La bible de néon de John Kennedy Toole

John Kennedy Toole (1938 – 1969) a écrit là un petit chef d’œuvre. C’est d’autant plus remarquable qu’il avait alors seize ans ! Il n’aura malheureusement pas la joie de le voir publié, à la fin des années 80. Il s’est suicidé en 1969, à l’âge de 31 ans, sans doute déprimé par les refus successifs des éditeurs de publier La conjuration des imbéciles, cet autre chef-d’œuvre écrit une dizaine d’années plus tard.

David, le narrateur, un jeune garçon de 6 ans, vit avec ses parents dans une petite ville du sud des Etats-Unis, peu avant la seconde guerre mondiale. Son père travaille à l’usine, et la famille fréquente régulièrement la paroisse. La tante de sa mère, Mae, une ancienne artiste de cabaret sur le retour, vient s’installer chez eux. La dame s’occupe du petit garçon, l’emmène souvent se promener dans des tenues provocantes qui font jaser les habitants de la petite ville bigote et conformiste. Une relation tendre et complice se noue entre eux.

Tout commence à basculer lorsque le père de David perd son emploi. La famille s’installe alors dans une maison vétuste et branlante sur l’une des collines d’argile qui dominent la ville. Elle ne fréquente plus l’église, faute de pouvoir payer la cotisation de membre. Le père, désoeuvré, rumine son amertume, tandis que David fait ses premiers pas, difficiles, à l’école. Tout semble aller de travers, à l’image de la maison qui, lorsqu’il pleut sur la colline argileuse, s’enfonce de guingois dans la terre ramollie. Mais le jeune garçon est loin d’être au bout de ses peines, même si surgissent ça et là de rares moments de joie et de grâce.

« La bible de néon » est l’enseigne lumineuse qui orne la façade de l’église. David l’aperçoit de chez lui la nuit. Elle est le symbole de l’esprit puritain qui plane jour et nuit sur la communauté, et exclut tous ceux qui ne se conforment pas à ses dogmes. Pauvreté, maladie, vieillesse, singularité sont des fautes. « Si on était différent du reste des gens de la ville, on devait partir. C’était pour cela qu’ils se ressemblaient tous tellement. Leur façon de parler, ce qu’ils faisaient, ce qu’ils aimaient, ce qu’ils détestaient. […] A l’école, ils nous disaient qu’on devait penser par soi-même, mais dans la ville, il n’était pas question de faire ça. Vous deviez penser ce que votre père avait pensé toute sa vie, c’est-à-dire ce que toute le monde pensait ». Malgré son jeune âge, David sent qu’on est loin du véritable christianisme : « Je commençais à être fatigué de ce que le pasteur appelait « chrétien ». Tout ce qu’il faisait était chrétien, et les gens de son église le croyaient, en plus. […] il me semblait savoir ce que cela voulait dire de croire en Jésus-Christ, et cela n’avait rien à voir avec la moitié des choses que faisait le pasteur. Je considérais Tante Mae comme une bonne chrétienne, mais personne n’aurait été d’accord dans la vallée, parce qu’elle n’allait jamais à l’église ».

John Kennedy Toole narre dans un style lumineux et sensible l’histoire d’un jeune garçon qui fait l’apprentissage d’une société intolérante et dure avec les faibles. Il ne fait pas bon être pauvre et sans défense dans l’Amérique puritaine des années 40 (comme des années 2000 d’ailleurs). Cette œuvre est d’une maturité étonnante pour un si jeune auteur. On se demande, en vain, ce qu’aurait pu encore offrir à la littérature John Kennedy Toole, ce génie trop tôt disparu.

La voleuse d'hommes de Margaret Atwood

Tony, Charis et Roz, qui se sont connues à l’université, se retrouvent pour déjeuner au restaurant le Toxique. « Toutes les trois déjeunent ensemble une fois par mois. Elles en sont arrivées à compter sur cette rencontre. Elles n’ont pas grand-chose en commun, excepté la catastrophe qui les a réunies, si l’on peut qualifier Zenia de catastrophe, mais avec le temps elles ont trouvé une solidarité, un esprit de corps. » Elles n’étaient effectivement pas amies lors de leurs études, elles étaient et restent extrêmement différentes. Tony, la garçonne, est professeure d’histoire à l’université avec une spécialité un peu particulière : les batailles, les guerres. Le plus grand plaisir de Tony est de reconstituer les grandes batailles dans son sous-sol à l’aide de clous de girofle, de haricots rouges pour visualiser les différents adversaires. Elle vit avec West, musicologue qu’elle fréquentait à l’université.

Charis est une adepte de l’ésotérisme, elle croit à la réincarnation, à la force de l’esprit. Elle travaille dans un magasin nommé « Radiances » qui vend des cristaux, de l’encens, des huiles essentielles, des cartes de tarot. Charis a une fille qui se nomme Augusta. *

Roz est chef d’entreprise, elle a pris la succession de son père. C’est une femme d’affaires avertie, solide et très fortunée. Elle reste néanmoins très féminine, elle prend grand soin de son allure. Elle est la mère de trois enfants : un fils et des jumelles.

