Nourrices de Séverine Cressan

Une nuit de pleine lune, Sylvaine est réveillée par de petits coups de bec brefs et répétés sur la fenêtre. Attirée par ce bruit incessant et insistant, elle quitte sa demeure pour s’enfoncer dans la forêt. L’Appel de l’oiseau l’amène jusqu’à une clairière où elle découvre un bébé abandonné. « Un minuscule nourrisson de quelques heures est posé au sol, serré dans un morceau de vieille toile fine. Sa tête repose sur un mince carnet à la couverture mordorée. Sylvaine s’accroupit, se penche vers le nouveau né. Celui ci la fixe de ses yeux couleur de nuit, intensément, sans ciller. » Sylvaine, qui est nourrice, emporte l’enfant chez elle. Depuis le sevrage de son fils, Jehan, elle allaite une petite fille de la Ville prénommée Gladie. La petite est fragile et un matin elle ne se réveille pas. Sylvaine décide alors de remplacer Gladie par l’enfant de lune pour sauver sa réputation.

Le premier roman de Séverine Cressan est à la fois un roman social et un conte. Aucun lieu, aucune date ne sont mentionnés, plaçant ainsi l’histoire de Sylvaine dans un cadre indéfini. Le merveilleux, le fantastique font des apparitions dans son quotidien comme en témoigne la scène d’ouverture où la nourrice découvre l’enfant de lune. La nature, sa puissance, l’instinct animal sont présents tout au long du récit.

La narration se construit à deux voix : celle de Sylvaine et celle du carnet retrouvé auprès de l’enfant dans la forêt. Les deux soulignent la violence subie par les femmes (notamment le viol des domestiques que ce soit dans des appartements cossus ou dans des fermes) et la domination des hommes. Les nourrices, qui sont souvent des personnages secondaires de la littérature, sont ici mises en lumière par Séverine Cressan. L’exploitation du corps des femmes, la monétisation de leur lait maternel sont très bien documentées. De nombreux intermédiaires profitent de la pauvreté des nourrices. Malgré la dureté de la vie de Sylvaine, Séverine Cressan montre qu’il reste de la place pour la sororité, la tendresse et la transmission.

« Nourrices » est un premier roman très réussi qui questionne la notion d’instinct maternel tout en mettant au premier plan des femmes invisibilisées.

 

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