Bilan livresque et cinéma de février

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Le mois de février m’a vu ouvrir 6 livres et une BD. Parmi les livres du mois, trois font partie de la sélection du grand prix des lectrices Elle qui approche de la fin : « Et toujours les Forêts »qui m’a permis de découvrir la plume sèche et percutante de Sandrine Collette ; « Honoré et moi » la formidable et originale biographie de Balzac par Titiou Lecoq ; « Le consentement » de Vanessa Springora qui a secoué le monde de l’édition et des médias. Le mois de février m’a permis de retrouver l’un de mes auteurs préférés: Jonathan Coe avec « Le cœur de l’Angleterre », roman qui interroge les origines du Brexit et l’identité anglaise. Dernier roman de février, « Heureuse fin » d’Isaac Rosa qui dissèque l’histoire d’amour d’un couple en commençant par la fin. Je vous reparle très vite de ces deux derniers romans. J’ai achevé le mois avec un recueil de nouvelles : « Les enfants s’ennuient le dimanche » de Jean Stafford. Ma seule BD du mois est la suite des aventures de la délicieuse Astrid Bromure qui, cette fois, croise la route d’un yéti ! Si vous ne connaissez pas cette BD jeunesse, je ne peux que vous la conseillez tant elle est réussie.

Et côté cinéma, j’ai pu voir 5 films dont un m’a beaucoup plu :

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Selma, jeune psychanalyste, vient installer son cabinet à Tunis après avoir été formée en France. Elle est née dans la ville mais ses parents l’ont quitté lorsqu’elle était enfant. Les tunisiens pensent ne pas avoir besoin de ses services mais rapidement il y aura la queue devant la porte de Selma. Celle-ci se rendra rapidement compte qu’il est fort difficile d’ouvrir un cabinet à Tunis et d’obtenir les autorisations adéquates. Mais notre belle entêtée ne va pas baisser les bras si facilement. « Un divan à Tunis » est une comédie piquante, savoureuse portée par la toujours lumineuse Golshifteh Farahani qui est pour beaucoup dans la réussite du film. Comme le policier qui ne cesse de venir la contrôler, on suivrait Selma où qu’elle aille ! Mais sous couvert de comédie, le film de Manele Labidi montre une société tunisienne en plein désarroi après la Révolution. Qui va l’emporter : la tradition ou la modernité ? Le cabinet de Selma voit défiler toute une galerie de personnages hauts en couleur ou très touchants. Une comédie pétillante qui vous aidera à oublier la grisaille de l’hiver !

Et sinon :

  • « Le cas Richard Jewell » de Clint Eastwood : Durant les JO d’Atlanta de 1996, Richard Jewell est agent de sécurité. Il prend son rôle très à cœur, il a en effet toujours rêvé d’être policier. Lors d’un concert, Richard remarque un sac à dos abandonné sous un banc. Il donne l’alerte et insiste pour qu’une procédure d’urgence soit lancée. Des démineurs confirment l’intuition de Richard qui participe à l’évacuation et permet de sauver des vies. Il devient un héros national et tous les médias cherchent à l’interviewer. Mais rapidement, le FBI le soupçonne d’avoir lui-même posé la bombe. Il faut dire que Richard est un homme étrange : il vit toujours chez sa mère, collectionne les armes à feu et il est souvent trop zélé dans ses missions d’agent de sécurité. Certains se sont plaints de lui. Clint Eastwood montre dans son film une terrible cabale contre une proie naïve et confiante. Richard a tellement de respect pour la police, le FBI et l’Etat américain qu’il ne peut imaginer une seule seconde qu’il va être accusé de l’attentat. Paul Walter Hauser interprète magnifiquement ce personnage sans colère qui accepte sans broncher les moindres demandes du FBI. Face à lui, une terrible machine s’est mise en branle , le FBI a besoin d’un coupable et trouve des alliés de poids dans les médias qui harcèlent Richard et sa mère (formidable Kathy Bates). Heureusement Richard a un allié, son avocat qui semble être un has-been mais s’avérera précieux. Clint Eastwood offre ici une très belle partition à Sam Rockwell. Avec sobriété, sans en rajouter dans l’émotion, le réalisateur réussit un film captivant.