Les trois amies ont commencé à se fréquenter lorsque la fameuse Zenia est entrée dans leurs vies. Zenia était dans la même université que les trois autres et elle faisait peur aux autres filles : « Brillante et terrifiante. Vorace, sauvage, inacceptable. » C’est Tony la première qui l’approche. Zenia est un être rusé qui sait profiter des faiblesses des autres pour s’insinuer dans leur vie et leur voler ce qu’ils ont de plus cher. Tony est petite, sans charisme à côté de Zenia et son anticonformisme l’éblouit. Mais « (…) cela coûte cher de défier l’ordre social, la liberté n’est pas gratuite, elle a un prix. » Zenia soutire de l’argent à Tony, la fait chanter et une fois obtenu ce qu’elle voulait elle disparaît en emportant West dans ses valises. Zenia refait son apparition dans la vie de la charitable Charis. Elle lui fait croire qu’elle est malade, Charis l’accueille les bras ouverts, s’occupe d’elle sans relâche. Zenia s’installe comme un coucou dans la maison de Charis et repart avec l’homme qui habite là, Billy le père d’Ausgusta.

Roz se fait également berner malgré les mésaventures de ses amies. Zenia semble connaître des choses sur le père de Roz qui est resté mystérieux sur ses années de guerre. Une nouvelle fois le coucou s’installe, Roz lui donne du travail dans un de ses magasines. Mais comme toujours Zenia disparaît après avoir volé de l’argent à Roz, et bien sûr avec son mari.

Les trois amies pensaient être débarrassées de Zenia, morte dans un attentat terroriste au Liban mais la voilà qui rentre au Toxique. Que revient-elle faire ici ? Que veut-elle encore soutirer à nos trois amies ?

Margaret Atwood nous livre un roman cinglant sur les rapports hommes/femmes. L’amour est vu de manière très lucide, sans aucun romantisme. « Elle a dû renoncer en partie à l’amour bien sûr, à son amour, illimité autrefois, pour son mari. On ne peut garder la tête froide quand on se noie dans l’amour. On s’agite trop, on crie et on s’épuise. » Les hommes n’ont pas le beau rôle, ils sont peu fiables et prêts à tout quitter dès qu’une aguicheuse les approche. Néanmoins nos trois amies ne sont pas tellement mieux servies. Malgré les avertissements, elles se font toutes prendre dans les filets de la maléfique Zenia. Chacune succombe lorsque l’on fait appel à ses bons sentiments, chacune, naïvement, veut se sentir utile.

« La voleuse d’hommes » est un roman sur l’amitié, celle qui se construit malgré les différences et qui reste un véritable soutien lorsque tout s’effondre. Margaret Atwood nous livre les portraits de trois femmes qui deviennent extrêmement attachantes pour leurs forces comme pour leurs faiblesses. « La voleuse d’hommes » se dévore, malgré ses 650 pages, tant le destin des trois héroïnes nous tient à cœur.

La petite dame dans la grande maison de Jack London

Dick Forrest est un personnage à la forte personnalité, comme il en existe dans nombre de romans de Jack London. Orphelin après la mort de son père, dont il a hérité la grande fortune, il décide de se lancer dans l’agriculture. Une fois sa majorité atteinte et ses diplômes en poche, il plante là ses tuteurs et se lance dans l’aventure, parcourant le monde pendant neuf années. De retour sur ses terres, il s’attelle à la tâche et fait de son ranch le plus moderne de Californie, utilisant les dernières techniques de culture et d’élevage et administrant d’une main de maître son immense domaine. Pas plus brillant qu’un autre, Dick est avant tout un monstre d’énergie et de volonté, ainsi qu’un bourreau de travail.

Dick a également ramené de sa longue escapade sa femme, Paula, petit bout de femme casse-cou et enjoué, que Dick appelle son « garçon manqué ». Elle subjugue son entourage par sa beauté, son esprit et son dynamisme. La maison est d’ailleurs constamment emplie d’invités qui vont et viennent, et passent leur temps en excursions à cheval, baignade, repas, soirées, chants, jeux et farces. Il y règne une atmosphère de joie et d’agitation permanentes, auxquelles le couple d’hôtes participe activement.

