Fantômes de Christian Kiefer

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Au mois d’août 1945, Ray Takahaski revient chez lui, à Placer County, après s’être engagé dans l’armée américaine. Mais ce n’est pas en héros qu’il est accueilli, personne ne veut de lui. Ses parents ne vivent même plus là. Après avoir été expulsés et envoyés dans le camps de Tule Lake, ils ont décidé de déménagé à Oakland. Ray ne semble pas y croire et cherche des explications. Il veut revoir les lieux où il a toujours vécu, les amis qu’il a côtoyés plus jeune. Après ce retour à Placer County, Ray Takahashi disparaît sans laisser de traces.

J’avais découvert le sort réservé aux nippo-américains durant la 2nd guerre mondiale grâce au magnifique livre de Julie Otsuka « Certaines n’avaient jamais vu la mer » et grâce aux photos de Dorothea Lange dans les camps d’internement. C’est cet épisode méconnu de l’Histoire américaine que Christian Kiefer choisit de placer au cœur de son roman. Lui-même a grandi à Placer County et y vit actuellement, ce qui lui a permis de recueillir de nombreux témoignages de familles nippo-américaines.

Ce qui fait la force du roman, c’est que Christian Kiefer place en parallèle de l’histoire de Ray Takahashi, celle du narrateur, John Frazier. Ce dernier rentre du Vietnam, il est perdu, se drogue. Pour tenter d’aller mieux, il vient habiter à Placer County chez sa grand-mère et c’est là qu’il entend parler de la disparition de Ray. Comme dans « Les animaux », Christian Kiefer oscille entre les deux temporalités et il maîtrise parfaitement ce type de narration. Deux guerres, deux épisodes peu glorieux de l’Histoire des États-Unis, deux jeunes hommes qui ont vu leurs vies basculer et qui sont hantés par ce qu’ils ont fait et les fantômes de ceux tombés au front. John Frazier reconstitue le drame familial des Takahashi, pour oublier sa propre souffrance, à la manière d’une enquête, jusqu’à la découverte de ce qu’il est advenu de Ray.

Après avoir beaucoup apprécié « Les animaux », « Fantômes » confirme l’intérêt que je porte au travail de Christian Kiefer. L’écrivain fait habilement naviguer sa narration entre deux époques pour tisser son drame familial poignant. Une réussite.

Traduction de Marina Boraso

Merci aux éditions Albin Michel et au Picabo River Book Club pour cette lecture.

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2 réflexions sur “Fantômes de Christian Kiefer

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