Laura Willowes de Sylvia Townsend Warner

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Laura Willowes a presque 30 ans lorsque son père décède l’obligeant à quitter le Somerset pour habiter à Londres avec l’un de ses frères. La jeune femme n’avait jamais eu envie de briller en société et n’appréciait guère les réceptions : « Elle n’aimait pas les simagrées et ne voyait pas pourquoi elle aurait feint  de s’amuser. Le manque de coquetterie la rendait indifférente au devoir qu’à toute jeune fille à marier de se montrer charmante, que son charme soit destiné à une personne précise ou, à défaut, qu’il s’exprime plus largement au travers d’un amour désintéressé pour l’humanité. » Sans époux, Laura doit passer de la tutelle de son père à celle de son frère aîné. C’est ainsi que pendant des années, elle resta dans l’ombre et devint tante Lolly. Vingt ans plus tard, ses neveux et nièces devenus grands, Laura décide de déménager pour habiter seule à la campagne, dans le Buckinghamshire à Great Mop. La famille Willowes est stupéfaite devant une telle excentricité mais Laura ne semble pas prête à revenir sur sa décision.

« Laura Willowes » est le premier roman de Sylvia Townsend Warner, publié en 1926. Je souhaitais le lire depuis des années et je suis enchantée de l’avoir enfin découvert. Ce roman est original, singulier et étonnamment moderne. Il se compose de trois parties qui pourraient presque être des histoires indépendantes. La première partie nous raconte la jeunesse de Laura, ignorée par ses frères mais choyée par son père. Elle n’est déjà pas prête à se fondre dans le moule, à se plier au destin que la société assigne aux femmes. Néanmoins docile, elle accepte de vivre chez son frère à Londres. La deuxième partie du roman voit Laura s’émanciper à 47 ans et s’installer à la campagne où elle peut goûter à la liberté pour la première fois de sa vie. La troisième partie est extrêmement surprenante et féministe. Elle a un petit côté « Le maître et Marguerite » puisque Laura devient une sorcière ! Atypique, imprévisible, indépendante, farouchement libre, tout ce qui caractérise Laura s’incarne dans cette figure surnaturelle. Elle explique ainsi son envie de devenir sorcière : « C’est au contraire pour échapper à tout cela – pour mener sa propre vie, et non plus une existence parcimonieusement accordée par les autres, pour ne plus se contenter du trop plein charitable de leurs pensées, tant de tranches de vie rassise par jour, tout comme le régime des asiles de pauvres qui est scientifiquement calculé pour maintenir la vie. » Une vieille fille qui vit seule dans un cottage à la campagne, voilà une transgression très moderne pour ce début de 20ème siècle et qui m’a ravie.

Avec une écriture élégante, Sylvia Townsend Warner met en scène une héroïne attachante qui fait fi des conventions sociales pour gagner son indépendance. Un roman surprenant et malicieux.

Traduction Florence Lévy-Paoloni

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