La vie en sourdine de David Lodge

Desmond Bates est un universitaire à la retraite, il enseignait la linguistique au nord de l’Angleterre. Son temps se partage entre la lecture du Guardian, tasse de thé, des soirées mondaines organisées par sa femme et son vieux père résidant à Londres. Outre le fait que Desmond s’ennuie, son principal problème est de comprendre ce qu’on lui dit. Desmond est en effet sourd comme un pot. C’est à cause de ce handicap qu’il va se retrouver dans une situation délicate.  Lors d’un vernissage d’exposition, Desmond rencontre une jeune et jolie étudiante, Alex Loom. Celle-ci converse avec lui, mais lui n’entend absolument rien, le lieu est particulièrement bruyant. Desmond dit oui à tout ce qu’elle lui propose. Il a sans le savoir accepté de l’aider dans sa thèse et de la revoir le lendemain chez elle. Alex va rapidement devenir très envahissante et Desmond va avoir du mal à se dépêtrer de cette relation.

David Lodge commence son roman sur un thème qui lui est cher : les affres des universitaires. Le campus novel a fait sa gloire et son succès notamment avec sa trilogie (« Changement de décor », « Un tout petit monde » et « Jeu de société »). Mais on se rend rapidement compte que le thème principal de « La vie en sourdine » est tout autre. La vie universitaire sert de décor a des sujets plus sombres : la vieillesse, la diminution des capacités, le crépuscule de la vie et la mort. David Lodge traite cela avec plus ou moins d’humour. La surdité de Desmond est l’occasion de passages hilarants. Bien entendu, il comprend tout de travers ce qui donne des quiproquos cocasses. Desmond se lance également dans une comparaison entre cécité et surdité. Le premier handicap est toujours perçu comme tragique alors que le 2ème est source de rire voire d’agacement. Desmond tente de comprendre cette différence de traitement : « Les aveugles sont touchants. Les gens qui voient les considèrent avec compassion, se donnent de la peine pour leur porter assistance, les aider à traverser des rues passantes, les avertir des obstacles, caresser leur chien. Le chien, la canne blanche, les lunettes noires sont des signes visibles de leur infirmité qui suscitent un mouvement spontané de sympathie. Nous autres durs de la feuille ne disposons d’aucun signe de ce genre susceptible d’induire de la compassion. Nos prothèses auditives sont presque invisibles et nous n’avons pas d’adorable animal chargé de s’occuper de nous. »

La tonalité humoristique change au fil du roman et devient plus mélancolique. Le père de Desmond décline rapidement, il vit seul et se refuse obstinément à entrer en maison de retraite. Cette relation père/fils est l’occasion pour David Lodge de nous parler du temps qui passe, de la vieillesse avec beaucoup de délicatesse et d’émotion.

« La vie en sourdine » est un roman très réussi avec un David Lodge au mieux de sa forme. Le roman est tour à tour drôle et émouvant. Le vécu de l’auteur se sent beaucoup puisque lui aussi souffre de surdité. David Lodge fait montre de beaucoup d’autodérision et de recul. Encore une lecture savoureuse en compagnie de ce grand écrivain anglais !

9 réflexions sur “La vie en sourdine de David Lodge

  1. Amusant ! Vraiment moi aussi je suis dans un David Lodge pas celui là que je ne connais pas mais dans Pensées Secrètes :)))) Je l’ai bientôt terminé d’ailleurs. Billet pour très bientôt !!!

  2. Tu en parles très bien et me donne envie de le lire alors que j’avais même complètement oublié le sujet… au début on dirait que ce roman sera l’occasion de bien se marrer avec les situations absurdes qu’on peut imaginer mais finalement ça m’a l’air un poil déprimant, la vieillesse, la maladie, tant qu’on y est, la mort. En tout cas tu sais éveiller ma curiosité, peut-être aussi pour ses « campus novels » et la trilogie que tu cites, puisque j’ai certains de ces romans 🙂

  3. Il y a bien longtemps que je n’ai pas lu David Lodge, il faudrait que je m’organise une petite lecture plaisir avec lui…

  4. @Malice : Lire David Lodge est toujours un très bon choix ! J’avais beaucoup aimé « Pensées secrètes » et je suis allée voir l’adaptation au théâtre avec Isabelle Carré et Samuel Labarthe. C’était très sympathique. J’espère que tu as aimé, il faudra que j’aille voir ton billet.

    @Patacaisse : J’avais ce livre depuis bien longtemps dans ma PAL et je suis contente de l’avoir enfin ouvert ! C’est toujours un régal de lire Lodge.

    @Keisha : Je pense aussi que trouver un mauvais Lodge doit être difficile !

    @Lou : Oui il commence de manière enjouée, avec beaucoup d’ironie comme d’habitude mais l’intrigue se fait plus sombre. Mais je ne l’ai pas trouvé déprimant, la vieillesse fait partie de la vie et c’est rare qu’un auteur en parle. Il faudra que je penche également sur ses autres oeuvres, ce livre m’a redonné envie de le relire !

    @YS : Je crois que je vais me programmer des petites lectures plaisirs avec Lodge régulièrement ! C’est une excellente idée de faire ça !

  5. @Touloulou : J’aime beaucoup David Lodge, celui-ci est plus mélancolique mais en général ses livres sont plein d’humour. Il raille très souvent le milieu universitaire car il est lui-même enseignant.

    @Enigma : Ah une nouvelle Lodge addict ! Je suis comme toi, j’aime l’humour de Lodge, je m’amuse toujours beaucoup en sa compagnie.

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