L’un de ces invités est un homme que Dick a croisé lors de sa vie d’aventure : Evan Graham. Riche aventurier, il est désormais ruiné et compte profiter de son séjour pour travailler à un livre, récit d’un voyage à travers l’Amérique du sud. La première fois que Graham voit Paula, la « petite dame » tente de sortir un cheval fougueux d’un bassin d’eau dans lequel elle l’a amené, pour le sport. Il est d’emblée sous le charme. Graham et Paula se rapprochent et finissent par s’avouer leur amour, ce qui amène cette dernière à s’interroger sur la nature de ses sentiments pour Dick. Elle est alors face à un cruel dilemme : amoureuse des deux hommes, pour des raisons différentes, elle ne sait qui choisir. D’une nature très franche, elle se confie à son mari, homme d’une grande ouverture d’esprit et toujours amoureux fou de sa femme. La situation ne pourra se résoudre que dans le drame.

La quatrième de couverture parle de « ménage à trois », ce qui supposerait le consentement des deux hommes. Graham ne veut pas troubler la vie de son ami, mais son amour pour Paula est irrésistible. Dick, quant à lui, ayant tout deviné, souffre énormément, mais est trop amoureux de sa femme pour la contraindre à rester. Les deux hommes poussent Paula à choisir. C’est donc une histoire d’amour libre, surtout la liberté pour les femmes de choisir leur amour, au-delà des conventions sociales très prégnantes pour elles en ce début de XXème siècle.

On a tort de réduire Jack London à un écrivain de roman d’aventures. Même lorsqu’il en écrit, ce n’est pas pour l’aventure elle-même, mais l’aventure comme théâtre des passions humaines. C’est aussi dans l’action que l’homme se révèle à lui-même et aux autres. Mais il a également abordé dans son œuvre immense la politique, la société de classes, l’histoire, la psyché, le féminisme…et, avec cette « Petite dame dans la grande maison », l’amour. L’occasion – avec ce roman écrit dans un style très « XIXème siècle » pour un sujet très moderne, – de découvrir une nouvelle facette du talent de ce grand écrivain américain.

 

Les enfants de l'empereur de Claire Messud

« Les enfants de l’empereur » de Claire Messud prend place à New York en 2001 et fait le portrait de trois trentenaires en quête d’identité.

Danielle Monkoff est documentariste, on la découvre en Australie où elle prépare un reportage sur les aborigènes. Elle est provinciale mais se sent « new yorkaise dans l’âme. » Elle possède un petit appartement, rempli de livres, qu’elle entretient avec maniaquerie car « la seule façon de ne pas devenir folle dans ce minuscule studio était de le maintenir parfaitement en ordre. » Danielle est également célibataire et elle rencontre en Australie Ludovic Seeley qui semble s’intéresser à elle. De retour à New York, elle doit revoir ses ambitions professionnelles à la baisse puisque son reportage sur les aborigènes est refusé. Elle doit le remplacer par un reportage sur la chirurgie esthétique, reportage qui se trouve être beaucoup plus symptomatique de notre société narcissique. Ses projets sentimentaux sont également modifiés avec l’arrivée de Ludovic Seeley à New York puisque celui-ci se détournera d’elle pour une autre conquête plus intéressante socialement. Danielle a conservé de ses années à l’université deux amis : Julius Clarke et Marina Twaite.

Julius Clarke se voudrait journaliste, il a connu quelques succès avec ses premiers articles. Mais depuis il est resté pigiste. Il a beaucoup profité de sa jeunesse : « Toujours est-il qu’entre 20 et 30 ans il avait mené une vie de débauche et d’insouciance digne d’Oscar Wilde. » Julius est d’ailleurs lui aussi gay et il passe d’aventures en aventures. Arrivé à l’âge de 30 ans, il aspire à plus de stabilité dans sa vie professionnelle et personnelle.

Marina Twaite se veut elle aussi journaliste ou écrivain. Elle tente depuis plusieurs années d’écrire un livre sur la mode enfantine sans en voir la fin. Après cinq ans, son petit ami Al la laisse tomber ce qui oblige Marina à retourner vivre chez ses parents.

Son père, Murray, est l’empereur du titre du roman. C’est un homme éminent, un journaliste engagé reconnu par l’intelligentsia new yorkaise. « Il prétendait se battre contre l’injustice, avoir consacré sa vie à ce qu’il appelait un « journalisme moral ». Il prétendait ne vivre que par et pour son indépendance d’esprit, ses talents d’écrivain. » Sa stature de commandeur s’élève au-dessus de ce petit monde.

Deux personnages vont troubler cet ordre établi, vont chercher à déboulonner la statue du commandeur. Ludovic Seeley arrive à New York pour lancer un nouveau journal censé révolutionner le monde. Ludovic est extrêmement ambitieux, il ne supporte pas l’influence intellectuelle de Murray Twaite. Pour s’en rapprocher, il séduit Marina, se marie avec elle et tente de lui montrer, ainsi qu’aux restes du monde, que Murray « (…) n’est pas une sorte de Dieu mythique, rien qu’un journaliste médiocre avec un ego incroyablement surdimensionné. »

Le deuxième personnage est le propre neveu de Murray, Bootie. Celui ambitionne également de devenir écrivain. Il vient à New York car il admire son oncle. Murray le prend comme secrétaire particulier. Bootie découvre alors certains secrets de son oncle. Murray s’est en effet entiché de Danielle qui devient sa maîtresse. Bootie, déçu de la fausseté de son oncle, écrit un article dévastateur sur Murray qui le chasse de chez lui.

