La baie de midi de Shirley Hazzard

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Jenny s’installe à Naples dans les années 50. Elle a postulé pour accompagner une mission militaire dans le sud de l’Italie. Depuis l’enfance, la jeune femme n’a pas vraiment eu de point d’attache. Sa mère l’a envoyée au Cap pendant la guerre. Au moment de rejoindre l’Angleterre, son frère est venu s’installer en Afrique de l’Est où elle le rejoint. Ils rentrèrent ensuite dans leur pays natal où Jenny ne fréquente que son frère et sa femme. Un changement s’imposait donc pour ouvrir les horizons de Jenny. « Le vrai mal du pays – cette nostalgie du familier – j’en souffrais peu, car je n’avais jamais acquis, ni reçu, d’objets susceptibles de devenir familiers ; mon existence, depuis l’enfance, n’avait été qu’une longue improvisation dans des milieux sans passé. » Et pourtant, c’est à Naples qu’elle va se sentir le plus chez elle, qu’elle va se construire des souvenirs pour le restant de ses jours. Elle y rencontre Gioconda, une écrivaine, et son amant fantasque Gianni. En leur compagnie, Jenny va mûrir et s’affirmer.

« La baie de midi » de Shirley Hazzard est un roman initiatique. Jenny est une jeune femme qui dépend sans cesse des choix des autres. Elle n’ose jamais imposer ses envies, ses préférences personnelles. Mais côtoyer Gioconda et Gianni, avec leurs blessures, leurs faiblesses, leurs contradictions, va la faire évoluer et va l’aider à s’émanciper. Shirley Hazzard analyse finement, précisément les mouvements de l’âme. Le récit de Jenny est emprunt de nostalgie puisqu’elle raconte son séjour à Naples a posteriori, une fois mariée et installée aux États-Unis.

Son attachement pour la ville et ses environs est très fort. Le cadre de l’histoire est aussi important que les personnages. Shirley Hazzard nous fait parcourir les rues et ruelles de Naples et son « extravagance volcanique », la douceur et la beauté de Capri, le confort et l’aisance de Rome. Jenny est rapidement envoûtée par Naples malgré son immense pauvreté. La guerre a laissé des traces, les ruines sont partout. Mais la ville dégage une vitalité, une énergie ensorcelantes. Shirley Hazzard, qui a elle-même vécu à Naples, nous offre un portrait saisissant de l’Italie d’après guerre.

« La baie de midi » est un roman très psychologique qui demande une certaine dose de concentration pour rentrer dans l’intrigue. Il s’en dégage une douce mélancolie, une lumière diffuse qui s’affirme au fil de la lecture.

Traduction de Claude et Jean Demanuelli

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