Walker de Robin Robertson

« Il marche, Walker. C’est son nom et sa nature. Rangées d’immeubles, tous les mêmes, portes et fenêtres, gens qui entrent, un œil dehors, dedans : des couloirs, des escaliers, des couloirs, des escaliers, puis encore des portent, qui s’ouvrent qui se ferment. Des rues et des rues d’immeubles, toutes pareilles. Des gens, tous pareils. » Incapable de retourner auprès de ses proches en Nouvelle Écosse, Walker s’installe à New York après avoir combattu en France durant la seconde guerre mondiale. Au bout de deux ans, il rejoint Los Angeles où il trouvera un boulot de pigiste au Press où il s’occupe des faits divers. C’est ainsi que Walker se penche sur le sort de ceux qui vivent dans la rue, les laisser pour compte de l’Amérique et nombre d’entre d’eux sont des vétérans. Ce travail le mènera ensuite à San Francisco. 

« Walker » est un roman atypique. Déjà, il s’agit du premier roman de Robin Robertson, poète et éditeur de 65 ans, qui fut publié en 2018. Le texte est composée de fragments qui narrent le quotidien de Walker mais également ses souvenirs de Cap Breton ou de la guerre où il participa au débarquement. Ces derniers sont de plus en plus présents au fil de la narration et nous font comprendre pourquoi Walker ne retourne pas chez lui. L’écriture mélange le lyrisme au réalisme, la poésie à la noirceur. Robin Robertson nous offre des images fortes, marquantes tout au long du périple de Walker dans les villes américaines. Celles-ci sont d’ailleurs bien plus qu’un décor. Elles sont décrites avec minutie, précision. L’auteur nous montre par exemple une ville de Los Angeles en mutation, les démolitions sont nombreuses et les spéculateurs immobiliers font disparaître la ville mythique des films noirs qu’affectionne Walker. Les pauvres sont chassés, expulsés des immeubles qui vont être démolis. « Des grues montées sur chenilles qui frémissent sur les décombres, qui mettent à bas la Terre entière. »

La toile de fond du roman est une Amérique d’après guerre en pleine mutation, qui ne s’occupe pas de ses vétérans et repart pourtant en guerre, une Amérique où Bogart et Charlie Parker disparaissent, où le combat pour les droits civiques s’amorce et où le sénateur McCarthy fait régner la terreur, une Amérique amère et paranoïaque. 

Walker, observateur urbain, marcheur infatigable cherche une forme de rédemption, une forme d’oubli dans les rues de New York, Los Angeles et San Francisco. Le regard poétique qu’il porte sur son quotidien nous captive, nous surprend et nous saisit par son infinie beauté.

Traduction Josée Kamoun

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