Un évènement va confirmer le passage à l’âge adulte de ces personnages et va marquer la fin de l’innocence : les attentas du 11 septembre. Danielle assiste à toute la scène de son appartement : « (…) elle voyait toujours des gens hagards, couverts de poussière, certains en larmes, qui tous remontaient l’avenue, une foule immense, comme des réfugiés de guerre, se dit Danielle (…) ; à la télé derrière elle, on parlait des avions, imaginez leur taille, tout ça était trop énorme, trop inouï, elle n’avait qu’une envie à présent, éteindre la télé, tout éteindre. » Le 11 septembre va bouleverser les vies de Danielle, Julius et Marina pour les pousser à grandir, à voir le monde tel qu’il est.

Ce roman nous parle des travers de notre époque. Nous vivons dans un monde tourné vers l’intérieur uniquement, chacun se préoccupant avant tout de lui-même. Les personnages n’ont qu’un but dans la vie qui leur semble être la clef du bonheur : « Devenir soi-même, trouver son style : ces quêtes typiques de l’adolescence et du début de l’âge adulte se prolongeaient, dans une civilisation obsédée par la jeunesse, au moins jusqu’à la quarantaine. » Danielle, Julius et Marina vivent dans un monde doré, privilégié, sans s’en rendre compte, sans en être satisfaits. Chacun n’est préoccupé que de sa réussite professionnelle et personnelle. Ce monde égoïste devrait cesser avec le 11 septembre mais ce bouleversement ne déclenche pas de réelle prise de conscience chez les personnages. On ne voit aucun d’entre eux aller sur groundzero pour aider les secouristes comme Jay Mc Inerney le décrivait dans « La fin de tout » où il parlait également de l’impact du 11 septembre sur les New Yorkais. Les différents personnages ne s’inquiètent que d’eux-mêmes et de leurs proches. Il ne s’interrogent que sur leur avenir, que sur leurs vies post 11 septembre. Claire Messud décrit un monde narcissique et égoïste incapable de se remettre en cause, ce monde où l’individualisme forcené est la panacée. Ce monde, malheureusement, est le nôtre.

Personnages désespérés de Paula Fox


Sophie et Otto Bentwood vivent à New York dans un appartement cossu. Sophie ne travaille pas, Otto est avocat, ils ont la quarantaine et n’ont pas d’enfants. En week-end, leur vie bascule, leur monde protégé s’écroule.

Tout commence un soir, lorsque Sophie se fait mordre par un chat errant à qui elle donnait à manger. Cet événement anodin va déclencher une prise de conscience chez Sophie. Elle se rend compte que sa vie n’est pas si idyllique que qu’elle n’y paraît. Sophie semble découvrir les défauts de son mari. Otto est froid, distant, il pense avoir toujours raison et ne laisse jamais de place au moindre doute. Sophie pense qu’il « (…) était incapable d’exprimer ce qu’il avait en tête. » La réalité du caractère de son mari fait remonter en elle les souvenirs d’une liaison passée. Elle avait fréquenté un client d’Otto en instance de divorce. Elle se remémore les moments vécus avec cet homme à regret et pense à ce qu’aurait été sa vie avec lui. Au matin « (…) elle prit soudain conscience de son propre malaise, elle avait la bouche pâteuse, le corps épuisé et l’esprit corrompu par la réminiscence. Elle s’était endormie en se berçant des souvenirs de Francis Early, comme une petite vieille qui serre contre elle un chiffon en guise de bébé. »

Cela ne calme pas sa colère envers Otto qu’elle considère comme injuste avec les autres. Ce jugement hâtif se tourne le plus souvent vers les plus pauvres qui entourent leur quartier. C’est ce que lui reproche son associé, Charlie, qui quitte le cabinet d’Otto car il souhaite défendre les plus démunis. Otto voit lui aussi son monde changé et le malaise le gagne aussi. « Otto ressentit une colère obscure contre la force inéluctable de l’habitude ».

La crise du couple est amplifiée par la morsure du chat. Sophie refuse de voir un médecin, d’aller à l’hôpital mais ne cesse de se plaindre de la douleur. Otto juge son comportement totalement absurde. Celle-ci semble en fait ne pas vouloir savoir si elle est malade : peur des piqûres, de la rage, d’affronter la réalité. « Mon Dieu, si j’ai la rage, je suis semblable au monde qui m’entoure. »

Ce monde reflète le malaise diffus du couple : une pierre fracasse la vitre d’un ami, le téléphone sans personne au bout du fil, les détritus jonchent les trottoirs. Le couple semble sortir de sa bulle et découvrir un monde extérieur hostile. « Mais il y avait aussi une grande cathédrale baroque espagnole dont l’entrée était fermée par des grilles de fer. Elle se dressait au milieu de cette décrépitude urbaine suppurante et rampante comme une grande éminence glacée, à moitié morte d’arrogance. » Le monde leur apparaît particulièrement violent lorsqu’ils découvrent leur maison de campagne pillée, saccagée. Leur vie protégée n’existe plus.