 

  • « La fille au bracelet » de Stéphane Demoustier : Lise, 18 ans, est accusée d’avoir brutalement assassinée sa meilleure amie Flora. Elle est la dernière personne à l’avoir vue vivante et peu de temps avant les deux jeunes femmes avaient eu un grave différend. Lise ne sort plus de chez elle, elle suit des cours par correspondance. Sa famille est ébranlée et attend avec inquiétude le résultat du procès. Il y a quelques mois, j’avais vu « Acusada » de Gonzalo Tobal dont Stéphane Demoustier s’est inspiré pour son film. Le film argentin se concentrait sur la vie à l’intérieur de la maison alors que le réalisateur français s’intéresse en priorité au procès lui-même. Le silence est primordial dans le film : celui des parents de Lise qui semblent murés dans leur douleur, celui de Lise, laconique et impassible durant son procès. La jeune femme est peu aimable, arrogante, mystérieuse et le manque d’empathie que l’on ressent pour elle nous entraîne à douter de son innocence. Les parents eux-mêmes doutent, ils découvrent une Lise très différente de celle qu’ils connaissent. Le casting est parfait, tout en justesse et en sobriété. Le moment où la mère, Chiara Mastroianni, vient à la barre, nous permet d’assister à un très beau moment de fragilité et d’humanité.

 

  • « Lettre à Franco » de Alejandro Amenabar : 1936, la junte militaire vient de renverser la république espagnol. A Salamanque, le poète et philosophe Miguel de Unamuno se réjouit du retour à l’ordre, la peur du communisme le rend aveugle à la menace. Peu à peu, le général Franco va prendre le pouvoir sur les autres militaires. Unamuno voit les choses changer autour de lui. Deux de ses amis proches sont arrêtés, torturés et assassinés. Le philosophe ouvre les yeux, un peu trop tard. Je ne connaissais pas Miguel de Unamuno avant de voir le film d’Amenabar. Le personnage est finement analysé et interprété par Karra Elejalde. Au travers de son personnage, on voit la manière sournoise avec laquelle Franco s’est imposé. Il semble un peu stupide, falot, sans charisme mais il s’avère un fin manipulateur et calculateur. Unamuno se réveille tardivement et il s’opposera en public au général Millà-Astray, bras droit de Franco. Son discours est vibrant, brillant mais bien-sûr il est déjà trop tard. Très classique sur la forme, le film est très intéressant et nous rappelle la naissance de la barbarie en Espagne qui ne prendra fin qu’à la mort de Franco en 1975.

 

  • « Scandale » de Jay Roach : Été 2016, le monde des médias américains est ébranlé : Roger Ailes, patron de la très conservatrice Fox News, est accusé de harcèlement sexuel par l’une de ses présentatrices. Gretchen Carlson a été limogée et elle décide d’attaquer son ancien patron au risque de ruiner totalement sa carrière. L’autre grande présentatrice de la chaîne, Megyn Kelly est partagée. Elle aussi pourrait porter plainte mais elle est aussi reconnaissante pour sa carrière. Une jeune journaliste, républicaine et chrétienne, va rapidement comprendre qu’il faut qu’elle raccourcisse ses robes si elle veut réussir. « Scandale » est un film-dossier efficace comme les américains savent en faire. Les premières images à la rédaction de la chaîne ne nous montrent que des jeunes femmes blondes, minces aux jupes au-dessus des genoux. La patte de Roger Ailes sur ses employées est clairement visible et une scène entre la jeune recrue et lui fait vraiment froid dans le dos. De la part de Fox News si conservatrice, cela n’étonne pas et le courage de Gretchen Carlson n’en est que plus remarquable. Le propos du film est servi par trois excellentes actrices : Nicole Kidman, Charlize Theron et Margot Robbie. Jay Roach montre une société en mutation, une domination masculine mise à mal.

2 réflexions sur “Bilan livresque et cinéma de février

  1. Dis donc, sacré bilan!! Je compte lire le Springora bientôt, le glisser entre deux lecture spour le boulot (d’autant que je crois qu’il est assez court); côté ciné, le divan à Tunis est mon prochain sur la liste, la BA est tentante et ton billet encore plus. Le Eastwood…je ne sais pas, très déçue par La mule, alors. Beaucoup aimé le film sur Franco (pas encore écrit le billet).

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