Le directeur de Anthony Trollope

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Septimus Harding, révérend à Barchester, est également le maître de musique de la cathédrale et le directeur d’un hospice de vieillards. Pour cette dernière fonction, il touche huit cents livres par an. C’est ce revenu qui va être au cœur d’un scandale. John Bold, une jeune homme réformateur,  décide de demander l’examen du testament à l’origine de l’hospice. En effet, les vieillards touchent une somme très modique en plus du logement et il semble bien qu’ils aient été lésés pendant de nombreuses années. Le pauvre directeur ne comprend rien à cette action, lui qui pensait vivre dans la légitimité la plus totale. C’est d’autant plus surprenant pour lui que l’attaque vient du prétendant de sa deuxième fille Eleanor. Le scandale va s’étendre, prendre de l’ampleur et bientôt ne pourra plus être stoppé.

« Le directeur » est le premier roman de la série consacrée aux chroniques du Barsetshire. Il fait partie des premiers romans écrits par Trollope et cela se sent. L’auteur n’a pas encore atteint la quintessence et la finesse de son art.  » Le directeur » est en prise directe avec l’actualité de 1855 où de nombreux scandales dans le monde religieux avaient émaillé les journaux. La question épineuse de l’argent dans ce milieu est au centre du scandale : le révérend Harding peut-il recevoir autant d’argent à ne rien faire alors que les pauvres ne touchent quasiment rien ? Le personnage de Harding est intéressant. Falot et timide, le scandale lui permet enfin de  s’imposer et d’affirmer son sens moral. Trollope sait déjà bien analyser et décortiquer l’âme humaine.

De même, il fait déjà montre d’un humour, d’une ironie redoutable. Qu’il ne se contente pas de retourner contre l’Eglise anglicane, mais également contre les journaux trop prompts à vouloir détruire la réputation d’un homme. On constate que le parfum du scandale a toujours affolé les journalistes. Son ironie lui permet également de décrire implacablement la petite société de Barchester : « Mme Goodenough, la femme du recteur au visage rubicond, déclara au directeur en lui serrant la main qu’elle ne s’était jamais autant amusée, ce qui témoignait du peu de plaisir qu’elle s’autorisait ici-bas car elle était restée assise toute la soirée sur la même chaise sans rien faire, sans parler et sans qu’on lui adresse la parole. » Ce fripon de Trollope se permet même de se moquer de mon cher Dickens qu’il rebaptise « Monsieur Sentiment » ! Je lui pardonne cette petite insolence puisque c’est fait avec beaucoup d’humour.

Manquant un peu de subtilité par endroits, « Le directeur » reste fort agréable à lire et donne envie d’ouvrir la suite, à savoir « Les tours de Barchester ».

11 réflexions sur “Le directeur de Anthony Trollope

  1. J’aime bien Trollope. Il a toujours une façon très fine de choisir des personnages mais évidemment, certains sont moins bons que d’autres. Je mets donc celui-ci de côté, il m’en reste plein à lire.

    • Celui-ci fait partie des tous premiers romans de Trollope et il a quelques défauts de jeunesse. Mais l’humour acide est déjà bien présent. Comme je souhaite lire la série dans l’ordre, il fallait bien que je commence par celui-ci !

  2. Pour le moment, je n’ai lu qu’un seul roman de Trollope, « Quelle époque! » que j’avais apprécié! On commence à le voir de plus en plus traduit en français, c’est génial, tu me donnes envie de lire celui-ci en tout cas, merci!

    • « Quelle époque ! » est mon préféré pour le moment, c’est une fresque d’une telle richesse. A côté, mon petit directeur est beaucoup plus modeste ! Mais j’ai quand même pris beaucoup d eplaisir à le lire.

  3. C’est un roman que j’ai énormément aimé. Ce n’est peut-être pas son plus abouti, mais je l’ai lu parmi les premiers et je n’avais pas trop de comparaisons. Je l’ai trouvé doux et humain. Les affres de Harding sont très émouvantes…
    Mais j’aime tout Trollope, de toute façon, et je ne suis pas vraiment objective !

    • Je suis comme toi Céline, j’aime Trollope ! Il se dispute la place de romancier victorien préféré avec Charlie !!! « Le directeur » est très plaisant à lire mais je trouve qu’il n’a ni la richesse, ni la profondeur de « Quelle époque ! ». Mais il s’agit d’un roman de jeunesse, je lui pardonne donc. Mais j’ai hâte d’attaquer la suite !

  4. J’ai toujours celui que j’ai gagné chez toi dans ma PAL, je ne sais pas si j’attends ton mois anglais pour m’y mettre ou si je le commence avant.

    • Le mois de juin va arriver plus vite que ce que l’on croit ! Je ne sais pas pourquoi mais je sens qu’il va y avoir du Trollope durant le mois anglais 2015… 😉

  5. Pingback: Les tours de Barchester de Anthony Trollope | Plaisirs à cultiver

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