Eden du même auteur. On sentait aussi une vitalité, une énergie incroyable. Un chef d’oeuvre qui m’a permis de découvrir l’auteur.
Un auteur dont je ne connais rien… à part Croc Blanc, mais je viens d’apprendre que ce n’est pas la facette la plus intéressante de son œuvre, loin de là ! Comme j’ai envie de voyager cet hiver dans mes lectures, je le croiserai peut-être…
Je n’ai pas été complètement convaincue par « les Bas fonds de Londres » mais je l’avais trouvé globalement intéressant… je ne lirais pas tous les London mais j’ai bien envie de mieux le connaître, à commencer par des nouvelles en attente chez moi. Je suis soulagée; je n’avais plus accès à votre blog depuis plusieurs jours, ouf tout va bien ! Et au passage Titine je t’ai taguée, si le coeur t’en dit.
@Perrine : Je suis entièrement d’accord avec toi, « Martin Eden » est un chef-d’œuvre. Et on retrouvait une énergie folle, une envie de mordre la vie à pleine dent. Jack London est vraiment un auteur passionnant.
@Urgonthe : Je suis moi-même restée longtemps sur l’idée que Jack London se résumait à « Croc-Blanc ». Et puis, on m’a fait découvrir « Martin Eden » et mon opinion a complètement changé. C’est vraiment un auteur très intéressant et qui me semble sous-estimé.
@Lou : Jack London a écrit des choses vraiment variées allant de la sociologie des « Bas-Fonds de Londres », en passant par le documentaire tel « Sur la route » ou le roman avec « Martin Eden » par exemple. Son œuvre mérite d’être longuement explorée. J’irai voir sur ton blog dès que j’ai un moment quel est l’objet du tag. 🙂
Ah oui tu vois je ne t’épargne pas ;o) J’espère que tu te laisseras tenter… quant à London, tout un programme en effet ! Au passage je suis en train de lire un roman qui devrait te plaire, de Florence Warden, je te le prêterai si tu veux 🙂
@Lou : Je suis désolée de ne pas avoir eu le temps de répondre à ton tag, je ne pouvais pas accéder à mon blog et maintenant avec le mois anglais je crois que l’on va être bien occupée. Sorry 😦