Paula Spencer de Roddy Doyle

Paula Spencer a aujourd’hui 49 ans, elle a arrêté de boire depuis quelques mois. Elle gagne sa vie en faisant le ménage dans des maisons ou des bureaux. Le travail ne manque pas, l’Irlande est en plein boom économique. Paula rentre éreintée chez elle mais est fière de subvenir seule à ses besoins et ceux de ses enfants. Leanne et Jack habitent encore chez leur mère. Les deux ainés ont créé leur propre famille. Paula prend plaisir à passer du temps avec ses petits enfants. Elle apprend à vivre normalement sans l’alcool. Même si ses enfants la surveillent toujours, même si l’envie de boire est toujours forte :  » Elle a envie d’un verre. Maintenant. Elle le sent déjà, ici, toujours frais à sa mémoire. Elle s’assoit parce qu’elle s’y force. Elle préfèrerait s’activer, elle est mieux en bougeant. C’est plus ou moins facile de sentir ça en ayant des trucs à faire. Elle aimerait se relaxer, elle aimerait bien apprendre. Mais la relaxation est un peu un piège. Elle se rassoit et ça s’assoit à côté d’elle. L’envie, la soif, c’est là, ici. » Alors Paula lutte jour après jour.

Roddy Doyle a eu l’excellente idée de reprendre le personnage de « La femme qui se cognait dans les portes » dix après. Contrairement au premier roman, Roddy Doyle emploie ici la troisième personne du singulier. J’avais peur de ne pas retrouver la puissance de la voix de Paula. Mais au bout de quelques pages, j’ai totalement retrouver le personnage, son franc-parler et sa gouaille ainsi que la capacité de l’auteur à se mettre dans la peau d’une femme.

Le roman a été écrit en 2006, durant la période du Tigre Celtique. L’Irlande devenait attirante économiquement, on sait aujourd’hui que cela n’a pas duré. Paula découvre un nouveau monde, une nouvelle Irlande. Au travail, elle est entourée d’immigrés venus tenter leur chance. Paula est étonnée, discute avec eux pour connaître leurs histoires. Il faut dire que l’Irlande a toujours plus été un pays d’émigration que l’inverse. D’ailleurs, les irlandais recommencent à quitter massivement leur pays depuis la crise financière. Paula découvre également la société de consommation par le biais de sa fille ainée Nicola. Cette dernière lui achète un frigo surdimensionné, un écran plat et même un téléphone portable pour surveiller ses faits et gestes. Paula s’émerveille de toute cette technologie et s’en amuse.

Mais le cœur du roman est une femme qui bataille pour reconstruire sa vie. Paula doit lutter contre son addiction, elle s’occupe l’esprit pour oublier l’envie et son passé. Les deux resurgissent sans cesse tout au long de l’année que nous passons avec elle. Paula s’accroche pour ses enfants. Elle doit regagner leur confiance et notamment celle de John -Paul qu’elle ne voyait plus. Courageusement, patiemment, elle renoue les liens brisés par l’alcool et la violence de son mari.

Le ton de Roddy Doyle dans « Paula Spencer » est une nouvelle fois très juste. Il y a beaucoup de tendresse, d’émotion dans les liens qui unissent Paula et sa famille. Lentement, Paula reprend goût à la vie et c’est tout simplement magnifique.

Un grand merci à Christelle et aux éditions Robert-Laffont.

7 réflexions sur “Paula Spencer de Roddy Doyle

  1. Magnifique billet ! J’ai vraiment adoré ce roman et les personnages forts des femmes (Paula, mais aussi ses soeurs.
    Je voudrais bien une suite mais si ça suit les problèmes financiers de l’Irlande, je ne préfère pas, en fait ;-).
    Un roman qui à mon goût est passé trop inaperçu lors de sa sortie en mai dernier.

  2. @Maeve : Je te remercie pour le compliment, je suis contente d’avoir réussi à faire passer mes impressions. J’ai eu un gros coup de cœur pour les deux livres de Roddy Doyle sur Paula Spencer. Je ne suis pas sûre de vouloir une suite, au moins nous avons laissé Paula sur une note d’optimisme ! Et je suis d’accord avec toi, on n’a pas assez entendu parler du livre qui est excellent.

    @Enigma : Tu peux te lancer, les deux livres de Roddy Doyle sont géniaux. Je les ai dévorés tous les deux.

  3. @Valérie : C’est vrai que la couverture est très belle et le livre est à la hauteur ! Tu dis vouloir te réconcilier avec Roddy Doyle, tu étais fâchée avec lui ?

    @Karine:) : Roddy Doyle a été très lu pendant ce mois irlandais et il le vaut bien ! C’est un auteur que j’apprécie de plus en plus et les deux livres consacrés à Paula Spencer sont géniaux.

    @Céline : Effectivement la couverture est splendide et le livre l’est tout autant !

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