Paula Fox, née en 1923, a écrit « Personnages désespérés » en 1970. Cette écrivaine américaine fut redécouverte à la fin des années 80 notamment grâce à Jonathan Franzen. Elle nous montre, dans ce roman, un couple dans une bulle sociale et sentimentale et les confronte brutalement à la réalité du monde. Ce couple bourgeois s’ennuie ; Sophie et Otto imbus d’eux-mêmes et de leur réussite sociale se découvrent las. Le monde qui les entoure se désagrège et après la morsure ils participent pleinement à ce délitement. Paula Fox s’intéresse et se focalise sur la psychologie de ses personnages. Elle explore l’âme par des dialogues poussés. Les descriptions sont détaillées, froides, presque cliniques. Paula Fox est un écrivain passionnant, disséquant notre triste modernité et Sophie ne peut que s’exclamer : « Mais la vie est vraiment désespérée. »

 

 

Accordez-moi cette valse de Zelda Fitzgerald

« La balancelle grince sur la galerie extérieure de la demeure d’Austin ; une luciole phosphorescente tourne férocement autour des clématites ; un essaim de phalènes se presse vers l’holocauste doré de la lampe du vestibule ; des ombres effleurent la nuit du Sud, comme de lourds chiffons mouillés gonflés de la capacité d’oubli qu’elle puise de son côté à même la chaleur noire. Des plantes grimpantes se traînent mélancoliquement, tampons d’ouate sombre sur des treillis de fil de fer. » C’est dans ce Sud des Etats-Unis que vit la famille Beggs. Millie et Austin Beggs ont trois filles : Dixie, Joan et la benjamine Alabama qui est l’héroïne du roman. Austin est juge, il est droit, solitaire et laisse ses filles vivre comme elles le souhaitent. Pour Alabama, la vie ne doit être que moments légers et joyeux. La guerre pourrait gâcher la douceur de cette vie mais bien au contraire elle va l’accentuer. Alabama voit défiler les uniformes à sa porte pour flirter. C’est ainsi qu’elle rencontre et tombe amoureuse du lieutenant David Knight. Une fois la guerre finie, ils se marient et partent vivre à New York où David ambitionne de devenir un artiste reconnu. C’est dans l’élégante New York que les Knight commencent à profiter de la vitalité, de l’ivresse des années folles.

Suivant la mode, ils partent en France et choisissent la Riviera pour l’été malgré les avis contraires. « Leurs amis s’attendaient qu’ils soient piqués à mort par les moustiques français et qu’ils ne trouvent rien d’autre à manger que de la chèvre. Ils leur dirent qu’ils ne devaient pas s’attendre à trouver le tout-à-l’égout sur la Méditerranée et leur rappelèrent même qu’il serait bon d’emmener une malle de boîtes de conserve. » Ils s’installent à St Raphaël où leur vie festive ne fait que continuer. « Une poignée de gens gaspillaient leur temps à être heureux et gaspillaient leur bonheur à être du temps incarné, à côté des palmiers cuits et des vignes séchées qui s’agrippaient de leurs griffes aux terrasses argileuse. » Laisser le temps s’écouler en buvant de l’alcool ne suffit pas à Alabama, elle s’ennuie. Elle se met à flirter et l’image du couple parfait se fendille.

Les Knight quitte le Sud pour rejoindre Paris. Dans la capitale, les années folles semblent battre plus fort. De nombreux américains s’y trouvent et y boivent sans fin. David écume les fêtes, rencontre les personnes qui comptent et qui peuvent acheter ses toiles. Alabama se sent de plus en plus seule et décide de devenir danseuse. Elle ne peut plus se contenter d’être la femme de David. A force de travail, de douleur, elle est embauchée comme ballerine à Naples. Malheureusement son rêve est de courte durée, blessée à la jambe elle doit rejoindre les Etats-Unis avec sa famille.

« Accordez-moi cette valse » est l’unique roman de Zelda Fitzgerald (1900-1948), l’épouse de Francis Scott Fitzgerald. Le couple est resté le symbole des années folles, « Gatsby le magnifique » le roman phare de ces années 20. Le livre de Zelda est largement autobiographique. Son père était membre de la cour suprême de justice et un avocat reconnu. Comme son personnage, l’enfance de Zelda fut insouciante et gâtée. Elle aussi rencontra son mari pendant la guerre. Mais Alabama-Zelda ne trouve pas chez son mari la même attention que celle de son entourage. Il cherche la gloire, l’argent, la reconnaissance. Zelda éprouva aussi le besoin de s’exprimer, de rivaliser avec la célébrité de son mari. Elle ne pouvait se contenter de l’ombre, Zelda s’est essayé à la peinture, la danse et l’écriture. Son roman évoque tout cela en évitant de parler de sa maladie. Zelda commença à sombrer vers 1925, on pense qu’elle était schizophrène ou bipolaire. Elle fit de nombreux séjours en hôpitaux psychiatriques, c’est dans l’un d’eux qu’elle meurt à la suite d’un incendie. F.S Fitzgerald nous parle de son couple dans « Tendre est la nuit », « Accordez-moi cette valse » est la réponse de Zelda, un être de lumière que l’on a trop souvent réduit à ses échecs. La réédition de son livre nous permet de découvrir que dans la famille Fitzgerald, Francis Scott n’était pas le seul à avoir du talent.

La route de Cormac McCarthy

 

La terre est dévastée, entièrement recouverte de cendre. On ne sait pas exactement quel est le cataclysme qui a réduit notre monde à néant. Cormac McCarthy l’évoque par un éclair de lumière et des chocs sourds. Dans ce monde chaotique nous suivons un homme et son fils, dont nous ne connaissons pas les noms, dans leur périple vers le sud, vers une chaleur clémente. L’enfant n’a pas connu le monde d’avant, il est né peu avant la catastrophe. Le père se souvient par bribes de la vie qu’il avait mais le temps n’existe plus, ni l’avenir, ni le passé. Les jours se suivent, passent sans qu’on sache depuis combien de temps le père et le fils marchent. Ils avancent sur ce « (…) noir ruban du macadam menant de ténèbres en ténèbres. » Les deux personnages marchent, traversent des villes saccagées, pillées, incendiées. La nature a repris ses droits, elle est très présente mais il s’agit toujours de paysages dévastés où la végétation est morte. Les animaux ont totalement disparu de la surface de la terre, plus de vaches, plus d’oiseaux.

Le père et le fils survivent douloureusement, ils traînent un caddie qui contient leurs quelques possessions : des couvertures, un réchaud à gaz, du thé, une bâche pour se couvrir quand le temps tourne à la pluie. Ils sont perpétuellement à la recherche de nourriture qui se fait plus que rare. Ils visitent pour cela des maisons délaissées qui ont souvent été pillées avant leur arrivée. Car l’homme et le fils ne sont pas seuls. Ils croisent peu de gens sur la route mais ce nouveau monde est celui de la peur, de la traque, il faut se cacher des autres, éviter de les rencontrer. Le père l’explique à plusieurs reprises à l’enfant : il y a les gentils et il y a les méchants. On se rend compte rapidement que les gentils ne sont pas légion. Le monde de Cormac McCarthy est barbare, hostile et il semble que la civilisation n’a jamais existé. Les méchants sont de véritables monstres, sans aucune humanité. Le père et le fils tombent un jour sur un sous-sol où s’entassent des êtres humains amochés, amputés qui servent d’aliments aux méchants. Le père et l’enfant voient également un corps de bébé embroché comme un rôti sur une plage.

Comment tenir dans ce monde inhumain ? Il y a de nombreuses références à la religion, de nombreux appels à Dieu mais la foi a disparu, la torture ne permet pas l’espoir. Les hommes n’ont plus rien d’humain. D’ailleurs le fait que nos deux personnages centraux n’aient pas de nom, renforce ce manque d’humanité, comme si l’identité avait disparu. Cormac McCarthy nous place au-delà du désespoir, seule compte la survie pour laquelle on est prêt à tout, le moment présent est la seule unité de temps. « Les gens passaient leur temps à faire des préparatifs pour le lendemain. Moi je n’ai jamais cru à ça. Le lendemain ne faisait pas de préparatifs pour eux. Le lendemain ne savait même pas qu’ils existaient. » Voilà la grande différence avec le monde d’avant où l’on faisait sans cesse des projets. Le monde dévasté n’offre aucun rêve, aucune possibilité d’évasion. Rester en vie est la seule chose qui importe.

Cormac McCarthy adopte une écriture sèche, pleine de noirceur pour décrire ce nouveau monde. Pas de fioriture, pas de douceur dans son écriture mais de la violence, de la froideur dont il se sert pour nous présenter le road-movie déchirant de ce père et de son fils.

Pourtant « La route » n’est pas dénuée d’espoir. L’enfant est un rempart à la barbarie, à la déshumanisation. Son père est souvent tenté de basculer dans la violence, d’abandonner ses semblables à leur triste sort. L’enfant réfrène ses instincts bestiaux, grâce à lui le père garde son humanité.

Roman désespéré, « La route » est un plaidoyer pour l’humanité qui nous montre ce que l’on pourrait devenir sans elle. Magistral.

Last exit to Brooklyn de Hubert Selby Jr

 

 

 

 

 

 

 

Ami lecteur si tu apprécies le travail d’Anna Gavalda, de Marc Levy ou de Paolo Coelho, passe ton chemin, le livre dont nous allons parler n’est pas pour toi.

« Last exit to Brooklyn » est le premier livre écrit par Hubert Selby Jr (1928-2004) en 1964. Cet ouvrage est composé de six nouvelles sur la vie quotidienne trash d’habitants de Brooklyn. La violence domine ce quartier urbain de New York et contamine tous les êtres humains, même la cellule familiale est gangrenée. La vision que nous propose Selby est véritablement cauchemardesque. Les personnages de ce quartier se croisent dans les nouvelles et sont tous à l’origine de leur malheur, on ne ressent pas de pitié pour eux. Trois nouvelles sont plus marquantes que les autres. « La reine est morte » nous narre l’histoire de Georgette, un travesti amoureux d’un ex-taulard. Elle fait des pieds²et des mains pour plaire à Vinnie qui n’a bien sûr qu’une idée en tête : lui arracher du fric ou de la drogue. Georgette est une midinette sous benzédrine, incapable d’affronter la réalité et prête à tout pour avoir cet homme qui ne lui répond que par des coups.

« Tralala » est l’histoire d’une déchéance, d’un délabrement progressif. Tralala a couché avec un homme pour la première fois à 15 ans et elle en fait petit à petit son métier. Les hommes l’entretiennent u début, elle leur dérobe leur argent puis se fait payer. Elle boit de plus en plus et sa tenue se transforme en vieilles fripes. Elle finit battue à mort dans une décharge, étendue nue et totalement humiliée par une bande d’hommes croisée dans un bar.

La plus volumineuse nouvelle est « la grève ». Harry Black est un syndicaliste redouté par sa hiérarchie, toujours à l’affût de la moindre infraction au règlement de l’usine. Harry le fait d’ailleurs plus pour ennuyer les patrons que par véritable solidarité avec les autres ouvriers. Il profite de quelques semaines de grève pour prendre du bon temps dans le local loué par le syndicat. Il y picole beaucoup, y invite ses amis et y a une révélation sur sa vie sexuelle : il préfère les travestis à sa femme qu’il dédaigne et méprise chaque jour. Cette découverte l’entraîne dans un désir sexuel de plus en plus irrépressible que les travestis rencontrés n’arrivent pas à combler. Harry Black finit lui aussi roué de coups dans une décharge après avoir poussé sa perversité trop loin.

La dernière nouvelle est quant à elle un enchevêtrement d’histoires qui sont celles des habitants d’un même immeuble. S’y concentrent toute la noirceur, la violence, la misère domestique, la cruauté décrites par Selby dans les autres nouvelles.

Hubert Selby Jr nous entraîne dans un monde infernal, servi par une écriture crue, sans concessions et sans arrondis. Le style est glacial, sec pour nous présenter un monde sans amour, sans humanité, un monde uniquement capable de violence et d’humiliation de l’autre. Selby nous montre une autre Amérique, celle qu’il connaît et qui reste dans l’ombre. Tous les personnages sont des êtres perdus, noyés dans leur quotidien sordide et à qui rien ne peut sourire. Dans ce quartier, rien ne semble pouvoir changer, aucun personnages ne peut s’extirper de la gangue de violence, le rêve américain n’est pas pour eux.

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee

« Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » est le seul et unique livre publié de Nell Harper Lee. Sorti en 1960, il obtient le Prix Pulitzer en 1961 et il est considéré comme un livre-culte aux Etats-Unis.

Jean Louise Finch surnommée Scout nous raconte une partie de son enfance à Maycomb, Alabama. L’histoire se déroule durant la Grande Dépression et notre héroïne a alors 10 ans. Elle est entourée de son grand frère Jem et de son père avocat Atticus. La mère est morte et Atticus élève ses enfants avec l’aide de Calpurnia, la femme à tout faire noire. Scout est un garçon manqué, un casse-cou qui suit son frère partout. Les enfants sont assez libres et nous font penser aux aventures de Tom Sawyer. Avec leur ami Dill, ils passent leur temps à espionner la maison voisine, celle de Boo Radley. Celui-ci aurait agressé son père et ce dernier ne voulant pas que son fils aille à l’asile l’aurait gardé reclus dans la maison. Plus personne n’a revu Boo depuis 15 ans, voilà un mystère passionnant pour nos trois enfants qui se lancent dans des expéditions trépidantes autour de la maison.

Scout découvre également l’école mais elle supporte mal les contraintes et les brimades. Elle qui sait déjà lire grâce à son père, ne comprend pas que la maîtresse s’emporte contre elle à ce propos. Jem est lui aussi différent à l’école, il prend ses distances avec elle. Scout a du mal à voir son frère grandir et elle n’est pas pressée de devenir adulte. Des évènements vont l’y aider.

Atticus est en effet commis d’office dans un procès, un homme noir est accusé d’avoir violé une femme blanche. Contre l’avis de ses amis, il accepte de défendre cet homme car Atticus est un idéaliste, droit et intègre. Les enfants suivent le procès et découvrent un monde cruel, plein de racisme et de préjugés. Atticus fait d’ailleurs plus que défendre l’accusé, il prouve son innocence mais cela n’aura pas l’effet escompté dans ce Sud si violent. Ce procès pour Jem et Scout est aussi l’occasion de mieux connaître leur père qui fait preuve d’un courage exemplaire. Il étonne aussi ses enfants quand il réussit à abattre de loin un chien enragé, alors qu’ils le pensaient trop vieux pour une quelconque activité physique.

Ce magnifique roman initiatique cumule plusieurs thématiques : l’enfance joyeuse et libre, la découverte du monde des adultes avec ses contraintes et celle du racisme, des préjugés. La fin de l’innocence pour Scout nous est racontée avec une grande intelligence et beaucoup d’humour. Harper Lee nous conte cette histoire sans melo, sans pathos, et il n’y a pas de fin moralisatrice. Scout apprend les nuances, rien ni personne n’est jamais totalement mauvais ou totalement bon et on ne peut juger personne à la va vite. Boo Radley est au centre pour Scout de cette nouvelle vision du:monde. Ce livre se passe dans les années trente en Alabama mais il traite d’idées universelles, ce qui explique sans doute son succès. Truman Capote, ami d’enfance de Harper Lee, se vanta même d’être l’auteur d’une grande partie de l’ouvrage : la cabotin semblait jaloux d’une telle réussite !

A souligner, car c’est assez rare, l’excellente adaptation réalisée par Robet Mulligan en 1962 et intitulée « Du silence et des ombres ». Gregory Peck remporta l’oscar du meilleur acteur pour son interprétation d’Atticus. Scout Finch nous offre deux chefs-d’œuvre, pas si mal pour une fillette de 10 ans !

Grand Hôtel de Vicki Baum

Pour le premier article de ce blog, honneur aux dames !

Tout d’abord, le décor : un hôtel de luxe à Berlin, à la fin des années 20. Puis, les personnages : un gentleman escroc, insouciant et charmeur, tirant le diable par la queue et sur le point de réaliser un « coup » ; une danseuse russe sur le déclin, lucide et amère, ayant autrefois connu la gloire et donnant à Berlin des représentations devant un maigre public ; un employé de province, condamné par la maladie, ayant récemment hérité de son père et venu profiter pleinement de ses derniers instants, décidé à prendre sa revanche sur une existence terne ; le patron de ce dernier, bourgeois parvenu et hautain, anxieux avant d’entamer des négociations vitales pour ses affaires et, partant, sa situation ; une jeune, modeste et mignonne dactylographe, à l’occasion modèle nue pour des photographes, et ne dédaignant pas parfois d’ « accompagner » en voyage des messieurs fortunés, puisqu’il faut bien vivre.

Etrange, dit l’auteur, ce qui arrive aux hôtes du Grand Hôtel : aucun d’eux n’en ressort exactement tel qu’il était entré. En effet, dans ce quasi huis-clos – hormis quelques scènes dans un théâtre, et en d’autres endroits de Berlin lors d’une virée mémorable pour le petit employé de province, toute l’action se déroule dans l’hôtel -, les trajectoires des protagonistes vont se croiser, se frôler, se rencontrer ou se heurter. En quelques jours, la vie de chacun d’eux en sera bouleversée. Certains y gagneront (l’amour, la dignité), d’autres y perdront (l’honneur, ou pire encore).

L’ambiance est luxueuse et feutrée, avec le jazz pour arrière-fond musical (très présent). On y danse, on y fait des affaires, on y cherche l’aventure. Mais pour servir ce petit monde, les employés de l’hôtel, ces prolétaires, s’activent. Ainsi, par petites touches, l’auteur nous donne également à voir la violence des rapports sociaux et la lutte de chacun pour sa survie. Bref, l’hôtel, cette « grande boîte », comme image de la vie en général.

Tableau plutôt sombre donc, où, malgré l’effervescence, un grand sentiment de solitude domine. Il est incarné par le personnage émouvant d’un médecin, gueule cassée de la Grande Guerre et morphinomane, qui passe le plus clair de son temps dans le hall. Il y observe l’agitation et, en philosophe pessimiste, n’y voit que mirage et néant. Laissons-lui le mot de la fin : C’est affreux, se dit-il. Toujours la même chose. Il ne se passe rien. On est affreusement seul. Le monde est un astre qui ne réchauffe plus […] Si encore, dans cette grande boîte, il se passait quelque chose qui valût la peine. Mais non…rien ! […] On entre…on sort, on entre…on sort, on entre…on sort…

Un très beau roman.